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Full text of "Logique d'Aristote : traduite en français pour la première fois et accompagnée de notes perpétuelles"

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LOGIQUE  D'ARISTOTE 


TOPIQUES 

RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES 


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IMPRIMERlt;  DE  11.  FOURMëR  KT  C*. 

7  RUR  StIN'T-BRNOlT. 


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LOGIQUE 

D'ARISTOÏK 

TRAUVITe 

E^    FRANÇAIS    POUR    LA    PRKMIÈRIC    FOIS 

RT  ACCOMPAGNRE  DR  HOTRS  MRRKTDRM.KS 

PAU 
J.  BARTHELEMY  SAIM-HILAIKE 

MKHBRR  DE  r.*INSTITIJT 

(«CàDIMII     IIKS    KCISliCBA     MIIMAblUk     IT    niLITIQUK^) 

MIOrRJMRril  DE  PHILOSOPHIR  ORRCQDR  KT  LATINf 

«II    rOLMSR    kOf«l.    !•■    TKàltr.f 

\ 
10  M  K  IV 

TOPIQUES 
RÉFl  TATIONS  DES  vSOPHISTES 


PARIS 
LIRRAIKIK  de:  l.AI)KA]N<iK 

19  «VAI    DES   *l«V!>TI>» 

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PLAN 


DES 


TOPIQUES. 


LIVRE  PREMIER. 


DE  LA  DIALBGTIQUE. 

DBS  QUBSTIOHS  DIAUSGTIQUBS.— DBS  IHSTEUMSIITS 
DIALBGTIQUBS. 

Uart  de  la  dialectique  a  pour  but  d'enseigner 
à  raisonner  méthodiquement  sur  toute  espèce  de 
sujets,  en  se  serrant  de  propositions  simplement 
probables.  C'est  avec  des  propositions  de  ce  genre 
que,  des  deux  interlocuteurs,  celui  qui  interroge 
attaque  la  thèse  en  discussion  ;  c'est  aussi  avec 
elles  que  celui  qui  répond  se  défend ,  en  prenant 
bien  garde  de  ne  jamais  se  contredire  lui-même. 
On  sait  ce  qu'est  le  syllogisme  ordinaire,  indiffé- 
rent, dans  ses  formes  toujours  les  mêmes,  au  yrai 
IV.  a 


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II  PLAN  DES  TOPIQUES, 

et  au  faux.  On  sait  ce  qu*est  le  syllogisme  démon- 
stratif,  qui  ne  part  jamais  que  de  prémisses  né- 
cessaires. Le  syllogisme  dialectique  se  contente 
de  prémisses  qui  n'ont  pour  elles  que  la  probabi- 
lité. L'on  doit  regarder  comme  probable  ce  qui 
semble  tel ,  soit  à  tous  les  hommes,  soit  au  plus 
grand  nombre,  soit  ^u;^  sig^s  ;  pt  p^nii  les  sages, 
soit  à  tous,  soit  à  la  majorité,  soit  tout  au  moins 
aux  plus  illustres  d'entre  eux.  Le  syllogisme  n'est 
pas  même  dialectique,  il  n'est  que  contentieux 
et  sophistique,  lorsque  ses  prémisses  ne  sont  pro- 
bables qu'en  apparence ,  et  qu'elles  n'ont  pas 
même  en  réalité  ce  premier  degré  de  vraisem- 
blance  qui  résulte  de  l'opinion  vulgaire.  Le  syl- 
logisme devient  un  paralogisme,  lorsque,  tout  en 
empruntant  ses  principes  à  la  matière  même  qu'on 
discute ,  il  ne  sait  pas  choisir  ces  principes ,  et  ne 
prend  dans  le  genre  mis  en  qiKstioii  que  des 
principes  faux. 

La  dialectique,  du  reste,  tput  imparffiits  quç 
sont  ses  moyens,  ne  laisse  pas  que  d'être  utile. 
Elle  apprend ,  d'abord ,  à  discuter  dan^  l'un  et 
l'autre  sens  ;  puis,  elle  nous  aide  dans  (es  simples 
conversations  qu'amène  la  vie  de  chaque  jour, 
où,  sans  aucun  appareil  régulier  de  discussion , 
les  opinions  ont  cependant  à  se  produire  et  à  se 
défendre;  enfin,  la  dialectique  peut  servir  à  la 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  m 

philosophie  elle-même ,  parce  qu'en  agitant  les 
questions  comme  elle  le  fait ,  dans  les  deux  sens, 
elle  met  la  yérité  davantage  en  lumière;  mais 
surtout,  et  le  service  est  considérable,  parce 
qu'une  fois  les  principes  atteints,  la  démonstra- 
tion et  la  science  n'ayant  plus  sur  eux  aucune 
prise ,  c'est  la  dialectique  seule  qui  peut  encore 
essayer  de  leur  donner  plus  de  clarté  qu'ils  n'en 
ont  par  eux-mêmes* 

On  ne  veut  point  prétendre  que  la  dialectique 
soit  toujours  à  même  de  rendre  de  si  complets 
services  :  tout  ce  qu'on  peut  exiger  du  dialecti- 
cien, c'est  qu'il  possède  parfaitement  tous  les 
détails  de  la  méthode  qui  doit  les  rendre. 

Dans  toute  discussion,  on  ne  peut  jamais  que 
se  proposer  Tune  des  quatre  questions  suivantes  : 
Quel  est  l'attribut  propre  du  sujet?  quelle  est  la 
définition  du  sujet?  quel  est  le  genre  du  sujet? 
quel  est  l'attribut  accidentel  du  sujet?  Il  n'y  a 
dose  que  quatre  questions  dialectiques  ;  et  par 
conséquent  aussi,  quatre  sortes  de  propositions, 
qui  répondent  une  k  une  aux  quatre  questions.  La 
proposition  se  prononce  pour  l'une  des  deux  par- 
ties de  la  contradiction  que  la  question  laisse  in- 
décises. De  plus,  la  proposition  reste  dans  les 
prémisses;  la  question  produit  la  conclusion. 
C'est  donc  avec  les  propositions  qu'on  fait  les 


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IV  PLAN  DES  TOPIQUES, 

syllogismes  ;  mais  c'est  pour  les  questions  qu*on 
les  fait. 

La  définition  est,  comme  on  sait,  l'explication 
essentielle  de  la  chose,  le  défini  pouvant,  d'ail- 
leurs, être  représenté  par  un  seul  mot  ou  une 
phrase  entière,  tout  comme  la  définition,  ou  les 
parties  de  la  définition  même.  Le  propre,  et  la 
définition  n'est,  k  vrai  dire,  qu'une  espèce  de 
propre,  est  l'attribut  qui,  sans  exprimer  Tessence 
de  la  chose,  n'appartient  cependant  qu'à  la  chose 
seule,  >et  est ,  par  suite^  aussi  étendu  et  pas  plus 
étendu  qu'elle,  le  propre  pouvant  être  d'ailleurs 
absolu  ou  simplement  relatif  et  temporaire.  Le 
genre  est  l'at^ibut  qui  appartient  essentiellement 
aux  choses  de  même  espèce.  L'accident,  enfin, 
qui  n'est  ni  définition ,  ni  propre,  ni  genre,  est 
l'attribut  qui  peut  être  aussi  bien  que  n'être  pas 
au  sujet. 

On  pourrait  traiter  ces  quatre  attributs  dialec- 
tiques par  une  seule  méthode;  mais  cette  méthode 
unique  serait  obscure  ;  il  vaut  mieux  instituer  une 
méthode  particulière  pour  chacun  d'eux.  L'usage 
de  ces  méthodes  spéciales  sera  plus  commode  que 
ne  le  serait  une  méthode  générale,  qui  préten- 
drait embrasser  à  elle  seule  les  quatre  questions. 

On  peut  se  convaincre  que  les  questions  dia- 
lectiques sont  au  nombre  de  quatre,  ni  plus  ni 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  v 

moinsy  d'abord,  par  Tindaction^  en  prenant  une 
à  une  les  questions  dialectiques,  et  en  s'assurant, 
sur  un  certain  nombre  de  cas,  que  ce  sont  elles 
qui  s'appliquent  uniquement  aux  objets  indiqués. 
On  peut ,  en  outre,  s'en  convaincre  par  le  syllo- 
gisme, et  directement.  En  effet,  tout  attribut  est 
égal,  en  extension,  à  son  sujet,  ou  il  lui  est  in- 
égal. S'il  lui  est  égal  et  essentiel ,  c'est  une  défi- 
nition ;  s'il  lui  est  égal  et  non-essentiel ,  c'est  un 
propre.  D'autre  part,  s'il  lai  est  inégal  et  essen- 
tiel, c'est  un  genre,  en  comprenant  aussi  la  diffé* 
rence  dans  le  genre  ;  enfin ,  s'il  lui  est  inégal  et 
non-essentiel,  c'est  un  accident.  Il  n'est  pas  pos- 
sible de  faire  une  cinquième  supposition. 

Quant  aux  sujets  de  ces  attributs,  ils  sont  tou- 
jours dans  Tune  des  dix  catégories  :  substance, 
quantité,  qualité,  relation,  lieu,  temps,  situation, 
manière  d'être,  action  ou  passion.  Quand  le  sujet 
et  l'attribut  sont  dans  la  même  catégorie,  lattri- 
bution  est  essentielle;  sinon,  elle  n'est  qu'acci- 
dentelle. 

On  Yoit,  d'ailleurs,  qu'une  proposition,  qu'une 
question  n'est  dialectique  que  quand  elle  peut 
être  soutenue  par  des  gens  sensés.  Si  Ferrenr  est 
trop  manifeste;  elle  n'est  point  dialectique,  parce 
que  personne  ne  consentirait  k  la  défendre.  Sans 
être  probable,  une  proposition  peut  être  dialeo 


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VI  PLAN  DES  TOPIQUES, 

tique,  si  elle  ressemble  à  une  proposition  pro- 
bable; ou  si,  contredisant  une  proposition  pro- 
bable, elle  est  mise  sous  forme  contraire;  ou 
eikfin,  si  elle  a  pour  elle,  dans  une  science  spé- 
ciale, dans  un  art  particulier,  l'assentiment  des 
habiles. 

La  proposition  9  ou  question  dialectique,  peut 
avoir  pour  but  de  nons  déterminer  à  fuir  certaines 
choses,  à  en  rechercher  certaines  autres.  C'est 
un  but  tout  pratique  :  témoin  toutes  les  questions 
de  morale.  Parfois,  son  but  est  différent  ;  elle  se 
borne  à  nous  faire  savoir  les  choses  :  témoin  les 
questions  de  physique  et  de  logique.  Morale, 
physique^  logique,  ce  sont  là,  en  effet,  les  trois 
ordres  entre  lesquels  toutes  les  propositions  se 
partagent,  soit  qu'on  aborde  le  sujet  directement, 
soit  que,  sans  l'aborder  immédiatement ,  on  s'a- 
dresse à  un  autre  ,  dont  la  connaissance  est 
préalablement  indispensable,  et  mène  à  celle  du 
premier.  La  thèse  est  toujours  une  proposition 
paradoxale,  qui  doit  avoir  pour  elle  l'autorité  de 
quelque  grand  nom  en  philosophie.  On  ne  doit 
point  d'ailleurs  souffrir,  même  en  dialectique,  ces 
questions  qui,  par  leur  immoralité,  réclament 
une  sorte  de  châtiment,  un  blâme  énergique;  ni 
celles  qui,  par  leur  naïveté  même,  indiquent  une 
lacune  dans  la  sensibilité  de  celui  qui  les  fait. 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  vu 

Doit -on  honorer  les  Dieux?  Sur  cette  question 
'  d'un  esprit  dépravé,  il  n'y  a  point  de  discussion  à 
établir.  U  faut  faire  rougir  Finterlocuteur  qui  la 
pose  par  le  juste  blâme  dont  on  le  châtie.  La 
neige  est-elle  blanche?  A  cette  question ,  il  n'est 
qn'une  réponse  ;  c'est  de  renvoyer  celui  qui  la  fait 
au  témoignage  de  ses  sens.  Une  question  cesse 
aussi  d'être  dialectique  quand  elle  est  trop  diffi- 
cile, et  qu'il  ne  faudrait  pas  moins  que  toutes 
les  ressources  de  la  démonstration  pour  la  bien 
traiter. 

La  dialectique  peut,  d'ailleurs,  comme  la 
science  elle-mènie,  faire  usage,  soit  du  syllogisme, 
soit  de  Tinduction  :  celle-ci ,  plus  claire ,  parce 
qu  elle  est  plus  rapprochée  des  sens,  plus  acces- 
sible au  Yiiigaire  et  plus  persuasive  ;  celui-là,  plus 
puissant  auprès  des  esprits  éclairés,  et  plus  fort 
dans  la  réfutation. 

A  côté  des  quatre  questions  que  la  dialectique 
se  pose,  elle  emploie  quatre  procédés  pour  arri- 
ver k  les  résoudre,  et  ces  procédés  sont  ce  qu'on 
pourrait  ^(ppeler  ses  instruments.  Savoir  choisir 
les  propositions  convenables  ;  connaître  les  divers 
sens  que  les  mots  peuvent  offrir;  discerner  les 
différences  des  choses;  enfin,  discerner  les  res- 
remblances  :  tels  sont  les  quatre  moyens  par  les- 
quels la  dialectique  arrive  à  son  but.  Le  premier 


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vxii  PLAN  DES  TOPIQUES. 

est  le  plus  important  de  tous  ;  les  trois  autres  ne 

sont  que  secondaires. 

Les  propositions  à  choisir  sont  les  propositions 
probables,  qu'on  reconnaît  aux  caractères  indi- 
qués plus  haut;  ce  sont  aussi  les  propositions 
Traies ,  qui  ne  sont  pas  exclues  de  la  dialectique, 
bien  qu'elles  n'y  soient  pas  indispensables.  Ces 
opinions  probables  doivent  être  recueillies,  d'a- 
bord, dans  les  discussions  des  hommes  distingués  ; 
elles  doivent  être  extraites  aussi  avec  soin  de  leurs 
ouvrages  ;  et  il  faut  savoir  les  classer  avec  ordre 
et  clarté,  suivant  la  nature  diverse  des  sujets  sur 
lesquels  elles  portent  :  morale,  logique  et  phy- 
sique. 

En  signalant  les  divers  sens  des  mots,  il  faut 
aussi  en  donner  les  motifs  et  signaler  les  causes 
auxquelles  ils  tiennent.  Ainsi ,  les  opposés,  dans 
toutes  leurs  nuances,  contraires,  contradictoires, 
privatifs  et  possessifs,  relatifs,  etc.  ;  ainsi ,  les  con- 
jugués, les  genres,  les  définitions;  ainsi  même,  la 
comparaison ,  pourront  fort  bien  donner  lieu  à 
des  homonymes,  dont  il  importe  de  se  rendre 
compte  sous  toutes  les  faces. 

On  peut  discerner  des  différences  entre  les 
choses,  soit  dans  un  même  genre,  et  c'est  là 
qu'elles  sont  le  moins  faciles  à  reconnaître,  à  cause 
de  la  proximité  même  où  elles  sont,  soit  dans  des 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  ix 

genres  différents,  voisins  ou  éloignés  les  uns  des 
autres. 

Enfin,  les  ressemblances  sont  surtout  à  re- 
chercher dans  les  genres  distincts,  parce  qu'on 
les  y  découvre  moins  aisément  ;  ce  qui  ne  veut 
pas  dire  qu'on  ne  puisse  aussi  en  trouver  dans 
un  même  genre. 

L'emploi  des  trois  derniers  instruments  dialec- 
tiques est  utile  pour  apprendre  plus  clairement,  à 
l'interlocuteur  qui  répond  le  sujet  qu'il  défend , 
et  à  l'interlocuteur  qui  interroge,  l'objet  véritable 
de  ses  attaques,  qui  doivent  porter,  non  sur  le 
mot,  mais  sur  la  chose  même.  A  tous  deux,  il 
leur  enseigne  à  ne  point  se  perdre  dans  des  pa- 
ralogismes  purement  verbaux,  à  ne  point  s'arrêter 
à  des  discussions  sans  importance^  plus  conve- 
nables au  sophiste  qu'au  dialecticien.  L'un  et 
l'autre,  ils  discerneront  mieux  ainsi  la  véritable 
essence  des  choses ,  et  ils  sauront  établir  alors 
leurs  inductions,  leurs  syllogismes  et  leurs  défini- 
tions, sur  des  bases  plus  solides. 

Tel  est  donc  le  domaine  de  la  dialectique;  tel 
est  son  but;  telles  sont  les  questions  qu'elle  se 
pose;  tels  sont  les  procédés  qu'elle  emploie; 
telle  est,  en  un  mot,  sa  méthode.  Voici  mainte- 
nant les  lieux  d'où  elle  tire  les  solutions  générales 
qu'elle  applique  à  chaque  question  : 


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PLAN  DES  TOPIQUES. 

LIVRE  SECOND. 


LIEUX  COMMUNS  DE  L'ACCIDENT. 

L'accident  étant  le  plus  ordinaire  des  attributs 
dialectiques,  c'est  de  lui  qu'il  faut  d'abord  s'oc- 
cuper. Le  premier  lieu  consiste  à  bien  distinguer 
l'accident  des  autres  attributs  dialectiques ,  et 
surtout  à  ne  pas  le  confondre  avec  le  genre,  qu'on 
prend  trop  souvent  pour  lui.  Et  c'est  ici,  surtout, 
qu'il  fandra  se  défendre  de  parler,  comme  le  vul- 
gaire le  fait,  avec  peu  de  justesse  et  de  discerne- 
ment. 11  faudra  s'énoncer  comme  s'énoncent  les 
habiles  et  les  sages.  L'homonymie  pourra  causer 
des  méprises,  soit  qu'elle  échappe  à  l'interlocu- 
teur, soit  que,  découverte  par  lui,  elle  puisse 
fausser,  particulièrement  ou  universellement,  l'un 
des  sens  ou  tous  les  sens  du  sujet  en  discussion. 
L'alternative  peut  d'ailleurs  porter,  non  pas  seu- 
lement sur  un  mot,  mais  sur  une  proposition  tout 
entière.  On  peut  profiter  aussi  du  rapport  des 
mots  pour  substituer  un  mot  plus  commode  à  un 
autre  qui  embarrasse  davantage,  soit  pour  atta- 
quer, soit  pour  soutenir  la  thèse.  Pour  apprendre 
à  ne  point  confondre  l'accident  avec  le  genre,  on 


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PLAN  DES  TOPIQUES,  xi 

peut  étudier  quels  sont,  au  vrai,  les  rapports  de 
l'espèce  au  genre,  du  genre  a  Tespèce,  et  se 
rendre  compte,  par  là,  des  rapports  que  l'acci- 
dent soutient  avec  l'un  et  avec  l'autre.  Quand  la 
discussion  engagée,  pour  défendre  ou  combattre 
l'accident,  n'offre  pas  tous  les  arguments  qu'on 
désire,  il  faut  savoir  faire  passer  l'interlocuteur 
à  un  sujet  voisin,  mais  différent,  pour  lequel  on 
aura  des  arguments  en  abondance  à  lui  opposer. 
C'est  un  procédé ,  il  faut  le  dire ,  qui  convient 
beaucoup  plus  au  sophiste  qu'au  dialecticien; 
mais,  pourvu  que  le  déplacement  de  la  discussion 
semble  nécessaire,  et  souvent  il  le  paraît ,  la  dia- 
lectique peut  en  faire  loyalement  usage.  Si  elle  a 
recours  à  cette  ressource,  c'est  ordinairement 
dans  les  cas  où  l'interlocuteur  ne  sait  pas  accorder 
les  propositions  absolument  indispensables  à  la 
discussion  où  il  s'est  engagé.  Il  faut  aussi ,  pour 
ne  pas  confondre  l'accident  avec  tout  autre  attri- 
but, bien  savoir  ce  qu'on  doit  entendre  par  acci- 
dent, et  les  divers  modes  suivant  lesquels  l'acci- 
dent peut  être  au  sujet.  Parfois ,  l'interlocuteur 
pousse  l'ignorance  sur  ce  point  jusqu'à  faire  du 
sujet  l'accident  même  du  sujet,  sous  une  autre 
nom ,  il  est  vrai ,  mais  parce  qu'il  ne  voit  pas 
que  ce  nouveau  mot  signifie  la  même  chose  abso- 
lument que  celui  dont  il  le  fait  l'accident.  Les 


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XII  PLAN  DES  TOPIQUES, 

combinaisons  des  contraires,  bien  observées,  peu- 
vent apprendre  aussi  dans  quel  cas  l'accident  peut 
ou  ne  peut  pas  être  au  sujet.  Ainsi,  quand  le 
contraire  de  l'accident  est  actuellement  au  sujet, 
l'accident  ne  peut  être  au  sujet  actuellement, 
puisque  les  contraires  ne  sont  jamais  simulta- 
nés, etc.  11  suffit  que  l'accident  entraine  à  sa 
suite  quelque  conséquent  contraire  au  sujet  pour 
qu'il  ne  puisse  pas  être  au  sujet.  Bien  plus,  si  le 
contraire  de  l'accident  ne  peut  être  au  sujet,  l'ac- 
cident lui-même  ne  pourra  point  y  être  non  plus  ; 
car  tout  sujet  est  susceptible  des  contraires.  On 
peut  encore  s'éclairer  sur  la  fausseté  ou  la  justesse 
de  l'accident  attribué,  en  consultant  les  règles  qui 
président  à  la  consécution  des  opposés,  soit  con* 
tradictoires,  soit  contraires,  soit  relatifs,  etc.  ;  à 
la  consécution  des  conjugués  et  des  cas  ;  et,  enfin, 
en  consultant  les  rapports  que  soutiennent  tou- 
jours entre  elles  la  production  et  la  destruction 
des  choses,  la  naissance  et  la  perte.  Ainsi,  la 
chose  est  bonne,  si  la  production  en  est  bonne, 
si  la  destruction  en  est  mauvaise  ;  elle  est  mau- 
vaise, si  la  production  en  est  mauvaise,  si  la  des- 
truction en  est  bonne.  Ici ,  consécution  directe  ; 
là,  consécution  renversée,  etc.  L'accident,  d'ail- 
leurs, doit  toujours  suivre  les  diverses  phases 
d'intensité  ou  de  rémission  par  lesquelles  passe 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xm 

son  sujet  ;  bien  entendu  qu'il  s'agit  d'un  seul  ac- 
cident pour  un  seul  sujet.  Si  un  même  accident 
s'applique  k  deux  sujets,  et  qu'il  ne  soit  pas  k 
celui  auquel  il  semble  être  le  plus,  à  plus  forte 
raison  ne  sera-t-il  point  à  celui  auquel  il  semble 
être  le  moins  ;  à  l'inverse,  s'il  est  k  celui  auquel 
il  semble  être  le  moins,  k  plus  forte  raison  sera- 
t-il  à  celui  À  qui  il  semble  être  le  plus.  Raisonne- 
ments analogues,  si  deux  accidents  sont  à  un  seul 
et  même  sujet  ^  et  que  l'un  des  accidents  soit  plus 
et  l'autre  moins  au  sujet;  ou ,  si  deux  accidents 
sont  à  deux  sujets  avec  les  mêmes  conditions. 
L'accident  ajouté  au  sujet,  et  lui  communiquant 
une  qualité,  ou  augmentant  une  qualité  qui  est 
dans  ce  sujet,  a  nécessairement  aussi  cette  qua--^ 
lité.  Si  l'accident  est  plus  ou  moins  au  sujet,  on 
doit  dire  aussi  qu'il  y  est  absolument  parlant. 
Enfin ,  quand  un  accident  est  au  sujet  avec  une 
condition  quelconque,  une  restriction  de  temps, 
de  relation,  etc.,  on  doit  pouvoir  dire  aussi  qu'il  y 
est  absolument,  quoique  ce  lieu  puisse  donner 
matière  à  bien  des  objections.  . 

Tels  sont  les  lieux  principaux  de  l'accident  con- 
sidéré d'une  manière  absolue,  universelle.  Mais 
l'accident  peut  être ,  non  plus  en  soi ,  mais  com- 
parativement à  quelqu'autre ;  il  peut,  en  outre, 
être  particulier. 


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XIV  PLAN  DES  TOPIQUES. 

LIVRE  TROISIÈME. 


SUITE  DES  LIEUX  GOIHIIIUNS  DE  L'ACCIDENT. 

La  comparaison  doit  toujours  s'établir  entre 
des  accidents  rapprochés  les  uns  des  autres  et 
presque  semblables.  S'ils  sont  fort  éloignés,  les 
différenora  sont  de  toute  éyidence ,  la  supériorité 
de  l'un  sur  l'autre  est  incontestable,  et  la  discus- 
sion n'a  point  à  s'en  occuper.  Ainsi,  un  accident, 
une  chose  est  préférable  à  une  autre^  quand  c'eist 
un  bien  plus  durable,  moins  passager;  quand  elle 
a  pour  elle  l'assentiment ,  l'opinion  générale  ou 
celle  des  sages;  quand  elle  est  désirable  en  soi , 
et  que  l'autre  n'est  désirable  qu'en  vue  d'une 
chose  différente;  quand  elle  produit  directement 
de  bons  effets,  au  lieu  de  ne  les  produire  que 
médîiatement  par  une  autre;  quand  elle  est  ab- 
solument bonne,  au  lieu  de  ne  l'être  qu^à  certains 
égards,  etc. ,  etc. ,  etc. 

Une  chose  est  encore  préférable  à  une  autre, 
quand  ses  conséquents  sont  meilleurs  ;  quand  elle 
amène  du  plaisir  à  sa  suite  ;  quand  elle  n'entraîne 
pas  de  douleur  après  elle  ;  quand  elle  suffit  à  elle 
seule  pour  rendre  heureux  ;  quand  elle  est  d'ac- 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xv 

qoisition  plus  difficile  ;  quand  elle  est  superflue  ; 
quand  on  peut  l'acquérir  par  soi  seul ,  sans  Fin- 
tenrention  des  autres. 

Enfin  ^  une  diose  est  préférable  à  une  antre^ 
lorsque,  dans  le  même  genre  ou  la  même  espèce, 
Tune  a  la  vertu  propre  de  cette  espèce  et  qye 
lautre  ne  Ta  pas;  ou  bien ,  quand  Tune  t'a  plus 
que  l'autre;  quand  elle  rend  bonne  la  diose  à 
laquelle  elle  est ,  tandis  que  l'autre  n'a  pas  la 
même  puissance  ;  quand  c'est  une  chose  supé* 
rieure  k  laquelle  elle  donne  ainsi  de  la  bonté  ; 
quand  elle  est  vraiment  désirable  en  soi ,  et  non 
point  seulement  par  vanité  ;  quand  elle  donne  à 
la  fois  honneur,  utilité,  plaisir,  et  que  l'autre  ne 
peut  assurer  q^u'^p  pu  deux  de  ce^  avantages, 
etc*,etc.,  etc. 

On  pf^i^^  du  pestas  avec  les  mêmes  lieux,  sa- 
voir, en  retranchant  topte  idée  de  comparaison  y 
les  choses  qui  9opt  à  fuir  et  celles  qui  sont  k  re- 
chercher. 

On  peut,  en  outre,  avec  de  très-légers  chan- 
gements, adapter  tous  les  lieux  de  questions  mo- 
rales à  des  questions  physiques,  à  des  questions 
logiques:  il  suffirait,  pour  cela,  de  leur  donner 
une  forme  un  peu  plus  générale. 

Enfin ,  il  est  facile  aussi  d'employer  tous  les 
lieux  universels  sous  forme  particulière,  parce 


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XVI  PLAN  DES  TOPIQUES, 

que  les  propositions  particulières  se  rapportent 
toujours  aux  propositions  universelles,  qui  affir- 
ment ou  qui  nient  comme  .elles.  Les  lieux  uni- 
versels dont  on  pourra  le  plus  aisément  tirer  des 
lieux  particuliers,  sont  ceux  qui  concernent  les 
opposés  dans  toutes  leurs  nuances^  les  conjugués 
et  les  cas,  les  comparaisons,  etc. ,  etc. 

Tels  sont  les  lieux  de  l'accident  universel  et 
particulier. 


LIVRE  QUATRIÈME. 


LIEUX  COMMUNS  DU   GENRE. 

Les  lieux  du  genre  doivent  être  étudiés  après 
ceux  de  l'accident ,  et  avant  ceux  du  propre  et 
de  la  définition ,  parce  que  le  propre  et  la  défini- 
tion ne  pourraient  se  former  sans  le  genre  lui- 
même.  Les  lieux  du  genre  se  confondent  avec 
les  règles  qui  le  régissent  nécessairement.  Ainsi, 
d'abord ,  le  genre  doit  pouvoir  être  attribué  à 
toutes  les  espèces  qui  lui  sont  subordonnées.  11 
est  toujours  dans  la  même  catégorie  qu'elles.  Le 
genre  communique  sa  définition  à  ses  espèces, 
mais  il  ne  reçoit  pas  la  leur.  Le  genre  est  toujours 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xvii 

attribué  à  ce  à  quoi  Teàpèce  est  attribuée.  Le 
genre  est  toujours  plus  large  que  l'espèce  et  que 
la  différence  spécifique.  Le  genre  est  commun  à 
toutes  les  espèces  qu'il  renferme.  Si  donc,  le 
terme  donné  pour  genre  ne  peut  être  attribué 
à  l'une  des  espèces,  c'est  que  ce  terme  n'est  pas 
Yéritablement  genre.  Le  genre  est,  de  plus,  at- 
tribué essentiellement  à  ses  espèces  ;  il  ne  peut 
jamais  être  en  dehors  de  ses  espèces. 

Quand  deux  genres  sont  à  une  seule  espèce, 
l'un  de  ces  genres  est  subordonné  à  l'autre.  Quand 
un  genre  subordonné  est  l'attribut  d'un  sujet,  tous 
les  termes  supérieurs  sont  aussi  les  attributs  de  ce 
sujet.  Quand  le  genre  est  attribué,  sa  définition 
aussi  peut  l'être.  Le  genre  ne  peut  être  confondu 
avec  la  différence,  pas  plus  que  la  différence  ne 
peut  être  confondue  ayec  l'espèce  :  elle  ne  parti- 
cipe pas  du  genre.  Le  genre  ne  peut  donc  être 
sujet  de  la  différence  ;  mais,  du  moment  que  le 
genre  est  attribué,  il  faut  aussi  qu'une  des  diffé- 
rences de  ce  genre  le  soit  également.  Le  genre 
est  naturellement  antérieur  à  l'espèce,  et  l'es- 
pèce peut  être  détruite  sans  que  le  genre  le  soit. 
L'espèce  ne  quitte  jamais  le  genre,  et  ne  peut, 
par  conséquent,  participer  au  contraire  du  genre; 
Le  genre  peut  recevoir  tous  les  attributs  des  es- 
pèces. Tout  genre  renferme  plusieurs  espèces.  Le 

IV.  b 


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ivm  PLAN  DBS  TOPIQUES, 

genre  et  les  espèces  sont  toujours  synonymes. 
Tout  genre  est  atta-ibué  proprement  et  non  mé- 
taphoriquement à  ses  espèces. 

Il  suit  de  ces  règles  que»  si  le  genre  en  ques- 
tion n'ayant  pas  de  contraire,  le  contraire  de 
l'espèce  n'est  pas  dans  ce  même  genre,  c'est  que 
le  raisonnement  est  faux  ;  que  si  le  genre  ayant 
on  contraire,  le  contraire  de  lespèce  n'est  pas 
dans  le  genre  contraire,  on  s'est  également 
trompé;  que  si  le  genre  et  l'espèce  ayant  un 
contraire,  les  genres  contraires  ont  des  intermé- 
diaires sans  que  les  espèces  en  aient,  la  proposi- 
tion est  réfutable  ;  qu'elle  l'est  également ,  si  le 
genre  et  l'espèce  contraires  ayant  des  intermé- 
diaires ne  les  ont  pas  dans  le  même  rapport  ; 
qu'au  contraire,  le  genre  a  été  l>ien  donné,  si  le 
genre  n'ayant  pas  de  contraire  et  l'espèce  en  ayant 
vn,  on  a  placé  le  contraire  sous  ce  genre,  etc« 

On  peut  encore  Urer  les  lieux  du  genre,  des 
conjugués,  des  causes  et  des  effists ,  des  opposés 
dans  toutes  leurs  nuances,  contradictoires,  rela- 
tifs, etc.  Si ,  par  exemple»  tous  les  conjugués  de 
l'espèce  sont  bien  sous  les  conjugués  du  genre, 
la  proposition  est  yraie*  Si  la  cause  est  bien  le 
genre  de  la  cause,  l'effet  sera  bien  le  genre  de 
l'effet.  Si  l'espèce  est  un  relatif,  il  faut  que  le 
genre  en  soit  un  :  ou  autrement  l'on  s'est  trompé. 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xn 

Si  le  gepre  n'est  pas  relatif  à&  la  façon  qae  l'e§t 
l'espèce,  c'est  que  le  genre  n'a  pas  été  bien  indi'* 
que,  etc. ,  etc. ,  etc. 

Le  genre  de  l'acte  ne  pent  être  le  genre  de  la 
faculté,  ni  réciproquement.  La  puissance  qni  suit 
la  faculté  n  est  pas  le  genre  de  cette  faculté.  Le 
conséquent  qui  n'est  pas  toujours  avec  son  anté- 
cédent, ne  peut  être  le  genre  de  cet  antécédent. 
Le  genre  est  tout  entier  à  Tespèce  et  n'y  est  pas 
seulement  en  partie.  La  partie  ne  peut  être  le  genre 
du  tout.  Ce  qui  est  sous  deux  genres  ne  peut  être 
convenablement  placé  sous  un  scmI. 

Ce  qui  ne  se  communique  point  à  des  espèces 
différentes  na  peut  être  pris  pour  genre*  Ce  qnt 
est  le  genre  de  tout,  l'être,  l'un^l^  bien,,  etc, , 
ne  peut  être  pris  pour  le  genre  de  quoi  que  ee 
iott  en  particulier.  Ce  qui  est  dans  le  .sujet  ne 
peut  être  la  genre  du  sujet.  Ce  qui  n'çs^  point  9t^ 
tribuésjnonymiquement  n'est  point  genre.  Ce  qui 
pent  être  également  rapporté  à  deux  genres  doîl 
être  rapporté  au  meilleur.  Le  genre,  enfin ,  est 
ce  qui  étant  constamment  le  conséquent  du  sujet, 
sans  lui  être  réciproque,  est  plus  étendu  que  lui. 

Tels  sont  donc  les  principaui  lieux  du  genre. 
On  peut,  suivant  leur  nature,  suivant  aussi  les 
besoins  de  la  discussion ,  les  employer  à  réfuter 
«n  A  sotttoiîr  1«  thèse.  Les  nns  peuvent  servir 


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x%  PLAN  DES  TOPIQUES, 

dans  les  deux  sens;  quelques  autres  ne  peuvent 
servir  que  dans  un  seul.  C'est  k  Finterlocuteur  de 
les  distinguer,  et  d'en  faire  un  habile  usage^  sui- 
vant les  positions  diverses  que  la  discussion  peut 
lui  donner; 


LIVRE  CINQUIÈME. 


LIEUX   GGIHIIIUNS   DU    PROPRE. 

Le  propre  peut  être  distingué  en  quatre  espèces, 
dont  chacune  prête  à  la  dialectique  des  ressources 
plus  ou  moins  faciles,  plus  ou  moins  considérables. 
Le  propre  peut  être  donné  pour  la  chose  prise  en 
soi  et  indépendamment  de  toute  relation.  Le 
propre  peut  être  donné  pour  une  chose  comparée 
à  une  autre  ;  il  peut  être  donné  comme  perpétuel  ; 
il  peut  enfin  être  donné  comme  simplement  tem- 
poraire. Le  propre  en  soi  isole  et  sépare  complè- 
tement le  sujet  de  tout  autre  ;  le  propre  relatif  ne 
l'isole  que  d'un  autre  sujet  spécial  et  limité.  Le 
moins  dialectique  de  ces  quatre  propres ,  c'est  le 
propre  temporaire,  qui  ne  peut  fournir  matière 
qu'à  un  très-petit  nombre  de  questions.  Quant  au 
propre  relatif,  les  lieux  qui  le  concernent  sont 
précisément  les  mêmes  que  ceux  de  l'accident  y 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xxi 

parce  qu'il  est  lui-même  plutôt  un  accident  qu*ua 
propre.  Reste  donc  uniquement  à  traiter  le  projure 
en  soi  et  le  propre  perpétuel. 

Tous  les  lieux  sur  le  propre  peuvent  se  réduire  à 
deux  principaux  :  Le  propre  a-t-il  été  bien  donné? 
Le  propre  donné  est-il  bien  un  propre?  Le 
propre  est  mal  donné,  il  est  mal  exposé,  si  on  le 
tire  de  termes  moins  connus  que  le  sujet  ;  car  on 
ne  donne  le  propre  du  sujet  que  pour  faire  mieux 
connaître  le  sujet  même.  Si ,  par  exemple,  on  dit 
que  le  propre  du  feu  c'est  de  ressembler  à  Tâme, 
ce  propre  est  moins  connu  que  le  sujet  ;  car  nous 
connaissons  le  feu  plus  que  nous  ne  connaissons 
l'âme.  Parfois  le  propre  donné  peut  être  connu , 
mais  l'on  ignore  qu'il  appartienne  au  sujet,  et 
alors  le  propre  n'est  pas  mieux  donné.  Il  ne  faut 
donc  pas  que  les  mots  dont  on  se  sert  pour  expri- 
mer le  propre  soient  homonymes,  ou  que  la  phrase 
soit  amphibologique.  Il  faut  veiller  aussi  aux 
diverses  significations  que  ie  sujet  lui-même  peut 
présenter.  Il  ne  faut  pas  davantage  que  le  propre 
renferme  de  tautologie,  vice  qui  souvent  échappe 
même  à  la  plus  scrupuleuse  attention.  Le  propre 
ne  doit  point  surtout  renfermer  des  attributs 
qui  puissent  être  appliqués  à  toute  chose.  Enfin 
il  ne  faut  pas  davantage  confondre  plusieurs  pro- 
pres en  un  seul.  * 


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XXII  PLAN  DES  TOPIQUES. 

Le  propre  est  itial  donné  s'il  contient  le  wjet 
ou  une  partie  du  sujets  si  même  il  contient  un 
terme  simultané  au  sujet  ;  et  c'est  ainsi  que  le 
contraire  est  mal  donné  pour  le  propre  du  con- 
traire* Le  propre  est  mal  donné ,  si,  n'étant  pas 
perpétuel ,  on  le  donne  sans  indiquer  la  limita- 
tion de  temps,  et  d'une  manière  absolue.  On  ne 
peut  donner  pour  propre  ce  qui  n'est  connu 
que  par  la  sensation,  et  est  par  conséquent  aussi 
instable  qu'elle.  £n6n ,  il  ne  faut  pas  que  le 
propre  donne  Tessence;  car  on  le  confondrait 
avec  la  définition  ;  et  pourtant  il  doit  donner  le 
genre  et  les  différences ,  mais  ces  différences  ne 
doivent  pas  être  essentielles  • 

Le  propre  donné  est^il  réellement  un  propre? 
Pour  répondre  à  cette  question,  on  pourra  re- 
marquer que  ce  qui  n'appartient  à  aucune  des 
espèces  du  sujet  ne  peut  être  le  propre  du  sujet  : 
que  ce  qui  ne  peut  être  pris  réciproquement  pour 
le  sujet  n'est  pas  un  propre  :  que  le  sujet  ne  peut 
être  donné  pour  le  propre  d'une  de  ses  espèces  : 
que  le  genre  et  la  différence  essentielle  ne  peu- 
vent être  donnés  pour  des  propres  :  que  ce  qui  est 
antérieur  ou  postérieur  au  sujet,  et  non  simultané, 
ne  peut  en  être  le  propre  :  que  pour  des  choses 
identiques  le  propre  doit  être  identique,  etc. ,  etc. 

On  pourra  remarquer  que  le  propre  n'est  point 


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PLAN  DES  TOPIQUEB.  xuii 

réellement  propre,  si  Ton  n'a  point  dit  dans  quel 
^sens  on  l'entend  :  par  exemple,  si  Ton  n'a  point 
dit  qu  il  s'agit  d'un  propre  de  nature ,  ou  d'un 
propre  temporaire^  ou  d'un  propre  immédiat  qui 
est  au  sujet  sans  intermédiaire,  etc.,  etc.  . 

Si  quatre  termes  sont  dans  ce  rapport,  que  le 
second  soit  le  contraire  ou  le  relatif  du  premier 
et  le  quatrième  du  troisième,  si  le  troisième  est  le 
propre  du  premier,  le  quatrième  sera  le  propre 
du  second,  etc.,  etc. 

Si  les  quatre  termes  sont  des  conjugués  deux  à 
deux,  le  troisième  étant  le  propre  du  premier^ 
le  quatrième  le  sera  du  second,  etc.,  etc. 

Le  propre  qui  ne  repose  que  sur  une  simple 
puissance  du  sujet  est  rarement  bien  donné,  parce 
qu'on  pourrait  alors  l'appliquer  au  non  être.  Le 
propre  donné  par  le  superlatif  n'est  pas  mieux 
donné  ;  car  il  n'appartient  pas  au  sujet  seul, 
puisque  œ  sujet  venant  à  disparaître,  il  en  restera 
toujours  un  autre,  qui  présentera  la  qualité  dont 
il  s'agit  à  un  degré  comparativement  supérieur. 

Tels  sont  donc  les  lieux  principaux  par  lesquels 
ou  prouvera  que  le  propre  a  été  bien  ou  mal 
donné,  et  qu'il  est  ou  qu'il  n'est  pas  réellement 
le  propre  cherché. 


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Miv  PLAN  DES  TOPIQUES. 

LIVRÉ   SIXIÈME, 


LIEUX  COMMUNS  DE  LA  DÉFINITION. 

Les  lieux  de  la  défiaition  peuvent  être  partagés 
en  deux  grandes  classes:  les  uns  pour  Tattaquer, 
les  autres  pour  la  défendre. 

La  définition  peut  offrir  cinq  défauts  :  elle  peut 
ne  pas  s'appliquer  à  tout  le  défini ,  ne  pas  donner 
le  genre  propre  du  défini  y  n'être  point  applicable 
au  seul  défini  ^  ne  point  exprimer  Tessence  de  la 
chose  y  enfin  n'être  point  régulière  dans  sa  forme. 
Les  trois  premiers  défauts  doivent  être  attaqués 
par  les  lieux  de  l'accident,  ceux  du  genre  et  ceux 
du  propre;  les  deux  derniers  sont  spéciaux  à  la 
définition.  C'est  parle  cinquième  qu'il  faut  com- 
mencer ,  et  ce  défaut  peut  se  diviser  lui-même 
en  deux  espèces  :  ou  la  définition  est  obscure ,  ou 
elle  contient  des  éléments  inutiles. 

La  définition  est  obscure  quand  elle  contient  des 
termes  homonymes;  et  ces  termes  homonymes 
peuvent  être  soit  dans  la  définition  elle-même , 
soit  dans  le  défini.  La  définition  est  obscure  aussi 
quand  elle  emploie  des  métaphores ,  ou  des  mots 
inusités,  ou  des  mots  impropres.  On  peut  affirmer 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xxv 

encore  qu'elle  est  obscure,  quand  elle  ne  fait  pas 
connaître  le  contraire  du  défini  aussi  bien  que  le 
défini  lui-même  y  et  quand  elle  ne  fait  pas  con- 
naître l'essence  de  la  chose.  Elle  est  alors  comme 
ces  mauvais  tableaux  au-dessous  desquels  il  faut 
écrire  en  toutes  lettres  le  nom  de  Fobjet  que  le 
peintre  a  prétendu  représenter. 

La  définition  contient  des  éléments  inutiles, 
quand  les  mots  dont  elle  se  sert  sont  communs 
et  pourraient  convenir  à  toute  autre  chose  que  le 
défini  ;  quand  on  peut  en  retrancher  une  partie 
sans  en  altérer  le  sens  ;  quand  une  partie  ne  peut 
convenir  à  toutes  les  espèces  de  défini  ;  quand  il 
y  a  tautologie  patente  ou  cachée. 

Telles  sont  les  irrégularités  que  la  définition 
peut  présenter  dans  sa  forme.  Mais  le  plus  grave 
défaut  qu'elle  puisse  avoir  c'est  de  ne  point  don- 
ner l'essence  de  la  chose^  et  alors  elle  cesse  d'être 
une  vraie  définition. 

Toute  définition  qui  ne  se  <»mpose  pas  d'élé- 
ments antérieurs  au  défini  et  plus  connus  que  lui, 
est  mauvaise.  H  faut  d'ailleurs ,  comme  on  sait , 
que  ces  éléments  soient  antérieurs  et  plus  connus, 
non  pas  seulement  par  rapport  à  nous ,  mais  en 
nature.  C'est  là  ce  qui  fait  que  le  repos  ne  peut 
être  défini  par  le  mouvement;  qu'une  chose  ne 
peut  être  définie  par  son  contraire  pas  plus  que 


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XXVI  PLAN  DES  TOPIQUES, 

par  elle-même  ;  que  Ic.^  espèces  de  même  ordre 
ne  peuvent  être  définies  les  unes  par  les  autres  ; 
que  ce  qui  est  d'une  catégorie  supérieure  ne  peut 
être  défini  par  la  catégorie  inférieure,  parce 
qu'alors  on  emploie  le  défini  dans  la  définition 
même  qu'on  prétend  en  donner. 

La  définition  est  mauvaise,  quand  elle  a  omis  de 
donner  le  genre  du  défini  ;  si  elle  n'a  pas  suivi  le 
défini  dans  toutes  ses  relations  ;  si  elle  n'a  consi- 
déré le  défini  que  dans  son  rapport  le  moins  élevé, 
lorsqu'il  en  a  plusieurs  ;  si  elle  n'a  pas  donné  le 
genre  le  plus  prochain  du  défini ,  indispensable 
pour  en  faire  connaître  l'essence. 

On  peut  encore  attaquer  la  définition,  si  elle 
n'a  pas  donné  les  différences  du  genre,  ou  si  elle 
n'a  pas  donné  les  différences  propres.  Ainsi  toute 
différence  doit  avoir  une  différence  opposée  dans 
la  même  division  qu'elle  et  applicable  au  genre  ; 
toute  différence  jointe  au  genre  doit  constituer 
une  espèce  ;  la  différence  n'est  jamais  une  espèce  ; 
elle  a'^fst  jamais  un  genre  ;  jamais  elle  n'exprime 
lesseBce  de  la  chose  ;  jamais  elle  n'est  acciden* 
telle  ;  jamais  elle  n'a  le  genre  pour  attribut ,  non 
plus  qu'elle  n'a  jamais  l'espèce;  elle  est  anté- 
rieure à  l'espèce  ;  une  même  différence  ne  peut 
s'appliquer  à  deux  genres  subordoaoés ,  4  moins 
que  ces  gearas  ne  soieni  eux-mêmes  sous  un 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xxvîi 

genre  commun  ;  elle  ne  peut  tenir  aniquément 
ati  lien  »  à  une  simple  modification  ;  elle  tient  au 
sujet  primitif  de  la  chose. 

La  définition  est  mauvaile,  si  elle  s'applique 
moins  bien  au  défini  qu'à  une  autre  chose  ;  si,  le 
défini  s'àccroissant  ^  la  définition  ne  s'accroH  pas 
avec  lui  ou  à  l'inverse  ;  si  elle  rapporte  le  défini 
à  deux  choses  distinctement. 

Si  elle  omet  la  relation  que  contient  le  défini , 
la  fin  à  laquelle  il  tend  et  à  laquelle  il  se  rapporte. 
kê  circonstances  qui  le  font  être  ce  qu'il  est^  la 
condition  de  l'apparence,  dans  certains  cas  où  elle 
est  indispensable ,  etc. 

La  définition  du  concret  doit  faire  conaattre 
l'abstrait ,  et  réciproquement  ;  celle  de  Topposé 
doit  être  opposée ,  bien  qu'on  ne  puisse  définir  le 
contraire  par  son  contraire,  etc.,  etc. 

Les  cas  pareils  de  la  définition  doivent  contenir 
aux  c«s  pareils  du  défini  ;  la  définition  doit  con-*- 
venir  k  l'idée  du  défini  aussi  bien  qu'au  dtf  ni  lui^ 
même;  Tidenlitéde  la  définition  constitue  les  sy- 
nonymes, etc. 

Quand  on  enlève  à  la  définition  une  partie  qui 
répond  à  une  partie  du  défini ,  ce  qui  reste  de  la 
définition  doit  convenir  à  ce  qui  reste  du  défini. 
Mais  pourtant  la  définition  est  mauvaise  et  n'é- 
claircit  rien  si  elle  ajuste  autant  de  membres  que 


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xxvui  PLAN  DES  TOPIQUES, 

le  défini  ;  si  elle  substitue  des  mots  à  des  mots.  Le 
yice  est  plus  grand  encore,  ^i  elle  substitue  des 
mots  obscurs  à  des  mots  clairs ,  ou  des  mots  qui 
ont  un  sens  différent. 

L'être  est  mal  défini  par  le  non  être.  La  chose 
est  mal  définie,  si  la  définition  ne  la  considère  que 
dans  ce  qu'elle  a  de  meilleur.  Ce  qui  est  désirable 
en  soi  est  mal  défini  par  ce  qui  n'est  désirable 
qu'en  vue  d'un  autre. 

La  définition  qui  laisse  une  alternative  sur  l'es- 
sence du  défini  est  mauvaise  ;  elle  ne  doit  pas  dire 
que  le  défini  est  telle  ou  telle  chose,  elle  doit  ap- 
prendre qu'il  est  telle  chose  uniquement.  Elle  est 
mauvaise ,  quand  elle  indique  plusieurs  éléments 
du  défini  sans  savoir  unir  les  éléments  «t  en  faire 
un  tout,  etc* 

Enfin  la  définition  est  mauvaise,  lorsque,  indi- 
quant que  le  défini  est  le  résultat  d'une  compo- 
sition ,  elle  ne  fait  pas  connaître  le  mode  de  cette 
composition  ;  lorsque  le  défini  recevant  les  con- 
traires, elle  ne  l'explique  que  par  un  seul ,  etc. 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xm 

LIVRE  SEPTIÈME. 


QUESTION  DB  VlBEWnTÉ. 
mATHODB   »OUB   DÉFEIIDBB   LA  DÉFIHITIOB. 

C0U10ÉBATI01I8  CÉSÉEALES  SUR  LIS  LUDX  OOMMinS. 

La  question  de  Tidentité  ou  de  la  différence  des 
choses  peut  se  rattacher  à  celle  de  la  définition , 
parce  qu'il  s'agit  toujours  ^  quand  on  discute  une 
définition ,  de  savoir  si  elle  est  identique  au  défini, 
ou  si  elle  en  est  différente. 

Seulement,  si  les  lieux  qui  établissent  la  diffé- 
rence, ou  détruisent  l'identité ,  détruisent  aussi 
la  définition ,  attendu  que  la  définition  et  le  défini 
doivent  être  identiques,  les  lieux  qui  établissent 
l'identité  ne  suffisent  pas  pour  établir  la  défini- 
tion. C'est  qu'il  ne  suffit  pas,  pour  établir  la  défi- 
nition ,  de  montrer  qu'elle  est  identique  au  défini; 
elle  doit  encore  remplir  certaines  autres  condi- 
tions dont  il  a  été  parlé  plus  haut* 

Après  avoir  fait  voir  comment  on  peut  attaquer 
la  définition ,  il  resterait  a  montrer  comment  on 
peut  la  défendre ,  soin  que  l'on  prend  rarement, 
parce  qu'en  général  les  définitions  sont  posées 
comme  des  principes.  C'est  là  ce  qui  fait  aussi  que 
les  lieux  par  lesquels  on  peut  soutenir  la  défini-^ 


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Ui  PLAN  DES  TOPIQUES. 

tion  y  sont  peu  nombreux ,  et  se  tirent  surtout  des 

opposés  j  des  conjugués  et  des  ca» ,  et  enfin  de  la 

comparaison. 

Ce  sont  là,  du  reste ,  en  général ,  non  pas  seu- 
lement pour  la  définition,  mais  aussi  pour  les 
trois  autres  questions  dialectiques ,  les  lieux  les 
plus  utiles ,  les  plus  universels.  Ce  sont  ceux-là 
surtout  qu'il  faut  étudier^  f  t  qu'il  faut  retantr  de 
mémoire,  afin  de  les  avoir  toujours  â  sa  disposi-- 
Uon. 

11  est  plus  facile  de  détruire  la  définition  que 
de  rétablir.  En  effets  ce  n*est  pas  chose  aisée 
que  de  prouver  que  la  définition  contient  bien 
tous  les  élémeuts  qui  doivent  la  composer^  genre 
et  difiéreoce»  esientieUes,  Or,  il  buA  prouvar 
tous  ces  éléments  un  à  un  pour  établir  la  défini- 
tioD  ;  îl  suffit  I  pour  la  détruire ,  de  montrer  qu'un 
seul  est  faux-  Pour  l'établir,  il  faut  montrer 
qu'elle  n'est  à  aucune  partie  du  défini ,  ou  qu'elle 
n'est  pas  i  tout  le  défini.  Mêmes  remarques  pour 
le  genre  et  le  propre,  qu'il  est  beaucoup  plus  fa- 
cile de  réfuter  que  d'établir.  Ceci  d'ailleurs  est 
général  ;  et,  en  toutes  choses,  renverser  est  bien 
moins  difficile  que  de  construire.  Quant  à  Tacci** 
dent,  il  est  soumis  aussi  à  cette  règle  quand  il  est 
universel  ;  maislorsqu'ileslparticuUer,  il  est  beau- 
coup plus  aisé  de  l'étaUlr  que  de  le  renverser* 


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PLAN  Des  TOPIQUES.  xwi 

De  tootM  les  questions  dialectiques,  c*est  la  déG- 
Mtkm  qoi  offre  le  plus  de  prise  à  Tatlaque  »  à 
^Mm  des  nombreuses  conditioni  qu'elle  doit 
remplir*  De  plus ,  tous  les  lieux  qui  servent  à 
renTerser  les  autres  questions ,  pourront  servir 
aussi  contre  elle ,  tandis  que  la  réciproque  n'est 
pas  vraie.  Par  la  même  raison ,  c'est  elle  qu'il 
est  le  plus  difficile  d'établir.  Puis  après  elle,  vient 
le  propre.  La  plus  facile  des  questions  à  établir, 
c'est eelle  de  l'accident;  et  par  là  même,  c'est  Ifi 
plus  difficile  à  renverser. 

Ici ,  finissent  les  lieux  communs  de  la  dialec- 
tique proprement  dite.  Il  ne  reste  plus  qu'a  voir 
oomment  il  iaut  les  employer  dans  la  discossioa, 
et  quelles  sont  les  règles  de  l'interrogation  et  de 
la  réponse. 


LIVRE  HUITIÈME. 


DB  LA  PRATIQUE  DIALeCTIQCE. 

Après  tout  ce  qui  précède,  il  ne  reste  plus  qu'à 
dire  l'ordre  qu'on  doit  suivre  dans  la  discussion 
et  dans  les  interrogations  qu'on  pose  à  Tiftierlo- 
CBtew»  los  4evoirs  d«  celui  qui  répond  ^  et  enfin 


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xx\ii  PLAN  DES  TOPIQUES, 

les  exercices  auxquels  les  deux  interlocuteurs 
doivent  se  livrer  avant  d'en  venir  à  la  lutte  dia«- 
lectique.  il  faut  donc  d'abord ,  quand  on  inter^- 
roge,  trouver  le  lieu  d'où  l'on  doit  tirer  son  ali- 
ment, et  ne  poser  sa  demande  qu'après  avoir 
bien  examiné  comment  on  peut  conduire  toute 
l'argumentation.  Parmi  les  propositions  qu'on 
peut  avoir  à  choisir,  les  unes  sont  nécessaires,  et 
ce  sont  celles  sans  lesquelles  le  syllogisme  ne  se- 
rait pas  possible  ;  les  autres  ne  sont  pas  indispen- 
sables, mais  elles  servent,  soit  à  préparer  une 
induction,  soit  à  orner  le  discours,  soit  à  cacher 
la  pensée  qu'on  ne  veut  pas  laisser  voir,  soit  à 
éclairer  celle  qu'on  veut  mettre  dans  tout  son 
jour.  11  faut  se  garder  de  demander  sur-le-champ  à 
son  antagoniste  les  propositions  nécessaires;  car, 
selon  toute  probabilité,  il  ne  les  concéderait  pas. 
On  doit  alors  recourir,  soit  à  des  propositions  su- 
périeures à  celles-là,  soit  à  des  propositions  infé- 
rieures ,  qu'on  obtient  bien  plus  aisément.  Il  ne 
faut  demander  les  propositions  nécessaires,  que 
dans  le  cas  où  elles  sont  d'une  telle  évidence  que 
l'adversaire  ne  peut  les  refuser.  Quant  aux  pro- 
positions non  nécessaires ,  on  ne  doit  jamais  les 
demander  qu'en  vue  des  autres.  C'est  surtout 
quand  on  veut  cacher  sa  pensée  et  le  but  qu'on 
poursuit,  qu'il  faut  déployer  toute  son  adresse.  La 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xxxiïi 

dialectique  offre  ici  les  plus  délicates  ressources, 
sans  manquer  cependant  un  seul  instant  à  la 
loyauté 9  que  le  sophiste  seul  peut  méconnaître. 

11  faut,  du  reste,  se  servir  de  syllogismes  avec 
les  gens  éclairés ,  et  d'inductions  avec  les  gens 
moins  habiles.  Les  syllogismes  et  les  inductions 
sont  soumis  à  des  règles  qu'il  sera  bon  d'observer 
avec  soin ,  si  l'on  veut  que  la  discussion  soit  régu- 
lière et  féconde. 

Les  thèses  qui  sont  faciles  à  défendre  sont  fort 
difficiles  à  réfuter.  Ce  sont,  d'un  côté,  les  pre- 
miers principes  d'où  Ton  part  pour  discuter  ;  ce 
sont ,  d'un  autre  côté ,  les  conclusions  dernières 
auxquelles  on  arrive.  Ce  qui  rend  une  thèse  dif- 
ficile à  combattre,  c'est  lorsque  les  termes  qui  la 
composent  ont  besoin  de  définition  ou  d'éclair- 
cissement. Le  premier  soin  qu'il  faut  prendre 
alors  c'est  d'expliquer  les  mots  obscurs,  et  surtout 
ceux  qui  tiennent  de  près  aux  premiers  principes. 

L'interlocuteur  qui  interroge  n'a  jamais  qu'un 
but,  c'est  de  pousser  l'adversaire  aux  assertions 
les  plus  absurdes  ;  et  celui-ci ,  quand  il  est  tombé 
dans  le  piège,  n'a  qu'un  seul  parti  à  prendre,  c'est 
de  prouver  que  ce  n'est  pas  par  sa  faute  person- 
nelle, mais  bien  par  la  nature  même  de  la  thèse, 
qu'il  a  été  amené  à  ces  insoutenables  assertions. 

Selon  que  la  discussion  a  pour  but  ou  d'ins- 
IV.  e 


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i 


xxxiv  PLAN  DES  TOPIQUES, 

truire  les  interlocuteurs,  ou  de  montrer  la  force 
de  l'un  et  la  faiblesse  de  l'autre,  ou  de  les  eiercer 
simplement  tous  deux ,  il  faut  n'accorder  que  des 
propositions  qui  semblent  vraies,  ou  faire  tous 
ses  efforts  et  employer  tous  les  moyens  pour  ob- 
tenir la  victoire.  11  faut ,  d'ailleurs ,  distinguer 
quand  on  répond  »  entre  les  diverses  espèces  de 
propositions  :  improbables,  probables,  sans  carac- 
tère déterminé  ni  dans  l'un  ni  dans  l'autre  sens, 
ou  bien  simplement  probables  pour  Tinterlocu- 
teur,  ou  pour  quelque  philosophe  dont  il  atteste 
l'autorité. 

U  faut  varier  aussi  ses  réponses  selon  que  la 
proposition ,  d'ailleurs  probable  ou  improbable , 
tient  ou  ne  tient  pas  au  sujet.  En  un  mot ,  bien 
répondre  ce  sera  de  toujours  accorder  à  l'adver- 
saire ce  qu'on  doit  lui  accorder,  et  lui  refuser 
toujours  ce  qu'on  lui  doit  refuser. 

Si  la  proposition  est  obscure ,  il  ne  faut  pas 
craindre  de  dire  qu'on  ne  la  comprend  pas,  et  de 
demander  des  éclaircissements.  Si  elle  a  plusieurs 
sens ,  il  faut  indiquer  avec  soin  celui  de  tous  dans 
lequel  on  la  prend  :  et,  si  l'on  a  omis  de  faire 
cette  distinction  au  début,  il  faut  encore  la  faire 
même  quand  la  conclusion  a  été  tirée  par  l'ad- 
versaire. 

Quand  on  doit  répondre  à  une  induction  et  non 


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PLAN  DES  TOPIQUES,  xmv 

plugà  un  syllogisme  y  il  faut  réfuter  Vuniverael 
lire  des  cas  particuliers  discutés ,  en  montrant 
.par  une  objection ,  que  tel  cas  particulier  qu'on 
cite  )  ne  rentre  pas  dans  l'universel ,  ou  bien  e|i 
soutenant  une  proposition  contraire.  Si  l'on  ne 
fait  ni  d'objetion ,  ni  de  proposition  contraire,  et 
.qu'on  repousse  cependant  l'universel,  on  paraîtra 
n'élever  qu'une  chicane  peu  loyale. 

Du  reste ,  avant  de  soutenir  une  thèse ,  il  est 
bon  de  s'être  fait  à  soi-même  toutes  les  objections 
qu'elle  peut  soulever;  et  il  faut  l'abandonner  tout 
à  fait  si  elle  est  improbable. 
.  Une  fois  déterminé  à  la  défendre ,  on  peut  em- 
ployer deux  moyens^  ou  détruire  l'argument  élevé 
contre  elle,  ou  empêcher  la  conclusion.  Pour  em^ 
pêcher  la  conclusion ,  on  peut  ou  aller  droit  à  I9 
cause  erronnée  qui  l'a  produite,  ou  opposer  à 
l'adversaire  une  objection  qu'il  ne  peut  résoudre, 
ou  ne  point  signaler  les  propositions  indispen* 
sables  à  la  conclusion  que  l'adversaire  ne  sait 
pas  trouver ,  ou  enfin ,  ce  qui  est  le  plus  mauvais 
moyen ,  alléguer  que  le  temps  ne  suffit  pas  pow 
une  discussion  aussi  grave. 
.  On  peut ,  d'ailleurs,  s'en  prendre,  soit  au  rair 
sonnement  lui-même,  soit  à  l'interlocuteur  qui  ne 
sait  pas  bien  le  conduire. 

On  est  toujours  en  droit  d'exiger  que  Targ^*- 


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XXXVI  PLAN  DES  TOPIQUES. 

mentation  soit  parfaitement  claire  et  qu'elle  ne 

soit  point  fausse. 

Jamais  elle  ne  doit  contenir  ni  pétition  de 
principes  ni  pétition  de  contraire ,  dans  aucune 
des  nuances  que  Tune  et  l'autre  de  ces  deux  pé- 
titions peuvent  revêtir. 

Reste  enfin,  et  pour  terminer  toute  la  dialec- 
tique ,  à  indiquer  les  exercices  principaux  aux- 
quels les  deux  interlocuteurs ,  soit  qu'ils  répon- 
dent, soit  qu'ils  interrogent,  doivent  se  livrer. 
D'abord ,  il  faut  qu'ils  s'habituent  à  convertir  les 
syllogismes  suivant  les  règles,  qui  sont  bien  con- 
nues, pour  se  rendre  plus  rapides  dans  la  discus«- 
sion  et  savoir  ainsi  multiplier  les  arguments.  Une 
thèse  quelconque  étant  posée,  il  faut  savoir  trou- 
ver des  arguments  pour  et  contre ,  avec  les  solu- 
tions convenables  dans  l'un  et  l'autre  sens  ;  et  ceci 
est  utile  tout  aussi  bien  pour  la  philosophie  et 
les  études  scientifiques  que  pour  la  discussion. 
Ensuite,  il  faut  se  préparer  surtout  des  arguments 
sur  les  sujets  qui  se  reproduisent  le  plus  fréquem- 
ment. 11  faut  aussi  faire  provision  nombreuse  de 
définitions,  et  retenir  par  cœur  les  lieux  les  plus 
ordinaires  de  la  dialectique.  On  doit  s'appliquer 
encore  à  savoir  d'un  seul  argument  en  faire  plu- 
sieurs, et  de  plusieurs  n'en  faire  qu'un  seul,  sui- 
yant  le  besoin.  Il  faut  s'habituer  à  tirer  de  toute 


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PLAN  DES  TOPIQUES.  xxxvu 

argumentation  des  propositions  qui  plus  tard 
pourront  servir  la  thèse  qu'on  soutient.  11  faut 
encore  apprendre  à  choisir  ses  interlocuteurs,  et 
ne  pas  se  commettre  avec  des  gens  peu  éclairés. 
Enfin,  s^attacher  surtout  à  recueillir  des  argu-^ 
ments  sur  les  questions  où  ils  sont  peu  nombreux. 


PLAN 

DES  RÉFUTATIONS 

DES  SOPHISTES. 
PREMIÈRE  SECTION. 


ESPÈCES  DIVERSES  DES  PARALOGISMES. 

Une  réfutation  sophistique  est  celle  qui  paratt 
seulement  réfuter ,  mais  qui,  au  fond,  ne  réfute 
pas.  Elle  n'a  pour  elle  que  l'apparence  ,  comme 
ces  gens  qui  n'ont  de  la  santé  que  les  dehors , 
comme  ces  métaux  trompeurs  qui  n'ont  de  l'or  et 


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xxxvin  PLAN  DES  RÉFUTATIONS 
de  Targent  que  l'éclat.  La  véritable  réfutation  est 
celle  qui  contredit  vraiment  la  conclusion  d'abord 
avancée.  La  fausseté  de  la  réfutation  tient  le  plus 
ordinairement  à  une  équivoque  purement  ver- 
bale. Mais  ces  réfutations  ne  sont  qu'à  l'usage 
du  sophiste,  c'est-à-dire  du  faux  sage,  qui  veut  se 
donner  l'extérieur  de  la  science  et  de  la  vertu , 
afin  de  tirer  un  lucre  des  prétendues  qualités  qu'il 
n'a  pas.  Pour  atteindre  son  but,  il  a  deux  moyens  : 
cacher  d'abord  les  ruses  honteuses  qu'il  emploie, 
et,  en  second  lieu^  donner  à  son  adversaire,  du 
moins  à  l'apparence,  les  torts  de  raisonnement 
qu'il  a  lui-même. 

11  n'est  pas  besoin  de  dire  que  l'argumentation 
sophistique  est  la  dernière  de  toutes;  car  elle  ne 
se  propose  ni,  comme  l'analytique,  d'instruire 
l'interlocuteur  en  le  conduisant  au  vrai  ;  ni  comme 
la  dialectique,  de  l'éclairer  par  le  probable  ;  ni 
même  d'essayer  ses  forces.  Elle  ne  se  propose  que 
de  le  tromper  ;  le  syllogisme  qu'elle  fait  est  pu- 
rement contentieux. 

On  peut  dire  que  le  sophiste  poursuit  toujours 
l'une  de  ces  cinq  choses  :  ou  il  veut  réfuter  son 
interlocuteur  et  l'amener  à  se  contredire  ;  ou  il 
veut  le  pousser  à  soutenir  une  thèse  fausse,  ou 
tout  au  moins  paradoxale  ;  ou  il  veut  le  contraindre 
à  faire  des  fautes  de  langue,  des  solécismes  ;  ou, 


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DES  SOPHISTES.  xxxïx 

enfin ,  il  veut  l'amener  à  de  vaines  et  ridicules  re^ 
dites.  On  sent  que,  de  ces  cinq  objets,  c*est  sur- 
tout le  premier  que  le  sophiste  recherche  avec 
ardeur. 

Les  réfutations  sophistiques  sont  de  deux  es- 
pèces :  ou  purement  verbales,  ou  en  dehors  des 
mots.  Les  réfutations  fausses  et  purement  ver- 
bales viennent  :  de  Thomonymie,  quand  on  fait 
équivoque  sur  les  divers  sens  d'un  mot  :  de  l'am- 
phibologie, quand  on  fait  équivoque  sur  les  di- 
vers sens  d'une  phrase  :  de  la  composition^  quand 
on  réunit  des  mots  qui  devraient  être  séparés:  de 
la  division,  quand  on  sépare  des  mots  qui  de- 
vraient être  réunis:  de  la  prosodie,  quand  on  pro- 
nonce ou  qu'on  écrit  un  mot  avec  une  inflexion 
qui  en  dénature  le  sens  ordinaire  :  enfin ,  de  la 
forme  même  du  mot,  quand,  sur  la  foi  d'une 
simple  terminais^ ,  on  change  le  genre  et  la  na- 
ture grammaticale  du  mot. 

Les  paralogismes  en  dehors  des  mots,  et  qui 
ne  viennent  pas  d'une  erreur  verbale,  ont  lieuse- 
ion  qu'on  les  tire  :  de  Taccident,  quand  on  suppose 
que  les  attributs  d'un  sujet  doivent  être  aussi  les  at- 
tributs de  tous  les  accidents  de  ce  sujet  :  de  la  con- 
fusion de  l'absolu  et  du  relatif,  quand  on  prend 
pour  vrai  absolument  ce  qui  n'est  vrai  qu'en  partie: 
4e  l'ignorance  de  la  réfutation ,  quand  on  ne  sait 


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XL  PLAN  DES  RÉFUTATIONS 

pas  d'une  manière  très-précise  ce  qu'est  le  vrai, 
syllogisme^  la  vraie  réfutation  :  de  la  pétition  de 
principe  :  de  la  consécution  erronée  de  certains 
termes  y  que  Ton  croit,  à  tort,  réciproquement 
conséquents  l'un  de  l'autre ,  erreur  qui  se  repro- 
duit  bien  fréquemment  en  rhétorique  et  même  en 
philosophie  :  de  la  méprise  sur  la  cause  de  la  con- 
clusion ,  quand  on  réfute  une  proposition  comme 
si  elle  produisait  la  conclusion  fausse,  tandis  que 
c'est  une  autre  proposition  qui  la  produit  :  enfin , 
de  la  réunion  de  deux  questions  en  une  seule, 
quand  elles  devraient  l'une  et  l'autre  être  dis- 
tinctes et  séparées. 

On  peut,  du  reste,  ramener  tous  les  paralo- 
gismes  à  une  cause  unique  :  l'ignorance  de  la  ré- 
futation ,  la  troisième  de  celles  que  nous  avons 
énumérées  en  dernier  lieu.  Verbales  ou  réelles, 
les  réfutations  sophistiques  ne  paraissent  réfuter 
que  parce  que  l'interlocuteur  ne  se  rend  pas  bien 
compte  de  ce  qu'est  la  réfutation.  Qu'on  définisse 
ce  qu'on  doit  entendre  par  réfutation ,  et  l'on 
verra  sur-le-champ  la.  fraude  peu  loyale  dont  on 
est  victime.  Qu'on  parcoure  une  à  une  toutes  les 
espèces  de  paralogismes,  et  l'on  se  convaincra 
que  toutes  peuvent  être  repoussées  par  une  dis- 
tinction exacte  sur  ce  point. 

On  peut  rapporter  à  cette  cause  unique,  non 


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DES  SOPHISTES.  xu 

pas  seulement  les  syllogismes  irréguliers  et  faux 
par  la  forme,  mais  tous  les  syllogismes  faux  par 
la  matière^  c'est-à-dire^  tous  ceux  où  les  proposi* 
tioDS  ne  sont  pas  vraies*  Au  fond,  la  réfutation 
sophistique ,  fausse  comme  elle  Test ,  n*en  peut 
devenir  une  que  par  la  faiblesse  ou  l'ignorance 
de  l'interlocuteur,  qui  concède  à  son  déloyal  ad- 
versaire ce  qu'il  ne  devrait  pas  lui  accorder. 

Chaque  science  a  des  réfutations  qui  lui  sont 
propres,  comme  elle  a  des  syllogismes  qui  ne  sont 
qu'à  elle.  Autant  de  réfutations  possibles  que  de 
syllogismes  :  c'est-à-dire  que  les  réfutations  sont 
en  nombre  infini.  Mais  ces  réfutations  sont  vraies, 
tandis  que  celles  des  sophistes  sont  complètement 
fausses. 

Fausses  ou  vraies,  les  réfutations  ne  s'adressent 
jamais  uniquement  aux  mots ,  comme  quelques- 
uns  le  soutiennent  ;  du  mot ,  elles  vont  jusqu'à  la 
pensée.  Elles  peuvent  bien  s'appuyer  seulement 
sur  les  mots,  ainsi  que  nous  l'avons  fait  voir,  mais 
elles  vont  au-delà.  Et  d'une  manière  générale,  la 
réfutation  porte  à  la  fois  sur  la  pensée  tout  a  ssi 
bien  que  sur  les  expressions  qui  la  font  com- 
prendre. 

11  faut  du  reste  distinguer  avec  soin  les  para- 
logismes  qui  se  forment  dans  chaque  science  par 
des  principes  qui,  tout  faux  qu'ils  sont^  appar- 


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XLH  PLAN  DES  RÉFUTATIONS 

tieiment  cependaDl  à  cette  science  y  et  les  para- 
logismes  qui  ne  viennent  que  de  principes  com- 
muns. Ces  derniers  sont  les  plus  ordinaires  parce 
qu'ils  sont  è  la  portée  même  des  gens  les  moins 
éclairés. 

Tel  est  le  premier  objet  que  se  propose  le  so- 
phiste :  la  réfutation  apparente  de  ses  interlocu- 
teurs. 

Le  second  et  le  troisième ,  c'est  de  les  amener 
k  soutenir  le  faux,  ou  tout  au  moins  un  paradoxe. 
Pour  y  parvenir,  le  sophiste  laisse  d'abord  la  thèse 
dans  le  vague,  et  n'en  précise  ni  les  termes  ni  le 
sujet;  puis  il  multiplie  tant  qu'il  peut  ses  inter* 
rogations;  il  feint  dé  vouloir  s'instruire  par  les 
réponses  qu'on  lui  fait,  et  séduit  ainsi  la  bonne 
foi  du  novice  auquel  il  s'adresse.  Il  s'appuie,  pour 
faire  accepter  le  paradoxe,  sur  les  opinions  sou- 
vent contradictoires  des  philosophes ,  sur  la  dis- 
tinction des  intentions  et  des  paroles,  surtout  sur 
la  distinction ,  si  chère  à  tous  les  sophistes,  de  la 
nature  et  de  la  loi ,  sur  l'opposition  des  sages  et 
du  vulgaire,  dont  les  uns  ne  suivent  que  la  vérité, 
et  dont  les  autres  obéissent  aveuglément  à  l'opt* 
nion. 

La  tautologie ,  quatrième  écueil  sur  lequel  les 
sophistes  poussent  leur  adversaire ,  tient  surtout 
à  lajctmlusion  des  relatifs.  Gomme  aussi,  les  fautes 


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DES  SOPHISTES.  xLin 

de  langue,  les  solécismes  tiennent  le  pins  souvent 
à  la  confusion  des  genres ,  laquelle  est  surtout 
facile  ayec  le  pronom  neutre  démonstratif,  qui 
s^adresse  encore  tout  aussi  bien  au  masculin  et 
au  féminin. 

Il  est  bon  aussi  de  voir  quelle  est  la  méthode 
que  suit  le  sophiste  dans  ses  interrogations,  afin 
de  se  mettre  en  garde  contre  ses  pièges  :  prolixité 
de  l'exposition ,  rolubilité  de  paroles ,  provoca- 
tion à  rinjteriocttteur  pour  le  mettre  hors  de  lui 
par  l'impatience  ou  la  colère ,  désordre,  dissimu- 
lation,  emploi  de  propositions  qui  n'ont  pas  été 
formellement  concédées ,  distinctions  captieuses, 
déplacement  de  la  discussion,  etc.^etc.  :  tels  sont 
les  moyens  mis  en  œuvre  parle  sophiste,  et  contre 
lesquels  il  faut  nous  savoir  défendre* 


DEUXIÈME  SECTION. 


SOLUTION  DES  PARALOGISME^ 

Savoir  résoudre  les  paralogisnieSy  est  utile  «on 
pas  seulement  contre  les  sophistes  :  k  philosophie 


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XLiv  PLAN  DES  RÉFUTATIONS 

elle-même  peut  y  profiter.  On  connaît  mieux  les 
choses  quand  on  sait  ainsi  connaître  les  mots  ;  et 
l'on  se  trompe  moins  soi-même  dans  ses  études 
personnelles  y  quand  on  sait  ainsi  réfuter  les  er- 
reurs des  autres. 

Il  faut  bien  se  dire  que ,  de  même  que  la  réfu- 
tation y  la  solution  peut  être  vraie  ou  seulement 
apparente;  et  cette  dernière,  tout  imparfaite 
qu'elle  est,  doit  être  aussi  quelquefois  employée 
contre  les  sophistes.  La  réfutation,  quQnd  elle  est 
véritable,  est  par  cela  même  insoluble.  La  vraie 
solution  consiste  le  plus  ordinairement  à  faire 
dès  le  début  les  distinctions  nécessaires  :  et  c'est 
un  soin  de  la  plus  haute  importance  devant  le- 
quel il  ne  faut  jamais  reculer,  etc.,  etc. 

11  faut,  pour  donner  la  solution  vraie,  regarder 
d'abord  à  la  forme  du  syllogisme ,  et  s'assurer 
qu'elle  est  bien  régulière:  puis  ensuite  au  fond^ 
et  s'assurer  s'il  est  faux  ou  vrai.  On  doit,  du 
reste ,  être  aussi  rapide  que  possible  dans  la  dis- 
cussion y  et  s'habituer  à  trouver  sur-le-champ  la 
solution  convenable,  sans  accorder  à  la  réflexion 
un  temps  que  le  sophiste  ne  manquerait  pas  de 
mettre  à  profit. 

Lesparalogismes  par  homonymie  sont  faciles  à 
résoudre,  que  l'erreur  soit  d'ailleurs  dans  les  pré- 
misses ou  dans  la  conclusion ,  en  montrant  que 


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DES  SOPHISTES.  xtv 

le  sophiste  a  fait  porter  la  réfutation  sur  un  seuls 
dont  il  n'était  pas  question . 

Pour  la  combinaison  et  la  division ,  il  suffit  de 
diviser  les  mots  quand  le  sophiste  les  réunit ,  de 
les  réunir  quand  il  les  divise. 

Les  paralogismes  de  prosodie  sont  plus  rares  ; 
mais  on  les  résout  aussi  aisément  en  faisant  les 
distinctions  convenables,  d'après  la  prononciation 
diverse  des  mots. 

On  résout  ceux  qui  tiennent  à  la  forme  gram- 
maticale des  mots,  en  rétablissant  les  genres  véri- 
tables des  choses  que  le  sophiste  confond  à  des- 
sein, en  séparant  les  catégories  qu'il  mêle  par 
une  simple  analogie  dans  les  terminaisons,  etc.  ,etc. 

En  général ,  pour  les  paralogismes  de  mots,  il 
suffit  de  toujours  soutenir  le  contraire  de  ce  qu'a 
soutenu  le  sophiste. 

Pour  les  paralogismes  tirés  de  l'accident,  la  so- 
lution consiste  à  nier  que  les  attributs  de  l'acci- 
dent appartiennent  nécessairement  au  sujet  de  cet 
accident.  Cette  statue ,  disent  les  sophistes ,  est  à 
vous;  or  cette  statue  est  une  œuvre,  donc  cette 
statue  est  une  œuvre  à  vous,  elle  est  votre  œuvre. 
Ce  chien ,  ajoutent-ils ,  est  à  vous  :  or  ce  chien 
est  père ,  donc  il  est  père  à  vous ,  il  est  votre 
père.  Pas  le  moins  du  monde  :  cette  statue,  ce 
chien  ne  sont  œuvre  et  père  que  par  accident  : 


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%Wî  PLAN  DES  RÉFUTATIONS 

donc  FœQYre  et  le  père  ne  m'appartiennent  pas  ^ 
mais  seulement  la  statue  et  le  chien  m'appar-* 
tiennent,  etc.,  etc. 

La  solution  des  paralogismes  formés  par  cooh 
fusion  de  l'absolu  et  du  relatif,  s'obtiendra  en  dis? 
tinguanl  soigneusement  Tun  de  Fautre.  De  ce 
qu'une  chose  est  limitativement  telle  chose,  il  ne 
s'ensuit  pas  qu'elle  est  absolument.  Ainsi,  lenon^ 
être  est  concevable  ;  mais  ceci  ne  veut  pas  dire 
qu'il  est,  etc.,  etc* 

Quand  le  paralogisme  tient  à  l'ignorance  de  la 
réfutation ,  il  suffit  de  comparer  la  réfutation  è  la 
thèse  soutenue  et  de  prouver  qu'elle  ne  la  con^ 
tredit  pas  réellement. 

La  pétition  de  principe  est  résolue  par  cela 
même  qu'on  la  signale. 

Pour  la  consécution  erronée,  il  faut  faire  voir 
que  le  sophiste  raisonne ,  en  effet ,  d'après  cette 
consécution,  qui  n'est  point  exacte.  On  peutcon* 
dure  de  l'existence  de  l'antécédent  à  l'existence 
du  conséquent,  et  de  la  destruction  du  conséquent 
à  celle  de  l'antécédent;  mais  on  ne  peut  récipro- 
quement conclure  de  l'existence  du  conséquent  à 
celle  de  l'antécédent,  ni  de  la  perte  de  l'antécé- 
dent à  celle  du  conséquent. 

Pour  prouver  qu'on  s'est  attaché  a  une  cause 
fausse,  à  une  cause  qui  n'est  pas  cause,  on  n'aura 


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DES  SOPHISTES.  xLvti 

qu'à  montrer^  que,  même  en  enlevant  cette  pro* 
position,  la  conclusion  n'en  subsiste  pas  moins. 

Pour  la  confusion  de  plusieurs  interrogations 
en  une  seule,  il  suffît  de  les  distinguer  les  unes  dçs 
autres,  et  de  répondre  à  chacune  séparément. 

On  évitera  les  répétitions  inutiles  et  ridicules, 
en  montrant  que  le  mot  isolé  n'a  pas  la  mémo 
signification  que  lorsqu'il  est  réuni  à  d'autres. 

On  évitera  les  solécismes  en  distinguant  avec 
soin  les  genres  et  les  cas. 

Il  ne  faut  pas,  du  reste,  s'y  méprendre  :  si  quel^ 
ques  paralogismes  sont  grossiers  et  faciles  à  ré* 
SQudre,  il  en  est  dont  la  solution  est  extrêmement 
difficile.  On  voit  bien  que  le  raisonnement  est 
faux;  mais  en  quoi  est-il  faux?  c'est  ce  que  sou- 
vent on  ne  saurait  dire.  Les  plus  embarrassants 
sontceux  qui  soulèvent  le  plus  de  doutes,  etc.  ,etc. 


TROISIEME  SECTION. 


RÉSUMÉ  GÉNÉRAL  DE  LA  LOGIQUE. 

Nous  voici  maintenant  arrivés,  non  pas  seule- 
ment à  la  fin  de  cette  étude  sur  la  sophistique , 


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xLViii  PLAN  DES  BÉFUTATIONS,  ETC. 
non  pas  seulement  à  la  fin  de  nos  études  sur  la 
dialectique,  mais  à  la  fin  de  toutes  nos  re- 
cherches sur  la  science  du  raisonnement.  Ces  re- 
cherches ont  été  bien  longues^  elles  nous  ont 
coûté  bien  des  labeurs  et  bien  du  temps;  car  per- 
sonne ne  nous  avait  frayé  la  route;  et  nous  n'a- 
yions  point  ici,  comme  pour  Tart  de  larhétorique, 
des  travaux  antérieurs  aux  nôtres.  Nous  avions 
tout  à  faire.  Que  ce  soit  notre  excuse  pour  les 
lacunes  que  notre  ouvrage  doit  encore  présenter; 
que  ce  soit  notre  titre  à  la  reconnaissance  de 
tous  ceux  qui  nous  liront,  pour  les  découvertes 
que  nous  avons  faites,  sans  que  d'autres  mains  les 
eussent  préparées. 


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TOPIQUES, 


LIVRE  PREMIER. 


DE  LA  DIALECTIQUE. 

^VnnOKS  MALBCTHKfBS.— DBS  IKSTBVMBHTS 
VIALBCTHKJSS. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Objet  de  la  Dialectique.  —  Du  Syllogisme  en  général  :  de  la 
Démonstration  :  du  Syllogisme  dialectique.  —  Distinction 
des  propositions  vraies  et  des  propositions  probables.  — 
Du  Syllogisme  éristique.  —  Du  paralogisme.  —  Caractère 
de  ces  considérations  préliminaires. 

§  I.  T^  but  de  ce  traité  est  de  trouver  une  méthode 
à  Taide  de  laquelle  nous  puissions  faire  des  syllogismes 


Topigiiet,  la^Topiqnes  sont  cités 
par  Aristoce  Itti-méme,  Iferm^fMto, 
eh.  11,  %  %  et  FrmntêrM  Ânâi^i- 
9tief,  liv.  1,  ch.  1,  ft  6,  sans  parler 
des  nonibreoses  citations  faites  dans 
la  Rbétorique.  Thèopbraste,  Gicé- 
KM»Aleiaiidred*Aphrodi8e,  ont  es- 
sayé de  définir  ce  qu'on  doit  en- 
tendre par  lieo  dialectique,  et  con- 
aéquemment,  parTopiqve  on  recueil 
des  lieoi  oonnmns  de  dialectique. 


Yolci  la  définition  de  Tbéophraste, 
qu*on  peut  rapporter  k  ranteur 
même  de  FOrganon,  et  que  nous  a 
conservée  Alexandre  (Édit  de  Ber- 
lin, lom.  4,  p.  t5a,  a,  et  963,  b)  : 
«  Un  lieu,  dit  Tlièophraste,  est  un 
«  principe  ou  un  élément  d*où  nous 
«tirons  les  principes  de  chaque 
«  question,  déterminé  dans  sa  dr- 
«  conscription  totale,  mais  indé^ 
«terminé  pour  les  cas  partieu* 


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2  TOPIQUES. 

sur  toute  sorte  de  questions  données,  en  partant  de 
propositions  simplement  probables;  et  qui  nous  ap- 
prenne,  quand  nous  soutenons  une  discussion;  à  ne 
rien  avancer  qui  soit  contradictoire  à  nos  propres 
assertions. 

§  a.  D'abord  il  faut  dire  ce  que  c'est  que  le  syllo- 
gisme,  et  quelles  en  sont  les  différentes  espèces,  afin 
qu'on  distingue  ce  que  c'est  que  le  syllogisme  dialec- 
tique :  car  c'est  de  lui  que  nous  nous  occupons  dans  la 
présente  étude.  §  3.  Le  syllogisme  est  donc  une  énon- 
ciation  dans  laquelle,  certaines  propositions  étant  po- 
sées ,  on  conclut  nécessairement  une  proposition  diffé- 
rente des  propositions  admises,  à  l'aide  de  ces  proposi- 


a  liers.  •  CicéroB  dit  au  début  même 
de  ses  Topiques,  qui  ne  devaient 
être  dans  son  intention  première 
qu^un  abrégé  de  ceux  d*Aristote, 
fait  pour  son  ami  Trébatius  comme 
on  sait,  «  qu^un  lieu  est  un  fonde- 
a  ment  (sedes)  d*aifument,  et  Tir- 
«  gument  est  une  raison  qui  doit 
«  faire  croire  une  chose  douteuse.  » 
^plin  Alexandre  dit,  en  se  référant 
en  partie  à  la  définition  de  Théo- 
phmste,  que  «  le  lieu  est  un  firln- 
a  cipe  ou  point  de  départ  d'argu- 
«  ment;  et  qu'on  doit  entendre  par 
«  argument  le  syllogisme  dialeo- 
a  tique.  »  Pacius  donne  avec  rai- 
son la  préférence  à  la  délinition  de 
Théophrasle.  Celle  de  Cicéron  est 
trop  générale.  (Voir  mon  Mémoire 
sur  la  logique,  tom.  1,  p.  110.) 

Livre  premier.  Alexandre  d'A- 
pbrodise,  si  Ton  en  croit  deux  ma-. 
Duscrits  de  notre  Bibliothèque 
foyale,  cités  par  Tédition  de  Ber- 


lin ,  page  ssa,  a,  a  rappelé  que  le 
premier  livre  des  Topiques  portait 
le  titre  partlcullar  de  :  «  Prélimi- 
naireaaux  lieux  communs.»  Alexan- 
dre ne  donne  pas  cette  opinion 
comme  étant  la  sienne,  mais  comme 
étant  celle  de  quelques  auteurs: 
elle  se  rapporterait  d^aillean  à  une 
indication  toute  pareille  qui  se 
trouve  dans  le  catalogue  de  Dio- 
gène  de  Laërtc,  liv.  5,  chap.  1, 
KCC  11. 

§  1.  /)«  propositions  simple- 
ment probables^  c'est  là  ce  qui  dis- 
Ungiie  la  dialectique  de  Tanily- 
iique,  qui  ne  doit  jamais  tirer  tes 
démonstrationft  que  de  principes 
vrais. 

S  3.  £0  eyliogismê  esi  doue... 
C'est  la  déSnlUon  du  syllogisme 
d^à  donnée  dans  les  Premiers  Aim- 
ly tiques,  liv.  1,  ch.  1,  8  S.  Elle  est 
répétée  mot  à  rad  ici,  sauf  uae 
difféieace  inrigniâmle. 


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LIVRE  I,  CHAPÏtRE  I.  8 

trions  elles-méihés;  $  4*  C'est  une  dëmonstration  quan4 
ie  syllogisme  est  forme  de  propositions  vraies  et  primit- 
tSveSy  ou  bien  de  propositions  telles  quelles  puisent  ta 
certitude  qu'elles  portent  avee  <  Iles  dans  des  propotir 
tions  primitive»  et  vraies.  §  5.  Le  syllogisme  dialao* 
tique  est  celui  qui  tire  sa  conclusion  de  propositions 
simplement  probables.  $  6.  On  entend  par  vraies  et 
primitives  les  propositions  qui  portent  leur  certitude 
en  elles-mêmes^  et  ne  l'empruntent  point  h  d'autres 
propositions  :  car  il  ne  faut  pas,  pour  les  principes  qui 
doivent  nous  donner  la  science  ^  avoir  à  en  rechercher 
le  pourquoi.  Il  faut  au  contraire  que  chacun  de  ces 
principes  soit  de  lui-même  parfaitement  certain.  §  7.  On 
appelle  probable  ce  qui  paraît  tel,  soit  à  tous  les 
hommes,  soit  h  la  majorité,  soit  aux  sages;  et  parmi  les 
sages,  soit  à  tous,  soit  à  la  plupart ,  soit  aux.  plus  illustres 
et  aux  plus  croyables.  $  8.  I^e  syllogisme  contentieux 
est  celui  qu'on  tire  de  propositions  qui  semblent  pro- 
bables, et  qui  cependant  ne  le  sont  pas.  Ce  n'est  qu'un 
semblant  de  syllogisme  celui  qu'on  tire  de  proposition^ 


%  Â,  Cê9t  ufM  démonstration^ 
voir  les  EkmierM  Anai^tiquêê  ^ 
paaBîiD,  et  scirlout  liv.  1,  cb.  6,  où 
celte  théorie  est  dévelop|)éc. 

0  S.  £#  iyUogiêmê  dialeetiqu*^ 
Voir  U  difTérenoede  U  proposition 
démonstrative  et  de  la  proposition 
dialectique ,  Premieri  AnaJyti- 
fiMf,  liv.  l,cb.  1,^6, 

S  S.  £0  êyllogisme  contentieux. 
Voir  une  définition  toute  pareille, 
Réfutations  des  Sophistes,  cb.  % 
6  S.  L^eiposition  d'Aristote  n'est 
pas  tel  très-elaire  :  j'ai  iradait  a- 


dèlement;  mais  la  pensée  reste 
obaonve  m  dn  moins  fort  eqilw»- 
rassée.  En  rapprochant  ce  passage 
de  celui  des  Réfutations'  des  So^ 
phiâtes  et  dn  Gommenulre  d'i»- 
iuxandre,  on  voit  qu'A ristote  dis- 
tingue deux  espèces  de  syllogismes 
contentieux,  Fun  régulier  dans  ta 
forme,  Tautra  irrégulier;  Tun  et 
l'autre  d'ailleurs  partant  de  prin- 
cipes qui  semblent  probables,  mais 
qui  ne  le  sont  pas,  comme  on  le  re- 
connaît en  y  regardant  avec  plus 
d'attention. 


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4  TOPIQUES. 

probables  ou  qui  semblent  probables  ;  car  ce  qui  paraît 
probable  n'est  pas  toujours  probable.  Du  reste  rien  de 
ce  qu'on  appelle  réellement  probable  n'a  une  apparence 
purement  superficielle  de  certitude,  comme  c'est  le  cas 
pour  les  principes  des  raisonnements  contentieux  ;  car 
le  plus  souvent  ici  le  caractère  de  fausseté  se  révèle  sur- 
le-champ,  même  à  une  médiocre  attention.  Ainsi  donc 
que  le  premier  des  syllogismes  contentieux  dont  nous 
avons  parlé  soit  aussi  appelé  syllogisme ,  mais  que 
l'autre  soit  appelé  syllogisme  contentieux  et  non  pas 
simplement  syllogisme,  puisqu'il  paraît  conclure  et  que 
de  fait  il  ne  conclut  pas. 

§  9.  Outre  ces  syllogismes  dont  on  vient  de  parler, 
il  faut  distinguer  encore  les  paralogismes  qui  se  forment 
des  principes  propres  à  certaines  sciences,  comme  dans 
la  géométrie  et  dans  les  sciences  qui  sont  du  même 
genre  qu  elle.  Cette  sorte  de  syllogismes  paraît  différer 
des  syllogismes  jusqu'ici  nommés.  En  effet  celui  qui 
trace  des  figures  fausses  ne  tire  ses  conclusions  ni  de 
propositions  vraies  et  primitives,  ni  de  propositions 
probables:  car  les  propositions  qu'il  emploie  ne  rentrent 
pas  dans  notre  définition ,  puisqu'elles  ne  sont  accep- 
tées comme  telles  ni  par  tous  les  hommes,  ni  par  la  ma- 
jorité ,  ni  par  les  sages  ;  et  en  s'en  tenant  à  ces  der- 
niers, ni  par  la  majorité,  ni  par  les  plus  croyables  d'entre 
eux.  Pourtant  le  géomètre  tire  son  syllogisiiie  de  don- 
nées qui  sont  bien  propres  à  la  science  dont  il  s'agit , 
mais  qui  ne  sont  pas  vraies  :  car  il  fait  son  paralogisme, 
soit  en  traçant  des  demi-cercles  autrement  qu'il  ne  faut^ 

S  9*  Porolo^'fme,  voir  ikmiert  Analyti^u9$^  IW.  l,cb.  19,  S  9. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  II.  5 

soit  en  tirant  certaines  lignes  là  où  elles  ne  doivent  pas 
être  tirées. 

§  10.  Ainsi  donc,  que  les  différentes  espèces  de  sylkn 
gismes  soient  celles  que  nous  avons  dites,  pour  nous  en 
tenir  à  une  simple  esquisse.  Que  ces  généralités  sur  les 
syllogismes  dont  nous  avons  parlé  et  sur  ceux  dont 
nous  parlerons  plus  tard,  se  bornent  à  ce  que  nous  ve- 
nons de  dire;  car  nous  ne  prétendons  pas  donner  une 
théorie  complète  de  chacun  d'eux,  mais  nous  ne  vou- 
lons que  les  indiquer  par  apperçu,  croyant  qtiHI  est 
très-suffisant  pour  le  traité  actuel  de  fournir  les  moyens 
de  les  distinguer  tellement  quellement  les  uns  des 
autres. 


CHAPITRE   IL 


Utilité  de  la  Dialectique  H  "^  pour  rezercice  de  Tesprit; 
2*  pour  les  discussions;  3<*  pour  racquisition  philoso- 
phique de  la  science,  et  la  connaissance  des  principes. 

§  I.  La  suite  de  ce  qui  précède,  c'est  de  dire  à  com- 
bien de  choses  et  pour  quelles  choses  ce  traité  peut  être 

S  10.  Une  iimplé  e$qui$$é,...  eé$  tard^  dans  les  Béfutatiom  âe$  So" 

ffénéraliiéij „,$e  bornent, . . . fKir  ap-  phist9$, 

perçu...  Toutes  ces  questions  ayant  S  1.  C«  traité  peut  être  vNttf, 

été  exposées  tout  au  long  dans  les  Aristote  n*a  point  placé  la  dialeo- 

Premiert  et  Dernière  Anaiytiquee,  lique  aussi  haut  que  Ta  fait  Platon» 

il  suffit  de  les  rappeler  brièvement  mais  il  tient  à  prouver  qu*elle  est 

ici.  —  Dont  noue  parleront  plue  loin  d^ètre  inutile. 


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9  ::  .     TOPIQUES. 

ulile«  1  a.  U  peiit  être  boa.  de  trois  manière^  :  d'abord 
comme  exercice,  puis  pour  les  conversations ,  et  enfin 
ppUr  rabquisition  philosophique  de  la  science.  §  3.  U  est 
clair  de  soi-même  qu'il  est  utile  comme  exercice  :  car, 
inunis  d'une  méthode  ^  nous  pourrons  bien  plus  aisé- 
ment aborder  le  sujet  mis  en  question^  quel  qu'il  soit. 
§  4*  U  est  utile  aussi  pour  les  conversations,  parce 
qu'en  tenant  compte  des  opinions  de  nos  interlocuteurs, 
UQUf  pourrons 9  en  discutant  avec  eux,  les  entretenir, 
.j|on  d'opinions  qui  leur  soient-  étrangères,  mais  de 
leurs  opii;»iotis  propres  ^  écartant  d'ailleurs  toutes  les 
ftrreqrs  qu'ils  nous  sembleraient  avpir  commises.  $  5.  Il 
est  utile  enfin  pour  nous  procurer  Pacquisition  philoso- 
phique de  la  science,  parce  que  pouvant  discuter  la 
question  dans  les  deux  sens ,  uous  verrons  plus  aiso- 


S  s.  Comme  9x$reicê^  Alexandre 
fait  observer  avec  raison  que,  dans 
UB  temps  où  les  livres  éUlént  nh!^ 
les  luttes  tout  orales  étaient  de 
très-imporianis  moyens  d^enseigne- 
ment.  C*élaitpar-!à  seulementqu*on 
pouvait  ap))rendre  quels  sont  les 
argumistiis  géitéraut  (lour  et  contre 
une  thàn  donnée.  Aristote  et  Tfaéo- 
pbraste  ont  écrit  ensuite  des  ou- 
vrages sur  ce  sujet  spécial,  où  les 
Misons  iionr  tttaquelr  ou  sonienir 
une  thèse  sont  développées  (oui  au 
lobg.  Ces  oiivrages  ne  sont  matbeu- 
reusement  pas  venus  jusqu'à  nous  : 
mais  Alexandre  parait  encore  lea 
posséder.  Le  catalogue  de  biogène 
les  désigne  à  Tartide  d*Aristote  et 
ie  Tbéopbraste,  sous  les  titres  de  : 
«  Arguments  contentieux,  SoluUons 
contenUeuses,  Mémorial  de  l'inter- 
locuteur 4ui  attaque ,  Objections  » 


ProposiUons  contenUeuses,  Argu- 
mcDis,  Thèses  propres  à  fournir 
des  arguments,  Combat  de  la  théo- 
rie propre  aux  raisonnements  con- 
tentieux, etc.,  etc.  »  Quciqiics-uiis 
de  ces  ouvrages  devaient  être  con- 
sidérables, si  Pon  en  juge  pai*  le 
nombfe  des  livrés  dotit  ils  àe  com- 
liosaieni  d'après  le  oatologue  — 
Pour  les  conversatiotiM  de  la  vie  de 
chaque  jour,  dans  lesquelles  il  faut 
savoir  se  mettre  à  la  poticc  de  ses 
interlocuteurs,  comme  le  remarque 
Alexandre,  kans  remonter  aux  vrais 
principes  qu*ils  ne  corn  prend  nient 
pas,  et  en  s'en  tenant  à  des  opinions 
si  mptement  probables.  Voi  r  plu»  i)as, 
8  4.  —  Vacquisiition  philosophie 
que  de  la  scfence;  il  s'agit  de  la 
physique,  de  la  morale,  de  la  logi- 
que et  de  la  métaphysique  suivant 
Alexandre.  Ceci  pi- ut  s'entendre 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  IL  7 

ment  ce  qui  est  vrai  et  ce  qui  est  faux.  §  6.  En  outre 
nous  pourrons^  à  Taide  de  cette  méthode,  connaître  les 
éléments  primitifs  des  principes  de  chaque  science  ;  car 
les  principes  spéciaux  de  la  science  dont  on  s'occupe 
ne  peuvent  absolument  rien  nous  apprendre  sur  ces 
éléments  primitifs,  puisque  ces  éléments  sont  les  pre- 
miers principes  de  tout,  et  qu'on  est  réduit  nécessaire- 
ment pour  eux  à  les  étudier  chacun  à  part,  d'après  les 
propositions  probables  qui  les  concernent.  Or,  c'est  là 
l'objet  propre  de  la  dialectique,  ou  du  moins  c'est  à  elle 
qu'il  appartient  le  plus  spécialement;  car,  investigatrice 
comme  elle  l'est  ^  elle  nous  ouvre  la  route  vers  les  prin- 
cipes de  toutes  les  sciences. 


d*une  manière  plas  générale,  comme 
le  commeniateur  lui-même  le  re^ 
marque  plus  loin.  Toute  oonnais- 
sance  sur  un  sujet  quelconque  est 
philosophique  quand  x)n  est  re- 
monté jusqu'aux  vrais  principes, 
aux  élémenls  primordiaux. 

S  6.  En  outrêy  vuici  une  qua- 
trième utilité,  bien  qu*Arlstote 
n*en  ait  indiqué  que  trois  un  peu 
phis  haut;  mais  cette  qttfttrième 
rentre  dans  la  troisième  dont  elle 
n'est  qu'une  partie,  comme  le  re-- 
marque  Alexandre.  •*-  Vtfbjtt  pro- 
pr$  de  la  dialectique,  voir  dans  les 
Derniers  A  fMly  tiques  f\\y.  1,  ch.  11, 
$  6,  un  passage  tout  à  fait  analogue, 
uii  le  rôle  assigné  à  la  dialectique 
n*est  pas  moins  considérable  :  c'est 
l>ar  ellequ'on  peutarriver à  la  d<^cou. 
verte  des  principes.  Elle  est  placée 
presqa'au  niveau  de  la  métaphysi- 


que :  et  dans  ce  sens,  Platon  ne 
relevait  pas  plus  haut.  C'est  là 
aussi  ce  qui  &it  que  Cicéron  ap- 
pelle la  topique,  inventionis  artem. 
Les  premiers  principea  sont  par 
eux-mêmes  indémontrables,  c'est- 
à-dire  qu'ils  ne  dérivent  pas  de 
principes  supérieurs.  L'analytique 
les  accepte  ;  elle  s'en  sert  pour  les 
démonstrations  qui  font  sa  force: 
mais,  en  les  subissant,  elle  ne  les 
explique  pas.  On  peu!  cependant 
quelquefois  les  révoquer  en  doute , 
les  attaquer;  c'est  à  la  dialectique 
de  les  défendre  et  de  les  entourer 
de  tous  les  arguments  probables 
qui  les  éclaircissent  et  les  confir- 
ment. Elle  ne  les  prouve  pas  :  mais 
elle  sait  remonter  jusqu'à  eux,  et 
elle  fait  voir  quelle  en  est  la  certi- 
tude. Elle  ouvre  la  route^  comme 
leditAristote. 


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TOPIQUES. 


CHAPITRE  111. 

Perfection  possible  de  la  Dialectique  :  exemples  de  la  rhéto- 
rique et  de  la  médecine. 

$  j.  Nous  aurons  cette  méthode  parfaite ,  quand 
nous  aurons  fait  pour  elle  quelque  chose  de  semblable 
à  ce  qu'on  a  fait  pour  la  rhétorique^  la  médeciue  et 
les  sciences  de  ce  genre,  c'est-à-dire,  quand  nous  aurons 
accompli  autant  que  possible  la  tache  que  nous  nous 
imposons;  car  l'orateur  ne  persuade  pas,  le  médecin 
ne  guérit  pas  de  toute  manière;  mais  s'il  ne  néglige 
rien  de  ce  qu'il  lui  est  possible  de  faire,  nous  disons 
qu'il  possède  suffisamment  sa  science. 


C$  qu'an  fait  pour  la  rhéiariquê^ 
la  nMecine.  L*onleor  ne  pemitde 
pas  toujours,  le  médecin  ne  guérit 
pas  toi^ours;  et  cependant,  malgré 
leurs  refers,  Tun  peut  être  excel- 
enl  orateur,  Tauire  excellent  mé- 
decin ;  et  c*e8t  i  la  condition  de 


parfidtenient  Tari  que 
chacun  d*eux  cultive.  Bt  de  même 
pour  le  dialecticien  qui  n*arrive 
pas  toujours  à  convaincre  son  in- 
terlocuteur, mais  qui  n*en  est  pas 
moins  un  bon  dialecticien,  s'il  sait 
parfoiteneat  la  dialectiqM. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  IV. 


CHAPITRE   IV. 

Objets  divers  des  raisonnements  dialectiques  au  nombre  de 
quatre  :  -1^  le  genre  ;  2"*  la  définition;  5^  le  propre  ;  Â^  Tac- 
cident.  —  Rapports  et  différences  de  la  proposition  et  de 
la  question. 

$  I.  D'abord  il  faut  voir  quels  sont  les  éléments 
d'où  Ton  peut  tirer  cette  méthode.  Si  en  efTet  nous 
savions  à  combien  de  choses  et  à  quelles  choses  s'ap- 
pliquent les  raisonnements  dialectiques,  de  quels  élé- 
ments on  les  tire  et  comment  on  peut  toujours  en  avoir 
à  sa  disposition ,  nous  aurions  suffisamment  atteint  le 
but  que  nous  nous  proposons  ici. 

$  a.  Les  éléments  dont  on  tire  les  raisonnements 


%i.  Si  en  êffêi  nou$  $avian$... 
Voilà  les  trois  parties  dont  se  com- 
pose la  dialectique,  et  qui  sont 
développées  dans  la  Topiqae  d* Ana- 
tole, 8ui?ant  Tordre  même  qu'il  in- 
dique ici  :  d  eoffiMèn  de  ehotês^ 
voilà  le  premier  livre  ;  âê  queli  éU- 
mnUi  un  Um  tiret  voilà  les  lieux 
dont  rensemble  forme  la  topique 
{NTOprement  dite,  et  qui  sont  déve- 
loppés dans  les  six  livres  suivants  ; 
comment  on  peut  en  mtoir  lott- 
jours  à  Mû  éispùêitton,  voilà  le  hui- 
tième livre. 

S  s.  Les  élimenti  dont  an  tire.,, 
Uê  élémente  pour  teequeie,  on  dis- 
cute au  moyen  de  proporitions  :  on 


discute  poor  résoudre  les  ques- 
tions :  les  propositions  sont  donc  le 
moyen  ;  les  questions  sont  le  but. 

—  TVmfe  propo^tfïon,  toute  ques- 
tion ^  la  proposition  n*est  que  la 
forme  même  de  la  question  :  et  en 
ce  sens  elles  peuvent  être  confon- 
dues runeavec  Tautre.  —  Le  genre 
ou  le  propre  ou  Faoeident^  avec 
les  deux  parties  dans  lesquelles  se 
divise  le  propre,  voilà  les  quatre 
seules  questions  que  la  dialectique 
poisse  se  proposer,  et  auxquelles 
seuls  seront  appliqués  tous  les  lieux 
qui  remplissent  les  six  livres,  du 
premier  au  septième  inclusivement. 

—  Placer  la  diffirenee  sur  la 


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10  TOPIQUES. 

dialectiques  sont  en  même  nombre  que  les  éléments 
pour  lesquels  on  fait  des  syllogismes  et  se  confondent 
avec  eux.  Les  raisonnements  dialectiques  viennent  des 
propositions.  I^s  éléments  pour  lesquels  on  fait  des 
syllogismes  sont  précisément  les  questions  à  résoudre. 
Toute  proposition ,  toute  question  exprime  ou  le  genre 
de  la  chose,  ou  le  propre  ou  Taccident;  car  il  faut  pla- 
cer la  différence  sur  la  même  ligne  que  le  genre  en  tant 
qu^elle  appartient  au  genre.  Quant  au  propt*e^  comme 
tantôt  il  exprime  l'essence  de  la  chose,  et  que  tantôt  il  ne 
Icxprime  pas,  il  faut  le  diviser  en  ces  deux  espèces  que 
nous  venons  de  dire; et  que  Tune,  qui  exprime  Tessence 
de  la  chose,  soil  nommée  définition,  et  que  Tautre  reste 
appelée  propre,  du  nom  commun  donné  à  toutes  les 
deux.  Il  résuite  donc  évidemment  de  ce  qui  précède 
que,  d'après  la  division  ici  admise,  il  y  aura  quatre 
choses  en  tout  à  considérer  :  le  propre^  la  définition  ^ 
le  genre,  et  enfin  l'accident  de  la  chose. 

§  3.  Qu'on  ne  croie  pas  du  reste  que  nous  disions  que 


même  ligne  que  1$  genre^  U  diffé- 
rçncti  pcal  fournir  des  propositions 
et  des  questions;  mais  elle  rentre 
dans  le  genre  auquel  elle  appar- 
tient, et  dont  elle  dilTôre,  comme 
le  dit  Ale^ndre,  parce  qu'elle  n*est 
pas  comme  lui  attribuée  essentiel* 
lement  au  si^et.  Quant  à  l'espèce, 
dont  ne  parle  pas  Aristote,  elle  se 
confond,  soit  avec  le  genre,  quand 
elle  est  considérée  reUtîvement 
aux  individus,  aux  termes  infé- 
rieurs qu'elle  renferme  ;  soil  avec 
le  sujet,  quand  elle  est  considérée 
relativement  ani  termes  supérieurs 
qui  la  compreoaeBl.  Ainsi,  le  pro- 


pre, la  délinition,  le  genre,  Taoci* 
dent,  voilà  les  quatre  questions 
dialectiques  auxquelles  s'appliquent 
toutes  les  ressources  de  la  topique* 
CIcéroB  u'a  point  insisté  sur  cette 
division  qui  eai  essentielle  cepen- 
dant dans  l'ouvrage  qu'il  se  don- 
nttit  la  peine  d'analyser.  La  dialec- 
tique ue  a*oocupe  donc  pas  du  su- 
jet :  elle  ne  s'occupe  que  de  Taltri- 
but  sous  les  diverses  espèces  qu'il 
peut  présumer  ;  et  de  là  viennent, 
sous  forme  de  propositions ,  les 
questions  qu'elle  se  pose. 

i  8.  Ch0cwM  dé  CM  eh9êe$t  priée 
à  elle  aauls,  n'est  qu'un  mot  :  pour 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  IV.  Il 

chacune  de  ces  choses  prise  à  elle  seule  forme  une  pro- 
position ou  une  question  ;  nous  prétendons  seulement 
que  c'est  de  là  qu'on  tire  et  les  propositions  et  les  ques- 
tions. 

§  4-  I^  proposition  et  la  question  diffèrent  unique- 
ment dans  la  forme.  Si  l'on  dit  par  exemple  :  animal 
terrestre  et  bipède,  est-ce  bien  là  là  définition  de 
Fhômme  ?  L*anîmal  est-il  bien  le  genre  de  l'homme? 
on  fait  une  proposition.  Mais  si  l'on  dit  :  l'animal  bi- 
pède terrestre,  est-ce  ou  n'est-ce  pas  là  la  définition  de 
l'homme  ?  ou  bien  animal  est-il  le  genre  de  Thomme  ou 
ne  l'esUil  pas?  on  fait  une  question  :  et  de  même  pour 
tout  autre  cas.  Ainsi  donc,  on  le  voit,  les  propositions  et 
les  questions  sont  égales  en  nombre  :  car,  en  changeant 
seulement  la  forme  d'une  proposition,  on  en  fera  tou- 
jours une  question. 


devenir  question  ou  proposition,  il 
fâot,  comme  le  dit  Aleiandre, 
qu'elles  reçoivent  certains  déve- 
loppements, certaine  expression. 

g  I.  Lu  proposition  et  la  qtiu^ 
liofi..^  Cette  diflérence  a  été  indi- 
quée d*one  manière  plus  claire 
dans  les  Dernien  Analytique$ , 
liv.  1,  chap.  1,  S  S,  où  les  Topiques 
sont  rappelés,  par  allusion  peut- être 
i  ce  passage  même.  Sous  la  fbrme 
oh  Arisiote  présente  ici  la  proposi- 
tion, on  serait  tenté  de  la  confon- 
dre avec  la  question,  pnrce  que 
celte  forme  est  interrogative,  et 
semble  admettre  une  n*ponse  dans 
Tun  ou  Tautre  sens.  Il  n*en  est 
rien  cependant  :  la  véritable  diffé- 
^nce  de  la  proposition  à  la  ques- 
tion, c*est  que  la  première  résout 


dans  un  sens  déterminé  le  sujet 
qu*on  discute,  tandis  que  la  seconde 
est  incertaine  et  (kit  dépendre  la 
solution  qu*elie  emploie  de  la  ré- 
ponse de  Tinterlocuteur.  La  pro- 
position est,  on  peut  dire,  la  ques- 
tion tranchée  :  la  vraie  question  est 
indécise.  L*alternaiive  exprimée 
formellement  par  Aristote  dans  les 
exemples  qu*il  cite,  indique  cette 
incertitude.  Le  mot  grec"  do  pro- 
blème, que  j'ai  toujours  rendu  par 
question^  serait  peut-être  plus  clair 
dans  certains  cas.  Pu  reste,  Alexan- 
dre a  bien  vu  que  la  différence  de 
la  proposition  et  de  la  question  ne 
consistait  pas  uniquement  dans  ta 
forme,  comme  le  prétend  Aristote  : 
«  La  question  ,  dit-il ,  comprend 
«  aussi  la  contradiction  :  la  propo- 


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12  TOPIQUES. 


CHAPITRE  V. 


DéOniUon  des  quatre  termes  dialeeUques  :  1**  La  définition 
est  ce  qui  exprime  ressence  de  la  chose  :  de  Tidentité  ou 
de  la  diversité  des  choses. 

2*  Le  propre  est  ce  qui  n'appartient  qu'à  la  chose  seule  : 
propre  temporaire ,  propre  relatif.  Le  propre  et  la  chose 
peuvent  être  pris  réciproquement  l'un  pour  l'autre. 

5*  Le  genre  est  Tattribut  essentiel  des  espèces  différentes  : 
question  de  l'identité  on  de  la  diversité  des  genres. 

4''  L'accident  est  l'attribut  qui  peut  être  ou  n'être  pas  a  la 
chose  :  l'accident  peut  devenir  un  propre  temporaire  ou 
relatif. 

§  I.  Il  faut  dire  aussi  ce  que  c'est  que  la  définition, 
le  genre ,  le  propre  et  Taccident. 

§  a.  La  définition  est  une  énonciation  qui  exprime 
Tcssence  de  la  chose.  Or,  Ton  peut  donner  une  énoncia- 
tioa  de  ce  genre  pour  expliquer  un  seul  mot,  ou  bien 
une  énonciation  pour  expliquer  une  autre  énonciation; 
car  il  est  possible  de  définir  encore  quelques-unes  des 
choses  qui  sont  déjà  expliquées  par  une  énonciation  de 


«sition  se  décide  pour  Tune  des  Pwr  expliquer  umeul  moi,  \e  dé" 

«deux  parties   de  la  contradio-  fini  peut  être  représenté  par  un 

«  tion.  »  seul  mot,  et  c*est  le  cas  le  plus  ur- 

g  9.  £a  définition  Bit  une  inon-  dinalre;  on  il  peut  être  représenté 

eiatiany  voir  au  livre  9  des  2^-  par  une  proposiUon  tout  entière  : 

nieri  AnaiytiqueSy  ch.  10,  la  défi-  c'est  ce  qu'entend  Aristote  quand  U 

nition  delà  définition  :  elle  est  ana-  dit  :  a  Une  inondation  pour  es^ 

logue  à  celle  qui  est  donnée  ici.  —  pl^^tur  une  inondation.  » 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  V.  13 

cette  espèce.  $  3.  Quaad  donc  on  donne  Texplication 
cherchëe  au  moyen  d'un  simple  nom  de  quelque  façon 
que  ce  soit,  il  est  évident  qu'on  ne  donne  pas  par  là  la 
définition  de  la  chose ,  puis  que  toute  définition  doit 
être  une  éaonciation  développée.  On  doit  cependant 
admettt*e  qu'il  y  a  réellement  définition  dans  les  cas 
pareils  à  celui-ci  :  le  bien  est  ce  qui  est  convenable. 
$  4*  £^  de  même  c'est  une  définition  que  Ton  fait,  quand 
on  demande  si  la  sensation  et  la  science  sont  une  même 
chose  ou  des  choses  différentes;  car,  dans  les  défini- 
tions, connaître  la  similitude  ou  la  différence  des  choses, 
est  ce  dont  on  s'occupe  le  plus.  Appelons  donc ,  d'une 
manière  générale,  définitions,  toutes  les  propositions 
qui  ont  le  même  but  que  les  définitions.  Or,  il  est  évi- 
dent de  soi  que  les  choses  dont  on  parle  ici  sont  toutes 
de  ce  genre.  En  effet,  du  moment  que  nous  pouvons 
discuter  une  chose  en  prouvant  qu'elle  est  identique  à 
une  autre  ou  différente,  nous  pourrons  aussi  de  la 
même  manière  absolument  nous  occuper  de  trouver 
des  définitions.  Ainsi ,  une  fois  que  nous  avons  montré 
que  la  chose  n'est  pas  identique  à  la  définition  qu'on  en 


9  8.  Au  moffên  d'un  HmpU  nom^  bres  sont  parfaitement  identiques  : 
on  pent  définir  d'un  seul  mot,  mais  si  la  définition  représente  exacte- 
ce  B*est  pas  une  définition  propre-  ment  le  défini.  —  Le$  ehosês  dont 
ment  dite  ;  car,  en  renversant  les  on  parle  iei^  les  choses  pour  les- 
termes,  ce  mot  unique  serait  réel-  quelles  on  discute  Tidentité  ou  la 
lement  le  défini,  et  non  plus  la  défi-  différence.  —  Tbéophraste,  au  rap- 
nltion.  port  d'Alexandre,  ne  classait  pas  la 

$1.  Sila êêniotion  êi  la  iciêneê  question  d'identité  comme  8on  mat- 
ton^  uns  mimé  thoêê^  la  quesUon  tre  :  il  la  plaçait  sons  la  question  du 
de  Tidentité  et  de  la  différence  est  genre,  comme  la  diflérenoe  même, 
le  fond  même  de  la  définiUon;  car,  et  non  point  sous  la  quesUon  de  la 
dans  toute  définition,  il  s*agit  tou-  définition,  ainsi  que  le  fiait  Aristote; 
Jours  de  sfifoir  si  les  deux  mem-  on  nesaitlesmotifede Tbéophraste. 


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U  TOPIQUES. 

donne,  nous  aurons  détruit  aussi  cette  définition.  Mais 
ici  cependant  il  n'y  a  pas  réciprocité  pour  le  principe 
que  nous  posons  ;  car  il  ne  suffit  pas,  pour  établir  la  dé- 
finition, de  prouver  Tidentité  de  la  chose,  tandis  qu'il 
suffît,  pour  la  renverser,  de  prouver  que  cette  identité 
n'existe  pas. 

§  5.  On  appelle  propre  ce  qui,  sans  exprimer  Tes^f 
sence  de  la  chose ,  n'appartient  cependant  qu'à  elle 
seule  et  peut  être  pris  réciproquement  pour  elle.  Ainsi 
une  propriété  de  l'homme,  c'est  d'être  susceptible  d'ap' 
prendre  la  grammaire;  car,  du  moment  qu'un  être  est 
homme,  il  est  susceptible  d'apprendre  la  grammaire; 
et,  s'il  est  susceptible  d'apprendre  la  grammaire,  c*cst 
qu'il  est  homme.  En  effet,  on  n'appellera  jamais  propi*e 
à  une  chose  ce  qui  peut  être  aussi  à  une  autre  :  on  ne 
dira  jamais,  par  exemple,  que  dormir  soit  propre  à 
l'homme,  quand  bien  même  il  pourrait  se  faire  que, 
pour  quelque  temps,  l'homme  fût  le  seul  être  à  exercer 
cette  faculté.  Si  donc  on  donnait  comme  propre  une 
qualité  de  ce  dernier  genre,  ce  serait  non  pas  un  propre 
absolu,  mais  un  propre  temporaire  et  relatif.  Ainsi  être 
a  droite  peut  être  la  propriété  d'une  chose  dans  un 
certain  moment  donné,  un  propre  temporaire;  être 
bipède  peut  être  un  propre  relatif,  par  exemple,  de 
l'homme  relativement  au  cheval  et  au  chien.  Mais  il  est 
évident  que  toutes  les  fois  que  l'attribut  peut  aussi  être 

%  5.    Et  peut  être  prit  réd-  car  (în'ut point néûêMiaire..,pi*il 

proquêmmt  pour  Wfo,  c'est  le  ca-  soit  un  homfM,  oe  qui  devrait  être 

ncière  prinei|Mil  du  propre.  —  Ce  cependant,  si  ie  propre  de  rhomme 

fui  peut  iTri  au$$i  d  une  autre,  le  étaitdedomiir,si  la  faculté  de  dormir 

propre  doit  être  au  sujet,  et  au  su-  était  le  propre  de  rbomme,  eomnie 

jet  seul  dont  il  est  dit  le  propre  ;—  celle  d*apprendre  la  gramaMirei 


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LIVfiE  I,  CHAPITRE  V.  15 

à  une  autre  chose ,  ii  n'y  a  point  de  réciprocité  possible: 
car  il  n'est  pas  nécessaire,  parce  que  cet  être  dort,  qu'il 
soit  nn  homme. 

§  6.  Le  genre  est  ce  qui  est  attribué  essentiellement 
à  plusieurs  choses,  lesquelles  sont  différentes  par  Fes- 
pèce;  et  Ton  doit  entendre  par  attributs  essentiel  tous 
les  termes  qu'on  peut  convenablement  répondre  qtiand 
on  demande  pour  le  sujet  en  question  ce  qu'il  est.  Par 
exemple,  pour  l'homme,  si  Ton  demande  :  qu'est-ce  que 
le  sujet  en  question?  on  peut  convenablement  ré- 
pondre :  c'est  un  animal.  §  7.  C'est  encore  une  ques- 
tion de  genre  que  de  savoir  si  une  chose  est  dans  le 
même  genre  qu'une  autre,  ou  si  elle  est  dans  un  genre 
difTérent  ;  car  celte  question  tombe  sous  la  même  mé- 
thode que  celle  qu'on  applique  au  genre.  Si  nous  avons 
prouvé  par  la  discussion  que  l'animal  est  le  genre  de 
l'homme  et  qu'il  l'est  aussi  du  bœuf,  nous  aurons 
aussi  prouvé  que  l'un  et  l'autre  sont  dans  le  même 
genre;  mais  si  nous  montrons  pour  l'un  qu'animal  en 
est  le  genre,  et  pour  l'autre  qu'il  ne  l'est  pas,  nous  au- 
rons montré  aussi  que  ces  êtres  ne  sont  pas  dans  le 
même  genre. 

§  8.  L'accident  est  ce  qui  n'est  rien  de  tout  ce  qui 


S  7.  Cêst  «ticore  une  question  laquelle  Aristote  donne  la  préfé- 

de  penrê  ;  on  annit  pn  en  effet  rap-  renoe.  De  ee  que  Tacddent  est  rat* 

porter  celle  question  à  celle  de  tribut,  qui  peut  être  ou  n'être  pus 

Tidentilé  et  de  la  différence  qui  au  sujet  indifféremment,  il  s^emuil 

rentre  dans  la  définition  et  non  quMl  n*y  a  pas  sdonee  de  racc^ 

point  dans  le  genre.  dent,  ni  démonstration  :  c^est  œ 

%  S.  L'aceiâmt...  n*9Mt  rien  â$  qui  a  été  prouvé  dans  les  Demierg 

e«  9ttt  prée^,  première  définition.  Analytiques,  liv.  1,  eh,  S,  fi  1; 

—  Cesi  eê  qui peut  être  ou  eh.  i,  fi  1  ;  oh,  fi  et  eh.  80,  et  Mé^ 

n'être  fwf ,  seconde  définition,  à  taphys.  U?.  6,  eh.  s. 


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16  TOPIQUES. 

procède,  ni  définition ,  ni  propio^  ni  genre;  c'est  ce 
qui  est  bien  à  la  chose ,  mais  qui  peut  être  ou  u*étre  pas 
à  cette  seule  et  même  chose ,  quelle  qu'elle  soit.  Par 
exemplci  être  assis  peut  être  et  ne  pas  être  à  une  seule 
et  même  personne,  et  de  même  pour  la  blancheur;  car 
rien  n'empêche  qu'une  même  chose  tantôt  soit  blanche, 
et  que  tantôt  elle  ne  le  soit  pas.  §  9.  Des  deux  définitions 
de  l'accident,  la  seconde  est  préférable,  parce  que  la 
première  étant  énoncée ,  il  faut,  pour  la  comprendre, 
savoir  préalablement  ce  que  c'est  que  la  définition,  le 
genre,  le  propre;  la  seconde,  au  contraire,  suffit  par 
elle  seule  à  faire  connaître  ce  qu'est  en  soi  la  chose  dont 
il  est  ici  question.  §  10.  L'on  doit  rapporteraussi  à  l'ac- 
cident les  comparaisons  qu'on  peut  faire  des  choses  entre 
elles,  toutes  les  fois  que  ces  choses  sont  tirées  do  l'acci- 
dent d'une  façon  quelconque.  C'est,  par  exemple,  une 
question  d'accident  que  de  savoir  lequel  des  deux  est 
préférable  du  beau  ou  de  l'utile;  de  savoir  laquelle  est 
la  plus  douce  de  la  vie  consacrée  à  la  vertu  ou  de  la  vie 
abandonnée  au  plaisir,  ou  telle  autre  proposition  qui  se 
rapproche  de  celles-là;  car,  dans  toutes  les  questions  de 
ce  genre,  il  s'agit  toujours  de  savoir  auquel  des  deux 
termes  s'applique  davantage  l'accident  qui  sert  d'attri- 
but. §  11.  Il  est  d'ailleurs  évident  de  soi  que  rien  ne 

9  9.  C0  91M  c*e#(  jfué  la  défini-  comparaiaon  s*adresse  toujours  à 
fton,  le  genre,  le  propre^  puisqu'on  raocideni;  car  le  plus  et  le  moios 
a  dit  que  TaccideDl  n^élait  rien  de  dont  la  comparaison  s'occupe  uni- 
tout  cela ,  et  que  la  négation  n*est  queroent  ne  sont  ni  genre,  ni  dêll- 
connue  que  par  rafQmiatlon  qui  la  nilion,  ni  propre  :  ils  sont  pure- 
précède,  Dernière  Ânalytiqueê,  ment  accidentels  ;  ils  peuvent  être 
llv.  1,  cb.  S5,  9  5.  ou  n'être  pas  au  sujet. 

^iO, Leieamparaitonê.„A\eiUk'  S  11.  Comme  il  eêt  seul  ateii, 

drc  remarqua  avec  raison  que  la  Tédiiion  de  Berlin  donne  ici  une 


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LIVBE  1,  CHAPITRE  VI.  \1 

s'oppose  à  ce  que  Taccident  soit  un  propre  temporaire 
ou  relatif.  Par  exemple,  éti*e  assis,  qui  n'est  qu'un  acci'» 
dent,  peut  devenir  un  propre  temporaire  quand  queU 
qu'un  est  assis  tout  seul;  et,  comme  il  est  seul  assis, 
c'est  un  propre  relatif  par  rapport  aux  autres  qui  ne  le 
sont  pas.  Ainsi ,  point  d'obstacle  à  ce  que  l'accident  ne 
devienne  un  propre  temporaire  et  relatif;  mais,  abso- 
lument parlant,  l'accident  n'est  pas  un  propre. 


CHAPITRE  VI. 

Le  propre ,  le  genre  et  raecîdent  peuvent  se  confondre  en 
partie  avec  la  déânilion  ;  mais  il  faut  les  étudier  chacun  a 
part  ponr  plus  de  clarté. 

§  1.  Ayons  soin  de  remarquer  que  tout  ce  qui  se 
rapporte  au  propre ,  au  genre  et  à  l'accident ,  pourrait 


négatioo  qu'elle  empranle  à  un 
seul  nuDuscrit ,  et  qui  contredit 
manifestement  le  sens.  Ancnn  autre 
éditeur  ne  l^adopte,  et  <f est  âvec 
gnnde  raison. 

n  (liut  rapprocher  toutes  les  défi- 
nitions données  dans  ce  chapitre  de 
celles  qui  sont  données  pour  les 
mêmes  termes  dans  la  MitaphyMi- 
f««,  IW.  8,  cb.  as  et  30,  genre  et 
accident;  liv.  S,  ch.  i  et  8,  et 
Hv.  11,  cb.  %,  accident,  et  liv.  7, 
oh.  la,  définition.  \\  faut  les  rap- 
procher aussi  de  rintroduction  de 


Porphyre,  cb.  S,  cb.  4,  ch.  5  et 
suiv. 

S  1.  Conùluré  du  motif  gui 
vient  éTitrê  donné,  les  arguments 
qui  détruisent  le  propre,  le  genre 
et  Taccident,  détruisent  également 
la  définition.  On  pourrait  donc 
considérer  ces  trois  termes  comme 
des  espèces  de  définitions.  Hais  les 
amoroents  qui  suffisent  à  établir  le 
propre,  le  genre  et  raccident,  ne 
suffisent  pas  pour  établir  la  défini- 
tion ;  et  c*esi  là  ce  qui  faitqu^on  ne 
doit  point  les  confondre  avec  elle 


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18  TOPIQUES. 

tout  aussi  bien  s'appliquer  aux  définitions;  en  effet,  si 
l'on  a  montré  que  la  définition  n'appartient  pas  seule* 
ment  à  ce  qui  est  sous  la  définition  |  comme  on  le  fiiit 
pour  le  propre ,  ou  bien  que  ce  qui  est  énoncé  dans  la 
définition  n'est  pas  genre  i  ou  bien  enfin  que  l'un  des 
éléments  énoncés  dans  la  définition  n'est  pas  réelle- 
ment  au  défini,  ce  qu'on  pourrait  faire  aussi  pour  l'ac- 
cident, l'on  aura,  de  ces  trois  façons,  détruit  la  défi* 
nitioD.  Par  conséquent,  on  peut  bien  conclure  du  motif 
qui  vient  d'être  donné,  qu'en  un  certain  sens,  les  choses 
énumérées  par  nous,  propre,  genre,  accident,  sont  bien 
aussi  des  espèces  de  définitions.  §  a.  Mais  il  ne  faut 
pas  pour  cela  prétendre  trouver  pour  toutes  ces  choses 
une  méthode  unique  et  générale  :  car,  d'abord,  il  ne 
serait  pas  facile  de  la  trouver;  et,  la  trouvât-on,  elle 
serait  fort  obscure  et  d'usage  très-embarrassant  dans 
la  présente  étude.  Au  contraire  ,  si  l'on  établit  une 
méthode  spéciale  pour  chacun  des  genres  ici  déter- 
minés, la  recherche    du    sujet  deviendra  plus  aisée 


S  s.  Une  méthode  uniqtu  et  gé-' 
nirëlê,  c*e8l-à-dire  ne  traiter  que 
de  la  défioitiim  dans  la  topique»  et 
n'appliquer  qu'à  elle  seule  toute  la 
suite  des  lieux  communs.  ^  Et  la 
IrouvàX-on,  élU  serait  fort  obseurê^ 
Cet  avertissement  d*Aristote  n*a 
point  empêché  Xbéophraste,  son 
disciple,  de  chercher  et  d'appliquer 
cette  méthode  unique.  Il  a  com- 
pris sous  la  définition  le  genre  et 
le  propre,  et  n'en  a  séparé  que  Tac- 
ddeoL  C'est  ce  que  nous  apprend 
Alexandre  d'Aphrodise;  mais  il 
Ironie  encore,  et  l'on  peut  croire 


qu'il  parle  d'après  l'étude  appro- 
fondie de  l'ouvrage  de  Théofkmt% 
que  cette  méthode  unique  avaii 
précisément  le  désavantage  signtié 
par  le  mattK  :  elle  éuit  beau- 
coup moins  claire  que  la  méthode 
divisée,  suivie  par  Aristoce,  qui  a 
consacré  ane  élude  parUculière  à 
chacun  des  quatre  termes  dialecti-» 
ques.  Pacius  prétend  qa'Arisloia 
lui-même  recommande  la  méthada 
unique,  liv.  7,  ch.  4  ;  mais  le  pa»- 
sage  que  Pacius  indlqne  n'est  pas  à 
beaucoup  près  auaii  formel  qa*A 
semble  le  croire. 


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LIVRE  ï,  CHAPITRE  VIL  19 

en  pàitânt  de  règles  particulières  à  chacun  d*eux. 
$  3*  Ainsi  donc,  il  faut  admettre  d'une  manière  gêné* 
raie  et  à  titre  de  simple  esquisse  la  division  qui  a  été 
proposée  plus  haut;  et  pour  classer  les  choses  qui  n*y 
sont  pas  comprises  I  il  faut  les  rapporter  à  la  questioil 
qui  leur  convient  le  mieux,  en  les  rattachant,  soit  à  la 
définition ,  soit  au  genre.  Du  reste ,  nous  avons  à  pen 
près  ramené  à  chacun  des  principaux  termes  les  choses 
dont  nous  parlons  ici. 


CHAPITRE  VIL 

L'identité  est  triple  ;  elle  s'appliqae  :  T  aa  nombre  ;  3*  à  l'es- 
pèce; 3^  au  geare.  —  J/ideaUié  Bumérique  a  eUe-mâae 
trois  sens  bien  distincts. 

$  I.  Mais,  avant  tout,  il  faut  définir  ce  qu'on  en- 


fOêiê  pUu  Mtir,  œlle  qui  est  In- 
diquée avec  les  nèmes  resuietions, 
di.  1,  9  te  de  ce  livre,  d'one  nuK 
nlère  génénte,  à  Utre  de  simple  es- 
qaiase.  Arisloie  doone  à  entendre 
qa*ea  pourrait  saut  doute  troduver 
«ne  méthode  plus  exacte,  iibc  di*- 
vision  pins  précise  ;  onis  Is  dfslee^ 
tique  a*exige  pes  des  règles  aussi 
rigoQKttses.  —  ^  la  çuttf  ton  qvà 
Uur  eom^tonl  U  mtfetui,  à  eelol 
des  quatre  termes  dialectiques  avec 
leqnel  eUes  est  le  plus  de  rapport, 
n  faut  leur  appliquer  les  ileut  da 


genre,  si  elles  se  rapprochent  da* 
vantage  du  genre,  ceux  de  ta  déll'» 
nilion  si  elles  se  rapprochent  da- 
vantage de  la  définition,  etc.  Ainsi 
Ton  pourra,  comme  le  dit  Alexan- 
dre, rapporter  à  la  définition  lé 
changement  de  termes  moins  claln 
pour  des  termes  plus  clairs,  la  re- 
cherche de  TidenUté;  on  nppo^ 
tera  la  recherche  des  différences  à 
la  question  du  genre  et  i  celle  du 
propre;  les  propres  relatlCi  et  tem- 
poraires, et  les  comparaisons  à  Tao- 
eident. 
9 1.  Ce  tdwï  eafeiid  fof  idm* 


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30  TOPIQUES. 

tend  par  identique  et  voir  combien  de  dens  a  ce  mot. 
§  a.  Identique,  pour  nous  borner  h  un  simple  apperçu^ 
pourrait  être  divisé  en  trois  espèces;  identique,  dans 
le  langage  commun,  s'entend  soit  en  nombre,  soit  en 
espèce,  soit  en  genre:  en  nombre,  lorsqu'il  y  a  plusieurs 
noms,  mais  qu'ils  n'expriment  au  fond  qu'une  même 
chose:  par  exemple,  vêtement  et  manteau;  en  espèce, 
quand  les  choses,  tout  en  étant  plusieurs,  ne  diffèrent 
pas  spécifiquement  :  ainsi,  un  homme  est  identique  à  un 
homme,  et  un  cheval  a  un  cheval;  car  on  dit  que  les 
choses,  comme  celles-là,  sont  identiques  en  espèce 
quand  elles  rentrent  sous  la  même  espèce;  et  de  même 
on  dit  que  les  choses  sont  identiques  en  genre  quand 
elles  rentrent  sous  le  même  genre  ;  le  cheval  est  en 
genre  identique  à  l'homme.  §  3.  Quand  on  dit,  en  par- 
lant d'une  eau  qui  sort  de  la  même  source,  qu'elle  est 
identique  ou  la  même,  c'est  en  un  sens  un  peu  diffé- 


ti^e,  La  question  de  TldenUté 
s'est  déjà  présentée  plusieurs  fois, 
et  notamment  ch.  5,  $  i  ;  elle  se  re- 
présentera plusieurs  fois  encore 
dans  le  cours  de  la  topique,  il  im- 
porte donc  de  bien  pr^iser  le  sens 
qu'on  doit  attacher  au  mot  identi- 
que, et  les  accepUons  diverses  qu'il 
peut  recevoir.  Voilà  comment  ce 
cliapitre  se  rattache  à  ceux  qui  pré- 
cèdent et  à  ceux  qui  suivent;  du 
moins  c'est  ainsi  qu'Alexandre  et 
les  autres  commentateurs  à  sa  suite 
expliquent  cette  digression  sur  les 
sens  que  le  mot  identique  peut  pré- 
senter. —  Voir  la  Métaphysique, 
Ut.  4,  ch.  9, 1017,  b. 

S  9.  En  trou  etpéees,  Alexandre 
prétend  qu'Arislote  reconnaît  dans 


d'autres  ouvrages  quatre  sens  au 
mot  identique  au  lieu  de  trois  ; 
mais  il  n'indique  pas  précisément 
ces  autres  ouvrages.  Le  quatrième 
sens  serait  Tidentique  par  analogie, 
dont  on  fait  un  Mquent  usage. 
—  VitemêtU  et  manieau;  le  même 
exemple  est  cité.  Métaphysique^ 
iiv.i,ch.i,1006,b,S6. 

8  3.  Cest  un  sens  un  peu  diffé- 
rentf  Suivant  Heraclite  on  ne  pou- 
vait pas  se  l)aigner  deux  fois  dans 
la  même  eau.  Gratyle  allait  plus 
loin  encore  ;  il  prétendait  qu'on  ne 
pouvait  pas  dire  qu'on  s'y  baignftt 
même  une  seule,  bien  entendu 
sans  doute  qu'il  s'agit  d'eau  «ou* 
ranle.Voir  la  Jfeïa|»i^y«^i4«,  liv*  i, 
€b.  5, 1010,  ai  13. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  VIL  21 

rent  de  ceux  qui  précèdent.  §  4*  Cependant  cette  iden- 
tité même  de  l'eau  doit  ici  être  mise  au  même  rang  que 
ces  attributs  qui  s'appliquent  à  une  seule  espèce  de 
quelque  façon  que  ce  soit;  car  toutes  ces  idées  sont 
homogènes  et  fort  voisines  les  unes  des  autres.  Toute 
eau  est  dite  identique  en  espèce  à  toute  autre  eau,  parce 
qu'elle  a  quelque  ressemblance  avec  elle;  mais  que  l'eau 
dont  on  parle^soit  de  la  même  source,  cela  n'a  aucune 
autre  importance  que  de  rendre  la  ressemblance  plus 
forte  encore;  et  voilà  pourquoi  nous  ne  séparons  pas 
cette  identité  là  des  attributs  qui  s'appliquent  à  une 
seule  espèce. 

§  5.  C'est  surtout  ce  qui  est  un  numériquement  que, 
dans  le  langage  ordinaire,  tout  le  monde  est  porté  à 
prendre  pour  identique.  §  6.  Mais  ici  même  identique 
peut  encore  avoir  plusieurs  significations.  La  plus  spé- 
ciale et  la  première ,  c'est  lorsque  l'identité  est  expri- 
mée par  un  nom  ou  une  définition;  par  exemple,  lorsque 
vêtement  est  identifié  à  manteau ,  et  animal  terrestre- 
bipède  à  homme.  §  7.  En  second  lieu,  c'est  lorsque 
l'identité  est  exprimée  par  un  propre,  comme  par 
exemple,  lorsque  susceptible  de  science  est  identifié  à 
l'homme,  et  le  corps  naturellement  porté  en  haut  est 


S  i.  J  une  seule  espèce^  Tiden-     l'identilé  numérique  esseutielle  ;  la 
tité  appliquée  à  Teau  rentre  dans    définition  et  le  défini  sont  < 


TidentUé  spécifique.  liellement  et  numériquement  iden- 

9  5.  C0  qui  est  un  numérique^  tiques,  ils  peuvent  être  pris  Tun 

ment ,   Tidentiié   numérique   est  pour  Tautre. 

celle  qui  porte  le  caractère  le  plus  8  7.  En  second  It'eu,  le  second 

marqué  d^îdenti té.  degré  d'identité  numérique,  c*est 

S  6.  Mais  ici  mifMy  c'est-i-dire  IMdentité  exprimée  par  un  propre, 

en  fait  dMdentité  numérique.  —  La  au  lieu  de  Tètre  par  une  défl- 

plus  spéciale  et  la  première  est  nition. 


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22  TOPIQUES. 

identifié  au  feu.  §  8 .  £n  troisième  lieu,  c'est  lorsqu'on  lire 
l'identité  de  Tacçident;  par  exemple,  être  assis  ou  être 
musicien  identifié  à  Socrate.  Car  tout  cela  ne  prétend 
exprimer  qu'une  chose  qui  numériquement  est  une. 
Que  la  remarque  que  nous  faisons  ici  soit  vraie,  c'est 
ce  dent  on  pourra  surtout  se  convaincre  dans  les  cas 
où  l'on  doit  changer  les  désignations  :  ainsi,  souvent 
en  donnant  Tordre  d'appeler  nominativement  Tune  des 
personnes  assises,  nous  changeons  notre  indication  pre^ 
mière,  si  celui  qui  doit  exécuter  Tordre  donné  par 
nous  ne  le  comprend  pas,  et  nous  tirons  une  indication 
nouvelle  pour  la  lui  faire  mieux  comprendre  de  l'acci- 
dent; ainsi  nous  lui  ordonnons  de  faire  venir  à  nous  la 
personne  qui  est  assise  ou  qui  parle.  C'est  qu'évidem- 
.ment  alors  nous  croyons  qu'appeler  la  personne  pur 
son  nom  ou  par  son  accident ,  c'est  chose  identique. 
$  9.  Ainsi  donc,  le  mot  identique  est,  comme  on  Ta  dit, 
susceptible  de  trois  significations. 


S  8.  JEii  troitiétM  Ii«M,  le  iroi- 
slène  et  le  moindre  degré  dMden- 
Utô  nuttérlqiie,  c'eat  rideaUté  ex- 
primée» non  plus  par  une  définition 
ni  par  un  propre,  mats  par  un  sim- 
ple acoMent  *»  Mwfrimer  ^"unê 
chose  qui  numériqu0ÊMrU  ést  une, 
c^esl-ihHlIre  Socrate,  qu'on  peut  dé- 
signer en  disant  de  lui  :  La  per- 
sonne q«l  est  assise,  la  personne 


qui  fait  de  la  musique;  or  ce  ne 
sont  là  que  des  accidents.  Ce  ne 
sont  des  attribats  ni  géftériqiiet,  ni 
propres,  ni  essentiels  ou  pouvant 
servir  à  la  définition. 

S  t.  Ito  troie  êignillemHamt^  en 
y  comprenant  les  trois  uuances  dis- 
tinguées pour  l*une  d'elles  ;  et  la 
quatrième  aignilicailon  :  l'identité 
par  analogie. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  YIII. 


33 


CHAPITRE  VIII. 

Les  quatre  attributs  dialectiquas  sont  les  seuls  attribute  pos- 
sibles :  preuve  par  l'induction;  preuve  par  le  syllogisme* 

§l.Pour  se  convaincre  que  tous  les  raisonnements 
dialectiques  se  forment  des  éléments  énoncéa  plus  haut, 
que  c'est  par  eux  qu'ils  se  produisent  et  que  c'est  à  eux 
qu'ils  s'appliquent,  il  y  a  un  premier  moyen ,  et  c'est 
rinductlon.  Si  Ton  examine,  en  effet,  à  part  chacune 
des  propositions  et  des  questions,  on  verra  qu'elle  vient 
toujours,  soit  de  la  définition,  soit  du  propre,  soit  du 
genre,  soit  de  Taccident.  §  si  •  On  peut  s'en  convaincre 
encore  par  syllogisme.  Il  y  a,  en  effet,  nécessité  que 


S  1.  C'est  FinducUon  qui  par- 
court un  à  un  tous  les  cas  parUcu- 
liers  pour  les  ramener  à  une  idée 
générale,  universelle.  Tontes  les 
propositions,  toutes  les  questions 
s'appliquent  i  Tun  des  quatre  ter- 
mes dialectiques. 

S  a.  Par  syllogisme^  par  le  sim- 
ple rsisDnneroeot  et  iadépendam- 
ment  des  faits  que  Tinduction  pour- 
rail  fournir.  —  ViwattributUmTi- 
eiproquê  ou  non  rieij^oquê ,  tout 
attribut  est  ou  d''égale  extension  à 
sonsojet,  on  d'extension  Inégale; 
et  alors  le  sujet  et  Tattribut  peuvent 
être  pris  réciproquement  l'un  pour 
l'antre,  ou  ne  le  p«>uvent  pas.  Si 
rnttributlon  esi  d'égale  exlAqslon 
et  qu'elle  soit  e«60t&elle,  e'esl  une 


définition  ;  si  elle  est  d'égale  exten- 
sion, et  sans  être  essentielle,  c'est 
un  propre  ;  si  elle  est  d'égale  ex  ten- 
sion, et  qu'elle  soit  essentielle, 
genre  ou  diflërence ,  elle  rentre 
dans  la  question  du  genre  ;  enfin 
si  elle  est  d'inégale  extension,  sans 
être  essenUelle,  c'est  un  simple  ac- 
cident. —  Car  nous  avons  appelé 
propre^  voir  plus  haut ,  oh.  5,  $  5. 
—  Ce  qui  peut  recevoir  Vattribu^ 
tion  réciproque  de  la  chose,  parce 
que  le  propre  est  à  la  chose  seule.  — 
Si  raitrUmi  n$  peut  pas  reewoir 
Vattribution  réciproque,  si  l'attri- 
but est  d'inégale  extension  à  celledu 
sujet.  —  Nous  avons  nommé  acei^ 
dent.  On  peut  voir  cette  définition, 
plus  baot«  eh.  S,  S  S. 


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24  TOPIQUES, 

toute  attribution  d  une  chose  soit  une  attribution  réci- 
proque ou  non  réciproque  :  si  l'attribution  est  réci- 
proque,  c'est  que  l'attribut  est  ou  une  définitioni  ou 
un  propre;  définition,  s'il  exprime  l'essence  de  la  chose; 
propre,  s'il  ne  l'exprime  pas  :  car  nous  avons  appelé 
propre  ce  qui  peut  recevoir  lattribution  réciproque  de 
la  chose  sans  en  exprimer  cependant  l'essence.  Mais  si 
l'attribut  ne  peut  pas  recevoir  l'attribution  réciproque  de 
la  chosCi  il  fait  partie  ou  ne  fait  pas  partie  des  attributs 
compris  dans  la  définition  du  sujet  :  s'il  fait  partie  des 
attributs  compris  dans  la  définition,  il  est  ou  genre  ou 
différence  du  sujet,  puisque  la  définition  se  compose 
toujours  des  genres  et  des  différences  ;  et  s'il  ne  fait  pas 
partie  des  attributs  compris  dans  la  définition,  il  est 
clair  qu'il  sera  un  accident;  car  nous  avons  nommé  ac- 
cident ce  qui  n'est  ni  définition,  ni  genre,  ni  propre,  et 
qui  cependant  est  à  la  chose. 


CHAPITRE  IX. 

Les  quatre  attributs  dialectiques  appartiennent  toujours  a 
Tune  des  catégories  :  énuméraUon  complète  des  dix  caté- 
gories. 

§  1.  Après  ce  qui  précède,  il  faut  définir  les  genres 
des  catégories  dans  lesquelles  rentrent  les  quatre  attri- 
buts différents  que  nous  venons  de  dire. 

§  1.  £e«  quaire  attrihuts  diffé-    tkm,  TMCldent.  Alexftiidre  ii*aTilt 
rents^  le  genre,  le  propfe,  la  défloi-    pas  dans  son  mannserit  le  mot  dlf- 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  IX.  25 

§  a.  Les  catégories  sont  au  nombre  de  dix  :  sub- 
stance, quantité,  qualité,  relation,  lieu,  temps,  situa-' 
tîon,manièred'être,action,  passion.  L'accident,  le  genre, 
le  propre  et  la  définition,  doivent  se  trouver  toujours 
dans  l'une  de  ces  catégories;  car  toutes  ces  propositions 
formées  par  ces  quatre  éléments,  expriment  ou  la  sub- 
stance, ou  la  quantité,  ou  la  qualité,  ou  quelqu'une  des 
autres  catégories.  §  3.  Il  est  clair  de  soi,  que  quand  on 
exprime  ce  qu*est  la  chose,  on  en  exprime  tantôt  l'es- 
sence et  tantôt  la  qualité,  ou  telle  autre  des  catégories  : 
quand  d'un  homme  qu'on  a  devant  soi  on  dit  que  cet 
être  qu'on  a  devant  soi  est  homme  ou  animal,  on  dit  ce 
qu'il  est,  et  on  exprime  son  essence;  quand  on  dit 
'  d'une  couleur  qu'on  a  sous  les  yeux  que  l'objet  qu'on  a 


férents,  et  il  fait  remarquer  quMl 
faut  oéoessaireinent  le  suppléer. 
L*éditioD  de  Berlin,  sans  en  donner 
de  motif,  garde  la  leçon  initiale 
d^Alexandre.  Pacius,  Sylburge,  etc., 
ont  tous  la  leçon  complète,  et  Pa- 
clos  en  particulier  affirme  Tavoir 
trouvée  dans  tous  les  manuscrits 
quMI  a  consultés.  Le  sens,  d'ailleurs, 
est  parfaitement  clair.  Averroës  pa- 
rait avoir  eu  la  leçon  complète 
qu'Alt)ert-le-Grand  a  certainement, 
au  XIII*  siècle. 

S  V.  Les  eaiégories  sont  au  nam'^ 
brû  d$  dix,  voilà  le  seul  passage 
des  œuvres  d*Aristote  où  les  caté- 
gories, en  dehors  du  petit  ouvrage 
qui  porte  ce  titre,  soient  énumé- 
rées  sans  lacune  :  elles  le  sont  de 
pins  dans  Tordre  même  où  il  les  a 
classées  dans  son  ouvrage  spécial. 
C'est  une  preuve  en  faveur  de  Tau- 
tbenticité.  Voir  mon  Mémoire  sur 


la  logique,  tom.   1,  pages  51  et 
340. 

§  3.  Quand  im  exprime  ce 
qu'est  la  chose,  c*est4-dire  quMl  y 
a  de  Tessence  encore  dans  les  cat^ 
gories  inférieures,  comme  dans  la 
première,  où  il  n'y  a  qu'elle.  — 
Soit  qu*on  lui  attribue  son  genre, 
l'attribution  est  nécessairement  es- 
senUelle,  quand  le  sujet  et  Tattribut 
sont  dans  la  même  catégorie.  — 
Quand  VattribuS  est  dt/férent  du 
sujet,  en  d'autres  termes ,  quand 
le  sujet  et  l'attribut  sont  dans  des 
catégories  différentes ,  quand  le 
même  ne  s'applique  pas  au  même. 
—  Ou' toute  autre  des  catégories, 
Alexandre  fait  remarquer  ici  com- 
bien le  Traité  des  catégories  est 
indispensable  à  la  dialectique  ;  c'est 
une  nouvelle  réponse  indirecte  à 
ceux  qui  nieraient  rauthenlicité  de 
ce  Traité. 


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26  TOPIQUES. 

sous  les  yeux  est  blanc  ou  qu*il  est  une  couleur,  on  dit 
ce  qu'il  est ,  et  Ton  en  exprime  la  qualité.  £t  de  même 
pour  une  grandeur  d*une  coudée  qu'on  a  sous  les  yeux, 
quand  on  dit  que  cet  objet  qu'on  a  sous  les  yeux  est  une 
grandeur  d'une  coudée,  on  dit  ce  qu'il  est,  et  l'on  en 
exprime  la  quantité.  Même  remarque  pour  tous  les 
autres  cas.  £u  effet,  dans  chacun  d'eux,  soit  qu'un  at- 
tribut identique  soit  attribué  à  la  chose  elle-même,  soit 
qu'on  lui  attribue  son  genre,  on  exprime  toujours  ce 
qu'elle  est;  quand,  au  contraire,  l'attribut  est  différent 
du  sujet,  ce  n'est  plus  l'essence  de  la  chose  qu'il  ex- 
prinie,  mais  c'est  la  quantité,  ou  la  qualité,  ou  toute 
autre  des  catégories. 

§  4*  Ainsi  donc,  les  éléments  auxquels  s'appliquent 
les  raisonnements  dialectiques,  ou  dont  on  les  tire,  sont 
bien  ceux  que  nous  avons  dits,  et  ne  sont  pas  plus  nom-» 
breux.  Maintenant  il  nous  faut  dire  comment  nous 
pourrons  les  trouver,  et  quels  sont  les  moyens  de  les 
découvrir. 


S  i.  Xei  éîéfMnii  auxqwU  $*ap-  on  U$  tire,  les  propositions.  —  Que 
pUqvêni  IM  raiêimnmMnis  diaûe-  nout  av<m$  ditt^  voir  pins  baut, 
êiquêif  les  questions.  — >  Ou  dani    ch.  5. 


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LIVBE  I,  CHAPITRE  X. 


27 


CHAPITRE  X. 

De  la  propotition  dialectique  :  définition  de  eette  propoei* 
tion.  —  Probabililé  des  propositions  contraires  eiprimées 
sous  forme  opposée  à  celle  des  propositions  vraies*  — 
Probabilité  des  propositions  admises  par  les  gens  spéctaux 
dans  certaines  sciences. 

§  I .  Expliquons  d'abord  ce  que  c'est  qu'une  proposition 
dialectique,  et  ce  que  c'est  qu'une  question  dialectique. 
Toute  proposition,  non  plus  que  toute  question,  ne  doit 
pas  être  prise  pour  dialectique;  car  il  n'est  pas  d'homme, 
ayant  sa  raison ,  qui  avançât  une  opinion  qui  ne  se- 
rait soutenue  de  personne,  ou  qui  rejetât  ce  qui  est  ac- 
cepté de  tout  le  monde  ou  du  moins  de  la  majorité. 
D'une  part,  en  effet,  il  ne  saurait  y  avoir  le  moindre 
doute;  et  d'autre  part,  de  telles  opinions  ne  sont  pas 
soutenables. 

§  a.  La  proposition  dialectique  est  donc  une  inter* 


%  1.  Une  ffroposition  diaketi- 
jftM...  une  qu$$tion  dialectique^  Il 
S  déjà  donné  ces  déflnitions,  ch.  4, 
S  i,  et  II  »  marqué  la  différence  de 
la  proposUJon  à  la  question.  Ici  la 
déflntUon  est  plus  complète,  parce 
qu'elle  se  trouve  dans  le  Traité  spé- 
cial de  la  Dialectique. 

%  t.  Lapropoiitiùn  diateetique^ 
outre  la  définition  indiquée  au 
cb.  i,  U  en  a  déjà  donné  deux  de 
la  proposition  dialectique  :  Tune 


dans  VEerméneia^  ch.  11,  SS  ^  et  3, 
où  il  cite  les  Topiques,  et  où  il 
compare  la  proposition  ordinaire  à 
rinterrogation  dialectique;  Tautre 
dans  les  Premiert  Analytiques  y 
Ih,  t,  ch.  1,  §  S,  où  il  compare  la 
proposition  dialectique  à  la  propo- 
sition démonstrative.  —  Est  donc 
une  interrogation^  Alexandre  re- 
marque, d'après  Eudème  et  la  doc- 
trine qu*il  exposait  dans  son  Traité 
sur  renonciation»  que  la  proposi- 


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28  TOPIQUES. 

rogation  qui  doit  être  probable ,  soit  pour  tous  les 
hommes,  soit  pour  la  plupart ,  soit  pour  les  sages;  et 
parmi  ces  derniers,  soit  pour  tous,  soit  pour  la  plu- 
part, soit  pour  les  plus  illustres;  interrogation  qui  d'ail- 
leurs n'est  point  paradoxale;  car  on  peut  admettre  ce  qui 
semble  vrai  aux  sages,  pourvu  que  cela  ne  soit  point 
contraire  aux  opiuions  généralement  reçues. 

§  3.  On  peut  prendre  aussi  comme  propositions  dia- 
lectiques, les  opinions  pareilles  aux  opinions  proba- 
bles, et  les  opinions  contraires  aux  opinions  probables, 
pourvu  qu'elles  soient  présentées  sous  une  forme  oppo- 
sée à  celles  qui  semblent  probables ,  et  toutes  les  opi» 
nions  qui  sont  conformes  aux  principes  des  sciences 
reconnues.  §  4*  Car  si  c'est  une  proposition  probable 


tioD  dialectique  est  la  seule  qui  ait 
forme  dMnterrogation.  «  Toute  pro- 
«  position ,  dit-il,  n*est  pas  une  in- 
«  lerrogation  ;  il  n*y  a  que  la  propo- 
«  sition  dialectique  ;  toute  interro- 
«  gatioQ  n'est  pas  proposition;  il 
«  n'y  a  que  Tinterrogation  dialeo- 
«  tique.  »  Et  il  cite  Eudème,  qui 
distingue  trois  espèces  d'interroga- 
tions. ^  Qui  doit  être  probable, 
Dans  les  Derniers  Analytiques^  il  a 
donné  une  définition  pareille  du 
probable.  —  Qui  éCaUleurs  n'est 
point  paradoxale,  en  d'autres  ter- 
mes, conforme  au  sens  commun. 
Ainsi,  une  assertion  n'est  probable, 
au  point  de  vue  spécial  de  la  dia- 
lectique, que  si  elle  est  générale- 
ment acceptée.  «  La  santé  n*est  pas 
«  un  bien  aux  yeux  de  quelques 
fc  sages,  dit  Alexandre  ;  mais  on  ne 
«  doit  pas  dire  que  ce  soit  là  une 
«  opinion  probable,  parce  qu'elle 


«  est  opposée  à  Topinion  générale, 
d  Parménide  a  soutenu  que  l'être 
«est  un  et  immobile  ;  Heraclite, 
«  que  les  contraires  sont  identi-* 
«  ques  ;  Anlislliène,  qu'il  n'est  pas 
«  possible  de  contredire  une  asser- 
«  tion  quelconque.  Ce  ne  sont  pas 
«  là  des  propositions,  ce  ne  sont 
«  que  de  simples  tbèses  dans  le 
«  langage  d'Aristote.  » 

8  3.  On  peut  prendre  aussi, 
voilà  deux  nouvelles  espèces  de 
propositions  probables:  1»  celles 
qui  ressemblent  aux  propositions 
probables  ;  a»  celles  qui  leur  sont 
contraires,  mais  qui  sont  mises 
sous  forme  opposée,  et  qui  [lar  cette 
opposition  de  la  forme  rentrent 
alors  sous  la  proposition  à  laquelle 
elles  seraient  contraires  dans  l'ex- 
pression simple.  Prises  à  l'inverse, 
elles  sont  vraies. 

§  i.  Exemple  de  propositions 


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LIVRE  t,  CHAPITRE  X.  29 

que  la  science  des  contraires  s'acquiert  par  une  notion 
unique,  cette  proposition  semblera  probable  aussi, 
qu'une  seule  sensation  sufKt  pour  percevoir  les  con* 
traires.  S'il  parait  probable  que  l'art  de  la  grammaire 
est  numériquement  un,  il  semblera  probable  aussi  que 
l'art  de  jouer  de  la  flûte  est  numériquement  un  ;  et  s*il 
y  a  plusieurs  arts  de  la  grammaire,  il  semblera  qu'il  y 
ait  aussi  plusieurs  arts  de  jouer  de  la  flûte;  car  toutes 
ces  choses  paraissent  semblables  et  être  du  même 
genre.  §  5.  Et  de  même  les  propositions  contraires  aux 
opinions  probables,  étant  présentées  sous  forme  oppo- 
sée, paraîtront  probables  aussi.  Par  exemple,  si  c'est 
une  opinion  probable,  qu'il  faut  faire  du  bien  à  ses  amis, 
il  est  probable  aussi  qu'il  ne  faut  pas  leur  faire  de  mal. 
A  cette  proposition,  qu'il  faut  faire  du  bien  à  ses  amis, 
la  proposition  contraire  est  qu'il  faut  leur  faire  du  mal; 
mais  la  proposition  contraire  sous  forme  opposée,  c'est 
qu'il  ne  faut  pas  leur  faire  de  mal.  Et ,  de  même ,  s'il 
faut  faire  du  bien  à  ses  amis,  il  ne  faut  pas  en  faire  à 
ses  ennemis;  mais  cette  proposition  même  rentre  en- 
core dans  les  contraires  sous  forme  opposée;  car  le 
contraire  pur  et  simple  serait  qu'il  faut  faire  du  bien 
à  ses  ennemis;  et  de  même  pour  tous  les  autres  cas. 
§  6.  C'est  aussi  dans  la  comparaison  qu'on  fera  de  deux 

semblables  aux  propositions  pro-  assez  probable,  on  en  fera  ressortir 

bables.  la  probabilité  en  la  comparant  à  la 

S  S.  Exemple  de  propositions  propositioncontraire:ilfaatfairedn 

contraires  aux  propositions  proba-  bien  à  ses  amis.—  Quand  nous  nota 

blés,  mais  sons  forme  opposée.  occuperom,  Alexandre  pense  que 

%  6.  Cétt  aussi  dans  la  eompa-  cette  Indication  se  rapporte  au  se- 

raisan ,  et  par  exemple  si  cette  coud  livre  des  Topiques,  et  c*est 

proposition  :  il  faut  faire  du  mal  à  avec  raison,  comme  on  peut  le  voir 

ses  ennemis,  ne  parait  pas  d*abord  par  le  ch.  7  de  ce  livre  ;  et  il  ajoute 


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M  TOPIQUES. 

contraires ,  que  le  contraire  paraîtra  probable^  appli- 
qué à  son  contraire.  Par  exemple,  s'il  faut  faire  du  bien 
à  ses  amis,  et  s'il  faut  faire  du  mal  à  ses  ennemis,  faire 
du  bien  à  ses  amis  semblera  aussi  le  contraire  de  fiiire 
du  mal  à  ses  ennemis.  Qu'il  en  soit,  ou  non,  véritable* 
ment  ainsi,  c'est  ce  que  nous  dirons  quand  nous  nous 
occuperons  des  énonciations  par  les  contraires.  $  7.  U 
est  également  évident  que  toutes  les  opinions  reçues 
dans  certains  arts  sont  des  propositions  dialectiques; 
car  on  peut  admettre  comme  probables,  les  opinions 
approuvées  par  ceux  qui  se  sont  exercés  dans  ces 
matières  ;  et  l'on  pensera,  par  exemple,  comme  le  mé* 
decin  dans  les  choses  qui  concernent  la  médecine ,  et 
comme  le  géomètre  dans  les  choses  de  géométrie  :  et  de 
même  pour  tout  le  reste« 

q<i*Aristole  s  d^  tnité  ce  sqjet  t  7.  il  •$$  ^cImmU  MtfMC» 
dans  YBermémia,  Yen  la  fin;  le  Pados rappelle qaeoeueqvalriëm^ 
chai^tre  U  de  rHêrménêia  y  est  espèce  de  probabilité  est  précise- 
en  sfltet  coMHcré  ;  mais  à  on  point  meni  celle  qne  soppose  razIôoM 


de  Tue  plus  général,  et  qui  n'est  pas    bien  conna  :  Crêd9mdum  êU  eut» 
relatif  senlement  à  la  dialecilqne,       quêimuà  arU  perUo. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XL 


3( 


CHAPITRE  XI. 

De  b  questkm  dialectique  :  dëfloUioii  ;  nature  diverse  des 
questions  dialectiques  suivant  les  résultats  qu'elles  se  . 
proposent.—  De  la  thèse  dialectique  :  définition;  rapports 
et  différences  de  la  question  et  de  la  thèse  dialectiques.  — 
Distinction  des  thèses  et  des  questions  qui  méritent  d'être 
discutées. 

§  t.  Une  question  dialectique  est  une  considération 
qui  a  pour  but,  soit  de  faire  rechercher  ou  de  faire 
éviter  une  chose,  soit  de  nous  la  faire  savoir  dans 
toute  sa  vérité,  ou  de  nous  la  faire  simplement  con* 
naître,  produisant  directement  par  elle-même,  ou  con- 
tribuant du  moins  à  produire  Fun  de  ces  effets;  consi-* 
dération  sur  laquelle  le  vulgaire  ne  pense  ni  dans  Tun 
ni  dans  l'autre  sens,  ou  pense  contrairement  aux  sages, 
ou  bien  sur  laquelle  les  sages  pensent  contrairement  au 
vulgaire,  ou  bien  enfin  sur  laquelle  les  sages  sont  en 
dissentiment  entre  eux,  comme  le  vulgaire  se  partage 
aussi  à  cet  égard.  §  a.  En  effet,  il  y  a  certaines  ques- 


S 1.  Produisani  dinettmmU  pat 
$lU^mim$^  quand  la  qoesUon  est 
posée  pour  elle-même.  —  Ou  eon- 
tribuant  du  moifii,  quand  la  ques- 
tion ne  doii  èlre  réaoloe  qu'en  tq6 
d'une  autre.  —  Is  wUgairê  im 
paru  mi  dam  Fam  ni  dam  Vaairû 

MfM»  c'eil'Mlio  qui   nUnléreae    amu  à  «oDOtfr,  les  questions  phy- 
pas  le  Tnl^aife  et  sur  laquelle  il  ne 
pMttd  point  pwtt  —  CMUtN^ 


«Mfif  oiM»  iogêi,..  tantrakemeni 
au  vaiffair^j  ces  deux  espèces  ven- 
trent  Tune  dans  Tautre  et  n'en  font 
qu'une. 

$  i.  SaU  paar  fwharthar^  $oU 
pour  fkiifj  oe  sent  les  questions 
morales.  ^On  se 


slques  ou  de  pure  spéculation.  — 
Qmi  p$aamt  y  «OMMlMir,  quand 


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82  TOPIQUES. 

lions  qu^il  est  utile  de  résoudre,  soit  pour  rechercher^ 
soit  pour  fuir  telles  ou  telles  choses;  par  exemple,  si  le 
plaisir  est  ou  n'est  pas  un  bien.  Il  en  est  d'autres  qu'on 
se  boroe  uniquement  à  savoir;  par  exemple,  si  le 
monde  est  éternel  ou  ne  Test  pas.  Il  en  est  d  autres  qui 
ne  se  rapportent  directement  et  en  soi  à  aucune  de  ces 
choses-là^  mais  qui  peuvent  pourtant  y  contribuer;  car 
il  y  a  beaucoup  de  choses  que  nous  désirons  connaître, 
non  pas  pour  elles-mêmes,  mais  seulement  à  cause 
d'autres  choses,  afin  qu'à  Taide  des  premières  nous  puis- 
sions connaître  encore  une  chose  différente. 

§  3.  On  peut  encore  appeler  questions,  les  proposi- 
tions sur  lesquelles  on  peut  former  des  raisonnements 
contraires.  Quelquefois^  en  effet,  Ton  peut  douter  que 
les  choses  soient  de  telle  façon  ou  ne  soient  pas  de  telle 
façon,  parce  que,  dans  Tun  et  l'autre  sens,  on  peut  allé- 
guer de  bonnes  raisons.  On  peut  aussi  mettre  en  ques- 
tion des  choses  dont  nous  n'avons  pas  l'explication  parce 
qu'elles  sont  graves,  et  que  nous  croyons  difficile  d'en 
savoir  le  pourquoi.  Par  exemple,  c'est  une  question  ar- 
due de  savoir  si  le  monde  est  étemel  ou  s'il  ne  l'est  pas; 
car  ce  sont  là  des  questions  qu'on  peut  chercher  à  ré- 
soudre. 

§  4*  Ainsi  donc,  les  questions  et  les  propositions 
sont  bien  ainsi  que  nous  les  avons  définies. 

§  5.  La  thèse  est  une  opinion  paradoxale  de  quelque 


la  quesUon  est  inténsasinte,  non  térieur  à  oelui-ei,  pour  la  propo- 

par  elle-même,  mais  en  vue  de  sition. 

quelque  autre.  %  5.  Une  opinion  paradoxale, 

§  4.  Ainii  que  noué  les  avone  opposée  aux  opinions  généralement 

définiet  dans  les  paragraphes  qui  admises.  <—  Peneéee  tfmiMt  par  le 

précèdent,  et  dans  le  chapitre  an-  premier  venu,  la  thèse,  pour  Aire 


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LIVBE  I,  CHAPITRE  XI.  33 

philosophe  célèbre  :  par  exemple,  qu'on  ne  peut  contre» 
dire  quoi  que  ce  soit,  ainsi  que  le  disait  Antisthène: 
ou  bien  que  tout  est  en  mouvement,  selon  Heraclite  :  ou 
bien  que  Têtre  est  un,  selon  Mélissus;  car  il  serait  par 
trop  ûmple  de  s'occuper  de  pensées  émises  par  le  pre- 
mier venu  en  opposition  aux  opinions  reçues.  §  6.  On 
doit  encore  entendre  par  thèses  les  assertions  que  nous 
pourrions  soutenir  par  des  raisonnements,  toutes  con- 
traires qu'elles  seraient  aux  opinions  vulgaires  :  par 
exemple,  que  tout  ce  qui  est  n'est  ni  devenu  ce  qu'il 
est,  ni  ne  l'est  éternellement,  comme  disent  les  sopliistes. 
Ainsi,  selon  eux  ,  il  est  impossible  qu'un  homme  musi- 
cien soit  grammairien,  puisqu'il  ne  Test  pas  devenu ,  et 
qu'il  ne  l'est  pas  de  toute  éternité  ;  et  cette  opinion, 
bien  qu'elle  pût  paraître  contestable  à  quelqu'un,  n'en 
serait  pas  moins  soutenable  par  des  raisons  assez  con- 
vaincantes. 

§  7.  Ainsi  donc,  la  thèse  est  aussi  une  question  ;  mais 
toute  question  n'est  pas  une  thèse,  puisqu'il  y  a  cer- 
taines questions  sur  lesquelles  nous  n  avons  d'avis  ni 
dans  un  sens  ni  dans  l'autre.  Au  contraire,  il  est  évident 
que  la  thèse  est  aussi  une  question,  puisqu'il  résulte 
nécessairement  de  ce  qu'on  a  dit  ou  que  le  vulgaire  est 

qoestioD,  doit  'avoir  en  sa  Civeiir  mairien.  —  Par  de$  raisons  assss 

quelque  grave  autorité.  eanvaincanies,  L*éditioa  de  Berlin 

S  6.  Par   dês  raiswMwmmtSf  supprime  l'épithète  <u<ex  eonva^n- 

qni  ne  seraient  d^ailleurs  que  spé-  eantes^  sans  donner  de  motif  de 

deux.  —  il  est  impossible  qu'un  cette  suppre:«sion,  que  n'autorise 

AomfM  musicien^  en  tant  que  mu-  aucun  manuscrit,  et  qui  laisse  évi- 

fiden,  il  ne  peut  Jamais  devenir  demment  le  sens  incomplet, 
grammairien  ;  mais  Thomme  qui        g  7.  Une  assertion  ;  car  la  thèse 

accidentellement  est  musiden,  peut  se  prononce  toujours  pour  l'un  ou 

accidentellement  aussi  être  gram-  Tautre  c6té  de  la  qaesiion. 

IV.  S 


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44  yOPIQUES. 

suF  la  thèse  en  dissentimeot  avec  les  sages,  ou  que  lep 
sages  se  divisent  entre  eux  ainsi  que  le  vulgaire,  la 
thèse  étant  toujours  une  assertion  paradoxale.  $  8.  Ha«- 
hituellement,  presque  toutes  les  questions  dialectiques 
sont  appelées  des  thèses.  Mais  peu  importe  le  nom  qu'on 
leur  donne;  car  ce  n'est  pas  pour  créer  des  dénomin»- 
tions  nouvelles  que  nous  les  avons  ainsi  divisées:  c'est 
uniquement  afin  que  nous  n'ignorions  pas  quelles  peu** 
vent  en  être  les  différences  véritables* 

§  g.  Il  ne  faut  pas,  du  reste,  se  donner  la  peine 
d'examiner  toute  thèse,  toute  question  :  on  ne  doit 
s'arrêter  qu  a  celle  qui  peut  faire  doute  pour  qui  n'a 
besoin  que  d'être  éclairé  par  le  raisonnement,  sans  que 
spn  opinion  mérite  d'être  réprimée,  ou  annonœ  une 
lacune  dans  la  sensation.  Àin^i,  par  exemple,  ceux  qui 
doutent  qu'il  faille  honorer  les  dieux,  chérir  ses  parenU, 
ont  besoin  detrc  réprimés;  et  ceux  qui  doutent  si  la 
neige  est  blanche  ou  ne  l'est  pas,  n'ont  besoin  que  de 
sensation.  $  lo.  Ainsi  donc,  la  discussion  ne  doit  pat 
s'appliquer  aux  choses  dont  la  démonstration  est  trop 
proche  ou  trop  éloignée;  car  les  unes  ne  font  pas  de 
doute,  et  les  autres  offrent  des  difficultés  qui  ne  con« 
viennent  pas  à  de  simples  exercices, 

%  9.  Mérite  éC^tre  réprimée^  Le  son  immoralité. 
texte  dit  même  ehâtiéé,  par  un        §  10.  La  démonstration  ^  sim- 

bttme  énergique,  au  Heu  d^ètre  plement   probable,   et  non  |^(^t 

éelafreie  par  la  discussion,  qui  ne  scientifique  et  philosophique  dans 

pourrait  jamais  à  elle  seule  lui  ôler  le  vrai  sens  du  mot 


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LITRE  I,  CHAPITRE  ÎII. 


CHAPÏTBE  XII. 

Deax  espèces  de  raisonnemeQto  dialectiques  :  le  tyUocifme  et 
rioduclion* 

§  I .  Après  les  distinctions  prëcëdentes^  il  faut  déter* 
miner  le  nombre  des  espèces  de  raisonnements  dialec- 
tiques. §  ti.  Il  y  en  a  deux,  Tinduction  et  le  syllogisme. 
§  3.  Nous  avons  déjà  dit  ce  qu'est  le  syllogisme. 
§  4*  Quantàrinduction,  elle  est  la  transition  du  par* 
ticulier  à  Tuniversel,  Par  exemple,  si  parmi  les  pilotes 
et  parmi  les  cochers,  le  meilleur  est  celui  qui  fait  le 
mieux  son  métier^  on  pourra  dire  en  général  atissi  que 
le  meilleur  est  celui  qui  fait  le  mieux.  §  5.  L'induction 
est  plus  persuasive  et  plus  claire,  plus  accessible  h  la 
sensation  et  plus  connue  du  vulgaire;  le  syllogisme  est 
plus  puissant  et  plus  vigoureux  pour  réfuter  les  contra- 
dicteurs. 


St.  il  y  en  a  iêux,  parce  que 
tous  les  autres  rataonaeieenls,  dia- 
leclUioos  ou  analytiques,  rentrent 
dans  Ton  ou  dans  Tautre,  comme  il 
Ta  prouvé  dans  les  Premins  Àna* 
lytiquet^  liv.  2,  cb.  S3  et  suiv.,  el 
au  début  du  premier  livre  des  Der- 
niêfê  Ànmèytiquu, 

g  a.  Nmu  aoonê  déjà  âU.  Plus 
haut,  dans  ce  llTve,  eh.  t,  S  f . 


%  l.  Quant  à  VinduetUm,  Voir 
la  Théorie  complète  de  rindueiion, 
Premiers  Analytiques^  Uv,  $, 
ch.  S3.  Alexandre  remarque  que  de 
son  temps  on  définissait  mal  IMn- 
duciion,  en  disant  qu^elle  était  la 
transition  du  semblable  au  sem- 
blable. G*eft  là  rêiemple  et  aon 
pas  rinduction  comme  on  peut  le 
voir  loc.  laud. 


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i 


36  TOPIQUES. 


CHAPITRB  XIII. 

Dès  quatre  instruments  ou  procédés  dialectiques  :  •!<*  choix 
des  propositions  initiales;  2*  distinction  des  dénomina- 
tions diverses  des  choses;  5®  distinction  des  différences  ; 
4*^  distinction  des  ressemblances. 

§  I.  Pour  les  genres  auxquels  s'appliquent  les  rai- 
sonnementSy  et  dont  on  les  tire,  gardons  la  division  faite 
plus  haut.  Quant  aux  procédés  qui  pourront  nous 
fournir,  selon  le  besoin,  des  syllogismes  et  des  induc- 
tions, ils  sont  au  nombre  de  quatre  :  Tun,  c*est  de  sa- 
voir  poser  les  propositions  ;  l'autre ,  de  pouvoir  recon- 
naître les  dénominations  diverses  de  chaque  chose;  le 
troisième,  de  distinguer  les  difTérences;  le  quatrième 
enfin,  c'est  de  savoir  discerner  le  semblable.  §  n.  De 
ces  quatre  choses,  trois  ne  sont  en  quelque  sorte  aussi 
que  des  propositions  ;  car  on  peut  toujours  pour  cha* 
cune  d'elles  faire  une  proposition.  L'on  peut  dire,  par 
exemple,  que  l'on  doit  préférer  la  vertu,  ou  le  plaisir, 
ou  l'intérêt  ;  que  la  sensation  diffère  de  la  science ,  en 
ce  que  l'on  peut  ressaisir  Tune  après  l'avoir  perdue, 
tandis  qu'on  ne  peut  ressaisir  l'autre;  et  que  le  sain  est 


$  U  La  dé/initUm  faite  plus  8  9.  Trois  ne  mmi  «n  quOq^ 

Amify  Voir  plus  haut,  cb.i  et  suiv.  9arUy  Ce  sont  les  trois  derniers 

—  Quant  aux  procédés ,  le  teste  procédés  qni  pourraient  tous  être 

dit  :  instruments.  —  Le  semblable^  rameoés  au  premier  ;  le  choix  des 

ce  quMI  y  a  de  semblable  entre  les  propositions.  -*  Des  semblables^  ou 

choses,  la  ressemblance  des  cboses.  mieux,  des  ressemblances. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XIV.  37 

dans  le  même  rapport  à  la  santé  que  le  bien  disposé 
l'est  à  la  bonne  disposition.  La  première  de  ces  propo- 
sitions est  tirée  de  la  diversité  de  signification  des 
mots;  la  seconde  est  tirée  des  différences;  et  la  troi- 
sième, des  semblables. 


CHAPITRE  XIV. 

Du  choix  des  propositions  :  choisir  d'abord  les  propositions 
probables  ou  les  propositions  contraires  sous  forme  op- 
posée :  choisir  les  propositions  semblables  aux  proposi- 
tions probables  :  extraire  des  propositions  de  bons 
auteurs.  -—  Espèces  diverses  des  propositions  et  des  ques- 
tions :  morales,  physiques,  logiques.  —  Faire  les  proposi- 
tions les  plus  générales  possible ,  ks  diviser  et  les  subdi- 
viser ensuite. 

5  1  •  Il  y  a  autant  de  manières  de  choisir  les  propo- 
sitions, que  nous  avons  distingué  d^espèces  dans  la  pro- 
position elle-même.  Nous  pouvons  avancer  les  opinions 
acceptées  ou  par  tout  le  monde,  ou  par  la  majorité,  ou 
par  les  sages;  et  parmi  les  sages,  suivre  lavis  de  tous, 
ou  celui  de  la  majorité  ou  celui  des  plus  illustres.  Nous 


%  1.  Que  fMNM  wons  diitingué  comme    opinion    probable    celle 

dF9$péeês,  Voir  plus  haut,  ch.  fO,  d*Hippocrate  en  médecine  ,    dit 

9  9  et  suiv.,  où  il  a  déliai  la  propo-  Alexandre ,  d^Archimède  en  géo- 

sitioD  probable,  et  en  a  distingné  métrie,  d'Aristoxène  en  mQsIqva. 

qoatre  espèces.  —  Ou  celui  dêê  ^  Aimi  que  notu  Vavons  dii  peu» 

pku  illustrée^  U  ISiudrA  regarder  AouC,  cb.  10,  g  S. 


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38  TOPIQUES. 

pouvons  aYAnoér  mente  miMi  lei  opittîont  coiltrilifêg  II 
eelleft  qiri  paraissent  les  plus  Traies ,  et  toutes  les  opi* 
nions  qui  résultent  d'une  pratique  spéciale  dans  uu 
arié  Mais  9  quant  aui  opinions  contraires  à  celles  qui 
paraissent  les  plus  vraies,  il  faut  les  produire  sous  forme 
opposée,  ainsi  que  nousTavons  dit  plus  haut. 

§  n.  Il  est  utile  aussi,  dans  ce  choix ,  non  seulement  de 
prendre  celles  qui  sont  probables,  mais  celles  même  qui 
se  rapprochent  de  celles-là;  par  exemple,  que  la  sensa- 
tion des  contraire!  est  ntiiqliei  parce  que  la  science  des 
contraires  est  unique  aussi;  que  Tacte  de  la  vision  s'o- 
père eu  recevant  quelque  chose  du  dehors,  et  non  pas 
en  émettant  quelque  chose  de  nous,  parce  qu'il  en  est 
en  effet  ainsi  des  autres  sensations.  Ainsi,  nous  enten- 
dons en  reoevant  quelque  chose  du  dehors ^  et  non  pas 
en  émettant  quelque  chose  de  nous.  L'acte  du  goût,  et 
celui  de  Todorat,  se  produisent  de  cette  même  façon. 
On  pourrait  faire  une  remarque  analogue  pour  tous 
les  autres  cas.  §  3.  Il  faut  encore  admettre  comme  principe 
et  comme  thèse  probable,  ce  qui  se  présente  dans  tous 
les  caâ,  ou  du  moins  dans  la  plupart  des  cas;  car  c'est 
une  chose  admise  par  tous  ceux  qui  n'ont  point  observé 
qu^il  efi  fût  autrement  dans  aucun  cas. 

§  4"  it  faut  extraire  des  opinions  choisies  dans  les 
bons  auteurs^  §  5,  et  faiie  des  listes  séparées  avec  soin 


8  s.  Celles  qui  SB  rapprochent  de  î\  me  parait  qa*Aristote  fait  ici  la 

€»UêS'lé^  feei  h  s«oswte  espèce  de  criU<|se  de  son  mslire,  bien  qm'ii 

proposiUiM  pii^ables^  eb.  iO,  $  4.  se  le  somine  pas. 
—  En  émêtiani  quelque  thoee  âe        $  S«  Celle  d^Empééoele,  qui  a  été 

«MM,  G*esi  ainsi  qtÊO  PIsloD  expli-  Bi  aonveni  aitribaée  k  Amiote  Ini- 

qii»it  la  fiftioB  dans  le  Tlmée«  Voir  mèiae,  bien  c|u*îl  la  lui  renvoie  po- 


lalraducUondeM.Gonsin,pngeUS.     eitîYeBwnL 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XIV.  M 

pcftir  cbftquë  gtorc^  en  mettant  à  part  les  opinions^  pi^ 
exemple,  sur  le  bien  et  celles  sm:  l'animal,  et  sur  le  bien 
pris  dans  toute  sa  génëralitë,  en  corotnençant  toujours 
par  la  définition  du  sujet.  Il  Setut  aussi  noter  soigneuse-» 
ment  les  opinions  originales  de  chaeun  :  par  exemple , 
celles  d'Empédocle,  qui  a  dit  que  les  éléments  de  tous 
les  corps  étaient  au  nombre  de  quatre;  car  on  peut  sou- 
tenir une  assertion  émise  par  quelque  homme  digne  de 
foi. 

$  6*  Il  y  a  donc,  pour  ne  donner  d'ailleurs  ici  qu'un 
apperçu,  trois  espèces  distinctes  de  questions  ou  de  pro- 
positions; les  unes  sont  morales;  les  autres,  physiques; 
les  autreslogiques:  morales,  comme  lorsqu'on  demande 
s'il  faut  plutôt  obéir  à  ses  parents  qu'aux  lois,  quand 
ils  ne  sont  pas  d'accord  ;  logiques,  comme,  par  exemple  ^ 
si  la  scicûcedes  contraires  est  unique  ou  ne  l'est  pas;  phy* 
siques,  par  exemple,  si  le  monde  est,  ou  non,  éternel.  Et 
de  mâme  pour  les  questions. Quant  à  reconnaître  les  espè- 
ces qui  viennent  dVtre  indiquées,  il  ne  serait  pas  facile 
d'en  donner  le  moyen  par  une  simple  définition  ;  mais  on 
peut  s'essayer  à  distinguer  chacune  d'elles  pai*  l'habitude 

$•.!«#  mUr9i  lo§ifuei,  Logi-  fua,  tom.  t,  pag.  S43  et  suir.  Pa- 
que  n'a  point  ici  le  sens  dérarora-  dus  remarque  aussi  que  cette  divi- 
blt  q«e  M  donne  habliaeilement  sion,  indiquée  ici  d'une  manière 
Ariatoie.  Ceci  semble  résnlter  de  pen  rigoureuse,  rudi  et  pingui  9Ii- 
Fexemple  qu'il  die  un  peu  plus  «i0rt>d,  he  comprend  ni  tes  ma  thé* 
bas.  M.  RaTiisaon  a  cherché  il  mattques,  ni  la  métaphysique,  ni  la 
prouver  que  cette  division  des  pro-  luedeclne,  ni  les  arts  spéciani.  — 
positions,  qui  embrasserait  le  do-  Par  une  simple  définitiouy  La  dé- 
mai  ne  de  la  philosophie  tout  en-  finition  pour  chacune  de  ces  es- 
tière,  comme  pour  X^nocrate  et  ses  pèces  aurait  été  beaucoup  plus  dif- 
successeurs,  n'avait  pjs  loulc  l'im-  ficile;  il  a  préréré  les  faire  connal- 
portance  qu'on  a  voulu  lui  donner,  tre  par  des  exemples  qui  n'ont  rien 
Yoir  son  Essai  sur  la  Métaphysi-  do  très  rigoureux. 


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40  TOPIQUES. 

de  i*induction,  et  en  les  étudiant  d'après  les  ex^nples 
qui  en  ont  été  donnés  ici. 

§  7*  Au  point  de  vue  de  la  philosophie,  il  faut  traiter 
des  choses  dans  toute  leur  vérité  ;  mais  en  dialectique 
il  suffit  de  l'apparence  et  de  la  probabilité. 

§  8*  Le  plus  qu'on  peut,  il  faut  faire  toutes  les  pro- 
positions universelles;  et,  d'une  seule,  il  faut  en  tirer 
plusieurs.  Par  exemple,  si  l'on  a  établi  que  la  science 
des  opposés  est  unique ,  il  faut  poser  à  la  suite  que  la 
science  est  unique  pour  les  contraires,  que  la  science 
est  unique  pour  les  relatifs.  Ces  nouvelles  propositions, 
il  faut  encore  de  même  les  diviser  tant  qu'on  peut  le 
faire,  et  dire,  par  exemple,  que  la  science  est  unique 
pour  le  bien  et  pour  le  mal  ;  que  la  science  est  unique 
pour  le  blanc  et  pour  le  noir;  que  la  science  est  unique 
pour  le  froid  comme  pour  le  chaud  ;  et  de  même  pour 
tout  le  reste. 

§  9.  Ce  qui  précède  doit  suffire  pour  b  proposi- 
tion. 


f  7.  Au  poini  âê  vve  de  ta  pM- 
iosopMêj  DiffëreDce  de  la  philoso- 
phie et  de  la  dialectique,  de  la 
scieDce  proprement  dite  et  de  la 
simple  opinion. 

S  S.  Des  ùppoiii,  dont  les  con- 
traires avec  toutes  leurs  nuances  ne 
ne  sont  qu*nne  espèce,  ainsi  que  les 
relatifs,  le  bien  et  le  mal,  le  blanc 


et  le  noir,  ne  sont  que  des  cas  parti» 
cttUers.Voir  les  Caiégorieê,  ch.  10 
et  suiv.,  et  MitaphffHqmf  Ut.  5, 
ch.lO. 

S  0.  Pour  la  pnpoëiiion ,  on 
mieux,  pour  le  choix  des  proposi- 
tions ,  premier  des  quatre  instru- 
mente dialectiques.  Voir  plus  haut, 
Gb.  18,  8  1. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  lY.  41 


CHAPITRE  XV. 

Dénominations  diverses  des  eiioses  :  pour  se  rendre  compte 
de  l'homonymie,  il  ne  faut  pas  s'en  tenir  k  Teiamen  des 
mots ,  il  faut  aller  jusqu'aux  définitions.  —  Examen  du 
contraire,  identique  par  le  nom  ou  différent  par  le  nom. 
Absence  ou  prince  du  contraire. — ^Absence  ou  présence 
d'un  intermédiaire.  —  Nombre  des  intermédiaires.  — 
Opposés  par  contradiction  ;  par  privation  et  possession.  •— 
Cas  et  inflexions  des  mots.  —  Identité  ou  diversité  des 
catégories.  —  Catégories  subordonnées.  —  Catégories  des 
contraires.  —  Déûnition  des  composés.  —  Homonymie 
dans  les  définitions.  —  Comparaison  par  ressemblance , 
par  quantité.  —  Différences  des  genres.  —  Espèce  et  dif- 
férence. —  Conclusion. 

§  I  •  Quant  aux  dénominations  multiples  et  diverses 
des  choses,  i)  ne  faut  pas  se  borner  à  indiquer  seule- 
ment les  nuances  différentes,  il  faut  essayer  encore  d'en 
donner  l'explication.  Par  exemple,  il  ne  faut  pas  dire 
seulement  que  le  bien  est  appelé  d'une  autre  manière 
justice  et  courage,  et  d'une  autre  manière  encore ,  vi- 
gueur et  santé.  Mais  il  faut  ajouter  en  outre ,  que  les 
choses  sont  appelées  bonnes,  tantôt  parce  qu'elles  sont 
de  certaine  façon,  et  tantôt  parce  qu'elles  produisent 


8  1.  QuatUauxdétuminaiions^  homonymes,  et  dans  la  Métaphy- 

Seeoud  instrument  dialectique  in-  «<^,  le  livre  5  tout  entier,  où 

diqiié  plus  haut,  ch.  18,  8 1- — Voir  est  traitée  longuement  la  diversité 

■usiî  au  liTie  soitant,  ch.  3,  sur  les  d*accepUon  des  termes. 


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n  TOPIQUES. 

certain  efFet,  sans  que  Ton  considère  d'ailleurs  leur  na- 
ture  spéciale;  et  ainsi  du  reste. 

§  a.  Pour  savoir  si,  sous  le  rapport  de  l'espèce ^  une 
chose  a  un  seul  nom  ou  plusieurs,  voici  ce  qu'il  faudra 
faire  :  §  3.  d'abord,  il  faut  regarder  si  le  contraire  a 
aussi  plusieurs  dénominations ,  qu'il  diffère  d'ailleurs, 
soit  en  espèce^  soil  en  nom;  car  certaines  choses  dif- 
fèrent à  première  vue  par  le  nom  qu'elles  portent  :  par 
exemple,  l'aigu  a  pour  contraire,  dans  la  voix,  le  grave; 
dans  l'angle,  il  a  Tobtus  )  il  est  donc  évident  que  le  con- 
traire de  l'aigu  a  plusieurs  dénominations  ;  et  si  cela  est, 
l'aigu  aussi  doit  avoir  plusieurs  sens.  Il  faut  que  le 
contraire  soit  autre  pour  chacune  de  ces  choses;  car  h 
même  aigu  tie  sera  pas  le  contraire  pour  le  grave  et 
pour  l'obtus,  bien  que  cependant  l'aigu  soit  le  contraire 
de  tous  deux.  £t  dans  un  sens  inverse,  c'est  Taigu  qui 
dans  la  voix  est  le  contraire  du  grave  ;  mats  c'est  le  léger 
pour  le  poids.  Ainsi,  le  grave  a  plusieurs  sens,  puisque 
son  contraire  a  aussi  plusieurs  dénominations.  Et  de 
même  le  laid  est  le  contraire  du  beau  s'il  s'agit  d'un 
élre  animé;  et  s'il  s'agit  d'une  maison,  c  est  Tincommode 
qui  est  le  contraire  du  beau  :  donc  le  beau  est  homo- 
nyme. 

§  4*  Voav  certaines  choses ,  les  noms  ne  présentent 


8  i.  Soui  le  rapport  ie  Vespècey  Catégories,  sur  tes  homonymes  et 

e^eti-è-dire  tous  le  rapport  de  la  les  synonymes, 

définiliun,  comme  le  fail  remarquer  S  4.  Si  on  regarde  à  Vespéee, 

Alexandre,  qui  s*appuie  dans  cette  c*est-à-dire  à  la  définition  :  —  En 

explicatien  sur  ce  qui  suit.  regardant  à  Vespèee,  c'esi-à-din;  a 

g  3.  Soit  en  espèce,  eoit  en  nom^  la  déOnilion.  —  L'aigu  ei  l*obtu$ 

soil  par  sa  detiuiUon ,  soi!  par  sa  dam  les  eaveurt  et  dam  les  of»*- 

dénominatioD.  Voir  le  début  des  gUSf  ta  langue  française  n*a  point 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XV.  4» 

aucun  désaccord  ;  mais  la  dîfTérence  se  montre  toUt  à 
coup  bieu  évidente  si  on  regarde  à  Tespèce  ;  par  exem* 
pie,  pour  le  blanc  et  le  noir,  on  dit  d'une  voix  qu'elle 
eal  claire  oU  sombre  (blanche  ou  noire  )4  comme  on  le 
dit  d'une  couleur.  Ici,  il  n  y  a  pas  de  difîérence  dans  les 
mots  )  mais  la  difTérence  est  très^palpable  en  regardant 
à  l'espèce  ;  car  ce  n'est  pas  de  la  même  façon  qu'on  dit 
d'une  voix  et  d'une  couleur,  qu'elles  sont  claires.  Gela 
même  c&t  évident,  rien  que  par  la  sensation;  c'est  l<f 
même  s^os  qui  perçoit  les  choses  de  même  espèce)  mais 
nous  ne  jugeons  pas  par  le  même  sens  le  clair  dans  la 
voix  ou  dans  la  couleur;  nous  jugeons  Tun  par  la  vue, 
l'autre  par  l'ouïe.  Et  de  même  pour  l'aigu  ou  l'obtus 
dans  les  saveurs  et  dans  les  angles;  car  l'nn  se  recon- 
naît au  toucher,  l'autre  au  goût.  Ici,  du  reste,  il  n'y  a 
pas  de  dissemblance  dans  les  mots ,  ni  pour  les  choses 
mêmes,  ni  pour  leurs  contraires;  car  l'obtus  est  le  con* 
traire  de  l'un  et  de  l'autre. 

§  5.  II  faut  encore  remarquer  que  dans  un  cas  il  y 
a  un  contraire,  et  que  dans  un  autre  cas  il  n'y  en  a  pas 
du  tout  pour  une  même  chose;  par  exemple^  le  plaisir 


ici  d*homonyines  qui  répondent 
exaciement  à  ceux  du  grec;  au  lieu 
d*aîgn,  quand  il  8*agit  des  saveurs, 
elle  dit  aigre  ;  elle  pent  aussi  dire 
piquant,  qui  s*ap|ilique  également 
a«x  angles  ;  mais  au  lien  d^obtos 
elle  dit  insipide,  et  ce  dernier  mot 
ne  peut  s'appliquer  aux  angles. 
Ainsi,  dans  ce  cas  parUcalier,  notie 
langue  n^offrc  qu*un  homonyme  an 
Heu  de  deoi  qu*a  la  langue  grec- 
que. J*aunis  pu,  dans  le  texte, 
snteUtner  piqMnt  à  aiga,  mate  J'M 


préféré  garder  ce  dernier  mot, 
INiroe  qu*il  rappelle  les  exemples 
antérieurs,  et  que  de  plus,  par  son 
i»|VopHété  mfme^  il  fait  senUr  fti- 
▼antage  eelkidu  mot  obtus. 

8  5.  0110  émn$  «n  miu ,  Un  mol 
qui  a  plosienn  aeceptions  pent, 
dans  Tune  de  ces  acœptîoDS,  Sfolr 
nn  contraire,  et  n^en  point  amtf 
dans  nne  anire.  ^  AinH  pktMr  m 
dit  en  pimsieurs  Mfi«,  et  dans  Vun 
de  ses  sens  il  a  «n  conlnlte,  tandis 
qne  dans  rnntoe  il  ar'cn  •  pns. 


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44  TOPIQUES. 

de  boire  a  pour  contraire  la  souffrance  d'avoir  soif; 
mais  il  n'y  a  pas  de  contraire  au  plaisir  de  comprendre 
que  le  diamètre  est  incommensurable  au  côté.  Ainsi, 
plaisir  se  dit  en  plusieurs  sens.  Aipiei*,  quand  il  s'agit  du 
cœur,  a  pour  contraire  hair;  mais  il  n'a  pas  de  con- 
traire s'il  s'agit  de  l'acte  corporel.  Ainsi  donc,  aimer, 
est  évidemment  un  mot  homonyme. 

§  6.  Il  faut  voir  aussi  aux  choses  intermédiaires;  car 
les  contraires  peuvent  tantôt  avoir  un  moyen  terme, 
et  tantôt  n'en  point  avoir;  ou  bien  les  contraires  peu- 
vent avoir  uu  intermédiaire  sans  qu'il  soit  le  même 
pour  les  deux  cas  :  par  exemple ,  le  pâle ,  est  inteimé- 
diaire  entre  le  clair  et  l'obscur  s'il  s'agit  de  couleur; 
mais  il  n'y  a  point  d'intermédiaire  s'il  s'agit  de  la  voix, 
«^  moins  que  ce  ne  soit  le  rauque ,  si  une  voix  rauque 
est  une  sorte  de  milieu,  comme  le  prétendent  quelques 
musiciens.  Donc,  blanc  est  on  mot  homonyme  ainsi 
que  noir.  §  7.  Il  est  possible  que  dans  un  cas  les  in- 
termédiaires soient  nombreux,  et  qu'il  n'y  en  ait  qu'un 
seul  pour  un  cas  différent  :  par  exemple,  pour  le  clair 
et  l'obscur,  dans  les  couleurs,  il  y  a  beaucoup  d'in- 
termédiaires ;  pour  la  voix ,  il  n'y  aurait  que  le 
rauque. 

9  &  ifuand  il  s'agit  de  la  voix,  ici  au  grec  ;  on  en  pourrait  dire  au- 
Geci  est  vrai  pour  la  langue  grec-  Unt  pour  le  français  et  pour  le  la- 
que, qui  n*a  point  de  nom  pour  tin.  —  Donc  bUme»,.  ainH  fM 
oette  nuance  intermédiaire  de  la  notr,  ou  clair  et  olMCur,  pour  don- 
vofo  ;  ce  pourrait  être  faux  dans  ner  en  français  des  mots  bomo- 
ttale  autre  langue  qui  aurait  fait  nymes,  comme  le  sont  les  mois 
cette  distinction.  Aristote  remarque  grecs. 

que  le  rauque  pourrait  être,  sui-       8  7.  Pour  lé  clair  et  Tobacur,  le 

▼anl  quelques  musiciens,  cet  inter-  grec  dit  par  une  homonymie  qui 

médiaire  qui  lui  semble  manquer  lui  est  propre  :  le  blanc  et  le  noir. 


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LIVRE  I,  GHAPITBE  XV.  45 

§  8.  U  faut  examiner  encore  si  le  terme  opposé  sous 
forme  contradictoire  a  plusieurs  sens;  car,  s*il  en  a 
plusieurs,  sou  opposé  en  aura  plusieurs  également  :  par 
exemple,  ne  pas  voir  s'entend  de  plusieurs  manières: 
Tune,  nWoir  pas  la  vue;  Tautre,  ne  pas  faire  acte  de  vi- 
sion ;  mais  si  ne  pas  voir  se  dit  en  plusieurs  sens;  il  est 
nécessaire  aussi  que  voir  se  dise  en  plusieurs  sens  ;  car 
dans  Tun  et  Tautre  de  ses  sens,  ne  pas  voir  doit  avoir 
son  opposé;  par  exemple,  avoir  la  vue  a  ne  pas  l'avoir; 
et  faire  acte  de  vision  a  n'en  pas  faire  acte. 

§  9.  Il  faut  aussi  regarder  au  sens  qu'on  tire  de  la 
privation  et  de  la  possession  ;  car,  si  Tune  des  deux  a 
plusieurs  sens,  l'autre  en  aura  plusieurs  aussi.  Par 
exemple ,  si  sentir  a  plusieurs  sens  appliqué  à  l'âme  et 
au  corps,  être  sensible  en  aura  plusieurs  également, 
soit  pour  Tâme  soit  pour  le  corps.  Mais  que  les  expres- 
sions citées  ici  soient  opposées  par  privation  et  par  posses- 
sion, c'est  ce  qui  est  de  toute  évidence,  puisque  lesani* 
maux  ont  naturellement  ces  deux  espèces  distinctes  de 
sensation,  Tune  pour  l'âme  et  l'autre  pour  le  corps. 

§  10.  Il  faut  aussi  regarder  aux  cas  divers  des  mots; 


g  s.  JVe  pas  voir,  tenne  contra-  rapprocher  ce  passage  de  celui  des 

dictoire  à  voir.  S!  ne  pas  voira  Dern{«rj JnaJyfiçtMf, Ht. 9, cb.  19, 

plusieurs  acceptions,  voir,  son  op-  g  5  et  suiv.  —  Alexandre  remarque 

posé,  doit  nécessairement  en  pré-  qu^Aristote,  après  avoir  traité  des 

senter  aussi  plusieurs.  opposés  par  privation  et  possession, 

9  9.  Appliqué  à  Vâmê  $t  au  omet  de  traiter  des  opp<»és  par  re» 

eorpêf  Alexandre  semble  8*étonner  latlon,  des  relatife;  mais  il  ajoute 

de  la  concision  de  termes  que  fait  que  la  théorie  est  ici  parfiiitement 

ici  Aristote,  et  lui  reprocher  d*iden-  évidente.  La  définition  même  des 

tifier  la  pensée  et  la  sensation.  Le  relaU&  indique  assez  que  si  Fun 

reproche  est  juste.  Il  est  vrai  qu*on  des  deux  a  plusieurs  sens,  Tautro 

peut  croire  quMl  ne  s'agît  ici  que  en  a  plusieurs  aussi, 

d'une  simple  métaphore.  On  peut  %  10.  Aux  ea$  âiverê  des  fiio(f , 


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46  TOPIQUES. 

car  81  justement  se  dit  en  plusieurs  sens,  juste  se  dira 
aussi  en  plusieurs  sens  ^  parce  que  juste  doit  se  trouver 
dans  chaque  chose  fiiite  justement.  Par  exemple,  l'on 
emploie  le  mot  justement  pour  un  homme  qui  juge 
d'apt*ès  sa  conscience  et  pour  celui  qui  juge  comme  il 
faut  :  il  en  sera  de  même  pour  juste.  Et,  de  même,  si 
tain  a  plusieurs  seps,  sainement  en  aura  aussi  plusieurs. 
De  mime,  si  le  sain  est  à  la  fois  ce  qui  produit  la  santë 
cL  ce  qui  la  conserve,  et  ce  qui  Tindique,  sainement  se 
dira  aussi  dans  ces  trois  sens,  de  produire  la  santé,  de 
la  conserver  et  de  l'indiquer.  Et  de  mâme  pour  le  reste. 
Quand  une  chosi*  se  dit  en  plusieurs  sens,  le  cas  ou 
Tinflexion  qu'elle  reçoit,  sera  dit  en  plusieurs  sens;  et  si 
le  cas  a  plusieurs  seus,  la  (4iose  eu  a  plusieurs  aussi. 

§  1 1.  Il  faut  encore  examiner  quels  sont  les  genres 
des  catégories  applicables  au  mot,  et  voir  si  les  genres 
sont  les  mêmes  pour  tous  les  cas;  car  s'ils  ne  sont  pas 
les  mêmes,  cVst  qu'évidemment  le  nom  de  la  chose  est 
homonyme.  Par  eaiemple,  le  bon,  en  fait  d'aliments,  est 
ce  qui  produit  du  plaisir;  dans  la  médecine,  c'est  ce  qui 


aUi  inflexions  des  mots  qui  se  rap- 
portent aux  caractères  divers  qu^ils 
peuvent  revêtir  sous  le  rapport  de 
la  grammaire,  sulistantifs,  adjeo- 
tifs,  adverbes,  verbes,  etc.;  justice. 
Juste,  justement,  justiiier,  etc.  On 
peut,  du  reste,  pour  prouver  l*bo- 
monymie,  passer  du  nom  au  cas, 
ou  réciproquement  du  cas  au  nom. 
Voir  dans  tes  Catégories,. ch.  1, 
(  a,  et  dans  le  livre  suivant  des 
Topiques,  cb.  S,  ce  qui  concerne  les 
paronymes  et  les  coi^iigaés,  qui 
ont  du  rapport  av^  les  cas,  mais 


qui   s*en  distinguent  cependant, 
comme  le  montre  Alexandre. 

$  11.  Par  txempU  le  bon  se 
rapporte àquatre  calories  :  1«  Tac- 
tion;  ^  la  qualité;  S»  le  temps; 
40  la  quantité  ;  donc  le  mot  lion  est 
mot  bomonyme.  —  Ceux  qui  $a- 
vent  la  îMorie  numiriquB  d$ 
Vharmoniêf  les  pythagoriciens,  et 
peut-être  aussi  quelques  disciples 
d'Aristoie  luinnème,  parmi  les- 
quels le  fameux  Aristoxène»  dont 
Touvrage  très-important  sur  la  mu- 
sique est  parvenu  jasqu*è  nous. 


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LIVRE  ï,  CHAPITRE  XV.  47 

prqdiiit  de  la  santé.  S'il  s'agit  de  l'âme ,  le  boa,  c'est 
d'être  de  telle  ou  telle  façon,  et  ainsi  d'être  sage,  juste 
ou  courageuse;  et  de  même  s'il  s'agissait  de  l'homme. 
Parfois,  c'est  le  temps  qui  est  la  catégorie  du  sujet;  par 
exemple  le  bon  qui  est  fait  en  temps  convenable  ;  ear 
on  appelle  bon,  ce  qui  vient  à  temps.  Souvent,  c'est  la 
catégorie  de  la  quantité,  comme  le  bon  dans  -le  sens  de 
la  modération)  car  la  modération  est  aussi  appelée 
bonne.  Ainsi  donc,  bon  est  un  mot  homonyme.  £t  de 
même  pour  le  mot  de  clair  :  s'il  s'agit  de  la  voiic,  il  si«> 
gnifie  ce  qui  est  harmonieux  ;  et  s'il  s'agit  d'un  corps, 
c'est  une  couleur.  L'aigu  est  à  peu  près  dans  ce  cas 
aussi;  car  ce  n'est  pas  le  même  sens  qu'on  donne  au 
mot  aigu  pour  tous  les  objets  auxquels  on  l'applique: 
ainsi,  une  voix  est  aiguë  quand  elle  est  rapide,  comme 
le  disent  ceux  qui  savent  la  théorie  numérique  de  Thar* 
mouie;  un  angle  est  aigu,  quand  il  est  plus  petit  qu'un 
angle  droit  ;  et  une  épée  est  aiguë,  parce  qu'elle  a  la 
pointe  aiguë* 

§  I  a.  Il  faut  aussi  en  regardant  aux  genresdescatégo«> 
ries,  voir  si  ces  genres  sont  différents  des  choses 
comprises  sous  le  même  nom,  et  non  subordonnés  entre 
eux  ;  par  exemple,  le  mot  ine  en  greo  signifie  à  la  fois 
un  animal  et  un  certain  vase.  Mais  la  détinitiou  qui  ré« 
pond  à  ce  mot  est  différente  pour  lun et  pour  l'autre; 
ear,  en  parlant  de  l'un,  on  dira  que  c'est  un  animal  de 

8  IS.  La  détlnUion  qui  répond  ajouter  à  tant  d*autres.  —  Nous 

à  ee  moty  L*expres8ion  qu*emploie  dûons  vase ,  ceci  se  rapporte  à 

idArislot«witt>uUrsit  pareille  à  r^moaymia  citée  pku  hsal  du 

«elle  dont  il  se  sert  au  d^but  dee  m^  àne ,  lequel  a*eai  poiai  heeMH 

Catégories  ;  c*eai  pour  rauthentieiiâ  unas  ea  Qwiiçsls  oonune  SI  Teat  en 

de  ce  tmm  tti^  neaie  qu'U  fjiui  grec. 


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4B  TOPIQUES. 

telle  façon  ;  et  en  parlant  de  I  autre,  que  cW  uû  vase 
qui  est  fait  de  telle  manière.  Si  les  genres  sont  subor- 
donnésy  il  n'est  plus  nécessaire  que  les  définitions  soient 
différentes:  par  exemple,  animal  et  oiseau  sont  les  genres 
du  corbeau  ;  quand  donc  nous  disons  que  le  corbeau 
est  un  oiseau ,  nous  disons  aussi  qu'il  est  un  animal  de 
telle  espèce,  de  sorte  que  ces  deux  genres  lui  sont  à  la 
fois  attribués;  et  de  même,  quand  nous  disons  que  le 
corbeau  est  un  animal  ailé,  bipède,  nous  disons  aussi 
qu'il  est  un  oiseau;  et,  de  cette  façon,  les  deux  genres 
sont  attribués  au  corbeau,  et  la  définition  de  chacun 
d'eux  lui  convient  aussi.  Mais  il  en  est  tout  autrement 
pour  les  genres  qui  ne  sont  pas  subordonnés  entre  eux; 
et  lorsque  nous  disons  vase  nous  ne  disons  pas  du 
tout  animal;  et,  réciproquement,  lorsque  nous  disons 
animal  nous  ne  disons  pas  du  tout  vase. 

§  j  3.  Et  non  seulement  il  faut  examiner  si  les  genres 
de  Tobjet  en  question  sont  différents  et  non  subordon- 
nés; mais  il  faut  examiner  en  outre  les  genres  du  con- 
traire; car  si  le  contraire  se  dit  en  plusieurs  sens,  évi» 
demment  aussi  l'objet  en  question  se  dit  de  même  en 
plusieurs  sens. 

§  i4-  Il  sera  bon  aussi  de  regarder  à  la  définition  de 
ces  mots  mis  en  composition  avec  d'autres  :  la  défini- 
tion, par  exemple,  de  corps  clair  et  de  voix  claire  ;  car 
en  ôtant  ce  qui  est  spécial  dans  chacun  de  ces  cas,  il 
faudra  qu'il  reste  une  seule  et  même  définition.  Mais 


S  18.  Examimr  en  ouirê  le»  9  1^-  Regarder  à  la  délMtUm, 

fMretdtt  CQMlralr»,  c'est  le  troi-*  lieux  de  la  définitiOD;  —  de  ee» 

sièine  et  dernier  Heu  tiré  des  calé-  nwte  qu*on  croit  homonymes,  et 

gories.  qui  pourraient  ne  pns  Têtre. 


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LIVBE  I,  CHAPITRE  XV.  49 

c'est  ce  qui  n'a  pas  lieu  pour  les  homonymes,  comme 
dans  les  exemples  que  nous  venons  de  citer  ;  car  le 
corps  est  clair,  parce  qu'il  a  telle  couleur  ;  et  la  voix 
est  claire,  parce  qu'elle  est  harmonieuse.  En  retran- 
chant le  corps  d'une  part,  et  la  voix  de  l'autre,  ce  qui 
reste  dans  l'un  et  dans  l'autre  cas  n'est  plus  une  seule 
et  même  chose.  Mais  il  faudrait  que  la  définition  fût  la 
même  pour  les  deux  termes,  si  le  mot  clair  eût  été  sy- 
nonyme. 

§  i5.  Souvent,  sans  qu'on  s'en  aperçoive,  c'est  dans 
les  définitions  même  que  se  glisse  l'homonymie  à  la 
suite.  Aussi  faut-il  regarder  à  la  définition  :  et ,  par 
exemple,  si  quelqu'un  appelle  ce  qui  indique  la  santé  et 
ce  qui  fait  la  santé ,  un  juste  équilibre  de  santé ,  il  ne 
faut  pas  repousser  cette  définition  :  mais  il  faut  exami- 
ner ce  qu'on  a  appelé  de  part  et  d'autre  juste  équilibre, 
et  s'assurer,  par  exemple,  si,  dans  un  cas  on  a  bien  com- 
pris par  là  ce  qui  est  capable  de  donner  la  santé,  et  si 
dans  l'autre,  on  a  bien  compris  par  là  ce  qui  est  de  nature 
à  indiquer  l'état  vrai  de  la  santé. 

§  i6.  Il  faut  de  plus  examiner  si  les  choses  ne  peu- 
vent pas  être  comparées  sous  le  rapport  du  plus  et  du 
moins,  ou  sous  le  rapport  de  la  ressemblance.  Ainsi, 
par  exemple,  on  comparera  une  voix  claire  et  un  man- 
teau de  couleur  claire,  un  goût  aigre  et  une  voix  aigre; 
car  aucune  de  ces  choses  n'est  dite  claire  ou  aigre ,  ni 

%  ly  A  la  ttêitê;  passant  des  par  le  nom  ei  par  la  définition  e»- 

mota  eox-mèDoes  qni  désignent  les  sentielle  tout  à  la  fois.  Les  espèœa 

choses  dans  la  définition  <ini  les  sont  synanjrmes  *par  rapport  an 

explique.  genre.  On  conçoit  alors  qu'on  paisse 

g  16.  Car  toiêi  mM  aynonyma,  les  comparer  entre  elles.  Voir  les 

BM  aynonjmeeeqnieslidenaqae  Catégories»  ch.l,ti. 

nr.  s 


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50  TOPIQUES. 

sous  le  rapport  de  la  ressemblance,  ni  sous  le  rapport 
du  plus  et  du  moins.  Donc,  les  mots  clair  et  aigre  sont 
homonymes;  car  tout  mot  synonyme  peut  être  comparé 
dans  ses  divers  sens;  et  les  objets  synonymes  seront  ou 
semblables^  ou  différeront  du  plus  au  moins. 

§  1 7.  Conmie  pour  les  choses  de  genres  différents  et 
qui  ne  sont  pas  subordonnées  entre  elles,  les  différences 
aussi  sont  différentes  même  en  espèce  ;  et  que,  par 
exemple,  pour  l'animal  et  pour  la  science,  les  différences 
sont  tout  autres,  il  faut  examiner  si  les  choses  com- 
prises sous  le  même  nom  ne  sont  pas  des  différences  de 
genres  tout  autres,  et  non  subordonnés  entre  eux.  Ainsi , 
Taigu  de  la  voix  et  l'aigu  de  l'angle.  Une  voix  en  effet 
diffère  d'une  autre  voix  en  ce  qu'elle  est  aiguë;  et  de 
même,  l'angle  diffère  de  l'angle.  Ainsi,  aigu  est  un  mot 
homonyme;  car  il  constitue  des  différences  de  genres 
fort  divers  et  non  subordonnés  entre  eux. 

§  1 8.  De  plus,  il  faut  voir  si  les  différences  sont 
autres  pour  les  genres  placés  sous  un  même  nom  :  par 
exemple,  pour  la  couleur  quand  il  s'agit  des  corps,  et 
la  couleur  quand  il  s'agit  des  chants.  La  couleur, 
quand  on  entend  parler  des  corps,  est  ce  qui  nous  fait 
distinguer  et  comparer  les  choses  par  la  vue;  mais  les 
différences  ne  sont  pas  du  tout  les  mêmes  pour  la  cou- 
leur qui  est  dans  les  chants.  Ainsi,  le  mot  couleur  est 
homonyme;  car  les  différences  sont  identiques  pour  des 
choses  identiques. 

8  17.  lêtdifférenMimuH  fonl  %  1S.  Lêt  âiffirmieês  sùni  id§n^ 

différmUt,  Lien  pris  de  la  diffé-  tiques^  ce  qui  n*a  pas  liea  pour  les 

tence  après  le  lieu  tiré  de  la  com-  aeoepiioBt  diftnes  du  mot  ootiteur. 

paraison.  Il  sera  développé  au  chu-  Ce  mot  par  conséquent  est  homo- 

pitie  suiyant.  nyme. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XVI.  51 

§  19.  Dé  plus^  comme  l'espèce  d'une  chose  n'est  ja- 
mais sa  différence  ;  et,  par  exemple,  homme  et  bœuf  ne 
sont  pas  des  différences ,  attendu  que  tous  deux  sont 
des  espèces;  il  faut  examiner  pour  les  choses  placées 
sous  le  même  nom,  si  Tune  est  espèce^  et  lautre  diffë- 
rence.  Par  exemple,  le  clair  est  une  espèce  de  la  cou- 
leur pour  le  corps;  c'est  une  différence  pour  la  voix, 
une  voix  différant  d'une  autre  voix,  parce  qu'elle  est 
claire. 

§  ao.  Il  faut  donc  étudier  les  diverses  dénomina- 
tions des  choses  aux  points  de  vue  que  nous  avons  dits, 
ou  à  des  points  de  vue  analogues. 


CHAPITRE  XVI. 

Distiuction  des  différences  :  -1  *  dans  un  même  genre  ;  2®  dans 
des  genres  voisins;  3^ dans  des  genres  fort  éloignés. 

§  I .  Quant  aux  différences,  il  faut  les  examiner  dans 
les  genres  mêmes,  en  les  comparant  les  unes  aux  autres. 
Par  exemple,  il  faut  rechercher  en  quoi  la  justice  dif- 
fère du  courage,  et  la  sagesse  de  la  prudence;  car  toutes 
ces  différences  appartiennent  au  même  genre,  qui  est  la 


S  19.  £é  clair  êHumupèoedê  o«  foaoée»  uwt  misai  bien  que  peat 

la  MMlaiir,  il  senble  que  œ  peut  rètre  um  même  coalevr. 

âtieauMlttoedifféreiicedelacou-  ft  1.  QtMoiU  mwD  êifffreneêi^ 

leur  oomme  de  la  voix,  puisqu'une  troisième  instrument  dialectique. 

omleardifféNme  peat  «tieelaiie  Yoirch.i$,ê  1,  plus  haut. 


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52  TOPIQUES. 

vertu.  §  a.  Parfois,  il  faut  passer  d'un  genre  à  l'autre, 
quand  les  choses  ne  sont  pas  fort  éloignées,  et  chercher 
par  exemple  en  quoi  la  sensation  diffère  de  la  science  ; 
§  3.  car,  dans  les  choses  qui  sont  fort  éloignées,  les  dif- 
férences sont  parfaitement  évidentes. 


CHAPITRE  XVII. 

Distinction  des  ressemblances  :  4 «  par  identité  de  rapport; 
2^  par  identité  de  contenance.  Étudier  surtout  les  ressem- 
blances des  choses  fort  éloignées  les  unes  des  autres  : 
rechercher  aussi  les  ressemUances  des  espèces  dans  un 
mâme  genre. 

§  I.  Pour  la  ressemblance,  on  peut  la  trouver  même 
pour  des  choses  de  genres  différents,  en  ce  que  le  rap- 
port du  premier  terme  relativement  à  un  second ,  se  re- 
trouve d'un  autre  à  un  autre.  Par  exemple,  le  rapport 
que  la  science  soutient  relativement  à  la  chose  sue,  la 
sensation  le  soutient  relativement  à  la  chose  sentie. 
§  2.  La  ressemblance  peut  tenir  à  ce  que  de  même 
qu'une  première  chose  est  dans  une  seconde,  de  même 
une  autre  est  dans  une  autre  :  comme,  par  exemple,  ce 
que  la  vue  est  dans  l'œil,  l'entendement  l'est  dans  l'âme. 
£t  encore,  ce  que  le  calme  est  dans  la  mer,  l'absence  de 

ft  1.  iVé  êotU  poM  fort  iMgnét,  fatUmêni  MdmU$^  et  tlon  il 

et  que  Ton  peut  facilement  les  con-  ii*esi  besoin  d^aucoiie  diacoaslon. 

fondre.  La  dlacnasloa  a  pour  but  ^  1.  Pour  la  rMJtMèioNea,  qaa- 

précisément  de  les  distinguer.  triëme  et  dernier  instrament  dia- 

9  S.  I4$  ûiférmm  foftf  jNir-  lecU<iiie.Vair  plus  haut,  cfa.  IS,  ^1. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XVIIL  53 

vent  l'est  dans  lair.  De   part  et  d'autre,  cW  un 
repos. 

§  3.  Cest  surtout  entre  les  choses  qui  sont  à  de 
grandes  distances  qu'il  faut  s'exercer  à  découvrir  des 
ressemblances  ;  car  nous  pourrons  alors  plus  aisément 
voir  les  ressemblances  dans  les  autres  cas.  §  4*  ^  V^^ 
n'empêche  pas  d'examiner  aussi  pour  les  choses  qui  sont 
dans  le  même  genre,  si  elles  n'ont  pas  toutes  quelque 
chose  d'identique.  Par  exemple ,  les  ressemblances  de 
l'homme,  du  cheval,  du  chien;  car,  par  cela  même  qu'il 
y  a  en  eux  quelque  chose  d'identique,  par  cela  mênie 
aussi  ces  êtres  sont  semblables. 


CHAPITRE  XVIIL 

'  utilité  des  trois  derniers  instrumenls  dialectiques.  -^  La  dis* 
tinction  des  homonymes  produit  la  clarté  ;  elle  foit  que  le 
raisonnement  s'applique  à  la  chose  même ,  et  non  point 
seulement  k  son  nom  ;  elle  fait  éviter  les  paralogismes.  — 
La  décoQverte  des  différences  est  utile  pour  reconnaître 
rîdentité  on  la  différence  des  choses,  et  pour  en  fiiire  bien 
distinguer  Tessence.  —  L'étude  de  la  ressemblance  est 
utile  pour  bien  fiiire  les  inductions,  les  syllogismes  hypo- 
thétiques, et  les  définitions. 

§  I .  L'étude  des  diverses  dénominations  des  choses 
est  utile,  en  ce  qu'elle  donne  de  la  clarté  aux  discus- 


9  i.  Véiudê  eu  dAuHiiàialiofu    ratilité  da  premier  instrameiit  dia- 
9H  uHlêi  Aristote  ne  parie  pis  de    lecUque,  le  choix  des  piopoiiUons, 


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54  TOPIQUES. 

sions.  On  sait  bien  mieux  ce  qu'on  soutient,  si  l'on 
s'est  rendu  compte  des  sens  divers  de  la  chose  en  ques* 
tion.  §  a.  Elle  sert  aussi  à  bien  faire  porter  les  syllo- 
gismes sur  la  chose  même,  et  non  pas  seulement  sur  le 
mot  qui  la  désigne.  Si  l'on  ne  sait  pas  bien  nettement 
tous  les  sens  de  la  chose ,  il  est  fort  possible  que  ce- 
lui qui  interroge  et  cçlui  qui  répond ,  ne  dirigent  pas 
leur  pensée  sur  le  même  objet.  Au  contraire ,  quand 
on  sait  clairement  tous  les  sens  de  la  chose,  et  qu'on 
sait  sur  quoi  l'interlocuteur  prétend  faire  porter  sa 
thèse,  cdui  qu'il  interroge  serait  ridicule  s'il  n'appli- 
quait pas  son  raisonnement  à  ce  sens-là  même.  §  3.  De 
plus,  cette  étude  est  utile  à  la  fois ,  et  pour  qu'on  ne 
nous  ÊEisse  pas  de  paralogismes,  et  pour  que  nous  en  fas- 
sions aux  autres;  car,  en  sachant  tous  les  sens  d'une 
chose,  nous  ne  pouvons  pas  nous  laisser  tromper  par 
un  paralogisme;  et  nous  reconnaissons  bien  si  celui  qui 
interroge  ne  dirige  pas  son  raisonnement  sur  le  même 
objet  que  nous  avons  dans  notre  pensée.  £t  si  c'est  nous- 
mêmes  qui  interrogeons,  nous  pourrons  faire  des  para- 
logismes,  si  celui  qui  nous  répond  ne  sait  pas  tous  les 
sens  divers  du  mot  en  question.  §  4*  Ceci,  du  reste, 
n'est  pas  possible  dans  tous  les  cas;  on  ne  peut  faire  de 
paralogismes  que  quand,  parmi  les  sens  divers  des  cho- 

psroe  que  cette  utilité  est  trop  évi-  pot  de  parateffiêmêi^   UEoisiëme 

deute,  comme  le  remarque  Alexan-  utilité.  —  Nous   pourrons   faire 

cire  ;  sans  propositions  pas  de  syllo-  des  paralogismes^  il  faut  se  rappe- 

gisme.  —  On  sait  mieux  ce  qu'on  1er  quMl  s'agit  ici  de  dialectique,  et 

eouHentf  première  utilité.  que  la  discussion  peut  n*y  éire  pas 

g  S.  Faire  porter  les  syllogis-  parfaitenicDl   loyale.  Arihtoie,  du 

mes  sur  la  ckose  mime,  seconde  reste,  blâme  lui-même  ce  recours  à 

utilité.  la  ruse,  %  5,  plus  bas  ;  et  il  semble 

8  S.  JPHNir  qu'on  ne  noue  faeee  le  laisser  à  la  sopUsUque. 


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LIVRE  I,  CHAPITRE  XVIII.  55 

ses,  les  uns  sont  vrais,  et  les  autres  faux.  §  5.  Mais  ce 
n'est  pas  uue  méthode  vraiment  propre  à  la  dialectique; 
et  les  dialecticiens  doivent  toujours  bien  prendre  garde 
à  ceci,  de  ne  point  disserter  sur  les  mots,  à  moins  que 
l'adversaire  ne  puisse  disserter  autrement  sur  Tobjet  en 
question. 

§  6.  Trouver  les  différences  des  choses  est  utile , 
et  pour  faire  les  syllogismes  qui  poitent  sur  le  même  et 
sur  le  différent,  et  pour  connaître  Tessence  de  chaque 
chose.  S  7.  Il  est  d'abord  évident  que  cette  recherche 
est  utile  pour  les  syllogismes  qui  portent  sur  l'identité 
et  la  diversité  des  choses;  car  une  fois  qu'on  a  trouvé 
une  différence  quelconque  entre  les  sujets  proposés,  on 
a  par  cela  même  démontré  qu'ils  ne  sont  pas  une  même 
chose.  §  8.  Cette  recherche  sert  encore  à  faire  con- 
naître l'essence  de  la  chose;  car,  d'ordinaire,  on  déter- 
mine la  définition  propre  de  l'essence  des  choses  par 
les  différences  spéciales  à  chacune  d'elles. 

§  9.  IjSl  recherche  des  ressemblances  est  utile  pour 


9  e.  Tramm'  1$$  différencêi^ 
troisième  instrument  dialeclîqne, 
comme  la  distinction  de  Pbomony- 
mie  est  le  second.  Le  troisième 
instrument  s  deux  utilités  indi- 
quées dans  ce  |>aragRiphe»  et  déve- 
loppées dans  les  deux  suivants. 

8  9.  la  r9chêrehê  dêi  rêstêm- 
tianMê;  quatrième  instrument  dia- 
lectique; il  a  trois  utilités  indiquées 
dans  œ  paragraphe  et  développées 
dans  les  suivants.  —  Syllogitmes 
par  hypotMsêy  ce  sont  les  qrilo- 
gismes  qni  réealtent,  comme  le  dit 
Aiexandny  d*iiiie  emuo^nHon  antè- 


rienro;  c*est  du  moins  le  nom  qae 
de  son  temps  on  donnait  à  ces  syl- 
logismes. La  forme  même  des  syi- 
gismes,  dits  hypothétiques,  ex- 
prime clairement  la  pensée  d'Aris- 
tote.  La  m^^eure  de  ces  syllogismes 
est  toujours  de  cette  forme:  Si 
telle  chose  est,  etc.;  mais  le  syllo- 
gisme peut  ètte  hypothétique  sans 
cette  forme  même,  si  la  majeure, 
non  évidente  par  eUe-mème,  est 
admise  du  consentement  des  deux 
interlocuteurs.  Ce  passage  et  le 
commentaire  d'Alexandre  semblent 
donner  tort  à  M>.HfilfQii,  qui  ne 


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56  TOPIQUES. 

les  raisonnements  par  induction,  et  pour  les  syllogismes 
par  hypothèse,  et  pour  la  justesse  des  définitions  qu'on 
donne.  §  lo.  Elle  est  utile  pour  les  raisonnements  par 
induction ,  parce  que  c'est  par  l'induction  particulière 
des  cas  semblables  que  nous  pensons  pouvoir  induire 
l'universel  ;  car  il  serait  fort  difficile  d'induire  si  l'on  ne 
connaissait  pas  les  ressemblances.  §  1 1 .  Elle  est  utile 
pour  faire  des  syllogismes  par  hypothèse,  parce  qu'il 
est  probable  que  ce  qui  est  de  telle  façon  pour  l'un  des  cas 
semblables  est  aussi  de  même  pour  tous  les  autres.  Ainsi, 
quel  que  soit  celui  des  semblables  dont  nous  puissions 
parier,  nous  poserons  d'abord  comme  principe  incon- 
testable, que  ce  qui  vaut  pour  celui-là  vaudra  aussi  pour 
l'objet  en  discussion.  Alors,  une  fois  que  nous  aurons 
prouvé  le  cas  que  nous  savons,  nous  aurons  démontré 
aussi,  d'après  notre  hypothèse,  le  cas  à  discuter;  car, 
ayant  supposé  que  ce  qui  est  pour  les  cas  connus  est 
aussi  pour  le  cas  en  question ,  nous  avons  fait  la  dé- 
monstration demandée.  §  la.  Quant  à  la  justesse  des 
définitions,  la  recherche  des  ressemblances  y  contri- 
buera très-utilement,  parce  que  pouvant  voir  ce  qu'il  y 
a  d'identique  dans  chaque  chose,  nous  ne  serons  pas 
embarrassés  pour  savoir  dans  quel  genre  il  faut  placer 
la  chose  pour  la  bien  définir;  car,  parmi  les  attributs 


▼ent  pas  leoomiattre  dans  les  syl-  devoir  fiiiro  du  syllogisme  par  hj- 

logtsmes  par  hypoihàse  d^Aristole  poUiôsed'Arislote  et  da  syllogisme 

les  syllogismes  hypothétiques  tels  hypothétique,  indépendamment  de 

que  nous  les  oompreAons  aujour-  la  forme.  Voir  plus  loin  Jiv.  S,ch.  3, 

d'htti.  Voir  Fragments  de  philoso-  ft  1,  et  liv.  3,  cb.  6,  ft  6. 

phie,  trad.  de  M.  L.  Peisse,  p.  S35.  8  11.  La  démonêtraiûm;  tou- 

lie  8  11  de  ce  chapitre  parait  ap-  Jonrs  au  sens  dialectique  et  non 

puyer  ici  la  confusion  que  Je  crois  plus  au  sens  analytique. 


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LIVRE  I,  GHAPITBE  XVIIL  57 

communs,  celui  qui  appartiendra  le  plus  à  l'essence  de 
la  chose  sera  le  genre. 

§  i3.  Et  de  même  encore,  Texamen  de  la  ressem- 
blance sera  utile  pour  les  définitions,  même  dans  les 
choses  fort  éloignées;  Exemples  :  le  calme  dans  la  mer 
est  la  même  chose  que  Tabsence  de  vent  dans  l'air;  car 
tous  deux  sont  du  repos.  Le  point  dans  la  ligne  et  l'u- 
nité dans  le  nombre  sont  la  même  chose;  car  tous  deux 
sont  le  principe.  Ainsi ,  en  donnant  dans  la  définition 
le  genre  commun  à  tous  les  sujets,  nous  ne  paraîtrons 
jamais  définir  par  des  attributs  étrangers  à  la  chose. 
Cest  à  peu  près  ainsi  que  ceux  qui  définissent  forment 
les  définitions  qu'ils  donnent  ;  ils  disent  que  l'unité  est 
le  principe  du  nombre,  et  que  le  point  est  le  principe 
de  la  ligne.  Il  est  évident  qu'ils  placent  le  genre  de  cha- 
cune de  ces  choses  dans  ce  qu'elles  ont  de  commun. 

§  i4*Telssont  donc  les  instruments  dialectiques  dont 
on  tire  les  syllogismes.  Quant  aux  lieux  communs  aux- 
quels les  instruments  qu'on  vient  de  dire  peuvent  s'ap- 
pliquer, les  voici  : 

81i.  XMVoieiyOeUefindnpre»  pkiues  pttt  livres.  Voir  mon  Hé- 

mier  livre  et  le  débat  da  second  moire  sur  la  Logique,  tom.  1,  p.  ISi 

prouvent  bien  que  ce  n'est  pas  Aris-  et  suiv.,  où  cette  question  est  dis- 

lote  lui-même  qui  a  divisé  les  To-  cutée  tout  au  long. 


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TOPIQUES. 

LIVRE  SECOND. 

LIEUX  COMMUNS  DB  L'ACaDBMT. 


CHAPITRE  PREMIER. 

PrélinÛDaires.  —  Questions  aniverselles  et  particulières  : 
—  Priorité  des  questions  universelles  négatives.  —  Diffé- 
rence de  l'accident  et  des  trois  autres  instruments  dialec- 
tiques. —  Vices  des  questions. 

§  I.  Parmi  les  questions,  les  unes  sont  universelles, 
et  les  autres  particulières;  universelles,  comme,  par 
exemple,  celles-ci  :  Tout  plaisir  est  un  bien,  aucun  plai- 
sir n^est  un  bien  ;  particulières,  comme  celles-ci  :  Quel- 
que plaisir  est  un  bien ,  quelque  plaisir  n'est  pas  un 
bien. 

§  a.  Les  questions  universelles,  soit  qu'elles  affir- 

8  1.  Parmi  U$  questions ,  on  tiques^  U?.  1,  ch.  1,  ft  5  et  suiv.,  et 

peut  ajouter  aussi  :  st  les  proposi-  dans  VHerméneiaf  ch.  7  tout  entier. 

lion«,  car  les  propositions,  mieux  %  S.  Pour  les  deux  genres  dé 

encore  que  les  questions,  sont  uni-  questions  ,  c^eslrà-dire,   pour  les 

Terselles  et  particulières,  comme  univenelies  et  les  particulières.  La 

on  Ta  dit  dans  les  Derniers  Analy-  proposition  nniTcrselle,  soit  qu'elle 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  L  59 

ment,  soit  qu'dles  nient,  peuvent  également  servir  pour 
les  deux  genres  de  questions;  je  veux  dire  que  si  l'on 
a  montré  qu'un  attribut  appartient  à  tout  le  sujet,  on  a 
montré  par  cela  même  qu'il  appartient  aussi  à  quelque 
partie  du  sujet;  et  de  même,  si  nous  prouvons  qu'il 
n'appartient  aucunement  au  sujet,  nous  aurons  aussi 
prouvé  qu'il  n'est  pas  à  tout  le  sujet.  §  3.  Il  faut  donc 
traiter  en  premier  lieu  des  négations  universelles,  d'a- 
bord parce  qu'ellessontégalementapplicableset  aux  cas 
universels  et  aux  cas  particuliers  ;  et  ensuite,  parce 
qu'en  général,  les  interlocuteurs  posent  plutôt  des 
thèses  affirmatives  que  des  thèses  négatives;  et  que, 
par  conséquent,  ceux  qui  discutent  ont  à  les  réfuter  par 
des  négations. 

§  4- 1' est  très  difficile  de  convertir  en  une  proposition 
réciproque  la  dénomination  spéciale  qui  vient  de  l'acci- 
dent; car  la  dénomination  particulière  et  non  univer- 
selle n'est  possible  que  pour  les  accidents.  La  dénomi- 


affinne,  soit  qu'elle  nie,  enveloppe 
toujours,  et  néoessairement,  la  pro- 
position particulière  de  même  qua- 
lité qu'elle. 

8  S.  Dm  unhmrsOiêê  nigaiivêê^ 
Budème,  dans  ses  Analytiques,  ou 
dans  son  Commentaire  sur  les  Ana- 
lytiques d'Aristote,  remarquait,  au 
rapport  d'Aieiandre,  que  le  diaieo 
ticien  a  bien  plus  souvent  occasion 
de  renverser  des  propositions  que 
d*en  éublir.  Cest  donc  avec  raison 
qu'Aristote  commence  par  les  pro- 
positions dont  remploi  est  le  plus 
fréquent.  —  Déi  théiw  affirma- 
Koet,  ou  des  questions  sous  forme 
affirmative. 


g  i.  Convertir  en  une  propoti' 
tion  réciproque^  Alexandre  fait  ob- 
server avec  grande  raison  qu'Aris- 
tote  prend  ici  le  mot  convertir  dans 
un  autre  sens  que  celui  qu*il  lui 
donnait  dans  \e&  Première  Antayti^ 
ques.  Là  convertir  veut  dire  chan- 
ger le  sujet  en  attribut,  et  récipro- 
quement Tattribut  en  sujet  Ainsi 
cette  proposition  :  L'homme  est  un 
être  animé,  peut  se  convertir  en 
celle-ci  :  L'être  animé  est  homme. 
On  peut  voir  Premiers  Anaiy ti- 
ques^ liv.  t,  ch.  ts,  une  longue 
note  sur  les  divers  emplois  qu'Aris- 
tote  a  faits  du  mot  convertir.  Celui 
dont  il  s'agit  id  est  encore  dilTé- 


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60  TOPIQUES. 

Dation^  au  contraire,  qu'on  tire  du  propre,  de  la  défini- 
tion, et  du  genre,  doit  nécessairement  se  convertir  en 
une  proposition  réciproque.  Par  exemple ,  s'il  appar- 
tient à  un  sujet  d'être  animal  bipède  terrestre,  il  sera 
vrai  aussi  de  dire,  en  convertissant  réciproquement  la 
proposition,  qu'il  est  animal  terrestre  bipède.  Et  de 
même  pour  la  dénomination  tirée  du  genre;  car  s'il  ap- 
partient à  quelque  sujet  d'être  animal,  on  peut  dire 
avec  vérité  qu'il  est  animal.  Même  remarque  pour  la  dé- 
nomination tirée  du  propre.  S'il  appartient  à  quelque 
être  d'être  susceptible  de  savoir  la  grammaire,  on 
pourra  dire  avec  vérité  qu'il  est  susceptible  de  savoir 
la  grammaire.  C'est  qu'en  effet,  aucune  de  ces  déno- 


lent  de  UN»  les  antues.  U  e*t  mieuz 
fait,  poar  chaque  eas  spécial,  de 
forger  des  mots  iiou?eaux ,  droit 
qn*li  ne  s^t  pas  reftasé,  oomme  le 
témoignent  les  Catégories,  ch.  7, 
8  11,  et  quelques  autres  passages 
moins  directs  que  celui-là.  —  La 
dénomination  »péeiaiê ,  j*ai  pris  le 
mot  de  dénondnaiion,  quoiqu'un 
peu  obscur  dans  ce  passage,  parce 
quMl  répond  plus  fidèlement  au 
texte  que  tout  autre  mot.  ^  La  dé- 
nomination partieuliére ,  le  texte 
dit  :  En  qu9lqM  )<0u,  pour  indi- 
quer la  particularité;  le  genre,  le 
propre,  la  définition,  sont  univer- 
sels au  contraire,  en  ce  sens  qu'ils 
s'appliquent  an  sujet  tout  entier,  et 
non  à  une  partie  seulement  du  su- 
jet —  Si  Von  attribue  à  un  «u- 
jet;„.  en  convertissant  récipro- 
çuement  la  proposition^  ainsi  Ton 
peut, en  pariant  de  l'attribut,  dire: 
Tel  attribut  appartient  à  tel  sqjet  ; 
et  Ton  peut  alors  réciproquement. 


en  parlant  du  sujet,  dire  :  Il  est  doué 
de  tel  attribut.  Si  l'on  pense,  par 
exemple,  que  l'attribut  d'animal 
terrestre  bipède  appartient  à  un 
être,  on  peut  réciproquement,  et 
par  la  conversion,  dire  :  Tel  être  est 
animal  terrestre  bipède.  Ce  n'est 
pas  une  véritable  conversion  ;  c'est 
seulement  la  mise  en  forme  d'un 
jugement,  renonciation  d'une  pro- 
position. --Adela  justice  et  delà 
blancheur;  qu'il  a  moûtré  de  la 
justice  dans  telle  occasion ,  qu'il  a 
de  la  blancheur  dans  telle  partie  du 
corps,  oomme  l'Ethiopien  a  de  la 
blancheur  aux  dents,  pour  prendre 
l'exemple  de  commentateurs  grecs  ; 
et  cependant  on  ne  pourra  pas  dire 
d'une  manière  générale  que  l'E- 
thiopien est  blanc,  pas  plus  que 
d'un  homme  juste  par  hasard,  par 
accident,  on  ne  dit  qu'il  est  juste, 
ce  qui  s'entendrait  d'une  Justice 
constante  et  absolue  et  non  point 
d'un  acte  de  Jostloe  passagère. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  L  61 

minations  ne  peut  pas  être  ou  ne  pas  être  en  partie  et 
relativement;  mais  elles  sont  absolument ,  ou  ne  sont 
pas  absolument.  Au  contraire,  pour  les  accidents,  rien 
n'empêche  qu'ils  ne  soient  que  relativement.  Prenons 
pour  exemples  la  blancheur  et  la  justice.  Il  ne  suffit 
pas  de  prouver  que  l'homme  a  de  la  justice  et  de  la 
blancheur  pour  prouver  qu'il  est  juste  et  blanc;  car  il  y 
a  toujours  doute,  dans  ce  cas,  de  savoir  s'il  est  blanc 
et  juste  seulement  d'une  manière  relative.  Donc,  il  n'y 
a  pas  de  conversion  nécessaire  pour  les  accidents, 

§  5.  Il  faut  indiquer  aussi  les  vices  que  peuvent  pré- 
senter les  questions;  ils  sont  de  deux  espèces  :  ou  bien 
Ton  se  trompe,  ou  bien  l'on  détourne  un  mot  de  l'ac- 
ception ordinaire.  On  tombe  dans  le  premier  vice,  quand 
on  soutient  qu'un  attribut  qui  n'appartient  pas  réelle- 
ment au  sujet  lui  appartient;  et  quand  on  appelle  les 
choses  de  noms  qui  ne  leur  conviennent  pas,  par  exem- 
ple, quand  on  appelle  le  platane  homme,  on  détourne 
le  mot  de  son  acception  reçue. 


S  5.  Qui  n'appartient  pas  réO- 
UmmU  au  #m>r,  Alexandre  die 
comme  tue  erreur  de  ce  genre 
l'opinion  de  rimmatérialité  et  de 
rimmortallté  de  Vime.  Cest  pour 
lui  nne  erreur  aumi  manifeste  que 
de  croire  que  les  OHrpe  se  compo- 
sent de  simples  surfaces,  que  le 
mouvement  Tient  du  Tide,  que 
deux  et  deux  font  cinq,  que  le  plai- 
sir est  la  fin  de  Fbomme.  On  sait 
assez,  du  reste,  quelle  est  ropinion 
d*Aleiandre  sur  rftme;  mais  il  ne 


Ta  nulle  part  exprimée  d'une  ma- 
nière plus  formelle  qu'ici. — quand 
an  i^f^MlItf  <e  platane  hamim»;  pai^ 
fois  Terreur  n'est  pas  aussi  évi- 
dente, et  ceux  qui  soutiennent, 
par  exemple,  que  le  sage  est  le  seul 
riche ,  le  seul  noble,  le  seul  b<m, 
le  seul  éloquent,  détournent  ces 
mots,  bien  que  moins  évidemment, 
du  sens  qu'ils  ont  pour  le  vulgaire. 
C'était,  comme  l'on  sait,  l'opinion 
des  stoïciens ,  dans  le  portrait  da 
leur  sage  idéal. 


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62 


TOPIQUES. 


CHAPITRE  IL 

Lieux  communs  de  Taccident.  —  Cinq  lieux  :  -I*  de  l'erreur 
commise  quand  on  prend  pour  accident  ce  qui  ne  l'est 
pas  ;  2f  regarder  aux  espèces  du  sujet;  5*  définir  Taccî- 
dent  et  le  sujet  ;  Â"*  se  faire  des  objections  tacites  contre 
la  thèse  de  l'interlocuteur  ;  &>  chcMsir  entre  les  dénomina- 
tions ordinaires  des  choses. 

§  I  •  Un  premier  lieu  pour  raccident,  c*est  d^exami- 
ner  si  l'on  n'a  pas  donné  comme  accident  un  attribut 
qui  appartient  au  sujet  à  tout  autre  titre.  C'est  surtout 
relativement  aux  genres  que  se  commet  cette  erreur. 
Par  exemple,  l'on  dit  que  c'est  un  accident  pour  le 
blanc  d'être  une  couleur  ;  car,  loin  que  ce  soit  un  acci- 


8  1.  Vn  pnmier  Ueti,  IMo- 
phraste,  au  rapport  d*Alexandie, 
dislingnait,  avant  le  lieu  lui-aiéme« 
le  préœpte  géDéral  qui  Tindique  et 
le  recommandé.  I.e  précepte  vient 
nécessairement  avant  le  lieu;  et 
ici,  par  exemple,  le  précepte  serait  : 
n  fiEint  examiner  si  ce  qni  appar- 
tient au  sujet  à  un  titre  autre  que 
racddent  lui  est  cependant  attri- 
bué comme  simple  accident;  et  le 
lieu  proprement  dit  serait  :  Si  oe 
qui  est  attribué  comme  accident  an 
sujet  lui  appartient  à  un  titre  autre 
que  Taccident.  Cette  distinction  est 
vraie,  mais  on  peut  la  regarder 
comme  bien  minutieuse.  —  P(mr 
Vaecident^  Aristote  commence  Té- 
tude  des  termes  dialectiques  par 
i*accident»  qui  est,  disent  les  com- 


menCateun,  le  pins  commun  de 
tous.  On  peut  voir  dans  Alexandre 
les  motifs  divers  qui  doivent  foire 
donner  la  priorité  à  Tétude  des 
lieux  relatifs  à  racddent.  Aristote 
n'a  pas  cru  devoir  donner  aucune 
raison  ici  ;  mais  il  donne  celle  des 
commentateurs,  bien  qne  d*iine 
manière  indirecte,  liv.  i,  cb.  l,ft  1. 
—  Ce$t  iurtaut  reUOivemêni  aux 
gêwrti,  parce  que  le  genre  a  pins 
de  rapport  avec  raccidentque  n*en 
ont  la  définition  et  le  propre.  En 
eflTet  la  définition  et  le  propre  n*ap- 
partiennent  qu'au  sujet ,  le  genre  et 
Taocident,  au  contraire,  sont  pins 
étendus  que  lui.— Par  dMwUion 
paronyme  y  voir  les  Catégories, 
ch.  1,  ft  8,  où  est  donnée  la  défini- 
tion de  ce  mot. 


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LIYBE  II,  CHAPITRE  IL  63 

dent  pour  le  blanc  d'être  une  couleur,  la  couleur,  au 
contraire ,  en  est  le  gefire.  Il  peut  arriver  parfois  que 
l'interlocuteur  qui  pose  sa  thèse,  détermine  l'espèce  de 
l'attribut  par  la  dénomination  même  de  l'accident  ;  et  que, 
par  exemple,  il  dise  que  c'est  un  accident  de  la  justice 
d'être  une  vertu.  Mais  dans  la  plupart  des  cas,  même 
sans  qu'il  ait  ainsi  déterminé  la  chose,  il  est  de  toute 
évidence  qu'il  a  pris  le  genre  comme  accident  :  par 
exemple,  si  Pon  dit  que  la  blancheur  est  colorée  ou  qtfe 
la  marche  a  remué  ;  car  jamais  l'attribution  ne  se  fait 
par  dérivation  paronyme  du  genre  à  l'espèce  ;  mais  les 
genres  sont  toujours  attribués  synonymiquement  aux 
espèces,  puisque  les  espèces  reçoivent  et  la  déno- 
mination et  la  définition  des  genres.  Lors  donc  que 
Ton  dit  que  le  blanc  est  coloré,  on  ne  donne  cet  attri- 
but, ni  comme  genre,  puisqu'on  le  forme  par  dériva- 
tion paronyme,  ni  comme  propre,  ni  comme  définition; 
car  la  définition  et  le  propre  ne  sont  à  aucune  autre 
chose  que  le  sujet.  Il  y  a  bien  d'autres  choses  qne  le 
blanc  qui  sont  colorées  :  par  exemple,  le  bois,  la  pierre, 
l'homme,  le  cheval,  etc.  Il  est  donc  clair  qu'on  a  pris 
cet  attribut  comme  accident. 

§  a.  Un  autre  lieu,  c'est  d'examiner  les  sujets  dont 

8  s.  Aux  cas  partieuliirêf  e^estr  termes,  pour  tontes  les  espèces 

à-dîre  aux  individus.  —  ComfMn-  d'opposés.   Voir    les  Catégories , 

eer  cei  éxamm  pat  les  primitifs^  ch.  10  et  11.  —  Juspi^aum  4nâM- 

par  les  genres  les  plus  étendus.  —  dus  »  qnl  sont  encore  ici  des  es- 

Aux  individus,  il  hui  entendre  pèces ,  comme  Texemple  même  le 

seulement  les  dernières  espèces  prouve.  — /iato0r<f^e«,  opposés 

qui  ne  peuvent  plus  être  divisées  ;  contraires;  daubU  si  moitié^  oppo- 

car,  dans  le  sens  habituel  du  mot,  ses  relatifs  ;  awuglemsnt  et  vtM, 

ceci  serait  contradictoire  à  ce  qui  opposés  par  privation  et  possession; 

précède.  —  Et  pour  les  relatifs  et  ntre  et  le  mm^re,  opposés  par 

pour  les  ewfUraireSf  en  d'autres  contradiction. 


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64  TOPIQUES. 

Tattribut  est  affirme  ou  pris  universellement.  Il  faut 
regarder  aux  espèces,  et  non  pas  aux  cas  particuliers 
qui  sont  infinis;  car  l'observation  se  fait  mieux  sur  un 
moindre  nombre  et  pas  à  pas.  Or^  il  faut  commencer 
cet  examen  par  les  primitifs ,  et  descendre  ensuite  jus- 
qu'aux individus  :  par  exemple,  si  l'adversaire  a  dit  qu'il 
n'y  avait  qu'une  science  unique  pour  les  choses  oppo- 
sées, il  faut  examiner  s'il  y  a  une  science  unique  pour 
les  relatifs,  et  pour  les  contraires,  et  pour  les  opposés 
par  privation  et  possession,  et  pour  les  opposés  par 
contradiction.  Et  si  l'assertion  n'est  pas  évidente  pour  ces 
cas  mêmes,  il  faut  pousser  les  subdivisions  jusqu'aux  in- 
dividus, et  voir  par  exemple  si  la  science  est  unique  pour 
le  juste  et  l'injuste,  pour  le  double  et  la  moitié,  pour 
l'aveuglement  et  la  vue,  pour  l'être  et  le  non-être  ;  car  si 
l'on  prouve  pour  un  seul  cas  que  la  notion  n'est  pas  la 
même,  nous  aurons  détruit  pour  cela  même  l'assertion 
universelle.  Même  procédé  si  l'assertion  universelle 
était  négative.  Ce  lieu  peut  tout  aussi  bien  servir  à  éta- 
blir une  assertion  qu'à  en  réfuter  une.  Si  l'on  voit  en 
poussant  la  division  que  l'attribut  appartient  à  tous  les 
sujets,  ou  du  moins  au  plus  grand  nombre,  on  peut  de- 
mander à  l'interlocuteur  de  reconnaître  cet  attribut 
pour  universel ,  ou  de  démontrer,  en  le  réfutant ,  qu'il 
y  a  un  sujet  auquel  il  n'appartient  pas;  et  si  l'interlocu- 
teur ne  fait  ni  l'un  ni  l'autre,  il  paraîtra  se  donner  le 
tort  de  ne  point  admettre  l'attribut  discute. 

§  3.  Un  autre  lieu,  c'est  de  faire  la  définition  de  l'ac- 


8  s.  £«  grondeur.  Je  n*ai  point  ne  Test  guère.  Poar  rendre  le  mot 
trouvé  dans  notre  langue  un  mot  grec,  il  m'aurait  fallu  prendre  une 
plus  convenable  que  celui-là»  qui    très-longue  périphrase,  qui  aurait 


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LITRE  II,  CHAPITRE  II.  65 

cident  et  du  sujet  auquel  il  est  attribué,  ou  de  tous  les 
deux  pris  ensemble,  ou  de  l'un  des  deux  pris  à  part  :  et 
de  voir  ensuite  si  Ton  n'a  point  pris  pour  vrai  dans  les 
définitions  quelque  élément  qui  ne  l'est  pas.  Par  exem- 
ple, si  Ton  avance  qu'il  est  possible  défaire  tort  à  Dieu, 
il  faut  voir  ce  que  c'est  que  faire  tort;  car  si  l'on  entend 
par  faire  tort  faire  volontairement  du  mal,  il  est  évident 
qu'on  ne  saurait  faire  tort  à  Dieu,  puisqu'on  ne  peut  faire 
de  mal  à  Dieu.  Si  l'on  soutient  que  l'homme  vertueux 
est  envieux,  on  aura  à  se  demander  ce  que  c'est  que  l'en- 
vieux et  l'envie  ;  car  si  l'envie  est  une  douleur  de  ce  qui 
arrive  de  bonheur  à  quelque  homme  honorable,  il  est 
évident  que  l'homme  vertueux  ne  sera  pas  envieux;  car 
alors  il  serait  méchant.  Si  l'on  prétend  que  le  grondeur 
est  envieux,  on  cherchera  à  définir  ce  que  c'est  que  l'un 
et  l'autre.  C'est  ainsi  qu'on  verra  clairement  si  l'asser- 
tion émise  est  fausse  ou  vraie  :  par  exemple,  si  l'envieux 
est  celui  qui  s'afflige  du  succès  des  gens  de  bien,  et  le 
grondeur  celui  qui  s'afflige  du  succès  des  méchants,  il 
est  évident  que  le  grondeur  ne  sera  pas  envieux.  Par- 
fois on  doit  prendre  des  définitions  à  la  place  de  cer- 
tains roots  que  les  définitions  même  renferment,  et  ne 
point  s'arrêter  jusqu'à  ce  qu'on  soit  arrivé  à  quelque 
terme  tout  à  fait  connu.  Cest  que  souvent,  en  prenant  la 
définition  tout  entière  qui  a  été  donnée,  on  ne  découvre 
pas  nettement  ce  qu'on  cherche  :  mais  on  le  découvre 


ea   plus    d'inconvénients   encore  tendre  ici  d'an  honnête  liomme 

qu*an  mot  impropre.  Nous  n'avons  toujours  mécontent  des  choses  de 

rien  d'ailleurs  dans  nos  croyances  ce  monde  parce  que  sa  vertu  s'en 

modernes  qui  réponde  à  la  Némésîs  indigne,  dans  le  genre  où  l'est  le 

des  anciens.  Le  grondeur  doit  s'en*  misanthrope  de  Molière. 

IV.  8 


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«6  TOPIQUES. 

aussitôt  si  Ton  prend  une  définition  à  la  place  de  l'un 
des  mots  que  renferme  la  définition  initiale. 

§  4-  On  peut  encore  réfuter  la  question  en  s'en  fai- 
sante soi-même  une  proposition  ;  car  la  réfutation  qu'on 
trouvera  de  cette  façon  sera  une  attaque  contre  la 
thèse  de  l'interlocuteur.  Ce  lieu,  du  reste,  est  à  peu 
près  le  même  que  celui  qui  consiste  à  voir  quels  sont 
les  sujets  dont  l'attribut  est  affirmé  ou  nié  universelle- 
ment :  la  seule  différence  est  dans  la  forme. 

§  5.  Il  faut  encore  déterminer  les  choses  qu'il  con- 
vient, et  celles  qu'il  ne  convient  pas^  d'appeler  par  les 
noms  qu'on  leur  donne  ordinairement.  Cela  est  utile, 
soit  pour  soutenir,  soit  pour  réfuter  une  assertion  : 
par  exemple,  on  peut  dire  qu'il  faut  désigner  les  choses 
par  leurs  dénominations  habituelles.  Mais,  quant  à  dis- 
tinguer les  choses  qui  ont  telle  qualité  et  celles  qui  ne 
l'ont  pas,  il  ne  faut  plus  sur  cette  question  s'en  rappor- 
ter au  vulgaire.  Ainsi,  on  peut  bien  appeler  sain  ce  qui 
donne  la  santé,  comme  tout  le  monde  fait;  mais  pour 
savoir  si  l'objet  en  question  donne  ou  ne  donne  pas  la 
santé,  ce  n'est  pas  comme  le  vulgaire  qu'il  faut  dire, 
c'est  comme  le  médecin. 


%  i.  On  pwi  encore  réfuter  la  lytiques,  !!▼.  i,  ch.  S6.  —  Bêt  à 
gutitionj  le  texte  dit  objecter,  peu  près  le  même  que  le  second 
Voir  sar  Tobjection  Premiers  Ana-    indiqué  au  8  9  ci-dessoe. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  III. 


67 


CHAPITRE  III. 

Trois  autres  lieux  y  dont  deux  tirés  de  rhomonymie  ;  mots 
qui,  sans  être  homonymes,   s'appliquent  h  plasieurs 


§  1 .  Si  le  mot  qui  .désigne  l'accident  a  plusieurs  ac^ 
ceptions  et  que  l'on  ait  affirmé  ou  nié  l'accident  ^  il 
faut  montrer  l'un  ou  l'autre  des  sens  divers,  si  on  ne  le 
peut  pour  tous  les  deux.  Il  faut  se  servir  de  ce  lieu 
surtout  dans  le  cas  où  l'homonymie  est  cachée;  car  si 
l'on  n'ignore  pas  que  le  mot  a  plusieurs  sens,  on  objec- 
tera que  l'interlocuteur  ne  discute  pas  le  sens  qu'il  a 
mis  lui-même  en  doute,  mais  qu'il  discute  l'autre  sens. 
Ce  lieu  peut  être  également  employé  pour  soutenir  et 
réfuter  une  thèse.  Si  nous  voulons  soutenir,  nous  mon- 
trerons que  l'un  des  deux  sens  appartient  au  mot,  quand 
nous  ne  le  pouvons  pas  pour  les  deux;  et  si  nous  vou- 
lons réfuter,  nous  montrerons  que  l'un  des  sens  n'ap- 
partient pas  au  mot,  si  nous  ne  le  pouvons  faire  pour 


6  1.  L'un  ou  Vautre  des  sens  di- 
vers, en  admettant  que  le  mot  homo- 
nyme n*ail  que  deux  acceptions.  » 
D'obtenir  de  eancesston  de  Vadver- 
saire,  Alexandre  fait  remarquer 
qu'Âristoie  appelle  ici  concession 
ce  qu'à  la  fin  du  premier  livre  des 
Topiques  il  a  nommé,  comme  dans 
les  Premier  s  Analytiques,  hypo- 
thèse, et  il  confond  par  conséquent 
les  syllogismes  par  concession  et  les 


syllogismes  par  hypothèse.  Voir 
plus  haut,  liv.  1.  ch.  18,  la  note  sur 
le  6  9,  et  sur  cette  question  si  sou- 
vent controversée  de  savoir  si  Aris- 
tote  a  connu  les  syllogismes  hypo- 
thétiqueè;  voir  aussi  plus  loin, 
liv.  3,  ch.  6,  S  6.  —  Comme  le  fait 
le  géomètre,  qui  procède  toujours 
par  démonstration  universelle,  et, 
par  eiemple,  dans  le  théorème  bien 
connu  que  cite  Aristote. 


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68  TOPIQUES, 

les  deux.  Seulement ,  quand  on  réfute,  il  n'est  nulle- 
ment besoin  d'obtenir  de  concession  de  Tadversaire,  soit 
que  la  thèse  primitive  ait  nié  ou  aiErmé  universelle- 
ment l'attribut:  car  si  nous  montrons  que  l'accident 
n'appartient  pas  à  une  partie  quelconque  du  sujet,  nous 
aurons  réfuté  cette  assertion  qu'il  est  à  tout  le  sujet:  et  si 
nous  montrons  qu'il  est  à  une  seule  partie  du  sujet,  nous 
aurons  par  cela  même  réfuté  cette  assertion  qu'il  n'est 
aucunement  au  sujet.  Au  contraire,  quand  on  soutient 
soi-même  une  thèse,  il  faut  d'abord  convenir  avec  Tad- 
Yersaire  que  si  l'on  prouve  que  l'accident  est  à  une  partie 
quelconque  du  sujet,  on  aura  prouvé  par  cela  même 
qu'il  est  à  tout  le  sujet,  en  admettant  aussi  que  cette  rai- 
son soit  convaincante  ;  car  il  ne  suffit  pas,  pour  montrer 
que  l'accident  est  à  tout  le  sujet',  de  discuter  sur  un  seul 
cas  :  par  exemple,  il  ne  suffit  pas  de  prouver  que  l'âme 
de  l'homme  est  immortelle ,  pour  affirmer  que  toute 
âme  est  immortelle.  Ici,  il  faut  convenir  préalablement 
que  si  l'on  montre  qu'une  âme  quelconque  est  immor- 
telle, on  aura  prouvé  par  là  même  que  toute  âme  Test  en 
général.  Du  reste,  il  ne  faut  employer  cette  méthode  que 
quand  on  ne  peut  pas  produire  une  explication  com- 
mune à  tous  les  cas,  comme  le  fait  le  géomètre  quand  il 
affirme  que  le  triangle  a  ses  trois  angles  égaux  à  deux 
droits. 

§  a.  Si  les  divers  sens  du  mot  sont  parfaitement 
évidents,  il  faut,  après  avoir  déterminé  séparément, 
en  combien  de  sens  il  se  dit,  soutenir  ou  réfuter  la 


S  s.  Parfaitement  évid&tUs ,  rbomonymie  était  cachée  ;  ici  elle 
c*est  ce  qui  distingue  ce  lieu  du  est  parfaitement  claire  et  ne  peut 
précédent  où  Ton  supposait  que    échapper  en  aucune  façon. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  IIL  69 

thèse.  Par  exemple,  si  Ton  a  dit  que  la  règle  de  con- 
duite morale  est  l'utile  ou  le  bien,  il  faut  chercher  à 
établir  ou  à  renverser  ces  deux  assertions  pour  l'objet 
discuté  ;  par  exemple ,  en  montrant  qu'il  est  beau  et 
utile,  ou  bien  qu'il  n'est  ni  beau  ni  utile.  Si  l'on  ne  peut 
prouver  les  deux  assertions,  il  faut  prouver  l'une  d'elles, 
en  indiquant  en  outre  que  l'objet  est  l'une  de  ces  choses 
et  qu'il  n'est  pas  l'autre.  Même  raisonnement,  si  la  di- 
vision comprenait  plus  de  deux  membres. 

§  3.  Il  faut  regarder  encore  aux  choses  qui  ont  plu* 
sieurs  sens,  non  par  simple  homonymie ,  mais  de  toute 
autre  manière;  par  exemple,  la  science  unique  pour 
plusieurs  choses  peut  s'entendre,  ou  de  la  fin  à  laquelle 
tendent  les  choses,  ou  de  ce  qui  mène  à  cette  fin  :  ainsi , 
la  médecine,  qui  est  à  la  fois  la  science  de  ce  qui  fait  la 
santé  et  la  science  du  régime.  La  science  unique  pe;ut 
s'entendre  encore  également  des  fins  des  deux  choses  : 
c'est  en  ce  sens  que  l'on  dit  que  la  science  des  contraires 
est  la  même;  car  l'un  des  contraires  n'est  pas  plus  une  fin 
que  l'autre.  La  science  unique  peut  s'entendre,  et  de  la 
chose  en  soi,  et  de  la  chose  par  accident.  Ainsi,  c'est 
en  soi  que  le  triangle  a  ses  trois  angles  égaux  à  deux 
droits,  et  c'est  par  accident  que  l'équilatéral  les  a  de  cette 
façon.  G  est  en  effet  parce  que  le  triangle  équilatéral 
est  accidentellement  triangle,  que  nous  reconnaissons 
qu'il  a  les  trois  angles  internes  égaux  à  deux  droits.  Si 
donc  il  ne  peut  y  avoir  science  unique  de  plusieurs 


8  8.  Àinii  e'eii  en  ioi  pt$  1$  lytiqMi^  IW.  1,  ch.  i,  %  li.  Théo- 

triangle^  parce  que  le  triangle  est  phrasie  citait  aussi  cet  exemple, 

ici  le  primitif  uniyersel,  comme  il  a  selon  Alexandre,  dans  son  Traité 

été  prouTé  dam  les  DtrrUen  Ano^  sur  les  mots  à  plasieurs  acceptions. 


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70  TONIQUES. 

choses  j  évidemment,  il  faut  dire  absolument  qu  elle  ne 
peut  pas  être  ;  ou  bien  si  elle  peut  être  de  quelque  façon, 
il  est  clair  qu'elle  est  possible.  Il  faut  continuer  la  divi- 
sion tant  qu'elle  est  utile  :  par  exemple,  si  nous  voulons 
soutenir  une  thèse ,  il  faut  produii'e  tous  les  exemples 
analogues  que  nous  pourrons ,  et  ne  prendre  dans  les 
divisions  que  celles  qui  peuvent  être  utiles  à  nos  affir- 
mations. Si  au  contraire  nous  voulons  réfuter,  il  faut 
prendre  les  exemples  opposés  à  la  thèse  de  l'adversaire, 
et  négliger  tout  le  reste.  C'est  aussi  ce  qu'il  faut  faire, 
même  pour  les  exemples  opposés.  Quand  on  ne  sait  pas 
dans  combien  de  sens  les  mots  peuvent  être  pris,  il  faut 
encore  établir  par  les  mêmes  lieux  que  telle  chose  est 
ou  n'est  pas  l'attribut  de  telle  autre.  Par  exemple,  que 
la  science  s'applique  à  telle  chose,  soit  comme  science 
de  la  fin  de  cette  chose,  ou  comme  science  des  moyens 
servant  à  cette  fin,  ou  comme  science  des  accidents  de 
cette  chose  ;  de  même  qu'on  peut  prouver  aussi  que  le 
sujet  en  question  n'est  d'aucune  des  manières  énoncées. 
Le  même  raisonnement  qu'on  fait  ici  pour  la  science 
pourrait  être  fait  pour  le  désir,  et  en  général  pour 
toutes  les  choses  qui  sont  appUcables  à  plusieurs  autres; 
car  le  désir  s'applique  à  telle  chose  comme  fin,  ainsi, 
le  désir  de  la  santé;  ou  à  des  choses  qui  servent  à  cette 
fin,  ainsi,  le  désir  de  se  soigner;  ou  à  des  choses  pure- 
ment accidentelles  ;  ainsi  celui  qui  aime  les  choses  douces 
'  désire  boire  du  vin,  non  parce  que  le  vin  est  du  vin, 
mais  parce  que  le  vin  est  doux.  Il  désire  en  soi  ce  qui 
est  doux,  il  ne  désire  du  vin  que  par  accident;  et  la 
preuve,  c'est  que  si  le  vin  est  aigre,  il  ne  le  désire  plus; 
donc  il  ne  le  désire  que  par  accident.  Ce  lieu  commun 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  IV.  71 

s'applique  utilement  surtout  aux  relatifs;  car  les  choses 
de  ce  genre  sont  presque  toutes  des  relatifs. 


CHAPITRE  IV. 

Six  autres  lieux  :  4**  changer  un  mot  obscur  pour  un  plus 
clair  ;  2<*  regarder  au  genre  pom*  prouver  que  les  con- 
traires sont  à  UD  même  sujet  ;  5®  regarder  aux  espèces  du 
genre  attribué  ;  A^  regarder  aux  définitions  vraies  ou  sim- 
plement probables  du  sujet  ;  5*^  regarder  aux  conséquents 
ou  antécédents  du  sujet;  6"*  regarder  au  temps. 

§  I.  Il  peut  encore  être  utile  de  passer  à  un  mot 
plus  connu;  et,  par  exemple,  il  vaut  mieux  dire  d'une 
expression  qu'elle  est  claire  que  de  dire  qu'elle  peut  être 
exactement  comprise  ;  et,  au  lieu  de  l'activité,  il  vaut 
peut-être  mieux  dire  l'amour  du  travail.  Le  nouveau 
mot  qu'on  choisit  étant  plus  connu,  il  devient  aussi 
plus  facile  d'attaquer  la  thèse.  Ce  lieu  est  comme  ceux 
qui  précèdent,  applicable  dans  les  deux  sens,  soit  pour 
soutenir,  soit  pour  réfuter  une  assertion* 

§  2.  Pour  montrer  que  les  contraires  sont  à  un  même 
sujet,  il  faut  regarder  au  genre  de  ce  sujet  :  par  exem- 


%  i.  De  potier  à  un  mot  pltu  possU)le,  mais  logiquement,  dans 

eotmuj  parce  qu'alors  H  est  plus  des  espèces  diverses,  dans  des  mo- 

fadle  de  discuter  sur  un  mot  clair  ments  divers.—  Sentir, c*est  juger ^ 

que  sur  un  mot  obscur.  ce  qui  est  le  contraire  de  Paxiome 

6  S.  Lei  contraires  sont  à  un  sensualiste,  que  juger,  c'est  sentir. 

mime  sujet,  non  pas  simultané-  Voir  toute  la  discussion  du  Théé- 

ment  et  réellement,  ce  qui  est  im*  tète  de  Platon. 


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72  TOPIQUES. 

pie,  si  nous  voulons  montrer  que  dans .  la  sensation  il 
peut  y  avoir  exactitude  et  erreur ,  nous  dirons  que  sen- 
tir, c'est  juger;  qu'on  peut  juger  mal  ou  bien,  et  que  par 
conséquent  aussi  on  touve  exactitude  ou  erreur  dans 
la  sensation.  La  démonstration  se  fait  donc  ici  du  genre 
à  l'espèce  ;  juger  est  genre  relativement  à  sentir  ;  car 
celui  qui  sent  fait  une  sorte  de  jugement.  Â  l'inverse, 
on  peut  aller  de  l'espèce  au  genre;  car  tous  les  attributs 
de  l'espèce  sont  aussi  ceux  du  genre  :  par  exemple,  si 
la  science  est  bonne  ou  mauvaise ,  la  disposition  est 
aussi  bonne  ou  mauvaise;  car  la  disposition  est  le  genre 
de  la  science.  Ainsi  donc,  le  lieu  antérieurement  indi- 
qué est  faux,  mais  le  second  est  vrai ,  quand  il  s'agit 
d'établir  la  thèse;  car  il  n'est  pas  nécessaire  que  tout  ce 
qui  est  au  genre  soit  aussi  à  l'espèce.  Ainsi,  l'animal  est 
ailé  et  quadrupède,  mais  l'homme  ne  l'est  pas.  Au  con- 
traire, tout  ce  qui  est  à  l'espèce  est  nécessairement  aussi 
au  genre;  si  l'homme  est  vertueux,  l'animal  aussi  est 
vertueux.  S'il  s'agit  de  réfuter  la  thèse,  c'est  le  premier 
qui  est  vrai  et  le  second  qui  est  faux  ;  car  tout  ce  qui  est 
nié  du  genre  est  nié  aussi  de  l'espèce,  tandis  que  tout 
ce  qui  est  nié  de  l'espèce  n'est  pas  nécessairement  nié 
du  genre. 

§  3.  Il  faut  nécessairement  que  les  choses  auxquelles 
le  genre  est  attribué  reçoivent  aussi  pour  attribut  quel- 
qu'une des  espèces  ;  et  tout  ce  qui  a  le  genre  est  dé- 
nommé par  dérivation  paronyme  du  genre,  et  a  né- 

S  3.  Par  dériv&tian  parcnyme^  mouvement  sont  rédai les  à  six.  Pla- 

voir  les  Catégoriei,  cb.  1,  S  3.  —  ton,  dans  ie  Timée,  en  distingue 

Vune  quelconque  des  e$pée$M  du  Jusqu'à  dix,  mais  d*un  point  de 

mouvement,  voir  les  Caiégoriei^  vue  différent  de  celui  d'Àristote,  et 

ch.  U,  où  les  diverses  espèces  de  qui  n'est  point  applicable  ici. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  IV.  73 

cessairement  aussi  quelqu'une  des  espèces,  ou  bien 
est  dënommé  par  dérivation  de  quelqu'une  d'entre 
elles.  Par  exemple,  si  la  science  est  attribuée  à  quel- 
qu'un, il  faut  que,  soit  la  grammaire,  soit  la  musique  ou 
telle  autre  science,  lui  soit  attribuée;  et  si  quelqu'un 
possède  la  science,  ou  il  est  désigné  par  dérivation  pa- 
ronyme du  mot  même,  et  alors  possédera  soit  la  gram- 
maire, soit  la  musique  ou  telle  autre  science ,  ou  bien 
il  sera  nommé  par  dérivation  de  l'une  de  ces  sciences, 
par  exemple,  grammairien  ou  musicien.  Si  donc  l'in- 
terlocuteur pose  quelque  attribut  qui  vienne  d'une  façon 
quelconque  du  genre,  par  exemple,  que  l'âme  est  en 
mouvement  ;  il  faut  examiner  si  Tâme  peut  se  mouvoir 
suivant  l'une  quelconque  des  espèces  du  mouvement  : 
par  exemple,  si  elle  peut  augmenter,  ou  diminuer^  ou 
être  détruite,  ou  naître,  ou  avoir  telle  autre  des  espèces 
du  mouvement;  car  si  elle  lîe  se  meut  suivant  au- 
cune, c'est  qu'évidemment  elle  ne  se  meut  pas.  Ce  lieu, 
du  reste,  est  utile  dans  les  deux  sens  pour  établir  ou 
pour  réfuter  la  thèse;  car  si  l'âme  se  meut  suivant 
l'une  des  espèces  du  mouvement,  il  est  évident  qu'elle 
se  meut;  et  si  elle  ne  se  meut  suivant  aucun,  il  est 
clair  qu'elle  ne  se  meut  pas. 

§  4«  Quand  on  manque  d'arguments  pour  attaquer 


S  i.  Im  tinr  des  définUiom,  et  que  par  coofléquent  on  ne  s*oo- 

Alexandre  remarque,  et  à  la  suite  cupe  que  de  la  simple  probabiliié. 

les  autres  commentateurs  ont  re-  En  philosophie,  en  analyse,  une 

marqué,  que  ce  lieu  se  rapproche  chose  D*a  et  ne  peut  avoir  qu'une 

du  troisième,  dont  il  a  été  question  seule  définition.  ~  Cùntre  le»  dif^ 

ch.  9, 6  3,  de  ce  livre.  —  Simpl»"  wUiùn$ ,  voir  les  liv.  6  et  7,  consa- 

mefU  apparmUi  ;  Il  ne  faut  pas  ou-  crés  tout  entlersà  la  détinttion  et  aux 

blier  qu*oa  est  ici  en  dialectique^  lieoi  communs  qui  la  eonoement. 


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74  TOPIQUES. 

la  thèse ,  il  faut  essayer  de  les  tirer  des  définitions 
réelles  de  l'objet  en  question  ou  des  définitions  simple- 
ment apparentes  ;  et  si  une  seule  définition  n'en  four- 
nit pas,  il  faut  en  examiner  plusieurs;  car  une  fois  qu'on 
a  fait  une  définition^  il  est  bien  plus  facile  d'attaquer 
la  thèse,  l'attaque  étant  toujours  plus  facile  contre  les 
définitions. 

§  5.  Il  faut  regarder  aussi  pour  le  sujet  proposé  de 
quoi  ce  sujet  est  le  conséquent,  ou  bien  voir  ce  qui  est 
nécessairement  du  moment  que  ce  sujet  est.  Quand  on 
veut  soutenir  la  thèse,  il  faut  voir  de  quoi  le  sujet  est 
le  conséquent;  car  si  l'on  montre  que  cette  chose  est, 
dont  lexistence entraîne  celle  du  sujet;  on  aura  montré 
aussi  que  le  sujet  en  question  existe,  au  contraire, 
quand  on  veut  réfuter  la  thèse,  on  recherche  ce  qui  est 
par  cela  même  que  le  sujet  existe;  car,  si  l'on  montre  que 
le  conséquent  du  sujet  donné  n'existe  pas,  ou  aura 
par  cela  même  renversé  le  sujet  en  question. 

§  6.  Regardez  aussi  au  temps  s'il  y  a  quelque  discor- 
dance :  par  exemple,  si  l'interlocuteur  dit  que  ce  qui  se 
nourrit  doit  nécessairement  s'accroître;  on  peut  ré- 
pondre que  les  animaux  se  nourrissent  toujours,  et  que 
cependant  ils  ne  croissent  pas  toujours.  Même  objec- 
tion, si  l'interlocuteur  a  dit  que  savoir  c'est  se  souvenir; 
car  ici  l'un  des  sens  s'adresse  au  temps  passé,  et  l'autre 
s'adresse  au  présent  et  à  l'avenir.  On  peut  dire  qu'on 

g  6.  Savoir f  e'eit  iê  souvenir;  la  mémoire  et  de  la  rémîDiscence. 

c*esl  la  doctrine  de  Platon  d«ns  le  —  L'un  des  sens  du  mot  savoir, 

Pbédon,  et  surtout  dans  le  Méoon.  on  sait  le  passé,  mais  on  sait  aussi 

AristoteTadéjà  combattue  dans  les  Favenir;  et  par  conséquent  la  ré- 

Demier s Analy tiques ^Ivr.  1,  ch.  1,  miniscence  n*eiplique  pas  toute  la 

$  7  ;  on  peut  yoIt  aussi  le  Traité  de  science  quoiqu'en  dise  Platon. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  V.  75 

sait  et  le  présent  et  Tavenir;  et,  par  exemple,  on  sait 
qu'il  y  aura  une  éclipse  de  soleil,  mais  on  ne  peut  se 
souvenir  que  du  passé. 


CHAPITRE  V. 

Deux  autres  lieux  tirés  du  déplacement  de  la  discussion. 

§  I.  Il  y  a  encore  ici  une  manière  sophistique  de 
discuter,  c'est  de  conduire  l'adversaire  à  un  point  sur 
lequel  nous  pourrons  avoir  des  arguments  en  abon* 
dance.  Ce  point  est  quelquefois  nécessaire,  et  quelque» 
fois  il  le  parait  seulement;  d'autres  fois  il  n'est   ni 


g  1.  Une  manière  tophiitique; 
c'est  le  procédé  dont  se  sert  Prota- 
gons  le  sophiste,  dans  le  Dialogue 
de  Platon ,  comme  le  rappelle 
Alexandre.  —  Â  fait  une  indue- 
tion,  PaclDS,  d'après  la  remarque 
de  Grucbias,  voudrait,  contre  Ta  vis 
unanime  des  manuscrits,  substituer 
abduction  à  induction,  ainsi  que 
quelques  lignes  plus  bas.  Alexan< 
dre,qui  n'a  pas  eu  de  variante  sur  ce 
passage,  l'explique  par  l'idée  seule 
de  rindnction,  sans  recourir  à  Tab- 
dnction  définie  dans  les  Fremiers 
Analytiquei,  liv.  9,  ch.  S5.  «Si 
«  pour  démontrer,  dit-il,  que  l'ftme 
«  est  immortelle,  on  pose  d'abord 
«  en  principe,  qu'elle  se  meut  pour 
«  arriver  à  prouver  qu'elle  se  meut 
«  spontanément;  et  que  l'adversaire 
«  nie  que  l'&me  se  meuve,  on  passe 
«  du  premier  point,  sur  lequel  on 


«  n'a  pas  d'arguments,  à  ce  second, 
«  qu'on  discute  en  prouvant  que 
«  l'&me  se  meut,  en  pensant,  en  ap- 
a  prenant,  en  éprouvant  plaisir  ou 
«  peine,  en  sentant,  en  espérant, 
«  en  craignant.  Et  c'est  une  transi- 
a  tion  à  l'argumentation  nécessaire 
a  pour  prouver  le  point  même 
«  qu'on  discute.  Cette  sorte  de 
a  transition  s'appelle  précisément 
«  induction,  comme  il  l'a  expliqué 
«  dans  le  second  livre  des  Première 
a  Analytiquei.  »  Pacius  a  conservé 
le  texte  reçu,  mais  il  a  traduit 
abduction  au  lieu  d'induaion.  Ce 
changement  ne  semble  pas  indis- 
pensable, bien  que  le  texte  soit 
certainement  obscur  et  puisse  prê- 
ter à  ces  diverses  explicaUons.  — 
En  dehors  de  la  dialectique ,  il 
faut  l'abandonner  à  la  sophistique 
et  à  ses  procédés  déloyaux. 


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76  TOPIQUES- 

nécessaire ,  ni  ne  parait  nécessaire.  Il  est  nécessaire , 
quand  celui  qui  nous  répond  nous  ayaot  refusé  quelque 
assertion  indispensable  à  la  thèse,  on  doit  diriger  l'ar- 
gumentation sur  ce  point  contesté,  et  que  ce  point  est 
précisément  un  de  ceux  sur  lesquels  nous  avons  de 
nombreux  arguments.  Il  en  est  de  même  encore  quand 
l'adversaire,  qui  par  suite  de  la  thèse  a  fait  une  induc- 
tion de  quelque  nouveau  terme,  cherche  à  le  détruire; 
car,  ce  terme  détruit,  la  thèse  en  question  Test  aussi. 
Parfois ,  ce  point  de  la  discussion  n'a  que  l'apparence 
d'être  nécessaire,  lorsqu'il  semble  utile  et  tout  à  fait  spé- 
cial à  la  thèse  sans  l'être  toutefois  réellement ,  soit  que 
celui  qui  soutient  la  thèse  nie  ce  point,  soit  que ,  crai- 
gnant une  induction  que  probablement  la  thèse  le  for- 
cera de  faire  sur  ce  point,  il  cherche  à  le  détruire. 

Le  dernier  cas,  c'est  lorsque  ce  point,  sur  lequel 
portent  les  argumentations,  n'est  ni  nécessaire  ni  ne  le 
parait,  et  qu'il  est  possible  à  l'interlocuteur  qui  répond 
de  réfuter  son  adversaire  d'une  toute  autre  façon.  11 
faut  du  reste  bien  prendre  garde  à  ce  mode  de  discus- 
sion qui  vient  d'être  indiqué  en  dernier  lieu;  carilpa* 
rait  être  tout  à  fait  éloigné  et  en  dehors  de  la  dialectique. 
Celui  qui  répond  doit  éviter  les  difficultés ,  concéder 
même  des  points  qui  ne  sont  pas  utiles  à  la  discussion, 
en  se  réservant  toujours  d'indiquer  ceux  qu'il  accorde, 
bien  qu'ils  soient  contraires  à  son  opinion  personnelle  ; 
car  Tinterlocuteur  qui  interroge  est  ordinairement  em- 
barrassé bien  davantage  par  ces  sortes  de  concessions, 
s'il  vient  à  ne  pas  conclure. 

§  a.  De  plus,  du  moment  qu'on  a  dit  une  chose  quel- 
conque, on  en  a  toujours,  en  certain  sens,  dit  plusieurs; 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  VI.  77 

car  chaque  chose  en  a  nécessairement  à  sa  suite 
plusieurs  autres  :  par  exemple ,  si  Ton  a  dit  que 
l'homme  est,  on  a  dit  implicitement  aussi  que  l'animal 
esty  et  que  l'animal  est  vivant,  et  qu'il  est  bipède,  et 
qu'il  est  susceptible  d'intelligence  et  de  science.  Ainsi 
donc,  que  l'on  détruise  une  seule  de  ces  conséquences, 
et  Ton  détruit  aussi  le  principe  même  qui  les  produit. 
Or,  il  faut  prendre  gai*de  de  quitter  le  point  contesté 
pour  passer  à  un  plus  difficile  ;  car  tantôt  il  est  plus 
aisé  de  réfuter  la  conséquence ,  et  tantôt  c  est  l'objet 
lui-même. 


CHAPITRE  VL 

Quatre  autres  lieux  tirés  :  4®  des  contraires;  2*  de  Tétymo- 
logie  ;  5*  de  la  diversité  des  attributs  ;  4*  de  l'identité  de 
sens  de  mots  différents. 

§  j  •  Dans  tous  les  cas  où  un  seul  des  deux  attributs 
contraires  est  nécessairement  au  sujet,  par  exemple,  la 
santé  ou  la  maladie  à  l'homme,  si  nous  avons  de  nom- 
breux arguments  pour  prouver  de  l'un  qu'il  est  ou  qu'il 
n'est  pas  au  sujet,  nous  en  aurons  également  pour  l'au- 
tre. Ce  lieu  peut  à  la  fois  servir  dans  les  deux  sens;  car 
il  suffit  d'avoir  montré  que  l'un  des  contraires  est  au 
sujet  pour  avoir  montré  aussi  que  l'autre  n'y  est  pas  :  et 
réciproquement,  si  nous  montrons  que  l'un  n'y  est  pas, 
nous  aurons  montré  par  cela  même  que  l'autre  y  est. 

%  1.  Dei  deux  attritmts  eon^    etsnrtontch.  iO,  i  S,  et  Mitaphy- 
traireif  voir  les  Catifforiei^  ch.  11,    «içM,  liv.  5,  ch.  10. 


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78  TOPIQUES. 

Donc,  ëvidemment,  ce  Heu  est  bon  soit  pour  réfuter,  soit 
pour  soutenir  la  thèse. 

§  2.  On  peut  aussi  attaquer  l'adversaire  en  transpor- 
tant la  discussion  du  mot  à  son  explication  étymologique, 
attendu  qu'il  est  plus  convenable  de  la  prendre  que  de 
conserver  le  mot  sous  sa  forme  propre  :  par  exemple, 
on  pourra  dire  que  Tbomme  courageux  ne  signifie  pas 
rhomme  plein  de  bravoure  suivant  l'acception  reçue, 
mais  que  cette  expression  signifie  lliomme  qui  a  la  rage 
dans  le  cœur.  De  même  qu'on  peut  comprendre  par  at- 
tentif celui  qui  attend  quelque  chose ,  et  par  heureux 
celui  dont  le  génie  est  vertueux;  ce  qui  faisait  dire  à 
Xénocrate  que  celui-là  est  heureux  qui  a  Tàme  vertueuse; 
car  il  prétend  que  Tâme  est  le  génie  de  chacun  de  nous. 

§  3.  Parmi  les  choses,  les  unes  sont  de  toute  néces- 
sité, les  autres  sont  ordinairement,  et  d'autres  sont  in-* 
différemment,  selon  le  hasard.  Si  l'on  pose  ce  (|ui  est 
nécessaire  comme  étant  simplement  ordinaire,  ou  ce  qui 
est  ordinaire  comme  étant  nécessaire,  soit  qu'on  prenne 
l'ordinaire  lui-même  ou  le  contraire  de  l'ordinaire,  on 
donne  toujours  lieu  à  une  attaque.  Si  l'on  considère  ce 
qui  est  nécessaire  comme  simplement  habituel ,  évi- 
demment l'on  avance  que  l'attribut  n'est  pas  à  tout 
le  sujet,  tandis  qu'il  est  à  tout  le  sujet;  et  alors  on 

%  i.  VâfM  est  U  génie  de  eha^  oessaire,  du  plos  habituel  et  do  for- 

cun  de  fiouf,  il  y  a  ici  ea  grec  une  tuit,  Herméneia,  cb.  9,  S  11  ;  Pre- 

sorte  de  jeu  de  mots  que  le  français  mien  Ânalytiquee,  liv.  1,  cb.  8, 

ne  peut  pas  rendre»  parce  que  les  8  1  ;  Derniers  Analytiques^  liv.  1, 

mots  génie  et  beureux,  presque  ch.  80,  et  Métaphysique,  liv.  5, 

identiques  en  grec,  n*ont  aucun  cb.  5.  —  Les  enfants  abandonnés 

rapport  dans  notre  langue.  ou  déshérités.  Alexandre  rappelle 

g  3.  Les  unes  sont  de  toute  né-  que  la  tradition  faisait  de  Thémis- 

eessité^  voir  sur  la  théorie  du  né^  tocle  un  enfant  de  ce  genre. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  Vl.  79 

s^esi  trompé.  Si  au  contraire  l'on  a  dit  que  le  plus  habi- 
tuel est  nécessaire,  on  est  également  dans  Terreur;  car 
on  a  dit  alors  que  l'attribut  est  à  tout  le  sujet,  quand  il 
n'est  pas  à  tout  le  sujet.  Et  de  même,  si  l'on  a  pris  comme 
nécessaire  ce  qui  est  simplement  contraire  à  l'habituel; 
car  toujours  le  contraire  de  l'habituel  a  moins  d'exten- 
sion que  l'habituel  lui-même.  Si  Ton  dit  par  exemple  que 
le  plus  ordinairement  les  hommes  sont  méchants,  les 
bons  sont  par  cela  même  moins  nombreux  que  les  mé- 
chants. Ainsi,  l'on  s'est  encore  bien  plus  trompé,  si  l'on 
a  dit  que  les  hommes  étaient  nécessairement  bons.  Et 
de  même  encore,  si  l'on  a  pris  ce  qui  ne  dépend  que  du 
hasard  comme  nécessaire  ou  comme  habituel  ;  car  ce  qui 
dépend  du  hasard  n'est  ni  nécessaire  ni  habituel.  Or,  il 
est  possible  que,  même  sans  que  l'interlocuteur  ait  dit 
positivementqu'ilprendlefaitcommehabitueloucomme 
nécessaire,  si  la  chose  est  simplement  habituelle,  on  dis- 
cute comme  si  l'interlocuteur  l'avait  faite  absolument 
nécessaire.  Par  exemple,  s'il  a  dit  sans  détermination 
précise  que  les  enfants  abandonnés  sont  vicieux,  il  est 
possible  qu'on  discute  contre  lui  comme  s'il  avait  établi 
qu'ils  le  sont  nécessairement. 

§  4-  U  faut  voir  encore  si  l'on  n'a  point  pris  la  chose 
même  pour  accident  de  la  chose,  la  prenant  pour  une 
chose  toute  différente  parce  que  le  nom  est  difTérent. 
C'est  ainsi  que  Prodicus  partageait  h  tort  les  plaisirs  en 
joie,  amusement,  contentement;  car  ce  sont  là  des  noms 


S  i.  Prodicus,  c*est  Plalon  lui-  des  synonymes.  Protagonis,  trad. 

même  qui  atteste  que  le  talent  de  H.  Cousin,  p.  69,  78,  et  Cbar- 

partjculier  de  Prodicus  éuit  de  sai-  mide,  p.  30t.  Ce  talent  le  disUnguait 

sir  les  nuances  les  plus  délicates  parmi  tous  les  sophistes. 


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80  TOPIQUES. 

d'une  seule  et  même  chose,  du  plaisir.  Si  donc  quelqu'un 

donne  se  réjouir  pour  attribut  à  avoir  du  plaisir,  il 

n'aura  fait  que  donner  pour  attribut  la  chose  à  la  chose 

même. 


CHAPITRE  VIL 

Qaatre  autres  lieux  tirés  des  contraires. 

$  I.  Gomme  les  contraires  se  combinent  les  uns  avec 
les  autres  de  six  manières;  et  que ,  dans  quatre  de  ces 
combinaisons,  ils  forment  des  oppositions  dont  les  termes 
s'excluent,  il  faudra  prendre  les  contraires  dans  le  sens 
où  ils  seront  utiles,  soit  pour  établir,  soi(  pour  réfuter 
la  thèse.  On  peut  voir  sans  peine  que  les  contraires 
se  combinent  de  six  façons  :  d'abord,  chacun  des 
deux  attributs  contraires  peut  se  combiner  avec 
chacun  des  deux  sujets,  et  cela  de  deux  façons.  Ainsi, 
par  exemple,  faire  du  bien  à  ses  amis  et  du  mal  à  ses 
ennemis  :  ou  bien  à  l'inverse,  faire  du  mal  à  ses  amis 
et  du  bien  à  ses  ennemis  :  ou  bien  les  deux  attributs 
contraires  peuvent  se  rapporter  à  un  sujet  unique  :  et 

S  1.  L$s  eomraSreê  w  eom6i-  la  Uiéorie  d^Aristote ,  ran  en  ex- 
fMffil,  Toir  sar  la  Uiéorie  des  coa-  ces,  l*autre  en  débat,  sont  con- 
traires, Catégoriei^  ch.  11,  Hermé-  traires  à  la  vertu  iotennédiaire;  et 
fieto,  cb.  14,  et  Métaphysique^  de  plus  ils  sont  contraires  Tun  à 
liv  5,  ch.  10.  —  A  moini  que  l'un  Tautre.  Ainsi  la  prodigalité  est 
ne  soit  dit  en  excès  et  Vautre  en  contraire  à  l'avarice,  et  toutes  les 
défaut,  comme  les  deux  vices  con-  deux  le  sont  à  la  générosité  qui 
traires  à  chaque  vertu  morale  dans  tient  le  milieu  entr*elles. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  VIL  81 

cela  de  deux  façons  aussi.  Par  exemple,  faire  du 
bien,  faire  du  mal  à  ses  amis,  ou  faire  du  bien ,  faire 
du  mal  à  ses  ennemis.  Ou  bien  enfin ,  un  seul  attri- 
but pour  deux  sujets  à  la  fois,  et  cela  de  deux  ma- 
nières également  :  faire  du  bien  à  ses  amis  et  faire  du 
bien  à  ses  ennemis,  et  faire  du  mal  à  ses  amis  et  faire 
du  mal  è  ses  ennemis.  Les  deux  premières  combinai- 
sons indiquées  ne  donnent  pas  d'opposition  dont  les 
termes  s'excluent  ;  car  faire  du  bien  à  ses  amis  n'est  pas 
contraire  à  faire  du  mal  à  ses  ennemis  ;  ce  sont  là  deux 
choses  qu'on  peut  faire  à  la  fois,  et  qui  partent  du 
même  sentiment.  Faire  du  mal  à  ses  amis  n'est  pas  non 
plus  contraire  à  faire  du  bien  à  ses  ennemis;  car  ce  sont 
deux  choses  qu'on  doit  éviter,  et  qui  partent  toutes  deux 
du  même  sentiment  :  or,  ce  qui  est  à  éviter,  ne  peut 
être  le  contraire  de  ce  qui  est  à  éviter,  à  moins  que  l'un 
ne  soit  dit  en  excès  et  l'autre  en  défaut;  car  l'excès  pa- 
raît aussi  bien  que  le  défaut  être  une  chose  qu'il  faut 
éviter.  Mais  les  quatre  autres  combinaisons  produisent 
des  oppositions  dont  les  termes  s'excluent.  Ainsi,  faire 
du  bien  à  ses  amis  est  le  contraire  de  leur  faire  du  mal  ; 
car  il  vient  d'un  sentiment  tout  contraire,  et  l'un  est  à 
faire  et  l'autre  à  éviter.  Et  de  même  pour  les  autres 
combinaisons.  Dans  chaque  couple,  en  effet,  l'une  des 
choses  est  à  faire,  et  l'autre  à  éviter;  l'une  vient  d'un 
bon  sentiment,  et  l'autre  d'un  mauvais.  H  est  donc 
clair,  d'après  ce  qu'on  vient  de  dire,  qu'il  peut  se  faire 
qu'une  même  chose  ait  plusieurs  contraires.  En  effet, 
faire  du  bien  à  ses  amis  a  pour  contraire  faire  du  bien 
à  ses  ennemis  et  faire  du  mal  à  ses  amis.  Et  de  même 
pour  tous  les  autres  couples.  En  y  regardant  à  ce  point 

IV.  6 


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82  TOPIQUES, 

de  vue,  on  verra  que  chacune  de  ces  assertions  a  deux 
contraires.  Donc  il  faut  prendre  parmi  les  contraires 
celui  qui  pourra  servir   à  la  thèse   qu'on   soutient. 

§  2.  De  plus,  s'il  y  a  un  contraire  à  l'accident,  il 
faut  examiner  s'il  est  au  sujet  auquel  on  dit  qu'est  l'ac-* 
cident;  car  si  l'un  y  est,  l'autre  n'y  saurait  être,  attendu 
qu'il  est  impossible  que  les  contraires  soient  à  la  fois  à 
une  seule  et  même  chose. 

§  3.  Ou  bien,  il  faut  voir  si  l'on  n'a  point  affirmé 
quelque  accident  dont  l'existence  entraîne  nécessaire- 
ment, à  sa  suite,  l'existence  simultanée  des  contraires. 
Par  exemple,  si  l'on  a  dit  que  les  idées  sont  en  nous,  il 
s'en  suivra  que  les  idées  seront  à  la  fois  en  mouvement 
et  en  repos,  qu'elles  seront  sensibles  et  intelligibles  ;  les 
idées  sont  en  repos,  elles  sont  immobiles  et  intelligibles, 
pour  ceux  qui  croient  à  l'existence  des  idées.  Mais  une 
fois  en  nous,  il  est  impossible  qu'elles  soient  immobiles; 
car  du  moment  que  nous  remuons,  il  y  a  nécessité  que 
tout  ce  qui  est  en  nous  se  meuve  aussi  avec  nous.  Il  est 
également  évident  que  si  elles  sont  en  nous  elles  sont 
sensibles;  car  c'est  par  la  sensation  et  la  vue  que  nous 
reconnaissons  la  forme  qui  est  dans  chaque  objet. 

§  4-  £n  outre,  si  l'accident  est  attribué  à  un  sujet 


$  8.  Il  Bit  impoisible  que  lei  traires  sont  à  la  fois  dans  an  même 

cotUratrtff...,  c'est  le  fondement  sujet. 

même  du  principe  de  contradiction,        8  i.  Cett  uim  tnêm»  cAom,  snb- 

▼oir  les  Catégories,  ch.  11 .  stantieile,  voit  les  Catégories,  çb.  &, 

8  3.  Les  idées  sont  en  nous^  %  SI  ;  c'est  même  la  propriété  spé- 

c'est  ce  qaimplique  la  théorie  pla-  ciale  et  caractéristique  de  la  snb- 

tonicienne  de  la  réminiscence,  voir  sunce.  —  Dans  la  partie  irascible 

le  Ménon.  -^  Ala  fois  en  mouve-  de  TâfiM,  voir  le  Traité  de  Tàme, 

ment  et  en  repos  ,  et  par  consé-  liv.  3,  ch.  9,  8  3  et  passim,  où  toute 

quent  ou  supposera  que  les  con-*  cette  théorie  est  développée. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  Vil.  83 

qui  ait  un  contraire,  il  faudra  examiner  si  ce  sujet  qui 
reçoit  l'accident  reçoit  aussi  le  contraire;  car  c'est  une 
même  chose  qui  est  susceptible  des  contraires.  Par 
exemple,  si  l'on  dit  que  la  haine  suit  la  colère,  et  que 
la  haine  soit  dans  la  partie  irascible  de  l'âme,  car  c'est 
là  qu'est  la  colère,  il  faut  examiner  si  le  contraire  de  la 
haine,  c'est-à-dire  l'affection,  est  aussi  dans  la  partie 
irascible;  s'il  n'y  est  pas,  c'est-à-dire  si  l'afTection  est 
dans  la  partie  concupiscive,  la  haine  n'est  pas  la  consé- 
quence de  la  colère.  Même  raisonnement,  si  Ton  dit  que 
la  partie  concupiscive  de  l'âme  est  celle  à  laquelle  ap- 
partient l'ignorance;  car  elle  serait  capable  de  science 
si  elle  est  capable  d'ignorance  :  ce  qui  semble  ne  pas 
être,  puisque  la  partie  concupiscive  de  l'âme  n'est  pas 
capable  de  science.  Il  faut  employer  ce  lieu,  je  le  répète, 
quand  on  veut  détruire  la  thèse.  Mais  quand  on  veut  la 
soutenir,  on  ne  peut  se  servir  de  ce  lieu  qui  établit  que 
l'accident  est  à  la  chose  :  alors  celui-là  est  utile  qui  éta- 
blit qu'il  peut  y  être;  car  du  moment  qu'on  a  prouvé 
que  le  sujet  n'est  pas  susceptible  du  contraire,  on  a 
par  cela  même  montré  aussi  que  non  seulement  l'acci- 
dent n'est  pas  au  sujet,  mais  qu'il  ne  peut  pas  y  être. 
Mais  si  nous  montrons  que  le  contraire  est  au  sujet, 
ou  que  le  sujet  est  susceptible  du  contraire,  nous  n'au- 
rons pas  encore  montré  que  le  contraire  est  au  sujet  : 
nous  auroB»  seulement  fait  voir  qu'il  peut  y  être. 


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84  TOPIQUES. 


CHAPITRE  VIIL 

Quatre  autres  lieux  tirés  de  la  oonsëcution  des  tennes 


§  I .  Comme  les  oppositions  de  contraires  qui  s^ex- 
cluent  sont  au  nombre  de  quatre,  il  faut  examiner  aussi 
les  contradictions  en  renversant  la  consëcution  régu- 
lière^ soit  qu'on  soutienne  la  thèse,  soit  qu'on  la  réfute. 
Et  c'est  par  l'induction  qu'il  faut  procéder  :  par  exemple, 
si  l'on  dit  que  l'homme  est  animal ,  il  s'ensuit  que  ce 
qui  n'est  pas  animal  n'est  pas  homme.  Et  de  même  pour 
tout  autre  cas.  Ici,  en  effet ,  la  consécution  est  en  sens 
inverse;  car  l'animal  suit  l'homme,  mais  le  non-ani- 
mal ne  suit  point  le  non-homme  :  au  contraire,  c'est  le 
non-homme  qui  suit  le  non-animal.  Il  faut  appliquer  le 
même  principe  à  tous  les  cas;  par  exemple,  si  le  bien 
est  agréable,  ce  qui  n'est  pas  agréable  n'est  pas  bien  : 
et  si  cette  dernière  proposition  n'est  pas  vraie,  l'autre 
ne  l'est  pas  non  plus.  Et  de  même  si  ce  qui  n'est  pas 
agréable  n'est  pas  bien,  il  s'ensuit  que  le  bien  est 
agréable.  Ainsi  donc ,  évidemment,  la  consécution  qui 


8  1.  Sont  au  nombre  de  çuotr»,  premier,  Tattribut  le  second ,  et 

c'est  ce  qui  a  été  dit  plus  haut  dans  en  prenant  dans  le  membre  opposé, 

lechapitre  précédent,  $  1.— lit  cfm-  Taitribut  poor  sujet  et  réciproqoe- 

tradktionSf  c'est-à-dire,  lescombi-  ment,  comme  dans  Texemple  cité, 

naisons  des  opposés  où  les  tennes  qui  du  reste  porte  sur  des  opposés 

s'excluent  —  En  renversant  la  par  affinnaUon  et  négation,  contra- 

eoMéeutian  riguUèrs^  en  metunt  dictoires  et  consécutifo.  Voir  les 

dans  le  premier  membre  le  sqjet  le  catégories ,  cb.  10,  %  SI. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  VIII.  85 

est  prise  en  sens  inverse  par  contradiction  est  égale- 
ment utile,  soit  pour  soutenir  la  thèse,  soit  pour  la  ré- 
futer. 

§  a.  Pour  les  contraires,  il  faut  examiner  si  le  con- 
traire est  bien  la  suite  du  contraire,  soit  dans  le  sens 
direct,  soit  dans  le  sens  inverse;  et  ce  lieu  est  utile  pour 
établir  ou  renverser  la  thèse.  Ici  encore  il  faut  procéder 
par  induction  toutes  les  fois  que  cela  peut  être  bon. 
Ainsi,  la  consécution  est  directe  dans  des  cas  comme 
celui-ci  :  le  courage  et  la  lâcheté  ont,  Tun  la  vertu  pour 
conséquent,  et  l'autre  le  vice;  Tune,  la  vertu,  a  pour 
conséquent  qu'il  faut  la  rechercher,  l'autre,  qu'il  faut  le 
fuir;  et  même,  pour  ces  deux  derniers  termes,  la  consé- 
cution est  encore  directe,  puisque  ce  qui  esta  rechercher 
est  le  contraire  de  ce  qui  est  à  fuir.  Et  de  même  pour 
tousles  autres  cas.  Au  contraire,  la  consécution  esten  sens 
inverse,  comme  lorsqu'on  dît  par  exemple  :  La  santé  est 
la  suite  d'une  bonne  constitution;  et  qu'au  lieu  de  dire 
que  la  maladie  est  la  suite  d'une  mauvaise  constitution, 
on  dit  au  contraire  que  la  mauvaise  constitution  est  la 
suite  de  la  maladie.  U  est  clair  qu'ici  la  consécution  se 
fait  en  sens  inverse  :  mais  cette  consécution  à  l'inverse 
a  rarement  lieu  pour  les  contraires,  et  le  plus  souvent, 
c'est  la  consécution  directe  qu'on  emploie.  Si  donc,  le 
contraire  ne  suit  pas  son  contraire  directement,  ni  en 
sens  inverse,  c'est  qu'évidemment  dans  les  termes  qu'on 
discute,  l'un  ne  suit  pas  l'autre.  Or,  si  pour  les  con- 
traires, l'un  est  la  conséquence  de  l'autre,  nécessaire» 


8  s.  CoMécntion  des  simples    contradictoires.  Voir  les  catégories, 
contraires  après  la  oonsécntion  des    ch.  10  et  11. 


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86  TOPIQUES. 

ment  il  faut  qu'il  en  soit  de  même  pour  les  termes  en 

discussion. 

§  3.  Cette  recherche  qu'on  applique  aux  contraires,  il 
faut  également  rappliquer  aux  opposés  par  privation  et 
possession.  Seulement  la  consécution  inverse  n'a  jamais 
lieu  dans  les  privations  ;  mais  il  est  toujours  nécessaire 
que  la  consécution  y  soit  directe,  comme  par  exemple,  la 
sensibilité  est  la  suite  de  la  vue,  et  Finsensibilité  est  la 
suite  de  l'aveuglement;  caria  sensibilité  est  opposée  à 
l'insensibilité  comme  possession  et  privation,  puisque 
Tune  de  ces  choses  est  possession  et  l'autre  privation. 

§  4-  Il  fâut  aussi  procéder  pour  les  relatifs  comme 
on  le  fait  pour  la  possession  et  la  privation  ;  car  pour 
eux  aussif  il  n'y  a  que  la  consécution  directe.  Par  exem- 
ple, si  le  triple  est  un  multiple,  le  tiers  sera  aussi  sous- 
multiple  ;  car  le  triple  est  relatif  au  tiers  comme  le  mul- 
tiple est  relatif  au  sous-multiple.  Autre  exemple  :  si  la 
science  est  perception,  ce  qui  est  su  sera  aussi  perçu, 
et  si  la  vue  est  sensation,  ce  qui  est  vu  sera  aussi  senti. 
On  peut  objecter  que  dans  les  relatifs  la  consécution 
n'est  pas  nécessairement  ainsi  qu'on  l'a  dit  ;  car  le  sen- 
sible est  su,  tandis  que  la  sensation  n'est  pas  science. 
Cependant  cette  objection  ne  paraît  pas  être  vraie;  car 
on  peut  soutenir,  comme  le  font  plusieurs  philosophes, 
qu'il  ne  peut  y  avoir  science  des  choses  sensibles.  Ce  lieu 
du  reste  n'en  serait  pas  moins  utile  pour  prouver  le  con- 

g  3.  Atêx  opposés  par  privation  dit  dsnks  ce  paragraphe  même. — 

et  possession,  voir  les  Catégories  ,  Comme  le  font  plusieurs  philoso- 

ch.  10,  et  la  Métaphysique,  liv.  5,  phes,  Platon  dans  le  Théctèle,  et 

ch.  10,  33  et  33.  Aristote  lui-même  dans  les  Derniers 

8  i.  Pour  les  relatifs,  Catégo-  Analytiques,  passim  :  la  science  ne 

ries,  ch.  7  et  10.  —  Ainsi  qu'on  Va  *  vient  que  du  syllogisme. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  IX.  87 

traire;  et  par  exemple  que  ce  qui  est  senti  n'est  pas  su^ 
attendu  que  la  sensation  n'est  pas  science. 


CHAPITRE  IX. 

Trois  autres  lieux  tirés  :  -1^  des  termes  conjugués^  c'est-à- 
dire  appartenant  à  la  môme  série  que  le  sujet  ;  2°  des 
conjugués  du  contraire  ;  5®  de  la  production  et  de  la  des- 
truction des  choses. 

§  I .  Regardez  aussi,  soit  que  vous  établissiez,  soit  que 
vous  réfutiez  la  thèse,  aux  termes  conjugués  et  aux  cas. 
On  appelle  conjugués  les  termes  qui  sont  entre  eux  dans 
ce  rapport  où  les  justes  et  le  juste  sont  à  la  justice,  où 
les  courageux  et  le  courageux  sont  à  courage.  Et  de  même 
encore,  on  dit  que  les  choses  qui  font  et  celles  qui  con- 
servent ,  sont  conjuguées  avec  les  choses  qu'elles  font  ou 
qu'elles  conservent.  Par  exemple,  les  choses  saines  le  sont 
avec  la  santé,  les  choses  fortifiantes  avec  la  foi*ce  :  et 
ainsi  du  reste.  Voilà  ce  qu'on  appelle  ordinairement 
conjugués.  Les  cas  sont,  par  exemple,  quand  on  dit  jus* 
tement,  courageusement,  sainement,  fortement  et  autres 
expressions  de  ce  genre.  Il  semble  bien  que  les  cas  sont 
aussi  des  conjugués,  et  par  exemple,  que  justement  est 


$  i.  On  appûUê  e<mjuguéi.  «  La  «  peuvent  servir  de  sujets,  mais  la 

«  diflérence  des  conjugués  aux  cas,  «manière  d'agir  ou  la  manière 

«  dit  Alexandre,  c'est  que  les  pre-  «  d'être  de  ees  choses.  »  —  Juste" 

«  miers  sont  des  choses  particu-  in«n<est  un  cas  par  rapport  à  juste; 

«  lières,  tandis  que  les  cas  indi-  eauragwn9m»nt^  par  rapport  à  oou- 

€  quant,  non  paa  des  choses  qoi  rage,  etc. 


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88  TOPIQUES. 

conjugué  Avec  justice,  courageusement  avec  courage. 
Mais  on  entend  par  conjugués  tous  ces  termes  qui  sont 
dans  la  môme  conjugaison  ou  série ,  justice,  juste,  le 
juste,  justement.  II  est  donc  clair  qu'il  suffit  d'avoir 
prouvé  un  seul  de  ces  termes  conjugués,  le  bon,  le  loua- 
ble, pour  que  tous  les  autres  soient  aussi  prouvés;  par 
exemple,  si  l'pn  a  montré  que  la  justice  est  une  chose 
louable,  juste,  le  juste,  justement,  seront  aussi  parmi  les 
choses  louables.  On  dira  par  une  inflexion  de  cas  tout  à 
fait  pareille,  que  justement  est  louablement  ;  car  loua- 
blement  vient  de  louable,  comme  justement  de  juste. 

§  a.  Et  il  faut  examiner  sous  ce  point  de  vue,  non  pas 
seulement  la  chose  en  question,  mais  aussi  le  contraire 
pour  le  contraire.  Par  exemple,  on  peut  dire  que  le  bien 
n'est  pas  nécessairement  agréable  ;  car  le  mal  n*est  pas 
nécessairement  pénible  :  et  si  le  mal  est  nécessairement 
pénible,  le  bien  aussi  est  nécessairement  agréable;  et  si 
la  justice  est  science,  l'injustice  est  par  cela  même  igno- 
rance ;  et  si  justement  est  savamment  et  prudemment, 
injustement  sera  ignoramment  et  imprudemment.  Si  ces 
dernières  relations  ne  sont  pas  vraies,  les  aujtres  ne  le 
sont  pas  non  plus,  comme  dans  l'exemple  que  nous  ve- 
nons de  citer  tout  à  l'heure^  car  on  pourrait  trouver 
qu'injustement  est  plutôt  prudemment  qu'imprudem- 
ment. Mais  du  reste  l'on  a  déjà  exposé  celieu  danslescon- 
sécutions  des  contraires;  car  nous  ne  faisons  pas  ici  au- 
tre chose  que  de  dire  que  le  contraire  suit  le  contraire. 

§  3.  Il  faut  aussi  regarder  à  la  production  et  à  la 


$  s.  Sera  ignorammefU  ^ 'fn  dû     tiUièse.  -^Ona  déjà  $»po$éj  cha- 
forger  ce  mot  pour  consenrer  l'an-    piue  précédent,  $  S. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  X-  89 

destruction  des  choses,  à  ce  qui  fait  les  choses  et  à  ce 
qui  les  détruit^  soit  qu*oa  établisse,  soit  qu'on  réfute  une 
thèse.  En  effet,  les  choses  dont  la  production  est  bonne, 
sont  bonnes  aussi;  et  si  les  choses  sont  bonnes  la  pro- 
duction  en  est  bonne  également  aussi.  Réciproquement, 
si  la  production  est  mauvaise,  ces  choses  aussi  sont  mau- 
vaises. C'est  à  l'inverse  pour  la  destruction;  car  si  la  des* 
truction  est  bonne,  c'est  que  les  choses  sont  mauvaises  : 
et  si  la  destruction  est  mauvaise,  c'est  que  les  choses  sont 
bonnes.  L'on  en  peut  dire  autant  pour  ce  qui  fait  les 
choses  et  pour  ce  qui  les  détruit;  car  du  moment  que 
ce  qui  fait  les  choses  est  bon,  les  choses  aussi  sont 
bonnes  :  et  du  moment  que  ce  qui  les  détruit  est  bon , 
c'est  que  les  choses  sont  mauvaises. 


CHAPITRE  X. 

Huit  autres  lieux  tirés  des  semblables. 

§  I .  U  faut  regarder  encore  si  les  semblables  au  su- 
jet sont  pris  semblablement;  par  exemple,  si  la  science 
s'appliquant  à  plusieurs  choses,  l'opinion  s'y  applique 
aussi  ;  et  si,  avoir  la  vue  étant  voir,  avoir  Inouïe  est  bien 
ouïr.  Et  ainsi  du  reste,  et  pour  ce  qui  est  réel  et  pour  ce 
qui  n'est  qu'apparent..  Ce  lieu  est  utile  dans  l'un  et 

S  1.  la  ieiênee...  Vopinionj  voir  ser  plusieun  à  la  fois  ;  Tacle  de  la 

les  DemUrê  Ânaiyiiqu$$y  Hv.  1 ,  pensée  éunt  iDstanUné;  la  sdence 

ch.  83,  ooDMcré  tout  enUer  à  la  éuat  au  contraire  une  disposition, 

distincUon  de  la  aeience  et  de  To*  une  haalté  qui  peut  s'appliquer 

pinioa.  —  On  im  p9ut  poê  m  pm^  suooessivement  à  plusieurs  choses. 


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90  TOPIQUES. 

Fautre  sens  ;  car  s'il  en  est  de  telle  façon  pour  Tun  des 
semblables^  il  en  doit  être  de  même  pour  tous  les  au- 
tres semblables  :  et  s'il  n'en  est  pas  ainsi  pour  Tun  d'eux 
il  n'en  sera  pas  non  plus  ainsi  pour  les  autres.  Il  faut 
encore  voir  si  la  similitude  demeure  également,  qu'on 
applique  le  semblable  à  une  seule  chose  ou  à  plusieurs; 
car  quelque  fois  il  n'y  a  pas  accord  dans  ces  deux  cas  :  par 
exemple,  si  savoir  c'est  penser,  savoir  plusieui*s  choses 
sera  penser  plusieurs  choses.  Mais  ceci  n'est  pas  exact  ; 
car  on  peut  savoir  plusieurs  choses,  on  ne  peut  pas  en 
penser  plusieurs;  si  donc  on  ne  peut  penser  plusieurs 
choses,  il  n'est  pas  vrai  non  plus  que  pour  une  seule 
chose,  savoir  ce  soit  penser. 

§  a.  Il  faut  aussi  tTgarder  à  ce  qu'on  peut  tirer  du 
plus  et  du  moins;  or,  il  y  a  quatre  lieux  pour  le  plus  et 
le  moins;  §  3,  l'un  c'est  quand  le  plus  suit  le  plus;  et 
par  exemple,  si  le  plaisir  est  un  bien,  le  plaisir  plus 
grand  est  un  plus  grand  bien  ;  et  si  être  injuste  est 
un  mal,  être  plus  injuste  est  un  plus  grand  mal.  Du  reste, 
ce  lieu  est  utile  dans  les  deux  sens;  car  si  l'admission 
de  l'accident  suit  l'admission  du  sujet,  ainsi  qu'on  l'a  dit 
dans  la  thèse,  il  est  clair  que  l'accident  est  dans  le  sujet  ; 
et  si  elle  ne  suit  pas,  il  est  clair  qu'il  n'y  est  point.  Et 
l'on  pourrait  se  convaincre  de  la  justesse  de  ce  principe 
par  l'induction.  §  4-  Voici  un  autre  lieu  du  plus  et  du 
moins;  c'est  de  montrer  que  si  l'accident  attribué  à  deux 
sujets  n'est  pas  à  celui  à  qui  il  semble  plus  devoir  être, 
il  n'est  pas  à  celui  à  qui  il  semble  moins  devoir  appar- 
tenir :  ou  bien,  que  s'il  est  à  ce  à  quoi  il  semble  moins 

$  s.  Par  VinductUm,  c'est-à-    bre  de  cas  particvUers  pour  aiTi?er 
dire  en  examinant  on  certain  nom-    à  oonclare  l'anifersel. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  X.  91 

devoir  être,  à  plus  forte  raison  est-il  au  sujet  auquel  il 
parait  plus  appartenir.  §  5.  D^autre  part,  deux  acci- 
dents étant  attribués  à  un  seul  sujet,  si  celui  qui  semble 
être  le  plus  n'y  est  pas,  celui  qui  semble  le  moins  n  y 
sera  pas  non  plus  :  ou  si  ce  qui  paraît  le  moins  y  être , 
y  est,  le  plus  y  sera  aussi.  §  6.  En  outre,  deux  accidents 
étant  attribués  à  deux  sujets ,  si  celui  qui  parait  le  plus 
être  à  l'un  des  deux  sujets  n'y  est  pas,  celui  qui  reste 
ne  sera  pas  non  plus  au  sujet  qui  restée  ou  bien,  si  l'at- 
tribut qui  semble  le  moins  être  à  Fun  des  deux  sujets  y 
est  cependant ,  Tattribut  qui  reste  sera  aussi  au  sujet 
qui  reste. 

§  7.  On  peut  tirer  trois  lieux  de  la  ressemblance 
réelle  ou  apparente,  tout  à  fait  analogues  à  ceux  qu'on  a 
exposés  pour  le  plus  et  le  moins,  dans  les  trois  dernières 
nuances  dont  on  a  parlé.  §  8.  Ainsi,  soit  qu'un  seul  at- 
tribut soit  semblable  ou  paraisse  être  semblable  dans 
deux  sujets,  s'il  n*est  pas  réellement  à  l'un,  il  ne  sera  pas 
non  plus  à  l'autre;  mais  s'il  est  à  celui-ci,  il  sera  éga- 
lement à  celui-là;  §  9.  soit  que  deux  attributs  semblables 
soient  au  même  sujet,  si  Tun  n'y  est  pas,  l'autre  n'y 
sera  pas  non  plus  :  mais  si  l'un  y  est,  l'autre  y  sera 
aussi.  §  10.  Il  en  serait  de  même  encore,  si  deux  attri- 
buts semblables  étaient  à  deux  sujets;  car,  si  l'un  des 
attributs  n'est  pas  à  l'un  des  sujets,  celui  qui  reste  ne 
sera  pas  non  plus  au  sujet  qui  reste.  Mais  si  l'un  des 
attributs  est  à  l'un  des  sujets,  l'attribut  qui  reste  sera 
aussi  au  sujet  qui  reste. 

§  I  T.  On  peut  donc  tirer  autant  d'arguments  qu'on 
vient  de  le  dire  du  plus  et  du  moins  et  du  semblable. 


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92  TOPIQUES. 


CHAPITRE  XL 

Quatre  autres  lieux  tirés  de  l'apposition. 

§  1 .  On  peut  encore  tirer  des  arguments  de  Tappo- 
sitioni  Si  une  chose  ajoutée  à  une  autre  la  fait  bonne 
ou  blanche,  sans  que  cette  autre  chose  fût  auparavant 
bonne  ou  blanche,  la  chose  ajoutée  sera  bonne  ou 
blanche,  tout  comme  elle  communique  ces  qualités  au 
tout  qu'elle  forme  avec  l'autre  chose.  §  2.  De  plus ,  si 
une  chose  ajoutée  à  une  autre  qui  a  déjà  certaine  qua- 
lité, la  fait  être  encore  davantage  ce  qu'elle  était,  c'est 
que  la  première  chose  elle-même  possède  aussi  cette 
qualité.  Et  de  même  pour  les  autres  cas.  Mais  ce  lieu 
n'est  pas  toujours  applicable,  il  l'est  seulement  dans  les 
cas  où  peut  se  produire  un  accroissement  en  plus. 
D'ailleurs  ce  lieu  n'est  pas  réciproquement  utile  pour 
la  réfutation  ;  car,  de  ce  que  la  chose  ajoutée  ne  rend 
pas  la  chose  bonne,  il  ne  s'ensuit  pas  que  la  chose  elle- 
même  ne  soit  pas  bonne  :  ainsi  le  bien  ajouté  au  mal  ne 
fait  pas  que  le  tout  soit  nécessairement  bon ,  non  plus 

S  1.  Sam  quê  eetu  anUre  ehote  fiiit  ane  livre,  et  n^est  pas  liTre 

fui  amparaeani  honm  ou  hlanehê^  elle-mAme.  Le  lieu  devient  vrai  en 

Alezaiidie  fkit  remarquer  que  ce  considénmt  Tonoe  non  plus  comme 

lieu  est  vrai  pour  les  choses  natu-  mesure  de  convention,  mais  comme 

relies,  et  ne  Test  pas  pour  les  cbo-  poids;  car  alors,  i^utée  au  poids 

ses  qui  viennent  de  l*art  humain  des  autres  onces,  elle  rend  le  tout 

ou  de  conventions  humaines.  Une  plus  pesant;  ce  sont  là  certainement 

once  ajoutée  à  onie  autres  onces  des  distinctions  très-subtiles. 


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LIVRE  II,  CHAPITRE  XL  93 

que  le  blanc  ajoute  au  noir  ne  fait  jmis  que  le  tout  soit 
blanc,  pas  plus  que  le  doux  ajouté  à  l'aigre. 

§  3.  Si  une  chose  peut  avoir  plus  ou  moins  tel  at- 
tribut, elle  a  aussi  cet  attribut  absolument.  En  efFet, 
ce  qui  n'est  ni  bon  ni  beau  ne  peut  pas  être  dit  plus  ou 
moins  bon  ni  blanc.  Ainsi  le  mal  n'est  jamais  ni  plus  ni 
moins  bon  ;  on  pourra  dire  seulement  qu'il  est  plus  ou 
moins  mal.  Ce  lieu  n'est  pas  réciproquement  utile  pour 
réfuter;  car  bien  des  choses  qui  ne  sont  pas  susceptibles 
de  plus  sont  d'une  manière  absolue  :  ainsi  on  ne  dit  pas 
d'un  homme  qu'il  est  plus  ou  moins  homme  ;  mais  cela 
ne  fait  pas  qu'il  ne  soit  point  homme. 

§  4*  Il  f&ùt  porter  le  même  examen  à  ce  qui  est 
limité  dans  sa  fiiçon  d'être  ou  dans  le  temps  ou  dans  le 
lieu  ;  car  si  quelque  chose  peut  être  d'une  certaine  façon, 
c'est  qu'il  est  déjà  absolument.  Et  de  même  pour  le 
temps  et  le  lieu;  car  ce  qui  n'est  absolument  pas  ne 
peut  être  ni  d'une  certaine  £Eiçon,  ni  dans  tel  temps,  ni 
dans  tel  lieu.  On  peut  ajouter  qu'il  y  a  des  hommes  na- 
turellement vertueux,  d'une  certaine  façon  :  des  hommes, 
par  exemple,  qui  sont  naturellement  généreux  ou  pru- 
dents, mais  qui  absolument  parlant  ne  sont  pas  vertueux 
naturellement.  C'est  que  personne  n'est  prudent  par 
le  seul  fait  de  la  nature.  Et  de  même  il  se  peut  que  dans 
un  certain  cas  quelqu'une  des  choses  périssables  ne  pé- 
risse pas  :  mais  absolument  parlant  elle  ne  peut  pas  ne 
pas  périr.  De  même  encore,  il  peut  être  utile  dans  tel 
lieu  de  suivre  tel  régime^  par  exemple,  dans  certains 


$Z^  Qui  m  iont  pa$  iuseêp^    les  substances,  Gstégories,  cb.  5, 
Mdisf  de  fiiitf,  c'est  le  cas  de  toutes    $90;  et  i 


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94  TOPIQUES. 

lieux  insalubres,  mais  d'une  manière  absolue  il  n'est 
pas  bon  de  le  suivre.  En  tel  lieu^  il  peut  n'y  avoir  cju'un 
seul  homme,  mais  absolument  parlant,  il  n'est  pas  pos- 
sible qu'il  n'y  en  ait  qu'un  seul.  Et  de  même,  il  peut 
être  bien  en  tel  endroit  d'immoler  son  père,  par  exemple 
chez  les  Triballes,  mais  absolument  parlant  ce  n'est  pas 
bien.  Mais  ici  ne  s'agit-il  pas  bien  plutôt  des  hommes 
que  du  lieu  même?  En  effet,  peu  importe  où  ils  sont; 
car  partout  où  ils  seront ,  cette  action  sera  belle  pour 
eux  par  cela  seul  qu'ils  sont  Triballes.  Autres  exemples: 
il  peut  être  bon  de  faire  des  remèdes  à  un  certain 
moment,  par  exemple  quand  on  est  malade,  mais  abso- 
lument parlant  cela  n'est  pas  bon.  Mais  ici  encore  ne 
3'agit-il  pas  beaucoup  moins  du-  temps  que  d'une  cer- 
taine disposition?  car  peu  importe  le  moment,  il  suffit 
seulement  qu'on  soit  disposé  de  telle  manière.  Une  chose 
est  absolument  ce  qu'elle  est,  quand  on  pourra  dire  sans  y 
rien  ajouter  qu'elle  est  bonne  ou  le  contraire;  par  exen^ 
pie,  vous  ne  direz  pas  que  tuer  son  père  soit  bien,  mais 
que  c'est  bien  chez  quelques  peuples;  donc  ceci  n'est  pas 
absolument  bien.  Mais  vous  direz  sans  y  rien  ajouter 
qu'il  est  bien  d'honorer  les  dieux;  car  cela  est  bien  d'une 
manière  absolue.  Donc,  ce  qui  sans  aucune  addition 
parait  beau  ou  vilain,  ou  telle  autre  chose  pareille,  le 
sera  d'une  manière  absolue. 


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TOPIOUES. 

LIVRE  TROISIÈME. 

SUITE  DES  UBUX  COMMUNS  DE  L'ACCIDENT. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Dix-huit  lieux  tirés  delà  supériorité  d'un  accident  sur  un  autre. 

§  I.  Pour  savoir  de  deux  ou  plusieurs  choses  la- 
quelle est  préférable  ou  meilleure ,  voici  comment  il 
faut  procéder  : 

§  2.  Et  d'abord  disons  bien  que  notre  examen  ne  por- 
tera pas  sur  des  choses  fort  éloignées  les  unes  des  autres 
et  ayant  de  grandes  différences  entre  elles  ;  personne 


S  1.  LaquêUé  9$t  préférable  au 
nMleure^  il  a  dit  plus  haut.  Ut.  1, 
ch.  6,  S  10,  que  les  comparaisoDs 
des  choses  rentraient  dans  les  lieux 
de  racddent;  et  ceci  est  évident, 
puisque  Faccident  seul  peut  être 
susceptible  de  plus  ou  de  moins. 
Le  propre,  le  genre,  la  définition, 
sont  à  ce  à  quoi  ils  s^appliquent, 
mais  d*Dne  manière  absolue  et  non 
avec  possibilité  de  plus  et  de  moins. 


Du  reste,  pour  comparer  les  choses 
entre  elles,  Aristote  s^arrèle  d*a« 
bord  à  ridée  du  préférable,  parce 
qu*en  effet  c'est  celle  qui  a  le  plus 
d'importance  en  philosophie,  eu 
morale,  comme  le  fait  remarquer 
Alexandre.  Plus  tard  il  en  viendra, 
sansoetteidée  de  préférence,^  com- 
parer les  accidents  entre  eux.  Voir 
plus  loin,  ch.  5.  C'est  qu'elle  n'est 
pas  nécessaire  à  la  comparaison. 


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96  TOPIQUES, 

ue  doutant  y  par  exemple,  s'il  doit  préférer  le  bonheur 
à  la  richesse.  Mais  il  portera  sur  des  choses  rapprochées 
et  entre  lesquelles  on  peut  douter  de  celles  à  qui  il  faut 
accorder  la  préférence,  parce  qu'on  ne  voit  pas  distinc- 
tement la  supériorité  de  Tune  sur  Tautre.  Évidemment, 
dans  ces  choses,  dès  qu^on  aura  démontré  la  supériorité 
de  Tune  en  un  point  ou  en  plusieurs,  l'esprit  calmé 
accordera  de  suite  que  celle  de  toutes  ces  choses  qui 
est  supérieure  est  aussi  préférable. 

§  3.  D abord  donc,  ce  qui  est  plus  durable,  plus 
stable,  mérite  la  préférence  sur  ce  qui  Test  moins.  §  4* 
On  l'accordera  de  même  à  ce  qu'un  homme  sage  ou 
vertueux  choisirait,  à  ce  qu'une  loi  juste  ordonne,  à  ce 
que  les  gens  habiles  dans  chaque  chose  préféreraient, 
en  tant  que  tels ,  ou  bien  à  ce  que  prendraient  les  gens 
éclairés  dans  chaque  genre.  On  préférera  ce  que  la  ma- 
jorité ou  l'unanimité  voudraient;  par  exemple,  dans  la 
médecine  ou  l'architecture,  ce  que  la  plupart  des  méde- 
cins ou  tous  les  médecins  penseraient.  En  un  mot,  on 
préférera  ce  que  la  majorité  des  hommes  ou  tous  les 
hommes  ou  même  toutes  les  choses  désirent ,  comme 
par  exemple  le  bien;  car  toutes  choses  tendent  au  bien. 
Il  faut  d'ailleurs  diriger  la  discussion  vers  l'un  de  ces 
points,  selon  le  besoin  qu'on  en  aura.  Mais  absolument 
parlant  le  meilleur  et  le  préférable  est  ce  qui  relève  de 
la  science  la  meilleure.  Si  par  exemple  la  philosophie 
est  une  science  meilleure  que  l'architecture,  les  choses 
de  philosophie  valent  mieux  que  les  choses  d'architee- 

S  4.  £a  iM^fofir^  oift  rufionî-  priaeipe  de  Platon,  comme  le  fait 
mfftfdesgenshabUes.  — Cor  Hw-  obaenrer  Alexandre  :  il  poatait 
te$  choiu  t09id9nt  au  W«n,  c^est  le    ajouter  aussi,  et  de  Socrate. 


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LIVRE  m,  CHAPITRE  I.  97 

ture;  et  pour  tel  individu  donné,  le  préférable  est  ce 
qui  relève  de  la  science  spéciale  qu  il  possède. 

§  5.  Ensuite  ce  qui  est  essentiellement  telle  chose 
est  préférable  à  ce  qui  n'est  pas  dans  le  genre  :  par 
exemple  la  justice  est  préférable  à  l'homme  juste;  car 
Injustice  est  dans  le  genre  qui  est  le  bien ,  et  lautre 
n'y  est  pas  :  l'une  est  essentiellement  le  bien ,  et  l'autre 
ne  l'est  pas.  C'est  que  jamais  une  chose  n'est  dite  être 
essentiellement  le  genre  quand  elle  ne  se  trouve  pas 
dans  le  genre;  ainsi  l'homme  blanc  n'est  pas  essen- 
tiellement la  couleur  :  et  de  même  pour  le  reste. 

§  6.  Et  ce  qui  est  désirable  eu  soi  est  préférable  à 
ce  qui  n'est  désirable  que  pour  une  autre  chose:  par 
exemple  la  santé  est  préférable  à  l'avarice  ;  car  l'une  est 
désirable  en  soi,  l'autre  à  cause  d'une  autre  chose;  §  y. 
et  ce  qui  est  en  soi  est  préférable  à  ce  qui  est  accidentel: 
par  exemple  on  doit  préférer  que  les  amis  soient  justes 
à  ce  que  les  ennemis  le  soient:  car  l'un  est  bon  en  soi, 
lautre  ne  l'est  qu'accidentellement.  Nous  ne  pouvons 
désirer  que  par  accident  que  nos  ennemis  soient  justes, 
afin  qu'ils  ne  nous  nuisent  pas.  Mais  ce  lieu  se  confond 
avec  celui  qui  précède  et  n'en  diffère  que  par  la  forme* 
En  effet,  nous  désirons  en  soi  que  nos  amis  soient  justes, 
et  quand  même  il  n'en  devrait  rien  résulter  pour 
nous,  quand  même  ils  seraient  aux  Indes  :  mais  pour  la 
justice  de  nos  ennemis,  nous  la  désirons  en  vue  d'autre 
chose,  en  vue  de  notre  propre  intérêt. 


I  7.  Quand  même  ils  seraient  duite  injuste  et  atroce  envers  Gal- 

aux  Indês^  il  me  semble  (|ue  ce  listbène,  neveu  de  son  précepteur, 

passage  se  rapporte  à  rexpédltiou  Voir  mon  Mémoire  sur  la  Logique, 

du  disciple  d'Aristote,  et  à  sa  con-  tom.  1,  pag.  Ii5  et  300. 

rv.  T 


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98  TOPIQUES. 

§  8.  Et  ce  qui  cause  le  bien  par  soi-même  est  pré- 
férable à  ce  qui  ne  le  cause  que  par  accident  :  ainsi  la 
vertu  est  préférable  à  la  fortune  ;  car  Tune  en  soi  est 
cause  du  bien ,  l'autre  ne  l'est  que  par  accident.  Et  de 
même  pour  les  choses  de  cet  ordre.  Et  de  même  encore 
pour  le  contraire  ;  car  ce  qui  en  soi  est  cause  du  mal 
est  plus  à  fuir  que  ce  qui  ne  cause  le  mal  que  par  acci- 
dent,  par  exemple  le  vice  et  la  fortune;  car  l'un  est 
mauvais  en  soi,  la  fortune  ne  Test  que  par  accident. 

§  9.  Ce  qui  est  absolument  bon  est  préférable  à  ce 
qui  ne  l'est  que  pour  certain  cas,  par  exemple  la  santé 
à  l'amputation;  car  l'un  est  absolument  bon,  et  l'autre 
ne  l'est  que  pour  celui  qui  a  besoin  d'être  amputé. 
§  10.  Ce  qui  est  naturel  est  préférable  à  ce  qui  ne  l'est 
pas ,  par  exemple  la  justice  est  préférable  à  l'homme 
juste;  car  l'une  est  naturelle,  l'autre  est  en  quelque 
sorte  acquis.  $  1 1.  Ce  qui  est  au  plus  honorable  et  au 
meilleur  est  préférable,  par  exemple  on  doit  préférer 
ce  qui  est  à  Dieu  à  ce  qui  est  à  l'homme,  ce  qui  est  à 
l'âme  à  ce  qui  est  au  corps.  §  m.  Ce  qui  est  propre  au 
meilleur  est  préférable  à  ce  qui  est  propre  à  l'inférieur, 
par  exemple  ce  qui  est  propre  à  Dieu  est  préférable  à 
ce  qui  est  propre  à  l'homme  ;  car  sous  le  rapport  de  ce 
qu'ils  ont  de  commun  tous  les  deux ,  il  n'y  a  entre  eux 
aucune  différence:  mais  pour  les  choses  qui  leur  sont 
propres  l'un  l'emporte  sur  l'autre.  §  i3.  Ce  qui  esf  dans 
les  choses  plus  précieuses,  antérieures,  meilleures,  est 
meilleur  aussi,  par  exemple  la  santé  est  meilleure  que 
la  force  et  la  beauté  ;  car  la  santé  réside  dans  les  par- 
ties humides,  sèches,  chaudes  et  froides,  eu  un  mot, 
dans  les  éléments  essentiels  dont  l'être  est  composé  :  la 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  I.  99 

force  et  la  beauté  ue  résident  que  dans  des  choses  pos- 
térieures à  celles-là  ;  car  la  force  est  dans  les  muscles 
et  dans  les  os ,  et  la  beauté  est  une  certaine  harmonie 
des  membres.  §  i4-  La  fin  parait  préférable  à  ce  qui 
contribue  seulement  à  cette  fin.  §  i5.  De  deux  choses, 
celle-là  est  préférable  qui  est  la  plus  proche  de  la  fin  • 
§  i6  et  en  général  ce  qui  se  rapporte  au  but  même  de 
la  vie  est  préférable  à  ce  qui  se  rapporte  à  toute  autre 
partie  de  la  vie  :  par  exemple  ce  qui  contribue  au  bon- 
heur est  préférable  à  ce  qui  contribue  à  la  prudence. 
§  17.  Ce  qui  est  possible  est  préférable  à  Tinipossible. 
§  18.  De  deux  choses  qui  produisent  des  effets,  celle 
dont  la  fin  est  la  meilleure  est  aussi  la  meilleure.  §  ig. 
Pour  décider  la  pt*éférence  entre  ce  qui  produit  une  fin 
et  une  autre  fin,  il  faut  établir  une  sorte  de  proportion 
et  préférer  des  deux  fins  celle  qui  surpasse  l'autre  plus 
que  la  fin  elle-même  ne  surpasse  ce  qui  la  produit  :  par 
exemple,  si  le  bonheur  surpasse  la  santé  plus  que  la 
santé  ne  surpasse  le  sain ,  ce  qui  fait  le  bonheur  est 
préférable  à  la  santé;  car  autant  le  bonheur  l'emporte 
sur  la  santé,  autant  ce  qui  fait  le  bonheur  surpasse  ce 
qui  fait  la  santé;  mais  la  santé  surpassait  moins  le  sain 
que  le  bonheur  ne  surpasse  la  santé  :  donc  ce  qui  fait 
le  bonheur  Temportè  plus  sur  le  sain  que  la  santé  sur 
le  sain.  Donc  aussi  il  est  évident  que  ce  qui  fait  le  bon- 
heur est  préférable  à  la  santé;  car  il  surpasse  plus  le 
même  objet. 


t  18.  Eêt  ausii  la  fMiUêure,  de  la  page  et  que  toutes  les  édi- 

rédition  de  Berlin  supprime  cette  tiens  la  donnent.  Elle  n'est  pas  in- 

pbrase ,  bien  qu'elle  soit  indiquée  dispensable  au  sens,  mais  elle  le 

par  un  manuscrit  cité  au  bas  même  complète  et  réclaircit. 


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100  TOPIQUES. 

§  sto.  Il  faut  encore  préférer  ce  qui  en  soi  est  plus 
beau,  plus  précieux  et  plus  louable,  par  exemple  l'amitié 
à  la  richesse,  la  justice  à  la  santé  et  à  la  force;  car  les 
unessouten  soi  précieuses  et  louables;  les  autres  ne 
sont  pas  en  soi,  mais  pour  une  autre  chose  qu'elles. 
Ainsi,  personne  n'estime  la  richesse  en  elle-même:  mais 
on  estime  l'amitié  pour  elle-même,  quoiqu'il  n'en  doive 
résulter  rien  autre  chose  pour  nous. 


CHAPITRE   IL 

Vingt-six  autres  lieux  tirés  de  la  supériorité  d'un  asddeut 
sur  un  autre. 

§  I .  Quand  deux  choses  sont  fort  proches  Tune  de 
Tautre ,  et  que  nous  ne  pouvons  du  tout  discerner  la 
supériorité  de  celle-ci  sur  celle-là ,  il  faut  alors  regarder 
aux  conséquents  ;  car  celle  des  deux  qui  a  pour  consé- 
quent un  plus  grand  bien  est  préférable.  Mais  si  les  con- 
séquents sont  mauvais,  il  faut  préférer  la  chose  qui  en- 
traîne encore  le  moins  de  mal  ;  car  les  deux  choses  ont 
beau  être  désirables,  il  est  fort  possible  qu'elles  impliquent 
quelque  chose  de  mal.  Or,  l'examen  des  conséquents 
peut  être  double;  car  le  conséquent  peut  être  antérieur 
ou  postérieur  :  par  exemple,  quand  un  homme  apprend 
le  conséquent  antérieur,  c'est  qu'il  ignore  :1e  conséquent 

S  1.  H  faut  aior$  regarder  aux  1 5,  et  suW.  Le  conséquent  peut 

caméquentê,  voir  la  théorie  des  être  anléileurou  postérieur,  comme 

conséquents  et  des  antécédents ,  Arisloie  Texplique  très  clairement 

Premiers Anaiytifu$t^\isA^^,9lf  un  peu  plus  bas. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  II.  101 

postérieur,  c'est  qu'il  sait  :  le  plus  souvent,  c'est  le  con- 
séquent postérieur  qui  est  préférable.  Il  faut  donc 
prendre  parmi  les  conséquents  celui  qui  est  utile  pour 
la  thèse  qu'on  soutient. 

§  tÀ.  Les  biens  plus  nombreux  sont  préférables  aux 
moins  nombreux,  soit  absolument ,  soit  lorsque  les  uns 
sont  dans  les  autres,  c'est-à-dire  les  moins  nombreux 
dans  les  plus  nombreux.  On  objecte  et  l'on  dit  :  mais  si 
l'un  des  biens,  par  exemple,  est  à  cause  de  l'autre,  les 
deux  ne  sont  plus  préférables  à  un  seul  :  par  exemple, 
se  guérir  et  la  santé  ne  sont  pas  préférables  à  la  santé 
toute  seule,  puisque  nous  ne  désirons  nous  bien  gué- 
rir que  pour  la  santé.  Mais  rien  n'empêche  que  cer- 
taines choses  qui  ne  sont  pas  bonnes,  réunies  à  des 
choses  bonnes  ne  soient  préférables  :  par  exemple, 
que  le  bonheur  et  quelque  auti'e  chose  qui  n'est  pas 
bonne,  ne  soit  préférable  n  la  justice  et  au  courage. 
§  3.  Les  mêmes  choses  accompagnées  de  plaisir  sont 
préférables  à  ces  mêmes  choses  sans  plaisir.  §  4*  £t  les 
mêmes  sans  douleur  le  sont  aux  mêmes  avec  douleur. 

§  5.  Chaque  chose  est  surtout  désirable  dans  le  mo- 
ment où  elle  a  le  plus  d'importance  :  par  exemple,  la 
tranquillité  est  désirable  dans  la  vieillesse  plus  encore 
que  dans  la  jeunesse,  et  elle  a  plus  d'importance  dans 
la  vieillesse.  C'est  pour  cela  aussi  que  la  prudence  est 
préférable  dans  la  vieillesse;  personne,  en  effet,  ne  prend 
des  jeunes  gens  pour  chefs  parce  qu'on  ne  les  croit  pas 


S  s.  Se  guérir^  ou  se  bieo  por-  alors  plus  éTideat  qu*en  français, 

ter  :  du  reste  le  grec  peut   em-  S  5.  la  priédenee  est  préférabU 

ployer  le  même  mot  pour  se  guérir  dans  la  vieillesse^  cependant  on  en 

et  pour  la  santé.  Le  rapport  est  a  plus  besoin  quand  on  est  jeune. 


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102  TOPIQUES. 

prudents.  Pour  le  courage,  c'est  l'opposé  :  l'énergie  né- 
cessaire au  courage  se  trouve  plutôt  dans  la  jeunesse; 
mais  il  en  est  de  même  pour  la  sagesse  ;  car  les  jeunes 
gens  sont  aveuglés  par  leurs  passions  plutôt  que  les  vieil- 
lards. 

§  6.  Il  faut  préférer  aussi  ce  qui  est  plus  utile,  soit 
en  tout  temps,  soit  dans  la  plupart  des  cas  :  par  exemple, 
la  justice  et  la  sagesse  sont  préférables  au  courage;  car 
les  deux  premières  sont  toujours  utiles ,  l'autre  ne  Test 
que  dans  certains  cas.  §  7.  Il  faut  préférer  de  deux 
choses  celle  qui,  si  tout  le  monde  l'avait,  nous  ôterait  le 
besoin  de  l'autre,  à  celle  qui,  si  tout  le  monde  l'avait, 
nous  laisserait  le  besoin  de  l'autre  encore  :  ainsi,  la  jus- 
tice est  préférable  au  courage;  car  tout  le  monde  étant 
juste,  le  courage  ne  servirait  plus  à  rien,  tandis  que  tout 
le  monde  étant  courageux,  la  justice  n'en  serait  pas 
moins  utile. 

§  8.  Il  faut  aussi  tirer  des  arguments  des  destructions 
et  des  pertes,  des  générations  et  des  acquisitions,  aussi 
bien  que  des  contraires  de  toutes  les  choses.  Les 
choses  en  effet  dont  la  destruction  est  le  plus  à  crain- 
dre sont  préférables.  Et  de  même  pour  la  perte  et  les 
contraires;  car  ce  dont  la  perte  ou  le  contraire  est  le 
plus  à  fuir  est  préférable.  Mais  c'est  à  l'inverse  pour  les 
générations  et  l'acquisition  des  choses;  car  ce  dont  la 
génération  et  l'acquisition  sont  préférables,  est  égale- 
ment préférable. 


8  7.  Tout  le  monde  étant  ju$te..,  55«  apophtb. 

c'est  le  mot  d'Agésilas,  comme  le  $  8.   Tirer  des  argutnenie  des 

remarque  Pacius.  Voir  Plularquc,  destructions ,  voir  une  théorie  pa- 

Âpopblhegmes  des  Lacédémoniens,  reille  plus  haut,  iiv.  3,  ch.  9. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  IL  103 

§  9.  Autre  lieu  :  ce  qui  est  le  plus  rapproché  du  bien 
est  meilleur  et  préférable,  §  10.  ainsi  que  ce  qui  est  le 
plus  semblable  au  bien,  comme  la  justice  est  plus  sem- 
blable au  bien  que  l'homme  juste.  §  1 1 .  On  doit  préfé- 
rer de  deux  êtres  celui  qui  est  plus  semblable  à  un  être 
meilleur  que  tous  deux.  Par  exemple,  quelques-uns 
disent  qu'Ajax  était  supérieur  h  Ulysse,  parce  qu'il  res- 
semblait plus  à  Achille.  On  objecte  que  ce  n'est  pas  vrai  ; 
car  rien  n'empêche  qu'Achille  ne  soit  pas  le  meilleur  du 
côté  où  Ajax  lui  est  le  plus  semblable,  tandis  qu'Ulysse 
peut  être  bon,  sans  être  d'ailleurs  semblable  à  Achille. 
Il  faut  examiner  encore  si  le  semblable  ne  l'est  point  du 
côté  ridicule;  ainsi,  le  singe  ressemble  à  l'homme,  le 
cheval  ne  lui  ressemble  pas  :  mais  le  singe  n'est  pas  plus 
beau  que  le  cheval,  bien  qu*il  soit  semblable  à  l'homme. 
§  i!2.  De  deux  choses,  si  l'une  est  plas  pareille  au  meil- 
leur et  Tautre  au  pire,  la  meilleure  sera  la  plus  pareille 
au  meilleur.  Mais  ici,  encore,  on  peut  faire  une  objec- 
tion. En  effet,  rien  n'empêche  que  Tune  ne  soit  que  lé- 
gèrement semblable  au  meilleur,  et  que  l'autre  ne  le 
soit  très  fortement  au  moins  bon  ;  par  exemple ,  Ajax 
ressemble  légèrement  à  Achille,  mais  Ulysse  ressemble 
beaucoup  à  Nestor.  Il  faut  de  plus  examiner  si  le 
semblable  au  meilleur  ne  lui  ressemble  pas  dans  ses  cô- 
tés les  moins  bons,  si  le  semblable  au  pire  ne  lui  res-« 
semble  pas  dans  ses  côtés  les  meilleurs;  c'est  ainsi  que 
le  cheval  ressemble  à  l'âne,  et  le  singe  à  Thomme. 


I IS.  L$  cheval  ressemble  à  l'àne^  on  ne  peut  pas  fiiire  de  oonsécution 
il  aerobte  qu'il  faudnit  dire  plul6t  inverse  ;  Mis  il  û*y  a  pas  de  ma- 
rine ressemble  au  cheval ,  comme  nuscrit  qui  autorise  ce  change- 
le  singe  ressemble  à  l*homme  ;  car  ment  que  je  ii*ai  pns  v<nilu  faire. 


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/04  TOPIQUES. 

§  1 3.  Un  autre  lieu,  c'est  que  le  plus  évident  est  pré- 
férable à  ce  qui  Test  moins;  §  i4.  et  le  plus  difficile 
à  ce  qui  Test  moins  ;  car  on  a  plus  de  plaisir  à  posséder 
ce  quon  acquiert  plus  difficilement.  §  i5.  Ce  qui 
est  plus  spécial  est  préférable  à  ce  qui  est  plus  cono- 
mun.  §  i6.  On  doit  préférer  aussi  ce  qui  est  le  moins 
sujet  à  causer  du  mal  ;  car  on  choisit  de  préférence  ce 
qui  n'entraîne  aucune  difficulté  à  ce  qui  peut  en  ame- 
ner quelqu'une. 

§  17.  Si  d*uue  manière  absolue  une  chose  est  préfé- 
rable à  une  autre,  la  meilleure  de  toutes  les  choses  qui 
sont  du  genre  de  celle-là  est  préférable  à  la  meil-» 
leure  de  celles  qui  sont  du  genre  de  l'autre  :  par 
exemple,  si  l'homme  est  meilleur  que  le  cheval,  le  meil- 
leur homme  sera  meilleur  que  le  meilleur  cheval.  §  8. 
Si  le  meilleur  est  meilleur  que  le  meilleur,  c'est  que  la 
chose  d'une  manière  absolue  sera  meilleure  que  l'autre. 
Par  exemple,  si  le  meilleur  homme  est  meilleur  que  le 
meilleur  cheval,  l'homme  absolument  parlant  est  meil- 
leur que  le  cheval  absolument  parlant. 

§  ig.  Il  faut  préférer  les  choses  où  les  amis  peuvent 
avoir  part  à  celles  oii  ils  ne  le  peuvent  pas.  §  20«  Les 
choses  aussi  que  nous  préférons  faire  pour  un  ami  plu- 
tôt que  pour  un  étranger,  sont  préférables  :  par  exemple, 
faire  du  bien  ou  rendre  service  plutôt  que  de  paraître  le 
faire  ;  car  pour  nos  amis  nous  aimons  mieux  leur  rendre 
service  en  réalité  que  de  paraître  le  faire  :  c'est  le  con- 
traire pour  les  étrangers. 

§21.  Les  choses  superflues  sont  meilleures  que  les 
choses  nécessaires,  et  parfois  leur  sont  préférables  : 
vivre  heureux  est  meilleur  que  vivre:  mais  vivre  heu- 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  IL  105 

reuz  est  du  superflu,  vivre  absolument  est  du  nécessaire. 
Quelquefois  cependant  les  choses  meilleures  ne  sont 
pas  les  plus  désirables;  car  de  ce  qu'elles  sont  meil- 
leures^ elles  ne  sont  pas  pour  cela  nécessairement  pré« 
férables;  ainsi  philosopher  vaut  mieux  que  s'enrichir, 
mais  ce  n'est  pas  là  une  chose  préférable  pour  celui  qui 
manque  du  nécessaire.  Le  superflu  c'est,  quand  ou  a 
d'ailleurs  tout  ce  qui  est  nécessaire,  d'acquérir  en  sus 
quelque  belle  chose.  Presque  toujours  le  nécessaire  est 
préférable,  bien  que  le  superflu  scit  meilleur. 

§  20l.  Il  faut  encore  préférer  ce  qu'on  ne  peut  pas  se 
procurer  par  autrui  à  ce  qu'on  peut  se  procurer  par  un 
autre;  et  c'est  là  le  rapport  de  la  justice  à  la  valeur. 
§  7l3.  De  deux  choses,  il  faut  préférer  celle  qui  est  dési- 
rable sans  l'autre,  à  celle  qui  sans  l'autre  ne  l'est  pas. 
Ainsi,  la  puissance  n'est  pas  désirable  sans  la  sagesse; 
la  sagesse,  au  contraire,  est  désirable  même  sans  la  puis- 
sauce.  §  24.  Et  si  de  deux  choses  nous  nions  avoir  l'une 
afin  de  paraître  avoir  l'autre,  celle  que  nous  voudrions 
paraître  avoir  est  préférable  :  par  exemple,  nous  nions 
travailler  beaucoup,  afin  de  paraître  bien  doués  natu- 
rellement. §  a 5.  Il  faut  encore  préférer  ce  dont  l'absence 
se  ferait  moins  reprocher  dans  un  malheur  :  §  26.  et  ré- 
ciproquement, n  faut  préférer  ce  dont  l'absence  se  fait 
reprocher  davantage,  quand  on  n'est  pas  dans  le  mal- 
heur. 


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106  TOPIQUES. 


CHAPITRE  III. 

vingt  autres  lieax  tirés  de  la  supériorité  d'un  accident 
sur  un  autre. 

$  I.  Parmi  les  choses  comprises  sous  la  même  espèce, 
il  faut  préférer  celle  qui  ft  la  vertu  spéciale  de  lespèce 
à  celle  qui  ue  Ta  pas;  §  a  et  si  toutes  les  deux  Font,  celle  qui 
Ta  davantage.  §  3.  £t  si  de  deux  choses  Tune  fait  du  bien 
à*  ce  à  quoi  elle  est,  et  que  Tautre  n'en  fasse  pas,  il  faut' 
préférer  celle  qui  en  fait  :  par  exemple,  ce  qui  échauffe 
est  plus  chaud  que  ce  qu  i  n'échauffe  pas  ;  §  4  •  et  si  toutes 
les  deux  font  du  bien,  il  faut  préférer  celle  qui  en  fait 
davantage,  ou  qui  en  fait  au  meilleur  et  au  principal: 
par  exemple,  si  Tune  fait  du  bien  au  corps  et  lautre  à 
lame. 

§  5.  Il  faut  encore  prendre  garde  et  aux  cas  des  mots 
et  aux  usages  et  à  Faction,  et  à  la  réalité  des  choses,  et 
h  tout  ce  dont  elles  procèdent;  car  toutes  ces  choses  se 
suivent  mutuellement  :  par  exemple,  si  justement  est 
préférable  à  courageusement,  la  justice  aussi  sera  pré* 
férable  au  courage  :  et  si  la  justice  est  préférable  au  cou- 
rage, justement  le  sera  de  même  à  courageusement.  Il  en 
serait  ainsi  pour  tous  les  autres  exemples. 

§  6.  Et,  en  outre,  si,  pour  une  même  chose,  l'un  des 
attributs  est  un  plus  grand  bien,  et  l'autre  un  moindre, 

I  5.  Et  aux  cas  d$i  mott^  cas  haut  Voir  liv.  3,  chap.  9, 1 1,  la  dé- 
étant pris  ici  comme  il  !>  été  plus    fiQition  des  conjurés  et  des  cas. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  III.  107 

le  plus  grand  est  préférable;  §  7.  ou  bien,  si  Fun  appar- 
tient à  un  être  plus  grand,  c'est  qu'il  est  aussi  plus  grand. 
§  8.  De  plus,  si  deux  choses  quelconque  sont  préférables 
aune  seule  autre,  la  plus  préférable  est  préférable  à  celle 
qui  Test  moins.  §  9.  La  chose  dont  l'abondance  est  pré- 
férable à  l'abondance  d'une  autre ,  est  aussi  préférable 
à  cette  autre  :  en  ce  sens,  l'amitié  est  préférable  aux 
richesses  ;  car  l'abondance  de  l'amitié  est  préférable  à 
celle  de  la  richesse.  §  10.  On  doit  préférer  aussi  la  chose 
dont  on  voudrait  être  cause  personnellement  pour  soi- 
même  plutôt  que  de  la  recevoir  d'un  autre.  Et  c'est  ainsi 
que  les  amis  sont  préférables  aux  richesses. 

§  1 1 .  On  peut  encore  tirer  des  lieux  de  l'adjonction, 
si  une  chose  ajoutée  à  une  même  chose  rend  le  tout 
préférable.  Il  faut  du  reste  prendre  garde  d'étendre  ceci 
jusqu'aux  choses  dans  lesquelles  le  terme  commun  peut 
se  servir  de  l'une  des  choses  ajoutées,  ou  du  moins  en  ti- 
rer quelque  secours  d'une  façon  quelconque,  sans  se  ser- 
vir de  l'autre,  ni  tirer  d'elle  aucun  secours.  Par  exemple, 
la  scie  et  la  faulx  réunies  à  l'architecture.  Il  faut  préférer 
la  scie  quand  on  la  réunit  à  larchitecture  ;  mais  par  elle- 
même  elle  n'est  pas  absolument  préférable.  §  la.  En  ou- 
tre, il  faut  préférer  la  chose  qui,  ajoutée  au  plus  petit, 
rend  le  tout  plus  grand.  §  i3.  Même  remarque  pour  le 
cas  où  l'on  retranche  au  lieu  d'ajouter;  car  ce  qui  étant 
retranché  d'une  même  chose  rend  le  reste  plus  petit 
est  plus  grand,  puisqu'il  suffit  qu'on  l'enlève  pour  que 
le  reste  soit  plus  petit. 

§  14.  Il  faut  voir  si  Tune  des  choses  est  désirable 

ft  11.  WeitpaêisbMOlîmnii  préférable  y  à  la  fanii. 


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108  TOPIQUES. 

en  soi  et  l'autre  seulement  par  vanité  :  ainsi ,  par 
exemple,  la  santé  comparée  à  la  beauté.  Une  chose  de 
pure  vanité  signifie  celle  que  nous  ne  prendrions  aucune 
peine  d'avoir,  si  personne  ne  devait  savoir  que  nous  l'a- 
vons. §  1 5.  Et  si  l'un  est  désirable  en  soi  et  par  vanité, 
tandis  que  l'autre  n'est  désirable  que  de  l'une  des  deux 
façons,  §  i6.  ce  qui  est  plus  précieux  en  soi,  est  aussi 
préférable  et  meilleur;  et  j'entends  par  plus  précieux  en 
soi  ce  qu'au  choix  nous  prendrions  plus  volontiers,  sans 
que  rien  d'ailleurs  dût  l'accompagner. 

§  1 7.  Il  faut  de  plus  examiner  les  sens  divers  que  peut 
recevoir  le  mot  préférer  et  les  objets  auxquels  il  peut 
s'appliquer,  par  exemple  à  Futile,  au  bien,  au  plaisir;  car 
ce  qui  procure  toutes  ces  choses  ou  du  moins  le  plus 
grand  nombre  de  ces  choses,  est  préférable  à  ce  qui  n'en 
procure  pas  également.  §18.  Mais  quand  les  deux  choses 
ont  les  mêmes  avantages ,  il  faut  regarder  celle  qui  les 
a  le  plus,  par  exemple  quelle  est  la  plus  agréable,  la  plus 
belle  ou  la  plus  utile.  §  19.  Il  faut  aussi  préférer  ce  qui 
se  fait  en  vue  du  meilleur  :  ainsi  il  faut  préférer  ce  qui 
se  fait  en  vue  de  la  vertu  à  ce  qui  ne  se  fait  qu'en  vue 
du  plaisir.  Et  de  ntémepour  les  choses  qu'il  faut  éviter; 
car  il  faut  éviter  davantage  ce  qui  doit  davantage  em* 
pêcher  les  choses  désirables  :  par  exemple  il  faut  éviter 
la  maladie  plus  que  la  honte;  car  la  maladie  empêche 
davantageetleplaisiretla  vertu.  §ao.Onpeutencore  tirer 
des  arguments  de  ce  que  le  sujet  en  question  est  égale- 
ment à  fuir  ou  à  rechercher.  En  effet,  on  doit  moins 


8  10.  il  faut  étfiter  la  maladie  singulier  ;  mais  ii  ne  faut  pas  Pé- 
plus  qu$  la  honte^  le  préœple  sous  tendre  au-delà  des  limites  même 
cette  Terme  parait  tout  au  moins    où  Arlstote  le  prend  ici. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  IV.  109 

désirer  une  chose  qu'on  peut  également  fuir  ou  désirer 
que  celle  qui  est  uniquement  désirable.  §  ïii.  Les  corn-» 
paraisons  des  choses  entre  elles  doivent  donc  être  faites 
ainsi  qu'on  vient  de  le  dire. 


CHAPITRE  IV. 

Les  lieux  qui  précèdent  sont  utiles  aussi  pour  juger  des  choses 
sans  d'ailleurs  les  mettre  au  comparatif. 

§  i.Ges  mêmes  lieux  sont  utiles  pour  prouver  qu'une 
chose  quelconque  est  absolument  parlant  à  désirer  ou  à 
fuir  ;  car  il  suffit  alors  de  faire  disparaître  le  caractère 
de  supériorité  qu'on  donne  à  l'une  des  deux.  En  effet  si 
une  chose  plus  précieuse  est  plus  désirable,  une  chose  pré- 
cieuse est  désirable  :  et  si  uneplus  utile  est  plus  désirable, 
l'utile  est  désirable.  Et  de  même  pour  toutes  les  autres 
choses  entre  lesquelles  l'on  peut  établir  ainsi  la  compa- 
raison. §!2.  Pour  quelques-unes,  aussitôt  que  nous  avons 
fait  la  comparaison  de  Tune  à  l'autre,  nous  pouvons  dire 
sur-le-champ,  que  toutes  deux  sont  désirables,  ou  dire  la- 
quelle des  deux  est  désirable:  par  exemple,  quand  nous 
disons  que  Tune  est  bonne  par  sa  nature  et  que  l'autre 
ne  l'est  pas;  cai'  évidemment  ce  qui  est  bon  par  sa  na« 
ture  est  désirable. 


S  1.  Ces  lieox,  qui  sont  utiles  Juste  Talear  chacun  des  accidenu, 

pour  connaître  la  sapériorité  d'un  pris  à  part,  et  sans  aucune  idée  de 

accident  sur  un  autre,   peuvent  comparaison  ni  de  supériorité  dans 

l'être  également  pour  estimer  à  sa  Tun  des  deux. 


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110 


TOPIQUES. 


CHAPITRE  V. 


n  faut  faire  les  lieux  communs  de  Taceident  le  plus  uni?ersel8 


§  1.  Pour  ces  lieux,  rdatifs  au  plus  et  au  moins,  au 
plus  grand  et  au  plus  petit,  il  faut  les  prendre  le  plus 
universels  possible;  car  pris  ainsi,  ils  sont  applicables  à 
plus  de  questions.  $a.  £t  Ton  peut  même  parmi  ceux 
qu'on  a  exposés  en  faire  quelques-uns  plus  universels^ 
en  ne  changeant  que  fort  peu  de  chose  à  Texpression  : 
§  3.  par  exemple,  ce  qui  est  de  cette  façon  par  nature 
est  plus  tel  que  ce  qui  n'est  pas  tel  par  nature.  §  4-  £^  ^ 
l'un  des  accidents  rend  de  telle  façon,  et  que  Tautre  ne 
i*ende  pas  de  telle  façon,  le  sujet  qui  le  possède,  ou  dont 
il  est  l'attribut,  celui  qui  modifie  le  sujet  est  plus  tel 
que  celui  qui  ne  le  modifie  pas.  §  5.  Et  si  tous  les  deux 


S  1.  Pour  le$  Uewp  relatifs  au 
plut  et  au  moinSf  après  avoir  étu- 
dié les  lieux  qui  indiquent  la  supé- 
riorité d*un  accident  sur  un  autre, 
et  la  préférence  qu*on  doit  donner 
k  Tun  des  deux.  Il  passe  aux  lieux 
qui  ne  concernent  que  la  compa- 
raison des  accidents  quelconques, 
qu'ils  soient  d*aiUeurs  à  rechercher 
ou  à  fuir.  Voir  plus  haut,  cb.  1, 
SI;  et  il  commence  ici  par  les 
lieux  du  plus  et  du  moins. 

§  S.  Parmi  cetiâs  que  Van  a  «d- 
posis  dans  les  chapitres  précé- 
dents, depuis  le  commencement  de 
ce  livre. 


S  S.  Est  plus  tél^  est  doué  à  un 
plus  haut  degré  de  telle  qualité. 
rai  cru  devoir  garéer  cette  expres- 
sion, quoique  assez  bizarre,  parce 
qu'elle  est  plus  concise  et  plus  rap- 
prochée do  grec.  Ce  lieu  a  d^à  été 
donné  sous  forme  particulière , 
cb.  1,  S  10,  au  lieu  d'être  présenté 
avec  la  généralité  qn'U  a  ici  comme 
le  fiût  observer  Padus. 

5  i.  Et  si  Vun  des  aeeidenis , 
lieu  déjà  présenté  sons  forme  par- 
ticulière, cb.  8,  §  3. 

6  S.  Qui  le  modifie  davantage^ 
lieu  déjà  présenté  sons  forme  parti- 
culière, ch.  3, 6  i. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  V.  111 

le  modifient^  c'est  celui  qui  le  modifie  davantage  qui  a 
le  plus  telle  qualité.  §  6.  De  plus,  si  relativement  à  une 
même  chose  Tun  est  plus  tel  et  Tautre  Test  moins,  et 
que  l'un  soit  plus  tel  que  telle  autre  chose,  tandis  que 
l'autre  ne  l'est  pas,  il  est  évident  que  la  première  est 
plus  telle  que  l'autre.  §  7.  Et  de  même^  en  supposant 
que  le  terme  est  ajouté,  si  ajouté  à  la  même  chose  il  fait 
que  le  tout  est  davantage  tel;  §  8.  ou  encore  si  ajouté  à 
ce  qui  est  moins  tel,  il  &it  que  le  tout  est  davantage  tel. 
§  9.  Même  remarque  encore,  si  l'on  retranche  au  lieu 
d'ajouter;  car  ce  qui  fait  par  cela  seul  qu'on  le  retranche 
que  le  reste  est  moins  tel,  est  lui-même  plus  tel.  §  10. 
Les  choses  qui  se  mêlent  moins  aux  contraires  sont 
aussi  plus  telles,  par  exemple  le  plus  blanc  se  mêle 
moins  au  noir. 

§  II.  Pour  compléter  ce  qui  a  été  dit  plus  haut, 
il  faut  préférer  ce  qui  reçoit  le  plus  la  définition  propre 
de  l'objet;  par  exemple,  si  la  définition  du  blanc  est: 
couleur  qui  fait  que  la  vue  distingue  les  objets ,  on 
appellera  plus  blanc  ce  qui  sera  plus  couleur  qui  fait 
que  la  vue  distingue  les  objets. 


t  e.  De  plus  H  relativement  à 
tMM  mime  choêe,  lieu  déjà  pré- 
senté soos  forme  parliculière,  ch.  3, 
«7. 

S  7.  En  supposant  que  le  terme 
est  ajouté^  lieu  déjà  présenté  sous 
forme  particulière,  ch.  3,  S  11. 

$  8.  Si  ajouté  à  ee  qui  est  moins 
tely  lieu  déjà  présenté  sous  forme 


parUculière,cb.3,SlS. 

5  9.  Si  Von  retranche  au  lieu 
â^qjouter^  lieu  déjà  présenté  sous 
forme  particulière,  di.  3,  %  13. 

6  10.  Les  choses  qui  se  mêlent 
nuHns  aux  contraires^  lieu  déjà 
présenté  sous  forme  particulière, 
ch.  S,  S 16.—  Sauf  cette  différence 
tous  œs  lieui  sont  semblables. 


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It2 


TOPIQUES, 


CHAPITRE  VI. 

De  Vacddent  particulier  :  application  dea  lieux  précédeots 
k  Taccideot  particulier. 


§  j .  Si  la  question  est  particulière  et  non  pas  uni- 
verselle, tous  les  lieux  indiqués  plus  haut ,  soit  cons- 
tructifs,  soit  destructifs,  sont  applicables.  Il  suffit  en 
effet  d'avoir  universellement  établi  ou  réfuté  la  thèse 
pour  avoir  prouvé  par  cela  seul  la  proposition  particu- 
lière ;  car  du  moment  que  Tattribut  est  à  tout  le  sujet, 
il  est  aussi  à  quelque  partie  du  sujet:  et  s'il  n'est  à  au* 
cune  partie  du  sujet,  il  n'est  pas  non  plus  à  quelque 
partie  du  sujet.  §  a.  Les  plus  commodes  et  les  plus 
communs  de  ces  lieux,  ce  sont  ceux  qu'on  tire  des. op- 
posés, des  conjugués  et  des  cas.  Ainsi  ce  sont  deux  pro- 
positions également  probables^  que  si  tout  plaisir  est 
bon,  toute  douleur  est  mauvaise,  et  que  si  quelque 
plaisir  est  bon  quelque  douleur  aussi  est  mauvaise  :  que 


%  t.  Sila queUiùn est parf icii- 
Uère^  tous  les  lieax  indiqués  ]us- 
qu*à  présent  dans  le  second  livre  et 
dans  celui-ci,  supposaient  que  la 
proposition  éuit  universelle.  Mais 
ces  mêmes  lieux  sont  applicables 
également,  quand  la  proposition 
est  particulière.  —  5o«(  construe- 
tifê,  sait  destructifs,  on  pourrait 
dire  aussi  soit  affirmatifs,  soit  néga- 
tifs; mais  l'expression  serait  à  la 
fois  moins  fidèle  et  moins  juste.  On 
peut  réfuter,  détruire  une  tbèse  par 


rafBrmation  ;  on  peut  rétablir,  la 
construire  par  la  négation. 

§  a.  Du  mommt  que  Vattribut 
est  à  tout  le  sujet,  même  théorie, 
Premiers  Analytiques,  liv.  S,  ch.  1, 
et  plus  haut,  liv.  %  des  Topiques, 
S  a.  —  quelque  plaisir^  est  utile, 
les  manuscrits  donnent  habituelle- 
ment est  bon  au  lieu  d'utile;  le 
plus  petit  nombre  donne  utile,  Itv 
çon  meilleure,  et  qu'a  préférée 
rédltion  de  Berlin,  sans  d'ailleurs 
indiquer  les  variantes. 


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LIVRE  m,  CHAPITRE  VL  113 

si  quelque  sensation  n'est  pas  puis)sance,  quelque  insen- 
sibilité n'est  pas  non  plus  impuissance;  et  que  si  quel- 
que chose  de  perçu  est  su,  quelque  perception  est 
science  :  de  plus,  que  si  quelque  chose  d'injuste  est  bon, 
quelque  chose  de  juste  est  mauvais,  et  que  si  quelque 
chose  de  fait  injustement  est  mauvais,  quelque  chose  de 
fait  justement  est  bon  :  que  si  quelquie  chose  d'agréable 
est  à  fuir,  quelque  plaisir  est  à  fuir,  et  que  si  quelque 
chose  d'agréable  est' utile,  quelque  plaisir  est  utile. 

§  3.  Il  en  est  tout  à  fait  de  même  pour  les  choses 
qui  détruisent,  pour  les  générations  et  les  destructions 
des  choses.  En  effet  si  ce  qui  détruit  le  plaisir  ou  la  science 
est  bon,  il  faut  que  quelque  plaisir,  quelque  science  soit 
mauvaise  ;  et  de  même  si  la  destruction  de  la  science  est 
bonne,  ou  si  la  génération  en  est  mauvaise ,  il  y  aura 
quelque  science  mauvaise;  par  exemple,  s'il  est  bon 
d'oublier  ce  que  quelqu'un  a  fait  de  honteux,  ou  bien  si 
se  le  rappeler  est  mal,  savoir  ce  qu'il  a  fait  de  mal  ce 
sera  chose  mauvaise.  Et  de  même  pour  tous  les  autres 
cas  :  car  le  probable  s'y  établit  dans  tous  de  la  même 
manière. 

§  4-  £n  outre,  il  faut  voir  à  ce  qui  est  de  telle  façon 
plus  ou  nioins  ou  semblablement.  En  effet  si  d'une  chose 
on  dit  qu'elle  est  plus  telle  parmi  des  choses  tirées  d'un 
autre  genre,  et  que  ces  choses  ne  soient  point  telles,  le 
sujet  en  question  ne  le  sera  pas  non  plus  ;  par  exemple, 

S  s.  let  géniraiiont  «r  Im  0  4.  Plus  o»  mohu  o»  «emUo- 

âtêiruetiaHi  deê  ehoiês^  voir  pins  kUmmt^  Voir  plus  luut,  liv.  f , 

haut,  liv.  S,  cb.  0,  8  3.  — 1>  pro-  ch.   10.  —  U$  dmtx  arifumenia-' 

baMe,  que  poursuit  la  dialectique,  Itont,  en  sens  opposé,  pour  élafoffr 

sans  ponaier  d*ailleurB  Jusqu^au  vrai  ou  pour  renverser  la  thèse  selon  te 

comme  la  philosophie.  besoin  de  la  discussioD. 

IV.  • 


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114  TOPIQUES, 

si  Ton  dit  que  la  science  est  plus  un  bien  que  le  plaisir^  et 
qu'aucune  science  ne  soit  un  bien,  il  n'y  aura  pas  non 
plus  de  plaisir  qui  en  soit  un.  Et  de  même  pour  sembla-* 
blement  et  pour  moins;  c'est-à-dire  qu'on  pourra,  soit 
établir  la  thèse ,  soit  la  renverser.  Seulement  les  deux 
argumentations  se  tirent  de  semblablement  :  mais  avec 
moins  oq  ne  peut  qu'établir  la  thèse,  on  ne  peut  la  ren- 
verser. En  effet  si  l'on  peut  dire  également  que  quelque 
faculté  étant  bonne,  la  science  est  bonne,  du  moment  que 
quelque  faculté  est  bonne  la  science  l'est  aussi  :  et  s'il 
n'y  a  aucune  faculté  de  bonne,  il  n'y  a  pas  non  plus  de 
science  qui  le  soit.  Au  contraire ,  si  Ion  dit  que  quelque 
faculté  est  moins  bonne  que  la  science,  et  que  quelque 
faculté  soit  bonne,  la  science  l'est  aussi  ;  mais  si  aucune 
faculté  n'est  bonne,  il  n'en  résulte  pas  nécessairement 
qu'aucune  science  ne  le  soit.  On  voit  donc  clairement 
que  par  le  moins,  on  ne  peut  qu'établir  la  thèse. 

§  5.  Non  seulement  on  peut  renverser  la  thèse,  en 
partant  d'un  autre  genre ,  mais  aussi  en  partant  du 
même  et  en  y  prenant  ce  qui  est  le  plus  tel  ;  par  exemple, 
s'il  a  été  posé  que  la  science  est  un  bien  et  qu'on  prouve 
que  la  sagesse  même  n'est  pas  bonne,  aucune  autre 
science  ne  le  sera  certainement,  puisque  celle  qui  le  pa- 
rait le  plus  ne  l'est  pas.  §  6.  Et  de  même,  si  l'on  poae 
cette  hypothèse  que,  du  moment  qu'un  attribut  est  ou 
n'est  pas  à  un  sujet,  il  est  ou  n'est  pas  également  à  tous; 


S.  5.  Padas  remarque  que  dans  S  S.  0»  poft  cette  hypoikète, 

le  6<  livre  de  la  Morale  à  Niooma-  par  ooaveatloB  Mte  entre  les  denx 

que,  éh.  S  (llit,  b.  11),  Aristote  InterlocaleurB  ;  oe  qui  donne  lieu 

senriMe  distinguer  la  sagesse  de  la  aux  syllogismes  hypothétiques.  Voir 

science;  ce qai  contredirait  la  doo-  plnshaut,liT.  l,€h.lS^69,etUv.9» 

trine  présentée  id.  cb.  3»  S  S. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  VI.  115 

par  exemple,  si  Tou  suppose  que  I  ame  de  l'hoii^roe  étant 
immorteUe,  toutes  les  autres  aussi  le  seront,  et  que  celle- 
là  ne  Tétant  pas ,  les  autres  ne  le  seront  pas  davantage. 
Si  donc  l'on  pose  que  cet  attribut  i^t  à  quelque  sujet, 
il  faudra  montrer  qu'il  n'est  pas  à  quelque  sujet;  car  il 
s'en  suivra,  à  cause  de  l'hypothèse  même,  qu'il  n'esta 
aucun  ;  et  si  l'on  pose  qu'il  n'est  pas  à  quelque  sujet , 
il  faut  montrer  qu'il  est  à  quelque  sujet;  car,  par  cette 
hypothèse  aussi ,  il  s'ensuivra  qu'il  est  à  tous.  Il  est 
évident  qu'au  moyen  de  l'hypothèse,  on  a  fait  univer- 
selle la  question  qui  avait  été  posée  particulière.  En 
effet  ou  est  convenu  que  celuiqui  accorde  le  particulier^ 
accorde  aussi  l'universel,  puisqu'il  accorde  que  du  mo- 
ment qiie  l'attribut  est  à  un  sujet  il  est  aussi  à  tous. 

§  7.  Quand  la  question  reste  indéterminée,  on  ne 
peut  réfuter  que  d'une  seule  manière  :  par  exemple, 
s'il  a  été  dit  qi^e  le  plaisir  est  un  bien  ou  n'est. pas  un 
bien,  sans  ajouter  aucune  détermination.  En  effet,  si 
l'interlocuteur  a  dit  que  quelque  plaisir  est  un  bien, 
il  faut  montrer  universellement  qu'aucun  plaisir  n'est 
un  1>ien,  quand  on  veut  détruire  l'assertion  avancée. 
Et  de  même,  s'il  a  dit  que  quelque  pfaisir  n'est  pas  un 
bien,  il  faut  montrer  universellement  que  tout  plaisir 
est  un  bien.  De  toute  autre  façon,  on  ne  peut  détruire 
la  proposition  ;  car  si  nous  montrons  que  quelque  plaisir 
est  ou  n'est  pas  un  bien ,  la  proposition  avancée  n'est 
pas  encore  détruite.  Il  est  donc  évident  qu'on  ne  peut 
la  détruire  que  d'une  seule  façon ,  tandis  qu'on  peut 


S  7.  Be$t€  indéterminé^  sans  au*  lytiqueê^  liv.  1,  ch.  1,  S  5  et  soIt., 
cim  signe  d^universalité  ou  de  par-  et  dans  ÏBerméneia^  ch.  7,  S  3,  où 
tîcularité.  Yoir  les  Premiers  Ana-    ceci  est  expliqué. 


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116  TOPIQUES, 

rétablir  de  deux.  Il  suffit,  en  efFet,  de  montrer  univer- 
sellement que  tout  plaisir  est  bon,  ou  bien  que  quelque 
plaisir  est  bon,  pour  montrer  ce  qu'on  se  propose.  Et 
de  même  y  s'il  faut  discuter  cette  question,  que  quelque 
plaisir  n'est  pas  bon,  nous  pourrons  montrer  qu'aucun 
plaisir  n'est  bon,  ou  bien  que  quelque  plaisir  ne  l'est 
pas  ;  et  nous  aurons  montré  des  deux  manières ,  uni- 
versellement et  particulièrement,  que  quelque  plaisir 
n'est  pas  bon.  §  8.  Quand  la  proposition  est  déterminée, 
on  peut  la  renverser  de  deux  façons:  par  exemple,  si 
l'adversaire  a  soutenu  qUe  quelque  plaisir  est  bon  et 
que  quelque  autre  ne  Fest  pas;  car,  soit  que  l'on 
prouve  que  tout  plaisir  est  bon  ou  qu'aucun  plaisir 
n'est  bon ,  la  thèse  est  également  détruite.  §  9.  Si  l'ad- 
versaire a  supposé  qu'il  n'y  a  qu'un  seul  plaisir  de  bon, 
on  peut  détruire  cette  supposition  de  trois  manières  : 
ainsi  l'on  peut  montrer  que  tout  plaisir  est  bon,  ou 
qu'aucun  plaisir  n'est  bon,  ou  que  plus  d*un  plaisir  est 
bon;  et  Ton  aura  toujours  détruit  la  proposition. 

§  I  G.  Si  l'on  détermine  encore  davantage  la  propo- 
sition, et  qu'on  dise,  par  exemple,  que  la  prudence 
seule  parmi  les  vertus  est  une  science,  on  peut  renverser 
l'assertion  de  quatre  façons.  Âinsî^  l'on  pourra  montrer 
que  toute  vertu  est  science  ou  qu'aucune  n'est  science, 
ou  que  quelqu'autre  l'est  aussi ,  par  exemple,  la  justice; 
ou  bien  enfin  que  la  prudence  elle-même  n'est  pas 

6  s.  Quand  la  pn>poiUion  ê$t  lexândre,  qu'il  aonit  eu  pour  va- 

déterminiej  quand  elle  a  un  signe  riante  cinq  au  lieu  de  quatre.  U 

spécial  d^universalité  ou  de  parti-  ajoute  aussi  que  Théophraste  trai- 

cularité  :  tout  ou  quelque.  tait  la  question  ici  indiquée  à  la  lin 

§  10.  Dû  quatre  façont^  il  sem-  de  son  Traité  sur  rafflrmation,  qui 

ble,  d'après  le  Commentaire  d*A-  n'est  pas  venu  jusqu'à  nous. 


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LIVRE  III,  CHAPITRE  VI.  117 

science  ;  et  alors   la  proposition   avancée  sera  dé- 
truite. 

§  II.  Il  est  utile  aussi  de  considérer  les  individus 
dont  on  a  affirmé  ou  dont  on  a  nié  quelque  attribut, 
comme  on  Ta  fait  dans  les  questions  universelles.  $  la. 
Il  faut  encore  regarder  aux  genres,  en  divisant  les  es« 
pèces  jusqu'aux  individus,  ainsi  qu'on  Ta  dit  plus  haut: 
car,  soit  que  l'accident  paraisse  être  à  tous  les  individus 
ou  n'être  à  aucun,  quand  on  compare  plusieurs  exemples, 
il  faut  demander  à  l'adversaire  qu'il  accorde  que  lac- 
cident  est  universel,  ou  bien  qu'il  indique  dans  sa  réfu- 
tation le  sujet  qui  n'est  point  ainsi  qu'on  l'a  dit.  §  i3. 
Dans  les  choses  où  l'on  peut  déterminer  l'accident,  soit 
par  le  nombre,  soit  par  l'espèce,  il  faut  regarder  s'il 
n'est  pas  de  nature  à  ne  recevoir  aucune  de  ces  déter- 
minations ;  par  exemple,  ou  peut  soutenir  que  le  temps 
ne  se  meut  pas  ou  qu'il  n'est  pas  du  mouvement,  après 
qu'on  a  compté  toutes  les  espèces  du  mouvement.  En 
effet,  si  aucune  d'elles  n'est  au  temps,  il  est  évident  qu'il 
ne  se  meut  pas  et  qu'il  n'est  pas  un  mouvement.  Et  de 
même,  on  peut  soutenir  que  1  ame  n'est  pas  un  nombre, 
après  qu'on  a  divisé  tout  nombre  en  pair  ou  impair  : 
car  si  l'âme  n'est  ni  paire  ni  impaire,  il  est  clair  qu'elle 
n'est  pas  un  nombre. 


S  11.  Comme  <m  Va  fait  dam  Um  8  19-  Ainsi  qu'on  fa  dit  pluê 

quésHons  uni^iéUes,  H?.  9,  cb.  9,  ^aut,  liy.  i,  cb.  S,  §  i. 

S  i.  n  fout,  du  reste,  entendre  ici  8   13*   Aprét  qvTon  a  compté 

rexpression  individus  dans  le  sens  toutes  les  espèces  de  mouvemenij 

qui  lui  éuit  donné  pour  cet  autre  Voir  les  catégories,  cb.  14.— X'âme 

passage ,  c*est  -  à  -  dire  ,  d*espèces  n'est  pas  un  nombre,  contre  Fopi- 

qui  né  peuvent  plus  être  divisées  nion  de  Xénocraie.  Voir  plus  haut, 

qu'en  individus  proprement  dits.  liv.  i,  cb.  4,  S  3. 


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118  TOPIQUES. 

§  i4«  C'est  ainsi  qu'il  faut  procéder  relative- 
ment à  L'accident  et  par  les  lieux  qu'on  vient  de 
dire. 

1 14.  Qu'on  vimU  âê  tfirt,  dans  le  second  et  le  troisième  Unes. 


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TOPIQUES- 


LIVRE  QUATRIEME. 

libux  communs  du  genkb. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Importance  des  lieux  du  genre.  —  Dix  lieux. 

§  I.  Après  les  lieux  de  Taccicleoty  il  faut  étudier 
ceux  qui  sont  relatifs  au  genre  et  au  propre  :  ce  sont  eu 
effet  les  éléments  des  définitions ,  bien  que  ce  soient  là 
des  choses  qu'examinent  rarement  ceux  qui  discutent. 

§  -j.  Si  ladversaire  a  posé  le  genre  de  quelque  objet, 
il  faut  d'abord  regarder  à  toutes  les  choses  qui  sont  de 
ce  même  genre,  s'il  n'y  en  a  pas  quelqu'une  à  laquelle  il 
n'est  pas  attribué,  comme  on  l'a  fait  pour  l'accident  : 
par  exemple  y  si  l'adversaire  a  posé  que  le  bien  est  le 


S  1.  Des  ehoie$  qu'examinent  §  H.  Comme  on  Va  fait  pour 
rarement  ceux  qui  discutent^  il  a  Vaccident^  Voir  plus  hskui,  Uv.  S, 
commence  par  les  lieux  de  Taecl-  cb.  9,  g  i.  —  Le  genre  devant  être 
dent,  a-l-il  dit,  parce  que  c'est  la  attribué  à  toutes  les  espèces.  Voir 
question  la  plus  fréquente  dans  les  les  Catégories,  cb.  8,  §  1,  et  r lu- 
discussions  dialectiques.  Voir  plus  troduclion  de  Porphyre,  cb.  Il,  §  li 
haut,  Uv.  %,  ch.  i.  S  1»  en  noie.  et  suivants. 


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120  TOPIQUES. 

genre  du  plaisir,  il  faut  voir  si  quelque  plaisir  n  est  pas 
bon  ;  car  si  cela  est,  il  est  clair  que  le  bien  n'est  pas  le 
genre  du  plaisir,  le  genre  devant  être  attribué  à  toutes 
les  espèces  qui  sont  au-dessous  de  lui.  §  3.  Ensuite,  il 
faut  voir  si  le  genre  prétendu,  au  lieu  d'être  attribué 
essentiellement,  n'est  pas  un  simple  accident  :  par 
exemple,  le  blanc  attribué  à  la  neige;  ou  à  l'âme,  ce  qui 
se  meut  par  soi-même  ;  car  la  neige  n'est  pas  ce  qui  est 
le  blanc,  puisque  le  blanc  n'est  pas  le  genre  de  la  neige, 
et  l'âme  n'est  pas  non  plus  ce  qui  se  meut  soi-même  : 
mais  c'est  un  accident  pour  elle  de  se  mouvoir,  comme 
c'en  est  un  souvent  à  l'animal  de  marcher  ou  d'être  ce 
qui  marche.  On  peut  ajouter  que  ce  prétendu  genre , 
ce  qui  se  meut  soi-même  ^  n'est  pas  une  substance,  mais 
qu'il  parait  exprimer  plutôt  un  sujet  qui  agit  ou  qui 
souffre:  et  de  même  pour  le  blanc;  car  cet  attribut  ne 
dit  pas  ce  qu'est  la  neige  substantiellement,  mais  il 
exprime  sa  qualité.  Par  conséquent,  aucun  de  ces  deux 
termes  ne  peut  être  attribué  essentiellement  au  sujet. 

§  4*  Il  f^ut  surtout  regarder  à  la  définition  de  l'acci- 
dent, si  elle  convient  bien  au  genre  indiqué,  comme 
pour  les  exemples  cités  plus  haut;  car  une  chose  peut 
ou  non  se  mouvoir  soi-même,  et  de  même  être  blanche 
ou  ne  pas  l'être.  Ainsi  donc,  aucun  de  ces  attributs  n'est 
genre,  mais  ils  sont  accidents,  puisque  nous  avons  ap- 
pelé  accident  ce  qui  peut  être  ou  n'être  pas  à  une 
chose. 

§  5.  Il  faut  voir  encore  si  le  genre  et  l'espèce  ne  sont 

§  3.  Làm$  n*est  ptu  wm  plus       6  4.  Nous  av<m$  appM  occt- 
e«  qui  $e  meui  soi-même^  Uiéorie     dsni^  liv.  1,  ch.  5,  §  8. 
platonicienne ,  Timée,  «I  jioMtfn.         S  5.  La  même  diomoii,  c'est-à- 


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LIVBE  IV,  CHAPITBE  1.  121 

pas  dans  la  même  division ,  tandis  que  l'un  est  sub- 
stance, et  l'autre  simple  qualité,  ou  l'un  relatif,  et  l'autre 
qualité  :  par  exemple ,  la  neige  et  le  cygne  sont  des 
substances,  mais  le  blanc  n'est  pas  une  substance,  ce 
n'est  qu'une  qualité;  de  sorte  que  le  blanc  n'est  le  genre 
ni  de  la  neige,  ni  du  cygne.  Autre  exemple  :  la  science 
fait  partie  des  relatifs;  le  beau  et  le  bon  sont  des  qua- 
lités, de  sorte  que  ni  le  beau  ni  le  bon  ne  sont  le  genre 
de  la  science;  car  il  faut  que  les  genres  des  relatifs 
soient  eux-mêmes  des  relatifs  :  par  exemple ,  pour  le 
double ,  le  multiple  étant  le  genre  du  double  est  lui- 
même  un  relatif.  En  un  mot,  il  faut  que  le  genre  soit 
compris  sous  la  même  division  que  l'espèce  :  si  l'espèce 
est  substance,  le  genre  le  sera  aussi  ;  et  si  l'espèce  est 
un  qualitatif,  le  genre  sera  aussi  qualitatif;  et,  par 
exemple,  si  le  blanc  est  qualitatif,  la  couleur  le  sera 
aussi;  et  ainsi  du  reste. 

§  6.  En  outre,  il  faut  voir  s'il  y  a  nécessité  ou  simple 
possibilité  que  le  genre  participe  à  ce  qui  est  supposé 
dans  le  genre.  I^  mot  participation  doit  s'entendre  dans 
le  sens  de  recevoir  la  définition  de  ce  qui  est  partagé. 
Il  est  donc  évident  que  les  espèces  participeni  aux 
genres,  mais  que  les  genres  ne  participent  point  aux 
espèces  ;  car  l'espèce  reçoit  la  définition  du  genre,  mais 
le  genre  ne  reçoit  pas  la  définition  de  l'espèce..  Il  faut 
donc  examiner  si  le  genre  indiqué  participe  ou  peut 
participer  à  l'espèce:  par  exemple,  si  l'on  donne  quel* 

dire  la  même  catégorie.  Voir  les  prend  sans  peine. 
Catégories.  —  Lasdmee  fait  par-        $  ^,  A  cê  qui  e$t  suppoêé  dans 

lieda«f»lol</'<,Yoir  les  Catégories,  U  genre,  c'est-à-dire  à  l'espèce, 

ch.  S,  6  Si.  *  QuaMaiif,  f  ai  cru  comme  il  le  dit  d*ailiears  un  peu 

pouvoir  forger  ce  mot  qui  se  corn-  plus  bas  dans  ce  paragraphe  même. 


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122  TOPIQUES. 

que  chose  comme  genre  de  Têtre  ou  de  Tun,  il  en  résul* 
tera  que  le  genre  participera  à  Tespèce;  car  l'être  et 
l'un  sont  des  attributs  de  toute  chose,  de  sorte  que  leur 
définition  Test  aussi. 

§  7.  De  plus,  il  faut  voir  si  l'espèce  donnée  pour 
une  certaine  chose  est  vraie,  tandis  que  le  genre  ne 
l'est  pas  :  par  exemple,  si  l'on  suppose  que  l'être  ou  la 
science  soit  le  genre  du  probable  ;  car  le  probable  pourra 
être  attribué  à  ce  qui  n'est  pas.  Beaucoup  de  choses 
qui  ne  sont  pas  pourront  être  probables,  mais  il  est 
évident  que  l'être  et  la  science  ne  peuvent  être  attri- 
bués à  ce  qui  n'est  pas.  Donc  l'être,  non  plus  que  la 
science,  ne  sont  le  genre  du  probable;  car  pour  les 
choses  auxquelles  l'espèce  est  attribuée,  il  faut  que  le 
genre  le  leur  soit  aussi.  $  8.  A  l'inverse,  il  faut  voir  si 
ce  qui  est  posé  dans  le  genre  ne  peut  participer  à  au- 
cune des  espèces;  car  il  est  impossible  que  ce  qui  ne  par- 
ticipe à  aucune  espèce  participe  au  genre,  à  moins  qu'il 


§  7.  Si  Ve$pée$  donnée  pour  une 
certaine  chose  est  vraie^  ce  qui  re- 
çoit respèce  reçoit  aussi  le  genre  ; 
ainsi  la  science  et  Tètre  étant  le 
genre  du  probable,  si  le  probable 
s*appliqtte  comme  espèce  au  non- 
ètre,  il  faut  que  Tètre  et  la  science 
s'appliqueut  aussi  au  non-être;  ce 
qui  ne  se  peut  pas  :  donc  Tètre  et 
la  science  ne  sont  pas  le  genre  du 
probable. 

%  S.  Si  ce  qui  est  posé  dont  le 
genrcj  en  d'autres  termes,  ce  qui 
est  posé  comme  genre»  ce  que  Ton 
prend  pour  le  genre  doit  participer 
à  l'espèce,  ou  à  Tune  des  espèces. 
A  moins  quUl  ne  soit  une  des  es- 
péces  de  la  première  diioisiony  une 


des  espèces  entre  lesquelles  le 
genre  se  divise  en  premier  lieu  ; 
chacune  de  ces  espèces  pouvant 
d'ailleurs  se  subdiviser  elle-même. 
—  Qui  participe  au  genre,  immé- 
diatement. —  Ki  destruction  ni 
aitéraiion^  Tédition  de  Berlin 
donne  déplacement,  translation , 
au  lieu  de  destruction;  la  leçon 
n'est  pas  à  repousser  ;  mais  elle  est 
moins  conforme  à  la  théorie  expo- 
sée dans  les  Catégories ,  cb.  14, 
8  1,  sur  les  diverses  espèces  de 
mouvement.  —  L'un  des  mouve- 
mente  individuels^  Tune  des  es- 
pèces du  mouvement.  —  Qui  sont 
sous  C espèce  du  mouvement^  uu 
mieux,  sous  le  genre. 


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LIVRE  IV,  CHAPITBE  I.  123 

ne  soit  une  des  espèces  de  la  première  division  ;  car  ce 
sont  celles-là  seulement  qui  participent  au  genre.  Si 
donc,  Ton  a  supposé  que  le  mouvement  est  le  genre  du 
plaisir,  il  faut  regarder  si  le  plaisir  n'est  ni  destruction, 
ni  altération,  ni  aucun  autre  des  mouvements  connus; 
car  alors  il  est  évident  qu'il  ne  participe  à  aucune  des 
espèces,  et  qu'il  ne  participe  pas  non  plus  du  genre, 
puisqu'il  y  a  nécessité  que  ce  qui  participe  du  genre 
participe  aussi  de  l'une  des  espèces.  Donc,  le  plaisir  ne 
saurait  être  une  espèce  de  mouvement,  puisqu'il  n'est 
point  un  des  mouvements  individuels,  c'est-à-dire,  l'un 
des  individus  qui  sont  sous  l'espèce  du  mouvement. 
C'est  qu'en  effet  les  individus  participent  à  la  fois  au 
genre  et  à  l'espèce;  par  exemple,  un  individu  homme 
participe  de  l'homme  et  de  l'animal. 

§  9.  Il  faut  voir  de  plus  si  ce  qui  est  placé  dans  le 
genre  n'est  pas  plus  étendu  que  le  genre,  comme  par 
exemple,  le  probable  est  plus  étendu  que  l'être;  car  ce 
qui  est  et  ce  qui  n'est  pas  sont  des  probables.  Donc,  le 
probable  n'est  pas  une  espèce  de  l'être;  car  toujours 
le  genre  est  plus  étendu  que  l'espèce.  §  1  o.  Il  faut  re- 
garder  de  plus,  si  le  genre  et  l'espèce  sont  faits  d'étendue 
égale  ;  et  par  exemple,  si  d'attributs  qui  sont  à  tout,  l'un 
n'est  pas  fait  genre  et  l'autre  espèce,  comme  Têtrc  et 
l'un.  L'être  et  l'un  sont  attributs  de  tout.  Donc,  celui- 
ci  n'est  pas  le  genre  de  celui-là,  puisqu'ils  sont  d'exten- 

$  9.  Si  eé  qui  en  placé  dont  lé     taphysique,  liv.  5,  ch.  1.  —  La  dif- 
gMr$,  ce  qui  est  considéré  comme     férenee  aussi  est  mains  large  que 


le  genre,  puisque  c'est  elle  qui  se- 
§  10.  L'être  et  Vun ,  voir  la  été-     pare  et  distingue  les  espèces  qui 
taphysique^  liv. 5,  ch. Set 7. —  Le    composent   le  genre  et  qui  sont 
primitif  et  le  principe ,  voir  la  Mé-    moins  étendues  que  lui. 


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124  TOPIQUES. 

sioQ  parfaitement  ëgale.  Et  de  même  si  Ton  a  supposé 
subordonnés  entre  eux  le  primitif  et  le  principe  ;  car  le 
principe  est  le  primitif  et  le  primitif  est  le  principe  : 
donc  ces  deux  choses  sont  identiques^  et  Tune  n'est  pas 
du  tout  le  genre  de  l'autre.  Le  point  essentiel  à  bien 
savoir  dans  tout  ceci  est  que  le  genre  est  plus  large  que 
l'espèce  et  que  la  différence;  car  la  différence  aussi  est 
moins  large  que  le  genre. 

$  1 1 .  Il  faut  voir  encore  si  le  genre  énoncé  n'est  pas 
ou  peut  ne  pas  paraître  le  genre  d'une  des  choses  non 
différentes  en  espèce;  et  quand  on  établit  la  thèse,  il 
faut  voir  s'il  est  le  genre  de  l'une  de  ces  choses  ;  car  le 
genre  est  le  même  pour  toutes  les  choses  non  différentes 
en  espèces.  Si  donc  on  montre  qu'il  est  le  genre  de 
l'une  j  on  aura  montré  qu'il  l'est  de  toutes  ;  et  si  l'on 
montre  pour  ane  seule  qu'il  nen  est  pas  le  genre,  on 
aura  montré  qu'il  ne  Test  d'aucune .  Par  exemple,  si 
après  avoir  posé  les  lignes  indivisibles,  on  dit  que  l'in- 
sécable  est  leur  genre,  on  se  ti*ompe  ;  car  ce  genre  n'est 
pas  celui  des  lignes  qui  sont  divisibles ,  bien  qu'elles 
soient  sans  différences  quant  à  l'espèce,  puisque  toutes 
les  lignes  droites  n'ont  entre  elles  aucune  différence 
spécifique. 

$  11.  (hê  pMl  fM  pat  paraUre^  parce  qu*oo  est  ici  en  dialectique. 


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LIVBE  IV,  CHAPITRE  IL  125 


CHAPITRE  IL 

Treiie  antres  lieux  da  genre. 

§  I.  Il  faut  voir  encore  s'il  n'y  a  pas  quelque  autre 
genre  de  l'espèce  donnée  que  n'embrasse  pas  le  genre 
indiqué,  et  qui  ne  soit  pas  sous  lui  :  par  exemple,  si  l'on 
a  posé  que  la  science  soit  le  genre  de  la  justice  ;  car  la 
Tertu  est  aussi  le  genre  de  la  justice,  et  aucun  de  ces 
genres  ne  comprend  l'autre.  Donc,  la  science  n'est  pas 
le  genre  de  la  justice  ;  car  il  semble  que  quand  une  es- 
pèce est  sous  deux  genres,  l'un  doit  être  compris  dans 
l'autre.  Toutefois,  ceci  offre  quelque  difficulté  dans 
certains  cas:  par  exemple,  quelques-uns  croient  que  la 
prudence  est  à  la  fois  une  vertu  et  une  science,  et  pour- 
tant aucun  de  ces  genres  n'est  compris  dans  l'autre.  Il 
est  vrai  que  tout  le  monde  n'accorde  pas  que  la  pru- 
dence soit  une  science  ;  mais  si  l'on  accorde  que  cette 
assertion  soit  exacte,  il  semble  nécessaire  que  les  genres 
d'une  même  chose  soient  subordonnés  entre  eux ,  ou 
que  tous  deux  soient  compris  sous  un  même  genre, 
comme  c'est  le  cas  pour  la  vertu  et  pour  la  science;  car 
toutes  deux  sont  sous  le  même  genre,  puisque  Tune  et 
l'autre  sont  possession  et  disposition.  Il  faut  donc  voir 
si  aucune  des  deux  n'appartient  au  genre  indiqué;  car  si 

%  1.  Awun  de  cet  genrei  ne  —  Pat  exempU,  guelçtiet  -  «tu 

amprend  Vautre  :  la  science  ne  croient ,  il  s'agit  peot-ètre  ici  de 

comprend  pas  la  vertu  ;  la  yerto  ne  Platon.  —  Sont  ponestian  et  di$- 

Gomprend  pas  la  science  ;  l'nne  à  poeUion,  voir  les  Catégories,  ch.  7, 

regard  de  l'autre  n*est  pas  genre.  t%ei  suiv.,  sur  les  relatifs. 


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m  TOPIQUES, 

les  genres  de  toutes  deux  ne  sont  pas  subordonnés  entre 
euxy  ou  si  toutes  les  deux  ne  sont  pas  comprises  sous  un 
même  genre,  le  genre  tndicpié  n  appartient  pas  au  sujet. 
§  2.  Il  faut  regarder  aussi  le  genre  du  genre  donné,  et 
ainsi  pour  tous  les  genres  supérieurs,  et  s'assurer  qu*ils 
sont  tous  attribués  à  l'espèce  .et  qu'ils  lui  sont  attribués 
essentiel  lement  ;  car  il  faut  que  le  genre  supérieur  puisse 
être  attribué  essentiellement  à  l'espèce.  S'il  y  a  quelque 
part  discordance,  c'est  évidemment  que  le  genre  indiqué 
n'est  pas  genre  véritablement.  A  l'inverse,  il  fiiut  voir 
si  le  genre  participe  à  l'espèce,  soit  ce  genre  même,  soit 
quelqu'un  des  genres  supérieurs;  car  le  terme  supérieur 
ne  peut  participer  à  aucun  des  inférieurs.  Il  faut  donc, 
quand  on  réfute  une  proposition^  s'y  prendre  comme 
on  l'a  déjà  dit.  Quand  on  l'établit,  et  qu'il  est  recon* 
nu  que  le  genre  indiqué  est  bien  i  l'espèce,  mais  qu'il 
y  a  doute  s'il  y  est  comme  genre,  il  suffit  de  montrer  que 
l'un  des  genres  supérieurs  est  attribué  essentiellement 
à  Tespèce  :  car  du  moment  qu'un  seul  est  attribué  es^ 
sentiellement,  tous  les  autres,  soit  audessu^soit  au  des- 
sous de  lui,  s'ils  sont  attribués  i  l'espèce,  le  seront  essen* 
tielkment  Donc,  le  genre  donné  est  attribué  ess^ittel- 
lement  aussi.  Pour  se  convaincre  que  l'un  des  genres  étant 
attribués  essentiellement,  tous  les  antres,  pourvu  qu'ils 


t%.  Le  genre  du  genre  donnée  qu*eaz.  —  Comme  on  Va  d^à  dU^ 

en  remoBtSDt  de  geore  en  genre.—  comme  on  vient  de  le  dire.  —  ia 

S'il  y  a  quelque  part  discordance^  translation  soit  le  genre  de  la 

si  l*an  des  genres  ainsi  examinés  marche,  voir  les  Catégories,  ch.  14. 

n'est  pas  attribué  esseoliellement  —  Placées  sous  la  première  divi- 

aux  genres  inférieurs,  aux  espèces,  «ûm,  les  premières  espèces  entre 

—  Ne  peut  participer  à  aucun  des  lesquelles  le  genre  est  divisé  et  qui 

inférieurs^  parce  quMl  est  plus  large  le  forment  tout  entier. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IL  127 

soient  attribues,  ]e  sont  essentiellement  aussi,  il  faut  re- 
courir à  l'induction.  Mais  si  l'on  doute  absolument  que 
le  genre  indiqué  soit  bien  au  sujet,  il  ne  suffirait  plus 
de  montrer  qu'un  des  genres  supérieurs  est  attribué  à 
l'espèce  essentiellement:  par  exemple,  si  l'on  a  soutenu 
que  la  translation  soit  le  genre  de  la  marche^  il  ne  suf- 
fit pas  de  montrer  que  la  marche  est  un  mouvement  pour 
montrer  aussi  que  c'est  une  translation,  puisqu'il  y  a  en- 
core d'autres  mouvements  qu'elle;  mais  il  faut  montrer, 
en  outre,  que  la  marche  ne  participe  d'aucun  des  mou- 
vements placés  sous  la  même  catégorie,  si  ce  n'est  de  la 
translation.  En  effet  il  y  a  nécessité  que  ce  qui  participe 
du  genre  participe  aussi  de  quelqu'une  des  espèces  pla- 
cées sous  la  première  division.  Si  donc  la  marche  ne  par- 
ticipe ni  de  l'accroissement ,  ni  de  la  diminution ,  ni 
d'aucun  des  autres  mouvements  ;  il  est  évident  qu'elle 
participe  à  la  translation,  et  par  conséquent  que  la 
translation  est  le  genre  de  la  marche. 

§  3.  Â  l'inverse,  pour  les  choses  oii  l'espèce  indiquée 
est  réellement  attribua  comme  genre,  il  faut  yoir  si  le 
genre  donné  est  attribué  essentiellement  i  toutes  les 
choses  auxquelles  l'est  aussi  l'espèce;  et  de  même  pour 
tous  les  termes  supérieurs  au  genre.  S'il  y  a  quelque 


S  s.  Four  tùus  Ui  têrmei  $up^  de  oe  ppemier  terme  sont  attribnés 
Hmtri  au  gwn^  pour  tons  les  essentieliement  à  tontes  les  espèces 
genres  plas  étendus  que  celui  qui  du  second;  et,  par  exemple, du  mo- 
d -abord  a  été  indiqué  et  qui  le  corn-  ment  que  viyant  est  pris  pour  le 
prennent  par  conséquent.  Le  lieu,  genre  d'animal,  corps,  substance, 
développé  un  peu  obscurément  qui  sont  les  genres  supérieurs  de 
dans  ce  paragraphe,  se  réduit  à  vivant,  sont  attribués  essentielle- 
cette  règle  formulée  par  Pacius:  ment  à  Thomme,  au  cheval,  au 
Quand  un  premier  terme  est  le  lion,  espèces  de  ranimai  et  qui 
genre  d'un  second,  tons  les  genres  forment  ranimai  tout  entier. 


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128  TOPIQUES, 

discordance,  il  est  évident  que  ce  n^est  pas  le  genre  vrai 
qui  a  été  donné  ;  car  si  c'était  le  genre,  tout  ce  qui  est 
au  dessus  et  lui-même,  seraient  attribués  essentiellement 
à  toutes  les  choses  auxquelles  l'espèce  est  attribuée  essen* 
tiellement  aussi.  On  pourra  donc,  quand  on  renverse 
la  proposition ,  se  servir  de  cette  considération,  que  le 
genre  u'estpas  attribué  essentiellement  aux  choses  mêmes 
dont  Fespèce  est  un  attribut  essentiel.  Mais  quand  on 
établit  la  proposition,  on  ne  peut  se  servir  que  du  cas 
oii  le  genre  est  attribué  essentiellement;  car  alors  et  le 
genre  et  l'espèce  seront  attribués  essentiellement  au 
même  sujet  :  de  sorte  que  le  même  sujet  est  sous  deux 
genres.  Donc  nécessairement  ces  deux  genres  sont  sub- 
ordonnés entre  eux.  Si  donc,  on  a  montré  que  ce  qu'on 
veut  établir  comme  genre  njest  pas  sous  l'espèce,  il  est 
évident  que  l'espèce  sera  sous  lui,  et  l'on  aura  prouvé 
que  ce  terme  est  bien  le  genre. 

§  4*  U  faut  regarder  aussi  aux  définitions  des  genres 
et  voir  si  elles  s'accordent  avec  l'espèce  donnée,  et  avec 
tout  ce  qui  participe  de  cette  espèce  ;  car  il  faut  nécessai- 
rement que  les  définitions  des  genres  soient  attribuées 
à  l'espèce  et  à  tout  ce  qui  participe  de  l'espèce.  Si  donc 
il  y  a  quelque  part  discordance,  il  est  évident  que  ce 
n'est  pas  le  genre  véritable  qui  a  été  donné. 

§  5.  Il  faut  voir  encore  si  l'on  a  donné  la  différence 


S  4.  Si  les  genres  du  piemier  S  6.  la  dtffinnee  m  peiU  être 

terme  sont  attribués  au  second.  Il  g9nr$  de  qwH  91M  et  $ùit ,  aussi  la 

fiiut  aussi  que  la  définition  de  ce  dilTérence  ne  faitrelle  point  partie 

premier  terme  et  les  définitions  de  la  substance;  et  en  efTet,  il 

de  tous  ses  genres  s^appliquent  es-  ajoute  plus  bas  que  la  différenoe 

sentiellement  au  second  terme  «t  à  n*expriroe  jamais  la  substance  ;  elle 

toutes  ses  espèces.  exprime  plutôt  la  qualité.  —  Mais 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IL  I2U 

pour  le  genre;  par  exemple ,  si  Tou  dit  que  rimtnortel 
est  le  genre  de  la  divinité  :  riminortel  n  est  que  la  dif- 
férence de  ranimai,  puisque  parmi  les  animaux  Ivs  uns 
sont  mortels  et  les  autres  immortels.  Il  est  donc  clair 
qu'on  s'est  mépris  ;  car  la  différence  ne  peut  être  genre 
de  quoi  que  ce  soit.  Et  ce  qui  fait  bien  voir  que  cela  est 
Traiy  c'est  que  toute  différence  exprime  non  pas  la  sub- 
sfmce,  mais  bien  plutôt  la  qualité,  comme  le  terrestre 
et  le  bipède. 

§  6.  On  s'est  également  m^ris  si  on  a  placé  la  diffé- 
rence dans  le  gemre  comme  espèce  :  par  exemple,  si  l'on 
a  dit  que  l'impair  est  ce  qu'est  le  nombre;  car  c'est  une 
différence  des  nombres  que  l'impair,  ce  n'en  est  pas 
l'espèce.  Bien  plus,  la  différence  ne  parait  même  pas 
participer  au  genre  ;  car  tout  ce  qui  participe  au  genre 
est  ou  espèce  ou  individu;  et  la  différence  nest  ni  es- 
pèce ni  individu.  Il  est  donc  évident  que  la  différence 
ne  participe  pas  au  genre.  Donc  aussi  l'impair  est  non 
pas  une  espèce,  mais  une  différence,  puisqu'il  ne  parti- 
cipe point  au  genre. 

$  7.  Il  faut  voir  également  si  l'on  a  placé  le  genre 

bien  piuUa  la  qwUUé^  Alexandre  renée  dans  le  genre^  voir  un  lien 

remarque  qu'Aristote  ne  dit  pas  tout  à  fait  analogue»  lîv*  S,  ch.  S, 

d'une  manière  absolue  que  la  dlflé*  $  14,  pour  la  définition, 
renoe  n'est  pas  substance;  «  Car        S  7.  Ou  comme  fait  PkUantdMs 

«  dans  la  substance,  la  différence  les  Lois,  liv.  10,  p.  S3i,  trad.  de 

«  détermine  la  qualité  pour  la  sub-  11.  Cousin.  Du  reste ,  comme  le 

«  stance  ;  et  pourunt  elle  n*est  pas  fait  observer  Alexandre,  Aristote, 

«  qualité,  mais  substance  :  c'est  la  qui  blAme  Platon  de  cette  déflnl- 

«  différence  considérée  à  part  du  tion,  la  donne  Inl-mème  dans  le 

«  sujet,  qu'on  peut  appeler  qualité;  &«  liv.  de  la  Physique  {\*,  SXO,  a, 

«  c'est  la  différence  ^ustraile  de  9à).  Mais  il  faut  ajouter  aussi  qu'A- 

.  «  la  matière.  »  rislole  la  donne  comme  la  délini- 

S  6.  Si  l*an  a  placé  la  diff(h  tion  la  plus  commune  ;  et  il  semble 

IV.  s 


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130  TOPIQUES. 

dans  l'espèce  :  et,  par  exemple,  si  Ton  a  appelé  la  con- 
tiguïté continuité,  et  le  mélange  combinaison,  ou 
comme  fait  Platon  qui  définit  la  translation  le  mouve- 
ment dans  Fespace.  Ce  sont  autant  d'erreurs;  car  la  con- 
tiguité  n'est  pas  continuité  :  tout  au  contraire,  c'est  la 
continuité  qui  est  contiguïté.  En  effet  tout  contigu  n'est 
pas  continu,  tandis  que  tout  continu  est  cootigu.  Et  de 
même  pour  le  reste;  car  tout  mélange  n'est  pas  combi- 
naison ;  ainsi  le  mélange  de  choses  sèches  n'^  {Mis  une 
combinaison ,  pas  plus  que  changeaient  dans  l'espace 
n'est  une  translation  :  et  par  exemple,  la  martre  ne 
parait  pas  être  une  tran^riation  2  la  translation  ne  peot 
guère  se  dire  qub  des  objets  qui  passent  inyolostaire- 
ment  d'un  lieu  à  un  autre,  comme  cela  arriire  pour  les 
choses  inaniniées.  Il  est  dou  évident  que,  dans  tous  les 
cas  qu'on  vient  de  citer,  l'espèce  est  plus  iarge  que  le 
geni*e,  tandis  qu'il  en  doit  être  tout  à  l'opposé. 

§  8.  On  peut  encore  s'être  trompé  k  l'inverse,  si  l'on 
a  placé  les  différences  dans  Tespèee  :  fuur  exemple,  si  r<iii 
a  dit  que  l'immortel  est  dieu;  car  alors  l'espèce  sera 
aussi  large  et  même  plus  large  que  la  différence;  or  la 
différence  est  toujours  aussi  large  ou  plus  large  que  l'es- 
pèce. §  9.  L'on  peut  aussi  avoir  placé  le  genre  dans  la 
différence  :  et^  par  exemple,  avoir  dit  que  ta  couleur 
est  ce  qui  fait  distinguer  les  choses,  et  que  le  nombre  est 
ce  qui  est  impair.  $  lo.  On  peut  mênie  encore  avoir 

faire  dans  ce  fiassage  une  aorte  de  S  «.  SiPùnapiadULâiffêreme 

réserve  contre  une  expression  qaMI  dan$  Vupèeey  la  différence,  étant 

ne  repousse  pas ,  mais  qaMl  n*a  plos  la^  que  l*espèce,  n*j  peut 

point  choisie  cependant.  —  Cut  la  être  renfermée  ;  tout  au  plus  la  dlf- 

eontinuUé  qui  est  eofUiguM^  voir  férenoe  eat-elle  aussi  étroite  que 

les  Catégwietf  ch.  6.  Tespëce  qu'elle  constitue. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IL  m 

pose  le  geore  comme  difiërence,  et  Ton  peut  avoir  fait 
une  proposition  comme  celle-ci,  par  exemple  :  que  le 
mélange  est  une  différence  de  la  combinaison,  ou  le 
changement  dans  Fespace  une  difféi*ence  de  ia  transla* 
Hon.  Il  faut  appliquer  à  tous  tes  cas  analogues  le  même 
procédé  ;  car  les  lieux  sont  communs  à  tous.  Il  faut  tou- 
jours que  le  genre  soit  plus  large  que  la  différence ,  et 
qu'il  ne  participe  pas  de  la  différence;  mais  en  le  donnant 
ainsi  qu'on  Ta  fait  dans  les  exemples  indiqués  plus  haut, 
ces  deux  règles  cessent  d'être  possibles;  car  le  genre 
alors  sera  moins  large^  et  il  participera  de  la  différence. 

§  II;  De  plus,  si  aucune  des  différences  du  genre 
n'est  attrîbuable  à  l'espèce  donnée,  te  genre  nooplus  n'y 
sera  point  attribué  :  par  exemple^  ni  le  pair  ni  l'impair 
ne  sont  attribués  à  Time,  non  plus  que  le  nombre,  par 
conséquent.  §  i  a.  Il  faut  voir  encore  si  l'espace  donnée 
est  naturellement  antérieure  au  genre,  et  si  elle  détruit 
le  genre,  quand  eHe  est  ette-méme  détruite;  car  il  en 
devrait  être  tout  le  contraire  :  c'est  qu'alors  on  n'a  pas 
donné  le  vrai  genre. 

§  i3.  Il  faut  voir  de  plus  si  Fon  pei|t  laisser  de  côté 
le  genre  ou  la  différence  pour  l'espèce  :  par  exemple, 
pour  l'âme,  le  mouvement  ;  et  pour  l'opinion,  le  vrai  et 


S  11.  Kin^  plus  quê  le  nombre  Uon  du  genre,  é*est  que  la  préten* 

par  eontéquêwt^  critique  de  la  dé-  due  espèce  D*en  est  pas  une. 

finition  de  rime  de  Xénoente.  ^  i9.  Si  Von  jMiff  kUner  de 

tti.  CarUên  divraU  être  tout  eôU,  bI  l'on  peut  ieoler  Tespèce  du 

le  eontrairê,   la   destruetidn  du  genre  et  de  la  dlflérenoe,  si  Tes- 

genre  entraîne  la  destruction  des  pèee  se  comprend  sans  le  genre  on 

espèces,  tandis  que  la  destruction  la  différeDoe,  si  le  ginre  et  la  di^ 

d'une  espèce  n'entraîne  pas  celle  férence  ne  lui  sont  pas  essentiels, 

du  genre.  Si  donc  la  destruction  de  c'est  que  l'un  et  Pautre  ont  été  mal 

l'espèce  donnée  implique  ladestruc-  donnés. 


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132  TOPIQUES. 

le  faux;  car  alors  aucun  des  deux  termes  indiques  ne 
serait  ni  genre ,  ni  différence ,  puisque  le  genre  et  la 
différence  suivent  toujours  l'espèce  tant  que  l'espèce 
elle-même  subsiste. 


CHAPITRE  III. 

Quinze  autres  lieux  du  genre.  — Douze  pour  renverser  la  thèse , 
et  trois  pour  l'établir. 

§  I.  Il  fftut  encore  examiner  si  ce  qui  est  dans  le 
genre  participe  ou  peut  participer  de  l'un  des  con- 
traires du  genre;  car  alors  une  même  chose  pourrait 
avoir  les  contraires,  puisque  le  genre  ne  défaillit  jamais, 
et  qu'ainsi  il  participe  ou  peut  participer  au  contraire. 

§  a.  Il  faut  voir,  en  outre,  si  l'espèce  n'est  pas  douée 
•de  quelque  qualité  qui  ne  peut. absolument  point  être  à 
ce  qui  est  sous  le  genre  :  par  exemple,  l'âme  est  douée 
de  la  vie,  mais  aucun  nombre  ne  peut  vivre;  aussi  l'âme 
n'est  pas  une  espèce  de  nombre. 

§  3.  Il  faut  examiner  encore  si  l'espèce  est  homo- 
nyme au  genre,  en  se  servant  pour  découvrir  l'homony- 
mie des  procédés  indiqués  plus  haut;  car  le  genre  et  l'es- 
pèce sont  synonymes. 

%  i.  Sieêçuiêit  dans  U  génf^  de  mmbn^  nouvelle  criUque  contre 

c*6sc^à-diie  respèce.  —  Ne  défaim  in  définition  de  Xénocnte.  Voir  an 

Jamaity  ne  manque  jamais  à  sea  chapitre  précédent,  S 11. 

espèces.  —  On  peut  partieipir  au  S  '•  2>m  proeidie  indiquée  plue 

'  contraire ,  parce  que  lea  espèces  haut^  Uv.  1,  ch.  15.  —  Car  le  genre 

peuvent  être  contraires  les  unes  et  Veepéce  eont  eynonymieey  voir  le 

aux  autres.  début  des  Catégwiee^  cb.  I,  8  1  et 

S  8.  VêaM  n'est  pas  una  espèce  suivantes. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  III.  133 

§  4-  Comme  il  y  a  toujours  plusieurs  espèces  daùs  un 
genre>  il  faut  voir  s'il  n'est  pas  impossible  qu'il  y  ait 
une  seconde  espèce  du  genre  dénommé;  car  s'il  n'y  en 
a  pas,  il  est  clair  que  le  terme  indiqué  ne  peut  pas  du 
tout  être  genre. 

§  5.11  faut  Voir  encore  si  ce  n'est  pas  un  terme  pure- 
ment métaphorique  qui  a  été  donné  comme  genrci 
comme  lorsqu'on  dit,  par  exemple  que  la  prudence  est 
une  harmonie;  car  tout  genre  est  attribué  proprement  à 
ses  espèces:  or,  l'harmonie  est  attribuée  non  point pro* 
prement,  mais  seulement  par  métaphore,  à  la  prudence; 
en  effet  toute  harmonie  n'est  que  dans  les  sons. 

§  6.  Il  faut  voir  encore  s'il  n'y  a  pas  quelque  con- 
traire à  l'espèce  :  et  cet  examen  peut  se  faire  de  plu«- 
sieurs  façons.  §  7.  D'abord,  on  doit  voit*  si  le  contraire 
est  dans  le  même  genre,  quand  il  n'y  a  pas  de  contraire 
au  genre;  car  il  faut  que  les  contraires  soient  dans  le 
même  genre,  s'il  n*y  a  pas  de  contraire  au  genre.  S'il  y 
a  un  contraire  au  genre,  il  faut  voir  si  le  contraire  est 
dans  le  genre  contraire  ;  car  il  faut  que  le  contraire  soit 
dans  le  genre  contraire ,  s'il  y  a  quelque  contraire  au 
genre;  et  c'est  par  Tinduction  qu'on  pourra  s'en  assu- 
rer dans  chaque  cas.  §  8.  De  plus,  il  faut  voir  si  le  con- 
traire de  l'espèce  n'est  dans  aucun  genre,  attendu  qu'il 
est  genre  lui-même,  comme  le  bien  ;  car,  si  ce  terme 
n'est  pas  dans  un  genre,  le  contraire  de  ce  terme  n'y 

g  4.  Du  genre  dénommé^  de  œ  8  7.  Il  faut  voir  H  U  cofUratra 

qui  esl  doDoé  pour  genre.  de  Tespôoe  donnée. 

8  5.   Tout  genre  est  aitrUmi  8  8.  Si  le  eantraére  de  Veepèee 

prapremeni^   essenliellenient;   et  n'eei  dan*  aticun  genre,  voir  le 

ptr  conséquent  cette  attribution  cbâp.  11  des  Catégoriee  sur  les  oon- 

n'est  point  une  métaphore.  traires,  espèce  des  opposés. 


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134  TOPIQUES. 

sera  pas  non  plus  :  mais  il  sera  genre  lui-même^  et  c'est 
ce  qui  a  lieu  pour  le  bien  et  le  mal  ;  car  aucun  de  ces 
deux  termes  n'est  dans  un  genre ,  mais  tous  les  deux 
sont  genres.  §  9.  On  peut  examiner  encore  si  le  genre 
et  lespèce  ne  sont  pas  Tun  et  l'autre  contraires  à  quel- 
que terme  :  et  si  pour  les  uns  il  y  a  intermédiaire  et  si 
pour  les  autres  il  n'y  en  a  pas  ;  car  s'il  y  a  quelque  in- 
termédiaire pour  les  genres,  il  y  en  a  pour  les  espèces  : 
et  si  pour  les  espèces,  il  y  en  a  pour  les  genres,  comme 
pour  la  vertu  et  le  vice,  la  justice  et  l'injustice  ;  car  il  y  a 
des  intermédiaires  pour  les  deux.  On  objecte  à  cela  qu'il 
n'y  a  pas  d'intermédiaire  entre  la  maladie  et  la  santé, 
bien  qu'il  y  en  ait  entre  le  mal  et  le  bien.  §  lo.  On  peut 
rechercher  s'il  y  a  quelque  intermédiaire  à  la  fois  et  pour 
les  genres  et  pour  les  espèces,  sans  que  ce  soit  de  la 
même  manière  :  pour  les  uns  comme  négation ,  et  pour 
les  autres  comme  sujet;  car  il  est  probable  à  première 
vue  que  les  intermédiaires  seront  de  la  même  manière 
pour  les  deux,  comme  pour  la  vertu  et  le  vice,  la  jus- 
tice et  l'injustice.  En  effet  pour  tous  les  deux  les  inteN 
médiaires  sont  négatifs. 

§  1 1.  Quand  il  n'y  a  pas  de  contraire  au  genre,  il  ne 

9  9.  On  objeeU  à  e^la,  Alexan-  les  genres,  ils  doivent  Tètre  aussi 

dre  a  raison  de  dire  que  robjection  pour  les  espèces.  —  Comme  sujets 

n*e8t  que  vraisemblable,  et  qu'au  comme  affirmation.  —  Les  intêr^ 

fond  elle  n'est  pas  vraie  ;  car,  entre  médiaires  sont  négaiifs,  ne  sont  ni 

la  santé  et  la  maladie,  il  est  possi-  vice  ni  vertu,  ni  justice  ni  injus- 

ble  de  distinguer  une  foule   de  tice.  Ainsi  les  intermédiaires  des 

nuances  intermédiaires.  genres  vice  et  vertu  sont  négatifs  ; 

8  10.  Sont  que  ce  eoit  de  la  ceux   des   intermédiaires  de   ces 

même  manière  y  si  les  contraires  genres,  justice  et  injustice,  le  sunt 

sont  affirmatifs  pour  les  genres,  ils  également, 

doivent  être  afflrmatifs  pour  les  §  11.  On  oèjac(«,  c'est  une  sorte 

espèces;  s'ils  sont  négatifs  pour  d'exoepUon  à  la  règle  posée  anté- 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  III.  135 

faut  pas,  regarder  seulement  si  le  contraire  est  dans  le 
même  genre  »  i}  faut  regarder  encore  si  Tintermédiaire  y 
est;  car  là  où  sont  les  extrêmes,  là  aussi  sont  les  moyens^ 
comme  pour  le  beau  et  le  noir,  puisque  la  couleur 
est  le  genre  des  deux  extrêmes  et  de  toutes  les  couleurs 
intermédiaires.  On  objecte  que  le  défaut  et  l'excès  sont 
dans  le  même  genre;  car  tous  les  deux  sont  dans  le 
mal  :  et  que  la  modération  qui  en  est  l'intermédiaire  est 
non  dans  le  mai,  mais  dajis  le  bien.  §  i  a.  Il  faut  voir  en 
outre  si  le  genre  est  contraire  à  quelque  terme,  tandis 
que  l'espèce  ne  Test  à  aucun  ;  car  si  le  genre  est  contraire 
à  quelque  terme,  l'espèce  l'est  aussi ,  comme  la  vertu  et 
le  vice,  la  justice  et  l'injustice.  Et  si  Ton  examine  d'autres 
cas,  on  verra  qu'il  en  est  bien  de  même.  Une  objection 
peut  se  tirer  de  la  santé  et  de  la  maladie  ;  car,  absolu- 
ment parlant,  la  santé  est  contraire  à  la  maladie  :.  mais 
telle  maladie  particulière,  qui  est  une  espèce  de  la  ma- 
ladie, n'est  contraire  à  rien;  par  exemple,  la  fièvre, 
l'ophthalmie,  ou  telle  autre  maladie. 

§  1 3.  Quand  on  réfute,  voilà  tout  ce  qu'il  faut  exa- 
miner; car  si  les  conditions  qu'on  a  dites  n'ont  pas  été 
remplies,  il  est  clair  que  ce  n'est  pas  le  genre  qui  a  été 
donné. 

§  i4*  Quand  on  établit  la  proposition,  il  y  a  trois 
manières  de  procéder  :  §  1 5*  D'abord  il  faut  voir  si  le 
contraire  de  l'espèce  est  bien  dans  le  genre  indiqué, 
quand  il  n'y  a  pas  de  contraire  à  ce  genre  ;  car  si  le  con- 

rieurement.  donno  :  La  vertu  au  vice,  la  justice 

S  IS.  Une  objection  peut  $e  ti-  à  l*injuâlice  ;  toutes  les  autres  édi- 

rer^  c'est  encore  une  exception.  —  tions  ont  la  leçon  que  j'ai  traduite. 

La  vertu  et  le  viee,  la  justice  et  La  ?arianle  n*a  point   d'ailleurs 

Vif^uitice,    rédition    de    Berlin  d'importance. 


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136  TOPIQCES. 

traire  est  dans  ce  genre,  il  est  clair  que  l'objet  en  dis- 
cussion y  est  aussi.  §  16.  Et  il  faut  voir  encore  si  le 
terme  intermédiaire  est  dans  le  genre  indiqué;  car  là  oit 
est  le  terme  moyen,  là  aussi  sont  les  extrêmes.  §  17.  Et 
de  plus,  s'il  y  a  quelque  contraire  au  genre,  il  faut  exa- 
miner si  le  contraire  est  dans  le  genre  contraire  ;  car, 
s'il  y  est,  il  est  clair  que  Tobjet  proposé  est  aussi  dans  le 
genre  proposé. 


CHAPITRE  IV. 

Quatorae  autres  lieux  du  genre. 

§  I ,  II  faut  regarder  aussi  aux  cas  et  aux  conjugués, 
s'ils  se  suivent  pareillement,  soit  qu'on  réfute  la  thèse, 
soit  qu'on  l'établisse  ;  car  c'est  à  la  fois  que  l'attribut  est 
ou  n'est  pas  à  un  seul  ou  à  tous  :  par  exemple,  si  la  jus- 
tice est  une  science,  justement  sera  savamment  et  le  juste 
sera  savant;  mais  si  l'une  de  ces  choses  n'est  pas, il 
n'en  saurait  £tre  non  plus  une  seule  des  autres. 

§  a.  Il  faut  regarder,  en  outre,  aux  choses  qui  sont 
entre  elles  dans  un  rapport  semblable  :  par  exemple, 
le  rapport  de  l'agréable  au  plaisir  est  tout  à  fait  pareil 
à  celui  de  l'utile  au  bien  ;  car  des  deux  côtés  l'un  est  ce 
qui  produit  Tautre.  Si  donc  le  plaisir  se  confond  avec  le 
bien,  l'agréable  se  confondra  avec  Futile.  Il  est  donc 
clair  que  le  plaisir  produit  le  bien  puisque  le  plaisir  est 

S  i.  Aux  cai  et  aux  e<n^ugué$t  voir  liv.  s,  ch.  9. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IV.  137 

un  bien.  §  3.  Même  remarque  pour  les  génërations  et 
les  destructions  des  choses  :  par  exemple  ^  si  bâtir  c'est 
agir,  avoir  bâti  ce  sera  avoir  agi  ;  et  si  apprendre  c'est 
se  souvenir,  avoir  appris  ce  sera  s'être  souvenu;  et  si 
être  dissous  c'est  être  détruit,  avoir  été  dissous  ce  sera 
avoir  été  détruit  ;  et  la  dissolution  sera  une  sorte  de 
destruction.  §  4*  Même  remarque  encore  pour  les  choses 
qui  produisent  et  qui  détruisent.  De  même  aussi  pour 
les  puissances  des  choses  et  les  usages;  et,  en  général^ 
soit  qu'on  réfute,  soit  qu'on  établisse,  il  faut  regarder  i 
toutes  les  ressemblances,  quelles  qu'elles  soient,  comme 
nous  venons  de  le  dire  pour  la  génération  et  la  destruc- 
tion des  choses.  Si  ce  qui  détruit  est  dissolvant ,  être 
détruit  sera  aussi  être  dissous;  et  si  générateur  est  pro- 
ductif, être  engendré  ce  sera  être  produit,  et  la  géné- 
ration sera  une  production.  Et  de  même  pour  les  puis- 
sances et  les  usages  des  choses;  car  si  la  puissance  est 
une  disposition  ,  pouvoir  sera  aussi  être  disposé;  et  si 
l'usage  de  quelque  chose  est  une  action,  se  servir  ce 
sera  agir,  et  s'être  servi,  avoir  agi. 

§  5.  Si  l'opposé  de  l'espèce  est  privation,  on  peut 


$9.  Si  apprendre,  e'ut  m  mu- 
«m<r,  comme  Platon  le  tevt,  dans 
le  Phédon,  dans  le  Ménon,  etc. 

g  4.  £ef  puUtaneei  dêi  choies, 
les  qualités  à  Tétai  de  simples  pos- 
sibilités. 

S  5.  Dans  lé  dernier  genre,  dams 
le  genre  où  est  la  possession  »  Si 
la  vue  eei  dans  le  dernier  genre, 
dans  la  sensation,  si  Ton  place  la 
vue  dans  la  sensation  prise  comme 
le  genre  le  plus  proche.  —  Vaveu" 
gkmeni  ne  sera  pas  sensation,  il 


sera  dans  le  genre  insensibilité. 
-*  En  second  lieu,  il  faut  sup- 
poser ici  quatre  termes;  le  pre- 
mier opposé  au  second ,  le  troi- 
sième au  quatrième,  par  pri?atioi|  ; 
si  le  quatrième  n*est  pas  Tespèce 
du  second,  le  troisième  ne  sera  pas 
Tespèce  du  premier.  —  Et  que  Vop- 
posé  ne  soit  pas  dont  le  genre  op- 
posé, le  quatrième  n^étant  pas  Tes- 
|)èce  du  second ,  le  genre  indiqué 
n'est  pas  non  plus  dans  le  genre 
indicé,  le  troisième  n*e8t  p|^s  non 


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138  TOPIQUES, 

réfuter  la  thèse  de  deux  manières  :  d'aboitl ,  si  l'opposé 
est  dans  le  genre  indiqué;  car,  ou  la  privation  n^est  ja- 
mais absolument  dans  le  même  genre,  ou  du  moins  n'est 
pas  daas  le  dernier  genre  ^  par  exemple ,  si  la  vue  est 
dans  le  dernier  genre,  dans  la  sensation,  l'aveuglement 
ne  sera  pas  sensation.  En  second  lieu,  si  la  privation 
est  à  la  fois  l'opposé  du  genre  et  de  l'espèce,  et  que 
l'opposé  ne  soit  pas  dans  le  genre  opposé,  le  genre  in- 
diqué n'est  pas  non  plus  dans  le  genre  indiqué.  Il  faut 
donc,  quand  on  réfute  la  thèse,  se  servir  de  ces  moyens. 
Mais,  quand  on  l'établit,  il  n'y  en  a  qu'un  seul  ;  car  si 
l'opposé  est  dans  l'opposé,  l'objet  en  question  sera  aussi 
dans  l'objet  en  question  :  par  exemple,  si  l'aveuglement 
est  une  sorte  d'insensibilité,  la  vue  sera  une  sorte  de  sen- 
sation. 

§  6.  Il  faut  examiner  dans  un  sens  contraire  les  né- 
gations, comme  on  l'a  dit  pour  l'accident  :  par  exemple 
si  l'agréable  se  confond  avec  le  bien,  ce  qui  n'est  pas 
bien  n'est  pas  agréable;  car  s'il  n'en  était  pas  ainsi ,  il 
y  aurait  quelque  chose  qui  ne  serait  pas  bon  et  qui  serait 
cependant  agréable.  Mais  il  est  impossible  qu'il  y  ait 
quelque  chose  de  non  bon  qui  soit  agréable,  puisque  le 
bien  est  le  genre  de  l'agréable.  £n  effet  toutes  les  fois  que 
le  genre  n'est  pas  attribué,  aucune  des  espèces  ne  l'est 
davantage.  Il  faut  faire  le  même  examen  quand  on  éta- 
blit la  thèse;  car,  si  ce  qui  n'est  pas  bon,  n'est  pas 


plus  Tespèce  du  premier.  —  Car  $i  sième  sera  aussi  resi)èce  du  pre- 

V opposé  est  dans  V opposé,  si  le  mier. 

quauièinc  est  l*espèce  du  second,  g  6.    Comme  on  Va  dit  pour 

—  l'objet  en  question  sera  aussi  Vaccident,  voir  plus  baut,  liv.  S, 

dans  l'objet  en  question,  le  troi-  ch.  S,  $  3,  et  liv.  8,  ch.  S,  $  8. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IV.  139 

agréable  y  Tagrëable  est  bon  ;  et  par  conséquent  y  le  bon 
est  le  genre  de  Tagréable. 

§  7»  Si  l'espèce  est  un  relatif  ^  il  faut  regarder  si  le 
genre  aussi  en  est  un  ;  car  si  l'espèce  est  un  relatif,  le 
genre  aussi  en  sera  un,  eomme  pour  le  double  et  le 
multiple,  qui  tous  deux  sont  des  relati£i.  Mais  le  genre 
peut  être  un  relatif,  sans  que  l'espèce  eu  soit  nécessai- 
rement un;  car  la  science  est  un  relatif,  et  la  grammaire 
n'en  est  pas  un.  Ou  bien  la  règle  posée  plus  baut  n'est- 
elle  pas  fausse?  La  vertu,  en  effet,  est  ce  qu'est  le  bon , 
ce  qu'est  le  beau,  et  la  vertu  est  un  relatif,  tandis  que  le 
beau  et  le  bon  ne  sont  pas  des  relatifs ,  mais  des  qualités. 

$  8.  Il  faut  aus&i  regarder  si  l'espèce  n'est  pas  dite 
en  elle-même  et  pour  le  genre,  retativement  à  la  même 
chose:  par  exemple,  si  le  double  est  dit  le  double  de  la 
moitié ,  il  faut  aussi  que  le  multiple  soit  dit  de  la  moitié  : 
sinon ,  le  multiple  ne  serait  plus  le  genre  du  double. 

§  9.  Il  faut  voir  encore  si  l'espèce  n'est  pas  dite  relati- 
vement à  la  même  chose  et  pour  le  genre  et  pour  tous  les 
genres  du  genre  :  car  si  le  double  est  relatif  à  la  moitié, 
le  multiple  l'est  aussi,  le  surpassant  sera  relatif  à  la 
moitié  ;  et  d'une  manière  générale  tous  les  genres  supé- 
rieurs seront  relatifs  à  la  moitié.  On  objecte  qu'il  n'est 
pas  nécessaire  que  l'espèce  soit  relative  à  une  même 

S  7.  La  doublé  ei  le  multiple^  tive  à  une  même  chose-  —  Il  faut 

Ca^^(jrorie«,ch.7,S17.^£a<ciefiC0  au$9i  que  le  multiple,  genre  du 

êit  un  rOatif,  ibid.,  S  18-  —  £«<  <louble. 

ce  qu'est  le  (ton,  ee  qu'eet  le  beau,  ^  9-  Le  iurpoieant,  genfe  du 
8e  ooBfMid  essentiellemenl  avec  k  multiple,  comme  le  multiple  lui- 
bon,  avec  le  beau.  même  Test  du  double.  —  Toum  les 

g.  S.  If  est  pas  dite,  et  c'est  une  ffenres  supérieurs^  c*est-à-<lire  plus 

faute ,  attendu  qn*elie  doit  être,  larges.  —  On  objecte,  c*est  une  ex- 

et  pour  soi  et  pour  le  genre  ^  rela-  œption. 


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140  TOPIQUES. 

chose,  en  soi  et  pour  lé  genre  ;  car  la  science  est  dite  la 
science  de  ce  qui  est  su  j  mais  la  possession  et  la  dispo- 
sition sont  dites  possession  et  disposition,  non  de  ce 
qui  est  su ,  mais  de  l'âme. 

§  lo.  De  pluS;  il  faut  voir  si  le  genre  et  l'espace 
sont  exprimes  d^une  façon  égale  dans  les  cas  des  mots  : 
par  exemple,  s'ils  sont  dits  à  quelqu'un,  de  quelqu'un 
ou  de  toute  autre  façon;  car  le  genre  doit  suivre  l'es* 
pèce.  Ainsi  ce  qui  est  pour  le  double  est  aussi  pour  les 
genres  supérieurs  :  de  même  que  le  double  est  le  double  ' 
de  quelque  chose.  Et  pour  la  science ,  elle  est  aussi  la 
science  de  quelque  chose,  ainsi  que  ses  genres,  comme 
la  disposition  et  la  possession.  On  peut  objecter  qu'il 
n'en  est  pas  toujours  de  cette  façon  ;  car  l'opposé  et  le 
contraire  sont  opposés  et  contraires  à  quelque  chose , 
tandis  que  l'autre,  qui  en  est  le  genre,  est  non  pas  autre 
à  quelque  chose,  mais  autre  que  quelque  chose.:  en  effet 
on  dit  que  telle  chose  est  autre  que  telle  chose. 

§  1 1 .  De  plus ,  il  faut  voir  si  les  relatifs  exprimés 
d'une  façon  égale  dans  les  cas  des  mots,  ne  sont  pas 
également  réciproques  comme  pour  le  double  et  le  mul- 
tiple; car  chacun  d'eux  est  dit  le  double,  le  multiple  de 
quelque  chose,  soit  en  eux-mêmes,  dans  leurs  termes 
réciproques.  Ainsi  la  moitié  et  le  sous-multiple  sont  dits 
la  moitié  et  le  sous-multiple  de  quelque  chose  ;  et  de 


S  10.  Stratoo,  au  rapport  d*Â-  S  11.  Un$  égaie  rieiproeité,  si 

lexaadre,  avait  développé  ce  lieu  et  le  terme  réciproque  n'exige  pas  le 

en  avait  ajouté  un  autre  qui  s'en  même  cas,  dont  on  prétend  quMI 

rapprochait.  Alexandre  ne  dit  pas  est  le  réciproque,  c'est  qu*il  n'est 

si  c'éuit  dans  un  commentaire  ou  pas  le  genre  de  ce  terme,  ou  que  ce 

dans  un  ouvrage  original  queStra-  terme  n'en  est  pas  le  genre  :  évi* 

ton  faisait  cette  addition.  demment  Ton  s'est  trompé. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IV.  141 

même  pour  la  science  et  pour  la  perception  ;  car  elles 
•sont  la  science  et  la  perception  de  quelque  chose ,  et 
sont  exprimées  également  dans  leurs  ternies  réciproques  ; 
ainsi  ce  qui  est  su,  ce  qui  est  perçu,  est  su,  est  perçu  par 
quelqu^un.  Si  donc ,  il  n  y  a  pas  pour  Tun  des  termes 
une  égale  réciprocité,  il  est  clair  que  Tun  n'est  pas  le 
genre  de  l'autre. 

§  la.  De  plus,  il  faut  voir  si  le  genre  et  l'espèce 
.sont  relatifs  à  un  nombre  égal  de  choses  ;  car  l'un  et 
l'autre  semblent  devoir  se  dire  également ,  et  pour  un 
même  nombre  de  choses,  comme  pour  la  donation  et  le 
don;  ainsi  la  donation  est  dite  donation  de  quelqu*un 
ou  à  quelqu'un ,  et  le  don  est  le  don  de  quelqu'un  et  à 
quelqu'un;  le  don  est  le  genre  de  la  donation,  la  dona- 
tion étant  un  don  irrévocable.  Mais  pour  certaines 
choses  le. genre  et  l'espèce  ne  sont  pas  également  éten- 
dus; car  le  double  est  le  double  de  quelque  chose,  mais 
le  surpassant  et  le  plus  grand  sont  surpassant  quelque 
chose  et  de  quelque  chose ,  plus  grand  est  plus  grand 
que  quelque  chose  et  de  quelque  chose  ;  car  tout  ce  qui 
.surpasse  et  est  plus  grand  surpasse  quelque  chose  et  de 
quelque  chose,  et  est  plus  grand  que  quelque  chose  et 
de  quelque  chose.  Donc ,  ces  termes  ne  sont  pas  les 
genres  du  double,  puisqu'ils  ne  sont  pas  relatifs  à  au- 
tant de  choses  que  l'est  l'espèce.  Ou  bien  il  n'est  pas 
vrai  généralement  de  dire  que  le  genre  et  l'espèce  sont 
relatifs  dans  une  étendue  égale. 

§  i3.  II  faut  voir  encore  si  l'opposé  est  bien  le  genre 

S  IS.  Sont  rêlaiifi  à  un  nombre  itêndw  égaU^  s*appllqaeiit  k  un 

égiA  de  ehosee^  si  le  nombre  des  même  ndmbre  de  relatifs, 

cas  est  égal  pour  le  genre  et  pour  S  13.  La  eeienee  e$t  Ut  f«rua- 

Tespèce.  —  Simi  relatifi  dam  une  tian ,  Toici  un  passage  formel  où 


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142  TOPIQUES. 

(le  l'opposé  :  par  exemple ,  si  le  multiple  est  le  genre 
(lu  double^  et  si  le  sous-multiple  l'est  de  la  moitié;  car 
il  faut  que  Topposë  soit  le  genre  de  l'oppose.  Si  donc  on 
avance  que  la  science  est  la  sensation  ^  il  faudra  aussi 
que  ce  qui  est  su  soit  sensible^  mais  œla  n'est  pas;  car 
tout  ce  qui  est  su  n'est  pas  sensible ,  et  il  y  a  certaines 
choses  purement  intellectuelles  que  l'on  sait.  Donc  le 
sensible*  n'est  pas  le  genre  de  ce  qui  est  su  ,  et  fi*il  ne 
Pest  pas ,  la  sensation  n^est  pas  non  plus  le  genre  de  là 
science. 

$  i4-  Puisque,  parmi  les  relatifs,  les  uns  sont  oëoe»- 
sairement  dans  les  choses  on  da  moins  près  des  choseis 
relativement  amcqueHes  ils  sont  dits  :  par  exemple,  la 
disposition,  la  possession  et  la  commensurabilité;  car  il 
n'est  pas  possible  que  ces  trois  relatifs  soient  dans 
d'autres  dioses  que  dans  celles  dont  ils  sont  les  relatifs; 
et  comme  d'autres  relatifs  au  contraire  ne  sont  pas  né- 
cessairement dans  les  choses  dont  ils  sont  les  relatifs, 


Aristote  nie  que  U  science  et  la 
sensation  ae  confondant,  n  se  pto- 
nonce  ,  rarement  d*ane  manière 
aussi  nette.  Voir  le  dernier  cha- 
pitre des  D$mii&f$  AnaiyUquêê,  — 
Tout  ee  gui  €$t  MU  n'^t  pat  am- 
fidto,  c'est  la  théorie  tout  entière 
de  Théaetète. 

§  U.  AcêquêFâmâoUlaein^ 
naiêêanee  de  Tâme,  ToUà  Tacte  de 
conscience  très-clairement  indiqué. 
—  Ceitê  même  iekmoe  pmt  fin 
Men  être  dans  un  otilins,  Alexandre 
INTopose  ici  une  variante,  quUl  ne 
parait  pas  d'ailleurs  emprunter  à 
un  manuscrit;  U  vaudrait  mieux 
dire 9  suivant  lui: «Puisque  cette 


«  même  science  (que  l^&me  ap» 
«  pUque  à  elle-même)  peut  fort 
«  bien  aussi  s'appliquer  à  une  autre 
«  chose.  »  n  est  évident  que  c'est 
là  la  vériuble  pensée  d'Aristote  ; 
les  mots  du  texte»  que  J'ai  fidèle- 
ment traduits,  peuvent  donner 
aussi  ce  sens  en  grec,  comme  le 
commentateur  l'observe  ;  mais  il 
n'en  est  pas  tout  à  fait  de  même 
dans  notre  tangue.  —  La  mimoirû 
0$t  ia  permantnc4  de  la  fcience, 
ceci  peut  se  rapporter  à  la  défini- 
tion que  Platon  donne  de  la  mé- 
moire, Pbédon,  pag.  aS7,  trad.  de 
M.  Cousin,  ou  peut-être  à  quel- 
au*atttre  définition  encore. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  IV.  143 

mais  y  peuvent  seulement  être  :  par  exempte ,  si  l*âme 
est  une  chose  qu'on  peut  savoir,  car  il  n'y  a  aucun  ob- 
stacle à  ce  que  Tâme  ait  la  connaissance  d'elle-même  : 
mais  cela  n'est  en  rien  nécessaire,  puisque  cette  même 
science  peut  fort  bien  être  aussi  dans  une  autre  chose  : 
comme  enfin  d'autres  relatifs  ne  peuvent  absolument 
point  être  dans  les  choses  dont  ils  sont  les  relatifs;  par 
exemple,  le  contnûre  n'est  jamais  dans  1?  contraire,  non 
plus  que  la  science  dafis  ce  qui  est  su,  à  moins  que  ce 
qui  est  su  ne  soit  Tftroe  même  de  l'homme  :  il  s'ensuit 
qu'il  faut  examiaer  si  l'adversaire  a  placé  une  chose  qui 
a  cette  qualité  de  relatif  dans  un  genre  qui  n'a  pas  cette 
qualité.  Par  exemple,  si  l'on  a  dit  que  la  mémoire  est 
la  permanence  de  la  science;  car  toute  permanence  est 
dans  l'objet  permanent  et  dans  ce  qui  le  conoemey  de 
sorte  que  la  permanence  de  la  science  est  dans  la  science, 
et  que  la  mémoire  est  dans  la  science,  puisque  c'est  la 
permanence  de  la  scienoe;  mais  cela  n'est  pas  poesible; 
car  toute  mémoire  est  dans  l'âme. 

Du  reste,  ce  heu  qu'on  vteni;  de  dire  est  commun 
aussi  à  l'accident  ;  il  n'y  a  pas  de  différence  à  dire  que 
la  peimanence  est  le  genre  de  la  mémoire,  ou  de  dire 
que  la  permanence  est  un  accident  pour  elle  ;  car  de 
quelque  façon  que  la  mémoire  soit  la  permanence  de  la 
science,  oette  même  définition  lui  conviendra  tou- 
jours. 


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144 


TOPIQUES. 


CHAPITRE  V. 

Douze  autres  lieux  du  genre. 

§  I.  De  plus,  si  l'on  a  placé  la  faculté  dans  Pacte  ou 
l'acte  dans  la  faculté,  ce  qu'on  a  pris  pour  genre  n'est 
pas  véritablement  genre  :  par  exemple,  si  l'on  a  dit  que 
la  sensation  était  un  mouvement  dans  le  corps;  car  la 
sensation  est  une  faculté  :  mais  le  mouvement  est  un 
acte.  Et  de  même,  si  l'on  a  dit  que  la  mémoire  est  une 
faculté  susceptible  de  recevoir  la  perception  ;  car  aucune 
mémoire  n'est  faculté,  elle  est  bien  plutôt  un  acte. 

§  a.  On  se  trompe  encore  en  plaçant  la  faculté  dans 
la  puissance  qui  en  est  la  suite  :  par  exemple,  si  l'on  dit 
que  la  douceur  est  une  réfréna tion  de  la  colère,  et  que  ' 
la  justice  et  le  courage  sont  la  réfrénation  de  sentiments 
cupides  et  craintifs;  car  il  suffit  alors  d'être  impassible 
pour  être  courageux  et  doux  :  tandis  que  lliomme  qui  se 
modère  est  celui  qui  est  ému  et  ne  se  laisse  pas  entraî- 
ner. Peut-être,  du  reste,  cette  puissance  est-elle  la  suite 


%  \.  Ce  qu*on  a  pris  pour  genn 
iCest  pat  vériîàhlêmêni  genn^  1*^ 
diUon  de  Berlin  a  omis  tout  ce  mem- 
bre de  phrase  que  donnent  toutes 
les  éditions,  et  elle  n*a  justifié  cette 
lacune  par  aucune  autorité.  Cette 
phrase  est  presque  indispensable, 
si  ce  n*est  pour  la  pensée  générale 
qui  est  claire ,  du  moins  gramma- 
ticalement. —  Car  Ut  iwuation  est 
une  faculté  t  sensation  est  pris  ici 


dans  Tacceptioa  de  sensibilité.  — 
Car  amcummémoirs  n*ôst  faeukéf 
il  fout  entendre  mémoire  dans  le 
sens  de  souTenlr. 

S  t.  Enptaçani  la  fàeuUé  dans 
la  puissance  qui  en  est  la  suite, 
c'est-à-dire  en  faisant  la  puissance 
genre  de  la  faculté.  Voir,  pour  la 
théorie  du  courage  et  de  la  douceur, 
la  Morale  à  Nicomaqne,  Ht.  3,  ch.  6, 
etliv.i,ch.5. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  V.  145 

de  l'un  et  de  lautre  état,  de  sorte  que  Thoinme  maître 
de  soi,  souffre,  n'est  pas  entraîné,  et  sait  résister.  Mais 
cela  même  n'est  pas  l'essence  ici  du  courage  et  là  de  la 
douceur;  l'essence  de  l'un  et  de  l'autre,  c'est  de  ne  pas  se 
laisser  émouvoir  par  de  telles  passions. 

§  3.  Parfois  on  prend  la  conséquence,  quelle  qu'elle 
soit,  pour  le  genre  :  par  exemple ,  la  douleur  pour  le 
genre  de  la  colère ,  et  la  perception  pour  celui  de  la 
certitude.  Il  est  bien  vrai  que  toutes  deux  suivent  d'une 
certaine  manière  les  espèces  indiquées  :  mais  aucune 
d'elles  cependant  n'en  est  le  genre.  En  effet  l'homme  en 
colère  ne  s'est  mis  en  colère  qu'après  que  la  douleur  est 
venue  l'atteindre;  et  ce  n'est  pas  la  colère  qui  est  cause 
de  la  douleur,  mais  bien  la  douleur  qui  l'est  de  la  co- 
lère; donc,  absolument  parlant,  la  colère  n'est  pas  la 
douleur.  Et  par  le  même  motif  la  certitude  n'est  pas  là 
perception  ;  car  on  peut  bien  avoir  la  même  perception 
sans  avoir  de  certitude  :  mais  cela  ne  se  pourrait  pas  si 
la  certitude  était  une  espèce  de  la  perception.  En  effet  il 
n'est  pas  possible  qu'une  chose  demeure  la  même  si  on 
la  change  tout  à  fait  d'espèce.  Ainsi ,  ce  même  animal 
ne  saurait  être  tantôt  homme  et  tantôt  ne  l'être  pas. 
Mais  si  l'on  prétend  que  nécessairement  celui  qui  per- 
çoit a  une  certitude  aussi,  la  perception  et  la  certitude 
seront  prises  comme  égales,  de  sorte  que  de  cette  façon 
encore  il  n'y  aurait  plus  de  genre  ;  car  il  faut  que  le 
genre  soit  toujours  plus  large  que  l'espèce. 

S  3.  Les  espèces  indiquées ,  ou  mais  notre  langue  ne  m'a  pas  offert 

les  genres,  la  colère ,  la  certitude,  d'équivalents  plus    exacts.  —  La 

par  exemple.  —  Douleur certi-  perception  et  la  certitude  seront 

tude^  Ces  mois  ne  rendent  pas  par-  prises  comme  égales,  on  les  consl- 

faitement  la  nuance  du  mot  grec;  dércra  Tune  et  l'autre  comme  doux 

IV.  10 


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U6  TOPIQUES. 

§  4-  Il  faut  voir  encore  si  les  deux  ne  peuvent  pas 
être  naturellemenl  dans  un  seul  et  même  objet  ;  car  là 
où  est  l'espèce  là  est  le  genre  :  par  exemple,  là  où  est  le 
blanc,  là  aussi  est  la  couleur;  et  là  où  est  la  grammaire, 
là  aussi  est  la  science.  Si  donc  on  appelle  la  honte  crainte, 
et  la  colère  douleur,  il  en  résultera  que  l'espèce  et  le 
genre  ne  sont  pas  dans  le  même  objet;  car  la  honte  est 
dans  l'âme  raisonnable,  la  crainte  dans  Time  passionnée, 
et  la  douleur  dans  l'âme  concupiscible  ;  car  c'est  là 
aussi  qu'est  le  plaisir,  tandit  que  la  colère  est  dans  la 
partie  passionnée.  Donc,  ce  ne  sont  pas  les  vrais  genres 
qui  ont  été  indiqués,  puisqu'ils  ne  peuvent  être  naturel- 
lement dans  les  mêmes  objets  que  les  espèces.  Et  de 
même  pour  l'amitié,  si  on  la  place  dans  la  partie  concu- 
piscible, elle  cessera  d'être  un  acte  volontaire,  tandis 
que  toute  volonté  est  dans  la  partie  raisonnable.  Ce  lieu, 
du  reste,  est  utile  même  aussi  pour  l'accident;  car  Tac- 
cident  et  la  chose  à  laquelle  il  appartient  sont  dans  le 
même  objet,  de  sorte  que  s'ils  ne  paraissent  pas  y  être, 
il  est  évident  que  l'accident  a  été  mal  indiqué. 

§  5.  On  s'est  encore  trompé  si  l'espèce  ne  participe 

genres  égaai,  d*étendiie  parfaite-  VanUtii  ees$9ra  dTêirê  un  acte  wh 

ment  égale.  Umialinj  Voir  pour  la  théorie  de 

ii.SiUs  deux,  genre  et  espèce,  ramitié»  les  liv.  8  et  9  de  la  Morale 

-^Làoùettrespêeêlàest  le  genre,  à  Nlcomaqne.— SofUdatw  le  mime 

ce  qui  reçoit  Tespèce  reçoit  aussi  oèjei,  sont  compris  dans  le  même 

le  genre,  undis  que  la  réciproque  genre,  ^accident,  en  effet,  suit 

n'est  pas  vraie.  Le  genre  peut  se  toigours  le  sujet  dans  lequel  il  est 

passer  d*une  espèce  :  Tespèce  ne  8  5.  Mai$  U  ne  Vest  pae  dam 

peut  jamais  se  passer  du  genre.  —  eon  âme,  L'&me  n'est  ni  sensible  ni 

Et  dans  Vâme  raiêonnoMe,  c*est-  visible  ;  par  conséquent  elle  est  im- 

à-dire  la  partie   raisonnable  de  matérielle.  C*est  toute  la  doctrine 

r&me.  Voir  le  Traité  de  Tàme,  platonicienne,  dans  le  Pbédon,  la 

liv.  8,  ch.  9 ,  page  isa,  a,  S5.  —  Eépublique,  les  Lois,  le  Timée. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  V.  147 

cpi'eii  partie  au  genre  indique  ;  car  le  genre  ne  parait 
pas  pouvoir  être  possédé  en  partie  par  l'espèce.  Ainsi, 
l'homme  n'est  pas  animal  en  partie,  la  grammaire  n'est 
pas  science  en  partie  :  et  de  même  pour  le  reste.  Il  faut 
donc  examiner  si  le  genre  n'est  pas  possédé  en  partie 
seulement  par  quelques  termes.  Et,  par  exemple,  si  l'on 
dit  que  l'animal  est  at  qui  est  senti  ou  ce  qui  est  vu  ; 
car  l'animal  est  bien  en  partie  sensible  et  visible,  et  c'est 
dans  son  corps  qu'il  est  sensible  et  visible  ;  mais  il  ne 
l'est  pas  dans  son  âme.  Donc,  le  sensible  et  le  visible  ne 
sauraient  être  les  genres  de  l'animal. 

§  6.  On  ne  s'apwçoit  pas  non  plus  quelquefois  qu'on 
place  le  tûut  dan^  la  partie,  comme  lorsqu'on  appelle 
l'animal  un oorps  animé;  mais  la  partie  ne  peut  point 
être  attribuée  au  tout.  Donc  le  corps  ne  saurait  être  le 
genre  de  Timimal,  puisqu'il  en  est  une  partie. 

§  7.  Il  faut  voir  encore  si  l'adversaire  n'a  point  placé 
dans  la  puissance  etdansle  possible,  quelque  chose  qui 


8  s.  Un  eorp$  animiy  U  tkui  en- 
tendre id  le  mot  corps  dans  un  sens 
iQftreint  et  limité ,  et  non  point, 
oonune  on  le  bit  d*ordi|iaire ,  dans 
le  sens  général  ;  car  alors,  le  oorps 
animé  serait  le  genre  d*animal.  Le 
corps  est  dit  de  Tune  des  deox  par- 
ties qai  composent  Tanimal  entier, 
le  oorps  et  TSme. 

prendn  ou  à  /Vi<r,Toute  puissance 
tend  tonjours  an  bien,  emporte  tou- 
jours avec  elle  Tidée  du  bien  ;  il  ne 
fiiut  donc  Jamais  y  supposer  le  mal. 
—  Sophiste  celui  qui  peut  tirer  un 
lucre  de  êa  sagesse  apparente;  au 
lieu  de  toute  cette  phrase,  Tédilion 
de  Berlin  en  donne  une  plus  concise 


et  moins  nette  :  «  Par  exemple  (  si 
«  Ton  a  appelé)  sophiste,  ou  calom- 
«  niateur,  ou  Tolenr,  celui  qui  peut 
«  dérober  les  biens  d'autrni  ou  qui 
«  peut  calomnier  ou  faire  le  so- 
ft pbiste.»  Cette  leçon,  qu*avait  déjà 
donnée  Tédition  d*Isingriniu8,  en 
marge,  ne  me  parait  pas  aussi  bonne 
que  la  leçon  vulgaire.  Eli*  est  sans 
doute  autorisée  par  des  manuscrils 
que  rédition  de  Berlin  attrait  dû 
citer. — On  fC appelle  méchants  qu» 
ceux  qui  U  sont  volontairemdSU^ 
C*est  le  principe  de  Socrate  et  de 
Pbton.  Voir  aussi  la  Morale  à  NI* 
comaque,  liv.  8,  cb.  5.  —  Ils  pet^ 
vent  faire  U  mal,  mais  en  fait  ils 
ne  le  font  jamais. 


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148  TOPIQUES, 

soit  à  reprendre  ou  à  fuir  ;  par  exemple,  s'il  a  appelé  so* 
phiste  celui  qui  peut  tirer  un  lucre  de  sa  sagesse  appa- 
rente, ou  calomniateur  celui  qui  peut  calomnier  en  se* 
cret  et  semer  la  haine  entre  lesamis,  ou  voleur  celui  qui 
peut  voler  les  choses  d'autrui.  En  effet,  aucun  de  ces 
gens  n'est  qualifié  de  ce  nom  uniquement  parce  qu'il 
peut  être  teL  Dieu  et  l'homme  wrtueux  peuvent  aussi 
malfaire,  mais  ne  sont  pas  tels  cependant;  car  on  n'ap- 
pelle méchants  que  ceux  qui  le  sont  volontnrement. 
C'est  que  toute  puissance  est  chose  à  désirer  :  les  puis» 
sauces  même  du  mal  sont  désirables  aussi,  et  voilà 
pourquoi  nous  disons  que  Dieu  et  l'homme  vertueux 
les  possèdent  ;  car  ils  privent  faire  le  mal.  Ainsi  donc, 
la  puissance  ne  saurait  être  le  genre  de  rien  de  blâr 
mable  ;  sinon,  il  en  résulterait  que  quelque  chose  de  blâp 
mable  serait  à  désirer,  et  que  certaine  puissance  serait 
blâmable. 

$  8.  Il  faut  aussi  voir  si  l'adversaire  n'a  pas  donné 
comme  puissance  ou  possible,  ou  simplement  comme 
pouvant  produire  quelque  chose,  une  des  choses  pré- 
cieuses ou  désirables  en  soi;  car  toute  puissance,  tout 
possible,  toute  chose  qui  agit,  n'est  désirable  qu'en  vue 
d'une  autre  chose. 

§  9.  Ou  bien  si  l'adversaire  a  placé  dans  un  seul 
genre  une  chose  qui  est  dans  deux  ou  plusieurs  genres; 
car  il  y  a  certaines  choses  qu'on  ne  saurait  placer  dans 
un  seul  genre;  par  exemple,  le  menteur  et  le  calomnia- 
teur. En  effet,  l'intention  avec  ht  puissance  ou  la  puis- 
sance sans  l'intention  ne  suffisent  point  pour  faire  ni  le 

S  9.  La  puissance  sans  Vintet^     maque,  Ut.  8 ,  la  théorie  de  la  vo- 
tiont  Voir  dans  la  Morale  à  Nioo-     lonté  morale. 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  V.  149 

menteur  ni  le  calomniateur;  il  n'y  a  de  menteur  et  de 
calomniateur  que  celui  qui  réunit  les  deux  choses.  Donc, 
il  ne  faut  pas  placer  les  deux  choses  indiquées  ici  dans 
un  seul  genre,  il  faut  les  mettre  dans  deux  genres. 

§  lo.  Quelquefois  aussi  on  donne  réciproquement  le 
genre  pour  la  différence  et  la  différence  pour  le  genre  ; 
par  exemple,  la  stupéfaction  pour  un  excès  d'admira- 
tion, et  la  certitude  pour  une  violence  de  conception. 
'Mais  ni  l'excès  ni  la  violence  ne  sont  le  genre  :  ce  n'est 
que  la  différence;  car  la  stupéfaction  parait  être  une 
admiration  excessive ,  et  la  certitude  une  conception 
violente.  Donc,  l'admiration  et  la  conception  sont  le 
genre,  comme  l'excès  et  la  violence  sont  la  différence. 
De  plus,  si  Ton  prenait  l'excès  ou  la  violence  pour  genres, 
les  choses  inanimées  elles-mêmes  éprouveraient  certi- 
tude et  stupéfaction.  En  effet,  la  violence  de  chaque 
chose  et  l'excès  sont  à  ce  dont  ils  sont  l'excès  et  la  vio- 
lence. Si  donc  la  stupéfaction  est  un  excès  d'admira- 
tion, la  stupéfaction  sera  k  l'admiration,  de  sorte  que 
ladmiration  sera  stupéfaite  :et  de  même  la  certitude  sera 
k  la  conception,  s'il  y  a  une  violence  de  conception,  de 
sorte  que  la  conception  aura  la  certitude.  11  arrivera 
encore,  si  l'on  prétend  qu'il  en  est  ainsi,  que  la  vio- 
lence est  violente,  que  l'excès  est  excessif;  car  il  y  a  une 
certitude  violente.  Si  donc  la  certitude  est  violence,  la 
violence  sera  violente.  Et  de  même  aussi  il  y  a  une  stu- 
péfaction excessive  t  si  donc  la  stupéfaction  est  excès, 
il  y  aurait  un  excès  excessif.  Mais  ni  Tune  ni  l'autre  de 
ces  choses  ne  semble  vraie,  de  même  que  le  mouvement 
n'est  pas  le  mobile,  non  plus  que  la  science  n'est  ce  qui 
est  su. 


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150  TOPIQUES. 

§  1 1 .  On  se  trompe  encore  en  plaçant  la  modifica- 
tion dans  le  genre  même  qui  est  modifie  :  par  exemple, 
quand  on  dit  que  l'immortalitë  est  une  existence  éter- 
nelle ;  car  Timmortalitë  paraît  être  une  modification  ou 
une  circonstance  de  Texistence.  Mais  évidemment  l'as- 
sertion précédente  ne  deviendrait  vraie  que  si  Ton  ac* 
cordait  que  de  mortel  on  peut  devenir  immortel;  car 
personne  ne  dirait  alors  qu'il  prend  une  autre  existence, 
mais  seulement  qu'à  cette  même  existence  il  arrive  quel- 
que modification  ou  quelque  circonstance  nouvelle.  Donc 
l'existence  n'est  pas  le  genre  de  l'immortalité. 

§  3.  En  outre,  on  se  trompe  si  Ton  dit  que  le  genre 
de  la  modification  est  l'objet  même  dont  il  y  a  modi* 
fication  :  par  exemple,  si  l'on  dit  que  le  vent  c'est  l'air 
agité  ;  car  le  vent  est  plutôt  l'agitation  de  l'air.  C'est  en 
effet  toujours  le  même  air,  soit  qu'il  soit  agité,  soit  qu'il 
reste  en  repos.  Donc,  absolument  parlant,  le  vent  n'est 
pas  l'air;  car  alors  il  y  aurait  vent  même  quand  l'air  ne 
serait  pas  agité,  puisque  le  même  air  subsiste  qui  tout 
à  l'heure  était  le  vent.  Et  de  même  pour  toutes  les 
autres  erreurs  de  ce  genre.  Mais  si,  dans  l'exemple  pré- 
cédent, on  peut  accorder  que  le  vent  soit  de  l'air  agité, 
il  ne  faudrait  pas  admettre  des  assertions  de  ce  genre 
pour  toutes  les  choses  dans  lesqueQes  le  genre  indiqué 
n'est  pas  le  véritable  ;  on  ne  pourrait  les  admettre  que 
pour  le  cas  oii  le  genre  donné  est  attribué  avec  vérité. 

§  11.  De  mortel  on  peut  devenir  Vair  agité  fi'esipeuléVpeVopmion 

immortel,  Ce&i  cette  même  impus-  d*un  philosophe  antérieur  que  cri- 

sibillté  qui  a  dicté  à  Platon  la  tique  ici  Aristole,  ou  simplement 

.  théorie  de  rétemité  de  r&me.  Voir  aussi  l*opinion  vulgaire  qui  explique 

le  Phèdre  et  le  Timée.  ainsi  le  vent.  La  première  supposi- 

8  IS.  Si  ron  dit  que  le  vont  est  tion  est  la  plus  probable. 


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LIVBE  IV,  CHAPITRE  VI.  151 

En  effet,  dans  quelques  cas,  ce  genre  ne  semble  pas  être 
vrai;  par  exemple,  pour  la  boue  et  la  neige  :  on  peut 
dire  que  la  neige  est  de  l'eau  coagulée,  et  que  la  boue 
est  de  la  terre  mêlée  àFliumide;  mais  la  neige  n'est  pas 
de  l'eau  et  la  boue  n'est  pas  de  la  terre;  donc,  ni  l'un  ni 
l'autre  des  genres  indiqués  ne  sont  vraiment  genres; 
car  il  faut  que  le  genre  soit  toujours  vrai  pour  toutes  les 
espèces.  Et  de  même  on  ne  peut  dire  que  le  vin  soit  de 
l'eau  tournée,  comme  Empédocle  prétendait  que  c'était 
«  de  l'eau  tournée  dans  le  bois  :  »  c'est  qu'absolument 
parlant,  le  vin  n'est  pas  de  l'eau. 


CHAPITRE  VI. 

Dix-^pt  autres  lieux  du  genre^  neuf  pour  réfuter^  et  huit 
pour  établir  la  thèse.  — Fin  des  lieux  du  genre. 


§  I.  De  plus,  il  faut  voir  si  ce  qui  est  donné  comme 
genre  n'est  absolument  le  genre  de  rien;  car  il  est  clair 
alors  qu'il  n'est  point  non  plus  le  genre  de  ce  dont  il 
s'agit.  U  faut  remarquer  aussi  que  les  choses  participant 


S  13^  irais  la  wigê  n'est  pas  de 
reauy  absolument  parlant  :  c*est  de 
Teaa  modittée  de  oerlaîne  manière. 
—  De  l'eau  tournée,  ou  bien  aigrie. 

§  t.  Les  choses  participant  au 
genre  donnij  11  est  clair  qu*il  s*agit 
ici  des  individus,  et  il  yaudrait 
mieux  dire  :  participant  à  l'espèce 
donnée.  —  Ne  doivent  différer  en 
rien  spécifiquement ,  parce  que  ce 
sont  des  individus.  -^Par  exemple^ 


les  choses  blanches^  Prises  indivi- 
duellement et  une  à  une,  elles  sont 
toutes  de  la  même  espèce.  —  Or^ 
les  espèces  de  tout  genre  sont  diffé- 
rentes ,  et  par  conséquent  les  indi- 
vidus semblables  entre  eux  oe  sont 
pas  des  espèces  :  l*e$pèce  à  laquelle 
on  les  rapporte  n*est  pas  genre.  — 
Donc  le  hlane  ne  serait  le  genre  de 
rien ,  ce  n*est  qu'une  espèce  de  la 
couleur  et  non  point  un  genre. 


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152  TOPIQUES, 

au  genre  donné  ne  doivent  différer  en  rien  spécifique- 
ment; par  exemple,  les  choses  blanches  :  entre  elles  il 
ne  peut  y  en  avoir  une  qui  diffère  en  espèce;  or  les 
espèces  de  tout  genre  sont  différentes;  donc  le  blanc 
ne  serait  le  genre  de  rien. 

§  a.  En  outre,  l'adversaire  s'est  trompé  s'il  a  pris 
pour  genre  ou  différence  un  attribut  commun  à  tout; 
car  il  y  a  plusieurs  attributs  qui  appartiennent  à  tout  : 
ainsi  Tétre  et  Funité  sont  des  attributs  qui  suivent 
toutes  choses.  Si  donc  on  a  donné  Tétre  comme  genre, 
il  est  clair  que  ce  serait  le  genre  de  tout,  puisqu'il  est 
attribué  à  tout  ;  mais  le  genre  n'est  attribué  uniquement 
qu'aux  espèces;  donc,  l'un  lui-même  serait  une  espèce 
de  l'être.  U  en  résulterait  alors  que  l'espèce  serait  at- 
tribuée à  toutes  les  choses  auxquelles  le  genre  est  attri- 
bué, l'être  et  l'unité  étant  absolument  attribués  à  tout, 
tandis  qu'il  faut  toujours  que  l'espèce  soit  attribuée 
moins  largement  que  le  genre.  Si  l'on  a  pris  pour  diffé- 
rence un  attribut  qui  appartient  à  tout ,  il  est  évident 
que  U  différence  sera  ou  égale  ou  plus  large  que  le 
genre  ;  car  si  le  genre  est  un  des  attributs  qui  appar- 
tiennent à  tout,  la  différence  lui  est  égale;  et  si  le  genre 
n'est  pas  un  attribut  applicable  à  tout,  la  différence  est 
prise  plus  largement  que  lui. 

§  3.  En  outre ,  il  faut  voir  si  le  genre  indiqué  est 
placé  dans  l'espèce  subordonnée,  comme  le  blanc  pour 

S  s.  N*e$t  attribué  uniquement  lui  puisqiron  le  lui  subordonne.  — 

qu^aux  ^$péce$  qui  le  composent.  Comme  le  blanc  pour  la  neige.  Le 

S  3.  Ett  placé  dans  l'espèce  m-  blanc  est  dans  la  neige  comme  dans 

bordonnée^  fait  partie  comme  qua-  son  sujet  :  il  ne  peut  donc  en  être 

lité  du  sujet  auquel  on  Tisipplique  le  genre  ;  car  le  genre  est  toujours 

et  qa*on  prétend  moins  large  que  {dus  large  que  le  sujet  qui  le  reçoit 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  VI.  153 

la  neige;  car  alors  il  est  clair  que  ce  n'est  pas  le  genre 
véritable,  le  genre  ne  pouvant  être  que  l'attribut  de 
l'espèce  subordonnée. 

§  4-  Il  f^u^  ^oi^  encore  si  le  genre  n'est  pas  syno- 
nyme à  l'espèce  ;  car  le  genre  est  attribué  synonymique- 
ment  à  toutes  les  espèces. 

5.  Il  faut  voir  si  lorsqu'il  y  a  un  contraire  au  genre 
et  à  l'espèce,  on  n'a  point  placé  le  meilleur  des  con- 
traires dans  le  genre  pire;  car  il  faudra  que  le  terme 
restant  soit  dans  le  genre  restant,  puisque  les  contraires 
sont  dans  des  genres  contraires  :  et  ainsi  le  meilleur  sera 
dans  le  pire,  et  le  pire  dans  le  meilleur,  tandis  que  le 
genre  meilleur  paraît  devoir  appartenir  aussi  au  meil- 
leur. §  6.  L'adversaire  s'est  trompé  si  un  même  objet, 
étant  dans  un  rapport  pareil  avec  deux  autres ,  il  l'a 
placé  dans  le  pire  et  non  dand  le  meilleur:  si,  par 
exemple,  il  a  dit  que  Tâme  est  essentiellement  un  mol^ 
vement  ou  un  mobile;  l'âme  est  en  effet  également  sus- 
ceptible de  repos  et  de  mouvement  :  et  si  le  repos  est 
meilleur,  il  fallait  placer  le  genre  de  Tâme  dans  le 
repos. 

§  7.  Puis  aussi,  on  peut  tirer  des  arguments  du  plus 
et  du  moins,  quand  on  réfute,  si  le  genre  reçoit  le  plus 


8  4.  Bitaitribuétynùwymique'  à  Tespèce  meilleare. 

mêwty  Voir  les  CaiigoHe$^  ch.  1,  8  6.  Ufa  plaeé  dam  te  jdr^ ,  ii 

8  a  et  sai?.  en  a  fait  une  espèce  du  pire. 

8  5.  5<,  ICTiçuHl  y  a  imcoM-  8  7.  Quand  <m  ré fuie^  Vins  loin, 

traire  au  genre  et  à  reepéee ,  il  y  8  ^  >  >1  indiquera  les  lieux  qu*on 

a  donc  ici  quatre  termes  :  deux  peut  tirer  du  plus  et  du  moins, 

genres  contraires,  deux  espèces  quand  on  établit  la  thèse,  au  lieu 

contraires.  —  Le  meWewr  des  eon-  de  la  réfuter. ^Soit^ qui $'y  rap- 

traêrei  relatife  aux  espèces.  — D0-  porte ,   les    individus  dénommés 

voir  appartenir  aueei  au  meiUeur^  diaprés  Tespèce. 


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t54  TOPIQUES, 

et  que  l'espèce  ne  le  reçoive  pas,  soit  elle-mêine,  soit  ce 
qui  s'y  rapporte:  par  exemple,  si  la  vertu  reçoit  le  plus, 
la  justice  et  le  juste  le  recevront  aussi;  car  tel  homme 
est  dit  plus  juste  que  tel  autre.  Si  donc  le  genre  donné 
reçoit  le  plus  et  que  l'espèce  ne  le  reçoive,  ni  elle-même 
ni  ce  qui  s'y  rapporte,  c'est  que  le  terme  désigné  n'est 
pas  le  genre  véritable. 

§  8.  En  outre,  si  ce  qui  paraît  être  plus  ou  également 
n'est  pas  le  genre,  il  est  clair  que  le  terme  qui  a  été  in- 
diqué ne  lest  pas  non  plus.  Ce  lieu  est  utile  surtout  dans 
les  cas  oïl  les  attributs  essentiels  de  l'espèce  sont  plu- 
sieurs ,  et  qu'on  n'a  pas  déterminé  nettement  et  qu'on  ne 
peut  pas  dire  quel  est  le  genre  véritable  :  par  exemple, 
la  douleur  et  le  sentiment  du  mépris  paraissent  être 
essentiiUement  attribuées  à  la  colère;  car  l'homme  cour- 
roucé a  de  la  douleur  et  croit  être  méprisé.  §  9.  La 
même  considénation  est  applicable  si  l'on. compare 
quelqu'autre  espèce  à  l'espèce  ;  car  si  ce  qui  parait  être 
plus  ou  également  dans  le  genre  donné  n'est  pas  dans 
le  genre,  il  est  clair  que  l'espèce  donnée  n'est  absolu- 
ment pas  non  plus  dans  le  genre. 

$10.  Il  faut  donc,  quand  on  réfute,  procéder  comme 
on  vient  de  le  dire. 

§  T I .  Mais  quand  on  établit  la  proposition ,  si  le 

%S.  Si  e$  qui  paraît  être  plu$  8  9.  QuOqu'auire  9$p^  à  Vu* 

ou  égaUmMt  doaé  d^une  certaine  pèeê  en  discussion.— Piiw  ou  igor 

qualité  qu'on  auribue  au  sojet  en  UmmU  dan$  U  gwre  :  être  plus  ou 

discussion.  —  La  douleur  0I  le  $$9^  également  espèce.  —  Ifêst  absolu- 

timêfU  du  mépris  ;  de  ces  deux  at-  mont  pas  non  plus  dans  le  genre , 

tributs,  quel  est  celui  qui  est  le  n*est  pas  espèce, 

genre  véritable  de  la  colère?  C*est  d  H.  Ce  lieu  n*est pas applieahle^ 

ce  qui  n*est  pas  déterminé  ;  c'est  Ainsi ,  de  ce  qu'un  genre  et  une 

ce  qu'il  n'est  pas  Cacile  de  dire.  espèce  reçoivent  le  plus  et  sont  sus- 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  VI.  155 

genre  et  l'espèce  donnes  admettent  le  plus,  ce  lieu  n'est 
pas  applicable;  car  si  tous  deux  le  reçoivent,  rien  u'em- 
pèche  que  Fun  ne  soit  pas  ie  genre  de  l'autre.  Ainsi,  le 
beau  et  le  blanc  reçoivent  le  plus,  et  cependant  l'un 
n'est  pas  le  genre  de  l'autre.  $  la.  Mais  la  comparaison 
des  genres  et  des  espèces  entre  elles  est  utile;  ainsi,  du 
moment  que  telle  chose  et  telle  autre  sont  également 
genres,  si  l'une  est  genre,  l'autre  le  sera  aussi.  Et  de 
même  s'il  s'agit  de  plus  et  de  moins  :  par  exemple,  si  la 
force  est  plus  le  genre  de  la  modération  que  la  vertu, 
et  que  la  vertu  soit  genre,  la  force  le  sera  aussi.  §  1 3. 
On  pourra  dire  encore  la  même  chose  pour  l'espèce  ; 
car  si  telle  chose  et  telle  autre  chose  sont  également 
l'espèce  de  la  chose  proposée,  du  moment  que  l'une  est 
espèce,  l'autre  aussi  le  sera  :  et  si  ce  qui  paraît  être  moins, 
est  espèce,  le  plus  le  sera  aussi. 

$  i4*  Il  faut  voir  encore,  quand  on  élabUt  la  propo- 
sition, si  le  genre  est  attribué  essentiellement  aux 
choses  pour  lesquelles  il  est  indiqué,  quand  l'espèce  in- 


oeplibles  d'aocrolssement,  il  ne 
8*eii8iiit  pas  que  ce  genre  soit  vrai- 
ment le  genre  de  cette  espèce. 

S  iS.  S'a  tTagU  âê  pitw  «I  da 
ffioitu,  Un  seul  exemple  suffit  pour 
les  deax  cas,  puisque  plus  et  moins 
sont  toigours  relatifs  l*un  à  Tantre. 

%  18.  la  plH9  la  nra  auitij  et 
à  plus  forte  raison,  puisque  témoins 
est  espèce. 

%  U.  fTêêt  pas  unie  dans  la 
thèse  discutée.  -^Hêêt  eUHr  alon, 
si  le  genre  est  attribué  essentielle- 
ment à  tous  les  sujets  de  la  propo- 
sition.—5<  pour  ie»  autres  aâpéoaa, 
qui  ae  sont  point  indiquéesdaas  la 


discussion.— JBlfiMfMiraofM^^rtianl 
on  devra  reconnaître  pour  genre^ 
L'édition  de  Berlin  ne  donne  pas 
cette  phrase,  qui  complète  bien  la 
pensée,  mais  qui  manque  aussi  dans 
plusieurs  éditions.  L'édition  de 
fieriin  ne  cite  d'ailleurs  aucun  ma- 
nuscrit ;  elle  ne  rappelle  pas  non 
plus  la  variante  que  plusieurs  édi- 
tions présentent  pour  le  membre 
de  phrase  précédent.  Au  li«u  de  : 
U  arrimera  qu'Usera  attrihuét  elles 
disent:  H  arrivera  que  le  même 
terme  sera  attribue.  Les  deux  le- 
çons sont  également  bonnes  ;  on 
peut  les  adopter  indifléremment» 


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156  TOPIQUES. 

diquée  li'est  pas  seule,  mais  qu'il  y  en  a  plusieurs  et  de 
difTéreutes  :  il  est  clair  alors  que  c  est  bien  le  geare  qui 
a  été  indique.  Mais  s'il  n'y  a  qu'une  seule  espèce  de 
donnée,  il  faut  voir  si  pour  les  autres  espèces  le  genre 
est  attribué  essentiellement  ;  car  alors  il  arrivera  qu'il 
sera  attribué  et  à  plusieurs  choses  et  à  des  choses  dif- 
férentes, et  que  par  conséquent  on  devra  le  reconnaître 
pour  genre.  §  1 5.  Puisque  quelques-uns  croient  aussi 
que  la  différence  est  attribuée  aux  espèces  essentielle- 
ment, il  faut  séparer  le  genre  de  la  différence  en  se  ser^ 
vant  des  procédés  indiqués  plus  haut;  d'abord  parce 
que  le  genre  est  toujours  plus  large  que  la  différence; 
ensuite  parce  qu'il  vaut  mieux  prendre  le  genre  que  la 
différence  dans  la  définition  essentielle;  car  si  Ton  dit 
que  l'homme  est  animal,  on  montre  par  là  plus  ce  qu'est 
l'homme  qu'en  disant  qu'il  est  terrestre;  et  enfin  par- 
ce que  la  différence  exprime  toujours  la  qualité  du 
genre,  et  que  le  genre  n'exprime  pas  celle  de  la  diffé- 
rence: car  lorsqu'on  dit  terrestre,  on  désigne  un  animal 
qui  a  telle  qualité,  tandis  que  quand  on  dit  animal,  on 
ne  désigne  pas  un  certain  être  terrestre.  C'est  donc 
ainsi  qu'il  faut  séparer  la  différence  du  genre. 

§  16.  Puis  donc  que  le  musicien ,  en  tant  que  musi- 


%  15.  Puiiquê  quelques  -  uni  $  16.  Puiêquê  le  mi«Jfei«n,  Le 
eraiem  au$H^  Ceci  indique  que  les  texte  dit  d'une  manière  plus  c^né- 
théories  exposées  dans  les  Tajfiqueê  raie  :  Le  miMicol»  -^  et  que  la  mu- 
et les  Catégories  ttouvaient  des  eique  parait  être  une  teiênee.  Ce 
contradicteurs.  — (^<ad4f(^r0fic«  lieu  consiste  à  passer,  comme  le 
est  attribuée  aux  espèces  essentiel-  disent  les  scbolasliques,  du  concret 
lement,  tout  comme  le  genre,  opi-  à  Tabstrait  :  si  le  musicien  est  un 
nion  que  combat  Aristole.  —  Indi-  savant,  on  peut  en  conclure  que  la 
qués  plus  haut ,  dans  ce  même  musique  est  une  science.  —  Est  ee 
livre,  cil.  a,  S 10.  qu*est  la  certitude^  est  eseentielle- 


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LIVRE  IV,  CHAPITRE  VL  157 

cicien,  parait  être  savant,  et  que  la  musique  paraît  être 
une  science;  et  puisque,  si  ce  qui  marche  se  meut  par  le 
marcher, la  marche  est  une  sorte  de  mouvement,  il  faut 
voir  dans  quel  genre  on  veut  établir  la  proposition ,  de 
la  manière  suivante  :  par  exemple,  si  l'on  veut  prou- 
ver que  la  science  est  ce  qu'est  la  certitude,  il  faut  voir 
si  celui  qui  sait,  en  tant  qu'il  sait,  est  certain  ;  car  il  est 
clair  alors  que  la  science  est  une  sorte  de  certitude.  Et 
il  en  est  de  même  pour  tous  les  cas  analogues. 

§  17.  Et  en  outre,  comme  il  est  bien  difficile  quand 
une  chose  en  suit  toujours  une  autre  sans  lui  être  réci- 
proque, de  ne  pas  k  considérer  comme  son  genre,  il 
faut,  lorsque  telle  chose  suit  telle  autre  toute  entière, 
sans  que  cette  autre  suive  la  première  toute  entière; 
comme  par  exemple,  le  repos  suit  le  calme  de  l'air,  et  le 
divisible  suit  le  nombre,  sans  que  l'inverse  soit  vrai, 
puisque  tout  divisible  n'est  pas  nombre,  et  que  tout  repos 
n'est  pas  le  calme  dans  l'air  ;k  il  faut,  dis-je,  quand  on 
argumente  soi-même,  admettre  que  le  terme  qui  suit 
toujours  est  genre,  quand  l'autre  ne  lui  est  pas  réci- 
proque. §  1 8.  Mais  lorsqu'un  adversaire  veut  procéder 
ainsi,  on  ne  doit  pas  y  acquiescer  dans  tous  les  cas;  et 
l'objection  qu'on  peut  lui  faire,  c'est  que  le  non-être 
suit  tout  ce  qui  naît ,  car  ce  qui  naît  n'est  pas ,  mais  ne 
lui  n'est  pas  réciproque,  puisque  tout  non-être  ne  naît 
pas  :  et  que  par  conséquent  le  non-être  n'est  pas  le 


meot   U  certitude.    L'eiposition  %  Vï,  Sans  M  être  réciproque , 

d^Aristote,  dans  ce  S ,  est  un  peu  sans  avoir  une  étendue  égale ,  c*esl- 

embarrassée ,  comme  Ta  remarqué  à-dire,  en  ayant  une  étendue  plus 

Alexandre ,  qui  propose  une  va-  grande  ou  plus  petite  suivant  les  di- 

riante  pour  éclaircir  le  texte.  vers  cas. 


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158  TOPIQUES- 

genre  de  ce  qui  naît;  car,  absolument  parlant,  le  non- 
être  n'a  pas  d'espèces. 

§  19.  Il  faut  donc  traiter  le  genre  ainsi  qu'on  vient 
de  le  dire. 

S  19.  Aimi  gu'im  PimU  dé  U  d<ri9,daiistoat ce i«  Une. 


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TOPIQUES. 


LIVRE  CINQUIEME. 

LIEUX   COMMUNS  DU   PROPRE. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Quatre  espèces  de  propre,  ou  absolu  et  perpétuel,  ou  relatif 
et  transitoire. — Ces  diverses  espèces  de  propres  sont  plus 
ou  moins  fieiyorables  %  la  discussion. 

§  I.  Quant  à  savoir  si  le  terme  indiqué  est  propre  ou 
s'il  ne  Test  pas,  voici  comment  on  peut  le  reconnaître  : 

§  2.  Le  propre  peut  être  donné  ou  en  soi  et  toujours, 
ou  relativement  à  une  autre  chose  et  pour  un  certain 
temps.  Par  exemple,  en  soi,  le  propre  de  Thomme  c'est 
d'être  un  animal  naturellement  doux;  relativement  à  un 
autre,  le  propre  de  l'homme  serait  donné  par  la  corn- 


et. Site  termeindiqui  est  ffropre,  se  subdiviserait  en  deux,  on  bien 

Le  propre  est  la  deuxième  question  quatre  espèces.  Cette  division  est 

dialectique.  Voir  liv.  1 ,  ch.  5 ,  $  5.  d'ailleurs  indifférente,  la  pensée  est 

S  1.  Ou  en  soi  et  toujours,..  On  parfaitement  claire.  —  L'âme  est 

peut  reconnaître  ici  deux  espèces  faite  pour  commander;  théorie 

principales  dn  propre  dont  chacune  platonicienne. 


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160  TOPIQUES. 

paraison  de  Tâme  au  corps,  parce  que  rame  est  faite 
pour  commander  et  le  corps  pour  obëir.  Le  propre  qui 
est  togjoursy  c'est,  par  exemple,  en  parlant  de  Dieu,  de 
dire  qu'il  est  immortel.  Et  le  propre  pour  un  certain 
temps,  c'est,  par  exemple,  pour  tel  homme,  de  dire 
qu'il  se  promène  dans  le  gymnase. 

§  3.  Le  propre  donné  relativement  à  une  autre  chose 
peut  former  ou  deux  questions  ou  quatre  questions.  Si 
une  même  chose  est  affirmée  d'une  chose  et  aussi  d'une 
autre,  il  n'y  a  là  que  deux  questions  :  ainsi,  le  propre  de 
l'homme  relativement  au  cheval,  c'est  d'être  bipède  ; 
car  on  pourrait  soutenir,  et  que  l'homme  n'est  pas  bi- 
pède, et  que  le  cheval  est  bipède  :  et  l'on  détruirait  le 
propre  donné,  de  ces  deux  façons.  Mais  si  l'on  affirme 
et  si  l'on  nie  l'un  et  l'autre  de  l'un  et  de  l'autre,  il  y 
aura  quatre  questions  :  ainsi,  le  propre  de  l'homme  re* 
lativement  au  cheval,  c'est  que  l'un  est  bipède  et  l'autre 
quadrupède.  Or  on  peut  essayer  de  soutenir  que 
l'homme  n'est  pas  naturellement  bipède,  mais  qu'il  est 
quadrupède;  et  il  est  possible  aussi  de  soutenir  que  le 
cheval  est  bipède  et  qu'il  n'est  pas  quadrupède;  et 
quelle  que  soit  celle  de  ces  propositions  qu'on  prouve, 
on  renverse  la  proposition  avancée. 

§  4«  Le  propre  en  soi  est  ce  qui  est  donné  au  sujet 

%Z,  Le  propre  rélativ9ment  à  pas.  Biais  on  peut  Toirqa*à  lafin  de 

une  aiUre  chose,  Non  plus  en  soi,  ce  paragraphe,  Aristote  revient,  et 

mais  comparativement  à  une  chose  pour  la  pensée  et  pour  Feipression 

ou  à  un  être  différent.  même,  à  ce  qu'il  a  déjà  dit  dans  le 

5  4.  Il  explique  dans  ce  paragraphe  second.^Ce«t  de  se  promener  dans 

les  quatre  espèces  dé  propre  qu'il  a  la  place  publique ,  plus  haut  il  a  dit  : 

données  dans  le  g  3  ;  il  y  a  peut-être  C*est  de  se  promener  dans  le  gym- 

euiciquelquedéplacement:  lescom-  nase.  On  pourrait  sans  inconvénient 

meniaieurs,  du  reste,  n'en  parlent  mettre  le  S  i  après  le  5  S,  et  le  §  3 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  I.  161 

quand  on  le  compare  à  tout  le  reste  et  qui  le  sépare  de 
tout  le  reste.  Ainsi,  pour  riiomme,  animal  mortel  ca- 
pable de  science  est  le  propre  en  soi.  Le  propre  relative* 
ment  à  une  autre  chose,  c'est  ce  qui  ne  sépare  pas  le  su- 
jet de  tout,  mais  le  sépare  de  quelque  chose  de 'spécial; 
ainsi,  le  propre  de  la  vertu  relativement  à  la  science, 
c'est  que  l'une  est  dans  plusieurs  parties  de  l'âme,  et 
que  l'autre  est  par  sa  nature  dans  la  partie  raisonnable 
uniquement  et  dans  les  êtres  qui  ont  de  la  raison.  Le 
propre  qui  est  toujours,  est  celui  qui  est  vrai  en  tout 
temps  et  ne  défaillit  jamais:  ainsi,  pour  l'animal,  c'est 
d'être  composé  d'âme  et  de  corps.  Le  propre ,  pour  un 
certain  temps ,  est  celui  qui  est  vrai  dans  un  certain 
moment,  mais  qui  n'est  pas  toujours  une  conséquence 
nécessaire  du  sujet  :  ainsi,  pour  tel  homme,  c'est  de  se 
promener  dans  la  place  publique. 

§  5.  Donner  le  propre  relatif,  c'est  dire  la  diffé- 
rence qui  est  ou  dans  tous  les  sujets  et  toujours,  ou  le 
plus  souvent  et  dans  la  plupart  des  sujets:  par  exemple, 
un  propre  relatif  qui  est  dans  tous  les  sujets  et  toujours, 
c*est  pour  l'homme  relativement  au  cheval  d'être  bi-  . 
pède  ;  car  l'homme  est  toujours  bipède,  et  tout  homme 
est  bipède,  et  aucun  cheval  n'est  jamais  bipède.  Le 
propre  qui  est  le  plus  habituellement  et  dans  la  plu- 
part des  sujets,  c'est,  par  exemple,  le  propre  de  la  par- 


après  le  5  i.-  Cette  interversion  8&-  d^ailleurs  que  cette  division  appar- 

raitd'aotant  plus  justifiée,  quedans  tient  à  Platon.  Voir  la  République, 

le  S  5  il  revient  au  propre  relatif.  liv.  9,  p.  805  et  passim,  traduct.  de 

%  5.  La  partie  raisonnable  f.*..  M.  Cousin.  Voir  aussi  la  fameuse 

la  partie  irascible^  la  partie  con-  comparaison  des  trois  êtres  dont 

eupitcible^  Voir  le  Traité  de  Tàme,  l'homme  est  composé ,  dans  la  Ré- 

liv.  3,  ch.  9 ,  p.  iSS ,  a ,  iS.  On  s^t  publique,  liv.  9,  p.  SM  et  suiv. 

IV.  «I 


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162  TOPIQUES, 

tie  raisonnable  de  l'âme  de  commander  à  la  partie  con* 
cupiscible  et  irascible  ;  Tun  ordonne  et  Tautre  obéit  : 
c'est  qu'en  effet  la  partie  raisonnable  ne  commande  pas 
toujours,  mais  quelquefois  est  commandée;  et  que  la 
partie  concupiscible  et  irascible  n'est  pas  toujours  corn- 
mandée,  mais  quelquefois  commande,  quand  l'âme  de 
l'homme  est  pervertie. 

§  6.  Parmi  les  propres,  les  plus  logiques  sont /es  pro- 
près  en  soi,  ceux  qui  sont  toujours  et  les  propres  relatifs. 
Le  propre  relatif  renferme  plusieurs  questions,  ainsi  que 
nous  l'avons  dit  plus  haut  ;  car  il  forme  de  toute  nécessité 
ou  deux  ou  quatre  questions.  C'est  donc  cette  espèce 
de  propre  qiii  fournit  je  plus  de.  questions.  Quant  au 
propre  en  soi  et  à  celui  qui  est. toujours,  il  peut  ^tre  com- 
paré à  plusieurs  choses  ou  être  recherché  dans  plusieurs 
temps.  Ainsi,  le  propre  qui  est  en  soi  peut  être  com- 
paré à  plusieurs  choses  ;  car  il  faut  que  le  propre  soit 
au  sujet  comparé  à  toutes  les  autres  choses  ;  de  sorte  que 
si  le  sujet  n'est  pas  isolé  relativement  à  tout,  c'est  que  le 
propre  n'a  pas  été  bien  attribué.  Pour  le  propre  qui 
est  toujours,  on  peut  le  chercher  dans  plusieurs  temps  ; 
et  s'il  n'est  pas,  s'il  n'a  pas  été,  s'il  ne  doit  pas  être,  c'est 
qu'il  n'est  pas  le  propre.  Quant  au  propre  qui  n'est  que 
pour  un  certain  temps,  nous  ne  le  cherchons  dans  au- 
cun autre  moment  de  la  durée  que  celui  dont  il  s'agit 
maintenant.  Il  n'y  a  donc  pas  pour  ce  propre  beaucoup 

§  6.  Les  plus  logiqties^  Ceux  qui  bord  la  fin  même  de  oeft*  TEssai  sur 

peuvent  fournir  le  plus  de  lieux  la  Métaphysique  de  M.  Eavaisson , 

communs,  d'arguments,  elles  meil-  tom.  1,  p.  247,  et  mon  mémoire 

leurs.  —  Les  propres  en  soi,,..  Le  sur  la  Logique,  tom.  1 ,  pag.  60  et 

.moins  logique  est  le  propre  tempo^  65.  —  Nous  Vavons  dit  plus  hauij 

raire.  Voir,  sur  le  root  logique,  d*a-  dans  ce  chapitre,  g  3. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  II.  163 

de  raisonnements  possibles;  or,  une  question  vraiment 
logique  est  celle  où  les  raisonnements  peuvent  être  nom- 
breux et  forts. 

§  7.  Le  propre  que  j'appelle  relatif  doit  donc  être 
traité  par  les  lieux  indiqués  pour  l'accident,  et  l'on  doit 
voir  s'il  est  à  tel  sujet,  tandis  qu'il  n'est  pas  à  tel  autre. 
Quant  aux  propres  qui  sont  perpétuels  et  aux  propres 
en  soi ,  il  faut  procéder  comme  on  va  dire. 


CHAPITRE  II. 

Huit  lieux  du  propre,  qui  peut  être  bien  ou  mal  donné. 

$  I .  D'abord,  i!  faut  examiner  si  le  propre  a  été  bien 
ou  mal  donné.  §  a.  Pour  savoir  s'il  a  été  bien  ou  mal 
donné,  on  peut  se  demander  en  premier  lieu,  si  le  propre 
a  été  expliqué  par  des  termes  qui  ne  sont  pas  plus  con- 
nus ou  qui  sont  plus  connus.  Quand  on  réfute,  il  faut 
regarder  aux  termes  qui  ne  sont  pas  plus  connus;  et  si 
l'on  établit  la  proposition,  il  faut  au  contraire  regarder 
aux  teiTues  qui  sont  plus  connus. 

§  3.  On  peut  n'avoir  pas  procédé  par  des  termes 


%  7.  Par  le$  li9uœ  ind4quéi  pour  5  9.  Atus  t^rmei  qui  n$  iontpoi 

Vaccident  dans  le  second  et  le  troi-  plus  connue ,  Car  alors  on  pourra 

sième  livres.  Voir  aussi  \\w.  1,  ch.  5,  repousser  Texplication  du  propre 

5  11.  comme  moins  claire  qae  ie  sujet 

%  i.  Si  le  propre  a  été  hien  ou  lui-même.  —  Aux  termes  qui  sont 

mal  donné.  Il  examinera  plus  tard,  plus  connus ,  Car  alors  on  pourra 

ch.  i  et  suivants,  si  le  terme  donné  soutenir  que  TeipUcadon  donnée 

pour  propre  est  ou  n'est  pas  réel-  est  bien  exacte. 

lement  nn  propre.  S  8.  Et  c*ett  pour  sHnstruir€t  etc. 


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164  TOPIQUES, 

plus  couDus,  d'abord  si  le  propre  que  l'on  donae  est 
absolument  plus  inconnu  que  la  chose  dont  il  est  donne 
pour  le  propre:  alors  le  propre  n'aura  pas  été  bien  donné; 
car  on  ne  donne  le  propre  que  pour  faire  connaître 
mieux  les  choses;  et  c'est  pour  s'instruire  qu'on  fait  des 
propres  et  des  définitions.  Ainsi  donc,  il  faut  procéder 
ici  par  des  termes  plus  connus  ;  car  de  cette  façon  on 
pourra  plus  pertinemment  comprendre.  Par  exemple,  si 
Ton  dit  que  le  propre  du  feu  c'est  d'être  ce  qui  res^ 
semble  le  plus  àl'âme,  comme  on  se  sert  de  l'âme  qui  est 
beaucoup  moins  connue  que  le  feu,  car  nous  savons  plutôt 
ce  qu'est  le  feu  que  nous  ne  savons  ce  qu'est  l'âme ,  il 
s'en  suit  que  cette  similitude  du  feu  à  Tâme  ne  saurait 
être  un  propre  bien  donné.  §  4*  ^^  second  lieu,  on 
s'est  trompé  si  l'attribution  du  propre  au  sujet  n'est 
pas  aussi  plus  connue  que  lui.  C'est  qu'il  ne  faut  pas  seu- 
lement que  le  propre  soit  plus  connu  que  la  chose,  mais 
il  faut  que  l'attribution  du  propre  à  cette  chose  soit 
aussi  plus  connue;  car  si  l'on  ne  sait  pas  que  le  pi*opre 
est  à  telle  chose ,  on  ne  saura  pas  non  plus  s'il  est  à 
cette  chose  seule,  de  sorte  que  dans  l'un  et  l'autre  cas 
le  propre  n'est  pas  parfaitement  clair.  Par  exemple, 

Sédition  de  Berlin  n^admet  pas  et  qu'il  ait  de  plus  Tavantage  de  la 

cette  phrase  dans  le  texte,  bien  que  concision.  —  iVotM  savons  plut&t 

toutes  les  éditions  Ty  conservent;  ee  qu'est  le  feu^  Ceci  est  fort  con- 

mais  elle  la  cite  dans  les  varian-  testable. 

tes  sur  Tautorité  d'un  manuscrit.        5  i.  Quand  an  dii  que  le  propre 

La  leçon  qu'elle  donne  présente  de  du  feu^  n  s'agit  ici  du  feu  intérieur, 

plus  une  légère  modiUcation  :  «  Et  de  la  chaleur  interne  qui  est  dans 

«  c'est  pour  s*instriiire  quede  même  l'homme  la  condition  indispensable 

«  qu'on  fait  la  déflnition,  on  fait  de  la  vie.  — >  Plus  connu  dans  l*un 

«  aussi  le  propre.  »  J'ai  cru  devoir  et  Vautre  sens,  il  entend  parler  ici 

garder  le  texte  vulgaire,  bien  que  des  deux  sens  indiqués  dans  le  S 

l'antre  soit  aussi  trës-acceplable ,  précédent  et  dans  celui-ci. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  U.  165 

c^iiand  on  dit  que  le  propre  du  feu  c'esl  d*être  Télénient 
primitif  dans  lequel  est  naturellement  1  ame,  on  se  sert 
d'une  notion  moins  connue  que  le  feu  lui-même,  à  sa- 
voir que  l'âme  a  été  en  lui  et  a  été  primitivement.  Ainsi, 
le  propre  du  feu  n'est  pas  bien  donné,  si  Ton  dit  que  c'est 
le  principe  dans  lequel  naturellement  l'âme  a  d'abord 
été.  Quand  on  établit  la  thèse,  il  faut  voir  si  le  propre 
est  donné  dans  des  termes  plus  connus  et  par  des  termes 
plus  connus  dans  l'un  et  l'autre  sens;  car  c'est  ainsi  que 
le  propre  sera  bien  donné  relativement  au  terme  en 
question.  En  effet,  parmi  les  lieux  qui  établissent  que  le 
propre  est  bien  donné,  les  uns  montrent  qu'il  l'est  bien 
pour  telle  chose  seulement,  les  autres  montrent  aussi 
qu'il  l'est  bien  en  général.  Par  exemple,  quand  on  dit 
que  le  propre  de  l'animal  c'est  d'avoir  la  sensation,  on 
donne  le  propre  en  termes  plus  connus,  et  on  donne 
un  propre  plus  connu  dans  les  deux  sens  :  ainsi  le 
propre  de  l'animal  aura  donc  été  bien  donné  relative- 
ment à  cette  qualité  d'avoir  la  sensation. 

§  5.  Quand  l'on  réfute,  il  faut  voir  si  l'un  des  mots 
donnés  dans  l'explication  du  propre  a  plusieurs  signi- 
fications, ou  bien  si  la  phrase  toute  entière  a  plusieurs 
sens  ;  car  alors  le  propre  n'est  pas  bien  donné.  Par 
exemple,  puisque  sentir  a  plusieurs  significations,  l'une 
avoir  la  sensation,  l'autre  se  servir  de  la  sensation,  on 
ne  peut  pas  donner  pour  propre  de  l'animal,  être  orga- 
nisé naturellement  pour  sentir.  Voilà  pourquoi  il  ne 
faut  se  servir  pour  le  propre,  ni  d'un  mot  à  plusieurs 
sens,  ni  d'une  définition  qui  en  ait  aussi  plusieurs,  parce 

5  5.  Ov  bien  H  la  phra$e  tout    eisément  en  grec,  amphibolie;  Té- 
eiUiêre,  C'est  ce  qu'on  appelle  pré-    quivoque  n'esl relative  qu'à  un  mot. 


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166  TOPIQUES. 

que  le  mot  à  plusieurs  sens  obscurcit  ce  qu'on  dit, 
et  qu'on  ne  sait  pas,  quand  on  va  discuter,  lequel  des 
difTérents  sens  a  été  adopté.  Jamais  on  ne  donne  le 
propre  que  pour  faire  mieux  connaître  la  chose;  on 
peut  ajouter  encore  que  nécessairement  on  s'expose  à 
quelque  réfutation,  quand  on  donne  ainsi  le  propre, 
parce  que  l'adversaire  fait  sou  syllogisme  sur  le  mot  à 
plusieurs  sens,  en  prenant  celui  qui  est  en  désaccord 
avec  la  question.  Il  faut,  quand  on  établit  la  thèse,  faire 
en  sorte  qu'aucun  des  mots  ni  l'explication  entière  n'ait 
plusieurs  sens;  car  alors  le  propre  sera  sous  ce  rap- 
port bien  établi.  Par  exemple,  puisque  le  mot  de  corps 
n'a  pas  plusieurs  sens ,  et  que  cette  expression ,  ce  qui 
se  porte  le  plus  vivement  en  haut,  n'en  a  pas  plusieurs 
non  plus,  et  que  la  définition  totale  formée  de  ces  élé- 
ments n'a  pas  davantage  plusieurs  sens,  le  propre  du  feu 
sera  bien  donné,  si  l'on  dit  qu'il  est  le  corps  qui  se  porte 
le  }>lus  vivement  vers  le  haut. 

§  6.  Il  faut  ensuite,  quand  on  réfute,  voir  si  la  chose 
dont  on  donne  le  propre  a  plusieurs  sens,  et  si  l'on  n'a 
pas  déterminé  celui  dont  on  donne  le  propre;  car  alors 
le  propre  n'aura  pas  été  bien  donné.  £t  pourquoi  cela? 
c'est  ce  qu  explique  assez  tout  ce  qu'on  a  dit  plus  haut  ; 
car  il  faut  nécessairement  que  les  mêmes  inconvénients 
se  reproduisent  :  par  exemple,  savoir,  ayant  plusieurs 
sens,  puisqu'il  signifie  à  la  fois  avoir  de  la  science ,  se 
servir  de  la  science,  avoir  science  de  telle  chose ,  et  se 


§  5.  Et  91M  la  définition  totale,  il  y  a  des  mots  qui ,  pris  isoléuieat, 
Cest  qu'en  effet*  comme  le  remar-  présenleat  plusieurs  seos,  et  qui, 
quaitThéophraste,  dans  son  Traité  oombinés  avec  d'autres,  n'en  pré- 
sur  les  mots  à  plusieurs  acceptions,  sentent  plus  qu'un  seul. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  11.  167 

servir  de  la  science  de  cette  chose,  on  n  aura  pas  bien 
donné  le  propre  de  savoir ,  si  Ton  n'a  pas  dit  celles  des 
diverses  significations  dont  on  donne  le  propre.  Quand 
on  établit  la  thèse,  il  faut  faire  en  sorte  que  la  chose 
dont  on  donne  le  propre  ait,  non  pas  plusieurs  sens, 
mais  un  sens  unique  et  simple  ;  car  alors  le  propre  en 
sera  bien  donne  sous  ce  rapport.  Par  exemple,  si  Ton 
parle  de  l'homme  d'une  façon  absolue,  on  donnera  bien 
le  propre  de  l'homme  en  disant  qu'il  est  un  animal  na- 
turellement doux. 

§  7.  Il  faut  voir  ensuite,  quand  on  réfute,  si  la  même 
chose  est  répétée  plusieurs  fois  dans  le  propre  ;  car  sou- 
vent on  ne  s'aperçoit  pas  de  cette  faute,  même  dans  les 
propres,  non  plus  que  dans  les  définitions.  Mais  le 
propre  qui  présentera  ce  défaut  n'aura  pas  été  bien 
donné;  car  une  chose  plusieurs  fois  répétée  gêne  celui 
qui  l'entend,  et  il  en  résulte  nécessairement  que  la  pro- 
position devient  obscure  et  qu'on  paraît  alors  perdre 
ses  paroles.  Or  il  peut  arriver  que  l'on  répète  la  même 
chose  de  deux  manières  :  l'une,  quand  on  nomme  plu- 
sieurs fois  la  même  chose,  et  que,  par  exemple,  on  dise 
que  le  propre  du  feu  c'est  d'être  le  corps  le  plus  léger 
de  tous  les  corps;  car  alors  on  répète  corps  plusieurs 
fois  :  et  la  seconde,  quand  l'on  prend  les  définitions  des 
mots  pour  les  mots,  et  que,  par  exemple,  on  donne  pour 
propre  de  la  terre  qu'elle  est  la  substance  qui ,  parmi 
tous  les  corps,  se  porte  le  plus  vivement  en  bas;  et  qu'en- 
suite l'on  prend  au  lieu  du  mot  de  corps,  les  noms 
de  telles  et  telles  substances;  car  le  corps  et  telle  et 

e.  léui  ce  qu'on  a  dU  plm  haut.  Dans  ee  chapitre ,  5  8. 


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168  TOPIQUES. 

telle  substance  sout  une  seule  et  même  chose.  Ainsi|  on 
aura  répété  substance  plusieurs  fois,  de  sorte  que  ni 
l'un  ni  l'autre  des  propres  n'aura  été  bien  donné.  Quand 
on  établit  la  thèse ,  il  faut  ne  pas  se  servir  plusieurs 
fois  du  même  mot  ;  car  alors  le  propre  sera  bien  donné 
sous  ce  rapport.  Par  exemple,  puisque  quand  on  dit 
que  l'homme  est  un  animal  susceptible  de  science ,  on 
ne  se  sert  pas  plusieurs  fois  du  même  mot ,  le  propre 
de  l'homme  sera  bien  donné  de  cette  façon.  §  8.  De 
plus,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  l'on  a  donné  dans 
le  propre  un  mot  qui  peut  aller  à  tout  ;  car  le  mot  qui 
ne  sépare  pas  le  sujet  d'un  certain  nombre  de  choses  ne 
pourra  pas  être  utilement  employé;  mais  il  faut  que  les 
termas  qui  forment  les  propres  distinguent  le  sujet,  aussi 
bien  que  les  termes  qui  composent  les  définitions.  Ainsi, 
le  propre  ne  sera  pas  bien  donné,  par  exemple  en  donnant 
le  propre  de  la  science,  si  Ton  dit,  que  tout  en  restant 
une,  c'est  une  conception  i/iébranlable  au  raisonne- 
ment. Du  moment  qu'on  dit:  tout  en  restant  une,  on 
se  sert  dans  le  propre  du  terme  un,  qui  est  à  tout,  et 
le  propre  de  la  science  n'est  pasbien  donné.  Mais  quand 
on  établit  la  proposition,  il  faut  ne  se  servir  d'aucun 
terme  commun,  et  se  servir  seulement  de  termes  qui  sé- 
parent le  sujet  de  toute  autre  chose;  car  de  cette  façon 
le  propre  sera  bien  donné.  Par  exemple,  comme  en  di- 
sant que  le  propre  de  l'animal  c'est  d'avoir  une  âme,  on 
ne  se  sert  d'aucun  terme  commun,  avoir  une  âme 
sera  bien,  du  moins  à  cet  égard,  le  propre  de  l'animal. 

^1,  Si  la  même  ehosê  €$t  re-     du  propre.  —  Svra  bUn  donné  sous 
pitéê  plusieurs  fois^  S'il  y  a  quel-     ce  rapport,  eu  égard  à  la  tautologie 
*  que  répétition  inutile  dans  Ténoacé    qu*on  aura  su  éviter. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  II.  169 

§  9.  Quaod  on  réfute,  il  faut  voir  si  Ton  donne  plusieurs 
propres  d'une  même  chose,  sans  avoir  averti  qu'on  en 
prend  plusieurs;  car  alors  le  propre  ne  sera  pas  bien 
donné.  De  même  qu'il  ne  faut  dans  les  définitions 
rien  ajouter  à  l'explication  même  de  l'essence,  de  même 
dans  les  propres  il  ne  faut  rien  ajouter  à  la  définition 
qui  fait  du  terme  indiqué  le  propre  du  sujet;  car  cette 
addition  devient  inutile.  Par  exemple,  en  disant  que  le 
feu  est  le  corps  le  plus  léger,  le  plus  ténu,  on  a  donné 
plusieurs  propres;  car  l'un  et  l'autre  attribut  ne  s'ap- 
pliquent véritablement  qu'au  feu  seul  ;  donc  ce  n'est  pas 
bien  donner  le  propre  du  feu  que  de  dire  qu'il  est  le 
corps  le  plus  léger  et  le  plus  ténu.  Quand  on  établit  la 
thèse,  il  faut  ne  point  donner  plusieurs  propres  de  la 
même  chose,  il  faut  n'en  donner  qu'un  seul  ;  car  alors 
le  propre  sera  bien  établi  en  ce  sens:  par  exemple,  en 
disant  que  le  propre  du  liquide,  c'est  d'être  le  corps  qui 
peut  prendre  toute  forme,  on  n'a  donné  là  qu*un  propre 
et  non  plusieurs;  et^  à  cet  égard,  le  propre  du  liquide 
a  été  bien  donné. 


8  s.  Dtt  maim  à  e$t  égard ,  %  9.  tt  ne  faut  dam  lu  difir 

Gomme  ne  contenant  aactin  mot  nitiMu  risn  ajouter^  Voir,  dans 

eommnn  qaï  pniase  également  oon-  le  6*  lim,  ch.  8,  le  développement 

venir  à  tonte  antre  chose.  de  cette  règle  pour  tes  définitions. 


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170 


TOPIQUES. 


CHAPITRE  III. 

Sept  autres  lieux  du  propre  bieo  ou  mal  donné. 

§  I.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  l'ad- 
versaire emploie  la  chose  même  dont  il  donne  le  propre, 
ou  queli]u*une  des  choses  qui  appartiennent  à  celle-là; 
car  le  propre  ne  sera  pas  alors  bien  donné.  C'est  qu'on 
ne  donne  jamais  le  propre  que  pour  instruire;  or,  une 
chose  est  toujours  aussi  inconnue  qu'elle-itême;  et  ce  qui 
est  aux  choses  qui  lui  appartiennent  lui  est  postérieur, 
et  par  conséquent  n'est  pas  plus  connu  ;  donc,  par  ià, 
on  ne  saurait  apprendre  rien  de  plus.  Par  exemple, 
quand  on  dit  que  le  propre  de  l'animal,  c'est  d'être  une 
substance  dont  l'homme  est  une  espèce,  comme  on  em- 
ploie dans  cette  prétendue  explication,  une  des  choses 
qui  appartiennent  à  l'animal,  le  propre  ne  serait  pas 
bien  donné.  Quand  on  établit  la  proposition,  il  faut 
^'assurer  que  l'on  ne  se  sert  ni  de  la  chose  en  question. 


8 1.  SiVadver$aiSr$emploiêyààiis 
rénonciaUoa  qa*H  fait  du  propre, 
ia  ehosé  mèm»  dont  il  prétend  don- 
ner le  propre,  c'est  une  sorte  de 
pétition  de  princi|)es.G*est  mettre  le 
défini  dans  la  définition.— Ou  quel- 
qu'une des  choses  qui  apparîiêr^ 
nent  à  celles-là,  Le  texte  dit  :  Ou 
de  quelqu'une  des  choses  de  celles^ 
làj  en  d*aiitres  termes,  de  quelque 
sujet  subordonné  à  la  première,  de 
Tune  de  ses  espèces.  —  Ce  qui  est 
aux  choses  qui  lui  appartiennent 


M  en  pêstérieur^  Les  afiributa  ées 
sujets  sttbofdonnéa  sont  loi^oofs 
poslërleurs  aux  attributs  du  genre 
de  ces  sujets ,  c*estrà-dire,  moins 
larges,  et  par  conséquent  moins  con- 
nus. —  Une  des  choses  qui  appoT' 
tiennent  à  V animal^  Une  des  es- 
pèces de  ranimai.  —  Ni  d^une  de 
celles  qui  lui  appartiennent^  ni 
d*une  de  ses  espèces.  -^Nide  rien 
de  ce  qui  lui  appartient^  ni  d'aucune 
de  ses  espèces  à  quelque  titre  que 
ce  puisse  être. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  III.  171 

ni  d'une  de  celles  qui  lui  appartiennent  ;  car  le  propre 
sera  bien  donné,  du  moins  en  ce  sens.  Ainsi,  quand  on 
donne  comme  propre  de  l'animal  d'être  un  composé 
d  ame  et  de  corps,  comme  on  ne  se  sert  ni  de  la  chose 
même  ni  de  rien  de  ce  qui  lui  appartient,  le  propre  de 
lanimal  est  alors  bien  donné. 

§  a.  C'est  de  la  même  manière  encore  qu'il  faut  étu- 
dier les  autres  conditions  qui  font  et  ne  font  pas  la 
chose  plus  connue.  Pour  réfuter,  il  faut  voir  si  l'adver- 
saire emploie  quelque  chose ,  ou  d'opposé  à  l'objet  en 
question,  ou  d'absolument  simultané  eu  nature ,  ou  de 
postérieur;  car  alors  le  propre  ne  sera  pas  bien  dohné. 
L'opposé  est  simultané  en  nature;  mais  le  simultané 
ou  le  postérieur  ne  peuvent  servir  à  éclaircir  la  chose. 
Par  exemple,  quand  on  dit  que  le  propre  du  bien  c'est 
d'être  ce  qui  est  le  plus  opposé  au  mal,  on  se  sert  à 
tort  de  l'opposé  du  bien,  et  le  propre  du  bien  n'a  pas 
été  bien  donné.  Si  l'on  établit  la  thèse,  il  faut  voir  à  ne 
se  servir  ni  d'aucune  chose  opposée,  ni  simultanée  en 
nature  ni  postérieure  ;  le  propre  à  cet  égard  sera  alors 
bien  donné.  Par  exemple,  quand  ou  donne  pour  le 
propre  de  la  science  qu'elle  est  la  conception  la  plus 
certaine,  comme  on  ne  se  sert  ni  d'un  terme  opposé ,  ni 
d'un  terme  simultané  en  nature,  ni  d'un  terme  posté- 
rieur, le  propre  de  la  science  a  été  bien  donné. 

§  3.  Quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  l'adversaire  a 

S  s.  Ou  d'oppoté.,..  ou  ffabso'  —  On  se  tert  de  Vopposé  du  bien, 

Ivment  timultané..,.  ou  de  poité-  pour  définir  \^.  bien,  et  cel  opposé 

tiêwr^  Voir  les  Catégoriee ,  cl).  10,  ne  se  comprend  (|ue  par  le  bien  lui- 

pour  les  opposés,  cb.  li  pour  pos-  même.  C'est  presque  se  servir  du 

teneur,  et  ch.  13  pour  simultané,  bien  pour  expliquer  le  bien  ;  c'est 

et  Métaphysique,  iiv.  5,ch.l0et  11.  une  sorle  de  pétition  de  principe. 


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172  TOPIQUES. 

donné  pour  propre  ce  qui  ne  suit  pas  toujours  le  sujet, 
mais  ce  qui  cesse  quelquefois  d'être  propre;  car  le 
propre  alors  ne  sera  pas  bien  donné.  C'est  que  la  chose 
à  laquelle  nous  supposons  que  le  propre  est  attribué 
n'en  reçoit  pas  toujours  nécessairement  le  nom  avec 
vérité,  non  plus  que  la  chose  à  laquelle  nous  supposons 
qu'il  n'est  pas  attribué,  n'est  pas  incapable  nécessaire- 
ment de  recevoir  ce  nom.  En  outre,  on  peut  ajouter 
qu'on  ne  sait  pas  toujours  d'une  manière  très  évidente 
si  le  propre  qui  a  été  donné  peut  servir  d'attribut,  puis- 
qu'il est  possible  que  ce  propre  cesse  aussi  d'exister.  Le 
propre  nesera  donc  pas  toujours  parfaitement  clair.  Ainsi 
quand  on  donne  pour  propre  de  Tanimal  qu'il  se  meut 
et  qu'il  se  tient  debout,  comme  on  a  donné  pour  propre 
ce  qui  cesse  quelquefois  de  l'être,  le  propre  ne  serait 
pas  ainsi  bien  donné.  Quand  on  établit  la  thèse,  il  faut 
avoir  soin  de  donner  pour  propre  ce  qui  est  toujours 
nécessairement;  car  alors  le  propre  à  cet  égard  sera  bien 


9  8.  Pour  propre  ee  qui  m  iuU 
pas  toujours  le  sujets  La  pensée 
serait  plus  claire,  et  plus  régulière- 
ment eiprimée,  g*il  y  avait  :  Pour 
propre^  non  pat  ee  qui  suii  tou- 
jours le  sujet,  mais,  etc.  G*est  ainsi 
que  Niphns  traduit  et  explique  œ 
passage  :  il  a  peut-être  eu  raison  ; 
mais,  pour  moi,  j*ai  conservé  fidèle- 
ment la  nuance  du  texte,  qui  n*est 
pas  tout  &  feit  celle  que  je  propose 
d*y  substituer.  —  A  laquelle  nous 
supposons  que  le  propre  est  attri- 
hué.  Cette  exposiUon  est  obscure, 
comme  Tout  remarqué  tous  les 
commentateurs.  Aristote  veut  dire 
que  tel  sujet  qui  reçoit  le  propre 
peut  fort  bien  ne  pas  recevoir  le 


nom  même  de  la  chose  k  laquelle 
ce  propre  s*applique:  et  à  l'inverse, 
que  tel  sujet  qui  ne  reçoit  pas  le 
propre ,  peut  fort  bien  recevoir  le 
nom  même  de  la  chose  ii  laquelle 
s'applique  le  propre.  Et  ici  la  rai- 
son en  est  évidente  :  c'est  qu'il  s*ih 
git  d'un  propre  temporaire,  et  non 
d'un  propre  absolu  et  perpétuel. 
L'exemple  qu'il  cite  un  peu  plus 
loin  édaircit  sa  pensée.  —  Peui 
servir  iFattribut,  est  bien  réelle- 
ment ie  propre.  —  Ce  propre  aussi 
cesse  â^exister,  parce  qu'il  est  tem- 
poraire. —  Ce  qui  est  toujours  né" 
eessairement ,  le  propre  absolu  et 
perpétuel  au  lieu  du  propre  relatif 
et  temporaire. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  ITI.  173 

dooué.  Par  exemple,  quand  on  donne  pour  propre  de 
la  vertu  d'être  ce  qui  fait  honnête  celui  qui  la  pos- 
sède ,  on  a  donné  pour  propre  ce  qui  suit  toujours  la 
vertu;  donc  le  propre  de  la  vertu  est  en  ceci  bien 
donné. 

§  4*  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  en 
donnant  le  propre  actuel,  l'adversaire  a  oublié  de  spéci- 
fier quil  ne  donne  que  le  propre  actuel  ;  car  le  propre 
ne  sera  point  alors  bien  donné.  C'est  que  d'abord  tout 
ce  qui  est  contre  l'ordinaire  a  besoin  d'une  explication, 
et  qu'on  a  coutume  habituellement  de  donner  pour 
propre  ce  qui  accompagne  toujours  le  sujet.  En  second 
lieu,  c'est  qu'on  ne  se  fait  pas  comprendre,  si  l'on 
n'a  pas  dit  qu'on  a  voulu  parler  seulement  du  propre 
actuel;  car  il  ne  faut  pas  donner  prétexte  d'attaque. 
Par  exemple,  quand  on  dit  que  le  propre  d'un  homme 
c'est  d'être  assis  avec  quelqu'un,  comme  on  ne  donne 
que  son  propre  actuel,  on  n'a  pas  bien  donné  le  propre, 
si  on  ne  l'a  pas  dit  avec  restriction  que  c'est  seulement 
le  propre  dans  le  moment  actuel.  Quand  on  établit  la 
thèse,  il  faut  avoir  le  soin,  en  donnant  le  propre  ac- 
tuel, de  bien  spécifier  que  l'on  ne  donne  que  le  propre 
actuel;  car  alors  le  propre  en  ceci  sera  bien  donné. 
Par  exemple,  quand  on  dit  que  le  propre  de  tel  homme 
c'est  de  marcher  actuellement  en  tel  endroit,  si  l'on  a 


9  A.  En  donnoffU  le  propre  oe-  n*esl  pas  toqjoan  :  dans  oelui-ci , 

Itiel,  Ce  qui  est  propre  dans  le  mo-  il  est  question  du  propre  qui  est 

meut  même  où  Von  parle,  et  peut  actueliement  —Et  qu^on  a  cou- 

ne  pas  l*ètre  dans  un  autre  moment:  (uiim,  dans  le  langage  vulgaire,  au* 

c^est  une  nuance  du  propre  tempo-  quoi  la  dialectique ,  si  œ  n*est  la 

lalre.  Dans  le  paragraphe  pr6c6-  p^iiosopliie,  doit  se  conformer  au- 

dent,  il  s^agissait  du  propre  qui  tant  qu*elle  le  peut. 


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174  TOPIQUES. 

fuit  cette  distinction,  on  a  bien  donné  le  propre  de  cet 
homme. 

§  5.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  Tadver- 
saire  a  donné  un  propre  qui  n*est  pas  évident  autrement 
que  par  les  sens;  car  le  propre  alors  ne  sera  pas  bien 
donné.  C'est  que  toute  chose  sensible,  une  fois  en  de- 
hors de  la  sensation,  nous  échappe,  et  l'on  ne  sait  plus  si 
elle  existe  encore,  puisqu'on  ne  peut  la  reconnaître  que 
par  les  sens.  Cela  sera  vrai  surtout  pour  les  choses  qui 
ne  sont  pas  toujours  des  conséquences  nécessaires  du 
sujet.  Par  exemple,  quand  on  donne  pour  le  propre 
du  soleil  d'être  l'astre  roulant  au-dessus  de  la  terre,  et 
qui  est  le  plus  brillant  de  tous,  comme  on  se  sert  pour 
exprimer  le  propre  du  mouvement  au-dessus  de  la 
terre,  lequel  n'est  connu  que  par  les  sens,  le  propre  du 
soleil  n'a  pas  été  bien  donné;  car  lorsque  le  soleil  se 
couche,  il  est  incertain  s'il  roule  au-dessus  de  la  terre, 
puisqu'alors  nous  n'en  avons  plus  la  sensation.  Quand 
on  établit  la  proposition,  il  faut  avoir  soin  de  donner 
un  propre  qui  n'est  pas  évident  par  la  sensation  seule- 


9  5.  Vn  propre  qui  n'ut  pat 
évident  autrement  que  par  les  eens  : 
par  exemple,  le  mouvemeot  du  so- 
leil, qui  n*est  sensible  que  tant  que 
le  soleil  est  sur  Thorlzon,  comme 
Aristote  le  dit  un  peu  plus  bas  dans 
ee  paragraphe.  —  Vaetre  roulant 
au-deeeue  de  la  terre,  Aristote  ad- 
met ici  le  mouvement  du  soleil  et 
l'immobilité  de  la  telre.  Il  y  avait 
de  son  temps  des  théories  tout  op- 
posées et  vraies  par  conséquent,  qui 
remontaient  aux  pythagoriciens; 
mais  il  ne  les  avait  pas  adoptées. 
Dans  les  Dernière  Anaiytiquee,  au 


contraire,  il  semble  admettre  qae 
dans  les  éclipses ,  c'est  le  mouve- 
ment de  la  terre  qui  est  cause  des 
phénomènes.  Demiere  Analyti- 
ques, liv.  a,  ch.  1 ,  9  a.  Je  dis  quMl 
semble,  parce  que  le  texte  peut  se 
prêter  à  un  double  sens.  Voir  mon 
Mémoire  sur  la  Logique ,  tome  1 , 
p.  313,  377  et  390.—  C«  qui  est 
d'abord  eoloré,  La  surface  est  la 
première  et  la  seule  chose  que  les 
sens  aperçoivent  dans  le  corps  ;  c'est 
la  mison  qui  induit  le  reste.  — 
Comme  cette  chose,  la  couleur  qu'a 
toujours  la  sarfaoe. 


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HVRE  V,  CHAPITRE  III.  175 

ment,  ou  bien  qui  étant  sensible  est  évidemment  de 
toute  nécessité  à  ce  sujet  ;  car  alors  le  propre  en  ceci 
sera  bien  donné.  Par  exemple^  quand  l'on  a  donné  pour 
propre  de  la  surface  d'être  ce  qui  est  d'abord  coloré,  on 
se  sert,  il  est  vrai,  de  quelque  terme  purement  sensible, 
être  coloré;  mais  comme  cette  chose  est  évidemment 
toujours  au  sujet,  le  propre  de  la  surface  aura  été  bien 
donné,  du  moins  sous  ce  rapport. 

5  6.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  l'on  a 
donné  la  définition  comme  propre;  car  aloi-s  le  propre 
ne  sera  pas  bien  donné.  C'est  que  le  propre  ne  doit  pas 
montrer  l'essence  ;  par  exemple,  quand  on  dit  que  le 
propre  de  l'homme  c'est  d'être  un  animal  terrestre  à 
deux  pieds,  comme  on  a  donné  le  propre  de  l'homme 
exprimant  son  essence,  le  propre  de  l'homme  n'aura 
pas  été  bien  donné.  Quand  on  établit  la  thèse,  il  faut 
prendre  garde  de  donner  un  propre  qui  soit  de  même 
étendue  que  le  sujet,  mais  qui  ne  montre  pas  l'essence; 
car  le  propre  en  soi  sera  alors  bien  donné.  Par  exemple, 
quand  on  donne  pour  propre  de  l'homme  d'être  un  ani- 
mal doux  par  nature,  comme  on  a  donné  un  propre 
d'étendue  égale  à  celle  du  sujet,  mais  qui  ne  montre 
pas  Tessence  du  sujet,  le  propre  de  Fhomme  serait  alors 
bien  donné  sous  ce  rapport. 

§  7-  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  l'adver- 


se. la  d^/iniiionfomfiM  propre,  Qui  ioit  de  même  étendue  que  U 

Voir  la  différence  du  propre  ei  de  sujet  ^  et  qui  ne  montre  pas  Ves^ 

li  définition,  U?.  1,  cb.  5,  SQ  9  et  &.  smce;  c*est  en  résumé  la  définition 

*-  Le  propre,,,  exprimant  son  es-  même  du  propre. 

senee,  c*est  alors  une  définition.  S  7.  iV*a  point  placé  U  propre 

Voir  la  théorie  de  la  déttniUon,  dofif  <0jf0fir0;c*e8l^-dire,  comme 

DerwieTS  ilfiolyfigiMf ,  livre 9.  —  l'explique  Alexandre,  si  radvpr- 


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176  TOPIQUES. 

sairc  n'a  point  placé  le  propre  dans  le  genre;  car  il  faut 
pour  les  propres  comme  pour  les  définitions  donner 
d^abord  le  premier  genre,  et  ensuite  annexer  les  autres 
termes  et  séparer  le  sujet  de  tout  le  reste  ;  et  le  propre 
qui  ne  serait  pas  donné  de  cette  façon  ne  serait  pas 
bien  donné.  Ainsi,  en  disant  que  le  propre  de  l'animal 
c'est  d'avoir  une  âme,  comme  on  n'a  pas  dit  ce  qu'est 
le  genre  de  l'animal,  le  propre  de  l'animal  ne  serait  pas 
bien  donné.  Quand  on  établit  la  thèse,  il  faut  avoir  le 
soin  de  placer  dans  le  genre  ce  dont  on  donne  le  propre 
et  d'y  annexer  tout  le  reste;  car  alors  le  propre  sera 
bien  donné  :  par  exemple ,  en  donnant  pour  le  propre 
de  l'homme,  être  capable  de  science,  comme  on  a 
donné  le  propre  dans  le  genre,  on  a  bien  donné,  en 
ceci,  le  propre  de  l'homme. 

§  8.  On  peut  donc  voir,  de  la  façon  qui  précède,  si 
Ton  a  bien  ou  mal  donné  le  propre. 


saire,  en  donnant  le  propre ,  a  né- 
gligé d'indiquer  le  genre  du  sujets 
ainsi  qu'on  le  faii  pour  les  défini- 
tions essenrieiles.  —  7  anniMBer  Ui 
autrei  termes  qaidoirentcompiéter 
la  définition ,  et  ces  autres  termes, 
sont  les  différences  qui  doivent  i^ 
parer  le  sujet  de  tout  autre  objet 
avec  lequel,  sans  la  définition  ou  le 
propre ,  on  pourrait  le  confondre. 
—  Le  soin  de  placer  dans  le  genre^ 
dans  son  genre  esseniiel,  —  ee  dont 
on  donne  le  propre ,  le  sujet.  —  St 
d^y  annexer  tout  le  reste ,  et  d*y 
joindre  les  difiérences.  —  Comme 


on  a  donné  le  propre  dans  le  genre^ 
parce  que  le  propre  doit  compren- 
dre le  genre. 

g  S.  Si  Pon  a  bien  ou  mal  donné 
le  propre^  C'est  la  première  ques- 
tion qu'il  s*est  posée.  Voir  plus  haut 
dansce  livre,  ch.  i,  g  1.  Et,  en  eflet, 
le  propre  indiqué  peut  bien  être 
réellement  le  propre  du  sujet  en 
discussion  ;  mais  si  la  forme  sons 
laquelle  on  l'a  donné  est  incorrecte 
et  irrégulière,  on  peut  ne  pas  le  re- 
connaître ,  et  par  conséquent  l'ad- 
versaire pourrait  le  contester  sans 
aucune  déloyauté. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  IV. 


177 


CHAPITRE  IV. 

Hait  lieux  pour  savoir  si  le  terme  donné  est  propre 
au  sujet  ou  ne  Test  pas. 

$  I.  Voici  comment  on  peut  voir  si  ce  qu'on  a  donné 
pour  le  propre  est  absolument  propre  ou  ne  Test  pas. 
Les  lieux  qui  établissent  d'une  manière  absolue  que  le 
propice  est  bien  donné,  seront  les  mêmes  que  ceux  qui 
donnent  simplement  le  propre.  Ils  seront  donc  exposés 
avec  ceux-là. 

$  a.  Il  faut  d'abord,  quand  on  réfute,  examiner  cha- 


9  1.  VoM  eommim ,  ce  qu*on 
donoe  pour  le  propre  peut  ne  pas 
Tètre,  quelque  régulière  que  soit 
d*ailleurs  la  forme  sous  laquelle  on 
Va  présenté.— ^5«ol«fiiénr,  c'est-à- 
dire  sans  regarder  8*il  est  bien  ou 
mal  donné  quanta  la  forme.— Que  le 
propre  est  hien  donné,  cette  nuance 
nouvelle  dans  Tétude  du  propre 
semble  se  confondre  a?ee  eelje  des 
chapitres  précédents,  et  cependant 
elle  8*en  distingue.  Aristote  ajoute 
ici  :  éTune  manière  absolue ,  tan- 
dis que ,  dans  tout  ce  qui  précède , 
il  recherchait  si  le  propre  avait  été 
bien  ou  mal  donné,  relativement 
à  telle  considération  particulière 
qui  pouvait  le  rendre  faux  et  in- 
complet. Aussi  ajoutait-il  toujours 
après  chaque  lieu  :  en  ceci,  tou$  ce 
rapport  j  à  cet  égard.  Ici ,  au  con- 
traire, U  n'y  a  plus  de  ces  restric- 
tions, n  faut  donc  distinguer  trois 

IV. 


degrés  :  lo  Le  propre  a  été  bien  ou 
mal  donné,  relativement  à  tel  point 
de  vue  spécial  et  particulier  ;  i»  il 
a  été  donné  bien  ou  mal  d^une  ma- 
nière absolue;  S«  ii  est  ou  n*est  pas 
absolument  parlant.  Ce  sont  ces 
deux  dernières  nuances  qu*Aristote 
confond  dans  une  seule  étude;  car 
on  sent  que,  si  le  propre  n*est  pas, 
il  ne  peut  pas  avoir  été  bien  donné; 
et  voilà  comment  il  peut  traiter  à 
la  fois  ces  deux  espèces  de  lieux, 
toutes  distinctes  qu*elles  sont  ce- 
pendant 

8  S.  il  ehacune  des  parties  du 
sujet ,  à  chaque  espèce  du  genre 
dont  on  prétend  donner  le  propre. 
—  S'il  cesse  d^itre  vrai,  pour  les 
espèces  considérées  par  rapport  au 
genre,  sous  le  rapport  du  sujet  dont 
il  est  question,  dont  on  donne  le 
propre.  —  Et  aussi  s*U  est  vrai^ 
pour  les  espèces  considérées  par 

is 


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à 


178  TOPIQUES. 

cune  des  parties  du  sujet  dont  on  a  prétendu  donner  le 
propre,  et  voir,  par  exemple,  si  ce  propre  n'appartient 
réellement  à  aucune  de  ces  choses ,  ou  du  moins  s'il 
cesse  d'être  vrai  sous  le  rapport  du  sujet  dont  il  est 
question,  ou  bien  s'il  cesse  d'être. le  propre  de  chacune 
des  choses  sous  le  rapport  de  celle  dont  on  a  prétendu 
donner  le  propre;  car  alors  ce  qu'on  a  établi  comme  le 
propre  ne  le  sera  pas  véritablement.  Ainsi,  pour  le  géo- 
mètre, il  n'est  pas  vrai  qu'il  soit  infaillible  dans  le  rai- 
sonnement ;  car  le  géomètre  se  trompe  en  traçant  des 
figures  inexactes  :  on  ne  pourrait  donc  pas  *dire  que  le 
propre  du  savant ,  c'est  de  ne  pas  être  trompé  par  le 
raisonnement.  Quand  on  établit  la  thèse,  au  lieu  de  la 
réfuter,  il  faut  voir  si  le  propre  est  vrai  pour  tous  les 
termes,  et  aussi  s'il  est  vrai  pak*  rapport  à  celui  dont  il 
s'agit;  car  le  propre  donné  sera  réellement  le  propre. 
Par  exemple,  puisqu'il  est  vrai  de  tout  homme  que  c'est 
un  animal  capable  de  science,  et  que  cela  est  vrai  en 
tant  qu'il  est  homme,  le  propre  de  l'homme    serait 
d*être  un  animal  capable  de  science.  Ce  lieu  peut  encore 


rapport  au  genre  dont  on  donne  le 
propre.  — >  Ia  propre  éoitmé  sêra 
rMUmerU  le  propn^  Pacius,  dia- 
prés Sylburge,  inliodnit  ici  une 
négation  autorisée  par  quelques 
oiaouscrits,  mais  qui  semble  con- 
tredire le  sens  :  Ce  qui  a  été  éomU 
eomma  n^étant  pas  1$  propre  êera 
le  propre.  J*ai  soiti  la  leçon  ordi- 
naire, qu^adopte  aussi  Tédition  de 
Berlin.  —  Et  que  cela  est  vrai  en 
tant  qu*il  est  homme^  c*est-à«-dire 
par  rapport  au  sujet,  au  genre 
même  dont  on  prétend  donner  le 


propre.  —  Ce  lieu  peui  encore  «ar- 
«<r/ PaciuB  voudrait  retrancher 
tonte  cette  phrase  jusqu^ii  la  fin  du 
paragraphe.  Je  Tai  consenrée,  avec 
tontes  les  éditions,  bien  qu'elle  ne 
semble,  en  elfot,  qu'une  répétition 
du  début  du  paragraphe  suivant  — 
L'explieaiion ,  c'est-è-dire  le  pro- 
pre; le  nom,  c'est-à-dire  le  siget 
dont  on  donne  le  propre.  J'ai  pris 
le  mot  eiplication ,  au  lieu  de  celui 
de  définition,  pour  ne  point  con- 
fondre ces  lieux  avec  ceux  qui  se- 
ront donnés  dans  le  livre  suivanu 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  IV.  179 

servir,  d'abord  pour  réfuter,  quand  Texplication  cesse 
d'être  vraie  pour  la  chose  qui  reçoit  le  nom  avec  vérité, 
et  aussi  quand  le  nom  cesse  d'être  vrai  pour  la  chose 
qui  reçoit  Texplication  avec  vérité  :  et  en  second  lieu , 
pour  établir  la  thèse,  quand  Texplication  est  vraie  pour 
la  chose  à  laquelle  le  nom  s'applique ,  et  quand  le  nom 
est  attribué  sans  erreur  à  la  chose  qui  reçoit  aussi  l'ex- 
plication. 

§  3.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  le  noni 
cesse  d'être  vrai  pour  la  chose  qui  reçoit  l'explication  : 
et  réciproquement,  si  l'explication  cesse  d'être  vraie 
pour  la  chose  qui  reçoit  le  nom  ;  car  alors  ce  qu'on  a 
donné  pour  le  propre  ne  sera  pas  le  propre  réellement. 
Par  exemple ,  comme  cette  explication  :  être  capable 
de  science,  est  vraie  de  Dieu^  et  qu'homme  n'est  pas  at- 
tribué à  Dieu,  le  propre  de  l'homme  n'est  point  être 
capable  de  science*  Au  contraire,  quand  on  établit  la 
proposition,  il  faut  voir  si  le  nom  est  attribué  là  où  est 
attribuée  aussi  l'explication,  et  si  l'explication  est  attri- 
buée là  oïl  est  attribué  aussi  le  nom  ;  car  ce  qu'on  donne 
pour  n'être  pas  le  propre  le  sera  réellement.  Par  exem- 
ple, puisque  le  terme  animal  est  vrai  pour  l'être  dont 
avoir  une  âme  est  vrai  aussi,  et  que  avoir  une  âme  est 
vrai  pour  ce  dont  le  terme  animal  est  vrai,  avoir  une 
âme  est  bien  le  propre  de  l'animal. 

§  4*  Ensuite,  pour  réfuter,  il  faut  voir  si  l'on  a  donné 


g  s.  Site  nom  cesse  d^itre  vrai,  même  pour  propre  de  la  chose  qui 

dans  ce  paragraphe,  la  pensée  ob-  est  dans  le  sujet ,  si  Ton  a  donné 

scnre  qni  termine  le  précédent  de-  à  Tattribut  qui  est  dans  le  sujet  te 

Tient,  en  effet,  très-claire,  comme  sujet  lui-même.  —  Même  de  choses 

le  feit  observer  Pacins.  différentes  en  espèce,  parce  qu'un 

S  4.  Si  Von  a  donné  k  sujet  même  sujet  peut  avoir  plusieurs  at- 


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180  TOPIQUES. 

le  sujet  même  pour  propre  de  la  chose  qui  est  dans  le 
sujet;  car  le  propre  donné  comme  tel  ne  sera  pas  propre 
réellement.  Par  exemple,  si  Ton  a  dit  que  le  propre  du 
corps  le  plus  subtil  c'est  d'être  le  feu,  on  a  donné  le  sujet 
comme  propre  de  l'attribut,  et  alors  le  feu  ne  saurait  être 
le  propre  du  corps  le  plus  subtil.  Ainsi,  le  sujet  ne  peut 
pas  être  le  propre  de  ce  qui  est  dans  le  sujet,  parce  qu'a- 
lors une  même  chose  serait  le  propre  de  plusieurs 
choses,  même  de  choses  différentes  d'espèces  ;  car  il  se 
peut  que  plusieurs  choses  différentes  en  espèce  soient 
à  une  même  chose  à  laquelle  seule  elles  sont  attribuées; 
et  alors  le  sujet  serait  le  propre  de  toutes,  si  Ton  pou- 
vait donner  ainsi  le  propre.  Quand  on  établit  la  propo- 
sition, il  faut  voir  si  l'on  a  donné  ce  qui  est  dans  le  su- 
jet pour  piH>pre  du  sujet;  car  alors  ce  qui  a  été  donné 
comme  n'étant  pas  le  propre ,  sera  réellement  propre, 
puisqu'alors  il  est  attribué  à  la  seule  chose  dont  il  est 
dit  être  le  propre.  Si ,  par  exemple,  quand  on  dit  que 
le  propre  de  la  terre  c'est  d'être  le  corps  le  plus  pesant 
de  son  espèce  ,  on  a  donné  au  sujet  un  propre  qui 
s'applique  uniquement  à  cette  chose,  et  qu'on  la  lui 


tributs  d'espèce  difféiente  ;  et  ^11  leçon  pourrait  être  acceptée,  si  elle 

devensit  le  propre  de  tous  ces  attri-  était  autorisée  par  les  manoscriu. 

buts,  une  même  chose  pourrait  de-  «Sythurge  donne  aussi ,    dans   le 

▼enirle  propre  de  plusieurs  choses:  membre  de  phrase  qui  suit»  une 

ce  qui  contredit  Tidée  même  dn  variante  qui ,  avec  la  même  garan- 

propre.^^Scient  à  une  mime  chote^  Ue,  serait  très-acceptable  :  PuUque 

que  plusieurs  attributs,  spécifique-  le  propre,  airui  qu'on  Va  dit  y  m 

ment  différents  soient  à  un  même  s'applique  jamaii  qu'à  une  eeuie 

sujet.  —  Comme  n'étant  pae   le  chose.  ^  A  la  seule  chote^  Véàitim 

propre,  Sylburge  met  la  négation  de  Beriin  met  te  pluriel  :  ^Atix  ««ti/ee 

entre  crochets,   c'esl^-à-dire  quMl  ehosu  dont^  etc.;  le  singulier  est 

propose  de  la  reu^ncher:  et  cette  préférable. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  IV.  181 

attribue  comme  propre,  le  propre  de  la  terre  a  été 
bien  donné. 

§  5.  Quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  Ton  a  donné  le 
propre  en  participation  ;  car  ce  qu'on  aura  donné  pour 
propre  ne  le  sera  point.  En  effet,  ce  qui  est  en  partici- 
pation est  compris  dans  la  définition  essentielle  de  la 
chose;  et  ainsi,  le  prétendu  propre  ne  serait  qu'une 
différence  applicable  à  telle  espèce.  Par  exemple,  si  en 
disant  que  le  propre  de  Thomme  est  d'être  un  animal 
terrestre  à  deux  pieds ,  on  n'a  donné  qu'un  propre  en 
participation,  le  propre  de  Thomme  ne  serait  pas  d'être 
un  être  animal  terrestre  à  deux  pieds.Quandon  établit  la 
proposition,  il  faut  voir  à  ne  point  donner  un  propre 
en  participation,  ni  la  définition  essentielle  de  la  chose, 
tout  en  ayant  soin  que  la  chose  soit  réciproquement  at- 
tribuée ;  car  le  propre  sera  ce  qu'on  aura  dit  ne  pas 
l'être.  Par  exemple,  si  en  disant  que  le  propre  de  l'ani- 
mal c'est  d'être  fait  pour  sentir,  on  n'a  point  ainsi  donné 
un  propre  en  participation  non  plus  que  la  définition 
essentielle  de  la  chose,  la  chose  étant  réciproquement 
attribuable,  le  propre  de  l'animal  sera  d'être  fait  na- 
turellement pour  sentir. 

$  6.  Ensuite ,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  s'il  est 
impossible  que  le  propre  soit  en  même  temps  que  la 

9  s.  Sn  partieipaiUm,  c*e8trà-  c'est-à-dire  le  genre, 
dire  par  le  genre  dont  il  fait  partie  9  6.  S'il  Bit  HnpoiHblé  que  le 
et  par  la  différence  qui  constitue  propre  tait  en  mime  tempe ,  le 
Tune  des  espèces  de  ce  genre.  —  propre  doit  toujours  être  contenu- 
es qui  eet  en  participation  ^  le  porain  de  la  chose  dont  il  est  le 
fgenre.^  Que  la  ehoee  toit  récipro-  propre:  si  donc  le  propre  donné 
quemmt  attrUnêée,  au  propre, c'est-  n'est  pas  contemporain ,  c*est  qu*il 
Mire  de  même  étendue  que  lui.  n'est  pas  le  propre  et  sous  ce  rap- 
—  Un  propre  en  pairtieipaiian ,  port  il  est  réAitable. 


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182  TOPIQUES. 

chose  à  laquelle  s'applique  le  nom ,  puisqu'il  ne  doit 
pas  lui  être  postérieur  ou  antérieur  ;  car^  dans  ce  cas, 
ce  qu'on  a  donné  pour  le  propre  ne  sera  pas  le  propre, 
soit  jamais,  soit  du  moins  pas  toujours.  Par  exemple  puis- 
qu'il peut  appartenir  à  quelqu'un  de  marcher  dans  la 
place  publique,  soit  avant  ou  après  la  qualité  d'être 
homme,  marcher  dans  la  place  publique  ne  sera  jamais 
ou  du  moins  ne  sera  pas  toujours  le  propre  de  l'homme. 
Quand  on  établit  la  proposition,  il  faut  voir  si  le  terme 
donné  est  toujours  nécessairement  simultané  à  la  chose 
sans  en  être  d'ailleurs  ni  la  définition  ni  la  différence: 
car  alors  le  propre  sera  ce  qu'on  a  donné  couime  ne  l'é- 
tant pas.  Par  exemple,  puisqu'animal  susceptible  de 
science  est  nécessairement  toujours  en  même  temps  que 
homme ,  sans  en  être  cependant  ni  la  définition  ni  la 
différence,  le  propre  de  l'homme  sera  animal  suscep- 
tible de  science. 

§  7.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  le 
propre  des  mêmes  choses  cesse  d'être  le  même  en  tant 
qu'elles  sont  mêmes  :  car  ce  qu'on  donne  pour  le  propre 
ne  le  sera  pas.  Par  exemple,  si  le  propre  de  ce  qui  est 
à  rechercher  n'est  pas  de  paraître  bon  à  quelques-uns, 
le  propre  de  ce  qui  est  à  désirer  ne  sera  pas  non  plus 
de  paraître  bon  à  quelques-uns  ;  car  ce  qui  est  à  re- 
chercher et  ce  qui  est  à  désirer  sont  une  même  chose. 
Mais  quand  on  établit  la  proposition,  il  faut  voir  si  le 
même  propre  est  le  propre  du  même  en  tant  que  même; 
car  le  propre  sera  précisément  ce  qu'on  a  donné  pour 

9  7.  Qaand  deux  choses  sont  divûéé  en  troU  pwtiesj  voir  plus 
ideoUques,  le  propre  de  Vuue  doit  haut,  dans  ce  même  livre ,  ch.  i , 
être  le  propre  de  Tautre.  —  Vàme     8  5,  en  note. 


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LIVBE  V,  CHAPITRE  IV.  183 

n'être  pas  le  propre.  Par  exemple,  si  le  propre  de 
l'homme  en  tant  qu'homme  est  d'avoir  une  âme  divisée 
en  trois  parties,  le  propre  du  mortel,  en  tant  que  mor- 
tel, sera  aussi  d'avoir  l'âme  divisée  en  trois  parties. 

Ce  lieu  est  encore  utile  pour  l'accident;  car  pour  les 
mêmes  choses  en  tant  que  mêmes,  il  faut  que  les  mêmes 
accidents  soient  ou  ne  soient  pas. 

§  8«  Quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  le  propre  cesse 
d'être  toujours  te  même  en  espèce  pour  les  choses  qui 
en  espèce  sont  les  mêmes;  car  ce  qu'on  donne  pour  le 
propre  ne  sera  pas  le  propre  du  sujet  indiqué.  Par 
exemple,  comme  en  espèce  l'homme  et  le  cheval  sont 
la  même  chose,  le  propre  du  cheval  n'étantpas  toujours 
de  se  tenir  sur  lui-même,  le  propre  de  l'homme  ne  sera 
pas  non  plus  toujours  de  se  mouvoir  par  lui-même. 
En  effet  y  se  tenir  sur  soi-même  ou  se  mouvoir  par  soi- 
même  c'est  spécifiquement  une  même  chose;  car  ces  deux 
propriétés  peuvent  appartenir  accidentellement  à  l'un 
et  à  l'autre,  en  tant  qu'ils  sont  l'un  et  l'autre  animal. 
Quand  oo  établit  la  proposition,  il  faut  voir  si  le  propre 
est  toujours  le  même  pour  les  choses  qui  sont  les  mêmes 
en  espèce;  car  le  propre  sera  précisément  ce  qu'on 
donne  pour  ne  pas  l'être. Par  exemple,  puisque  le  propre 
de  l'homme  est  d'être  animal  terrestre  bipède ,  le  propre 
de  Toise^u  sera  aussi  d'être  ailé  bipède.  Chacun  d'eux 
est  le  même  en  espèce,  en  tant  que  d'une  part,  deux  de 
ces  termes  sont  espèces  sous  le  même  genre,  étant  tous 

S  8.  11  s'agîssail  dans  le  para-  esfécc.-^ Comme  serait,,  terrestre 
graphe  7  de  choses  idenliques  en  quadrupède^  qui  peut  s^appllquer  & 
nombre,  et  qui  se  confondaient  plusieurs  espèces,  tandis  que  ter- 
Tune  avec  Tautre;  il  s'agit  ici  de  restre  bipède  ne  s*app1ique  qu'à  une 
choses  identiques  en  genre  ou  en  seule,  celle  de  Thomme. 


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18*  TOPIQUES. 

deux  sousTanimal;  et,  d'autre  part,  que  les  deux  autres 
sont  des  différences  du  genre  de  ranimai.  Ce  Heu,  du 
reste,  est  faux  lorsque  l'un  des  termes  dont  il  s'agit  est 
à  une  seule  espèce  et  que  l'autre  est  à  plusieurs,  comme 
serait,  par  exemple,  terrestre  quadrupède. 

§  9.  Du  reste,  le  même  et  l'autre  pouvant  être  pris 
dans  plusieurs  sens,  il  sera  difficile,  si  l'on  discute  so- 
phistiquement ,  de  donner  le  propre  d'une  seule  et 
unique  chose:  car  le  propre  qui  est  à  ce  qui  est  un  acci- 
dent, sera  aussi  à  cet  accident  pris  avec  le  sujet  auquel 
il  appartient.  Par  exemple,  ce  qui  est  à  l'homme  sera 
aussi  à  Thomme  blanc,  en  tant  que  l'homme  est  blanc, 
et  ce  qui  est  à  l'homme  blanc  sera  aussi  à  l'homme.  Or, 
on  pourrait  attaquer  la  plupart  de  ces  propres  en  pré- 
tendant que  ce  sujet  est  autre,  pris  en  soi,  et  autre,  pris 
avec  l'accident  :  par  exemple,  en  prétendant  que 
l'homme  est  autre,  et  autre  l'homme  blanc.  On  peut  en- 
core faire  une  différence  entre  la  possession  et  ce  qui 
est  dit  d'après  la  possession  ;  car  le  propre  qui  est  à  la 
possession  sera  aussi  à  ce  qui  est  dit  d'après  la  posses* 
sion;  et  le  propre  qui  est  à  ce  qui  est  dit  d'après  la  pos- 
session sera  aussi  à  la  possession.  Par  exemple,  puisque 
le  savant  est  ainsi  nommé  relativement  à  la  science,  on 


9  9.  Si  VondiseuUiophiêtiquê'  D*e8t  pas  le  propre  de  Tavue.  On 

mMt ,  par  des  moyens  peu  loyaux,  peut  dire  que  le  sujet  concret  n*est 

comme  il  Texplique  à  la  fin  même  du  pas  le  même  que  le  sujet  abstrait , 

paragraphe.  Les  distinctions  faites  et  que  le  propre  de  la  science,  par 

dans  ce  paragraphe,  et  qui  ne  con-  exemple,  n*est  pas  bien  exactement 

viennent    d*ailieurs    qu*aux    so-  donné,  puisqu*il  peut  être  aussi  le 

phistes,  reposent  toutes  sur  des  propre  du  savant.  On  peut  chicaner 

nuances  un  peu  subtiles.  On  peut  même  sur  la  forme  de  la  phrase,  et 

distinguer  le  sujet  pris  absolument  dire  que  le  savant,  la  science ,  par 

du  sujet  pris  avec  son  accident ,  et  exemple ,  ne  sont  pas  ce  qui ,  etc., 

prétendre  que  le  propre  de  Tun  mais  celui  qui ,  celle  qui,  etc. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  V.  185 

pourra  soutenir  que  le  propre  de  la  science  n'est  nas 
d'être  inébranlable  par  le  raisonnement;  car  le  savant 
sera  précisément  inébranlable  par  le  raisonnement. 
Quand  on  établit  la  proposition,  il  faut  soutenir  qu'il 
n'y  a  pas  une  différence  absolue  entre  le  sujet  auquel 
est  l'accident,  et  l'accident  pris  avec  le  sujet  auquel  il 
est  ;  mais  qu'il  n'y  a  de  différence  que  dans  la  qualité 
de  leur  être;  car  l'être  n'est  pas  le  même  pour  l'homme 
d'être  homme,  et  pour  Vhomme  blanc  d'être  homme 
blanc.  U  faut  regarder  même  aux  cas ,  en  disant,  par 
exemple,  que  le  savant  ne  sera  pas  ce  qui  est  inébran- 
lable par  le  raisonnement;  mais  bien  celui  qui  est  iné- 
branlable par  le  raisonnement,  et  que  la  science  n*est 
pas  ce  qui  ne  peut  être  ébranlé  par  le  raisonnement, 
mais  bien  celle  qui  ne  peut  être  ébranlée  par  le  raison- 
nement. C'est,  qu'en  effet,  il  faut  se  défendre  avec 
toutes  les  armes,  quand  l'adversaire  ne  craint  pas  de  les 
employer  toutes  sans  distinction. 


CHAPITRE  V. 

Douze  autres  lieux. 

§  I.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  en  vou- 
lant donner  un  attribut  qui  est  de  nature,  on  a  choisi 

8  1.  Un  attribui  çui  eit  de  no-  pieds;  mais,  en  réalité,  il  ne  les  a 

ture,  peut  fort  bien  n*être  pas  tou-  pas  toujours,  soit  par  suite  d*une 

jours  au  sujet.  Ainsi,  par  nature,  monstruosité,  soit  par  suite  d*un 

l'homme  est  fait  pour  avoir  deux  accident.  Un  attribut  doit  s'en- 


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186  TOPIQUES- 

le  mot  de  manière  à  exprimer  que  cet  attribut  est  tou- 
jours au  sujet;  car  alors  ce  qui  est  dounë  pour  le 
propre  pourrait  être  réfuté.  Par  exemple  si,  en  disant 
que  le  propre  de  Thomme  est  d'être  bipède,  ou  a  voulu 
donner  un  attribut  naturel,  et  exprimer  par  ce  mot  un 
attribut  qui  est  toujours,  bipède  ne  sera  pas  le  propre 
de  Thomme;  car  tout  homme  n'a  pas  toujours  deux 
pieds.  Quand  on  établit  la  proposition,  il  faut  voir  si 
Ton  peut  donner  un  propre  naturel,  et  si  on  l'exprime 
bien  aufrsi  de  cette  façon  par  le  mot  qu'on  emploie;  car 
s'il  en  est  ainsi,  le  propre  ne  sera  point  réfuté.  Par 
exemple,  si  en  ayant  posé  que  le  propre  de  Thomme 
c'est  animal  susceptible  de  science,  on  veut  exprimer 
par  cette  expression  même  que  c'est  le  propre  qui  est 
naturel  à  l'homme ,  le  propre  ainsi  donné  ne  pourrait 
pas  être  réfuté,  sous  prétexte  que  le  propre  de  Thomme 
n'est  pas  animal  capable  de  science. 

§  là.  Il  faut  ajouter  que  pour  les  choses  qui  ne  sont  que 
relativement  à  une  autre  prise  comme  primitif,  ou  qui 
sont  prises  elles-mêmes  comme  primitifs,  il  est  difficile 
de  donner  le  propre;  car  si  on  donne  le  propre  de  ce 
qui  se  rapporte  à  un  autre  terme,  ce  propre  sera  aussi 
attribué  au  primitif;  et  s'il  Test  au  primitif,  il  le  sera 
aussi  à  ce  qui  est  relatif  au  primitif.  Par  exemple,  si 

tendre  ici  da  propre.  J*ai  précisé  de  la  sur faced^itr$  colorie  ^\sisaT~ 

les  mots,  quoique  le  texie  ue  le  fasse  face  étant  le  terme  relatif  au  corps  ; 

pas  et  dise  :  Ce  qui  est  de  nature,  le  corps  étant  primitif  relativement 

—  Sous  prétexte  que,  de  fait,  un  à  la  surface.  —  Le  nom  ne  sera  pas 

certain  nombre  d'hommes  ue  sont  vrat  pour  la  chose,  la  surface  n'est 

pas  capables  de  science  :  ceci  est  pas  le  corps,  le  corps  n*est  pas  la 

vrai ,  en  fait  ;  mais,  en  nature,  tout  surface,  bien  que  le  propre  de  la 

être  humain  doit  en  être  capable.  surface,  c'est-à-dire  la  coloration, 

$  %,  Si  l'on  donne  pour  propre  puisse  être  attribué  au  corps. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  V,  187 

l'on  donne  pour  propre  de  ia  surface  d'être  colorée,  être 
coloré  sera  vrai  aussi  pour  le  corps;  et  s'il  est  attribué 
au  corps,  il  le  sera  aussi  à  la  surface,  de  sorte  que  le 
nom  né  sera  pas  vrai  pour  la  chose  de  laquelle  copen* 
dant  l'explication  est  vraie. 

§  3.  Il  arrive  pour  quelques-uns  des  propres,  que  te 
plus  souvent  l'erreur  vient  de  ce  qu'on  n'a  pas  déter- 
miné comment  et  de  quelles  choses  on  entend  donner 
le  propre.  §  4-  ^^^  toujours  on  essaie  de  donner  pour  le 
propre,  ou  ce  qui  est  naturel ,  comme  pour  l'homme 
d'être  bipède;  ou  simplement  ce  qui  est,  comme  pour 
tel  homme  de  n'avoir  que  quatre  doigts;  ou  ce  qui  est 
à  l'espèce^  comme  pour  le  feu  d'être  le  corps  composé 
des  parties  les  plus  légères;  ou  on  le  donne  absolument, 
comme  pour  l'animal  d'être  animal;  ou  relativement  à 
une  autre  chose,  comme  la  réflexion  pour  le  propre  de 
l'âme  ;  ou,  en  remontant  au  primitif,  comme  la  réflexion 
pour  la  raison  ;  ou  bienf,  en  s'arrêtant  à  ce  que  le  sujet 
possède ,  comme  lorsqu'on  dit  que  le  propre  du  savant 
c'est  de  n'être  pas  ébranlé  par  le  raisonnement  ;  car 
c'est  uniquement  parce  qu'il  possède  certaines  qualités 
qu'il  est  inébranlable  à  la  discussion  ;  ou  bien,  en  s'arrê- 
tant à  la  possession  que  donne  le  sujet,  comme  le  propre 
de  la  science  c'est  de  rendre  inébranlable  à  la  discus- 
sion; ou  bien  encore,  en  considérant  la  participation 
que  communique  le  sujet,  comme  le  propre  de  l'animal 
c'est  de  sentir;  car  quelque  autre  chose  encore  sent,  et 
l'homme,  par  exemple;  mais  il  ne  sent  aussi  que  par 


9  3.  Comment  et  jU  quelles  toutes  les  nuances  que  le  propre 
ehosee,  c'est  ce  qu'il  fera  dans  le  peut  revêtir  et  il  les  parcourra 
paragraphe  suivant ,  en  énonçant    soigneusement  une  à  une. 


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188  TOPIQUES. 

participation  à  ranimai  ;  ou  enfin ,  eu  cousidérant  la 
participation  que  reçoit  le  sujet,  comme  être  animé  est 
le  propre  de  Tanimal.  §  5.  Si  l'on  n'ajoute  pas  que  le 
propre  est  naturel  on  se  trompe^  parce  qu'il  se  peut  que 
le  propre  naturel  ne  soit  pas  réellement  à  la  diose  à 
laquelle  il  appartient  par  nature,  comme  à  l'homme 
d'avoir  deux  pieds.  §  6.  Et  l'on  se  trompe  encore  si 
l'on  ne  spécifie  pas  qu^on  donne  simplement  ce  qui  est, 
parce  que  la  chose  n'est  pas  toujours  comme  elle  est 
maintenant  :  par  exemple,  qu'un  homme  n'ait  que  quatre 
doigts;  §  7,  si  l'on  n'a  point  dit  qu'on  pose  le  terme 
comme  primitif  ou  comme  relatif  à  un  autre,  parce 
qu'alors  le  nom  ne  sera  plus  vrai  pour  la  chose  de 
laquelle  l'explication  est  vraie  :  par  exemple^  être  coloi*é, 
soit  qu'on  i  ait  donné  pour  le  propre  de  la  surface  ou 
pour  celui  du  corps.  §  8.  Si  l'on  n'a  point  dit  à  lavance 
que  l'on  donne  le  propre  parce  que  le  sujet  possède  ou 
qu'il  est  possédé,  ou  se  trompe, parce  qu'alors  le  terme 
donné  ne  sera  pas  le  propre;  car  si  l'on  donne  le  propre 
parce  que  le  terme  est  possédé,  il  sera  aussi  à  ce  qui 
possède;  et  s'il  est  à  ce  qui  possède,  il  sei*a  aussi  à  ce 
qui  est  possédé:  par  exemple,  si  l'on  a  posé  pour  propre 
du  savant  ou  de  la  science  d'être  inébranlable  à  la  dis- 
cussion. §  Q.On  se  trompe  encore,  si  l'on  n'a  point  indique 

9  s  La  pensée  de  oe  paragraphe  possède  la  science  ;  c^est  la  science 

se  trouve  d^à  dans  le  ft  1.  qui  est  possédée  par  le  savant  ;  il 

8  6.  SimpUmsfU  ce  qui  Ml,  sans  faut  distinguer  cette  nuance  en  don- 
que  ce  soit  esseniiellement  de  na-  nant  le  propre. 

lure.  S  9.  JKn  ce  quHl  participe  ou  eel 

9  7.  De  laqueUê  VerpHeaiion    eommuniqui ,  le  texte  dit  :  En  ce 
eir  vraie,  c*est  fexerople  du  ft  9.        qu*U  participe  ou  est  partidpi.  — 

%  S.  Pour  propre  du  savarU  ou     En  ce  qu'il  participe^  s'applique 
de  la  ici9nce,  c'est  le  savant  qui     aux  espèces  qui    pariicipeni  du 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  V,  189 

a  Tavance  qu'on  donne  le  propre  en  ce  qu'il  participe 
ou  en  ce  qu'il  est  communiqué^  parce  que  le  propre 
alors  sera  aussi  à  quelques  autres  choses  que  le  sujet; 
car  si  on  l'a  donné  en  ce  qu'il  est  communiqué,  il  sera 
aux  choses  qui  en  participent  ;  si  on  Ta  donné  en  ce 
qu'il  participe,  il  sera  aux  choses  dont  il  participe:  par 
exemple,  si  l'on  donne  pour  propre  de  tel  animal  ou  de 
Tanimal  d'être  animé.  §  lo.  Enfin  l'on  se  trompe,  si  l'on 
n'a  pas  précisé  qu'on  donne  le  propre  pour  l'espèce, 
parce  qu'il  pourra  n'être  qu'à  une  seule  des  choses 
placées  sous  celle  dont  on  donne  le  propre  :  ainsi,  ce  qui 
est  dit  par  excellence  n'est  qu'^  une  seule  chose,  comme 
le  plus  léger  n'appartient  qu'au  feu. 

S  1 1.  Quelquefois  on  se  trompe  encore,  même  en  ajou- 
tant qu'on  parle  de  l'espèce;  car  il  faudra  qu'il  n'y  ait 
qu'une  seule  espèce  pour  les  choses  dont  il  est  question, 
si  l'on  ajoute  qu'on  entend  parler  de  l'espèce.  Parfois, 
pourtant,  cela  n'a  pas  lieu  pour  certaines  choses,  et  par 


genre  ;  ou  est  eommuniquét  s^ap- 
plique  au  genre  qui  se  communique 
aux  espèces. 

.9  10.  Qu^on  donne  U  propre 
pour  VespèUy  ou  pour  Tune  des 
choses  placées  sous  l*espèce.  —  Ce 
qui  est  dit  par  exeelleneej  le  propre 
placé  au  superlalir,  donné  sous 
forme  de  superlatif,  ne  peut  appar- 
tenir qu*à  une  seule  chose  ou  à  une 
seule  espèce  relativement  au  genre. 

S  11.  Car  il  faudra  qu'il  n'y  ait 
qu^une  seule  espèce,  parce  que  le 
propre  ne  peut  convenir  à  la  fois  à 
plusieurs  choses:  il  ne  convient 
qu*à  celle  dont  11  est  le  propre.  — 
Qwind  le  nom  n'est  pas  plus  af- 
tribué  à  la  ehose^  ainsi ,  le  nom  de 


feo  n*est  pas  plus  attribué  à  la  lu- 
mière qu*à  la  flamme,  et  pourtant, 
les  parties  de  la  lumière  étant  plus 
ténues  que  eellefl  du  feu ,  Peiplica- 
tion  du  propre  donnée  pour  le  feu 
s*appUque  plus  à  la  lumière  qu'à  la 
flamme.— £<  nom  ne  sera  pas  plus 
applicable,  et  il  le  ftiodrait,  cepen- 
dant,  puisque  le  nom  et  le  propre 
doivent  toujours  être  d'extension, 
et,  pourainsidire,  d^lntensité  égale. 
—  Et  pour  le  feu  pris  absolument^ 
redit,  de  Berlin  retranche  ces  mots, 
ainsi  que  le  font  aussi  quelques 
autres  éditions  ;  Je  les  ai  conservés, 
comme  présenunl  la  pensée  d*une 
manière  plus  complète;  mais  Ils  ne 
sont  pas  indispensables. 


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/90  TOPIQUES. 

exemple  cela  if  est  pas  pour  le  feu  ;  car  il  n'y  a  pas  une 
espèce  unique  du  feu,  puisque  scientifiquement  le  char- 
bon, la  flamme,  la  lumière»  sont  choses  difTérentes, 
bien  que  chacune  d'elles  cependant  soit  du  feu.  C'est 
pour  cette  raison  qu'il  ne  faut  pas  j  quand  on  ajoute 
qu'on  parle  de  l'espèce,  que  Tespèce  du  sujet  en  ques- 
tion soit  diverse,  parce  que  le  propre  indiqué  sera  plus 
à  ces  choses-ci  et  moins  à  celles-là:  ainsi^  par  exemple, 
la  ténuité  extrême  donnée  pour  le  propre  du  feu;  car  la 
lumière  est  plus  ténue  que  le  charbon  et  que  la  flamme. 
Mais  il  ne  faut  pas  que  cela  soit,  quand  le  nom  n'est  pas 
plus  attribué  à  la  chose  pour  laquelle  l'explication  est 
plus  vraie;  autrement  le  nom  ne  sera  pas  plus  appli- 
cable à  la  chose  pour  laquelle  l'explication  est  plus 
exacte.  En  outre,  il  arrivera  que  le  propre  seralemêmp 
et  pour  le  terme  qui  est  pris  absolument,  et  pour  celui 
qui  est  le  superlatif  dans  cet  absolu.  Par  exemple,  l'ex- 
trême ténuité  donnée  pour  le  propre  du  feu  ;  car  ce 
propre  sera  le  même  et  pour  la  lumière  et  pour  le  feu 
pris  absolument,  la  lumière  étant  aussi  d'une  extrême 
ténuité.  §  iti.  Quand  c'est  un  autre  qui  donne  ainsi  le 
propre,  il  faut  l'attaquer;  mais  il  ne  faut  pas  lui  laisser 
le  même  moyeu  de  réfutation;  il  faut,  dès  qu*on  donne 
le  propre,  déterminer  de  quelle  manière  on  entend  le 
donner. 

§  i3.  Ensuite^  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  l'on 
a  donné  pour  propre  la  chose  même  à  elle-même; 
car  le  propre  ne  sera  point  alors  ce  qui  a  été  donné 

8  IS.  D$  quêlU  manière,  de  8  13.  Un  tertne  d^aUribution 
rune  des  inaaières  énumérées  pins  rieipraque,  c'est-à-dire  d*extension 
haot,  dans  le  8  i.  parfaîteinent  égale. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  V.  191 

pour  tel;  car  toute  chose  attribuée  à  elle-même  ne  fait 
qu'indiquer  rexistence.  Mais  ce  qui  démontre  Têtre  u'est 
pas  un  propre,  mais  une  définition  :  par  exemple,  si  en 
disant  que  le  propre  du  beau  c'est  d'être  convenable,  on 
a  donné  la  chose  dle^même  pour  le  propre  de  cette 
chose ,  comme  le  beau  et  le  convenable  sont  une  même 
chose,  il  s'ensuit  que  le  convenable  ne  saurait  être  le 
propre  du  beau.  Quand  on  établit  la  proposition,  il 
fattt  voir  si,  sans  donner  la  chose  même  pour  le  propre 
de  cette  chose,  on  n'a  pas  pris  pour  propre  un  terme 
d'attribntion  réciproque;  car  le  propre  sera  précisé- 
ment ce  qu^on  donne  pour  n'être  point  tel.  Par  exemple, 
si  en  disant  que  le  propre  de  l'animal  c'est  d'être  une 
substance  animée,  on  n'a  point  donné  pour  propre  de 
la  cboâe  la  chose  même,  mais  si  l'on  a  donné  un  terme 
d'attribution  réciproque,  substance  animée  sera  bien  le 
propre  de  l'animal . 

§14.  Ensuite,  il  faut  examiner  dans  les  choses  à 
parties  semblables,  quand  on  réfute,  si  le  propre  du  tout 
n'est  pas  vrai  aussi  pour  la  partie,  ou  bien  si  le  propre 
de  la  partie  n'est  pas  dit  aussi  pour  le  fout;  car  alors  oe 
qui  a  été  donné  pour  le  propre  né  sera  pas  le  propre. 
Et  cela  peut  fort  bien  arriver  dans  quelques  cas  ;  car 
pour  les  choses  à  parties  semblables,  on  peut  en  donner 
parfois  le  propre  soit  en  regardant  au  tout,  soit  quel- 
quefois aussi  en  regardant  uniquement  à  la  partie.  De 
l'une  ni  de  l'autre  façon  ^  le  pi*opre  ne  sera  bien  donné  : 


9  U'  Dani  les  choses  à  parties  Car  telle  mêr^  ia  mer  des  Cyclades 

semblables^  dans  les  choses  dont  comparée  à  la  Médilemnée  tout 

les  parties  sont  semblables  au  tout,  entière;  on  la  Méditerranée  elle- 

soQs  le  rapport  qu'on  étudie.  —  même  comparée  à  la  mer  entière. 


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192  TOPIQUES, 

par  exemple,  si,  en  regardant  au  tout,  on  dit  que  le  propre 
de  la  mer  c'est  d'être  la  plus  grande  masse  d'eau  salée , 
on  a  donné  cette  définition  pour  le  propre  d'une  chose 
composée  de  parties  similaires,  et  l'on  a  donné  ainsi  un 
propre  qui  n'est  pas  vrai  pour  la  partie;  car,  telle  mer 
n'est  pas  la  plus  grande  quantité  d'eau  salée;  le  propre 
de  la  mer  n'est  donc  pas  d'être  la  plus  grande  quantité 
d'eau  salée.  D'autre  part,  on  n'a  regardé  qu'à  la  par- 
tie, par  exemple,  si  l'on  a  donné  pour  le  propre  de  l'air 
d'être  rcspirable.  On  a  donné  le  propre  d'une  chose  à 
parties  similaires,  mais  on  a  donné  un  propre  vrai  d'un 
certain  air,  et  qui  ne  s'applique  pas  à  l'air  tout  entier; 
car  tout  air  n'est  pas  respirable  :  ainsi,  être  respirable 
n'est  pas  le  propre  de  l'air.  Quand  on  établit  la  propo- 
sition, il  faut  voir  si  l'on  peut  appliquer  à  chacune  4e8 
choses  à  parties  semblables,  le  propre  qui  s'applique  au 
tout;  carie  propre  alors  sera  précisément  ce  qu'on  aura 
dit  ne  point  l'être.  Par  exemple,  s'il  est  vrai  pour  la 
terre  entière  qu  elle  soit  naturellement  portée  en  bas  ; 
et  que  cela  soit  le  propre  aussi  d'une  certaine  terre 
relativement  au  tout,  c est-à-dire  relativement  à  la 
terre,  et  en  tant  qu'elle  est  terre,  le  propre  de  la  terre 
sera  bien  alors  d'être  naturellement  portée  en  bas. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VI.  193 


CHAPITRE  VI. 

Treize  lieux  tirés  des  opposés. 

§  j .  Ensuite  il  faut  examiner  les  opposés,  et  d'abord 
examiner  les  contraires.  Quand  on  réfute,  il  faut  voir  si 
le  contraire  n'est  pas  le  propre  du  contraire;  car  alors 
le  contraire  ne  le  sera  pas  non  plus  du  contraire.  Par 
exemple,  comme  la  justice  est  le  contraire  de  Tinjustice, 
et  que  le  pire  est  le  contraire  du  meilleur,  si  le  propre 
de  la  justice  n'est  pas  le  meilleur,  le  propre  de  l'injus- 
tice ne  sera  pas  non  plus  le  pire. 

§  2.  Quand  on  établit  la  proposition,  il  faut  voir  si 
le  contraire  est  le  propre  du  contraire  ;  car  le  contraire 
sera  le  propre  du  contraire  :  par  exemple,  le  mal  étant 
le  contraire  du  bien,  et  le  désirable  le  contraire  du  haïs- 
sable, si  le  désirable  est  le  propre  du  bien ,  le  haïssable 
sera  le  propre  du  mal. 

§  3.  En  second  lieu,  il  faut  examiner  les  relatifs.  Quand 
on  réfute ,  si  le  relatif  n'est  pas  le  propre  du  relatif,  le 
relatif  en  question  ne  sera  pas  non  plus  le  propre  du 
relatif  en  question  :  par  exemple ,  le  double  étant  le  re- 
latif delà  moitié,  et  le  surpassant  du  surpassé,  le  sur- 
passé ne  sera  pas  le  propre  de  la  moitié,  si  le  surpas- 
sant n'est  pas  le  propre  du  double.  §  4-  Quand  on  établit 

$  1.  Examiner  Us  appoêés  et  g  8.  Examiner  les  relatifs,  se- 
d*abard..,  les  contraires^  voir  les  conde espèce  des  opposés.  Voiries 
Catégories,  ch.  10  et  11 .  Catégories,  ch.  10  et  11. 

IV.  IS 


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194  TOPIQUES, 

la  proposîtioa ,  il  faut  voir  si  le  relatif  est  le  jxropre  dj^ 
relatif;  car  le  relatif  en  question  sera  le  propre  du  relatif 
en  question  :  par  exemple^  si  le  double  est  relativement 
à  la  moitié  comme  ^en%  «^'àkki,  tepropre  du  double 
ëtant  d'être  comme  deux  est  à  un,  le  propre  de  la  moitié 
sera  d'être  comme  on  est  11  deux« 

§  5«  Troisièmement,  au^nd  on  réfute,  il  faut  voir  si 
le  terme  tiré  de  la  possesion  n*est  pas  1è  pro][>re  de  la 
possession;  car  le  terme  tiré  de  la  privation  ne  sera  pas 
non  plus  le  propre  de  la  privation.  Et  si  ce  qui  est  nommé 
d'après  la  privation  n'est  pas  le  propre  de  la  privation, 
ce  qui  est  nommé  d'après  la  possession  ne  sera  pas  non 
plus  le  propre  de  la  possession.  Par  exemple^  puisqu'on 
ne  dit  pas  que  le  propre  de  la  surdité  soit  l'insensibilité, 
attendu  que  ce  terme  est  commun  aussi  à  d'autres  dhoseis, 
on  ne  dira  pas  non  plus  que  le  propre  de  Touie  c'est  la 
sensibilité.  §  6.  Quand  on  établit  la  proposition,  il  faut 
voir  si  le  propre  de  la  posses.<ion  est  le  terme  tiré  de  la 
possession;  car  le  propre  de  la  privation  sera  le  terme 
tiré  de  la  privation.  Et  si  le  propre  de  la  privation  est 
ce  qui  est  nommé  d'après  la  privation,  le  propre  de  la 
possession  sera  aussi  ce  qui  est  nommé  d'après  la  pos- 
session. Par  exemple,  puisque  le  propre  de  la  vue  t'e^ 
de  voir,  en  tant  que  nous  avons  la  vue,  le  propre  de 
l'aveuglement  sera  de  ne  pas  voir  en  tant  tjue  nous 
n'avons  pas  la  vue,  bien  que  par  nature  nous  dussions 
l'avoir. 

S  5.  £a  firme  tiré  dêlapossu^  supprime ,  sans  ciler  d'aotoritégf 

fion,  autre  espèce  des  opposés,  cette  phrase,  que  Sylburge  avait 

par  possession  et  priTation.— Porca  déjà  miae  entre  crocbels.  Je  crois 

que  ce  tertne  ett  commun  au$H  à  qu*il  vaut  beaucoup  mieux  la  co»- 

d'autres  choies^  TédiUon  de  Berlin  server. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VI.  195 

^  7«  Ensuite,  il  faut  examiner  les  affirmations  et  les 
négations,  et  d'abord  les  choses  mêmes  attribuées.  Ce 
lieu  n*est  utile  que  quand  on  réfute.  Par  exemple,  il 
faut  voir  si  l'affirmation  ou  ce  qui  est  dit  par  affirma- 
tion est  le  propre  des  choses;  car  alors  ce  ne  sera  ni  la 
négation  ni  ce  qui  est  dit  par  négation  qui  en  sera  le 
propre.  Et  si  la  négation  ou  ce  qui  est  dit  par  négation 
en  est  le  propre,  l'affirmation  ou  ce  qui  est  dit  par  af- 
jSrmatiou  n'en  sera  pas  le  propre  :  par  exemple,  si  l'a- 
nimé est  le  propre  de  l'animal,  le  non  animé  ne  sera 
pas  le  propre  de  l'animal.  §  8.  En  second  lieu,  il  faut 
examiner  les  choses  attribuées  ou  non  attribuées,  et  aussi 
les  choses  auxquelles  elles  sont  attribuées  ou  ne  sont 
pas  attribuées.  Quand  on  réfute,  si  l'affirmation  n'est 
pas  le  propre  de  l'affirmation,  la  négation  alors  ne  sera 
pas  le  propre  de  la  négation  ;  et  si  la  négation  n'est  pas 
le  propre  de  la  négation,  l'affirmation  ne  sera  pas  le 
propre  de  l'affirmation.  Par  exemple,  comme  le  propre 
de  l'homme  n'est  pas  animal,  le  non-animal  ne  serait 
pas  non  plus  le  propre  du  non-homme;  et  si  le  non- 
animal  ne  parait  pas  le  propre  du  non-homme,  l'animal 
ne  sera  pas  non  plus  le  propre  de  l'homme.  §  9.  Quand 
on  établit  la  proposition,  si  l'affirmation  est  le  propre 
de  l'affirmation,  la  négation  sera  le  propre  de  la  néga- 
tion ;  et  si  la  négation  est  le  propre  de  la  négation, 

S  7.  Les  affirmatûmf  et  let  n«-  S  8.  Les  chotet  attribuée$  ou, 

gatiùm,  autre  espèce  des  opposés,  non  attribuées^  les  attributs  peu- 

—  Et  d*abord  les  choses  mêmes  at-  vent  être  différents  :  les  sujets  peu- 

tribuées,  regarder  d'abord  aux  al-  vent  Tètre  aussi.  U  y  aura  donc» 

tributs  qui  peuvent  être  aflirmés  et  dans  Texemple  cité  plus  bas,  deux 

niés,  d*un  même  sujet,  comme  Tin-  sujets  et  deux  attributs,  tantôt  niés 

dique  Texemple  cité  à  la  un  de  ce  et  laulM  affirmés, 
paragraphe. 


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196  TOPIQUES, 

l'affirmation  sera  le  propre  de  Taffirmation.  Par  exemple 
si  le  uon-vivre  est  le  propre  du  non-animal,  le  propre 
de  l'animal  sera  de  vivre  ;  et  si  vivre  paraît  le  propre  de 
Tanimaly  le  non-vivre  paraîtra  aussi  le  propre  du  non- 
animal.  §  lo.  En  troisième  lieu,  il  faut  examiner  les  su- 
jets eux-mêmes.  Quand  on  réfute,  si  le  propre  donné 
est  le  propre  de  l'affirmation,  le  même  terme  ne  sera 
pas,  en  outre,  le  propre  de  la  négation  ;  et  si  le  terme 
donné  est  le  propre  de  la  négation,  il  ne  sera  pas  le 
propre  de  l'affirmation  :  par  exemple,  si  l'animé  est  le 
propre  de  l'animal,  l'animé  ne  sera  pas  le  propre  du 
non-animal.  §  1 1  •  Quand  on  établit  la  proposition,  si  le 
propre  donné  n'est  pas  celui  de  l'affirmation,  il  le  sera 
delà  négation.  Mais  ce  lieu  est  faux;  car  l'affirmation 
n'est  pas  le  propre  de  la  négation,  ni  la  négation  le 
propre  de  l'affirmation  :  l'affirmation,  en  effet,  n'est 
pas  du  tout  dans  la  négation;  ta  négation  est  bien.de 
son  côté  dans  l'affirmation,  mais  elle  n  y  est  pas  comme 
propre. 

§  12.  Ensuite  il  faut  examiner  les  choses  comprises 


8  10.  Bœaminêr  l$â  $ujei$  euan 
mimes,  raUribut  peut  être  nié  de 
tel  sujet  et  afflrmé  de  tel  autre  su- 
jet différent. 

8  11.  lUàis  e$  lieu  est  faux^ 
quand  on  veut  remployer  pour  éta- 
blir aflirmati?eroent  la  proposition. 
•^Vagirmation  n'est  poa  le  propre 
de  la  négation ,  ainsi ,  on  ne  peut 
pas  dire  :  la  vertu  n*est  pas  le  propre 
de  ranimai  ;  donc  elle  est  le  propre 
du  non-animal.— iV<  la  négation  le 
propre  de  Vagirmation,  on  ne  peut 
pas  dire  davantage  :  la  vertu  n'est 
pas  le  propre  du  non-animal  ;  donc 


elle  est  le  propre  de  ranimai.— 
L'affirmation  n*est  pas  du  tout 
dans  la  négation ,  la  vertu  n*est 
pas  du  tout  dans  le  non-animaL  — 
La  négation  est  Hen  de  son  eM 
dans  l'affirmation,  la  non-vertn 
sera  bien  TaUribut  de  ranimai, 
mais  ce  n*en  sera  pas  le  propre;  car 
il  y  a  bien  des  choses  qui  ne  sont 
pas  vertu,  et  le  propre  ne  s'ap- 
plique jamais  qu*à  une  seule. 

8.  li  Qui  sont  comprises  dans 
une  mime  division ,  qui  forment 
les  deux  membres  opposés  d*une 
division ,  comme  dans  la  méthode 


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LIVRB  V,  CHAPITRE  VI.  197 

dans  une  même  division.  Quand  on  réfute,  si  aucune 
des  choses  subdivisées  n'ost  le  propre  d'une  des  autres 
choses  subdivisées,  c'est  que  le  propre  donné  ne  sera 
pas  le  propre  de  ce  dont  on  le  donne  pour  propre.  Par 
exemple,  si  être  sensible  n'est  le  propre  d'aucun  des 
êtres  mortels,  être  intelligible  ne  sera  pas  le  propre 
de  la  divinité.  §  i3.  Quand  on  établit  la  proposition, 
si  un  terme  quelconque  indiqué  est  le  propre  du  reste 
des  choses  comprises  sous  la  division,  en  admettant  que 
chacun  des  termes  subdivisés  ait  un  propre  parmi  les 
autres  termes,  le  reste  sera  le  propre  du  reste  dont  on 
prétend  qu'il  n'est  pas  le  propre.  Par  exemple,  si  le 
propre  de  la  réflexion  c'est  d'être,  par  elle-même  et 
naturellement ,  la  vertu  de  la  partie  raisonnable  dans 
l'homme,  et  qu'on  prenne  de  même  chacune  des  autres 
vertus,  le  propre  de  la  tempérance  sera  d'être  par  elle- 
même  et  naturellement  la  vertu  de  la  partie  concu- 
piscible. 


platoaicienne  :  raoimal  est  mortel 
oa  immortel  ;  le  mortel  est  raison- 
nable ou  inraisonnable,  etc.  —  Au- 
eunêdeseho$e$  subdivisées..,  d'une 
des  autres  choses  subdivisées,  il 
faut  supposer  ici ,  comme  le  prouve 
Texemple  même  qui  suit,  quatre 
termes,  qui  sont  deux  à  deux  les 
membres  d^une  division  :  si  le  pre- 
mier n*est  pas  le  propre  du  troi- 
sième, le  second  ne  le  sera  pas  du 
quatrième  ;  et  réciproquement  pour 


la  négation  d*abord.  ->  Etre  Mn- 
sibh,  les  quatre  termes  sont  ici  : 
sensible  ,  intelligible ,  membres 
d*une  même  division;  mortel,  di- 
vinité ,  membres  d'une  autre  divi- 
sion. 

S  13.  Quand  an  établit  la  pro» 
position ,  l'aflirmaUon  après  la  né- 
gation. ~  Les  quatre  termes  sont 
ici  :  la  réflexion  et  la  tempérance, 
la  partie  raisonnable  et  la  parUe 
concupiscible. 


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198  TOPIQUES. 


CHAPITRE  VII. 

Six  autres  lieux* 

$  I.  Il  faut  ensuite  voir  aux  cas.  Quand  on  réfute,  il 
faut  examiner  si  le  cas  n'est  pas  le  propre  du  cas  ;  car 
alors  l'autre  cas  ne  saurait  être  le  propre  de  l'autre 
cas  :  par  exemple,  si  le  bien  n'est  pas  le  propre  du  jus- 
tement, le  bon  ne  sera  pas  non  plus  le  propre  du  juste. 
^  a.  Il  faut  voir,  quand  on  établit  la  proposition,  si  le 
cas  est  le  propre  du  cas;  car  alors  l'autre  cas  sera  le 
propre  de  l'autre  cas:  par  exemple,  si  terrestre  bipède 
est  le  propre  de  l'homme,  on  peut  dire  que  ce  qui  est 
propre  à  l'homme  c'est  d'être  dit  terrestre  bipède. 

§  3.  Mais  il  ne  faut  pas  seulement  regarder  aux  cas 
pour  la  chose  en  question,  il  faut  aussi  regarder  aux 
opposés,  comme  on  l'a  dit  pour  les  lieux  antérieurs. 
§  4*  Quand  on  réfute,  il  faut  donc  voir  si  le  cas  de  l'op- 
posé n'est  pas  le  propre  du  cas  de  l'opposé  ;  car  le  cas 
de  l'autre  opposé  ne  sera  pas  non  plus  le  propre  du 
cas  de  l'autre  opposé.  Par  exemple,  si  bien  n'est  pas  le 
propre  de  justement,  mal  ne  sera  pas  non  plus  le  propre 

8  1.  Car  aliOTê  Vaustn  e<u,  U  faut  bord  le  génitif  qui  est  employé, 

supposer  encore  ici ,  comme  plus  pnis  ensuite  le  datif.  Le  mot  cas 

liaut ,  quatre  termes,  qui  sont  les  est  donc  pris  dans  son  sens  le  plus 

cas  deux  à  deux  run  de  Tautre  :  commun,  comme  dans  notre  langue, 

bien,  bon  ;  justement ,  juste.  %  3.  C<mm$  on  Va  dit  pour  les 

i  %.  L»  propre  de  V  homme...»  ce  lieux   antérieurs,    comme,    par 

fui  est  propre  à  Vh4mune9  les  cas  exemple,  liv.  S,  ch.  9,  8  %  et  pas- 

oonsistent  id  en  ce  que  c*est  d*a-  sim. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VII.  199 

d'iDJustenieat.  §  5.  Quand  on  établit  la  proposition,  il 
&ut  voir  si  le  cas  de  l'opposé  est  le  propre  du  cas  de 
Topposé;  car  alors  ie  cas  de  l'autre  opposé  sera  le 
propre  du  cas  de  l'autre  opposé  :  par  exemple^  si  le  meil- 
leur est  le  propre  du  bien,  \e  pire  sera  le  propre  du 
œaL 

^  6.  il  faut  regarder  aussi  aux  choses  semblables. 
Quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  ce  qui  est  semblable 
n'est  pas  le  propre  du  semblable;  car  alors  le  terme 
semblable  e»  question  ne  sera  pas  le  propre  de  l'autre 
terme  semblable.  Par  exemple,  l'architecte  étant  dans 
une  position  semblable  relativement  à  la  construction 
d^  la  maison  que  le  médecin  relativement  au  recou- 
vrement de  la  santé,  si  le  propre  du  médecin  n'est  pas 
dé  fiiîré  t&cùuftev  la  s^atité^  le  propre  de  l'architecte  ne 
sera  pas  de  faire  construire  u^e  maison.  §  7.  Quand  on 
AftbUt  la  fft^pomtltmf  il  faut  voir  si  oe  qui  est  semblable 
est  le  propre  de  ce  qui  est  semblable;  car  alors  l'autre 
fermé  semblable  sera  le  propre  de  l'autre  terme  sem- 
blable. Pat  exërtlplé,  É\  U  médecin  est  à  celui  qui  fait 
la  aaaté  comme  le  gymnaste  est  à  celui  qui  fait  lembon- 
point,  et  que  le  propre  du  gymnaste  soit  d'être  celui 
qui  fait  lemboupoint^  le  propre  du  médecin  sera  d'être 
d^i  quf  fait  la  sauté. 

§8.  il  faut  étudier  enfin  les  choses  qui  sont  de  même 


$  6.  Au»  ehoMêê  MêmhlabUs^  ou  qirici  il  y  a  Uroîs  termes  au  lieu  de 

mieux,  qui  sont  en  proportion  :  ici  quatre,  comme  ie  montre  Texemple 

les  quatre  termes  sont  évidents  dans  ci  té.  Ai  nsi ,  un  même  terme  est  at- 

tous  les  exemples  qui  suivent.  tribut  de  deux  sujets,  on  sujet  de 

$  S.  Xe«  'eko$es  qui  sont  de  la  deux  atlributs.  —  Il  faut  voir  H  ce 
mèms  façon ,  il  faut  distinguer  ce  qui  est  de  la  même  façon ,  si  le  su- 
lieu  de  celui  qui  précède,  en  ce  Jet  qui  est  dans  le  même  rapport 


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200  TOPIQUES. 

façon.  Quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  ce  qui  est  de  la  même 
façon  n'est  pas  le  propre  de  ce  qui  est  de  la  même  façon; 
car  alors  l'autre  terme  qui  est  de  la  même  façon  ne  sera 
pas  le  propre  de  l'autre  terme  qui  est  de  la  même  façon. 
Et  si  ce  qui  est  de  la  même  façon  est  le  propre  de  ce 
qui  est  de  la  même  façon ,  il  ne  sera  pas  le  propre  de  ce 
dont  on  le  prétend  le  propre.  Par  exemple,  si  la  pensée 
est  dans  un  même  rapport  au  bien  et  au  mal  parce 
qu'elle  est  la  science  de  l'un  et  de  l'autre,  et  que  le 
propre  de  la  pensée  ne  soit  pas  d'être  la  science  du  bien, 
le  propre  de  la  pensée  ne  sera  pas  non  plus  d'être  la 
science  du  mal.  Si,  au  contraire,  le  propre  de  la  pensée 
est  d'être  la  science  du  bien^  le  propre  de  la  pensée  ne 


avec  deax  attrilmtâ,  oa  ratkribut 
qui  est  dans  le  même  rapport  avec 
deux  sujets.— 00  ee  qui  est  de  la 
même  façon,  c'est  là  ce  que  dit 
exactemeut  le  texte  ;  mais  Texpres- 
sion  est  trop  concise,  et  par  cela 
même  elle  est  obscure  ;  il  faudrait 
dire  :  De  ce  relativement  à  quoi  il 
est  de  la  même  façon.  C^est  dans 
ce  sens  que  traduit  Niphus:  et 
il  a  raison.  —  Car  cdors  FatUre 
tenne  qui  est  de  la  métne  façon  y 
Tautre  sujet  de  l*autre  attribut,  qui 
soutient  le  même  rapport  que  le 
premier.  —  Par  exemple,  Pacius 
croit  que  cet  exemple  est  une  in- 
terpolation, parce  qu'il  pense  qu*A- 
ristote,  après  avoir  annoncé  un  at- 
tribut en  rapport  avec  deux  sujets, 
dans  la  règle  posée,  compare,  dans 
Texemple  qui  la  doit  confirmer, 
deux  attributs  à  un  sujet.  Pacius 
allègue  en  sa  faveur  la  très-grande 
autorité  d'Alexandre,  qui  croitaussi 
que  ce  passage  est  altéré.  Nos  ma- 


nuscrits ne  nous  donnent  aucune 
variante.  H  me  semble  que  les  ex- 
pressions d*Aristote,  vagues  comme 
elles  le  sont,  prêtent  également  bien 
à  deux  sens  :  on  peut  entendre  qu'il 
s'agit  tout  aussi  bien  de  deux  sujets 
pour  un  attribut,  comme  leTeut 
Pacius,  que  de  deux  attribuu  pour 
un  sujet,  comme  le  veut  ou  parait 
le  vouloir  rexemple.  Cet  exemple, 
pris  au  seus  le  plus  simple,  est  fort 
clair  :  La  pensée  est  la  science  du 
bien  ;  elle  est  la  science  du  mal.  Si 
l'on  dit  que  le  propre  de  la  pensée 
n'est  pas  d'être  la  science  du  bien , 
il  faudra  dire  aussi ,  puisque  le  rap- 
port est  le  même,  que  le  propre  de 
la  pensée  n'est  pas  non  plus  d'être  la 
science  du  mal  ;  et  si ,  d*autre  part, 
on  soutient  qu'elle  est  la  science  du 
bien ,  il  s'ensuit  qu'elle  n'est  pas  la 
science  du  mal ,  puisque  le  mal  est 
le  contraire  du  bien.  l\  faut  donc 
supposer  ici  que  les  attributs  sont 
contraires. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VIL  201 

sera  pas  d'être  la  science  du  mal;  car  il  est  impossible 
qu'une  même  chose  soit  le  propre  de  plusieurs.  §  9.  Mais 
ce  lieu  n'est  d'aucune  utilité  quand  on  établit  la  propo- 
sition; car  ce  qui  est  de  la  même  façon  peut  fort  bien 
se  comparer  lui  tout  seul  à  plusieurs  choses. 

§  10.  Ensuite,  quand  on  réfute,  il  faut  voir  si  ce  qui 
est  dit  pour  l'être  simple  n'est  pas  le  propre  de  ce  qui  est 
dît  pour  l'être  simple;  carie  périr  ne  sera  pas  non  plus  le 
propre  de  ce  qui  est  dit  pour  le  périr,  non  plus  que  le 
devenir  de  ce  qui  €St  dit  pour  le  devenir.  Par  exemple, 
si  être  animal  n'est  pas  lepropre  deriiomme,devenirani- 
mal  ne  sera  pas  le  propre  du  devenir  homme,  et  l'animal 
périr  ne  sera  pas  non  plus  le  propre  de  l'homme  périr. 
Il  faut  procéder  de  la  même  manière  pour  le  devenir 
relativement  k  l'être  et  au  périr,  et  pour  le  périr  rela- 
tivement à  l'être  et  au  devenir,  ainsi  qu'on  l'a  dit  ici 
de  l'être  pour  le  devenir  et  le  périr.  $11.  Quand  on 
établit  la  proposition,  il  faut  voir  si  le  propre  du  terme 
relatif  à  l'être  est  bien  aussi  ce  qui  est  relatif  à  l'être; 
car  alors  le  propre  de  ce  qui  est  relatif  au  devenir  sera 
aussi  ce  qui  est  relatif  au  devenir,  et  au  périr  ce  qui  est 
rapporté  au  périr.  Par  exemple,  si  le  propre  de  l'homme 
est  d'être  mortel,  le  propre  du  devenir  homme  sera  de 
devenir  mortel,  et  de  l'homme  périr,  le  mortel  périr.  Il 
faut,  du  reste,  procéder  de  la  même  manière  pour  le  de- 


S  9.  Car  cê  qui  est  de  la  mime  $  10.  Pour  rirrtfftmpltf,  la  simple 

/bpaii,rattributqui  se  rapporte  de  doUod  d^eiistence  :  le  texte  dit 

la  même  façon  à  plusieurs  sujets,  seulement  :  Pour  VUrt.  Du  reste. 

On  ne  peut  donc  pas  éublir  qu*il  Pexemple    cité  plus  tMS  éclaircil 

est  le  propre  ni  de  Tun  ni  de  Taulre,  fort  bien  la  pensée, 

puisque  le  propre  ne  doit  jamais  se  %  11.  AinH  qu'an  Va  éU ,  dans 

rapporter  qu*à  un  seul  terme.  le  paragraphe  précédent. 


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202  TOPIQUES, 

venir  et  le  périr  retativement  à  l'être,  et  pour  le»  choses 
qui  deviennent  les  unes  par  les  autres,  ainsi  qa'on  Fa 
dit  pour  le  cas  oii  Ton  rëAite. 

§  ta.  Il  faut  aussi  regarder  à  Tidëe  du  sujet.  Quand 
on  rëfute,  il  fiiut  voir  si  lel  propre  n'est  pas  à  l'idëe,  ou 
du  moins  S'il  n'y  est  pas  dans  le  sens  applieabfe  à  Fobjet 
dont  on  donne  le  propre;  car  ce  qu'on  donné  pour  le 
propre  ne*  le  sera  pas.  Par  exemple,  si  être  bH  repos  est 
tion  pas  à  l'homme  lui-même,  en  tatit  qu'il  est  homme, 
mais  seulement  en  tant  qu'il  est  idée,  te  repos  ne  sera 
pas  le  propre  de  l'homme.  §  1 3.  Quand  on  établit  la 
proposition,  il  faut  voir  si  le  propre  est  à  l'idée,  et  s'il 
y  est  de  la  fa^^on  qu'H  est  dit  être  à  cette  choM  dont  cm 
soutient  qu'il  n'est  pas  le  propre;  car,  alors  ce  qu'on 
donne  pour  n'être  pas  le  propre  sera  le  propre.  Par 
exemple,  s'iA  appartient  h  Fanimal  en  sot  d'être  com- 
posé d'âme  et  de  eorps,  et  que  cela  soit  à  l'ammal  en 
tant  qu'animal,  le  propre  de  Farifniat  serait  alors  d'être 
composé  d'âme  et  de  corps. 


§  11.  Il  faut  auiii  ràffofdêr  à 
Fidie  du  tujei,  Aristote  semble  ici 
admettre  rexisteoce  des  idées  qu'il 
a  corabattiiès  oependadt,  dafts  toat 
le  cours  de  rOrfanon,  et  particu- 
lièrement dans  les  Tofnquêê,  liv.  1, 
di.  7,  9  ë.  —  bùHs  le  iénê  appW- 
eabie  à  Vobjei^  Pacios  a,  dans  son 
texte  et  sa  traduction,  cette  va- 


riante  que  fat  adoptée  el  qui  est 
empruntée  à  bingrinius.  L'édition 
de  Berlin  donne  cette  antre  leçon 
un  pea  difKpeffoe  :  dans  le  sens  eu 

est  dit  robjet  dont^etc 

S  13.  A  ranimai  en  soi ,  c'est^ 
à-dire  à  Fidée  d'animal.  —  L'an^ 
nuU  en  tant  ful'amimal^  ranimai 
léel. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VIII.  Î03 

CHAPITRE   VIIL 

Sept  antree  yeux  tirés  du  plus  el  du  moins» 

§  I.  Il  faut  aussi  regarder  au  plus  et  au  moins.  D'a- 
bord on  réfute  y  si  plus  n'est  pas  le  propre  de  plus;  car 
alors  moins  ne  sera  pas  non  plus  le  propre.de  moins, 
ni  le  moins  du  moins,  ni  le  plus  du  plus,  ni  le  terme 
absolu  du  terme  absolu.  Par  exemple,  si  être  plus  co- 
lore n'est  pas  le  propre  de  ce  qui  est  plus  corps ,  être 
moins  coloré  ne  sera  pas  davantage  le  propre  de  ce  qui 
est  moins  corps,  ni  être  coloré  simplement  ne  le  sera 
point  de  ee  qui  est  simplement  corps.  §  a.  On  établit 
la  proposition,  si  plus  est  le  propre  de  plus;  car  alors 
moins  sera  le  propre  de  moins,  et  le  moins  du  moins,  et 
le  plus  du  plus,  et  le  terme  absolu  du  terme  absolu.  Par 
exemple,  si  plus  sentir  est  le  propre  de  ce  qui  est  plus 
vivant,  moins  sentir  sera  le  propre  de  ce  qui  est  moins 
vivant,  et  le  plus  du  plus,  et  le  moins  du  moins,  et  sen- 
tir absolument  sera  le  propre  de  vivre  absolument. 

§  3.  Il  faut  comparer  aussi  les  termes  pris  absolu- 

S  1.  Ni  tê  rnùinê  du  moins f  c'est  $  1.  Les  règles  de  ce  pangn^he 

ici  le  superiaUr,  tandis  que,  dans  sont  cellesda  précédent;  seulement 

le  membre  de  phrase  précédent,  elles  sont  affirmatives  au  lieu  d'être 

c'est  le  comparatif.  —  Nile  terme  négatives, 

oftfoltf ,  c*esl-^-dire  le  terme  sim-  9  3.  Partir  dn  terme  absolu ,  au 

pie,  le  positif,  sans  idée  d*accroi»-  lieu  de  partir  du  terme  modifié  en 

sèment  ou  de  diminution.  —  Ni  plus  ou  en  moins,  pour  le  ooropa- 

êir9 coior4 timpkmêni ^  siMYèite  rer  aux  quatre  termes  modifiés, 

plus  ou  moins.  plus,  moins,  le  pins  et  le  moins. 


5 


1  ' 


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204  TOPIQUES. 

ment  aine  mêmes  termes  pris  en  plus  et  en  moins.  On 
réfute  si  le  terme  absolu  n'est  pas  le  propre  du  terme 
absolu  ;  car  alors  plus  ne  le  sera  pas  de.  plus^  ni  moins 
de  moins,  ni  le  plus  du  plus,  ni  le  moins  du  moins.  Par 
exemple,  si  vertueux  n'est  pas  le  propre  de  Tliomme, 
plus  vertueux  ne  sera  pas  davantage  le  propre  de  ce  qui 
est  plus  homme.  §  4-  On  établit  la  proposition,  si  le 
tenne  absolu  est  le  propre  du  terme  absolu  ;  car  alors 
plus  sera  le  propre  de  plus,  moins  de  moins,  le  moins 
du  moins,  et  le  plus  du  plus.  Par  exemple,  si  le  propre 
du  feu  est  d'élre  naturellement  porté  en  haut,  le  propre 
de  ce  qui  est  plus  feu  sera  d'être  naturellement  plus 
porté  en  haut.  §  5.  Il  faut,  du  reste,  appliquer  les  mêmes 
considérations  de  l'un  de  ces  termes  à  tous  les  autres. 

§  6.  En  second  lieu,  on  réfute  si  plus  n'est  pas  le 
propre  de  plus;  car  alors  moins  ne  sera  pas  le  propre 
de  moins:  et  si,  par  exemple,  sentir  est  plus  le  propre 
de  l'animal ,  que  savoir  n'est  le  propre  de  l'bomuie ,  et 
que  sentir  ne  soit  pas  le  propre  de  lanimal ,  le  propre 
de  l'homme  ne  sera  pas  non  plus  de  savoir.  §  7.  On  éta- 
blit la  proposition,  si  moins  est  le  propre  de  moins  ;  car 
alors,  plus  sera  le  propre  de  plus.  Par  exemple,  si  doux 
par  nature  est  moins  le  propre  de  l'homme  que  vivre 
n'est  celui  de  l'animal,  et  que  le  propre  de  l'homme  soit 
d*être  doux  par  nature,  le  propre  de  l'animal  sera  de 
vivre. 


S  5.  00  Ttifi  de  cêi  termes  à  tous  —  Dans  les  lieux  préoédenls,  il  s*a- 

t$s  autres ,  on  pourrait  prendre  gît  toujours  de  comparer  un  seul 

moins,  pour  le  comparer  aux  autres  objet  avec  un  seul  attribut, 

termes,  comme  il  a  d*abord  pris  9  0.  En  second  lieu^  la  compa- 

plus,  puis  le  terme  absolu  :  on  pren-  raison  porte  ici  sur  deux  sujets  et 

drait  également  le  moins  ou  le  plus.-  deux  attributs. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VIIL  205 

$  8.  Troisièmement,  on  réfute  si  le  propre  ne  s'ap-^ 
plique  pas  à  la  chose  dont  on  dit  qu'il  est  plus  le  propre  ; 
car  alors  le  propre  donné  comme  étant  moins  le  propre 
ne  le  sera  pas  davantage,  et  sHl  est  le  propre  de  Vun  des 
termes,  il  ne  le  sera  pas  de  Fautre.  En  effet,  si  être  co- 
loré est  plus  le  propre  de  la  surface  que  du  corps,  et 
qu'il  ne  le  soit  pas  de  la  surface,  être  coloré  ne  sera  pas 
le  propre  du  corps;  et  si  c'est  le  propre  de  la  surface, 
ce  ne  sera  pas  le  propre  du  corps.  §  9.  Ce  lieu,  du 
reste,  n'est  pas  utile  quand  on  établit  la  proposition; 
car  il  est  impossible  qu'une  même  chose  soit  le  propre 
de  plusieurs. 

$  10.  En  quatrième  lieu,  on  réfute,  si  ce  qu'on 
donne  pour  être  plus  propre  à  la  chose  ne  l'est  pas  ;  car 
alors  ce  qui  est  donné  pour  être  moins  propre  ne  sera 
pas  non  plus  le  propre.  Par  exemple,  sensible  étant  plus 
le  propre  de  l'animal  que  divisible,  si  sensible  n'est  pas 
le  propre  de  l'animal,  divisible  ne  sera  pas  le  propre 
de  l'animal.  $  1 1  ^  On  établit  la  proposition ,  si  ce  qui 
est  dit  moins  propre  à  la  chose  en  est  le  propre  f  car 
alors,  ce  qui  est  plus  propre  à  la  chose  sera  le  propre. 
Par  exemple,  si  sentir  est  moins  propre  à  l'animal  que 
vivre,  et  que  sentir  soit  le  propre  de  l'animal,  vivre 
sera  le  propre  de  l'animal. 

$  la.  Ensuite,  il  faut  étudier  les  propres  qui  sont 

$  s.  IVoitimiMiiMnt,  oompani-  établie  ici  est  contraire  à  celle  qui 

son  d*on  attribut  avec  denx  sujets,  a  été  donnée  par  l'exemple  cité  au 

S  10.  En  quatrième  Ueu^  com-  chapitre  précédent,  8  S;  et  c'est, 
paraison  d*un  sujet  avec  deux  a  ttri-  pour  lui,  une  raison  de  plus  de 
buts.  —  Le  propre  de  Vanimalj  qui  caoire  à  Tinterpolation  de  ce  para- 
est  le  sujet,  sensible  et  divisible  graphe, 
étant  les  attributs.  8  13.  Par  exemple,  comparaison 

9  11.  Pacius  prétend  que  la  règle  de  deux  sujets  et  de  deux  attributs. 


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206  TOPIQUES. 

également  aux  choses.  On  réfute  si  ce  qui  est  dit  égale- 
ment propre  n'est  pas  le  propre  de  ce  dont  on  le  dit 
également  le  propre;  car  ce  qui  est  également  le  propre 
ne  sera  pas  le  propre  de  ce  dont  il  est  dit  ég£ilement  le 
propre.  Par  exemple,  si  le  propre  est  également  pour  le 
désir  de  désirer  et  pour  la  raison  de  raisonner,  et  que* 
le  propre  du  désir  ne  soit  pas  de  désirer^  le  propre  de 
la  raison  ne  sera  pas  de  raisonna.  ^  t3*  On  établit  la 
proposition,  si  ce  qui  est  dit  également  propre  est  bien 
le  propre  de  la  chose  dont  on  le  dit  également  le  propre  ; 
car  alors ,  ce  qui  est  également  propre  sera  le  propre 
de  ce  dont  on  le  dit  également  le  propre.  Par  exemple, 
si  le  principe  raisonnant  est  1^  propre  de  la  raison  tout 
aussi  bien  que  le  principe  sage  Test  du  désir,  et  que  le 
principe  raisonnant  soit  le  propre  de  la  raison,  le  prin- 
cipe sage  sera  aussi  le  propre  du  désir. 

§  i4-  En  second  lieu,  on  réfute  si  ce  qui  est  égale- 
ment propre  n'est  pas  le  propre-  de  la  chose;  car 
ce  qui  est  également  propre  à  l'autre  terme  n'en 
sera  pas  le  jpropre.  Par  exemple,  si  voir  et  entendre 
sont  également  je  propre  de  l'homme,  et  que  voir  ne 
soit  pas  le  propre  de  Thomme ,  entendre  ne  sera  pas 
non  plus  le  propre  de  l'homme.  §  j5.  On  établit  la  pro- 
position ,  si  ce  qui  est  également  le  propre  de  la  chose 
en  est  bien  le  propre;  car  alors,  ce  qui  est  également  le 
propre  de  l'autre  chose  en  sera  aussi  le  propre.  Par 
exemple,  si  le  propre  de  Tâme  est  qu'une  de  ses 
parties  soit  animée  de  désirs  et  que  l'autre  ait  essen- 


8  14.  En  êwand  iU»,  deux  a(-    animée  de  déiirs,  voir  pour  toule 
tributs  dans  un  même  sujet.  cette  théorie  le  Traité  de.  l*&me, 

8  15.  Qu'ttm  d$  S9i  parties  ioU    liv.  3,  ch.  9  et  passim. 


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LIVRE  V,  CHAPITRE  VIII.  207 

tiellement  la  raison,  et  qu  il  soit  propre  à  Tâme  qti^uiie 
de  ses  parties  soit  animée  de  désirs,  le  propre  de  Tâme 
sera  qu'une  de  ses  parties  soit  essentiellement  raison- 
nable. 

$  i6.  Troisièmement,  on  réfute,  si  le  propre  n'est 
pas^  le  propre  de  ce  dont  on  le  dit  également  le  propre; 
car  alors  il  ne  sera  pas  le  propre  de  l'autre  terme  dont 
on  le  dit  également  le  propre.  S'il  est  le  propre  de  l'un, 
il  ne  sera  p^s  le  propre  de  l'autre  :  par  exemple,  si  hui- 
ler est  également  le  propre  de  la  flamme  et  d.u  charbon, 
et  que  brûler  ne^oit  pas  le  propre  de  la  flamme,  brû- 
ler ne  sera  pas  non  plus  le  propre  du  pharbon  ;  et  si 
-c'est  le  propre  ^e  \à  jQamme,  ce  ne  pourra  pas  être  le 
propre  du  charbon.  §  17*  Quand  ^n  établit  la  proposi- 
tion, ce  Jieu  n'a  pas  d'utilité. 

§  18.  {^  lieu  t^ré  des  prc^pres  qui  sont  ds^ns  119  rap- 
port égal ,  difîère  fie  celui  qui  est  tiré  dçs  propres  aui 
sont  également  au  sujet^  en  ce  que  l'un  est  pris  par 
analogie  san^  considération  de  ce  qui  est  réellement 
dans  le  sujet,  tandis  que  l'autre  tire  sa  cooi^ar^son  de 
quelque  chose  de  réel  dans  le  sujet. 


$  16.  TrvîiUmêmBra  y  deux  su-    ptree  que  le  propre  ne  peut  être  à 


Jets  powrao  seul  auribut  —  usai 
pourra  pat  être  1$  propre  du  char» 
bon^  cet  exemple  ne  parait  paa 
très-bien  choisi. 
S  n.  Ce  li9u  n'a  pa$  d'viOUi, 


plusieiars  si^ats. 

%  18.  Des  proprei  qui  »oni  égth 
Ummt  au  ngêt ,  voir  plus  bant , 
ch.  7,  t  ^t  des  considésatiotts  tout 
i  fait  analogues. 


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208  TOPIQUES. 


CHAPITRE  IX. 

Deux  derniers  lieux  du  propre  tirés  :  'l'*  de  la  puissance, 
2*  de  l'excès. 

$  I.  Ensuite  on  réfute,  si  en  donnant  le  propre  ien 
puissance ,  on  a  donné  le  propre  en  puissance  même 
pour  le  non-étre,  la  puissance  ne  pouvant  être  à  ce  qui 
n*est  pas;  car  ce  qu'on  donne  pour  le  propre  ne  sera 
pas  le  propre.  Si,  par  exemple,  en  disant  que  le  propre 
de  Tair  c'est  d*étre  respirable,  on  a  donné  le  propre  en 
puissance,  car  une  chose  qui  est  susceptible  d'être  res- 
pirée  est  respirable,  on  a  donné  le  propre,  même  pour 
ce  qui  n'est  pas;  car,  en  l'absence  de  l'animal  qui  est  Ëiit 
naturellement  pour  respirer  Fair,  il  peut  y  avoir  de 
l'air  encore.  Mais  cependant,  s'il  n'y  a  pas  d'animal,  l'air 
ne  peut  pas  être  respiré.  Donc,  le  propre  de  l'air  ne  sera 
pas  d'être  tel  qu'il  puisse  être  respiré,  toutes  les  fois 
qu'il  n'y  aura  pas  d'animal  tel  qu'il  puisse  le  respirer  : 
donc,  respirable  ne  sera  pas  le  propre  de  l'air. 

$  a.  On  établit  la  proposition,  si  en  donnant  le 

S  1.  Donc  rêipirable  ne  $era  pas  tote,  en  supposant  Pair  antérieur  ^ 

le  proffre  de  Vair,  ceci  peut  paraître  Tanimal ,  s'accorde  en  cela  avec  les 

un  peu  subtil.  L*air  n*est  pas  respi-  théories  nodernes  les  plus  cer- 

rable,  ne  peut  pas  être  respiré,  laines.  Ces  idées,  d*aillears,  sont 

quand  il  n'y  a  pas  d'animal  pour  le  empruntées  par  Arislott*.  à  Técole 

respirer  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  d'Ionie»  et  en  particulier  à  Ânasi- 

respirable,  eu  ce  sens  qu'il  jwur-  mène  de  Milet  et  à  Diogène  d'Apol- 

rait  être  respiré  s'il  y  avait  un  aui-  lonie. 

mal  pour  le  respirer.  II  est,  du  %  9.   Le  propre  dans  Vexcis^ 

reste,  assez  remarquable  qu'Aris-  c'est-à-dire  sous  forme  de  superla- 


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LIVRE  V,  .CHAPITRE  IX.  209 

propre  en  puissance  on  le  donne,  soit  pour  ce  qui  est , 
soit  pour  ce  qui  n'est  pas,  la  puissance  pouvant  être 
aussi  à  ce  qui  n'est  pas;  car  le  propre  sera  précisément 
ce  qu'on  donne  pour  n'être  pas  le  propre.  Par  exemple, 
sî  on  a  donné  pour  propre  de  ce  qui  est  d'être  capable 
d'agio  ou  de  souffrir,  tout  en  ayant  donné  le  propre  en 
puissance  on  a  donné  le  propre  pour  l'être  ;  car  du 
moment  que  l'être  existe ,  il  sera  capable  aussi  d'agir 
ou  de  souffrir,  de  sorte  que  le  propre  de  Têtre  sera 
d'être  capable  de  souffrir  ou  d'agir. 

§  3.  Ensuite  on  réfute,  si  l'on  a  placé  le  propre  dans 
l'excès;  car  ce  qu'on  a  donné  pour  le  propre  ne  le  sera 
point  :  il  arrive  en  effet  que  quand  on  donne  ainsi  le 
propre ,  le  nom  n'est  pas  vrai  là  oii  l'explication  l'est 
cependant.  Ainsi,  ia  chose  étant  détruite,  l'explication 
n'en  subsistera  pas  moins;  car  elle  est  toujours  en  excès 
à  quelqu'une  des  choses  existantes.  Par  exemple,  si  l'on 
a  donné  pour  propre  du  feu  d'être  le  corps  le  plus  léger, 
le  feu  aura  beau  être  détruit ,  il  restera  toujours  quel- 
que corps  qui  sera  le  plus  léger  de  tous,  de  sorte  que  le 
corps  le  plus  léger  ne  serait  pas  le  propre  du  feu.  §  4- 
On  établit  la  proposition ,  si  l'on  n'a  point  placé  le 
propre  dans  Texcès;  car  le  propre  sera  alors  bien 
donné  à  cet  égard.  Par  exemple^  si  ayant  donné  pour 
propre  de  l'homme,  animal  doux  par  nature,  on  n'a 
point  donné  le  propre  par  excès,  le  propre  sera  du 
moins  à  cet  égard  convenablement  donné. 

tif ,  comme  le  prouye  Pexemple  qui  que,  peat-^re,  il  n'a  pas  connu.  La 
sait.  r^l«»  d'ailleurs,  ici  donnée  est 
9  4.  Pacius  proposait  de  suppri-  juste  ;  de  plus,  il  iïàot  la  règle  affir- 
mer oe  paragraphe,  qu'Alexandre  mative  après  la  négative,  comme 
d'Apbrodise  n*a  pas  commenté,  et  pour  les  lieux  précédents. 

rv.  u 


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TOPIQUES. 


LIVRE  SIXIÈME. 


LIEUX  COMMUNS  DE  LA  DÉFINITION. 


CHAPITRE  PREMIER. 


Division  de  Fétude  des  lieui  de  la  définition  en  cinq 
parties  ;  énumération  de  ces  parties. 

§  I .  L'ëtude  des  définitions  a  cinq  parties;  ou  bien  il 
n'est  pas  du  tout  vrai  d'appliquer  la  définition  à  la  chose 


8  1.  r étude  dês  définUians,  U 
définition  est  la  seule  des  questions 
dialectiques  qui  reste  à  étudier: 
'elle  sera  traitée  dans  oe  livre  et 
dans  le  suivant.  Voir  Uv.  1,  ch.  5, 
S 1.  ^A  einq  parties,  La  définition 
peut  avoir  cinq  défauts.  —  Ou  W«n 
U  fCeet  pa$  du  tout  vrai ,  J*aî  con- 
servé fidèlement  la  forme  du  texte  : 
la  pensée  serait  plus  claire  et  plus 
directe  en  disant  :  On  ne  peut  pas, 
avec  vérité,  appliquer  la  définition 
à  toute  la  chose  qui  reçoit  le  nom. 
G*c^  ce  que  prouve  Texemple  même 
cité  par  Aristote.  —  On  n'a  point 


placé  la  chose  dans  le  genre,  on  a 
omis,  dans  la  définition,  dMndiquer 
le  genre  du  défini.  —  la  dé0mMon 
n'est  pas  spéciale  au  défini,  j*al 
mis  spéciale  i^wiv  être  plusdair; 
le  texte  dit:  propre;  c*est4-dife, 
la  définition  ne  convient  pas  seule- 
ment au  défini.  —  Ainsi  qu'on  Va 
dit  auparawini,  voir  plus  haut, 
liv.  1,  ch.  6,  8 1,  etch.  8,  8  1;  et 
voir  aussi  le  second  livre  des  Osr- 
niers  Analytiques^  ou ,  comme  le 
dit  Alexandre,  de  TApodictique, 
passim ,  et  particulièrement  ch.  3 
et  10.  —  Les  cinq  défiiiils  de  la  dé- 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  I.  211 

qui  reçoit  lenom;et,  par  exemple,  il  faut  que  la  définition 
de  riiommc  aille  o  tout  homme  sans  exception;  ou  bien 
quoiqu'il  y  ait  un  genre,  on  n'a  point  placé  la  chose 
dans  le  genre,  ou  du  moins  on  ne  Ta  point  placée  dans 
le  genre  convenable;  car  il  faut,  quand  on  définit,  pla- 
cer la  chose  dans  le  genre,  et  n'y  ajouter  qu'ensuite  les 
différences  qui  s'y  rapportent  ;  et  de  tous  les  éléments 
qui  entrent  dans  la  définition,  c'est  surtout  le  genre  qui 
pourrait  indiquer  l'essence  de  la  chose  définie;  ou  bien 
la  définition  n'est  pas  spéciale  au  défini  ;  car  il  faut  que 
la  définition  soit  spéciale  au  défini,  ainsi  qu'on  l'a  dit 
auparavant;  ou  bien,  si  ayant  rempli  toutes  les  condi- 
tions indiquées,  on  n'a  point  dit  ni  déterminé  l'essence 
de  la  chose  définie;  ou  bien  enfin,  outre  tous  ces  dé- 
fauts, on  peut,  tout  en  ayant  défini  la  chose,  l'avoir  ce- 
pendant mal  définie. 

§  2.  Si  donc,  pour  hi  chose  à  laquelle  on  applique  le 
nom,  la  définition  n'est  pas  vraie,  il  faut  regarder  aux 
lieux  donnés  pour  l'accident;  car,  sur  ce  sujet,  toute 
recherche  consiste  à  savoir  si  l'accident  est  vrai  ou  s'il 
ne  l'est  pas.  £n  effet,  lorsque  nous  prouvons  que  l'acci- 
dent est  à  la  chose,  nous  disons  qu'il  est  vrai,  et  quand 
nous  prouvons  qu'il  n'y  est  pas,  nous  disons  qu'il  n'est 
pas  vk*ai*  §  3.  Si  on  n'a  pas  placé  le  défini  dans  le  genre 


flntiion  peuvent  donc  se  résumer  §  3.  Si  donc,  premier  défau t.— 

ainsi:  1»  La  définition  ne  s^applique  Le  nom  y  cVs(-à-dire  le  défini.— 

pas  à  tout  le  défini  ;  99  elle  nMndi-  Aux  lieux  donnée  pour  Vaeeident, 

que  pas  le  genre  propre  du  défini  ;  liv.  S  et  3. 

3»  elle  ne  s^applique  pas  au  seul  S  3.  5<  on  n*a  pae  placé,  second 

défini;  4^  elle  n'explique  pas  Tes-  et  troisième  défauts.  —  Aux  lieux 

sence  de  la  chose  ;  S»  enfin,  elle  est  expli^e  pour  le  genre,  liv.  4,  et 

irrégulière  dans  sa  forme.  pour  le  propre,  liv.  5. 


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212  TOPIQUES. 

spëcialy  ou  bien  si  la  définition  donnée  n'est  pas  la  dé* 
finition  spéciale,  il  faut  regarder  aux  lieux  expliqués 
pour  le  genre  et  pour  le  propre. 

§  4«  Il  nous  reste  donc  à  dire  comment  on  peut  re- 
connaître si  Ion  a  bien  ou  mal  défini. 

§  5.  Il  faut  voir  d'abord  si  Ton  na  pas  bien  défini; 
car  il  est  plus  facile  de  faire  d'une  façon  quelconque  que 
de  faire  bien.  Il  est  donc  évident  qu'en  cela  l'erreur  est 
plus  fréquente,  puisque  la  chose  est  plus  difficile ,  en 
sorte  que  l'argumentation  pour  le  second  point  est 
plus  facile  que  pour  le  premier. 

§  6.  La  définition  n'a  pas  été  bien  donnée  pour  deux 
motifs:  l'un,  parce  qu'on  a  employé  une  expression 
obscure;  or,  il  faut,  quand  on  définit,  prendre  1  ex- 
pression la  plus  claire  possible,  puisque  la  définition 
n'est  donnée  que  pour  faire  comprendre  les  choses.  En 
second  lieu,  la  définition  peut  être  mauvaise,  parce 
qu'on  a  donné  plus  qu  il  ne  fallait;  car  tout  ce  qui  est 
en  trop  dans  la  définition  est  inutile. 

$  7.  Et,  de  plus,  chacun  des  défauts  que  nous  venons 
de  dire  peut  se  diviser  en  plusieurs  espèces. 

§  4.  il  nous  reste  donc,  c*est  le  seulement, 

quatrième  et  le  cinquième  dérauts,  §  i.  Si  Von  fCa  pas  bien  défini^ 

bien  qu^on  puisse  croire  (faboid  c^est  le  cinquième  défaut  :  il  vieo- 

qu'ilnes'agisseiciqaeducinquième  dra  plus  lard  au  quatrième. 


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LIVRE  TI,  CHAPITRE  II.  213 

CHAPITRE  IL 

Causes  diverses  de  l'obscurité  de  la  définition. 

§  I.  li  y  a  donc  un  premier  lieu  sur  l'obscurité  de  la 
définition,  si  le  mot  employé  est  homonyme  à  quelque 
^  autre.  Par  exemple,  si  l'on  dit  que  la  génération  est 
un  acheminement  à  la  substance,  ou  bien  que  la  santé 
est  un  juste  équilibre  des  éléments  chauds  et  froids  ;  car 
raclieminement  et  le  juste  équilibre  sont  des  mots  ho- 
monymes :  on  ne  sait  donc  pas  clairement  lequel  des 
sens  exprimés  par  le  mot  à  significations  multiples  on 
prétend  désigner.  $  i.  Et  de  même,  si  Ton  n'a  point 
fait  de  division  dans  le  cas  où  le  défini  a  plusieurs  sens; 
car  alors  on  ne  sait  duquel  de  ces  sens  on  a  donné  la 
définition,  et  l'adversaire  peut  alors  chicaner  en  disant 
que  l'explication  ne  s'applique  pas  à  tout  ce  dont  on  a 
donné  la  définition.  §  3.  C'est  là  surtout  ce  que  l'ad- 
versaire peut  faire  quand  l'homonymie  est  cachée.  Mais  . 
d'un  autre  côté,  on  peut  faire  soi-même  le  syllogisme 
en  ayant  soiii  d'indiquer  en  combien  de  sens  est  prise  la 
chose  doift  on  donne  la  définition;  car  si  l'on  n'a  rien 
donné  de  suffisant  pour  aucun  des  sens  divers,  il  est 
évident  qu'on  n'aura  point  non  plus  défini  d'une  ma- 
nière convenable. 

9  1.  Est  Aomonytné  d  quelque  Tbomony mie  dans  la  déflnition,  il 

aiartf.  Voir  les  Catégories ,  ch.  1 ,  la  siguale  aussi  dans  le  déflni.  — 

S 1 .  VexplieaiUn^  la  déttni  lion . — Tcmi 

%  9.  Dons  le  cas  où  ie  défini  a  ce  dont  on  a  donné  la  définition^ 

pliMMtirt  sens,  Après  avoir  indiqué  tout  le  déttni. 


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214  TOPIQUES. 

§  4*  Un  autre  lieu,  c'est  quand  on  s'est  servi  de  la  mé- 
taphore: par  exemple,  quand  on  a  dit  que  la  science  était 
inébranlable,  que  la  terre  était  nourrice,  que  la  sagesse 
était  une  harmonie.  En  effet,  tout  ce  qui  est  dit  par 
métaphore  est  obscur  ;  et  l'on  peut,  quand  l'adversaire 
emploie  une  métaphore,  le  chicaner^  et  prétendre  qu'il 
ne  s'est  pas  servi  des  mots  au  propre;  car  la  définition 
donnée  ne  conviendra  pas.  Et,  par  exemple,  celle  de  la 
sagesse:  ainsi,  toute  harmonie  est  dans  les  sons;  de 
plus,  si  l'harmonie  est  le  genre  de  la  sagesse,  la  même 
chose  sera  tout  à  la  fois  dans  deux  genres  qui  ne  se 
comprennent  pas  l'un  l'autre;  car  l'harmonie  ne  con- 
tient pas  la  vertu,  pas  plus  que  la  vertu  ne  contient 
l'harmonie. 

$  5.  Il  faut  voir  encore  si  Tadversaire  &it  usage  de  mots 
inusités  :  par  exemple,  Platon  disant  de  Tœil  qu*il  est 
ophryosquie,  ou  de  la  tarentule  qu'elle  est  sepsidace,  ou 
de  la  moelle  qu'elle  est  ostéogène.  Tout  mot  qui  n*est 
pas  habituel  est  obscur. 

§  6.  Il  y  a  d  autres  expressions  qui  ne  sont  prises  ni  par 
homonymie,  ni  par  métaphore,  ni  au  propre  :  par  exem- 
ple, quand  on  dit  de  la  loi  qu  elle  est  i'image  ou  la  mesure 
des  choses  jusies  par  nature.  Tout  ceci,  du  reste,  est  plus 

S  4.  £a  science  était  inéhran-  comprendre  la  pensée  da  texte.  — 
Ia5l«,  Cette  définition  et  les  deux  Septidoce^dontla  morsure  oorrmnpt 
qui  suivent  sont  platoniciennes.  —  les  chairs.  —  Oiteogéne,  d*après  la 
Qu'U  ne  $*e$t  pas  eervi  des  mots  théorie  du  Timée ,  il  faut  entendre 
au  propre,  L^édition  de  Berlin  ne  que  ce  mot  signifie  plutdt  :  qui  pro- 
donne pas  la  négation  :  c'est  sans  duit  le9  05,  que  produite  par  les  os. 
doute  une  ftinte  d'impression.  %  t.  La  mesure  ou  rimage  des 

S  5.  Ophryosfuie,  ombragé  par  choses  justes^  Je  crois  qu'on  pour- 

ie  sourcil  :  ]*ai  conservé  le  mot  grec  rait  trouver  dans  Platon  des  défini- 

avec  intention,  pour  que,  par  sa  bi-  tiens  analogues ,  et  cette  critique , 

zarrerie  même,  il  fit  d'autant  mieux  sans  doute,  s'adresse  encore  à  lui. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  11.  215 

clcfectueux  que  la  métaphore.  Jm  niëtaphore,  du  moins, 
rend  un  peu  notoire  la  chose  quelle  désigne  par  la 
ressemblance  qu'elle  établit;  car  toutes  les  fois  qu'on 
se  sert  de  la  métaphore ,  on  la  fait  toujours  en  vue  de 
quel^UD  ressemblance.  Mais  cette  autre  forme  d'ex- 
pression ne  fait  ries  roBOAiIre  :  car  il  n'y  a  point  ici  de 
ressemblance  d*après  laquelle  la  loi  est  mesure  ou 
image,  pas  plus  qu'elle  n'est  prise  proprement  et  ordi- 
nairement en  ce  sens,  de  sorte  que  si  l'on  dit  absolu- 
ment que  la  loi  est  mesure  ou  image,  l'on  se  trompe  : 
l'image,  en  effet,  est  ce  dont  la  production  a  lieu  par 
imitation  ;  et  cela  n'est  pas  du  tout  le  cas  de  la  loi.  Si  on 
ne  prend  pas  cette  expression  absolument,  il  est  évident 
qu'on  s'est  expliqué  obscurément,  et  qu'on  emploie  une 
expression  moins  bonne  que  toutes  1rs  métaphores. 

§  7.  Il  faut  voir  en  outre  si  la  définition  du  con- 
traire n'est  pas  parfaitement  claire  d'après  ce  qui  est 
dit;  car  les  définitions  bien  données  expliquent  aussi 
les  contraires.  §  K.  Il  faut  voir  enfin  si  la  définition  don- 
née n'indique  pas  avec  évidence  de  quel  objet  elle  est 
la  définition;  mais  si  comme  pour  les  peintures  des  an- 
ciens artistes,  il  est  impossible  d*y  rien  connaître  si 
Ton  n'a  le  soin  d'écrire  au-dessous  ce  que  ce  peut  être. 

§  9.  Si  donc  on  n'a  pas  défini  clairement,  voilà  com- 
ment on  peut  le  reconnaître. 

8  9.  Si  donc  on  n'a  pas  défini  elairemêni.  Voir  plus  haut,  cb.  1 , 1 6. 


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216  TOPIQUES. 


CHAPITRE  III. 

La  diSflnition  peut  être  trop  étendue  pour  diverses  causes  : 
éuumératioQ  de  ces  causes. 

§  I,  Si  l'on  a  donné  une  définition  trop  étendue,  il 
faut  voir,  d'abord,  si  Ton  s'est  servi  d'un  terme  qui  s'ap- 
plique à  tout,  soit  à  tous  les  êtres  absolument,  soit  à 
des  choses  qui  sont  comprises  sous  le  même  genre  que 
le  défini  ;  car  nécessairement  ce  terme  sera  trop  étendu. 
C'est,  qu'en  effet,  il  faut  que  le  genre  sépare  le  défini 
des  autres  choses,  et  que  la  différence  le  sépare  de 
l'une  des  autres  choses  comprises  dans  le  même  genre. 
Mais  l'attribut  qui  est  à  tout  ce  qui  est  simplement  ne 
sépare  de  rien  ;  et  celui  qui  s'applique  à  tout  ce  qui  est 
du  même  genre,  ne  sépare  pas  de  ce  qui  est  dans  le 
genre,  de  sorte  que  l'addition  de  cet  attribut  est  tout 
à  fait  inutile. 

§  a.  Ou  bien,  il  faut  voir  si  l'attribut  ajouté  est  propre 
au  défini,  de  telle  façon  que  si  on  l'enlève,  la  définition 
n'en  reste  pas  moins  propre,  et  n'exprime  pas  moins 

g  1.  Si  Ton  a  donné  une  défini-  toujours  une  limite,  c*est-à-diie 

tian  trop  étendue^  Voir  plus  haut,  une  séparation, 

ch.  1,  S  S.—  Que  le  défini^  La  plu-  fi  S.  Qu'elle  ett  un  nombre  se 

part  des  éditions ,  Sylburge,  Pa-  numvant  lui-même.  C'est  la  défini- 

cius,  etc.,  ont  le  pluriel:  que  les  tiun  donnée  par  Platon  et  surtout 

définis.  Je  préfère  le  singulier  que  par  Xénocrate.  Voir  le  premier  li?re 

donne  Tédition  de   Berlin ,  sans  du  Traité  de  Tàme,  p.  iOJ,  a,  b,  et 

doute  d'après  Tautorité  de  quelques  suiv.  —  V humide  primitif  prove- 

manuscrits.^5epare,C'estcequ'in-  nani  de  la  nourriture.  C'est  sans 

dique  le  mot  même  de  définition,  doute  une  définition  empruntée  à 

dans  toutes  les  langues  :  il  exprime  Técole  d'Hippocrate. 


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LIVBE  VI,  GHAPITBE  III.  217 

Tessence  de  la  chose.  Par  exemple,  dans  la  définition  de 
Thomnie,  la  qualité  ajoutée  :  susceptible  de  science,  est 
inutile;  car  en  Tenlevant,  le  reste  de  la  définition  est 
encore  propre  à  rhomme  et  exprime  son  essence.  En 
un  mot,  on  doit  regarder  comme  inutile  tout  ce  qui, 
étant  enlevé,  n'en  laisse  pas  moins  le  défini  parfaitement 
clair.  Telle  est  la  définition  de  Tâme,  si  Ton  dit  qu'elle 
est  un  nombre  se  mouvant  de  lui-même;  car  ce  qui  se 
meut  soi-même  est  précisément  la  même  chose  que  l'âme, 
comme  l'a  défini  Platon.  Est-ce  que  le  terme  indiqué  ici 
est  tellement  propre  que  la  définition  cesse  d'exprimer 
l'essence  si  le  mot  de  nombre  est  enlevé?  Il  est  difficile 
d'expliquer  nettement  ce  qui  en  est.  Il  faut,  du  reste, 
se  servir  de  ce  lieu  dans  tous  les  cas  analogues,  selon 
que  cela  est  utile.  Par  exemple,  supposons  que  la  d飫 
nition  du  phlegme  soit  l'humide  primitif,  venant  de  la 
nourriture  sans  coction.  Or,  le  primitif  est  unique  et  ne 
peut  être  plusieurs,  ainsi  cette  addition  de  mot  :  sans 
coction,  est  inutile  ;  et  en  l'ôtant,  le  reste  de  la  définition 
n'en  sera  pas  moins  propre  au  défini.  En  effet,  il  ne 
peut  pas  provenir  de  la  nourriture  primitivement  ce 
produit  et  un  autre  encore.  Ou  bien,  est-ce  que  le 
phlegme  n'est  pas  absolument  le  primitif  provenant  de 
la  nourriture?  est-ce  qu'il  est  seulement  le  primitif  des 
produits  sans  coction,  de  telle  sorte  quil  faille  ajouter 
sans  coction?  En  s'exprimant  de  cette  façon,  la  défini- 
tion n'est  pas  vraie  ;  car  le  phlegme  n'est  pas  le  primitif 
de  tous  les  produits  venus  de  la  nourriture. 

§  3.  U  faut  voir  de  plus  si  l'un  des  éléments  mis  dans 

§  8.  Sau$  la  même  upèee  que    être  prise  rtfctprogiMiMfil,  parce 
Ton  définit.  —  Elle  ne  powra  pa$    qa*elle  ne  sera  pas  d*égale  esteo- 


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218  TOPIQUES, 

la  dëfinilioB  cesse  d*étre  à  tous  les  objets  compris  sous  la 
même  espèce;  car  alors  on  défioit  encore  plus  mal  qu'en 
prenant  un  attribut  applicable  à  toua  les  ilîret^  existants* 
En  effet,  de  cette  façon,  si  le  reste  de  la  définition  es( 
propre  au  défini,  la  définition  tout  entière  lui  s^a 
propre  aussi,  parce  qu'en  ajoutant  au  propre  un  attri- 
but vrai,  quel  qu'il  soit,  la  totalité  de  la  définition  n'eu 
reste  pas  moins  propre.  Mais  du  moroenjt  que  l'un  des 
éléments  admis  dans  la  définition  n'est  pas  applicable  à 
tout  ce  qui  est  sous  la  même  espèce,  il  est  impossible  que 
la  définition  tout  entière  soit  propre  au  défini  ;  C9r  elle 
ne  pourra  pas  être  prise  réciproquement  pour  la  cliose. 
Par  exemple,  si  la  définition  de  l'bomme  est  animal  ter- 
restn^  bipède  haut  de  quatre  coudées,  cette  définition 
ne  peut  être  prise  réciproquement  pour  la  cliose,  parce 
que  cet  attribut  :  baut  de  quatre  coudées,  n'est  pas  à 
tons  les  êtres  placées  sous  la  même  espèce. 

§  4-  U  faut  voir,  en  outre,  si  l'on  n'a  point  répété  la 
même  cbose  plusieurs  fois  :  par  exempte,  en  disant  que 
le  désir  est  Tappétit  de  ce  qui  est  agréable  ;  car  tout 


8k>D.  —  Que  la  chote,  que  le  dé(ini 
qui  est  en  discussion. 

S  4.  Vappétit  dé  ffagréabU  dé 
VagréabU^  Sylbuive  el  Pacius  sup- 
priment le  second  :  de  l'agréable  ; 
quelques  manuscrit^  ont  aussi  cette 
omission  que  n*a  point  admise  Té- 
dition  de  Beriin  ;  je  Pai  suivie.  La 
Tépélition  est  indispensable.  Niphus 
ne  Ta  pas,  et  il  pense  qu'elle  con- 
siste ici  en  ce  que  Tidée  de  désir 
renferme  déjà  celle  d*agréable.  La 
leçon  de  rédition  de  Berlin»  sans 
doute  empruatée  à  l'autorité  de 
quelques  manuscrits»  me  semble 


très-préférable.  —  Mais  peut-^tre 
n*y  a-^-il  rien  là  d^absurde^  En 
effets  robjeetîon  faite  coatre  ladè- 
fiiitUon  pi^dente  est  un  peu  sub- 
tile et  fausse.  —  N*%it  pets  attribué 
deux  foiê^  L*éditinn  de  Beriin  sup- 
prime :  deux  fois,  qu'on  peut  laisser 
cependant.  —  La  définition,  c'e^t- 
à-dire,  la  faculté  de  définir. —Omuc 
qui  prétendent.  Il  est  difficile  de 
savoir  à  qui  s'adresse  précisément 
cette  critique.  —  Toute  privation 
s'applique  à  ce  qui  est  naturel. 
Voir  la  MéUpbysique,  liv.  ft,  ch.  8S, 
p.  lOtt,  b»  IS. 


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LIVRE  V.I,  CHAPITRE  III.  219 

désir  s'applique  à  ce  qui  est  agréable.  Il  s'ensuit  que  ce 
qui  est  identique  au  désir  s*apptique  aussi  à  l'agréable, 
et  par  là ,  la  définition  du  désir  devient  l'appétit  de  ^ 
Tagréable  de  l'agréable  ;  car  il  n'y  a  pas  de  diffé- 
rence à  dire  le  désir  ou  l'appétit  de  l'agréable;  et  cha-. 
cune  de  ces  expressions  s'applique  également  à  l'a-' 
gréable.  Mais  peut-être  n'y  a-t-il  rien  là  d'absurde. 
L'homme,  en  effet,  est  bipède,  et  ce  qui  est  identique  à 
l'homme  est  bipède  :  or,  animal  terrestre  bipède  est 
ideatique  à  l'homme  :  donc  l'animal  terrestre  bipède  est 
bipède*  Mais  il  n'y  a  rien  là  d'absurde;  et  le  bipède 
n'est  pas  attribué  deux  fois  à  lanimal  terrestre;  car 
alors  bipède  serait  attribué  deux  fois  à  la  même  chose; 
mais  le  bipède  est  dit  de  l'animal  terrestre  bipède,  de 
sorte  que  le  bipède  n'est  attribué  qu'une  seule  fois.  Et 
de  même  pour  le  désir;  car  s'appliquer  à  l'agréable 
n'est  pas  atlrîbué  à  l'appétit,  mais  à  la  totalité;  de  sorte 
que  l'attribution  ne  vient  ici  qu'une  seule  fois.  Ce  n'est 
pas  une  absurdité'du  reste  de  répéter  deux  fois  le  même 
mol;  mais  seulement  il  est  absurde  d'attribuer  la  même 
chose  plusieurs  fois  à  une  même  chose.  C'est  ainsi  que 
Xénocrate  prétend  que  la  réflexion  est  la  faculté  qui 
définit  et  qui  observe  les  êtres.  La  définition  ici  est  déjà 
une  sorte  d'observation ,  de  sorte  qu'en  ajoutant  :  Et 
qui  observe,  il  dit  deux  fois  la  même  chose.  Et  de  même 
encore,  ceux  qui  prétendent  que  le  refroidissement  est 
la  privation  de  la  chaleur  naturelle  ;  car  toute  privation 
s'applique  à  ce  qui  est  naturel,  donc  il  est  inutile  d  ajou- 
ter: naturelle;  mais  il  sufHt  de  dire  privation  dv.  la 
chaleur,  puisque  la  privation  elle-même  indique  assez 
qu'il  s'agit  d'une  chose  naturelle. 


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220  TOPIQUES. 

§  5.  Il  faut  voir,  d'autre  part,  si,  le  terme  étant  uni* 
versel,  on  n'y  ajoute  point  aussi  un  ternie  particulier  :  et, 
par  exemple ,  si  on  appelle  la  modération  une  concession 
sur  des  choses  utiles  et  justes;  car  le  juste  est  quelque 
chose  d'utile,  de  sorte  qu'il  est  compris  dans  l'utile.  Ainsi 
le  juste  est  ici  superflu,  parce  qu'on  a  ajouté  un  terme 
particulier  tout  en  employant  le  terme  universel.  Par 
exemple  encore,  si  l'on  a  dit  que  la  science  médicale  est 
la  science  de  ce  qui  est  sain  pour  l'animal  et  pour 
l'homme,  ou  bien  que  la  loi  est  l'image  des  choses  belles 
et  justes  par  nature;  car  le  juste  déjà  est  quelque  chose 
de  beau;  de  sorle  que  la  même  chose  est  ici  répétée 
plusieurs  fois. 

§  6.  C'est  donc  par  ces  moyens  ou  des  moyens  ana- 
logues qu'on  verra  si  l'on  a  bien  ou  mal  défini. 


CHAPITRE  IV. 

Deux  lieux  pour  savoir  si  l'on  a  réellement  défini. 

§   I .  Voici  maintenant  comment  Ton  verra  si  l'on 

a  ou  si  Ion  n'a  pas  indiqué  et  défini  l'essence  de  la  chose: 

§  a.  D  abord,  il  faut  voir  si  l'on  a  fait  la  définition 

S  5.  LaUdett  Vimagê^  U  a  déjà  monstraiions,  D&miert  Anaiyti^ 

critiqué  cette  déûnition,  plus  haut,  ques^  liv.  1,  ch.  S,  g  6  et  suiv.  — 

ch.  a  ,  8  i.  —  BUn  ùu  mal  défini.  Tout  enteigntment ,  tùuie  seienu. 

Voir  pins  haut,  cb.  1,  g  i.  C^est  Paxiôme  par  lequel  débute  le 

S  t.  Indiqué  et  défini  Veuenee  traité  même  de  la  DémonstràUon. 

de  tocAofé,  Voir  plus  baut,  cb.  1,  Voir  les  Demien   Anaiytiquêê, 

S  i.  liv.  1 ,  cb.  1 ,  g  1 ,  les  expressions 

g  i.  00  même  que  dan*  1$$  dé-  sont  presque  identiques. 


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LIVRE  Vl>  CHAPITRE  IV.  221 

par  les  choses  antérieures  et  plus  connues.  En  effet  ^ 
puisque  la  définition  n'est  donnée  que  pour  faire  con- 
naître le  défini,  et  que  nous  le  connaissons,  non  par  des 
choses  quelconques,  mais  par  des  choses  antérieures  et 
plus  connues,  de  même  que  dans  les  démonstrations, 
car  c'est  ainsi  que  procède  tout  enseignement,  toute 
science,  il  est  évident  que  quand  on  n'a  point  défini 
avec  des  éléments  de  ce  genre  on  n'a  point  défini: 
sinon,  il  y  aura  plusieurs  définitions  d'une  même  chose. 
Il  est  évident  aussi  qu'on  définit  mieux  par  les  choses 
antérieures  et  plus  connues  ;  de  sorte  que  les  deux  défi- 
nitions s'appliqueraient  à  la  même  chose.  Mais  cela  ne 
saurait  être;  car  chaque  chose  n'est  uniquement  que  ce 
qu'elle  est;  or,  s'il  y  a  plusieurs  définitions  d'une  même 
chose,  il  faudra  que  l'essence  donnée  dans  chacune  dés 
définitions  soit  identique  à  l'essence  de  la  chose  défi- 
nie. Mais  ces  essences  ne  sont  pas  identiques,  puisque 
les  définitions  sont  diverses;  donc  il  est  évident  qu'on 
n'a  point  défini,  quand  on  n'a  point  défini  par  des  choses 
antérieures  au  défini  et  plus  connues  que  lui.  §  3.  On 
peut  comprendre  de  deux  manières  qu'on  n'ait  pas 
donné  la  définition  par  les  choses  plus  connues;  car 
c'est,  ou  par  des  choses  plus  inconnues  en  soi ,  ou  plus 
inconnues  pour  nous;  et  ces  deux  cas  pourront  se  pré- 
senter. L^antérieur  est  absolument  plus  connu  que  le 
postérieur;  et,  par  exemple,  le  point  est  plus  connu  que 


%Z.  On  peut  comprendre  de  deux  connu  que  la  ligne  ^  le  point  est 
numUrcê^  Voir,  sur  ces  deux  sens  antérieur  à  te  ligne  puisque  li  (igné 
de  ranlérieur  et  du  plus  notoire ,  est  composée  de  points.  —  Vumté 
les  Dernière  Analytiques  ,  liv.  1  »  cet  plue  connue ,  absolument  par- 
eil. S,  8  11.  —  L»  point  est  plue  tant,  comme  pour  le  point. 


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222  TOPIQUES. 

la  iigne^  la  ligne  que  la  surface,  la  surface  que  le  solide; 
de  même  que  l'unité  est  plus  connue  que  le  nombre; 
car  elle  est  le  principe  de  tout  nombre  et  avant  tout 
nombre.  Et  de  même  la  lettre  est  plus  connue  que  la 
syllabe.  Mais,  par  rapport  à  nous,  il  arrive  quelquefois 
tout  le  contraire;  car  le  solide  tombe  davantage  sous  la 
sensation,  la  surface  plus  que  la  ligne,  et  la  ligne  plus 
que  le  point.  Ce  sont  ces  choses-là  même  que  le  vul- 
gaire connaît  mieux  ;  car  on  peut  apprendre  les  unes 
avec  une  intelligence  ordinaire,  les  autres  en  deman- 
dent une  qui  soit  exacte  et  distinguée. 

§  4*  Eli  général  donc,  il  vaut  mieux  essayer  de  con- 
naître les  choses  postérieures  par  celles  qui  précèdent  ; 
car  cela  fait  plus  apprendre.  Toutefois,  quand  les  gens 
ne  peuvent  connaître  par  ces  moyens,  il  faut  essayer 
de  donner  la  définition  par  les  choses  mêmes  qui  leur 
sont  connues.  Telles  sont,  par  exemple,  les  définitions 
du  point,  de  la  ligue,  de  la  surfaee;car  toutes  expliquent 
les  choses  antérieures  par  les  postérieures,  et  le  point 
est,  dit-on,  la  limite  de  la  ligue,  celle-ci  de  la  surface, 
et  celle-ci  du  solide. 

§  5.  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  quand  on  dé- 
finit de  la  sorte,  on  ne  peut  montrer  pour  la  chose  dé- 
finie ce  qu'est  son  essence,  qu'à  la  condition  que  la  même 
chose  soit  à  la  fois,  et  plus  connue  de  nous^  et  plus  con- 
nue en  soi^  puisqu'il  faut,  pour  bien  définir,  défiûir  par 

t  l.  Le  paini  e#f ,  dit'-cn ,  C*e8t  tion  de  Pespèoe,  tandis  que  la  réci- 
ta définition  vulgaire  que  donne  id  proque  n*e8t  pas  vraie  —  La  diffé- 
Aristole.  rence  m  fait  autant,  puisque  c*esi 

g  5.  La  genre  détruit  avec  lui  elle  qui  dislingue  Tespëce.  —  Est 

T espèce  ,  la  destrucUon  du  genre  plus  ^ncoiimM  que  le  genre  et  que 

entraîne  nécessairement  la  destruo-  la  différance. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  IV.  223 

le  genre  et  les  différences.  Or,  ce  sont  là  des  éléments 
plus  connus  queTespèce  et  antérieurs  à  Tespèce;  car  le 
genre  détruit  avec  lui  l'espèce;  la  différence  en  fait  au- 
tant, (le  sorte  ipie  ces  deux  choses  sont  antérieures  à 
Tespèce.  £n  outre,  elles  sont  plus  connues  qu'elle;  car 
lorsqu'on  connaît  l'espèce,  il  y  a  nécessité  de  connaître 
aussi  le  genre  et  la  différence.  Ainsi ,  lorsqu'on  connaît 
lliomine,  on  connaît  aussi  l'animal  et  le  terrestre;  mais 
quand  on  connaît  le  genre  et  la  différence,  il  n'y  a  pas 
nécessité  de  connaître  l'espèce,  de  sorte  que  l'espèce  est 
plus  inconnue. 

§  6.  De  plus,  quand  on  prétend  que  les  véritables  dé- 
finitions sont  les  définitions  composées  d'éléments  con- 
nus de  chacun,  on  se  trouve  exposé  à  faire  plusieurs 
définitions  d'une  même  chose  ;  car  telles  dioses  sootplus 
connues  à  telles  personnes,  et  ce  ne  sont  pas  les  mêmes 
qui  sont  plus  connues  pour  tout  le  monde.  Ainsi  donc, 
il  faudi*ait  donner  une  définition  autre  pour  chacun,,  si 
l'on  devait  faire  la  définition  par  les  dioses  plus  connues 
à  chacun.  Il  y  a  plus  :  pour  les  mêmes  individus,  ce  sont, 
à  diverses  époques,  d'autres  choses  qui  leur  sont  plus 
connues.  Ainsi,  d'abord  ce  sont  les  choses  sensibles  qui 
leur  sont  plus  connues;  mais  devenant  ensuite  plus  in- 
truits,  c'est  le  contraire;  de  sorte  qu'il  ne  faudra  pas 
toujours,  pour  la  même  personne,  <ionnerla  même  dé- 
finition, si  l'on  prétend  qu'elle  doit  être  donnée  par  les 
choses  plus  connues  à  chacun.  11  est  donc  évident  qu'il 
ne  faut  pas  définir  par  ces  choses,  mais  par  les  choses 

g  6.  Quand  on  prétend ,  Cette  parlant,  plus  connues  en  soi ,  plus 
critique  s^adrease  sans  doute  à  l'é-  connues  par  nature  et  non  pas  seu- 
oole  plalsnictenne.  — >  Abtolument    lement  relativement  à  nous. 


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224  TOPIQUES, 

plus  connues  absolument  parlant;  car  c'est  ainsi  seule- 
ment qu'on  donne  une  définition  une  et  toujours  la 
même.  §  7.  Mais  peut-être  aussi  l'on  peut  dire  que  ce 
qui  est  absolument  connu  n'est  pas  ce  qui  Test  de  tous, 
mais  ce  qui  est  connu  seulement  de  ceux  qui  sont  bien 
disposes  d'intelligence  ;  de  même  que  le  sain,  pris  absobi- 
menty  se  rapporte  à  ceux  qui  ont  une  bonne  organisation 
corporelle.  §  8.  Il  faut  donc  bien  fixer  cliacun  de  ces 
points,  et  s'en  servir  selon  le  besoin  en  discutant.  §  9.  On 
peut  aussi  repousser  la  définition,  et.  chacun  en  con- 
vient, si  on  ne  l'a  faite  ni  par  les  choses  absolument 
plus  connues,  ni  par  les  choses  plus  connues  pour 
nous. 

§  10.  Voilà  donc  un  premier  lieu  sur  la  définition 
donnée  par  les  choses  moins  connues;  c'est  quand  on  a 
défini  les  antérieures  par  les  postérieures,  comme  nous 
venons  de  le  dire. 

§  1 1 .  En  voici  un  autre  :  c'est  de  donner  la  définition 
de  ce  qui  est  en  repos  et  de  ce  qui  est  fini  par  le  mou* 
vement  et  par  l'indéfini  ;  car  ce  qui  demeure  est  an- 
térieur à  ce  qui  est  en  mouvement  et  est  plus  connu; 
de  même  que  le  déterminé  est  antérieur  h  l'indéter- 
miné. 

§.  I  a.  Il  y  a  trois  lieux  pour  prouver  qu'on  n'a  pas 
défini  par  les  choses  antérieures.  §  1 3.  Le  premier,  si 


8  10.  Comme  noui  iMfiofu  de  U  général  indiqué  au  g  S  ci-dessus. 

dire,  depuis  le  8  i  jusqu'à  oelui-d.  8  18.  Le  pnmier  est  tiré  des 

8  1S.  Hy  a  trois  lieux,  ou  plu-  choses  simultanées,  dont  Tune  ne 

tôt  trois  nuances  d*un  même  lieu  peut  senrir  à  définir  l'autre  :  car 

exposées  dans  les  paragraphes  sui-  Tune  n*est  pas  antérieure  à  Tautre, 

y^nts.— Par  Ui  choies  amérieuresy  Tune  n*est  pas  plus  connue  que 


Cétait  la  seconde  portion  du  lieu    Tautre.  Voir  les  Catégortêê,  ch.  10, 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  IV.  225 

Ton  défiait  Topposé  par  Toppose  :  par  exemple,  le  bien 
par  le  mal  ;  car  les  opposés  sont  simultanés  en  nature. 
Pour  quelques-uns  même,  la  notion  des  deux  paraît 
être  la  même  ;  de  sorte  que  Tun  n  est  pas  plus  connu 
que lautre.  Il  ne  faut  pas,  du  reste,  oublier  que  peut- 
être  quelques  termes  ne  peuvent  pas  être  définis  au- 
trement: par  exemple,  le  double  ne  peut  être  défini 
sans  la  moitié,  et  tous  les  termes  qui  par  eux-mêmes 
sont  des  relatifs;  car  pour  tous  ces  termes,  Texistence 
se  confond  avec  la  relation  qu'ils  soutiennent  de  quel* 
que  façon  que  ce  soit.  Ainsi,  il  est  impossible  de  con- 
naît re  l'un  sans  Tautre;  et  par  conséquent,  il  est  néces- 
saire que  l'un  soit  renfermé  aussi  dans  la  définition  de 
l'autre.  H  faut  donc  connaître  aussi  tous  les  termes  de 
ce  genre,  et  se  servir  des  lieux  qui  les  concernent  selon 
les  cas  où  ils  peuvent  être  utiles. 

§  i4.  Un  autre  lieu,  c'est  quand  on  se  sert  dans  la 
définition  du  défini  lui-même.  On  ne  s'en  aperçoit  pas,  du 
reste,  quand  on  ne  se  sert  pas  du  nom  même  du  défini. 
C'est,  par  exemple,  si  l'on  a  défini  le  soleil,  un  astre  qui 
parait  dans  le  jour;  car  si  on  se  sert  du  jour,  c'est  se 
servir  aussi  du  soleil.  Il  faut,  pour  découvrir  cette  er- 
reur, substituer  la  définition  au  nom  même;  et  ici,  par 
exemple,  dire  que  le  jour  est  le  mouvement  du  soleil 
au  dessus  de  la  terre.  Alors  il  est  évident  que,  quand  on 


11,  IS  et  13. — Car  pour  ces  termes  sert  du  jour,  si  Ton  emploie  le  mol 

Veétstence  se  confond,  Cesi  la  doo-  Jour,  c*esl  employer  aussi,  implici- 

trlne,  ei  ce  sont  les  expressions  tement  il  est  vrai,  le  mot  soleil.  — 

mêmes  des  Catégories.  Voir  tout  le  Le  mouvement  du  soleil.  Voir  plas 

cb.  7,  et  particulièrement  le  8  M.  haut,  liv.  5,  cb.  3,  g  5.  Ici  Aristoie 

8  li.  Un  autre  lieu,  Une  seconde  admet  sans  bésiution  Topinion  vul- 

naance  du  mèmte  lieu.  ^  Si  Ton  se  gaire  sur  le  mott?ement  do  soleil. 

IV.  IB 


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22fi  TOPIQUES, 

a  dît  le  iROUvemeiit  du  soleil  au-dessus  de  la  terre,  on 
a  aommé  le  soleil;  de  sorte  qu^ea  se  servant  du  jour^ 
ou  s'est  servi  aussi  du  soleil. 

§  i  5.  Encore,  si  l'ou  a  dëBiii  un  terme  de  la  division 
par  un  terme  de  la  division  même  :  par  exemple,  si  Ton 
a,  dè&^  l'impair  par  ce  qui  esjt  plus  grand  que  le  pair 
jd'une  unité;  car  les  choses  divisées  dans  le  même  genre 
coexistent  naturellement.  Or  l'impair  et  le  pair  sont 
pj^éciscment  dans  des  divisions  semblables,  puisque  tous 
deux  sont  des  différenpes  du  nombre. 

§  16.  Et  de  même  encore,  si  les  choses  supérieures 
sont  définies  p%r  les  inférieures  :  par  exemple,  si  Ton  a 
.défini  le  pair  par  le  nombre  partagé  eu  deux,  et  le  bien 
par  la  possession  delayertu;carendeuxestprisdcdi*ux, 
qui  est  un  nombre  pair  aussi  :  et  la  vertu  par  elle-même  est 
bien  déjà  un  bien  ;  de  sorte  que  ces  deux  choses  so|it  infé- 
rieures aux  autres.  §  17.  Il  y  a  encore  obligation,  quand 
op  s^  se^l  du  teripe  inférieur,  de  se  servir  aussi  du  dé- 
fini lui-même;  car  si  Ton  pi;end  la  vertu,  on  prend  aussi 
le  bien,  puisque  la  vertu  est  un  certain  bien.  Et  d.e  même 
quand  on  se  sert  de:  en  deux,  on  se  sert  du  pair, 
puisque  en  deux  indique  un  partage  en  deux,  et  que 
deux  est  pair. 

§  18.  En  résumé,  il  n'y  a  qu'un  seul  lieu  relatif  à  la 
la  définition  qui  n'est  pas  faite  par  des  choses  anté- 
rieures et  plus  notoires;  et  ce  lieu  a  toutes  les  parties 
que  l'on  a  énmnérées. 

%  15.  Sneon,  Troisième  nuance  %  IS.  il  n'y  a  qu^un  ieul  Heuy 

du  Heu  indiquj^  au  §  %%.  indiqué  au  fi  1 ,  «t  ce  lieu  a  toutes 

§  16.  Et  de  même  encore,  La  dé-  lee  parties,  toutes  les  nuances  qui 

finition  a  été  mal  donnée ,  Si  Ue  forment  comme  autant  de  lieux 

ehoeee  eupirieurûif  elc.  dialincts. 


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LIVRE  VJ,  CHAPITRE  V.  427 


CHAPITRE  V. 

Secoud  lie\i  de  la  déflniUo|i  :  caiiseï;  diverses  qui  fpQt 
que  Ton  n'a  point  défini. 

§  j.  Un  second  Heu,  c'est  si  la  chose  <^tant  dans 
un  genre,  on  ne  la  place  pas  dans  c^  genre.  Cette 
erreur  se  produit  toutes  les  fois  qu'on  n'a  point  dit 
dans  la  définition  ce  qu'est  le  défini.  Par  exemple,  si 
Ton  donne  pour  la  définition  du  corps  ce  qui  a  trois 
dimensions;  ou  bien  si  on  définit  Thoinine, . ce  qui  sait 
compter  ;  car  on  n'a  point  dit  ce  qu'est  le  corps  pour 
avoir  trois  dimensions,  ou  ce  qu*est  Tliomme  pour  savoir 
compter.  Mais  le  genre  vise  à  exprimer  ce  qu'est  la 
chose,  et  c'est  le  premier  des  éléments  à  po»er  dans  la 
définition. 

§  n.  Un  autre  lieu,  c'est  si  la  chose  définie,  étant  ap- 
plicable à  plusieurs,  on  ne  Ta  pas  rapportée  à  toutes: 
par  exemple,  si  Ton  définit  la  grammaire  lu  science 
d'écrire  ce  qui  est  énoncé;  car  il  faut  encore  ajouter: 
et  de  lire.  En  effet,  l'on  n'a  pas  plus  défini  la  grammaire 
par  la  science  d'écrire  que  par  celle  de  lire.  Donc,  ce 


t  1.  Un  second  liiu,  Voir  plas  ch.  5,  g  6. 

haut,  cb.  1,  i,  el  ch.  i,  g  t.  —  On  g  a.  Vnauirê  li'm,  Uoe  seconde 

«M  la  place  pae  ianê  ce  genre ,  on  nuance  du  ndroe  lien.  -^  Où  le 

néglige  d*énoncer  le  genre  dans  la  terme  n*eet  pae  d<f  en  «o^ ,  où  les 

délinitîou. •*  Ce  qui^.,,  ce  quiy  sans  relaUons  que  soutient  le  défini ,  ne 

indiquerde  genre  précis.— te  yenre  sonl  pas  toutes  essenlIeUes;  mais 

viee  à  exprimer  ee  qu^eet  la  cAoea,  que  Tune  est  essentielle,  tandis  que 

Voir  la  définition  du  genre,  H?.  1 ,  Fautre  est  accidentelle. 


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228  TOPIQUES. 

n*est  pas  en  disant  Tun  ou  ratilre,  c'est  en  disant  les 
deux,  qu'on  définit  vraiment,  puisqu'il  ne  peut  y  avoir 
plusieurs  définitions  d'une  même  chose.  Pour  quelques 
cas,  il  en  est  réellement  ainsi  qu'on  vient  de  dire,  mais 
pour  quelques  autres  il  n'en  est  rien;  c'est,  par  exemple, 
dans  tous  les  cas  où  le  terme  n'est  pas  dit  en  soi  pour 
les  deux  relations  :  comme  la  médecine  n'est  pas  la 
science  de  faire  la  santé  et  la  maladie;  car  en  soi,  elle 
s'applique  à  l'une,  et  olle  ne  s'applique  à  l'autre  que  par 
accident.  En  effet,  absolument  parlant,  c'est  chose  étran- 
gère  à  la  médecine  de  faire  la  maladie;  de  sorte  qu'en 
rapportant  la  définition  à  ces  deux  choses,  on  n'a  pas 
plus  défini  la  médecine  qu'en  la  rapportant  à  une  seule  : 
et  peut-être  même  l'a-t-on  plus  mal  définie,  puisque  le 
premier  venu  est  capable  aussi,  quel  qu'il  soit,  de  faire 
la  maladie. 

§3.  Unautrelieu,c'estsi  l'on  a  rapportéle défini  nonau 
meilleur  mais  au  plus  mauvais,  lorsque  les  choses  aux- 
quelles est  applicable  le  défini  sont  plusieurs;  car  toute 
activité,  toute  science,  ne  paraissent  devoir  s'appliquer 
qu'au  meilleur. 

§  4*  D'autre  part,  si  la  chose  définie  n'est  pas  placée 
dans  le  genre  qui  lui  est  propre,  il  faut  puiser  dans  les 
éléments  relatifs  au  genre,  ainsi  qu'on  l'a  dit  plus  haut. 

§  5.  Un  autre  lieu,  c'est  si  l'on  a  sauté  des  gf  nres  : 


8  8.  Vn  autre  liêu.  Une  troisième  haui^  dans  ce  livre ,  cb.  1, 8  9. 

Duaooe  du  même  lieu.  —  Cor  lottle  8  5.  Un  autre  lieu^  Uoe  <iuft- 

octMté,  Le  texte  dit  :  Toute  puisF-  trième  nuauce  du  même  lieu.  ^ 

Muce;  i*ai  pris  en  Trançais  uu  mot  Si  Van  a  sauté  de$  genres  ^  Cest 

qui  est  aussi  vague  dans  ce  cas  que  qu*il  faut  toHjours  délinir  par  le 

le  mot  grec.  genre  le  plus  prochain,  comme 

8  i.  Ainsi  qu'on  Ta  dit  plus  Arisioie  le  dit  IttWnème  quelques 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  VI.  229 

par  exemple,  si  Ion  dit  que  la  justice  est  la  faculté  qui 
produit  l'égalité  ou  qui  répartit  l'égal  ;  car  en  définissant 
ainsi,  on  passe  la  vertu.  En  négligeant  donc  le  genre 
de  la  justice  on  ne  dit  pas  ce  qu'elle  est;  car  l'essence  de 
chaque  chose  est  dans  son  genre.  Cette  erreur  est  la 
même,  du  reste,  que  de  ne  pas  placer  le  défini  dans  le 
genre  le  plus  voisin  ;  car  en  le  plaçant  dans  le  genre  le 
plus  voisin,  on  comprend  aussi  tous  les  genres  supé- 
rieurs, puisque  tous  les  genres  supérieurs  sont  attribués 
aux  inférieurs;  de  sorte  que,  de  deux  choses  Tune  :  ou 
il  faut  placer  le  défini  dans  le  genre  le  plus  voisin,  ou 
rattacher  au  genre  supérieur  toutes  les  différences  par 
lesquelles  est  défini  le  genre  le  plus  voisin.  De  cette 
façon,  on  n'aura  rien  omis;  et  au  lieu  du  nom,  on 
aura  déterminé  le  genre  inférieur  par  une  définition; 
mais  quand  ou  a  désigné  seulement  le  genre  supérieur, 
on  n*a  point  nommé  en  même  temps  le  genre  inférieur. 
Et  par  exemple,  si  l'on  dit  le  végétal,  on  n'a  point  pour 
cela  dit  Farbre. 


CHAPITRE    VI. 

Vingt-trois  lieux  tirés  des  différences  pour  prouver 
que  la  définition  n'est  pas  fiiite. 

§  I.  Il  faut  voir  aussi,  en  considérant  le^  différences, 

lignes  plus  bas.  —  Battaeher  au  donner  directement  lui-même.  — 

genre  supérieur  toutes  les  diffé-  Détermine  le  genre  inférieur,  dé- 

renees,  Parce  qu'ainsi  on  définit  le  finit  le  genre  le  plus  voisin, 

genre  le  pins  voisin  au  lieu  de  le  g  1.  BtparexempU  ranimai  au 


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280.  TOPIQUES. 

sî  l'on  à  bien  donné  les  différences  du  genre;  car  hi- 
Yp\\  n'a  point  défini  par  les  difTérenccs  propres  de  la 
chose,  ou  bien  si  Ton  a  même  donné  quelque  terme  qui 
ne  puisse  être  la  différence  de  rien,  et,  par  exemple, 
l'ahimalou  la  substance,  il  est  clair  qu^  l'on  n'a  point  dé- 
fini ;  car  tes  termes  employés  ne  sent  les  différences  de 
rien.  §  iÀ,  Il  faut  voir  en  outre  s'il  y  a  quelque  division 
opposée  h  la  différence  exprimée  ;  car,  s'il  n'y  en  a  pas, 
il  est  clair  que  la  différence  indiquée  n'est  pas  la  dif* 
fér(*nce  du  genre  :  c'est  que  tout  genre  est  divise  en 
différences  opposées,  comme  l'animal  est  divise  en  ter- 
restre et  volatile,  aquatique  et  bipède.  §  3.  De  plus,  la 
différence  peut  bien  être  réellement  op|)bsée,  sans  être 
vraie  cependant  .pour  ^  genre.  Alors  il  est  évident 
qu'aucune  de  ces  deux  différences  ne  serait  la  différenic 
du  genre;  car  toutes  les  différences  opposées  sont  vraies 
pour  leur  genre  spécial.  §  4*  ^^j  encore,  elle  peut  être 
vraie,  sans  qu'ajoutée  au  genre,  elle  fasse  pourtant  une 
espèce  :  et  alors  il  est  évident  que  ce  n'est  pas  une  dif- 
férence spécifique  du  genre;  car  toute  différence  spéci- 
fique fait  une  espèce  quand  on  l'applique  au  genre.  Et 
si  ce  n'est  pas  là  une  différence,  c'est  que  la  différence 
indiquée  n'en  est  pas  une  non  plus,  puisqu'elle  lui  est 
opposée  dans  la  division. 

§  5.  On  se  trompe  encoi'c  si  l'on  divise  le  genre  par 


la  iubftafwe*  qui  sont  des  gnnrr^s  et  %  b.  Le  genre  participe  de  Ves- 

non  pas  des  dilTérenceë.  —  iVe  sont  pécet  e*est-à-<lire  «4116  le  genre .re- 

let  différences  de  rien,  puisque  ce  çoil  1»  définition  de  res|H.v<i,  pI  est 

^nt  des,  genres.                ,  compris  dans  Tespèce  au  lien  de  lu 

^  §  3.  Pour  leur  genre  spécial,  comiïrcnôrr.  — Est  nécessairement 

p«iur  le  genre  auquel  elles  appar-  ctttribué  au  genre ^  puisque  iiiH;.-b- 

tiennent  bieu  réellemeaL  sairement  la  longueur  a  ou  n*a  pas 


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LIVRE  VI,  GHÀPltfiE  VL  231 

iiogatioii  coiitiTie  ceux  qui  définissent  là  ligne  tine  lon- 
gueur sans  largeur;  car  cela  ne  signifie  rien  autre 
chose,  sinon  qu  elle  n'a  pas  de  largeur.  Il  en  résultera 
donc  que  le  genre  participe  de  Fespèce;  car  t6ate  lon- 
gueur est  ou  avec  ou  sans  largeur,  puisque  de  toute 
chose  la  négation  ou  raffirmàtion  est  nécessairement 
vraie,  de  sorte  que  le  genre  de  la  ligne  étant  là  lon- 
gueur, il  sera  ayant  ou  ^n  ayant  pas  de  largeur.  Mais  lon- 
gueur sans  largeur  est  la  définition  de  Tespèce,  et  de 
même  aussi  longueur  ayant  largeur.  C'est  que  sans  lar* 
geur  et  avec  largeur  sont  des  différences  :  or,  la  défi- 
nition de  l'espèce  se  compose  de  la  différence  et  du 
genre  :  et  par  conséquent  le  genre  recevrait  la  définition 
lie  l'espèce  et  aussi  la  définition  de  la  différence,  puis- 
que Tune  des  différences  indiquées  est  nécessairement 
attribuée  au  genre.  Ce  lieu,  du  reste,  est  utile  contre 


de  largeur. 

§  6.  Comment  attribuera- t^on 
au  genre?  Toutes  les  éditions  or- 
dinaires donnent  cette  phrase  sons 
forme  d'interrogation  :  et  alors  elle 
oiïn:  quel  [ue  difficulté,  qui  dispa- 
raît en  mettant  une  négation  dans 
le  premier  membre,  comme  Ta  fait 
Sylburge,  je  ne  sais  d'après  quelle 
autorité.  On  pourrait  avec  Niplius 
supprimer  la  forme  interrogative, 
Il  alors  la  pensée  serait  parfaite- 
ment clairp  :  si  Ton  admet  une  loii^ 
gtieiireij  soi,  il  Rindra  nécessaîn^ 
itient  alors  Ini  attribuer  a  la. fois,  et 
de  quelque  façon  qu*on  s*y  prenne, 
les  contr:iircs,  on  <]n^  f»<l  absuTde. 
Loin  de  là,  dans  le  système  d'Aris- 
toie ,  le  ^enre  n'cxisunl  point  en 
soi ,  mais  seulement  dans  ses  es- 


pèces ,  reçoit  logiquement  les  con- 
traires puisque  les  espèces  sont 
contraires,  comme  le  reconnaît  le 
platonisme  luf-mème  par  la  mé- 
thode de  division.  Je  préfère  gar- 
der Tinterrogation  vulgairement 
admise;  et  ceux  qui  l*ont  prétendu 
changer  n*ont  pas  fait  assez  atten- 
tion peut-être,  qu^Aristote  ne  dit 
pus  :  Comment  attribuera-t-on  au 
genre  qu'il  est  avec  largeur  et  sans 
largeur,  comme  il  aurait  ôt  le  dire 
id  Ton  admettait  rexplication  de 
Niphus  ;  mais  qti*il  dit  :  Avec  lar- 
geur ou  sans  laigenr.  Dans  la  réa- 
lité, mathémaUque  s*entend,  toute 
longueur  a  on  n*a  pas  de  largeur  ; 
comment  pourra-t-on  appliquer  ceci 
à  la  longueur  en  soit— Car  on  «tip- 
posê  ici^  J'ai  ajdttté  ici ,  pour  ren- 


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232  TOPIQUES. 

ceux  qui  admettent  Texistence  des  idées.  Eu  effet , 
s'il  y  a  une  longueur  en  soi,  comment  attribuei*a-t- 
on  au  genre  qu'il  est  avec  largeur  ou  sans  largeur? 
Car  il  faut  pour  toute  largeur  que  Tune  de  ces  deux 
choses  soit  vraie,  puisqu'elle  doit  être  vraie  pour  le 
genre  :  mais  il  n*en  est  rien,  car  l'on  suppose  ici  des 
longueurs  sans  largeur  et  avec  largeur.  Ainsi  donc,  ce 
lieu  n'est  utile  que  contre  ceux  qui  soutiennent  que  le 
genre  e^t  un  numériquement.  Mais  il  n'y  a  de  cette  opi- 
nion que  ceux  qui  admettent  les  idées  ;  car  ils  disent 
que  la  longueur  en  soi,  l'animal  en  soi  sont  genres. 

§  7.  Il  faut  bien  aussi  quelquefois,  quand  on  définit, 
se  servir  de  la  négation  :  par  exemple,  pour  définir  les 
privations;  aveugle  est  défini,  en  effet,  ce  qui  n'a  pas 
la  vue  quand  naturellement  il  devrait  l'avoir.  §  8.  Il 
n'importe  pas,  du  reste,  de  diviser  le  genre  par  la  né« 
gatlon,  ou  par  l'affirmation  même  à  Inquelle  doit  néces- 
sairement être  opposée  la  négation.  Par  exemple,  on 
peut  définir  longueur  qui  a  largeur;  car  qui  a  largeur 
n'a  d'opposé  que  qui  n'en  a  pas,  et  n'a  point  d'autre  op- 
posé; et  ainsi,  le  genre  est  encore  divisé  par  négation. 

§  9.  Autre  erreur,  si  l'on  a  donné  l'espèce  pour  la 
différence,  comme  ceux  qui  définissent  l'insulte,  une 
injure  avec  moquerie;  car  la  moquerie  est  une  sorte 

dre  la  pensée  plus  claire.  —  Des  polaie  dire  contre  la  théorie  des 

lanf/nêurê  «mu  largeur  et  avec  Idéeà.'-^  Que  U  genre  eeî  un  numé' 

iargeur^  Aristote  dit  :  St  afec  lar-  riquêment^  C*est  l'opinion  piatoni- 

geur,  et  non  pins  ou ,  comme  dans  cienne  qui  a  toujours  été  combattue 

la   phrase   précédente.    Je    crois  par  Aristote.  Les  genres  pour  lui 

qu*avec  cette  disUnction  le  texte  n*ont  pas  d*eiistence  substantielle, 

ordinaire  est  à  Tabri  de  tout  re-  individuelle  ,    comme     pour  son 

proche,  et  il  contient  i*nne  des  ob-  maître. 

jecUons  les  plus  fortes  que  Ton  $  9.  Ceet  une  eepéee  de  rinjure. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  VI.  233 

dHnjure,  de  sorte  que  la  moquerie  n'est  pas  une  diffé- 
rence, c  est  une  espèce. 

§  lo.  Il  faut  voir  encore  si  Ton  adonné  le  genre 
comme  différence  :  par  exemple,  pour  la  vertu,  si  on  la 
définit  disposition  bonne  ou  louable;  car  le  bien  est  le 
genre  de  la  vertu.  Ou  plutôt  le  bien  nVst-il  pas,  non  le 
genre ,  mais  la  différence ,  s'il  est  bien  vrai  qu'une 
même  chose  ne  peut  être  dans  deux  genres  qui  ne  se 
comprennent  pas  mutuellement?  Car  le  bien  ne  com- 
prend pns  la  disposition,  et  la  disposition  ne  comprend 
pas  le  bien.  £n  effet,  toute  disposition  n'est  pas  un  bien, 
pas  plus  que  tout  bien  n'est  une  disposition  :  ainsi,  ni 
l'un  ni  l'autre  ne  serait  genre.  Si  donc  la  disposition 
est  le  genre  de  la  vertu,  il  est  évident  que  le  bien  n'est 
pas  le  genre,  mais  qu  il  est  plutôt  la  différence.  Ajou- 
tez que  la  disposition  exprime  l'essence  de  la  vertu,  tan- 
dis que  le  bien  n'exprime  pas  ce  qu'est  la  chose,  mais  sa 
qualité;  et  la  différence  semble  toujours  exprimer  quel- 
que qualité  de  la  chose.  §  1 1.  Aussi,  faut-il  voir  égale- 
ment si  la  différence  donnée  exprime,  non  pas  telle 
qualité  de  la  chose,  mais  l'essence  de  la  chose;  car  toute 
différence  semble  devoir  exprimer  une  certaine  qua- 
lité. 

§  la.  Il  faut  voir  encore  si  la  différence  est  un  simple 
accident  de  la  chose  définie  ;  car  aucune  différence  ne 
peut  être  classée  parmi  les  accidents,  non  plus  que  le 
genre,  parce  qu'il  ne  se  peut  pas  que  la  différence  puisse 


§  10.  Ou  piuîôt  le  bi9nn'est-U  n*e$t  pas  1$  genre  de  U  disposition. 

pas^  Objection  qu^Aristotc  Uïi  lui-  —  Le  bien  n'exprime  pas  ce  qu'eeî 

même  à  sa  propre  critique  de  la  fo  cKoee^  comme  il  devrait  le  faire 

déllnilion  de  la  vertu. — Que  ie  bien  s*il  en  éuit  le  geni». 


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234  TOPIQUES. 

îiiclifïéreinnieQt  ^tre  ou  iiYtre  pas  à  la  chose.  §  i3.  Si 
la  différence  on  l'espèce,  ou  bien  mt'\ne  quelqu'un  des 
termes  au-dessous  de  l'espèce,  est  attribué  au  genre,  on 
n'a  point  défini  ;  car  aucun  de  ces  termes-là  ne  peut  être 
attribué  augehre,  puisque  le  genre  est  plus  large  qu'eux 
tons.  '  . 

§  i4  f)^  plu^^  on  n^a  pas  défini  davantage  si  le 
genre  est  attribué  à  la  différence;  car  le  genre  paraît 
devoir  être  attribué,  non  pas  à  la  différence,  mais  aux 
dioses  auxquelles  l'est  la  différente.  Par  exemple,  Ta- 
nimal  doit  être  attribué  à  l'homme ,  au  bœuf  et  aux 
autres  animaux  terre^itres,  et  non  pas  à  la  différence 
elle-même,  qui  est  dite  de  l'espèce  seulement;  car  si  ra- 
nimai est  attribué  h  chacune  des  différences,  beaucoup 
d*animaux  seraient  attribués  h  l'espèce,  puisque  les  dif- 
férences sont  attribuées  a  Tespèce.  Il  y  a  plus  :  toutes 
les  différences  seront  ou  espèces  ou  individus  si  elles 
sont  animaux;  car  chacun  des  animaux  est  ou  espèce 
ou  individu. 

§  1 5.  Il  fant  voir  de  la  n.ême  mnnière  si  l'espèce,  ou 
quelqu'un  des  termes  au-dessous  de  l'espèce,  a  été  attri- 
bué à  la  difFérem*eç  car  cela  ire  peut  être,  puisque  la 
différence  est  censée  plus  large  que  les  espères.  Il  arri- 
vera éonc  encore  que  la  différence  sera  espèce,  si  quel- 
qu'une des  espèces  lui  &>t  attribuée;  car  si  homme,  par 
exemple,  est  attribué,  il  est  clair  que  la  différence  est 
liomnie.  §  i6.  il  faut  voir  si  la  ditféreAce  n'est  pas  an- 

%  il.  Beaucoup  d'animaux  <6-  toi-môme.  auquel s^apptlquent  toti- 

raUnt  altribuéê  à  Vespéee^  C*est-  les  ces  difTrcnct's. 

à^dire,  toutes  tes  dilTéreneâS  de  ra-  §  15.  IH  la  même  manière^  qo*oa 

nimal,  indépendamment  dn  g^nre  vient  de  te  faire  iiuur  te  genre. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  VI.  2» 

lérieiirc  à  Fespèce  ;  car  il  faut  que  la  diflféi'ence  soit  pos- 
térieure au  genre,  et  antérieure  à  l'espèce. 

§   17.  Il  faîit  voir,  de  plus,  si  là  ilifféi^ncé  irtcliquée- 
ue  s'applique  pas  à  un  autre  genre,  qui  h*èst  ni' contenu 
ni  contenant;  car  la'  même  diffén^cé  ne  ()eut  Pire  à 
deux  genres  qui  ne  se  comprennent  pas  mutuellement. 
Sinon,  il  arrivera  qu«  la  même  espèce  sîèra  dans  deux 
genres  qui  ne  se  comprennent  pas  mutnellemont  ;  car 
chacmfie  des  différences  implique  son  gem'e  propre,  dt* 
même  que  le  terrestre  et  le  bipède  impliquent  avec  énx  ' 
lanimal;  de  sorte  que  chacun  des  genres  est  à  ce  à  quoi 
est  la  diflerence.  II  est  donc  clair  que  l'espèce  sera  dans 
deux  genres  qui  ne  se  comprennent  pas  mutnellement. 
§  18..  Ou  bi^n,  n'est-tl  pas  impossible  que  la  même  dif- 
férence soit  dans  deux  genres  qui  ne  se  comprennent  pas 
TÀutuellemeut,  en  ajoutaut  toutefois,  que  tous  les  deux 
ne  sont  pas  compris  sous  un  même  genre  supérieur? 
car  Tanimal  tei*restre  etTanimal  volatile  sont  des  genres 
qui  ne  se  comprennent  pas  mutuellement ,  et  le  bipède 
est  la  différence  de  tous  les  dfeux;  de  sorte  ^u'il  faut 
i^'outer:  pourvu  que  tous  deux  ne  soient  pas  compris 
sous  le  même  genre'  supérieur;  car  ici  torIS  tes  deux* 
sont  compris  sous  l'animal.  §  1  g.  Il  est  évid^irt  entore 
qu'il  n'est  pas  nécessaire  que  toute  différence  hnpiiqite 
son  genre  propre,  parce  qu'il  se  peut  que  la  même  dif- 
férence soit  dans  deux  genres  qui  ne  se  comprennent 
pas  mutuellement;  mais  il  est  nécessaire  qu'elle  implique 

$  19.  n  rCest  p<u  néceunire  que  D*est  pas  nécessaire  que  la  diflTé- 

toute  différence,  CeUiJ  version  me  reoce  implique  son  genre  propre 

IMratt  la  vraie.  LVdilion  de  Berlin  tout  ender.  L'édittOn  de  BerHn  n*:i 

comme  Pacius,  dans  sa  premièro  pas  cité,  du  reste,  la  divefgetioe  des 

édition ,  donnait  celle  variante  :  Il  manuscrits. 


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236  TOPIQUES, 

seulement  Tun  des  genres,  ainsi  que  tous  les  termes  au- 
dessus  de  lui.  Ainsi,  bipède,  ou  volatile,  ou  terrestre, 
impliquent  avec  eux  animal. 

§  ao.  Il  faut  voir  encore  si  Ton  a  donné  l'existence 
dans  un  lieu  pour  la  différence  de  la  substance  ;  car 
une  substance  ne  paraît  pas  différer  d'une  substance 
par  cela  seul  qu'elle  est  dans  tel  lieu.  C'est  pourquoi  on 
objecte  à  ceux  qui  divisent  l'animal  en  terrestre  et  aqua- 
tique,  que  le  terrestre  et  l'aquatique  ne  désignent  qu'un 
lieu.  Ou  bien,  peut-être,  ce  reproche  n'est-il  pas  juste; 
car  aquatique  et  terrestre  ne  signifient  pas  l'existence 
dans  quelque  chose  ou  dans  quelque  lieu;  mais  ils  dé- 
signent une  chose  qualifiée  d'une  certaine  façon  ;  car  si 
l'être  est  à  sec,  il  n'eu  est  pas  moins  aquatique  ;  et  de 
même  pour  le  terresti*e,  bien  qu'il  soit  dans  l'eau ,  il  est 
toujours  terrestre  et  non  pas  aquatique.  Toutefois,  il 
est  clair  que  si  la  différence  exprime  la  position  dans 
quelque  chose,  on  se  sera  trompé  pour  la  définition. 

§  ai.  On  ne  se  trompe  pas  moins,  si  l'on  a  donné  la 
modification  pour  différence;  car  toute  modification, 
en  s'augmentant,  sort  l'être  de  la  substance,  et  la  dif- 
férence n'est  jamais  dans  ce  cas.  I^a  différence  parait 
plutôt  conserver  ce  dont  elle  est  la  différence  ;  et  il  est 
absolument  impossible  que  chaque  chose  existe  sans  sa 
différence  propre.  Et,  ainsi,  le  terrestre  n'étant  pas,  il 
n'y  a  pas  d'homme  non  plus.  §  aa.  En  un  mot ,  toutes 
les  choses  selon  lesquelles  se  modifie  l'être  qui  les  a  ne 
sauraient  être  la  différence  de  cet  être;  car  toutes  ces 


$  SO.  Aquatiftte  et  terrestre  ^  $ti,  SortV^redesaeubitanee, 
L*édition  de  Berlin  supprime  et  Cliange  la  nature  de  ia  sulistaiice  et 
terrestre.  ftnit  par  la  détruire. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  VI.  287 

choses,  en  s  augmentant  sortent  Tôtre  de  sa  substance. 
Si  donc  on  a  donne  une  diflerence  de  ce  genre,  on  s'est 
trompé,  car  nous  ne  changeons  pas  d'une  manière  ab- 
solue avec  les  différences. 

§  a3.  On  s'est  encore  trompé,  si  Fou  a  donné  pour 
différence  de  quelque  relatif  une  différence  qui  ne  soit 
pas  elle-même  relative  ;  car  les  différences  des  relatifs 
sont  aussi  des  relatifs.  Par  exemple,  pour  la  .science, 
que  Ton  appelle  théorique,  et  pratique,  et  active  :  et 
chacun  de  ces  termes  exprime  un  relatif;  car  la  science 
est  la  théorie  de  quelque  chose,  la  pratique  de  quelque 
chose,  Faction  de  quelque  cliose. 

$  a4.  11  faut  voir  encore  si,  en  définissant,  on  a 
bien  rapporté  chacun  des  relatifs  à  la  chose  à  laquelle 
il  est  naturellement;  car  on  ne  peut  employer  certains 
relatifs  qu'en  les  attribuant  à  ce  à  quoi  ils  sont  naturel- 
lement, et  non  point  en  les  rapportant  à  aucune  autre 
chose.  Par  exemple,  le  relatif  vue  ne  peut  s'employer 
que  relativement  à  voir.  D'autres  relatifs,  au  contraire, 
peuvent  s^employer  pour  d'autres  choses  aussi,  tout 
comme  on  peut  puiser  de  l'eau  même  avec  une  étrille  ; 
cependant,  si  l'on  définit  l'étrille  instrument  à  puiser 
de  l'eau,  l'on  se  trompe;  car  ce  n'est  pas  pour  cela 
qu'elle  est  faite.  Mais  la  définition  de  ce  pourquoi  une 
chose  est  naturellement  faite  est  ce  à  quoi  l'emploie  le 

$  S3.  Active,  Ce  mot  ne  rend  quelquecbose,  maisj'aidûconser- 
pasbien  le  mot  grec;  mais  notre  ver Tanalogie. 
langue  ne  m*en  offre  point  d'autre.  %  iê^  A  aucune  autre  choH , 
Je  n*ai  point  pris  le  mot  poétique ,  L'édition  de  Berlin  met  ici  le  ment- 


ion Ta  fait  quelquefois,  parce  bre  de  phrase  qui  est  plus  bas: 

que  ce  mot  a  déjà  un  sens  tout  dif-  d'autres  relatifs  au  contraire ,  etc. 

téreui.'-Vaction  de  quelque  choie.  Je  préfère  conserver  le.  texte  ynl- 

Le  vrai  sens  est  :  la  production  de  gaire  :  la  pensée  se  suit  mieux. 


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^m  TOPIQUE». 

^^  en  tant  que  ^ge,  çst  ce  à  quoi  remploie  lascieooe 
propre  à  chaque  chose. 

§.a5.  On  s*e$t  encore  trompé,  si  lou  n'a  point  donné 
la  définition  du  primitif,  dans  le  cas  où  Ea  dëfinitiosi 
s'applique  à- plusieurs  tennes.  Par  exemple,  quand  on 
dit  que  la  réflexion  est  la  vertu  de  Thomme  el  de  Time, 
çt  uoa  d^-  la  pallie  raisonnable  de  1  ame  ;  cai*  la  rëflexsop 
C$t  la  yertu  du  primitif  raisonnable,  puisque  c'est  reki- 
tiveineQt  à  lui  qu'on  dit  que  Tâmc  et  Tliomnie  réflé- 
ckissent. 

$  a6.  Ou  sest  eucore  trompé,  si  la  chose,  dont  te 
défini  est  dit  la  modification,  ou  la  disposition,  ou  telte 
auXie  afCecUoj),  ne  la  peut  recevoir;  car  toute  disposi- 
tion, toutepassiôu  est  naturellement  dans  la  chose  dont 
çlle  est  di^ppjsiUo^i  ou  passion  ;  de  même  que.  la  science 
est  ian^  Tâmç,  pMrc0  qu'elle  est  une  disposition  del'ame. 
Pajfois  on  se  } rompe  dans  ces  cas-là,  comme  quand  on 
dit  que  le  spmmçii  est  une  impuissance  de  sentir,  et  le 
doute  uijie  ég^^ité  de  raisonnements  contraires,  et  la 
dpuleur  iine  sépai^ation  violente  des  parties  connexes.  En 
e|fet  Ifi  spmmeil  n  v^  pas  à  ï»  seusalion  ,  et  il  faudrait 
qu'il  y  fût  s'il  était  une  impuissance  de  sentir;  et,  cte 
memç,  le  doute  n'vst  pas  davantage  aux  raisonnements 
contraires,  ni  la  douleur  aux  parties  connexes  ;  car  les 
êtres  inanimés  eux-mêmes  auront  de  la  douleur,  si  la 
douleur  est  à  ces  parties.  Telle  est  encore  la  définition 
de  la  santé,  si  l'on  dit  que  c'est  une  juste  mesure  des 
éléments  chauds  et  froids  ;  car  il  est  nécessaire  abrs  que 
les  éléments  chauds  et  froids  aient  de  la  santé.  En  elTçt, 
la  juste  âuesure  de  chaque  chose  est  dans  la  chose 
même  dont  elle  est  la  juste  mesure;  de  sorte  que  la  santé 


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LIVRE  VI,  CHAPITRT.  VI,  339 

serait  Aussi  à  ces  élcments^à.  §  27.  Il  arrivera,  en  outre, 
quand  ou  défiiiit  de  crtte  façon ,  de  placer  la  chose  faîte 
ckius  ceUe  qui  fait ,  et  roriproquement  ;  car  la  séparation 
des  parties  connexes  n'est  pas  la  douleur,  c'est  ce  qui 
fiiit  la  douleur*  Et  l'impuissance  de  sensation  n'est  pas 
le  sommeil;  mais  l'un  cause  l'autre;  car  nous  dormons 
par  impuissance  de  sentir,  ou  nous  sommes  impuissants 
à  sentir  par  le  sommeil.  Et  de  même  régalité  de  raison- 
nements contraires  semblerait  être  ce  qui  fait  le  doute. 
En  effet ,  quand ,  en  raisonnant ,  il  nous  semble  que  les 
raisons  sont  égales  de  part  et  d'autre,  nous  doutons  la- 
quelle des  deux  nous  devons  adopter  pour  agir. 

§  a8.  Il  faut  regarder  à  tous  les  moments  du  temps 
s'il  n'y  a  pas  rMscordance  entre  eux  ;  et,  par  exemple,  si 
l'on  a  défini  l'être  immortel,  l'être  maintenant  impéris- 
sable; car  l 'être  actuellement  impérissable  ne  sera  qu'ac- 
tuellement immortel.  Ou  bien  ne  peut-on  pas  dire 
•que  ceci  n'est  pas  vrai  dans  ce  cas  ?  car  il  y  a  doute 
dans  cette  expression  :  maintenant  impérissable.  ¥Me 
exprime,  en  effet,  on  que  Fêlre  n'a  pas  maintenant 
péri,  ou  qu'il  ne  peut  être  maintenant  détruit,  ou  bion 
qu'il  est  tel  maintenant  qu'il  ne  peut  jamais  être  dé- 
truit. Lors  donc  que  nous  disons  que  l'être  est  mainte- 
nant impérissable,  nous  ne  disons  pas  que  l'être  soit  tel 
maintenant,  mais  nous  disons  qu'il  est  de  nature  à  n'être 


$  S8.  Nou$  né  diioni  pas  que  iiuiimenaiillel,qu*U  ne  peut  jamais 

t^éirê  Moii  t$l  fMintenant ,  L*édJ-  être  détiuit  Le  sens  est  biea  le 

Uon  de  Berlin,  au  lieu  de  ceUe  mdine;  mais  la  première  verâioD  a 

pbrue  qui  est  dans  toutes  lesédi-  ravanlage  d'être  plus  explicite  et 

tiens,  donne  la  suivante  qu'elle  ne  de  mieux  rôpoiidfe  aux  développe- 

JitttiAe  pas  par  ruutorité  det^  ma-  menb  qui  précèdent  :  voilà  ce  qui 

nuscrits  :  Nous  disons  que  Tétie  est  me  l'a  lait  conserver. 


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240  TOPIQUES. 

jaiuaU  (léiruit.  Or,  ceci  se  coiifoiiii  avec  immortel  :  donc 
ce  n'est  pas  maintenant  seulement  qu1l  est  immortel. 
Pourtant  s'il  arrive  quo  ce  qui  est  donné  dans  la  défini- 
tion soit  maintenant  ou  ait  été  auparavant,  et  que  ce  qui 
est  exprimé  dans  le  nom  ne  soit  pas  ainsi ,  l'identité 
n'existe  plus.  Il  faut  donc  se  setwir  de  ce  lieu  ainsi 
qu'on  l'a  dit. 


CHAPITRE  VIL 

Sept  lieux  pour  attaquer  la  défloition. 

§  I .  Il  faut  voir  encore  si  le  défini  ne  serait  pas  d'une 
autre  chose  plutôt  que  de  la  définition  donnée  :  par 
exemple,  on  se  trompe  si  l'on  dit  que  la  justice  est  la 
faculté  distributrice  de  l'équité;  car  celui  qui  se  résout  à 
donner  l'équitable  est  plus  juste  que  celui  qui  peut  le 
donner.  Ainsi,  la  justice  n'est  pas  précisément  la  faculté 
distributrice  de  l'équité  ;  car  alors  celui-là  serait  le  plus 
juste  qui  peut  répartir  l'équité. 

$  a.  Et  encore  il  faut  voir  si  la  chose  reçoit  le  plus, 
quand  ce  qui  est  donné  dans  la  définition  ne  le  reçoit 

§  i.  Bit  la  faculté  distriMricê,  à  chacun  ce  que  Téquitô  réclame. 

G*est  dans  le  mot  faculté  qu*il  faut  Autrement,  il  s*ensuivraU ,  chose 

chercher  le  vice  de  cette  déttnllîon:  absurde,  que  celui-là  est  le  plus 

la  Justice  consiste,  non  pas  à  pou-  Juste  qui  peut  rendre  à  chacun  ce 

foir  rendre  à  chacun  ce  que  veut  qui  est  équitable,  sans  d*ailkîurs  le 

i*équité:  la  Justice  n'est  pas  une  rendre  réellement:  racteseulooo- 

simple  puissance,  une  simple  fa-  stitue  vraiment  la  JusUce. 

culte  ;  c*e8t  la  résoluUon  bien  ar-  §  9.  Si  la  chose  y  G*e8t:à-dire  le 

rètée,  et  passée  en  acte,  de  rendre  déttni. 


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LIVRE  YI,  CHAPITRE  YII.  341 

p«ft;  ou  réciproquement^  si  ce  qui  est  donné  dans  la  dé> 
finition  le  reçoit,  et  que  la  chose  ne  le  reçoive  pas;  car 
il  faut  que  les  deux  termes  le  reçoivent,  ou  qu'aucun  des 
deux  ne  le  reçoive,  puisque  ce  qui  a  été  donné  dans  la 
définition  est  identique  à  la  chose  définie.  $  3.  Il  faut 
voir,  en  outre,  si  les  deux  termes  reçoivent  le  plus,  sans 
que  tous  deux  prennent  en  même  temps  laccroissement. 
Par  exemple,  c  est  une  faute  si  Ton  dit  que  Tamour  est 
un  désir  de  cohabitation  ;  car  celui  qui  aime  plus  ne 
désire  pas  plus  la  cohabitation.  Ainsi,  les  deux  termes 
ne  reçoivent  pas  en  même  temps  le  plus,  et  il  faudrait 
qu'ils  le  reçussent,  puisqu'ils  sont  une  même  chose. 

$  4*  I'  f^ut  voir,  deux  termes  étant  donnés,  si  la  dé- 
finition n'est  pas  dite  en  moins  de  celui  dont  le  défini 
lui-même  est  dit  en  plus.  Par  exemple,  si  l'on  dit  que 
le  feu  est  le  corps  dont  les  parties  sont  les  plus  ténues; 
car  la  flamme  est  plus  feu  que  la  lumière,  et  cependant 
la  flamme  est  un  corps  à  parties  moins  ténues  que  la  lu- 
mière ;  or,  il  faudrait  que  les  deux  termes  fussent  en 
plus  à  la  même  chose,  puisqu'ils  sont  identiques.  $  5« 
De  plus,  il  faut  voir  si,  l'une  des  deux  définitions  étant 
également  aux  deux  termes  avancés,  l'autre  est  non  pas 
également  aux  deux,  mais  plus  à  Tun  ou  à  l'autre. 

§  6.  Regardez  encore  si  la  définition  relative  à  deux 
termes  sfi  rapporte  bien  à  l'un  et  à  l'autre  :  par  exemple, 
quand  l'on  appelle  beau  ce  qui  est  doux  à  voir  ou  doux  à 
entendre  ;  et  être,  ce  qui  peut  souffrir  ou  agir;  car  alors 
le  beau  et  le  non  beau  seront  la  même  chose.  Et  de  même 

S  6.  £a  définition  relative  à  dêuœ  ment,  qui  déSnit  la  chose  par  deux 
firmef,  Qnl  renfermé  deux  termes  termes  compris  dans  une  seule  et 
auxquels  le  défini  s^applique  égale-    même  définition. 

IV.  16 


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242  TOPIQUES. 

pour  r Atre  et  le  ii6n  être.  Dis  lort,  tm  effets  TagrëtUe  1 
entendre  sera  la  même  choie  que  le  beauf  ainsi,  ce  qui 
n'est  pas  agréable  à  entendre  sera  identique  à  ce  qui 
uest  pas  bttiu;  car  pour  des  choses  identiques»  les  op- 
posés sont  identiques»  et  à  beau  est  oppose  le  non  beau 
el  à  agréable  à  entendre  le  non  agréable  à  entendre; 
mais  il  est  évident  que  ce  qui  n'est  pas  doui  à  entendre 
est  identique  à  ce  qui  n  est  pas  beau.  Si  donc»  quelque 
chose  agréable  à  voir  ne  Test  pas  à  entendre»  ce  sera 
tout  à  la  fon  beau  et  non  beau.  Nous  pourrions  démon- 
trer de  même»  qu'en  ce  sens»  l'être  et  le  non  être  sont 
identiques. 

§  7.  Enfin»  il  faut  voir»  si,  quand  au  lieu  de  noms  on 
substitue  les  définitions  des  genres»  des  différences»  et 
de  tous  les  autres  éléments  qu'on  met  dans  les  défini* 
lions»  il  n'y  a  pas  quelque  discordance. 


CHAPITRE  Vin. 

Cinq  tntrss  lient  pour  attaqner  la  dëlnition. 

$  I.  Si  le  défini  est  relatif»  on  en  soi»  ou  par  son 
genre»  il  faut  voir  si  dans  la  définition  on  a  négligé  de 


f  7.  Enfin  U  fmui  99^,  U  leas  Bttfoi  sinri  fubsittuéê  oss*aeeoids 

de  ce.  paragnphe  est  on  peu  obs-  pas  a? ec  ie  aom  aniérlenreaieiil 

cor;  le  Tofcl  sous  forme  plus  clatre  :  posé ,  00  peut  alors  attaquer  sous 

Pour  attaquer  la  défioitiOD,  il  fiiut  ce  rapport  la  définition  d*abord 

psKois»  à  la  plaoe  des  non»  des  donnés, 

genres»  des  différences,  etc.,  sub-  f  i.  Pwtsqu'am  a  éiakU ,  (M 

sUtuer  la  définition;  st  si  la  défi-  is  isppOM  tamoUsaMat  sas  Ûk 


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LIVRE  VI,  OflAPITBE  VIII.  9«3 

Je  rapporter  à  la  clK>9e  dont  il  est  le  relatif,  pu  en  soi  ou 
«par  ion  geiire*  Par  exemple,  si  Ton  a  défini  la  science 
une  conception  irréfutable,  ou  la  volonté  un  désir  sao^ 
diOuleur  ;  or  l'essence  de  tout  relatif  est  de  se  rapporter  à 
une  chose  autre  que  lui,  puisqu'on  a  établi  que  c'était 
une  même  chose  pour  tous  les  relatifs  d'être  et  d  avoir 
un  certain  rapport  avec  quelque  chose  :  il  fallait  donc 
dire  que  la  science  est  la  conception  de  cq  qui  est  su, 
et  la  volonté  un  désir  du  bien.  Même  faute  encore,  si 
Ton  a  défini  la  grammaire  la  science  de^  lettres  ;  car  il 
fallait  indiquer  dans  la  définition,  ou  la  chose  relative- 
ment à  laquelle  la  grammaire  est  dite,  ou  celle  relative- 
ment à  laquelle  est  dit  le  genre.  §  u.  Ou  bien  il  faut  voir 
si  un  relatif  étant  indiqué,  il  n'est  pas  rapporté  à  sa  fin 
propre  :  la  fin  dans  chaque  chose  est  le  meilleur,  ou  ce 
pourquoi  est  fait  tout  le  reste.  Il  faudra  donc  dire  si 
c'est  le  meilleur  ou  si  c'est  le  terme  final;  comme,  par 
exemple,  le  désir  n'est  pas  le  désir  de  ce  qui  plaît,  mais 
du  plaisir,  puisque  c'est  pour  le  plaisir  que  nous  re- 
cherchons ce  qui  plaît. 

§  3,  Il  faut  voir  encore  si  c'est  à  la  gjénération  qu'on 
a  rapporté  le  défini,  ou  bien  à  l'acte;  car  rien  de  tout 
cela  n'est  la  fin  :  c'est  >  qu'en  effet,  avoir  agi  et  avoir 
été  est  bien  plutôt  la  fin  que  être  ou  agir.  Mais  ne  peut- 
on  pas  dire  que  ceci  n'est  pas  vrai  pour  tous  les  cas?  car 

taries,  cb.  7,  8  ti  :  rexpression  d'écrire,  comme  il  Ta  indiqué  plus 

même  est  idendqoe  dans  les  deux  haut,  dans  ce  !!▼.,  ch.  5,  8  S.—  On 

ouvrages.  ^  la  wnl^9lpiio1^  de  ce  edUnlaiivemm^àlaqtMêutdiU 

f[ui  Bit  jtf,  La  science  est  relative  le  genre  ;  c'est-à-dire  la  science , 

à  ce  qui  est  su.  —  BelativemMt  à  genre  de  la  grammaire,  et  qui  est 

laquelle  la  grammaire  est  dite^  La  relative  à  ce  qui  est  su  :  fl  faut  fllire 

grammaire  étant  rart  de  lire  et  Toir  nettement  la  relation. 


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244  TOPIQUES. 

la  plupart  des  hommes  préfèrent  jouir  plutôt  que 
ser  de  jouir,  de  sorte  qu'ils  se  font  bien  plutôt  une  fin 
d*agir  que  d'avoir  agi. 

$  4*  I^  plusy  il  faut  voir  si  pour  quelques  cas,  le  dé- 
faut de  la  définition  ne  tient  pas  à  ce  qu'on  n'a  défini  ni 
la  quantité/ ni  la  qualité,  ni  le  lieu,  ni  selon  les  autres 
différences.  Par  exemple,  si  l'on  définit  l'ambitieux 
sans  dire  de  quels  honneurs  et  de  combien  d'honneurs  il 
est  avide;  car  tous  les  hommes  désirent  les  honneurs, 
de  sorte  qu'il  ne  faut  pas  appeler  ambitieux  celui  qui 
les  désire,  mais  il  faut  ajouter  aussi  les  différences  indi* 
quées.  Et  de  même  pour  l'avare  :  il  faut  dire  combien 
de  richesses  il  désiré  ;  et  pour  l'intempérant,  pour  quels 
plaisirs  il  l'est;  car  on  n'appelle  pas  intempérant  celui 
qui  se  laisse  aller  à  un  plaisir  quelconque,  mais  à  cer- 
tains plaisirs.  C'est  mal  définir  encore  quand  on  définit 
la  nuit  l'ombre  de  la  terre,  ou  le  tremblement  de  terre 
le  mouvement  de  la  terre,  ou  le  nuage  Tépaiasissement 
de  l'air,  ou  le  vent  le  mouvement  de  l'air.  Dans  tous  ces 
cas,  il  faut  ajouter  la  quantité  et  la  cause.  Et  de  même 
pour  les  cas  analogues  ;  car  si  l'on  néglige  une  seule 
différence,  on  n'indique  plus  l'essence  de  la  chose.  Il 
faut  toujours  attaquer  ce  qui  manque  à  la  définition; 
car  il  n'y  aura  pas  tremblement  de  terre  pour  le  mouve- 
ment d'une  terre  quelconque,  ni  pour  un  mouvement 
quelconque  de  la  terre,  et  il  n'y  aura  pas  non  plus  vent 
pour  le  mouvement  quelconque  de  l'air,  en  qualité  ou 
en  quantité  quelconque. 

f  4.  Selon  les  autru  différences ,  faut  toujours  fiiire  porter  ses  argu- 
c*est*à-dire  les  autres  Catégories,  ments  sur  romission  faite  dans  la 
—  B  fami  twjimrê  tUtaquer,  Il     définition. 


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LIVBE  VI,  CHAPITBE  VIII.  Î45 

$  5.  Il  faut  voir  encore,  pour  la  définition  des  désirs, 
si  Ton  n'ajoute  pas  Tidée  d  apparence,  et  pour  celle  de 
toutes  les  choses  où  il  convient  de  Tajouter.  Par  exem* 
pie,  si  Ton  dit  que  la  volonté  est  un  désir  du  bien, 
et  que  le  désir  esl  un  appétit  du  plaisir,  sans  dire  que 
c'est  du  bien  qui  parait,  du  plaisir  qui  paratt;  car  sou- 
vent, quand  on  désire,  on  ne  sait  si  l'objet  est  bon  ou 
s'il  est  agréable;  ainsi,  il  n'est  pas  besoin  nécessaire- 
ment que  Tobjet  soit  bon  ni  qu'il  soit  agréable  :  il  suf- 
fit qu'il  en  ait  seulement  l'apparence.  Il  fallait  donc  faire 
aussi  la  définition  avec  cette  nuance.  §  6.  £t  si  l'on  fait 
l'addition  que  je  viens  d  ^indiquer,  il  faut  conduire  aux 
idées  celui  qui  admet  les  idées  ;  car  il  n'y  a  pas  d'j4ée 
pour  ce  qui  ne  fait  que  paraître,  mais  l'idée  doit  se  rap- 
porter à  une  idée.  Par  exemple ,  le  désir  en  soi  se  rap- 
porte à  l'agréable  en  soi ,  et  la  volonté  en  soi  au  bien  en 
soi.  Ce  n'est  donc  pas  à  un  bien  simplement  apparent 
que  se  rapporte  la  volonté  en  soi,  ni  le  désir  en  soi  à  ce 
qui  ne  fait  que  paraître  agréable;  car  il  est  absurde  que 
le  bien  ou  l'agréable  soit  en  soi  simplement  apparent. 


S  i.  IHi  Wffi  9w<  paraît  i  De  ce 
qui  penlt  bien,  do  bieo  soit  réel 
loit  appareot. 

%€.  Il  faut  eondmirê  au»  idéêij 
n  bat  faire  porter  la  discossIOD 


sur  les  idées.  —  il  n*y  a  pa$  Sidiê 
pour  eê  qui  ne  fait  fuê  paraêtn^ 
Parce  que  l*idée  est  PeMence  oiéme 
de  la  chose,  et,  au  sens  platonideD, 
toute  sa  réalité. 


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246  TOPIQUES. 


CHAPITRE  IX, 

Huit  autres  lieux  pcNir  attaquer  la  dëBnition« 

§  t.  De  plus,  si  la  définition  s'applique  à  uneposse^- 
slon,  il  faut  voir  au  sujet  qui  possède;  si  cW  au  sujet 
qui  possède,  il  faut  voir  à  la  possession.  Et  de  même 
pour  toutes  les  autres  choses  de  ce  genre  :  par  exemple, 
si  ce  qui  plaît  est  ce  qui  est  utile,  celui  qui  a  du  plaisir 
est  aussi  celui  qui  retire  de  Futilité.  En  un  mot,  dans  les 
définitions  de  ce  genre,  il  arrive  que  celui  qui  définit 
définit  plus  d'une  seule  chose  à  la  fois;  car  définir  la 
science,  c'est  bien  définir  aussi  en  quelque  sorte  figno- 
rance.  Et  de  même  si  Ton  définit  ce  qui  sait,  on  déBnit 
aussi  ce  qui  ne  sait  pas.  Si  l'on  définit  savoir,  on  définit 
bien  dé  plus  ignorer;  car  le  premier  terme  étant  expli- 
qué, le  reste  devient,  en  quelque  sorte,  aussi  évident.  Il 
faut  donc  voir  dans  toutes  ces  définitions,  s'il  n'y  a 
pas  quelque  discordance,  en  se  servant  des  lieux  pris 
des  contraires  et  des  conjugués. 

§  a.  Il  faut  voir,  dans  les  relatifs,  si  l'on  peut  rap- 
porter aussi  l'espèce  à  quelque  partie  de  la  chose  à 
laquelle  est  rapporté  le  genre.  Par  exemple,  si  la  con- 
ception est  relative  au  sujet  conçu,  telle  conception 
devra  être  relative  à  tel  sujet  conçu;  et  si  le  multiple  se 
rapporte  au  sous-multiple,  il  faudra  que  tel  multiple  se 

%\,  Pour  toutes  les autre$ choses  traires  et  des  conjugués  ^  comme 
de  ce  genre.  Les  relatifs  et  les  op-  od  l'a  fait  plus  haut,  liv.  8 ,  ch.  7, 
posés.  —  Des  lieux  pris  des  con-     8,  9  ;  liv.  4,  ch.  8,  i  ;  liv.  5,  cb.  6. 


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LIYBE  lly  CHAPITBE  IX.  147 

rapporte  à  tel  M>tift«muhiple;  car  n  on  ne  pe^t  pas 
établir  ces  rapporta ,  c  est  qu'évidemment  on  s'est 
trompé. 

$  3.  Il  faut  voir  encore  si  la  définition  opposée  est 
bien  celle  du  terme  opposé  :  par  exemple,  si  celle  de  la 
moitié  est  Topposé  de  relie  du  double  ;  c^r  si  le  double 
est  ce  qui  surpasse  d'autant,  ce  qui  est  surpassé  d'au- 
tant est  la  moitié.  $  4*  E^  àe  même  pour  les  contraires  : 
car  la  définition  du  contraire  sera  la  définition  du  con- 
traire ,  toutes  les  fois  qu^il  s'agit  d'une  combinaison 
simple  des  contraires.  Par  exemple,  si  l'utile  est  ce  qui 
fait  le  bien,  le  nuisible  sera  ce  qui  fait  le  mal  ou  oe  qui 
détruit  le  bien.  Il  faut  nécessairement  que  l'une  des 
deux  définitions  soit  contraire  à  cdie  qui  a  été  posée 
d'abord.  Si  donc  ni  Tune  ni  l'autre  n'est  contraire  à 
celle  qui  a  été  donnée  d'abord,  il  est  évident  qu'aucune 
de  celles  qui  out  été  données  à  la  suite  ne  sera  la  défi- 
nition du  contraire;  et  par  conséquent,  la  définition 
donnée  d'abord  n  aura  pas  été  bien  donnée.  §  5.  Comme 
certains  contraires  ne  sont  désignés  que  par  la  privation 
de  l'autre  contraire,  et,  par  exemple,  l'inégalité  paraît 
être  la  privation  d'égalité,  puisqu'on  appelle  inhales 
les  choses  qui  ne  sont  pas  égales ,  il  est  évident  que  le 
contraire  désigné  par  privation  sera  nécessairement 
défini  par  l'autre;  tandis  que  cet  autre  ne  le  sera  pas  par 
relui  qui  est  désigné  privativement;  car  il  arriverait  alors 
qu  indifféremment  l'un  serait  connu  par  l'autre.  Il  faut 
donc,  pour  les  contraires,  bien  prendre  garde  à  cette 
erreur.  On  la  commettrait,  par  exemple,  si  l'on  définis- 

%  4.  l>*ttfM  eomMnaifon  temple  bîDaisoos  direnes  des  oontrsires , 
dêi  mmêrt/kmf  Vsir,yeaf les  csa»»    livra  t,  oks^.  T. 


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948  TOPIQUES. 

sait  Tëgalitë  le  contraire  de  l'inégalité;  car  c'est  définir 
par  le  contraire  qui  est  dénommé  privativement.  §  6.  De 
plus,  quand  on  définit  ainsi,  on  est  forcé  nécessairement 
de  se  servir  de  la  chose  même  qu'on  définit,  et  cela  est 
de  toute  évidence,  si  l'on  substitue  la  définition  au  dé- 
fini; car  il  n'y  a  pas  de  différence  à  dire  ou  l'inégalité  ou 
la  privation  de  l'égalité.  Ainsi  l'égalité  sera  le  contraire 
de  la  privation  de  l'égalité,  et,  par  conséquent,  on 
aura  employé  l'égalité.  §  7.  Même  erreur  si  aucun  des 
contraires  n'est  dénommé  par  privation,  et  que  la  défi- 
nition soit  semblablement  donnée.  Ainsi,  comme  le  bien 
est  le  contraire  du  mal,  il  est  évident  que  le  mal  sera  le 
contraire  du  bien  ;  car  pour  les  contraires  de  ce  genre 
il  faut  donner  semblablement  la  définition;  de  sorte 
qu*il  faut  se  servir  ici  encore  une  fois  de  la  chose  définie. 
Ainsi  le  bien  est  dans  la  définition  du  mal  :  et  par  consé- 
quent, si  le  bien  est  le  contraire  du  mal  et  que  le  mal 
ne  soit  pas  autre  chose  que  le  contraire  du  bien»  le  bien 
sera  le  contraire  du  contraire  du  bien.  Il  est  donc  évi- 
dent que  pour  définir  la  chose  on  se  sert  de  la  chose 
elle-même. 

§  8.  Il  faut  voir  encore  si  en  donnant  le  terme  dit 
par  privation  on  n'a  point  donné  aussi  la  chose  dont  il 
est  la  privation  :  par  exemple,  de  la  possession,  ou  du 
contraire,  ou  de  telle  autre  chose  dont  il  est  la  privation. 
Et  si  l'on  a  oublié  d'ajouter  que  ce  terme  est  dans  le 
sujet,  oii  il  doit  être  naturellement,  soit  d'une  manière 
absolue,  soit  primitivement  :  par  exemple,  si,  disant  que 
Tignorance  est  privation,  on  n'a  pas  dit  que  cW  priva- 

S  7.  Sofi  HmbhhUmêtU  dMiitff,  Pour  Tua  et  Vwaite  oonliiins. 


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LIVRE  Yl,  GHAI^ITBE  X.  34» 

tion  de  science;  ou  si  Toa  n*a  pas  ajouté  le  sujet  dans 
lequel  elle  est  naturellement  ;  ou  si,  en  ajoutant  ce  sujet, 
on  n'a  pas  donné  le  sujet  où  elle  est  primitivement  :  par 
exemple,  si  Ton  a  dit  qu'elle  est,  non  pas  dans  la  partie 
raisonnable,  mais  dans  Thorome  ou  bien  dans  l'âme,  si, 
dis-je,  l'on  ne  prend  pas  toutes  ces  précautions,  on  s'est 
trompé.  De  même  encore  si,  en  parlant  de  l'aveugle- 
ment, on  n'a  pas  dit  qu'il  était  la  privation  de  la  vue 
dans  l'œil  ;  car  il  faut  pour  bien  définir  ici  ce  qu'est  la 
chose,  dire  et  de  quoi  elle  est  la  privation  et  quel  est  le 
sujet  qui  en  est  privé. 

§  g.  U  faut  voir  enfin  si  Ion  a  défini  par  privation 
un  terme  qui  n'est  point  dit  par  privation.  C'est  ainsi 
que  pour  la  définition  de  l'ignorance,  cette  faute  sem- 
blerait être  commise  aux  yeux  de  ceux  qui  ne  la  défini»* 
sent  que  par  négation  ;  car  celui  qui  n'a  pas  la  science 
ne  parait  pas  ignorer;  c'est  bien  plutôt  celui  qui  se 
trompe.  Et  voilà  pourquoi  nous  ne  disons  pas  que  les 
êtres  inanimés,  non  plus  que  les  enfants,  sont  ignorants. 
Par  conséquent,  Tignorance  n'est  pas  dite  par  privation 
de  la  science. 


CHAPITRE  X. 

Trois  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition. 

§  I .  Il  faut  voir  encore  si  les  cas  semblables  de  la  dé* 
finition  s'accordent  avec  les  cas  semblables  du  défini  : 
par  exemple,  si  ce  qui  £siit  la  santé  est  utile,  utilement 


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2M  TOPIQUJBS. 

•era  m  fiitsânt  la  0taié|  et  ce  qui  a  été  utile  sera  ce  qui 
il  &it  la  Maté. 

5i*  Il  £itit  voir  de  plut  si  la  définition  donnée  s*accorde 
a?ec l'idée;  car  cela  n'est  pas  dans  quelques  cas;  et,  par 
j«Kemple«t«4leest  Terrrur  de  Platon  quand  il  fiiit  entrer  le 
jnoi*tel  dans  les  définitions  des  animaux.  En  effot,  Tidée  ne 
peut  pas  être  mortelle^  et,  par  exempte,  celle  de  Thomme 
en  soi;  de  sorte  que  la  définition  ne  conviendra  point 
avec  l'idée.  £n  général,  pour  toutes  les  choses  auxquelles 
est  ajoutée  la  notion  d'ai-tion  ou  de  souffrance,  il  est  ué^ 
cessaire  que  la  définition  soit  en  désaccord  atec  l'idée, 
puisque  pour  ceux  qui  soutiennent  qu'il  y  a  des  idées, 
elles  doivent  paraître  sans  passion  (*omme  sans  niouve- 
4nent  :  et  c'est  contre  ces  théories  que  ces  argumenls 
peuvent  éti"e  utilement  einpktyés. 

§  3.  U  faut  voir  aussi  pour  les  eluises  désignées  par 
bomonymîr,  si  Ton  a  donné  une  seule  définition  appli- 
.cable  à  touirt;  car  ce  sont  les  termes  synonymes  qui 
.n'ont  qu'aune  seule  et  même  définition  pour  le  nom 
.qui  les  désigne.  Ainsi  la  définition  donnée  pour  un  ho- 
monyme ne  va  bien  à  aucunedes  choses  placées  sous  le 
mot^  tandis  que  le  mot  homonyme  va  bien  à  toutes. 
§  4*  1*^1  ^h  P^t*  exemple,  le  vice  de  la  définition  que 
Denys  a  donnée  de  la  vie,  quand  il  dit  qu'elle  est  le 
mouvement  inné  et  consécutif  d'un  genre  nourrissable  : 
mais  cotte  définition  n'est  pas  plus  applicable  aux  ani- 
maux qu'aux  plantes.  La  vie,  du  reste,  ne  paraît  pas 

%%  Si  la  dé/lnUian  dwinéê    (jfoWM,  ehap.  1,  ^1  etS. 
/eMOnU  MMe  ViOiê ,  QrM|M  ds        g  4.  iadé^hUUm  quê^Benys  a 


It  théorie  plaloDioieiiae.  donnée  dé  la  «ti.  Ce  Deoys  eii  fort 

I  S.  Cor  U$  termes  synanyrMs^     peu  connu  :  on  le  croit  un  phiiosoptie 
Veir  pêm  IssifaeÉyawlBi  Cenê^   ésréeitoéoPtiiUMi.. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  X.  161 

pouvoir  être  réduite  à  ooe  seule  Cftpèoe;  unit  elle  eâtr 
autre  pour  les  aiiimauxi  autre  pour  les  plantes.  $  6.  On 
peut  donc,  même  avec  intention,  donner  la  définition 
de  la  rie  comme  si  toute  vie  était  synonjme,  et  qu'elle 
s'appliquât  à  une  espèce  unique.  Mais  rien  n  empéchei 
même  quand  on  voit  Thomonymie  et  qu'on  veut  donner 
b  définition  de  Fun  des  sens,  qu'on  ne  donne  sans  le 
savoir,  non  pas  une  définition  spéciale,  mais  une  défi- 
nition commune  aux  deux.  Néanmoins,  que  Ton  prenne 
lun.ou  lautre,  on  se  trompe  également. 

§  6.  Gomme  on  peut  ne  pas  voir  quelquefois  les  ho- 
olQtfymes^  il  faut,  quand  on  interroge,  s'en  servir  comme 
s'ils  étaient  synonymes;  car  alors  la  défioîlion  de  l'un 
»e  concordera  pas  avec  la  définition  de  l'autre  :  et,  par 
conséquent,  l'adversuira  paraîtra  n'avoir  pas  défini 
comme  il  faut;  car  il  faut  que  le  mot  synonyme  s'ap- 
plique à  tout.  Au  contraire,  il  faut  distinguer  quud  ou 
répond.  §  7.  Mais  comme  quelques  personnes,  en  ré- 


%  5.  Avec  inUniiim,  ei  sans 
s^ftpereevoir  da  rhouonyails. 

i  s.  S*appl(que  à  tout,  C*eii-à- 
dire  à  tous  les  sigcts  qui  reçoivent 
ceUe  déoomioatioD.  —  Il  faut  dis- 
IfnfiMr,  Cesl-4-dlre  <|«*il  dut  in* 
diquer  celui  des  sent  qa'oa  pré- 
lead  adopur  pour  l6  ludt  lioaio- 
ayuM. 

•  %T,  Quand  at^  ne  pri9oUp»ê^ 
4>«tiid  l'advenaira  ne  prévoit  put 
Ja  eoBséqneDce  >  U  est  pius  disposé 
à  accorder  œ  qu*oa  lui  deiuaudu» 
-*-  Kê  i*app<ifus  |Nif  à  tout  os 
qui  est  compris  sous  te  nonn  du 
déQui.  —  Mais  $%  sans  PMoêmtioH 
prémMUf  Voici  le  seat  de  ce  pas- 
sage, qui  est  alMcttf»  paroa  qu'Ar 


ristoie  ae  cite  pas  d^exemple, 
eomaie  it  le  foit  ordiasiraneat  :  U 
faut  avoir  le  soin  en  général ,  pour 
éviter  tout  malentendu,  dMndiquer 
la  nature  du  mot  dont  on  se  sert 
al  de  diia  s*U  «si  iMaMNqraia  oa 
tgraoniaia;  raatoai  roa  a  oaMIéda 
la  faire ,  et  qu*à  cet  égsrd  aii  aS 
soH  eaaveau  du  riaa  avaa  l^advei^ 
atfre,  aaluM  paal,  daas  la  cours 
de  la  diseuasioa,  sautanir  fua  la 
Mot  est  hoawnyna ,  paice  qac  la 
définition  donnée  ae  conviant  pas 
à  tel  individu  ou  è  telle  aspèae  oa» 
prisa  cependant  sons  la  sma  qu*aa 
a  piétcnda  déttnir.  A  eatls  ol^ao* 
tloa,  il  teai  répoadie  aa  i 
dMai  las  div 


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352  TOPIQUES, 

poadaoty  prennent  un  synonyme  pour  un  homonyme , 
quand  la  définition  donnée  ne  s  applique  pas  à  tout,  ou 
bien  un  homonyme  pour  un  synonyme,  quand  elle  s'ap- 
plique également  aux  deux«  il  faut  d'abord  s'entendre  sur 
ces  points-là  9  ou  prouver,  par  syllogisme,  que  le  terme 
est  homonyme  ou  synonyme,  ou  dire  quel  il  est;  car  on 
s'accorde  mieux  quand  on  ne  prévoit  pas  quelle  doit 
être  la  conséquence.  Mais  si,  sans  convention  préalable^ 
l'on  appelle  homonyme  ce  qui  est  synonyme,  parce  que 
la  définition  donnée  ne  s'applique  pas  aussi  au  terme 
qu'on  désigne,  il  faut  voir  si  la  définition  de  ce  terme 
s'applique  à  tout  le  reste;  car  il  est  évident  que,  pour  le 
reste,  il  doit  être  synonyme;  sinon,  il  y  aurait  plusieurs 
définitions  pour  le  reste  ;  et  alors  les  deux  définitions 
nominales  s'appliquent  à  ces  termes  restants,  et  la  pre- 
mière qui  a  été  donnée,  et  celle  qui  a  été  donnée  ensuite. 
§  8.  D'autre  part ,  si ,  en  définissant  un  terme  à  plusieurs 
sens  et  la  définition  ne  s'appliquant  pas  à  tous,  l'adver* 
saire  dit,  non  pas  que  le  terme  soit  homonyme,  mais 
qu'il  nie  que  le  nom  s'applique  à  tout ,  parce  que  la  dé- 
finition  ne  s'y  applique  pas,  on  doit  ré{>ondre  à  cette  ob- 


I  le  mol  convient  comme  sy-  de  Tadvenslre.  Tel  est,  Je  crois,  le 

iionyme,  en  exceptant  la  seule  que  sens  de  ce  passage, 
radversaife  a  désignée  ;  car  il  est       %  S,  Si  l*adf ersalre  prétend  que 

érldent  que  pooT  tontes  ces  espèces,  le  nom  défini  ne  convient  pas  à 

le  mol  doit  être  synonyme.  S*ll  tontes  les  espèces  qui  sont  corn* 

n*était  pas  synonyme  pour  elles,  il  prises  sons  lui,  parce  que  la  déani* 

tendrait  alors  convenir  qo^il  est  tion  ne  leur  convient  pas ,  U  tat 

bomonyme;  car  le  mot  en  disons-  recourir  à  Tnsage  qn*on  Mt  habi- 

sion  pourra  recevoir  deux  défini-  tnellement  de  ce  nom  pour  dési- 

Hons,  purement  nominales  il  est  gner  même  les  choses  auxquelles 

vrai,  et  celle  qui  a  été  d^abord  la  définition  ne  convient  pas,  et 

donnée  et  celle  qui  aura  été  don»  soutenir  quMl  ne  faut  rien  changer 

née  ensoite,  diaprés  les  remanpies  à  Texpression  vulgaire. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  XL  293 

jection,  qu'il  faut  se  servir  de  la  dénomination  reçue  et 
suivie  généralement,  et  ne  pas  la  changer.  Ce  qui  n'em- 
pêche pas  que,  dans  certains  cas,  il  ne  faille  parler  au- 
trement que  le  vulgaire. 


CHAPITRE  XL 

Cinq  autres  lieux  peur  attaquer  la  définition. 

§  I .  Quand  l'on  a  donné  la  définition  d'une  chose 
unie  à  d'autres,  il  &ut  voir  si,  en  retranchant  la  défini- 
tion de  l'une  des  deux  choses  unies,  ce  qui  restera  sera 
bien  encore  la  définition  du  reste;  sinon,  il  est  clair  que 
la  définition  totale  n'est  pas  la  définition  du  tout  Par 
exemple^  quand  l'on  a  défini  la  ligne  droite  finie:  la 
limite  d'une  surface  qui  a  des  limites,  et  dont  le  milieu 
est  joint  aux  extrémités;  si  la  définition  de  la  ligne  finie 
est  la  limite  d'une  surface  ayant  des  limites,  le  reste 
de  la  définition  doit  s'appliquer  à  l'idée  de  droite,  dont 
le  milieu  est  joint  aux  extrémités.  Mais  la  ligne  infinie 
n'a  ni  milieu  ni  fin,  et  elle  est  droite  pourtant;  de  sorte 
que  la  partie  de  la  définition  qui  reste  n'est  pas' ici  la 
définition  du  reste. 

§  a.  Il  faut  voir  encore  si ,  le  défini  étant  composé, 

S  a.  Qu^Upuitiêyavoir  ehan^  qu^an  n'a  poini  t^nié  plm  éê 

§mmntt4Hproque  des  mots,  Qu*on  noms.  Et  ce  changement  n*ijoate 

paisse  pfendre  les  définilions  ponr  rien  aux  élémento  intégnats  de  la 

les  mots  dans  le  sens  de  la  déSni-  définition.  —  On  n^aura pa$  défini^ 

Uon  même ,  on  substituer  de  sim-  L'édition  de  Beriin»  d'acoord  avec 

pies  mots  à  des  défiaitioos.— JPuif-  une  variante  d^Istagriaios,  dit  sa 


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SM  T«PIQUII. 

on  t  donné  une  définition  à  membres  égaux  à  ceux  du 
défini.  On  appelle  définition  à  membres  égatix^  lorsque, 
quels  que  soient  les  éléments  composés  du  défini  »  il  y  f 
dans  la  définition  tout  autant  de  noms.ei  de  verbes;  car 
il  faut  nécessairement ,  dans  les  cas  de  ce  genre,  qu'il 
puisse  y  avoir  changement  réciproque  des  mots,  soit  de 
tous,  soit  de  quelques-uns  au  moins,  puisqu'on  n'a  point 
ajouté  plus  de  noms  qu'il  n'y  en  avait  auparavant.  Mais 
il  faut,  quand  on  détiuit,  mettre  la  définition  au  lieu 
des  mots,  et  td;:ber  de  faire  eeU  pour  tous,  ce  qui  est  le 
mieux,  ou  sinon ,  pour  la  plupart  au  moins;  car,  de 
cette  façon ,  même  pour  les  mots  simples,  en  ne  substi- 
tuant qu'un  mot  pour  un  mot,  on  n'aura  pas  défini { 
eomme,  par  exemple,  quand  au  lieu  de  vêtement  on 
prend  manteau.  §  3.  U  y  a  encore  une  faute  plus  grave', 
c'est  de  faire  sobstitulion  de  mots  plus  inconnus.  Par 
egLei{i|iie,  si,  au  lien  d'honune  blane,  on  dit  mortel  bla»- 
obi;  car  on  ne  définit  pas  :  et,  de  plus,  on  parle  moins 
clairement  en  s'exprimant  ainsi. 

§  4*  Il  £>ut  voir  encore  si,  dans  cette  substitution  de 
Mots  on  n'exprime  plus  la  même  chose.  Par  exemple, 
quand  on  appelle  la  science  théorique  une  conception 
théorique;  car  la  conception  n'est  pas  la  même  chose 
que  la  scîenoe:  et  il  le  fiiudrait,  puisqu'on  veut  que  l'ex* 

contraire  :  On  aura  défini.  U  suite  vulgairement  reçue  et  que  j*ii  cm 

de  la  pensée  exige  ici  la  négation  ;  devoir  garder.    La   définition    à 

mais  il  est  certain  qu  'en  substituant  membres  égau z ,  c'est-à-d  ire,  com- 

en  BMiplas  clair  à  ito  mot  obscur,  posée  préeisémeat  d'imtaiit  d*élé- 

oa  fiiit  en  quelque  sorte  une  défi-  mente  que  le  défini,  set  muvtise , 

aiitoa,  puisque  le  but  de  la  défini-  parce  qu'elle  ne  fait  que  subsiitiiar 

Itoa  sst  surioui  de  laire  connalire  des  mou  à  des  mots ,  tsodis  qu*it 

Its  cbosM.  Le  psragrapbe  suivant  fout  au  contraire  substituer  des 

aussi  la  Jeçoa  déAnltions  à  des  moto. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  XI.  9M 

pression  totale  soit  aussi  la  même  chose.  Or,  le  mot 
théorique  est  commun  dans  les  deux  définitions  ;  mais 
le  reste  est  diflerent,  $  5.  Et  encore  il  faut  voir  si, 
en  faisant  la  substitution  de  l'un  des  mots,  on  a  fait  la 
substitution ,  non  pas  pour  la  différence,  mais  pour  le 
genre,  comme  dans  Pexemple  quon  vient  de  citer;  car 
le  mot  théorique  est  plus  inconnu  que  le  mot  science. 
L'im ,  eu  effet,  est  le  genre;  lau.tre  est  la  différence,  et 
le  genre  est  le  plus  connu  de  tous  les  termes,  puisqu'il 
est  le  plus  commun.  Donc  il  fallait  appliquer  la  substitu- 
tion, non  pas  au  genre,  mais  à  la  différence,  puisqu'elle 
est  plus  inconnue.  ^  6.  Ou  bien  ce  reproche  n*est-il  pas 
ridicule?  car  rien  n*empéche  que  la  différence  ne  soit 
exprimée  par  le  mot  le  plus  connu,  et  que  le  genre  ne  le 
soit  pas.  Dans  ce  cas,  il  est  clair  qu'il  fallait  faire  la  sub- 
stitution nominale,  non  pour  la  différence,  mais  pour 
le  genre.  Mais  si  Ton  ne  prend  pas  un  mot  pour  un  mot, 
et  qu  on  prenne  une  définition  pour  un  mot ,  il  est  clair 
qu'il  faut  plutôt  donner  la  définition  de  la  différence 
que  celle  du  genre,  puisque  la  définition  n'est  donnée 
que  pour  faire  connaître,  et  que  la  différence  est  moins 
connue  que  le  genre. 


S  s.  11  fiat,  quand  on  snbstlttte 
«a  oiot  fc  «n  noi,  rempltcer  pluiM 
la  diflérenoe  que  le  geore ,  parce 
que  le  geare  est  ordinairement  plus 
«OBM ,  ai  par  conséquent  a  aïoliia 
besoin  qa*on  l'explique.  -*  IHiit- 


^'U  $êt  t$  plui  eOMmtm,  L'édition 
de  Bertia,  d*apràa  quelque  édi* 
leurs,  supprime  ce  petit  membre  da 
pbrase,  sans  d*ailleur8  citer  d*au- 
toriiéa  de  numasaHu;  il  oil  |Mlle 
delecoQsenrer. 


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2â6  TOPIQUES. 


CHAPITRE  XII. 

Cinq  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition. 

$  I.  Quand  Ton  a  donne  la  définition  de  la  difFé- 
rence,  il  faut  voir  si  la  définition  donnée  est  commune 
encore  à  quelque  autre  chose.  Par  exemple,  quand  on 
a  appelé  nombre  impair  le  nombre  qui  a  un  milieu ,  il 
faut  définir  encore  ce  qu'on  entend  par  :  qui  a  un  milieu; 
car  le  mot  nombre  est  commun  dans  ces  deux  défini- 
tionsy  et  la  définition  de  Timpair  est  substituée  au  défini. 
Mais,  et  la  ligne  et  le  corps  ont  un  milieu ,  sans  être 
pourtant  impairs  ;  de  sorte  que  ce  n*est  pas  là  la  défini* 
tion  de  Timpair.  Si  l'expression  :  ayant  un  milieu,  a  plu- 
àieurs  sens,  il  faut  définir,  en  outre,  dans  quel  sens  on 
prend  :  ayant  un  milieu.  On  pourra  donc  justement  pré- 
tendre, ou  démontrer  par  syllogisme,  que  Ton  n'a  pas 
défini. 

§  a.  De  plus,  il  faut  voir  si  ce  dont  on  donne  la  dé- 
finition est  une  chose  réelle,  tandis  que  ce  qui  est  dans 
la  définition  n'en  est  pas  une.  Par  exemple,  si  l'on  a  dé- 
fini le  blanc  une  couleur  mêlée  de  feu;  comme  il  est 
impossible  qu'une  chose  incorporelle  soit  mêlée  à  une 
corporelle,  la  couleur  mêlée  au  feu  n'est  pas  une  chose 
réelle  |  tandis  que  le  blanc  en  est  une. 

S  1.  Ce  paragraphe  semble  de-  %  S.  Si  ce  dont  an  danm  la  di» 
foir  appartenir  plutôt  aa  chapitre  ^  fMtian ,  Le  déBni:  —  Ce  quiut 
précédent,  comme  le  remarqae  dam  la  dé/initUm  t  Le%  éléments 
Fadas  a?ec  grande  raison.  de  la  définiUon. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  XII.  257 

§  3.  De  plus,  quand  on  n'indique  pas  clairement 
par  division,  pour  les  relatif3,  ce  relativement  à  quoi  la 
chose  est  dite,  mais  qu'on  les  englobe  parmi  plusieurs 
choses,  on  se  trompe  en  totalité  ou  en  partie.  Q>mme, 
par  exemple,  si  Ton  dit  que  la  médecine  est*  la  science 
de  ce  qui  est;  car  si  la'médecine  n'est  la  science  de  rien 
de  ce  qui  est,  il  est  évident  qu'on  s'est  totalement' 
trompé  ;  mais  si  elle  l'est  de  telle  chose,  et  ne  l'est  pas 
de  telle  autre,  on  s'est  trompé  en  partie.  C'est,  qu'en 
effet,  elle  doit  être  la  science  de  tout,  si  l'on  dit  qu'elle 
est  en  soi,  et  non  par  accident,  la  science  de  ce  qui 
est.  Ainsi  que  cela  est  pour  tous  les  autres  relatifs,  tout 
ce  qui  est  su  doit  être  dit  relativement  à  une  science  ; 
et  de  même,  pour  tous  les  autres,  puisque  tous  les  rela- 
tifs sont  réciproques,  et  ce  qui  est  su  est  toujours  relatif* 
§  4-  Si ,  en  donnant  l'attribution,  non  pas  en  soi ,  mais 
par  accident,  on  l'a  bien  donnée,  c'est  qu'alors  chacun 
des  relatifs  serait  dit,  non  pour  une  seule  chose,  mais 
pour  plusieurs;  car  rien  n'empêche  que  la  même  chose 
ne  soit  à  la  fois  et  réelle,  et  bonne,  et  blanche.  Par  con- 
séquent, en  rapportant  la  définition  à  Tune  de  ces  qua* 
lités,  on  l'aura  bien  donnée,  si ,  toutefois,  en  donnant  la 
définition  par  l'accident,  on  la  donne  bien.  §  5.  Il  est 
encore  impossible  que  cette  définition  soit  propre  à  la 


%Z.La  science  de  ce  qui  est,  Dé-  Voir  les  Catigoriee^  eh.  7. 
llalUon  qne  Técole  hippocratique        %  4.  Car  rien  tCcmpèch»  çtt'um» 

donnait  sans  don  te  de  la  médeciDe,  même  ehoee^  etc. ,  Et  pa  r  conséquent 

et  qui  est  ambitieuse  comme  toutes  la  médecine  peut  être  la  science 

celles  que  les  sciences  spéciales  non-seulement  de  ce  qui  est,  mais 

donnent  d^elles-mèmes,  le  droit,  la  deceqnlest  bon,de  ceqni  est  blanc, 

physiologie,  etc.  —  Âimi  que  eeia  etc,  car  tout  cela  existe  et  rentre 

0$t  pour  iaui  Ui  autreê  reUUifif  dans  son  domaine  prétendu. 

IV.  %7 


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9M  TOPIQUBS. 

cbote  dont  il  s'agit;  car  non^seulemeat  la  médecine, 
iDaî$  la  plupart  des  auti^es  sciences,  sont  dites  relative* 
ment  à  ce  qui  est;  de  sorte  que  chacune  des  sciences  est 
la  science  de  ce  qui  est.  Il  est  donc  évident  que  ce  n'est 
là  la  définition  d'aucune  science;  car  il  faut  que  la  dé» 
finition  soit  spéciale  et  non  commune.  §  6.  Quelquefois 
on  définit,  non  la  chose,  mais  la  chose  bien  faite  et  par- 
achevée; c'est  là  la  définition  du  rhéteur  et  du  voleur, 
quand  on  dit  que  le  rhéteur  est  celui  qui  peut  voir  ce 
qu'il  y  a  d'acceptable  à  soutenir  dans  chaque  question , 
et  n'en  rien  omettre,  et  que  le  voleur  est  celui  qui 
prend  en  secret  ;  car  il  est  évident  que  tous  deux  étant 
ainsi ,  tous  deux  seront  bons,  chacun  dans  leur  genre  : 
l'un  sera  un  bon  rhéteur,  l'autre  un  bon  voleur,  puisque 
le  voleur  n'est  pas  tant  celui  qui  prend  en  secret  que  ce- 
lui  qui  veut  prendre  de  cette  façon. 

§  7.  £n  outre,  on  s'est  trompé  si  l'on  a  donné  ce 
qui  est  désirable  par  soi-même  comme  capable  de  faire 
ou  capable  d'agir,  en  un  mot,  comme  désirable  en  vue 
d'un  autre  objet  quelconque  :  par  exemple,  si  Ion  dit 
que  la  justice  est  la  conservatrice  des  lois,  ou  que  la  sa- 
gesse est  la  cause  du  bonheur;  car  ce  qui  fait  une  chose, 
ce  qui  conserve,  est  une  chose  désirable  pour  une  autre 
que  soi.  $  8.  Ou  bien  rien  n'empêche  qu'une  chose  dé- 
sirable en  soi  ne  le  soit  aussi  en  vue  d'une  autre.  §  9. 
Cependant  on  ne  s'est  pas  moins  trompé  en  définissant 
ainsi  une  chose  désirable  en  soi  ;  car  le  meilleur  de 


i  s.  Car  te  volmr  n*tfl  jmw  ànlife»  oonaw  dèsiitble  en  vue 

tmu,,.,  Ceei  semble  ooDtredire  ua  d*aae  auue  chose  ei  non  en  sol. 

peu  oe  qui  préeède.  ^  SwrUmi  cela ,  C*esi<-à-dire 

6«.  Jte4tf/lmi«oiKalnfi,Cefl-  aaelschoieMMinbleeasoU 


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LIVRE  YI,  CHAPITRE  XIII.  96» 

cliaque  chose  est  surtout  dans  son  essence,  et  une  chose 
désirable  en  soi  est  meilleure  qu'une  chose  désirahle  en 
vue  d'une  autre.  Ainsi  donc,  il  fallait  que  la  définition 
.indiquât  surtout  cela. 


CHAPITRE  XIIL 

Trois  autres  l'ieui  pour  attaquer  ladéfinition^  si  Ton  a  dit  que  le 
déûni  est  telles  et  telles  choses ,  ou  qu'il  est  composé  de  telles 
choses  y  ou  qu'il  est  avec  telles  choses. 

§  I  •  II  faut  voir  encore  si  en  donnant  la  définition 
d'une  seule  chose,  on  n'a  point  dit  que  le  défini  est  plu- 
sieurs choses^  ou  qu'il  est  composé  de  telles  choses,  ou 
qu  il  est  accompagné  de  telles  choses.  §  2.  Si  l'on  a  dé- 
fini plusieurs  choses,  il  arrivera  que  la  définition  pourra 
être  auK  deux  à  la  fois,  et  n'être  à  aucune  à  part  :  ainsi, 
par  exemple,  si  l'on  définit  la  justice,  prudence  et  cou- 
t^ge;  car,  en  supposant  ici  deux  hommes,  si  chacun 
d'eux  a  l'une  des  deux  qualités,  tous  les  deux  seront 
justes,  et  aucun  ne  le  sera,  puisque  tous  deux  réunis  ont 
la  justice,  et  que  chacun  d'eux  à  part  ne  l'a  pas.  §  3.  Du 
reste,  ceci  même  n'est  pas  encore  complètement  absurde, 
attendu  que  quelque  chose  d'analogue  se  présente  aussi 
dans  d'autres  cas,  et  que,  par  exemple,  rien  n'empêche 

i  t.  E$t  pluiieurt  cAoMi,  Au  ehot$$^  Le  texte  dit  rioiplemeDt: 

lieu  de  dire  la  seule  cboee  qu*U  Si  ces  choses  ^  Si  Ton  a  dit  que  le 

est,  ce  qui  est  le  but  de  la  déliai-  défini  est  tejles  et  telles  choses,  au 

Uon.  lieu  de  dire  uniquettent  qu'il  est 

8  i.  Si  Vim  a  déf^  pluêiêun  teUe  chose  spéciale. 


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2fl0  TOPIQUES. 

que  deux  hommes  niaient  à  deux  une  science ,  bien 
qu'aucun  d'eux  ne  l'ait  séparément.  Toujours  est-ii  qu'il 
serait  tout  à  fait  absurde  que  les  contraires  fussent  aux 
mêmes  choses;  et  c'est  ce  qui  arrivera ,  si  l'un  d'eux,  par 
exemple,  a  la  prudence  et  la  lâcheté,  et  l'autre  le  cou- 
rage et  l'imprudence  :  dans  ce  cas,  tous  les  deux  auront 
à  la  fois  la  justice  et  l'injustice  ;  car  si  la  justice  est  pru- 
dence et  courage,  l'injustice  sera  lâcheté  et  imprudence. 
§  4*  Ainsi ,  tous  les  arguments  qu'on  peut  employer 
pour  prouver  que  les  parties  et  le  tout  ne  sont  pas  la 
même  chose,  sont  aussi  d'un  bon  usage  pour  le  point 
qui  maintenant  nous  occupe.  En  efïet,  quand  on  définit 
ainsi,  on  a  l'air  de  prétendre  que  les  parties  sont  iden- 
tiques au  tout.  §  5.  Ces  objections  trouvent  surtout 
leur  place,  quand  la  composition  des  parties  est  aussi 
évidente  qu'elle  l'est  pour  une  maison  ou  telle  autre 
chose  pareille.  Là,  il  est  clair,  en  effet,  que  les  parties 
peuvent  exister  sans  que  le  tout  existe  :  et  ainsi  les  par- 
ties ne  sont  pas  la  même  chose  que  le  tout. 

§  6.  Si  l'on  a  dit,  non  pas  que  la  chose  définie  soit 
plusieurs  choses,  mais  si  l'on  a  dit  qu'elle  vient  de  plu- 
sieurs choses,  il  faut  voir  d'abord  si  naturellement  il 
ne  peut  pas  ressortir  un  tout  de  ce  qui  a  été  dit  ;  car 
certaines  choses  sont  entre  elles  dans  un  tel  rapport  que 
aucun  tout  ne  se  forme  de  leur  réunion  :  par  exemple^ 

S  i.  Tous  Us  arguments  qu'on  choses^  Si  Toa  dit  dans  la  définition 

peut  tmplayerf  Ces  arguments  se-  que  le  défini  est  un  composé  de 

ront  indiqués  tout  an  long  dans  le  choses  diyerses.  -~ll  ne  peut  pas 

livre  suivant.  ressortir  un  tout  de  ee  qui  a  été 

t  S.  Si  ton  a  dit,  C'est  la  se-  dit,  11  est  possible  que  lesélémcoU 

«onde  partie  dn  Heu  général  énoncé  divers  introduite  dans  la  définition 

sa  S  1 .— 0y>/20  vient  de  plusieurs  ne  puissent  jamais  forafer  un  tout. 


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LIVRE  YIj  CHÀPITBE  XIIL  261 

la  ligne  et  le  oombre.  §  7.  De  plus,  il  faut  voir  si  le  de* 
fini  est  iiaturelletnent  daos  quelque  primitif,  et  que  les 
choses  d'où  Ton  dit  qu'il  vient,  ne  soient  pas  dans  un 
seul  primitif,  mais  qu'elles  soient  Tune  et  l'autre  dans 
des  primitifs  différents  ;  car  alors,  il  est  évident  que  le 
défini  ne  vient  pas  de  ces  choses-là,  puisque  là  où  sont 
les  parties,  il  est  nécessaire  que  là  soit  aussi  le  tout,  de 
sorte  que  le  tout  n'est  pas  dans  un  seul  primitif,  mais 
qu'il  est  dans  plusieurs.  §  8.  Et  si  les  parties  et  le  tout 
sont  dans  un  seul  primitif,  il  faut  voir  si  les  parties  et  le 
tout  ne  sont  pas  dans  le  même,  ou  si  les  parties  ne  sont 
pas  dans  l'un  et  le  tout  dans  un  autre.  §  9.  De  plus ,  il 
faut  examiner  si  les  parties  disparaissent  avec  le  tout; 
car  il  faut  à  l'inverse,  quand  les  parties  sont  détruites, 
que  le  tout  le  soit  aussi;  mais  le  tout  étant  détruit,  il 
n'est  pas  nécessaire  que  les  parties  le  soient.  §  lo.  Ou 
bien  il  faut  voir  si  le  tout  est  bon  ou  mauvais ,  et  que 
les  parties  ne  soient  ni  l'un  ni  l'autre  :  ou  à  l'inverse, 
que  les  parties  soient  bonnes  ou  mauvaises,  et  que  le 
tout  ne  soit  ni  l'un  ni  l'autre;  car  il  n'est  pas  possible 
que  de  ce  qui  n'est  ni  l'un  ni  l'autre  vienne  quelque 
chose  de  bon  ou  de  mauvais,  et  que  du  bon  ou  du  mau. 
vais  ne  vienne  ni  lun  ni  l'autre.  §  1 1 .  Ou  bien  il  faut 
voir  si  l'un  étant  bon  plus  que  l'autre  n'est  mauvais,  le 
défini  qu'on  dit  en  venir  n'est  pas  aussi  plutôt  bon  que 
mauvais.  Par  exemple ,  si  l'impudeur  vient  du  courage 
et  d'une  opinion  fausse,  comme  le  courage  est  bon  plus 


S  s.  Saht  iiaiif  un  $êul  primiUf,  dans  on  teal  primiUf  ;  mais  il  est 

Toutes  les  parties  de  la  déflnilioa  possible  qae  ce  primitif  ne  soit  pas 

poorronlètiedaiisoD  seul  primitif:  le  même  et  pour  la  déSsiUou  et 

le  défini  Ini-mèoie  peut  être  aussi  pour  le  défini. 


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262  TOPIQUES. 

que  l'opinion  fausse  n'est  mauvaise,  il  fallait  que  le  com- 
posé des  deux  suivît  le  plus,  et  qu'il  fut  ou  absolument 
bon^oudu  moins  plutôt  bon  que  mauvais.  §  r^.  Ou  bien 
ne]>eut-onpasdireqnecela  n'est  pa&nëcessaire, si  ni  l'un 
ni  l'autre  ne  sont  bons  ou  mauvais  en  soi  ?  car  beaucoup 
de  choses  qui  en  produisent  d'autres  ne  sont  pas  bonnes 
en  soi,  mais  elles  le  deviennent  étant  mêlées  à  d'autres. 
Et  réciproquement ,  chacune  peut  être  bonne  à  part, 
et,  mêlées,  elles  sont  mauvaises,  ou  du  moins  ne  sont  ni 
bonnes  ni  mauvaise.  Etcela  est  parfaitement  évident 
pour  les  choses  salubres  et  les  choses  malsaines  ;  car  cer- 
tains remèdes  sont  de  telle  façon  que  Tun  et  l'autre  à 
part  sont  bons ,  mais  que  si  on  les  administre  tous  deux 
mélangés,  ils  sont  mauvais. 

§  i3.  11  faut  voir  encore  si  le  défini  est  composé 
d'une  chose  meilleure  et  d'une  pire,  sans  que  le  tout 
qu'elles  forment  soit  pire  que  la  meilleure  et  meilleur  que 
la  pire.  §  t4«  Ou  bien  ne  peut-on  pas  dire  que  cela 
n'est  pas  nécessaire,  quand  les  choses  dont  le  défini  se 
compose  ne  sont  pas  bonnes  par  elles-mêmes?  Mais  rien 
n'empêche  que  le  tout  ne  soit  pas  bon  pour  les  choses 
qui  ne  sont  pas  bonnes  par  elles-mêmes,  comme  dans 
les  cas  que  nous  venons  de  citer. 

§  ]5.  Il  faut  voir  encore  si  le  tout  est  synonyme  de 
l'une  des  parties;  car  il  uele  faut  pas,  non  plus  que  pour 
les  syllabes.  Et  en  effet,  une  syllabe  n'est  jamais  syno<* 
nyme  d'aucune  des  lettres  qui  la  composent. 

S  14.  Pour  Ut  choses  qui  ne  dans  les  variantes.  I*ai  cru  devoir 

ami  pas  bonnes  par  eUes-mêiMS^  la  conserver  à  rimitalion  des  édi- 

L*édition  de  Berlin  ne  donne  pas  Uons  ordinaires.  —  Comme  dans  le 

ixue  phrase  qui  sert  à  rendre  le  cae  que  nous  venons  âeoUefj  plus 

sens  plQsJprccis;  mais  elle  la  cite  haut  au  S  ts. 


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LIVRE  VI,  CHAPITRE  XITI. 

^  t6*  Od  ft'esl  trompe  encore  si  l'on  n*a  point  indi- 
qué le  mode  de  la  composition  ;  car  il  ne  suffit  pas  pour 
bien  connaître  la  chose,  de  dire  qu'elle  vient  de  telle 
autre.  L'essence  des  composés  consiste,  non  pas  seule* 
ment  en  ce  qu'ils  sont  formés  de  tels  éléments,  mais  en 
ce  qu'ils  en  sont  formés  de  telle  façon ,  comme  pour  la 
maison  ;  car  ce  n'est  pas  une  maison  quelle  que  soit  la 
façon  dont  les  parties  en  sont  assemblées. 

§  1 7.  Si  l'on  a  donné  le  défini  avec  telle  auti*e  cbose^ 
il  faut  dire  d'abord,  si  en  disant  que  telle  chose  est  avec 
telle  autre,  on  entend,  ou  qu'il  y  a  telle  et  telle  dioae, 
ou  bien  que  Tune  est  formée  de  l'autre  :  par  exemple , 
quand  on  dit  du  miel  avec  de  l'eau,  on  veut  dire  soit 
chi  miel  et  de  l'eau,  soit  le  mélange  qui  est  fait  de  miel 
et  d*eaii.  Il  en  résulte,  que  selon  que  Ton  identifiera 
cette  expression  :  Ceci  avec  cela,  à  l'une  des  nuances  in- 
diquées, il  conviendra  de  dire  précisément  ce  qu'on  a 
dit  plus  haut  pour  l'une  ou  pour  Tautre.  §  18.  De  plus, 
après  avoir  dit  en  combien  de  sens,  on  peut  comprendre 
qu'une  chose  est  avec  une  autre,  il  faut  voir  si  l'une 
uest  pas  du  tout  avec  l'autre.  Par  exemple,  si  Ton  dit 
qu*uuL-  t-hose  avec  une  autre  signifie  qu'elles  seront 
toutes  deux  dans  un  même  sujet  qui  les  reçoit,  comme 
la  justice  et  le  courage  sont  dans  Tâme,  ou  bien  qu'elles 
sont  dans  le  même  temps  ou  le  même  lieu,  et  que  ce 


S  17.  Si  Fan  a  âoimi  U  défini  séparées  ou  bien  deux  choses  anies 

av^e  têUê  autre  chose,  Cest  h  trol-  et  mélangées.  —  Ceci  avec  evio,  Le 

sfèflM  partie  du  lieu  i^énéral  indl-  déflni  est  telle  chose  aoeompagnée 

({oé  au  i  t  :  si  ron  a  dit  que  le  dé-  de  telle  autre.— €•  pê'ima  diiphu 

iai  est  telle  chose  aoeompagnée  de  haut^  dans  plosienrs  des  paragrt- 

telle  antre.  ^  Q^U  y  a  f «Ile  H  phes  qui  précèdent,  d'abord  de  1  à 


tMe  ckoêê,  qu'ily  ade»!  cbosea    «»p«lsdeSàl7 


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264  TOPIQUES. 

dont  il  s*agit  ne  soit  pas  du  tout  vrai  à  ces  difFérents 

égards^  il  est  clair  qu^on  n'a  donné  la  définition  de 

rien,  puisque  cette  chose  n  est  pas  du  tout  avec  celte 

autre. 

§  19.  Si  pour  les  choses  dont  on  a  dit  distinctement 
en  combien  de  sens  on  prend  cette  expression  :  être 
avec  une  autre^  il  est  vrai  que  Tune  et  l'autre  puissent 
être  dans  le  même  temps,  il  faut  voir  si  Tune  et  l'autre 
peuvent  ne  pas  se  dire  du  même  sujet;  et  Ton  se  trompe, 
par  exemple,  si  l'on  a  défini  le  courage  une  audace  avec 
une  pensée  juste.  En  effet,  il  se  peut  qu'on  ait  l'audace 
pour  dérober,  et  que  la  pensée  juste  s'applique  aux 
choses  salubres;  et  cependant  celui-là  n'est  pas  encore 
courageux  qui  a  l'une  avec  l'autre  dans  le  même  temps. 
Il  ne  l'est  pas  davantage,  si  les  deux  qualités  sont  rela- 
tives à  un  même  objet,  à  des  objets  médicaux ,  par 
exemple;  car  rien  n'empêche  qu'on  n'ait  à  la  fois,  en  mé- 
decine, et  de  l'audace  et  une  pensée  juste,:  mais  cepen- 
dant, celui-là  n'est  pas  davantage  courageux  qui  a  l'une 
de  ces  qualités  avec  l'autre.  C'est  qu'il  ne  faut  pas  que 
l'une  et  l'autre  soient  dites  relativement  à  une  chose 
différente,  pas  plus  que  le  sujet  commun  auquel  elles  se 
rapportent  toutes  deux,  ne  peut  être  le  premier  sujet 
venu  :  elles  doivent  se  rapporter  toutes  deux  au  but 
même  du  courage,  comme,  par  exemple ,  aux  dangers 
de  la  guerre,  ou  à  tel  autre  but  s'il  y  en  a  encore  un 

S  19.  Sipwtr  l9t  ehoses  dont  an  diviêées ,  il  êst  vrai  qu9  Vunê  et 
a  dtï,...  L^éditiOQ  de  Berlin  laisse  Vautnj  eic  Le  membre  de  phrase 
aux  variantes  celle  phrase  tel  le  que  supprimé  esi  presquMndispensable 
je  rai  traduite  et  telle  qu^elle  est  au  sens  et  il  vaut  mieux  le  con- 
d^BS  toutes  les  édilious ,  et  elle  seryer.  La  pensée  est  alors  beau- 
donne  celle-ci  :  Si  pour  Ut  ehoHt  coup  plus  claire. 


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LIYBE  YI,  CHÂPITBE  XIY.  265 

autre  qui  soit  plus  spécialement  celui  du  courage. 
§  20.  Quelques-uoes  des  choses  ainsi  défioies  ne 
reotrent  pas  du  tout  sous  la  division  indiquée.  Par 
exemple,  si  Ton  dit  que  la  colère  est  une  peine  avec  le 
soupçon  qu*on  estdédaigné,  cela  veut  dire  que  la  peine 
qu'on  ressent  se  produit  par  ce  soupçon  même.  Mais 
dire  qu'une  chose  se  produit  par  une  autre,  ce  n'est 
pas  du  tout  la  même  chose  que  de  dire  que  Tune  soit 
avec  l'autre ,  dans  aucun  des  sens  indiqués  plus  haut. 


CHAPITRE  XIV. 

Six  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition. 

§  I.  Si  Ton  a  dit  encore  que  le  défini  total  est  la 
composition  de  tdles  choses,  par  exemple,  que  Tani- 
mal  est  la  composition  d'âme  et  de  corps,  il  faut  voir 
d'abord  si  Ton  a  négligé  de  dire  quelle  est  l'espèce  de 
cette  composition.  Par  exemple,  si  définissant  la  chair 
ou  l'os,  on  a  dit  que  c'est  une  composition  de  feu,  de 
terre  et  d'air;  car  il  ne  suffit  pas  de  dire  que  c'est  une 
composition,  il  faut  déterminer  de  plus  que!  genre  de 
composition  cela  est.  £n  effet,  ce  n'est  pas  par  une 

S  90.  Aimi  déHniêi,  Cest-à-  ât  wh»  inâiqiàiM  plu$  hâta,  ilM. 
dire  dont  on  ditque  i*uneestaocoiii-  %\éE$îla  eompoHiiom  âê  têllêê 
pagnée  de  i*aatre.<*llafi«  la  dM^  choses^  Aristole  emploie  ici  à  des- 
fion  indiquée  j  dans  les  sens  divers  sein  le  mot  abstrait  au  Heu  du  con- 
que peut  recevoir  cette  expression:  cret,  parce  qu'il  bllme  précisément 
être  avec  une  antre,  comme  on  Ta  cette  manière  peu  exacte  de  don- 
dit  plus  haut,  S 17.  —  l>aiii  omoimi  ner  la  déflniUon. 


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S66  TOPIQUES, 

composition  quelconque  de  cet  éléments  que  la  chair  se 
Corme  ;  mais  c'est  par  une  certaine  composition  qu'ici 
c'est  de  la  chairt  et  là  un  os.  Du  reste,  aucune  des  deux 
choses  que  }e  viens  de  citer  ne.  parait  être  du  tout  iden^ 
tique  i  une  composition  ;  car  la  dissolution  est  le  con- 
traire de  toute  romposilion  et  aucune  des  choses  indi- 
quées n'a  de  coutraire.  Si  d  ailleurs  il  est  également 
croyable  que  tout  composé,  ou  aucun  composé  n'est 
une  composition,  comme  chacun  des  animaux  toutcom» 
posé  qu'il  est  n'est  pas  une  composition,  il  faut  conclure 
qu'aucun  autre  composé  ne  saurait  être  non  plus  une 
composition. 

§  2.  £n  outre,  û  les  contraires  peuvent  être  égale- 
ment dans  quelque  sujet  et  qu'on  ait  défini  par  un  des 
deux  seulement,  il  est  évident  qu'on  n'a  point  défini. 
Autrement  il  y  aurait  plusieurs  définitions  d'une  même 
chose;  car,  a«t-on  plutôt  défini  en  prenant  celui-ci 
qu'en  prenant  celui-là,  puisque  les  deux  sont  naturel* 
meut  et  également  dans  le  sujet?  Telle  est  la  définition 
de  l'âme,  quand  l'on  dit  que  c  est  une  substance  capable 
de  science,  puisqu'elle  est  tout  aussi  bien  capable 
d'ignorance. 

^  3.  U  faut  encore,  quand  on  ne  peut  pas  pas  atta- 
quer la  définition  dans  sa  totalité,  en  disant  que  le  tout 
n'est  pas  connu,  en  attaquer  au  moins  une  partie,  si  elle 
n'est  pas  connue  et  qu'elle  ne  paraisse  pas  bien  don- 
née; caria  partie  étant  détruite,  toute  la  définition  est 
détruite  aussi*  Toutes  les  fois  que  les  définitions  ne 

S  s.  Telle  eêt  la  difiinUixm  de  oomme  U  le  remarque  »  mais  iori 
i'âme,  Aristote  ne  dit  pas  à  qui  af^  iNslk»  œpeadanl  :  ii  est  probable 
partieut  cette  déftnium ,  ioeiacte    «m'eUe  enL  de  réoole  ptotonloianae- 


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LIVRE  VI,  CHAPITBE  XIV.  267 

soat  pas  claires,  il  faut,  après  les  avoir  rectifiées  et  les 
avoir  corrigées,  pour  qu'elles  expriment  quelque  chose 
et  fournissent  des  arguments,  procéder  k  les  attaquer; 
car  alors,  il  faut  nécessairement  que  celui  qui  répond 
ou  accepte  ce  qui  est  ajouté  par  celui  qui  Tinterroge, 
ou  bien  qu'il  explique  lui-même  ce  que  peut  signifier 
la  définition  donnée  par  lui. 

§  5.  Ajoutons  que,  comme  dans  les  assemblées  poli- 
tiques, si  une  loi  nouvelle  qu'on  propose  vaut  mieux, 
on  abroge  la  précédente,  de  même  pour  les  définitions, 
il  faut  en  proposer  une  autre  à  Tadversaire;  car  si  elle 
paraît  meilleure,  si  elle  paraît  expliquer  mieux  la  chose 
à  définir,  il  est  évident  qu'on  fera  disparaître  ainsi  celle 
qui  avait  été  d'abord  donnée ,  puisqu'il  n'y  a  pas  plu- 
sieurs définitions  d'une  même  chose. 

§  6.  Ce  n'est  pas,  du  reste,  un  petit  élément  de  suc- 
cès, pour  attaquer  les  définitions,  que  de  bien  se  déter- 
miner à  soi-même  l'objet  en  question,  ou  de  reprendre 
à  part  soi  la  définition  même  quand  elle  est  bien 
donnée;  car  nécessairement  en  y  recourant  comme  à 
un  modèle,  on  découvre  et  oe  qui  manque  parmi  les 
éléments  que  devrait  avoir  la  définition  et  ce  qu'il  y  a 
d'inutilement  ajouté,  de  sorte  qu'on  est  dautant  plus 
riche  en  arguments. 

§  7.  Voilà  tout  ce  qu'il  y  avait  à  dire  sur  les  défi* 
nitions. 


S  7.  Tmêi  CB  fu'U  y  a»aU  à  dire  nÎTsat ,  cb.  S  al  shIt.,  psr  qaels 
êm  tof  déiinUion$^  Poar  U»  atls-  procédés  00  doit  défeadro  h  défr" 
qoer;  csr  il  owalren  dans  le  livre    Bitioa  donaéo. 


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TOPIQUES. 


LIVRE  SEPTIÈME. 

QUESTION  DB  L*IDBNTITÉ. 

nknoDE  POUR  dAfshdeb  la  DiFonruMi. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Seiie  Ueni  de  Fidentilé. 

§  I.  Il  faut  traiter  maintenant  la  question  de  savoir 
si  le  sujet  dont  il  s*agit  est  identique  à  un  autre,  ou 
s'il  est  différent^  dans  le  sens  le  plus  spécial  de  lous  ceux 
que  Ton  a  indiques  du  mot  identique.  L'identité  pro- 
prement dite^  comme  on  s'en  souvient,  est  celle  de 
l'unité  numérique. 

§  a.  Il  faut  regarder  aux  cas,  aux  conjugués,  aux 

S  t  •  il  faut  traUêr  maMMaftl,  êdwiêni^  Tai  cm  deToiriendre^ptr 

L*éditloD  de  Berlin  supprioie  cm  radditfon  de  cet  mois,  la  nnaioe 

mots  sans  citer  d'aatorité.  —  JM  da  temps  passé  dODDée  au  verbe 

Hmm  ceuœ  que  Van  a  indiquiê  du  qa*emploie  Aristole.  Voir  llTre  1  « 

mol  idmUipiê,  Voir  liv.  1»  ch.  7.  cbap.  7,  %  y 

S  1  et  soiv.  »  Cornais  on  fm  S  >•  Aux9a$f  ûum  wi^ugués  » 


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LIVRE  VU,  CHAPITRE  I.  269 

opposés  ;  car  si  la  justice  est  la  même  chose  que  le  cou- 
rage,  le  juste  est  identique  au  courageux,  justement  à 
courageusement.  £t  de  mc^me  pour  les  opposés;  car 
si  telles  choses  sont  les  mêmes,  les  opposés  de  ces  choses 
seront  aussi  les  mêmes,  de  quelque  espèce  d'opposition 
qu'on  entende  parler.  En  effet,  il  n'importe  pas  qu'on 
iasse  le  sujet  opposé  à  ceci  ou  opposé  à  cela,  puisque 
les  choses  sont  identiques. 

§  3.  11  faut  regarder  aussi  aux  choses  qui  produisent 
les  sujets  ou  les  détruisent,  aux  générations  et  aux  des- 
tructions,  et  en  général,  aux  choses  qui  sont  d'une 
façon  semhlable  relativement  à  l'un  et  à  rauti*e  sujet  ; 
car  lorsque  les  choses  sont  absolument  les  mêmes^  les 
générations  et  les  destructions  de  ces  choses^là  sont 
les  mêmes,  et  ce  qui  les  fait  est  le  même,  ce  qui  les 
détruit  est  le  même  aussi.  §  4*  I'  f^ttt  voir  encore 
pour  les  choses  où  l'une  des  deux  est  dite  au  super* 
latif,  si  lautre  de  ces  deux  mêmes  choses  est  dite 
aussi  au  superlatif  pour  le  même  sujet.  Ainsi,  par 
exemple,  Xénocrate  prétend  que  la  vie  vertueuse  est 
la  même  que  la  vie  heureuse^  parce  que  de  toutes  les 
vies  la  plus  désirable  est  la  vie  vertueuse  et  la  vie 


muD  i^pjpoUê^  Voir,  poo  r  le  sens  de  tifi^^tie  ehoity  Donc  la  Tie  Tertœoae 

ees  mou  qui  se  présentent  si  sou-  et  Is  ?ie  heureuse  se  confondent; 

imA  dans  les  Topiques,  ce  qu'on  a  donc  le  bonheur  el  la  Tertu  ne  foal 

dit  plus  haut,  li?.  1,  ch.  15,  %  10,  et  qu*nn.  C'est  ce  qn'Aristote  semble 

Ut.  s  ,  ch.  9.  —  De  quelque  espèce  dire  implicitement  au  paragraphe 

d'opiNMitfofi,  Voir  les  Catégories ,  qui  suit  ;  mais  il  le  nie,  et  avec  une 

cbap.  to.  sorte  de  raison,  au  S  5.    , 

%Z.Xénocratepriiend^yo\T{i\us  S  i.    Seront    réeiprùqtmnêtU 

haut,  Ht.  i ,  ch.  6 ,  S  i .  où  cette  meilleurs  les  uns  que  les  autres , 

opinion  de  Xénocrate  est  déjà  rap-  Ce  qui  est  absurde,  et  résulte  pour* 

pelée.  —  il  n*y  a  qu'une  seule  ei  Unt  de  a  proposition. 


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370  TOPIQUES. 

heureuse.  Mais  il  a*y  a  qu'une  seule  et  uaîque  chose 
qui  s6it  la  plus  désirable  et  la  plus  importante*  Et 
de  même  pour  toutes  les  autres  définitions  de  ce 
genre.  $  5*  Il  faut  donc  que  Tune  et  Tautre  des  choses 
présentées,  ou  comme  la  plus  désirable,  ou  comme  la 
plus  importante,  soit  numériquement  une.  Si  non,  il 
ne  sera  pas  démontré  qu'elle  est  la  même;  car  il  n'est 
pas  nécessaire,  si  les  Péloponnésiens  et  les  Lacédémo* 
niens  sont  les  plus  braves  des  Grecs,  que  les  Pélopon- 
nésiens et  lesLacédémoniens  soient  les  mêmes,  puisque 
Péloponnésien  et  Lacédéroonién  ne  sont  pas  numéri* 
quement  un  ;  mab  il  &ut  nécessairement  que  l'un  soit 
compris  dans  l'autre,  comme  les  Lacédémonîens  le  sont 
dans  les  Péloponnésiens.  Sinon,  il  arrivera  que  les 
uns  seront  réciproquement  meilleurs  que  les  autres,  si 
les  uns  ne  sont  pas  compris  dans  les  autres.  Ainsi,  il 
faudra  oécessaireineut  que  les  Pélopouuésiens  soient 
plus  liraves  que  les  Lact*dénioiiieos,  si  les  uns  ne  sont 
pas  compris  dans  les  autres,  puisque  les  Péloponné- 
siens sont  plus  braves  que  tous  les  autres  peuples.  £t 
de  même,  il  est  nécessaire  aussi  que  les  iâcédémoniens 
soient  plus  braves  que  les  Péloponnésiens;  car,  eux 
aussi,  ils  sont  plus  braves  que  le  reste  ;  de  sorte  qu'ils 
sont  réciproquement  plus  braves  les  uns  que  les  au- 
tres. Il  est  donc  évident  qu'il  faut  que  la  chose  la  plus 
désirable,  la  plua  importante,  soit  numériquement 
unique,  si  l'on  veut  démontrer  l'identité.  Aussi  Xéno- 


S  s.  /I  fàui  que  Vune  $oit  eom-  de  bonheur  sans  vertu,  Uindis  qull 

prift  dan$  fouirê.  Que  la  vie  heu*  semble  qu*il  y  a  souvent  vertu  sans 

rease  soit  comprise  dans  la  vie  ver-  bonheur,  du  moins  sans  bonheur 

tueuse;  c*estp4-<lire  qu*il  n*y  a  pas  eitéricor  et  apparent. 


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LIVRE  YII,  CHAPITRE  I.  571 

trste  ne  dëmontre-t-il  pas  sa  proposition  ;  car  la  vie 
heureuse  et  la  vie  vertueuse  ne  forment  pas  num^rr^ 
quement  une  unité,  et  par  conséquent  il  n'est  pas  né* 
oetsaire  qu'elles  soient  la  même  vie,  puisque  toutes  les 
deux  sont  les  plus  désirables:  mais  il  faut  que  Tune  soit 
comprise  dans  Tautre. 

§  6.  Il  faut  voir  encore  si  Tune  des  choses  est  iden-> 
tique  à  ce  à  quoi  l'autre  est  ideulique;  car  si  toutes  deux 
ne  sont  pas  identiques  à  un  même  sujer,  il  est  clair 
qu'elfes  ne  le  sont  pas  non  plus  l'une  à  l'autre. 

§  7*  Il  faut  voir  en  outre  aux  accidents  de  ces  choses 
et  aux  choses  dont  elles  sont  les  accidents;  car  tous  tes 
accidents  qui  sont  à  l'un  devront  aussi  être  à  l'autre, 
et  les  choses  auxquelles  l'un  est  comme  accident  auront 
aussi  l'autre  pour  accident.  Si  Tune  de  ces  relations  ne 
s'accorde  pas,  il  est  clair  que  les  choses  en  question  ne 
sont  pas  identiques. 

§  8.  Il  faut  voir  de  plus  si  les  deux  choses,  au  lieu 
d*étre  dans  un  seul  genre  de  catégorie  n'expriment  pas, 
Fune  la  quantité,  lautre  la  qualité  ou  la  relation.  §  9.  De 
plusencore,  si  le  genre  des  deux  n'est  pas  le  même,  mais 
que  l'une  soit  mauvaise  et  l'autre  bonne,  ou  que  Tune 
soit  vertu  et  l'autre  science.  §  10.  Ou  bien,  quand  le 
genre  est  le  même,  il  faut  voir  si  les  mêmes  différences 

S  6.  Denx  cliûses  idenUqœs  i  %  10.  Mt  théorique  ^  aqu'eiU 

une  troisième  sont  identiques  entre  sait  pratique ,  On  sait  qu'Aristote 

elles.  Ce  principe,  dont  li  géomé-  divisait  la  science  en  ttiéoriqae, 

triefaittantd'usa9e»tt*estemplojfé  pratique  et  poétiqne,  en  pienani 

id  que  dans  nne  de  ces  applications  ce  dernier  mol  dans  son  sens  le  plus 

indirectes,  et  à  Tinverse.  lar^e.  Voir,  sur  ce  point,  la  discus- 

i  S.  teiM  «n  ê9ul  genre  de  ea-  don  de  M.  P.  Rafaisaon,  Essai  sur 

Mfor<i,  Dut  i*iine  qaeleoaqiie  des  la  MAoïpbysique,  tome  i,  page  ISO 

dix  catégories.  et  plus  haut»  Ut.  S,  cb.  S,  $  as. 


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272  TOPIQUES. 

ne  peuvent  pas  être  attribuées  aux  deux:  mais  que  pour 
Tune  la  science  soit  ihéorique,  et  qu'elle  soit  pratique 
pour  l'autre.  Et  de  même  pour  le  resle. 

§  1 1 .  11  £aiut  aussi  regarder  à  l'expression  du  plus,  si 
Tune  reçoit  le  plus  et  l'autre  ne  le  reçoit  pas;  ou  si  les 
deux  le  reçoivent,  mais  non  en  même  temps;  comme 
celui  qui  aime  plus  ne  désire  pas  plus  la  cohabitation, 
de  sorte  que  l'amour  et  le  désir  de  cohabitation  ne  sont 
pas  du  tout  une  même  chose. 

§  I2à.  Il  faut  voir  encore  à  l'addition,  et  examiner  si 
l'une  et  l'autre,  ajoutées  au  même  sujet,  ne  font  pas  le 
tout  identique.  §  1 3.  Ou  bien,  si  le  même  terme  étant 
retranché  des  deux ,  le  reste  n'est  pas  différent.  Par 
exemple,  si  l'on  a  dit  que  le  double  de  la  moitié  est 
la  même  chose  que  le  multiple  de  la  moitié ,  il  faut 
qu'en  retranchant  la  moitié  de  l'un  et  de  l'autre  coté,  le 
reste  exprime  la  même  chose  ;  mais  il  ne  lexprime  pas; 
car  le  double  et  le  multiple  n'expriment  pas  la  même 
chose  tous  les  deux. 

§  i4«  Il  faut  voir  non«seulement  s'il  ressort  quelque 
chose  d'impossible  de  la  proposition,  mais  encore  s'il 
est  possible  que  la  chose  soit  selon  l'hypothèse.  Ainsi, 
Ion  dit  que  vide  et  plein  d'air  sont  la  même  chose; 
or,  il  est  évident  que  si  l'air  sort,  il  n'y  aura  pas  moins 
vide,  mais  qu'il  y  en  aura  davantage,  et  que  l'espace  ne 
sera  plus  plein  d'air.  Par  conséquent,  en  supposant 
ceci|  que  l'hypothèse  d'ailleurs  soit  vraie  ou  fausse,  ce 
qui  importe  peu,  l'un  des  deux  sera  détruit  tandis  que 


S  il.  ramour  «I  le  diHr  d$la  S  14.  Vide  9t  pMn  d^air  t<mi  la 
cokàbitaUan ,  Il  a  déjà  cité  cet  mime  choH,  Erreur  souteane  par 
exemple,  liv.  6,  cb.  7,  S  >•  quelques phikMopbes. 


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LIVRE  Vil,  CHAPITRE  I.  273 

r.'iutre  ne  le  sera  pas;  donc  ils  ne  sont  pas  la  même 
clio$e. 

§  1 5.  En  général,  il  faut  voir  s'il  n'y  a  pas  quelque 
discordance  dans  les  choses  attribuées  d'une  façon 
quelconque  à  Tune  et  à  l'autre,  et  dans  les  choses  aux- 
quelles elles-mêmes  sont  attribuées;  car  tout  ce  qui 
est  attribué  à  Tune  doit  être  aussi  attribué  il  l'autre:  et 
les  choses  auxquelles  l'une  est  attribuée,  doivent  aussi 
recevoir  l'autre  pour  attribut. 

§  16.  De  plus,  comme  le  même  a  plusieurs  sens,  il  faut 
voir  si  les  choses  sont  les  mêmes  suivant  une  façon 
différente;  car  les  choses  qui  sont  les  mêmes  en  espèce 
ou  en  genre,  ne  sont  pas  nécessairement  les  mêmes  nu- 
mériquement :  et  nous  devons  voir  encore  si  elles  sont 
les  mêmes  de  cette  façon,  ou  si  elles  ne  le  sont  pas. 

§  17.  11  faut  voir  enfin  s'il  est  possible  que  l'une  soit 
sans  l'autre  ;  car  alors  elles  ne  seraient  pas  la  même 
chose. 

§  1 8.  Voilà  donc  tous  les  lieux  pour  l'identité. 

S  16.  N9  #on^  poi  nieêêsair&'  riante.  Tai  suivi  la  leçon  de  Pleins 

meni,  L^édiiion  de  Beriin  ajoute:  autorisée  par  des  manuscrite,  et 

Ou  peuvent  ne  pas  être  les  mêmes;  qu'adopte  également  Sylburge:  elle 

ce  qui  ne  semble  guère  qu*une  va-  est  pràTérable. 


IV.  fi 


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874 


T0PIQUS8. 


CHAPITRE  ÏI. 

Les  lieax  négatifs  de  l'identité  peuvent  être  employés  aussi  pour 
la  définition  :  les  lieui  affînnatifs  ne  le  peuvent  pas. 

^  I.  II  est  clair,  d'après  ce  qui  a  été  dit  plus  haut, 
que  tous  les  lieux  relatifs  à  Tidentité  bons  pour  réfuter, 
peuvent  servir  relativement  à  la  définition,  de  la  façon 
qu'on  a  exposée  précédemment;  car  si  le  mol  défini  et 
la  définition  ne  signifient  pas  la  même  chose,  il  est  clair 
que  l'explication  donnée  ne  serait  pas  une  définition. 

^a.Maisdetousleslieux  qui  établissent  la  proposition 
d'identité,  aucun  nW  utile  pour  la  définition  ;  car  il  ne 
suffit  pas,  pour  établir  qu*il  y  a  définition  réelle,  de  dé- 
montrer l'identité  du  mot  et  de  l'explication  qui  en 
est  donnée  :  mais  il  faut  encore  que  toutes  les  conditions 
dont  on  a  parlé  soient  remplies  par  la  définition. 


S  t.  Vaprès  eê^aété  di$piu$ 
haui ,  Dans  le  chapitre  précédent. 
^  Tous  lê$  lieux  rtUUifê  à  l'idên' 
titi.  Ceux  par  lesquels  ou  Taitaque, 
comme  il  rajoute  au  Si.  —  De  la 
façon  qu'on  a  exposée  prieéden^ 
msnH^  Ht.  1,  eh.  5,  g  4. 

%%.  De  tous  les  Ueux  qui  itor 
fdisseni ,  C*est«à^ire ,  qui  sont  aC- 
firmaUfs.  —  Toutes  les  conditions 
dont  on  a  parlé.  Voir  le  iiv.  6  tout 
entier,  et  particulièrement  les 
chapitres  i  et  3. 


S  S.  Cest  donc  toujours,  Il  sem- 
ble qu*il  eût  été  mieux  de  ftilre  finir 
ici  le  sixième  livre  et  de  commen- 
cer le  sepUème.  Les  expressions 
d'Aristote  sembleraient  exiger  cette 
division.  Tai  dû  suivre  la  division 
reçue.  Il  est  clair  que  la  dissussion 
contenue  dans  les  chapitres  1  et  S 
de  ce  livre,  continue  et  achève  celle 
du  livre  6.  Avec  le  ch.  3  commence 
une  discussion  nouvelle  et  toute 
différence:  c*est  comme  raffirmation 
après  la  négation. 


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LIVRE  VII,  CHAPITRE  III.  575 

$  3.  Cest  donc  toujours  de  cette  façon,  et  par  ces 
moyens,  quil  faut  essayer  de  réfuter  la  définition. 


CHAPITRE  III. 

Lienx  poar  défendre  la  définition. 

§  I.  Si  nous  voulons  Tëtabir,  au  contraire,  il  faut 
d'abord  savoir  que  jamais,  ou  bien  rarement  du  moins, 
dans  la  discussion  on  ne  conclut  la  définition.  D'ordi- 
naire on  la  pose  comme  principe,  ainsi  qu'on  le  fait 
toujours  en  géométrie,  en  arithmétique,  et  dans  toutes 
les  sciences  de  ce  geni*e.  §a.  11  faut  remarquer,  en  outre. 


S  1.  Jamais...,  on  ne  conclut  la 
âéfknUUm,  C'est  parce  que  la  défi- 
niUon  doit  faire  conoattre  Pessence 
et  que  Tessence  ne  peut  être  la 
conclusion  d'un  syllogisme;  il  en  a 
donné  les  raisons  les  plus  fortes  et 
les  plus  développées,  Dernier t  Anor 
lytiquei,  liv.  S,  ch.  i  etsuiv.  —  On 
la  pon  eournnt  eomme  principe , 
parce  que  la  démonstration  ne  peut 
vraiment  s'appliquer  qu'à  Tattribut 
et  non  point  au  sujet. 

%  S.  Ceet  à  un  autre  traité,  Les 
Dernière  Analytiquêe,  où  cette 
théorie  est  exposée  tout  au  long , 
liv.  a.  —  ici...  au  beeoin  actuel.  Il 
ne  8*agit  que  de  dialectique,  et  non 
plus  de  philosophie,  de  seienoe 
proprement  dite.  —  Qu'U  est  pos^ 
âUàê,  Dans  les  Dernière  Anatyti- 
quesj  liv.  S,  ch.  S,  Il  a  nontré  con- 


ment  cela  est  possible.  ^Siladé^ 
finition  est  Vexplieation,..  11  s'agit 
ici  de  la  première  espèce  de  dé» 
monstration  de  l'essence  qui  n'est, 
comme  le  dit  Aristote  lui-même , 
qu'une  démonstraUon  dialectique 
de  l'essence,  le  syllogisme  logique 
deVessence,  Derniers  Analytiques, 
liv.  a,  cb.  S ,  g  S.  —  On  peut  par 
conclusion  de  syllogisme.  En  met- 
tant pour  majeure,  que  la  réunion 
des  attributs  essentiels  d'une  chose 
forme  sa  définition ,  et  pour  mi- 
neure, que  la  réunion  de  tels  attri- 
buts est  bien  la  réunion  des  a^- 
tributs  essentiels  de  telle  chose , 
on  en  conclurait  régulièrement  que 
la  réunion  de  ces  attributs  est  la 
définition  de  cette  chose.  Mais  déjà 
la  oonculsion  se  trouve  Impliquée 
dans  la  mineure,  et  voilà  pourquoi 


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276  TOPIQUES, 

que  c'est  à  un  autre  traité  que  celui-ci  d'exposer  avec 
toute  exactitude,  et  ce  qu'est  la  définitioD ,  et  le  pro- 
cédé de  la  définition.  Ici  on  doit  dire,  en  se  bornant  au 
besoin  actuel,  qu'il  est  possible  d'obtenir  par  la  con- 
clusion d'un  syllogisme,  et  la  définition  et  l'essence  de 
la  chose.  En  effet,  si  la  définition  est  l'explication  de  ce 
qu'est  la  chose,  et  s'il  faut  que  les  choses  attribuées 
dans  la  définition  soient  seules  aussi  attribuées  essen- 
tiellement à  la  chose ,  et  Ton  sait  qu'il  n'y  a  que  les  genres 
et  les  dijRérences  qui  soient  attribuées  essentiellement, 
il  est  clair  qu'en  prenant  seulement  les  attributs  essen- 
tiels de  la  chose,  l'explication  qui  comprend  ces  attributs 
est  nécessairement  une  définition  ;  car  il  ne  peut  y  avoir 
une  autre  définition  de  la  chose,  puisqu'il  n'y  a  pas  un 
seul  auti*e  attribut  essentiel  de  la  chose.  Il  est  donc 
clair  qu'on  peut,  par  conclusion  de  syllogisme,  obtenir 
la  définition.  §  3.  Comment  il  faut  l'établir,  c'est  ce  qui 
a  été  expliqué  ailleurs  plus  rigoureusement  ;  et  pour  la 
recherche  actuelle,  les  mêmes  lieux  sont  utiles.  §  4*  Ainsi 
il  faut  voir  et  aux  contraires  et  aux  autres  opposés,  en 
regardant,  soit  aux  définitions  entières,  soit  aux  parties 
des  définitions.  §  5.  Si  la  définition  opposée  est  la  défi- 
nition de  l'opposé,  nécessairement  la  définition  donnée 


ce  n'68t  qo*an  syllogisme  logique  g  i.  Aux  eonlrotrM  eT  aux  m^ 

et  non  poiol  un  syllogisme  vrai.  trei  oppoêés^  Voir  Caiégaries^  cha- 

g  8.  Cêit  ce  q^i  a  été  wpUqui  pitre  10  où  toute  cette  théorie  se 

tMUwrê^  ikmiers  Analytiquei^  trouve  déYCloppée. 

dans  les  première  et  troisième  sec^  g  5.  Com$M  ii  y  a  plusieurs 

tlons,  et  spécialement  cb.  i,  8, 13  eonUHnaisims  possibles  des  eon- 

et  li.  —  Plus  rig<mrûusement ,  traires ,  On  peut  voir  ces  comité* 

parce  qu'ici  le  philosophe  se  met  au  liaisons  diverses,  liv.  8,  ch.  7.  — 

point  de  vue  de  la  dialectique ,  du  Comme  on  Ta  ittf,  Gomme  on  vient 

probable  et  non  du  vrai.  de  le  dire,  g  i. 


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LIVRE  VII,  CHAPITRE  III.  277 

sera  celle  du  sujet  en  question.  Mais  comme  il  y  a  plu- 
sieurs combinaisons  possibles  des  contraires,  il  faut 
prendre  parmi  les  définitions  contraires  celle  qui  pa- 
raîtra la  plus  contraire.  Il  faut  donc  regarder  aux  défi- 
nitions entières  comme  on  Ta  dit.  §  6.  On  regardera 
aux  parties  de  la  façon  suivante  :  et  d*abord,  si  le  genre 
donne  a  été  bien  donné  ;  car  si  le  contraire  est  dans  le 
contraire,  et  que  le  sujet  en  question  ne  soit  pas  dans  le 
même,  il  est  clair  qu'il  sera  dans  le  contraire^  puisqu'il 
faut  nécessairement  que  les  contraires  soient  dans  le 
même  genre,  ou  dans  des  genres  contraires.  Et  nous 
pensons  que  des  différences  contraires  sont  attribuées 
aux  contraires,  comme  pour  le  blanc  et  le  noir,  dont 
l'un  recueille,  l'autre  disperse  la  vision.  Si  donc  les  dif- 
férences contraires  sont  attribuées  au  contraire,  les  dif- 
férences données  seront  attribuées  aussi  au  sujet  donné. 
Par  conséquent,  puisque  le  genre  et  les  différences  sont 
bien  indiquées,  il  est  clair  que  c'est  vraiment  la  définition 
qui  aura  été  proposée.  §  7.  Ou  bien,  ne  peut-on  pas  dire 
qu'il  n'est  pas  nécessaire  que  les  différences  contraires 
soient  atribuées  aux  contraires,  si  les  contraires  ne  sont 
pas  dans  le  même  genre?  Pour  les  choses  dont  les  genres 
sont  contraires,  rien  n'empêche  qu'une  même  différence 
ne  soit  dite  des  deux,  par  exemple  ,  pour  la  justice  et 
et  l'injustice  :  ainsi,  l'une  est  une  vertu,  l'autre  un  vice 
de  l'âme;  de  sorte  que  la  différence  de  l'âme  est  dite 
pour  les  deux,  puisque  la  vertu  et  le  vice  peuvent  ap- 


g  7.  la  vertu  et  h  niée  peuvent  Vkme pour  nous;  mais  dans  la  lan- 

appartenir  ausei  au  ecrpe ,  Ceci  gue  grecque  ce  mot  a  un  sens  plus 

pourrait  être  contesté  dans  notre  étendu ,  et  il  8*entend  du  physique 

langue  :  la  vertu  ne  s^applique  qu*à  aussi  bien  que  du  moral. 


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278  TOPIQUES. 

partenir  aussi  au  corps.  §  8.  Par  conséquent ,  il  esl 
vrai  que  les  difTërences  des  contraires  sont  ou  con- 
traires ou  identiques.  Si  donc  la  différence  contraire 
est  attribuée  au  contraire,  et  qu'elle  ne  le  soit  pas  au 
sujet  en  question ,  il  est  clair  que  la  différence  posée  est 
bien  attribuée  à  ce  sujet.  §  9.  En  général,  puisque  la 
définition  se  compose  du  genre  et  des  différences,  si  la 
définition'ducontraireestévidente,  celle  du  sujeten  ques- 
tion ne  le  sera  pas  moins.  En  effet,  comme  le  contraire 
est  oudans  un  même  genre,  ou  dans  un  genre  contraire,  de 
mêmeaussi  que  les  différences  attribuées  aux  contraires 
sont  contraires  ou  identiques,  il  est  évident  que  le  même 
genre  sera  attribué  au  sujet  et  au  contraire,  et  que  les 
différences  seront  contraires,  soit  toutes,  soit  quelques- 
unes,  et  que  les  autres  seront  identiques.  Ou  bien ,  à 
l'inverse,  les  différences  seront  les  mêmes  et  les  genres 
contraires.  Ou  bien  encore,  tous  deux  seront  contraires, 
les  genres  et  les  différences;  car  tous  deux  ne  sauraient 
être  les  mêmes,  puisqu'alors  les  contraires  auraient  une 
même  définition. 


i  9.  Sn  générai Pour  bien 

comprendra  oeci ,  il  fout  se  repré- 
senter qa*il  s'agit  ici  de  deux  es- 
pèces contraires  dont  il  faut  don- 
ner la  définiUon.  Quatre  cas  alors 
pourront  être  supposés,  puisque  la 
définition  de  chaque  esi)èce  se  com- 
pose du  genre  et  des  différences  : 
1*  Le  genre  est  le  même  et  les  dif- 
férences sont  contraires;  2«  le  genre 
est  différent  et  les  différences  sont 
les  mêmes;  S»  ou  le  genre  est  con- 
traire et  les  différences  sont  con» 
tratres;  4»  ou  enfin  le  genre  est  le 
même  et  les  différoaceB  sont  les 


mêmes.  Ce  quatrième  cas  n*est  pas 
possible  ;  car  alors,  les  espèces  sup- 
posées contraires,  ayant  mémo 
genre  et  mêmes  différences,  n'au- 
raient qu'une  seule  et  même  défi- 
nition ;  ce  qui  esl  absurde,  puisque 
les  contraires  ne  peuvent  avoir  la 
même  définition.  —  Dans  le  même 
genre^  I  •*'  cas.  •»  Ou  dane  un  genre 
contraire,  «•  cas.  —  Lee  différences 
sont  contraires  ou  identiques , 
comme  l*esi  le  genre*  —  Les  diffé- 
renées  seront  contraires^  i^'  cas 
complet.  —  Les  différences  seront 
les  mèmêê  et  (es  genres  contraires^ 


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LIVRE  VII,  CHAPITRE  IIL  279 

$  lo.  Il  faut  regarder  encore  aux  cas  et  aux  cohju- 
giiés  ;  rar  il  faut  nécessairement  que  les  genres  suivent 
lî's  genres,  et  les  définitions  les  définitions.  Par  exemple, 
si  Toubli  est  la  perte  de  la  science,  oublier  sera  perdre  la 
science,  avoir  oublié,  avoir  perdu  la  science.  En  accor- 
dant donc  l'une  quelconque  de  ces  choses,  il  faut  aussi 
accorder  toutes  les  autres.  Et  de  m^me,  si  la  destruction 
esl  la  dissolution  de  la  substance,  être  détruite  sera  être 
dissoute  pour  la  substance,  destructif  sera  dissolutif;  et 
si  destructif  est  dissolutif  delà  substance,  la  destruction 
sera  la  dissolution  de  la  substance.  Et  de  même,  poui' 
les  autres  termes  ;  de  sorte  que  Tune  quelconque  de  ces 
clioses  étant  admise,  il  faut  aussi  que  tout  le  reste  le 
soit. 

§11.1!  faut  voir  en  outrD  aux  clioses  qui  sont  dans  un 
rapport  de  ressemblance  entre  elles;  car  si  le  sain  est  ce 
qui  fait  la  sanlc,  le  fortifiant  sera  ce  qui  fait  Tembon- 
point,  et  Tulile  ce  qui  fait  le  bien;  car  chacune  des 
choses  citées  est,  n^lativement  à  sa  fin  propre,  dans  un 
rapport  semblable;  de  sorte  que  si  la  définition  de  Tune 
d'elles  est  d*accomplir  sa  fin  spéciale,  cette  définition,  à 
cet  égard ,  sera  semblable  pour  les  autres. 

§  12.  Il  faut  voir  aussi,  pour  le  plus  et  le  pareil,  en 
combien  de  sens  on  peut  établir  ces  rapports,  en  coni- 
payant  ces  choses  deux  h  deux.  Par  exemple,  si  telle  dé-* 
fiuiliun  est  plus  la  définition  de  telle  chosCi  qu«  telle 


9*  ras  compilât  — >  Tou$  dtux  nroni  mêmes. 

eonîrailTeêy  %•  CÊÈ,^Car  toui éêum  S  < ^-  H  T  >  ^  qtoatre 

ne  latiralefal  iirê  Im  mêmes,  4«  cas  d*abord  Ime  défiaitloa  et  un  défini , 

déclaré  absurde  et  Impossible.  puis  une  autre  déinition  ifac  im 

g  10.  Les gmrêê^U!SêéfÊÊlêe^%-  autre défliil. 


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280  TOPIQUES. 

autre  dëfinition  ne  l'est  de  telle  autre  chose,  et  que  la  dé- 
finition qui  semble  le  moins  l'être  le  soit  cependant,  il 
faudra  que  celle  qui  semble  Têtre  le  plus  le  soit  aussi. 
Si  Tune  l'est  également  pour  celle-ci,  et  l'autre  pour 
celle-là,  et  si  l'autre  convient  à  l'autre,  il  faudra  que 
la  définition  restante  convienne  à  la  chose  qui  reste. 
§  1 3.  Quand  il  s'agit  de  comparer  une  seule  définition 
à  deux  choses,  ou  deux  définitions  à  une  seule,  il  n'y  a 
pas  utilité  à  considérer  le  plus  ;  car  il  n'est  pas  possible 
qu'il  y  ait  une  seule  définition  pour  deux  choses,  non 
plus  que  deux  définitions  pour  la  même  chose. 


CHAPITRE  IV. 

Indication  générale  des  lieux  les  plus  4itiles. 

§  I.  Les  plus  commodes  de  tous  ces  lieux  sont  ceux 
qui  viennent  d'être  indiqués,  et  ceux  qui  se  tirent  des 
cas  et  des  conjugués.  Aussi  sont-cè  ceux-là  surtout  qu'il 
faut  connaître  et  avoir  à  sa  disposition;  car  ils  sont 


S  IS.  U  n>  a  plas  fci  que  trois 
termes  :  une  seule  définition  et  deux 
sujets,  ou  bien  deux  définitions  et 
un  seul  sujet 

g  1.  Qui  viewMni  d^iin  indi^ 
qué$.  Ceux  de  la  comparaison  des 
définis  et  des  définitions.  —  AinH 
quan  Va  dit  auparavani^  Voir 
plus  haut,  liv.  6,ch.6,  gS.—Pacius 
semble  croire  que  ce  chapitre  est 
une  tune  de  méthode  générale 
pour  toutes  les  questions  dialecti- 


ques »  bien  qu*Aristote  ait  dit  posi- 
Uvement,  liv.  1 ,  ch.  6,  g  a,  qa*il 
ne  peut  y  avoir  de  méthode  de  ce 
genre ,  ou  bien  qu'elle  serait  obs- 
cure et  d*un  emploi  presque  impos- 
sible. Il  me  semble  qu'il  ne  s'agît 
ici  que  de  la  définition  et  non  point 
des  autres  questions  dialectiques. 
Ces  préceptes  généraux  ne  se  rap- 
portent qu'à  cette  partie  de  hi  dla- 
lectiqueetnon  pointa  ladialecUque 
umt  entière. 


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LIVRE  Vil,  CHAPITRE  V.  281 

utiles  dans  le  plus  d'occasions.  Et  parmi  les  autres,  il 
faut  s'attacher  aux  plus  communs;  car  ils  sont  plus 
puissants  que  tous  les  autres.  Et ,  par  exemple,  il  faut 
regarder  en  particulier  à  chaque  cas  individuel  :  mais 
aussi  il  faut  voir  si  la  définition  convient  également  aux 
espèces,  puisque  l'espèce  est  synonynfe.  Ce  lieu  est  en« 
corc  utile  contre  ceux  qui  admettent  les  idées,  ainsi 
qu'on  l'a  dit  auparavant.  Il  faut  encore  voir  si  l'on  a 
pris  le  mot  par  métaphore,  ou  si  on  l'attribue  à  lui- 
même  comme  s'il  était  autre.  Et  s'il  y  a  encore  quelque 
autre  lieu  commun  et  énergique,  il  faut  s'en  servir. 


CHAPITRE  V. 

De  la  facilité  et  de  la  difCculté  des  argumentations. 

§  I.  On  verra  clairement,  par  ce  qui  sera  dit  plus 
loin,  qu'il  est  plus  facile  de  renverser  la  définition  que 
de  rétablir  ;  car  il  n'est  pas  aisé  de  découvrir  soi-même, 
et  d'obtenir  de  ceux  qu'on  interroge,  des  propositions 
du  genre  des  suivantes  :  par  exemple,  que  des  choses 
comprises  dans  la  définition  donnée.  Tune  est  genre  et 

9  1.  Dans  ce  chapiue,  an  con-  mise;  maisje  ne  la  crois  pas  bonne, 

traire ,  commencent  des  règles  gé-  et  l'on  sait  qu'elle  n*est  pas  d*Aris- 

nénles  qui  s'appliquent  à  toute  la  tôle  même.  ^  Par  ce  qui  nra  dii 

topique»  âi  toutes  les  questions  dia-  plus  loin.  Dans  tout  ce  cbapitreet 

lectiques;  et  il  semble  que  Ton  de-  particulièrement  g  a.  —  If  est  tm- 

vrait,  sinon  joindre  tout  ce  qui  va  possible  qu*il  y  ait  tyUogismê  de 

suivre  au  huiUème  livre,  du  moins  la  déjflnition,  et  encore  syllogisme 

en  faire  un  livre  à  part.  Jai  dû  res-  logique  comme  il  Ta  dit  plus  haut, 

pecler  la  division  généralement  ad-  cb.  8,  ft  S. 


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21»  TOPtQU£â. 

Tantré  dlfFdfonce,  et  que  le  genre  seul  et  les  (lifTéi-ences 
sont^attribiiés essentiellement  <iii  sujet.  Or,  sans  ces  pro* 
positions,  il  est  impossible  qu'il  y  ait  syllogisme  de  la 
définition;  caf  si  quelques  autres  clioscs  encore  sont  at<^ 
tributs  essentiellement  ait  sujet ,  ou  ne  sait  plus  si  c'est 
la  définition  dite  oU  une  autre  qui  convient  au  sujet, 
puisque  la  définition  est  Texpllcation  qui  exprime  Tes- 
sence  de  la  chose.  §  ^.  Voici  ce  qui  le  prouve  :  c  est 
qu'il  est  plus  facile  de  conclure  une  seule  chose  que  d'en 
conclure  plusieurs.  0^,  il  Suffit,  quand  on  réPute,  de 
détruire  un  seul  «Mëment  de  la  définition;  car  en  dé- 
truisant une  partie  quelconque,  nous  aurons  aussi  dé- 
truit toute  la  définition.  Au  contraire,  quand  ou  établit 
la  définition,  il  faut  démontrer  la  réalité  de  toutes  les 
chosrs  qui  sont  mises  dans  la  définition.  §  3.  Il  faut 
aussi,  quand  on  éablit  la  définition  ,  faire  une  conclu- 
sion univetiselle;  car  il  faut  que  la  dcfinihon  soit  appli- 
cable à  tout  ce  à  quoi  Test  le  mot;  et,  en  outre,  qu'il  y 
ait  rédprôcité,  et  que  le  mot  s'applique  à  fout  ce  à  quoi 
s'applique  la  définition,  s'il  faut  que  la  di*finitioa  don- 
née soit  spéciale  au  défini.  Quafid  on  réfute,  au  con- 
traire, il  n'est  pas  nécessaire  de  démontrer  universelle* 

%Z.  BiquêUmot  s'applique  à  défini  n'êêê  paê  MrûnU,  L'édiUoa 

tout  cê  à  quoi,  etc.,  L'édiUon  de  de  Berlin  dU  au  contraire  par  1*ar- 

Berlin  supprime  cette  phrase  et  la  tirmation  :  que  le  détint  est  attri- 

cile  sealeinent  dans  les  farltnies,  hué,  et  elle  cite  le  tette  oMiaalre 

d*après  un  manuscrit.  Oeite  paKie  dans  les  variante.  I*al  préféré  ecm- 

de  phrMe  tt*e»t  p«s  indispelisabhi  server  la  leçon  reçue  qui  peut  très^ 


au  sens,  mais  ftito  le  60B»plète  l»ien,  l)ii«n  se  justiBer  ansal  Les  i 

et  elle  doit  être  con^erfée.  —  Qu'U  crita  offretit  d^ailleors  ici  des  va- 

y  eût  réHprotité,  Au  sens  qui  a  été  riftntes  que  les  édileara,  M  Padiis 

expliqué  dans  la  phrase  précédente^  entre  autres,  ont  esnmies  et  dlaco- 

et  «omne  d*iiileurs  il  Inexpliqué  tt^.  Le  tsUuix  qu'ils  sot  Ikit  parait 

de  nouveau  dans  celle-ci.  «-  Q^iè  M  le  méill«rur  el  J*al  di  m'y  leoif  < 


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LIVRE  VII,  CHAPITRE  V.  %8 

ment  ;  car  il  suffit  de  montrer  que  la  définition  n*est 
pas  vraie  pour  l'une  des  choses  qui  sont  comprises  sous 
le  nom.  Et  quand  bien  même  il  faudrait  réfuter  nniver*> 
seliementy  il  ne  serait  pas  nécessaire  pour  réfuter  qu'il 
y  eût  réciprocité  ;  car  il  suffit ,  pour  réfuter  universelle- 
ment ,  de  montrer  que  la  définition  n'est  pa4  attribuable 
à  l'une  des  choses  auxquellr s  le  défini  est  attribué.  Mais 
il  n'est  pas  réciproquement  nécessaire  de  montrer  que 
le  défini  n'est  pas  attribué  aux  choses  auxquelles  la  dé** 
finition  ne  l'est  pas.  §  4*  ^^  ^^  p'tls,  tout  en  s'appli* 
quant  à  tout  le  défini,  la  définition,  si  elle  ne  s'applique 
pas  au  défini  seul ,  se  trouve  détruite  par  là  même. 

§  5.  Il  en  est  encore  ainsi  pour  le  propre  et  pour  le 
genre;  car  pour  les  deux,  il  est  plus  facile  aussi  dé  ren- 
verser que  d'établir.  §  fi.  Cela  est  évident  pour  le  propre, 
d'après  ce  qui  a  été  dit.  En  effet ,  comme  le  propre  est 
donné  le  plus  souvent  en  combinaison  avec  d'autres 
termes,  on  peut  le  réfuter  en  ne  détruisant  qu'un  seul 
élément  ^  tandis  que  nécessairement ,  quand  on  établit 
la  proposition ,  on  doit  prouver  tout  par  syllogisme. 
§  7.  Du  reste,  on  pourrait  dire  convenablement  du 
propre  presque  tout  ce  qui  s'applique  à  la  définition. 
Ainsi  il  faut,  quand  on  établit  la  thèse,  montrer  que  la 
chose  est  à  tout  ce  qui  est  compris  sous  le  mot,  tandis 
qu*il  suffit,  quand  on  réfute^  de  montrer  qu'elle  n'est 
pas  à  un  seul  terme  quelconque.  Et  si  le  propre  est  bien 


8  4.  Ei  de  plui ,  Paclus  trouve  quls^en  rapprochent  mais  ne  se  con- 

lout  ce  $  iDQlile.  fendent  pas  avec  elle. 

g  5.  Pour  U  propre  ei  pour  le  ft  6.  Diapré*  ee  qui  a  éii  M ,  en 

genre.  Après  la  déOuItlon  viennent  traitant  du  propre,  liv.  5. 

deux  noires  questions  dialeeUqoes  •  T.  ÀkêH  ^'om  Vu  M,  i  4. 


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284  TOPIQUES. 

à  tout  le  sujet ,  mais  qu'il  ne  soit  pas  à  ce  sujet  tout 
seul  9  on  a  par  cela  même  réfuté,  ainsi  qu'on  Ta  dit  éga- 
lement pour  la  (fefinition. 

§  8.  Quant  au  genre,  il  n'y  a  nécessairement,  quand 
on  a  démontré  qu'il  est  à  tout  le  sujet,  qu  une  seule 
façon  de  l'établir.  Mais  quand  on  réfute,  il  y  en  a  deux 
manières  ;  car  si  l'on  a  démontré  qu'il  n'est  à  aucune 
partie  du  sujet,  ou  qu'il  n'est  pas  à  quelque  partie  du 
sujet ,  on  a  détruit  le  genre  posé  dans  le  principe.  §  9.  De 
plus,  quand  on  établit  la  proposition,  il  ne  sufBt  pas  de 
montrer  que  le  genre  est  au  défini  :  mais  il  faut  aussi 
montrer  qu'il  lui  appartient  comme  genre.  Quand  on 
réfute,  il  suffit  de  montrer  qu'il  n'appartient  pas  à  quel- 
que partie  du  sujet,  ou  qu'il  n'est  à  aucune.  §  jo.  Il 
semble  que,  comme  en  toute  autre  chose  il  est  plus 
facile  de  détruire  que  de  faire,  ici  aussi  il  soit  plus  facile 
de  réfuter  que  d'établir  la  thèse. 

§  1 1.  Pour  l'accident,  il  est  plus  facile  de  le  réfuter 
universellement  que  de  l'établir.  £t,  en  effet»,  quand  on 
l'établit,  il  faut  montrer  qu'il  est  à  tout  le  sujet  ;  et  quand 
on  réfute,  il  sufBt  de  montrer,  pour  un  seul  terme,  que 
l'accident  ne  lui  appartient  pas.  Pour  le  discuter  parti- 
culièrement, c'est  tout  le  contraire;  car  il  est  plus  aisé 
ici  d'établir  que  de  réfuter  la  proposition.  Ainsi,  quand 
on  l'établit,  il  suffit  de  montrer  que  l'accident  est  à 
quelque  terme;  et  quand  on  réfute,  il  faut  montrer  qu'il 
n'est  à  aucun. 

§  12.  On  voit  clairement  pourquoi  le  plus  aisé  de 
tout,  c'est  de  réfuter  la  définition  ;  car  le  grand  nombre 
des  éléments  qui  la  forment  fournit  aussi  plus  de  don- 
nées pour  la  réfutation ,  et  le  syllogisme  se  forme  d'au- 


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LIVRE  VU,  CHAPITRE  V.  285 

tant  plus  vite  qu'on  a  plus  d'éléments.  Il  semble,  en 
effet,  que  l'erreur  est  d autant  plus  fréquente  que  le 
nombre  même  des  choses  est  plus  grand.  §  1 3.  De  plus, 
pour  la  définition ,  on  peut  aussi  la  combattre  par  les 
autres  moyens  indiqués;  car,  soit  que  l'explication  qu'elle 
donne  ne  soit  pas  propre  au  défini  ^  soit  que  le  terme 
attribué  ne  soit  pas  le  genre,  soit  que  quelqu'une  des 
choses  comprises  dans  la  définition  n'appartienne  pas 
au  défini,  la  définition  est  détruite.  Pour  les  autres 
questions,  au  contraire,  on  ne  peut  les  attaquer,  ni  par 
les  lieux  relatifs  aux  définitions,  ni  par  tous  les  autres. 
En  effet ,  il  n'y  a  que  les  lieux  relatifs  à  Taccident  qui 
soient  communs  à  toutes  les  questions  indiquées,  puis- 
qu'il faut  que  chacun  de  ces  termes  appartienne  au 
sujet.  Quant  au  genre,  il  peut  ne  pas  être  au  sujet 
comme  propre,  sans  pour  cela  être  détruit.  De  même, 
il  n'est  pas  nécessaire  que  le  propre  soit  au  sujet  comme 
genre,  et  l'accident  n'a  pas  besoin  d'y  être  comme  genre 
ou  comme  propre  ;  mais  il  faut  seulement  qu'il  y  soit. 
Ainsi  donc,  il  n'est  pas  possible  de  se  servir  des  argu- 
ments d'une  des  questions  contre  les  autres,  si  ce  n'est 
contre  la  définition;  donc,  il  est  évident  que  le  plus 
facile  de  tout,  c'est  de  réfuter  la  définition.  §  i4*  Et  le 
plus  difficile,  c'est  de  l'établir;  car  il  faut  prouver  d'abord 
tous  ces  éléments  par  syllogisme,  c'est-à-dire  que  toutes 
les  parties  énumérées  appartiennent  bien  au  sujet,  et 

S  18.  lAi  outrée  moytni  tful<-  le  caractèie  le  plus  géoéral  de  Tto- 

ijuis ,  Pour  le  propre ,  le  genre  et  cident. 

Taocideot ,  tandis  que  ces  trois  te^  S  i^«  Q^  touieê  les  parties  érm- 

mes  ne  sont  pas  réfutés  par  les  mérées  ^  L'édition   de  Berlin  ne 

moyens  indiqués  pour  la  définition,  donne  pas  toutes  dans  le  texte,  elle 

— Appartienne  au  sujet ,  Ce  qui  est  le  donne  seulement  en  variante. 


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380  TOPIQUEB. 

que  c'est  la  genre  qui  a  été  dooné,  et  que  rczpHcation 
est  propre  au  défini  ;  et  en  outre,  il  fiiut  prouver  que 
la  définition  exprime  bien  l'essence  de  la  chose;  ai  il 
&ut  faire  tout  cela  régulièrement. 

$  i5,  Parmi  les  autres  questions^  le  propre  est  le 
plus  semblable  à  la  définition  ;  car  il  est  plus  facile  de 
le  réfuter,  parce  qu'il  se  compose  ordinairement  de  plu* 
sieurs  éléments;  et  le  plus  difficile,  c'est  de  l'établir, 
parce  qu  il  faut  réunir  plusieurs  clu)ses:  et,  qu'en  outre, 
il  faut  prouver  qu'il  n  est  qu'au  seul  terme  en  question, 
et  qu'il  peut  être  pris  réciproquement  pour  la  chose 
dont  il  est  le  propre. 

§  16*  Le  plus  facile  de  tout  c'est  d'établir  l'accident  | 
car  pour  las  autres  questions,  il  faut  montrer  non-seu- 
lement que  1^  terme  indiqué  est  au  sujet,  mais  encore 
qu'il  y  est  de  telle  façon  :  pour  l'accident,  au  contraire, 
il  suffit  de  montrer  qu  il  y  est  d'une  façon  quelconque. 

§  17,  Le  plusdifticile  est  de  réfuter  lacoident,  parcre 
qu'on  y  donne  le  moins  possible  d  éléments,  puisqu'on 
n'ajoute  pas  pour  l'accident  comment  il  est  au  sujet.  Et 
dès  lors  pour  les  autres  questions ,  ou  peut  réfuter  de 
deux  façons,  en  montrant  que  le  terme  n  est  pas  au  su- 
jet,  ou  bien  qu'il  n'y  est  pas  de  telle  manière,  tandis  que 
pour  l'accident  on  ne  peut  réfuter  qu'en  montrant  qu'il 
n'est  pas  au  sujet. 

§  i8.  Nous  avons  donio  à  peu  près  énuméré  tous  les 
lieux  qui  fournissent  les  moyens  de  traiter  chacune  des 
questions  indiquées. 


t  SS.  Qu'il  y  ei(  â^ufM  façon    diquéêi.  Voir  liv.  1,  cb.  6.  Id  finU 
qiêêleongue^  Voir  plus  baut,  ft  13.    la  théorie;  le  Uvre  buiUdme  Irai» 
t  IS.  Chacune  dêê  qu9êtiùn$  {n-    lera  ds  Is  pratique 


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TOPIQUES. 


LIVRE  HUITIÈME. 

DE  LA  mATIQUB  DIALEGTIQCB. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Des  règles  de  rinterrogation. 

§  r.  Après  celai  ii  faut  traiter  de  l'ordre  c^  mettre 
dans  les  arguments^  et  dire  commeot  il  faut  interroger. 
La  première  chose ,  quand  ou  doit  faire  une  question, 
c'est  de  trouver  le  lieu  par  oîi  il  faut  s'y  prendre  ;  c'est 
ensuite^  d'interroger  en  soi-même  et  de  disposer  chaque 
cliose  à  part  soi  ;  et  enfin,  en  troisième  lieu,  d'exposer 
tout  cela  pour  celui  à  qui  l'on  s'adresse.  Jusqu'à  ce 
qu'on  ait  trouvé  le  lieu  nécessaire,  cette  recherche  ap- 
partient tout  aussi  bien  au  philosophe  qu'au  dialecti- 


D$  la  praîiqut  dialectique,  et  de  Ii  réponse* 
Alexandre  remarque  que  parfois  on        g  1.  On  a  déjà  dU  ataérieurê* 

intitulait  œ  livre  :  de  la  demande  et  meru^  dam  le  cours  des  six  livrai 

de  la  réponse  ;  ou  bien  :  de  Tordre  précédents. 


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288  TOPIQUES. 

cien.  Mais,  disposer  toutes  ces  choses,  et  ensuite  inter- 
roger, c'est  I  étude  spéciale  du  dialecticien;  car  tout  cela 
ne  s'adresse  toujours  qu'à  autrui.  Mais,  quant  au  phi- 
losophe et  à  celui  qui  étudie  pour  lui-même^  peu  im- 
porte, quand  les  choses  par  lesquelles  il  fait  le  syllogisme 
sont  vraies  ou  connues ,  que  celui  qui  répond  ne  les  ac- 
corde pas,  parce  qu'elles  seraient  voisines  du  principe, 
et  qu'il  pressentirait  la  conséquence  que  l'adversaire  en 
va  tirer.  Mais  peut-être  le  philosophe  prendra-t-il 
soin  que  les  axiomes  soient  les  plus  connus  possible  et  les 
plus  proches  de  la  question  ;  car  c'est  de  là  que  viennent 
les  raisonnements  qui  apprennent  réellement  quelque 
chose.  On  a  déjà  dit  antérieurement  d'où  il  faut  tirer  les 
lieux  propres  à  l'argumentation  ;  il  faut  maintenant  par- 
1er  de  l'ordre  qu'on  y  doit  mettre,  et  aussi  de  l'interroga- 
tion, après  avoir  indiqué  les  propositions  qui  peuvent 
être  prises  outre  les  propositions  nécessaires.  §  a.  On 
appelle  nécessaires  celles  dont  on  fait  le  syllogisme.  §  3. 
Celles  qui  sont  admises  outre  celles-là  sont  de  quatre 
espèces:  on  les  pose,  ou  en  vue  d'une  induction,  afin  que 
l'adversaire  accorde  l'universel,  ou  pour  grandir  l'ex- 
pression^ ou  pour  dissimuler  la  conclusion,  ou  pour 
éclaircir  la  discussion.  Il  n'y  a  point  à  prendre  d'auti^e 
proposition  après  celles-là  :  mais  c'est  par  celles-là 
seules  qu'il  faut  essayer  de  développer  la  discussion  et 
d'interroger  l'adversaire. 

§  4*  Celles  qui  dissimulent  ne  sont  faites  que  pour  le 
combat;  mais  puisque  toute  recherche  du  genre  de 
celle-ci  n'est  jamais  faite  que  dans  la  supposition  d  un 

S  i.  Celles  dofU  an  fait  le  syllo-    véritable  syllogisme  ou  simplement 
gUme^  que  ce  soit  d*ailleurs  uo    une  induciion. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  I. 

interlocuteur ,  il  est  nécessaire  de  se  servir  aussi  de 
propositions  qui  né  sont  pas  nécessaires. 

§  5.  Il  ne  faut  donc  pas  mettre  aussitôt  en  avant  les 
propositions  nécessaires  par  lesquelles  se  fait  le  syllo- 
gisme,  mais  il  faut  les  prendre  d'aussi  haut  qu'on  le 
peut.  Par  exemple,  si  l'on  pense  que  la  notion  des  con- 
traires soit  la  même,  et  que  l'on  veuille  soutenir  cette 
thèse,  il  ne  faut  pas  aller  directement  aux  contraires; 
il  faut  remonter  jusqu'aux  opposés  ;  car,  ceci  une  fois 
admis,  on  pourra  conclure  par  syllogisme  que  la  no- 
tion des  contraires  est  la  même,  puisque  les  contraires 
sontaussides  opposés.  Si  l'adversaire  n'accorde  pas  cela, 
il  faut  le  prendre  par  induction  en  s'adressant  à  des  con- 
traires particuliers;  car  il  faut  prendre  les  propositions 
nécessaires,  soit  par  syllogisme,  soit  par  induction,  ou 
bien  les  unes  par  induction  et  les  autres  par  syllo« 
gisme.  Quant  à  celles  qui  sont  de  toute  évidence,  il  ne 
faut  pas  moins  les  produire  ;  car  la  conséquence  à  con- 
clure est  toujours  plus  obscure,  quand  on  la  laisse  à  l'é- 
cart et  dans  l'induction.  Et  il  n'est  pas  moins  conve- 
nable d'avancer  ces  propositions  utiles  au  syllogisme, 
même  quand  on  ne  pourrait  les  obtenir  de  l'adversaire. 
§  6.  Cest  pour  ces  propositions  nécessaires  elles-mêmes 
quïl  faut  aussi  poser  les  propositions  subsidiaires,  et 
voilà  conmaent  Ton  doit  se  servir  de  chacune.  §  7.  Par 
l'induction,  l'on  passe  du  particulier  au  général,  et  du 
connu  à  l'inconnu.  Les  choses  de  sensation  sont  plus 
connues,  ou  absolument  parlant,  ou  du  moins  pour  le 
vulgaire.  §  8.  Il  faul,  quand  on  veut  dissimuler  sa  con- 

•  5.  B0monUrJu$qu^muD  oppoiéif  Voir  les  Catig^ries,  ch.  10. 

IV.  19 


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290  TOPIQDBS. 

dusion,  chercher  à  établir  par  des  prosyliogismes  les 
propositions  au  moyen  desquelles  on  prouvera  le  priu- 
cipe:  et  il  faudra  multiplier  ces  propositions  le  plus 
possible.  On  le  fera,  si  Ton  prouve  par  syllogisme,  non 
pas  seulement  les  propositions  nécessaires,  mais  aussi 
quelques-unes  des  propositions  subsidiaires  qui  leur 
sont  utiles. 

$  9.  Il  ne  faut  pas  non  plus  énoncer  les  conclusions 
des  prosyllogismes,  mais  il  faut  ensuite  les  donner  en 
masse;  car  c'est  ainsi  qu'on  s'éloignera  le  plus  de  la 
proposition  primitive.  $  10.  En  général,  il  faut  inter- 
roger, quand  on  veut  cacher  sa  pensée,  de  manière  que, 
toute  l'interrogation  étant  faite,  et  la  conclusion  même 
étant  donnée ,  l'interlocuteur  en  soit  encore  à  deman- 
der le  pourquoi  :  et  Ton  atteindra  surtout  ce  résultat 
par  la  méthode  qui  vient  d'être  indiquée.  En  effet,  ei^ 
n'énonçant  que  la  conclusion  extrême ,  l'interlocuteur 
ne  pourra  savoir  comment  on  l'obtient,  parce  qu'il  n'a 
pas  vu  préalablement  comment  on  y  arrive,  les  syllo- 
gismes antérieurs  n'ayant  pas  ^t^  posés  piem^ifes  à 
membres.  Le  syllogisme  de  la  conclusjon  extrême  a  en- 
core bien  moins  ses  membres  réguliers,  puisque  nous 
en  avons  donné,  non  pas  les  éléments  initiaux,  mais 
seulement  les  principes,  par  lesquels  le  syllogisme  de 
ceux4à  se  produit.  ^  11.  Il  est  utile  aussi  de  ne  pas 
prendre  d'une  manière  toute  continue  les  assertions 
dont  on  forme  les  syllogismes.  Il  faut  prendre  successi- 
vement des  assertions  qui  se  rapportent  à  des  conclu- 
sions différentes;  car,  en  plaçant  les  assertions  spéciales 
les  unes  auprès  des  autres,  la  conclusion  qui  en  doit  ré- 
sultersera  plus  évidente. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  I.  291 

.$  1 3.  U  faut  aussi,  pour  la  définition,  prendre,  quand 
on  le  peut,  la  proposition  universelle,  non  dans  les 
choses  même,  mais  dans  les  choses  de  même  ordre;  car 
les  adversaires  se  réfutent  eux-mêmes  quand  on  tire  la 
définition  d'une  chose  de  même  ordre,  parce  qu'ils  ne 
l'accordent  pas  universellement.  Par  exemple,  s'il  fal« 
lait  faire  accorder  cette  proposition  que  l'homme  en  co- 
lère désire  la  vengeance  à  cause  du  mépris  qu'on  a  fait 
de  lui,  et  que  l'on  se  fit  accorder  celle-ci  que  la  colère 
est  un  désir  de  vengeance  à  cause  du  mépris  manifesté, 
il  est  évident  que,  cette  proposition  une  fois  accordée,  on 
aurait  la  proposition  universelle  qu'on  cherche»  Mais 
quand  on  s'arrête  aux  choses  même  dont  il  s'agit,  il  ar- 
rive souvent  que  celui  qui  répond  refuse  les  propositions, 
parce  que  la  réfutation  lui  est  plus  facile  sur  ce  point  :  et 
il  soutient,  par  exemple,  que,  quand  on  est  en  colère,  on 
ne  désire  pastoujoqrs  la  vengeance  :  ainsi,  nous  pouvons 
bien  nous  emporter  contre  nos  parents,  et,  cependant, 
nous  ne  désirons  pas  les  punir.  I^Iais  peut-être  cette  ré- 
futation n'est  pas  très- vraie  ;  car,  dansi  certains  cas, 
c'est  une  vengeance  suffisante  quand  on  a  fait  du  cha- 
grin aux  gens,  et  qu'on  les  fait  repentir  de  leur  action» 
Cependant ,  il  y  a  dans  cette  objection  i^ne  apparence 
de  vérité,  qui  fait  que  ladversaire  qe  pai'iiîtra  pas  dérai- 
sonnable de  repousser  la  proposition  d'abord  avancée. 
Mais,  quant  à  la  définition  de  la  colère,  il  n'est  pas  aussi 
facile  d'en  trouver  la  réfutation. 

§  i3.  U  faut,  du  reste,  avancer  ces  propositions 
comme  si  c'était,  non  pour  la  chose  même,  mais  pour 
une  autre  chose;  car  l'adversaire  est  toujours  sur  ses 
gardes  pour  les  concessions  qui  peuvent  être  utiles  à  la 


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292  TOPIQUES. 

proposition.  $  i4-  En  un  mot,  il  faut  rendre  aussi  obs« 
cur  que  possible,  le  point  de  savoir  si  l'on  veut  prendre 
ou  la  chose  en  question  ou  l'opposée  ;  car  lorsque  ce  qui 
peut  être  utile  à  la  discussion  reste  obscur,  on  se  laisse 
aller  davantage  à  sa  véritable  opinion.  $  i5.  Il  faut  in- 
terroger aussi  par  la  ressemblance  ;  car  elle  peut  sufBre 
à  persuader,  et  cache  plus  les  choses  que  la  proposition 
universelle.  Par  exemple,  on  peut  dire  que,  de  même 
que  la  notion  ou  l'ignorance  des  contraires  est  unique, 
de  même  aussi  la' sensation  des  contraires  est  unique: 
ou  réciproquement,  puisque  la  sensation  des  contraires 
est  la  même,  la  science  Test  aussi.  Cela  ressemble  à  Tin* 
duction,  mais  cependant  ne  lui  est  pas  identique  ;  car, 
pour  l'induction,  on  tire  le  général  du  particulier  :  et, 
pour  les  semblables,  on  ne  prend  pas  le  terme  général 
sous  lequel  sont  compris  tous  les  semblables  ensemble. 
§  16.  Il  faut  aussi  faire  parfois  la  réfutation  contre 
soi-même  ;  car  ceux  qui  répondent  sont  tout  à  fait  sans 
défiance,  quand  on  paraît  présenter  les  arguments  avec 
loyauté.  $  1 7.  U  est  utile  encore  d'ajouter  que  ce  que 
l'on  soutient  est  habituel  ;  car  on  répugne  à  ébranler 
une  opinion  reçue,  quand  on  n'a  pas  de  réfutation  toute 
prête  :  et  précisément  parce  qu'on  est  bien  obligé  de 
se  servir  soi-même  d'arguments  dé  ce  genre,  on  se 
garde  de  les  repousser.  §  18.  Il  ne  faut  pas  non  plus 
montrer  trop  d'ardeur  pour  un  argument  tout  utile 
qu'il  peut  être;  car  l'adversaire  résiste  davantage  quand 

S  15.  Quê  la  propo$U(an  uni-  de  sens  n^est  causée  que  par  le 

veriéUe,  L^éditîon  de  Berlin  donne  changement  d*une  lettre  ;  et  je  crois 

un  sens  tout  contraire  à  oelui-tii  :  que  ce  n^est  qu*uDe  fonte  d'iropres- 

ia  proposition   universelle  cache  sion.  La  pensée  ne  peut  d^allleun 

mieux  les  choses.  Cette  différence  offrir  de  doute. 


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LIVRE  YIII,  CHAPITRE  I.  293 

il  remarque  un  si  vif  empressement.  §  19.  Il  faut  en- 
core n  avancer  son  opinion  que  comme  une  compa- 
raison ;  car  on  accorde  plus  aisément  ce  qui  est  avancé 
non  pour  soi,  mais  pour  autre  chose.  §  20.  Il  ne  faut 
pas  non  plus  avancer  directement  la  chose  qui  doit 
être  posée,  mais  ce  dont  celle-là  est  la  conséquence  né- 
cessaire. L'adversaire  accorde  plus  facilement  ce  qu'on 
lui  demande,  parce  que  la  conséquence  qui  doit  en  ré- 
sulter n'est  pas  alors  aussi  évidente  :  et  en  prenant 
l'un,  on  prend  aussi  l'autre.  §  ai.  Ce  n'est  qu'en  der- 
nier lieu  qu'il  faut  demander  ce  qu'on  veut  par-dessus 
tout  obtenir;  car  l'adversaire  repousse  surtout  les 
premières  choses  qu'on  lui  demande,  parce  que  la  plu- 
part de  ceux  qui  interrogent  énoncent  tout  d'abord  les 
choses  qui  les  préoccupent  le  plus.  §  aa.  A vesc  certains 
interlocuteurs,  il  faut  tout  d'abord  avancer  ces  choses-là 
précisément;  car  les  gens  à  difficultés  accordent  sur- 
tout les  premières  choses,  quand  la  conclusion  qui  doit 
résulter  n'est  pas  fort  évidente  :  mais  ils  fout  des  diffi- 
cultés à  la  fin.  Et  de  même  font  ceux  qui  se  piquent 
d'être  fins  dans  leurs  réponses;  car,  après  avoir  fait  de 
nombreuses  concessions,  ils  élèvent  des  arguties  vers  la 
fin,  en  prétendant  que  la  conclusion  ne  sort  pas  des  don- 
nées admises.  Us  concèdent  au  contraire  sans  peine, 
se  fiant  à  leur  talent,  et  supposant  toujours  qu'il  ne  leur 
arrivera  rien  de  fâcheux.  §  a3.  Il  faut  encore  allonger 
la  discussion,  et  ajouter  bien  des  choses  qui  ne  sont  pas 
utiles  au  sujet,  comme  ceux  qui  tracent  de  faux  dessins; 
car,  lorsque  les  choses  sont  si  nombreuses,  on  ne  sait 
pas  au  juste  dans  laquelle  est  l'erreur.  Aussi  parfois  ceux 
qui  interrogent  ne  s'aperçoivent  pas  qu'ils  ont  avancé 


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294  TOPIQUES, 

dans  cette  obscurité  des  choses ,  qui,  présentées  en  soi, 
n'auraient  pas  été  accordées  certainement.  §  24-  li  faut 
donc  se  servir  des  moyens  qui  viennent  d'être  indiqués 
pour  cacher  sa  peiisée. 

$  a5.  Pour  l'orner,  au  contraire,  il  faudra  recourir 
à  l'induction,  et  à  la  division  des  choses  de  même  genre. 
On  voit  clairement  ce  qu'est  l'induction.  La  division 
c'est,  par  exemple ,  de  dire  que  telle  science  est  meilleure 
que  telle  autre  science,  ou  parce  qu'elle  est  plus  exacte, 
ou  parce  que  le  sujet  en  est  plus  élevé;  c'est-à-dire  que 
parmi  les  sciences  les  unes  sont  théoriques,  les  autres 
pratiques,  et  d'autres  productives.  Giacune  de  ces 
choses,  en  effet ,  embellit  le  discours ,  mais  elles  ne 
sont  pas  nécessaires  à  dire  pour  la  conclusion  qu'on 
poursuit. 

§  !i6.  Pour  éclairer  la  discussion,  ce  sont  des  exem- 
ples et  des  comparaisons  qu'il  faut  prendre.  Il  faut 
choisir  des  exemples  familiers,  tirés  de  choses  que  nous 
connaissons,  comme  fait  Homère,  et  non  comme  fait 
Chœrile  ;  car  de  cette  façon  ce  qu'on  a  avancé  devient 
plus  clair. 


$  ai.  Pour  cacher  ca  pcniéCf  $  M.  Pour  éclairer  kt  êiccfiê^ 

voir  plus  haut ,  S  3.  i toi»,  voir  plus  haut ,$$.—£<  fion 

$  as.  Le$  unes  sont  théoriqueSf  comme  Chœrile  ^  mauvais  poète  du 

voir  plus  haut ,  liv.  7,  ch.  1 , 8  10.  rf  siècle  av.  J.-G. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITBE  II.  295 


CHAPITRE  II. 

Suite  des  rè^es  de  rinterrogation  :  de  remploi  du  syllogisme 
et  de  riûdactioQ  suivant  les  interlocuteurs. 

§  I.  U  faut  quand  on  discute  se  servir  du  syllogisme 
plutôt  avec  les  dialecticiens  qu'avec  le  vulgaire;  et  au 
contraire,  il  faut  se  servir  plutôt  de  Tinduction  avec  le 
vulgaire.  On  a  déjà  parlé  de  cela  précédemment.  §  n. 
Dans  certains  cas,  il  est  possible  en  interrogeant  de  de- 
mander l'universel  par  voie  d'induction  ;  dans  certains 
cas,  cela  n'est  pas  facile  parce  qu'il  n'y  a  pas  un  nom 
commun  pour  toutes  les  ressemblances.  Mais  quand  il 
faut  obtenir  l'universel,  c'est  de  cette  façon,  dit-on, 
qu'il  faut  procéder  pour  toutes  les  choses  de  ce  genre  ; 
or  il  est  extrêmement  difficile  de  déterminer  quelles 
sont,  parmi  les  choses  avancées,  celles  qui  sont  telles 
qu'on  le  dit,  et  celles  qui  ne  le  sont  pas  :  et  c'est  là  ce 
qui  fait  souvent  qu'on  se  querelle  dans  les  discussions, 
les  uns  soutenant  que  des  choses  qui  ne  sont  pas  sem- 
blables le  sont,  d'autres  doutant  que  des  choses  sembla- 
bles le  soient.  Il  faut,  pour  éviter  ces  embarras,  essayer 
de  forger  soi-même  des  mots,  afin  que  celui  qui  répond 
ne  conteste  pas  que  ce  qui  est  énoncé  soit  dit  sembla  - 


g  1 .  On  a  d4Jà  parlé  de  cela  pré-  «oi-m^«  dêi  moli,  expédient  qu'il 

eédemmeni ,  voir  plus  haut,  liv.  i,  a  d^  recommandé  pour  bien  com- 

ch.  la,  g  S  ei  passim.  prendre  la  nature  des  relatife,  Caié 

%  jt.  C9êi  de  etiU  façon,  c'est^  gwriêM,  cb.  7,  g  11,  etdontil  a  faU 

à-dire  par  l'induction,  —  Forger  lui-même  usage  plusieurs  fois. 


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296  TOPIQUES, 

blementy  ni  que  celui  qui  interroge  puisse  chicaner 
sur  la  ressemblance,  attendu  que  beaucoup  de  choses 
paraissent  dites  seniblablement  qui  cependant  ne  le 
sont  pas. 

$  3.  Lorsque,  après  une  induction  faite  pour  plusieurs 
termes,  l'adversaire  ne  donne  pas  Tuniversel,  il  est  juste 
alors  de  demander  à  l'adversaire  son  objection.  Si  Ton 
n'a  pas  désigné  soi-même  pour  quels  termes  il  en  est 
ainsi,  il  n  est  pas  juste  de  demander  pour  quels  termes 
il  n'en  est  pas  ainsi;  car  ce  n'est  qu'après  avoir  fait 
d'abord  cette  induction,  qu'on  peut  réclamer  l'objec* 
tion  de  l'adversaire.  $  4-  ^^  ^^^^  P^ut  demander  qu'on 
ne  fasse  porter  les  objections  sur  le  sujet  lui-même, 
que  dans  le  cas  où  ce  sujet  serait  le  seul  de  cette  façon, 
comme  la  dyade  qui  est  le  seul  nombre  premier  parmi 
les  nombres  pairs;  car  il  faut  que  celui  qui  fait  l'ob- 
jection la  fasse  porter  sur  une  autre  chose,  ou  qu'il  pré- 
tende que  le  sujet  en  question  est  le  seul  qui  soit  de 
cette  façon. 

§  5.  Quant  à  ceux  qui  réfutent  en  faisant  porter 
l'objection  non  sur  la  chose  même,  mais  sur  un  homo- 
nyme, et  par  exemple,  qui  soutiennent  qu'on  peut  avoir 
une  couleur  qui  n'est  pas  la  sienne,  ou  le  pied,  ou  la 
main,  comme  le  peintre  pourrait  avoir  une  couleur  qui 
n'est  pas  à  lui,  et  le  cuisinier  un  pied  qui  ne  lui  appar- 
tient pas,  il  faut  pour  interroger  ces  gens-là  faire  la 
division;  car  tant  que  Thomonymie  reste  cachée,  l'ob- 

$  3.  FaUê pour  plusiêurê  termes^  n*étan t  divisible  que  par  lui-même 

et  qu'il  serait  inutile  de  foire  pour  et  ruuité. 

tous ,  l'induction  ne  parcourant  ja-  §  5.  Qui  n^est  poi  »iêrm$f  qui 

mais  la  totalité  des  cas  particuliers,  n'appartient  pas  à  Tindividu  dont 

$  A.  Le  $eul  nombre  premier ,  on  parle,  et  qu'il  a  cependant 


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LIVRE  VllI,  CHAPITRE  IL  297 

jection  à  la  proposition  paraîtra  bonne.  $  6.  Si  au  con- 
traire l'objection  faite,  non  plus  sur  un  homonyme 
mais  bien  sur  la  chose  même,  est  de  nature  à  empêcher 
toute  question,  il  faut,  en  retranchant  la  partie  atteinte 
par  la  réfutation,  soutenir  le  reste  de  la  proposition 
en  la  faisant  générale,  jusqu'à  ce  qu'on  ait  obtenu  un 
terme  qui  puisse  servir,  comme  dans  cet  exemple  : 
L'oubli,  et  avoir  oublié  ;  car,  les  adversaires  n'accor- 
dent pas  que  celui  qui  a  perdu  la  science  ait  oublié, 
parce  que,  disent-ils,  la  chose  étant  disparue,  on  a  bien 
perdu  la  science,  mais  on  ne  l'a  pas  oubliée.  Il  faut  dans 
ce  cas  soutenir  le  reste  de  la  proposition,  en  retran- 
chant ce  sur  quoi  porte  la  réfutation  :  et  par  exemph^  dire 
que  si  la  chose  subsistant  on  en  a  perdu  la  science,  c'est 
qu'alors  on  Ta  oubliée.  Et  de  même  encore  pour  ceux 
qui  réfutent  cette  proposition  que  le  mal  plus  grand 
est  opposé  au  bien  plus  grand;  car  ils  soutiennent  qu'à 
la  santé  qui  est  un  moindre  bien  que  la  force,  un  mal 
plus  grand  est  opposé,  attendu  que  la  maladie  est  un 
mal  plus  grand  que  la  faiblesse  de  constitution.  Il  faut 
donc  faire  disparaître  ici  aussi  ce  sur  quoi  porte  la  ré- 
futation; car,  ceci  retranché,  l'adversaire  accordera 
mieux  la  proposition  :  et  dans  l'exemple  cité,  il  faudra 
dire  qu'un  mal  plus  grand  est  opposé  à  un  plus  grand 
bien,  quand  l'un  n'implique  pas  l'autre,  comme  la  force 
de  constitution  implique  la  santé.  §  7 .  Non  seulement 

t  6.  VcMi  et   awfir  oublié ,  tre  lui ,  oommo  la  restriction  de  la 

foir  plus  haut,  lin.  7,  ch.  3  ,  ft  10,  fin  du  ft  6.  —  la  propo9iHon  dia- 

et  surtout ,  Demiert  Analyiiqueê,  leetique  est  c«ito,....  il  en  a  donné 

liv.  1,  cb.  6,  S  7.  une  définition  beaucoup  plus  Juste 

g  7.  Queiqm  ehoie  dé  pareil  ^  etbeaucoup  plus  spéciale,  voir  plus 

une  oonséquenoe  qui  tournera  con-  haut ,  liv.  1,  cb.  10,  §  S. 


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298  TOPIQUES. 

il  faut  faire  cela  quand  Tadversaire  oppose  des  objec- 
tions, mais  même  lorsque,  sans  élever  d  objection,  il 
nie  la  proposition  avancée,  prévoyant  bien  quelque 
chose  de  pareil.  En  effet,  quand  on  a  fait  disparaître 
ce  sur  quoi  porte  ^objection,  l'adversaire  sera  forcé 
d'admettre  la  proposition  initiale,  parce  qu'il  n'aura  pas 
découvert  dans  le  reste  une  partie  qui  ne  serait  pas 
ainsi  qu'on  l'a  dit  :  et  s'il  ne  l'admet  pas^  il  sera  hors 
d*état,  quand  on  lui  demandera  son  objection,  de  pouvoir 
en  donner  une.  Ces  propositions,  du  reste,  sont  celles 
qui  sont  à  moitié  vraies  et  à  moitié  fausses;  car  on  peut, 
en  enlevant  une  partie,  ne  laisser  que  ce  qui  est  vrai 
dans  ces  propositions.  Que  si ,  lorsqu'on  étend  son  as- 
sertion à  plusieurs  choses,  l'adversaire  n'élève  pas  d'ob- 
jection, il  faut  penser  qu  il  l'a  admise  ;  car  la  propo- 
sition dialectique  est  celle  qui,  s'appliquanl  ainsi  à 
plusieurs  choses,  n'a  point  subi  d'objection. 

§  8.  Quand  on  peut  conclure  syllogistiqucment  une 
même  chose,  soit  sans  la  réduction  à  l'absurde,  soit  par 
réduction  à  l'absurde,  peu  importe,  si  l'on  démontre  et 
qu'on  ne  discute  pas  dialectiquement,  de  faire  le  syllo- 
gisme de  Tune  ou  l'autre  façon.  Mais  quand  on  discute 
contre  quelqu'un,  il  ne  faut  pas  se  servir  du  syllogisme 
par  l'absurde;  car  l'adversaire  ne  peut  contester,  quand 
on  conclut  sans  réduction  à  l'impossible.  Mais  quand, 

%  s.  Réduction  à  rabiwrâê,Yo\T  posée  tout  au  long  dans  le  Traité 

toute  cette  théorie,  PrwiierM  Ana-  de  la  Démonstration,  dans  les  Der- 

lytiqueêf  llv.  1  ch.  8,  §0;  ch.  S3,  g  S;  nier$  Analytiquêi  -^  Canire  quel- 

ch.  44,§S,  llv.S,cb.lS,etll0rn<ar<  qu^un,  les  éditions  ordinaires  ne 

Analytiquet,\\y.  i,ch,%^.^SiV(m  donnent  pas  ces  roots  que  J*em- 

démamre ,  si  Ton  travaille  phitoso-  pninte  à  Tédition  de  Berlin ,  et  qui 

pbiquement,  c'est-à-dire,  en  cber-  complètent  le  sens ,  bien  qu'ils  n'y 

chaut  le  vrai  d'après  la  méthode  soient  pas  indispensables. 


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LIVRE  Vin,  GHAI^ITRE  II.  299 

aa  contraire  y  on  a  conclu  par  Tabsurde,  si  Terreur 
n'est  pas  parfaitement  manifeste,  l'adversaire  soutient 
qu'il  n'y  a  pas  d'absurdité:  et  alors  ceux  qui  interrogent 
n'en  viennent  pas  du  tout  oii  ils  veulent. 

§  9.  Il  faut  avancer  les  assertions  qui  sont  le  plus 
ordinairement  de  la  façon  qu'on  dit;  car  alors,  ou  la  ré- 
futation n'est  pas  du  tout  possible,  ou  bien  il  n'est  pas 
facile  de  la  découvrir  à  première  vue.  En  effet,  ne  pou- 
vant pas  voir  les  choses  pour  lesquelles  il  n'en  est  pas 
ainsi,  l'adversaire  accepte  l'assertion  comme  étant  vraie. 

§  10.  Du  reste  il  ne  faut  pas  de  la  conclusion  faire 
une  question  :  sinon,  dans  le  cas  011  l'adversaire  la  nie, 
il  semble  ne  plus  y  avoir  de  syllogisme;  car  souvent 
même,  sans  qu'on  fasse  d'interrogation,  et  en  présen- 
tant la  proposition  comme  conséquence  de  ce  qui  pré- 
cède, les  adversaires  la  nient;  et  en  faisant  cela,  ils  ne 
paraissent  même  pas  être  réfutés,  pour  ceux  qui  n*ont 
pas  pressenti  la  conclusion  des  données  admises.  Loi*s 
donc  que,  même  sans  avoir  dit  que  c'est  la  conclusion , 
on  interroge,  et  que  l'adversaire  répond  négativement, 
il  semble  qu'il  n'y  ait  pas  du  tout  de  syllogisme. 

§  II.  Toute  proposition  universelle  ne  semble  pas' 
toujours  être  une  proposition  dialectique  :  par  exemple, 
qu'est-ce  que  l'homme?  En  combien  de  sens  entend-on 
le  bien?  La  pi*oposition  dialectique  est  celle  h  laquelle 
on  peut  répondre  oui  ou  non;  maison  ne  le  peut  pour 
celles  qu'on  vient  d'énoncer.  Aussi  ces  questions-là  ne 
sont-elles  pas  dialectiques,  si  l'on  n'a  point  soi-même 
défini  ou  divisé  en  disant,  par  exemple  :  Le  bien  est-il 

S  11.  Un»  prapoiitUm  diaiêoii-  passages  cités  en  noie  sur  les  dé- 
quBj  voir  Hv.  1,  eh.  10  et  tons  les    finitions  qu'en  a  données  Aristote- 


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300  TOPIQUES. 

dit  dans  tel  ou  tel  sens?  car  la  réponse,  dans  ce  cas,  est 
très^facile,  soit  qu'on  affirme,  soit  qu'on  nie.  Aussi  est*'ce 
sous  cette  forme  qu'il  faut  tâcher  d  avancer  les  propo- 
sitions de  ce  genre.  Il  est  peut-être  aussi  également 
loyal  de  ne  demander  en  combien  de  sens  on  entend  le 
bien,  que  lorsque,  ayant  fait  une  division  et  avancé  une 
proposition,  l'adversaire  ne  Taccorde  pas. 

§  la.  Celui  qui  pendant  longtemps  se  borne  à  faire 
une  seule  question  interroge  mal;  car  une  fois  que 
celui  qui  a  interrogé  a  répondu  à  ce  quon  lui  deman- 
dait, il  est  clair,  ou  qu'on  lui  demande  plusieurs  choses 
à  la  fois,  ou  plusieurs  fois  les  mêmes  choses,  de  sorte 
que,  ou  c'est  une  vaine  plaisanterie ,  ou  bien  l'on  ne 
fait  pas  de  syllogisme;  car  le  syllogisme  se  compose 
toujours  de  peu  d'éléments.  Si  l'adversaire  ne  répond 
pas,  pourquoi  alors  ne  pas  le  reprendre  et  ne  pas  cesser 
la  discussion  ? 


CHAPITRE  111. 

De  la  facilité  ou  de  la  difficulté  des  argumentations. 

$  I  •  Il  est  difiicile  d'attaquer  et  facile  de  défendre 
les  mêmes  suppositions  ;  et  ces  suppositions  sont  celles 

S  IS.  Pourquoi  alari  ne  pas  h  celui  qui  précède  et  modifier  un 

reprendre  ^yà\  préféré  avec  Pacius  pea  le  sens  comme  il  suit  :  il  esl 

et  Sjflborge,  la  forme  InterrogailTe.  clair....  que  l'adversaire  n'est  point 

L'édition  de   Berlin   conserve  la  arrêté  et  qu'il  continue  la  discus- 

forme  simple^  et  alors  il  font  Aire  sion. 

dépendre  ce  membre  de  pbrase  de  i  t.  il  eit  impossible  de  rien 


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LIVRE  y III,  CHAPITRE  IIL  SOI 

qui  naturellement  sont  les  premières  et  les  dernières. 
Les  propositions  premières  ont  besoin  de  définition  ;  et 
les  dernières  sont  conclues  après  beaucoup  d'autres, 
quand  on  veut  prendre  la  série  continue  des  arguments 
à  partir  des  premières:  ou  bien  les  arguments  paraissent 
sophistiques,  puisqu'il  est  impossible  de  rien  démontrer 
si  l'on  ne  commence  par  les  principes  propres  au  sujet, 
et  si  l'on  ne  va  jusqu'aux  detniers  termes.  Ceux  donc 
qui  répondent  ne  croient  pas  devoir  définir,  et  ils  n'é« 
coûtent  pas  celui  qui  interroge  quand  il  définit.  Or, 
lorsqu'on  ne  voit  pas  clairement  ce  qu'est  le  sujet,  il 
n'est  pas  facile  d'attaquer  la  proposition,  et  cela  sepré« 
sente  surtout  pour  les  principes;  car  c'est  au  moyen 
des  principes  que  le  reste  est  démontré,  tandis  qu'eux 
ne  peuvent  l'être  par  d'autres  termes.  H  faut  donc  né- 
cessairement qu'on  ne  connaisse  chacun  d'eux  que 
par  la  définition. 

$  a.  liCS  propositions  qui  sont  très-rapprochées  du 
principe  sont  aussi  difficiles  à  attaquer;  car  on  ne 
peut  pas  trouver  beaucoup  d'ai^uments  contre  elles, 
parce  qu'il  y  a  peu  de  termes  entre  elles  et  le  principe; 
et  c'est  par  ces  termes  qu'il  faut  nécessairement  démon- 
trer tout  ce  qui  vient  ensuite.  §  3.  Les  plus  difficiles  à 
attaquer  de  toutes  les  définitions,  sont  précisément  celles 
qui  se  servent  de  mots  dont  il  est  incertain  de  dire  tout 
d'abord,  s'ils  sont  pris  dans  un  sens  absolu  ou  dans  plu- 
sieurs sens,  et  dont,  en  outre,  on  ne  sait  s'ils  sont  em- 
ployés par  celui  qui  définit ,  soit  absolument,  soit  par 
métaphore.  Précisément  par  ce  q'uils  sont  obscurs,  il  n'y 

difhoninr^  c'est  tonte  It  docuine  cb.  6  et  sul?.  Bile  peal  trouver  st 
des  Oaffiieff  inolyriguM,  IW.  1 ,    place  iiK^me  en  dialectique. 


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302:  .  TOPIQUBS. 

a  pas  d'argument  contre  eux,  et  Ton  ne  saurait  les  atta- 
quer à  ce  titre,  parce  qu'on  ignore  si  ces  mots  sont 
obscurs  uniquement  parce  qu'ils  sont  pris  par  méta- 
phore. 

§  4*  £n  général,  pour  toute  question  qui  est  difficile 
à  attaquer,  il  faut  supposer,  ou  qu'elle  a  besoin  d'être 
déBnîe,  ou  que  c'est  une  des  choses  à  plusieurs  sens  ou 
une  des  choses  à  sens  métaphorique,  ou  bien  qu'elle 
n'est  pas  loin  des  principes,  ou  bien  enfin  que  notre 
doute  vient  uniquement  de  ce  que  nous  ne  savons  pas 
à  quel  de  tous  les  titres  énumérés  ici,  cet  objet  nous  l'ins- 
pire. En  effet,  une  fois  fixés  sur  la  manière  dont  cette 
question  est  difficile,  il  est  évident  qu'il  faut  ou  définir^ 
ou  diviser,  ou  rétablir  les  propositions  intermédiaires; 
car  c'est  par  elles  qu'on  démontre  les  plus  reculées. 

§  5.  Quand  la  définition  n'a  pas  été  bien  donnée^  il 
y  a  bien  des  thèses  qu'il  n'est  pas  facile  de  discuter  9U 
d'attaquer ,  celle-ci ,  par  exemple  :  Une  seule  chose 
a-t-elle  un  ou  plusieurs  contraires?  Mais  une  fois  que 
les  contraire^  sont  déBnis  comme  il  faut^  il  est  &cile 
d'eu  conclure  si  une  même  chose  peut  ou  non  avoir  un 
ou  plusieurs  contraires.  Et  de  même  pour  toutes  les 
propositions  qui  ont  besoin  de  définition.  ^  6.  Dans  les 
mathénoatiques  même,  il  y  a  aussi  certaines  choses  qui 


$  y  ai  mm  même  e^M,  Pidtts  çttieoujM,...  la  flgare?flenit  un  qiift- 

a  le  pluriel  :  les  mêmes  choses.  Le  drilatèie  recuagle  partagé  par  une 

singulier  que  doDue  l'édUion  de  ligne  parallèle  à  Tun  des  côtés.  Le 

Berlin  est  préférable  ;  elle  ne  semble  eélé  et  Taire  du  rectangle  seraient 

pas  d'ailleurs  connaître  l'autre  va-  divisés   proportionuellenent ,  ou 

riante  que  donnent  cependant  des  même  également  Si  la  ligne  coupe 

manuscrits.  le  côté  au  quart,  Taire  partielle 

S  6.  C0  théorème  :  que  la  droite  sera  le  quart  de  Taire  totale. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  III.  303 

ne  paraissent  difficiles  à  démontrer  que  parle  défaut  de 
définition  :  par  exemple,  ce  théorème  :  que  la  droite  qui 
coupe  par  le  côté  la  surface,  divise  également  la  ligne 
et  Taire  de  la  figure.  Mais,  la  définition  une  fois  donnée, 
la  chose  est  sur-le-champ  évidente;  car  les  lignes  et  les 
aires  éprouvent  la  même  soustraction,  et  cette  défini- 
tion s'applique  de  part  et  d'autre  à  la  même  idée.  En 
général,  les  premiers  éléments,  quand  les  définitions 
ont  été  données,  comme  celle  de  la  ligne  et  du  cercle, 
sont  faciles  à  démontrer,  sans  compter  qu'il  n'y  a  pas 
beaucoup  d'arguments  possibles  contre  chacun  d'eux, 
parce  qu'il  n'y  a  pas  beaucoup  d'intermédiaires.  Mais  si 
l'on  ne  donne  pas  les  définitions  des  principes,  les  atta- 
quer devient  difficile  et  même  tout  à  fait  impossible  ; 
et  il  en  est  de  même  pour  les  termes  qu'on  fait  entrer 
dans  les  définitions. 

§  7«  Il  ne  faut  donc  pas  oublier,  quand  la  proposition 
est  difficile  à  attaquer,  qu'elle  présente  Tun  des  défauts 
qui  viennent  d'être  indiqués.  §  8.  Quand  il  est  plus  dif- 
ficile de  discuter  contre  l'axiome  et  contre  la  proposi- 
tion que  contre  la  thèse,  on  peut  douter  s'il  faut  ou  non 
poser  les  choses  mêmes;  car  si  on  ne  les  pose  pas ,  et 
qu'on  prétende  les  discuter,  ce  sera  plus  difficile  que  ce 
qui  avait  d'abord  été  donné  ;  et  si  on  les  pose ,  on  tirera 
sa  croyance  de  choses  moins  croyables.  Si  donc  on  ne 
veut  pas  rendre  la  question  plus  difficile,  il  faut  poser 
la  thèse,  et  si  l'on  peut  raisonner  par  des  principes  plus 
connus,  il  ne  faut  pas  la  poser.  Ou  bien  ne  doit-on  pas 


t  s.  Qvand  on  OfqmiMi,  quand  die  pour  sMnstraire,  on  bien  qu*on 
on  étudie  phiioBophiquement  par  la  enseigne  à  un  autre ,  en  ne  recher-* 
méthode  analiUque»  soit  qu*oa  étu-     chant  que  les  principes  vrais. 


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i 


304  TOPIQUES, 

dire  qu'il  ne  faut  pas  la  poser  quand  on  apprend,  si  la 
thèse  n'est  pas  plus  connue,  mais  qu'il  faut  la  poser 
quand  on  s'exerce,  pourvu  qu'elle  semble  vraie?  Il  est 
donc  évident  qu'il  ne  faut  pas  indifféremment  poser  la 
thèse,  selon  qu'on  interroge  ou  qu'on  enseigne. 

§  9.  Ce  qu'on  vient  de  dire  suffit  à  peu  près  pour 
montrer  comment  il  faut  faire  les  questions  et  les  dis- 
poser. 


CHAPITRE    IV. 

Règles  générales  de  la  réponse  et  de  Tinterrogation  :  devoirs 
et  bat  des  deux  adversaires. 

§  I.  Quant  à  la  réponse,  il  faut  fixer  d'abord  ce  que 
doit  faire  celui  qui  répond  bien,  de  même  que  ce  que 
doit  faire  celui  qui  interroge  bien.  $  2.  Il  faut  que  ce- 
lui qui  interroge  pousse  la  discussion,  de  manière  que 
celui  qui  répond  lui  réponde  les  choses  les  plus  insou- 
tenables possible,  d'après  les  données  nécessaires  de  la 
question.  §  3.  Et  celui  qui  répond  doit  faire  en  sorte 
que  ce  qu'il  dit  d'impossible  ou  de  paradoxal  paraisse 
venir,  non  pas  de  lui,  mais  de  la  question  même;  car 
c'est  peut-être  une  erreur  toute  différente  de  poser  d'a- 
bord ce  qui  ne  doit  pas  être  posé,  et  de  ne  pas  défendre 
comme  il  faut  ce  qui  a  été  posé. 


S  0.  Comment  U  faut  faire  lê$       ft  1.  Quant  à  la  réponM^  le- 
queitioM  et  l^  diipoier,  c^est  la    oonde  partie  de  ce  livre, 
première  partie  de  ce  livre.  t  S.  jyimpot9iM$ ,  d'absurde. 


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IIYRE  Ytll,  CHAPITRE  Y.  305 


CHAPITRE  V. 

Manque  de  toute  théorie  pour  régler  les  discussions  qui  n'ont 
pour  but  qu'uu  simple  exercice  de  paroles. 

§  I.  On  n'a  point  encore  déteiminé  la  marche  que 
doivent  suivre  ceux  qui  ne  discutent  que  par  manière 
d'exercice  et  d'essai.  C'est,  qu'en  effet ,  le  but  n'est  pas 
du  tout  le  même,  quand  on  enseigne  ou  quand  on  in* 
struit,  que  quand  on  combat,  non  plus  qu'il  n'est  pas  le 
même  quand  on  combat  que  lorsqu'on  ne  conveirse  entre 
soi,  que  par  simple  curiosité  théorique.  Avec  un  dis- 
ciple, il  faut  toujours  poser  des  principes  qui  semblent 
vrais;  et,  en  effet,  personne  ne  pense  à  enseigner  ce  qui 
est  faux.  Quand  on  lutte  dans  la  discussion,  il  faut  que 
celui  qui  interroge  semble  toujours  faire  ce  qui  est  con- 
venable, el  que  celui  qui  répond  ne  paraisse  absolument 
point  succomber.  Ainsi  donc  pour  les  rencontres  dialec- 
tiques où  l'on  discute,  non  pour  se  combattre,  mais 
pour  s'essayer  el  s*éclairer,  personne  n'a  encore  fixé  net- 
tement le  but  que  doit  se  proposer  celui  qui  répond,  et 
ce  qu'il  doit  accorder  ou  ne  pas  accorder,  pour  défendre 
bien  ou  mal  la  thèse  posée.  Dans  cette  absence  de  toute 
méthode  transmise  à  nous  parles  autres,  essayons  nous- 
même  d'en  dire  quelque  chose. 

S  1.  Personne  n'a  encore  fixé  Dam  cette  àbeenee  de  toute  mi" 
nettement^  il  est  probable  que  les  thode^ïi  faut  rapprocher  ce  pas- 
sophistes  s*étaieDt  occupés  de  ces  sage  de  celui  qui  termine  les  Réfu- 
matières ,  mais,  incomplètement.—  talions  des  sophistes. 

IV.  M 


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306  TOPIQUES. 

§  a.  Il  7  a  donc  nécessité  que  celui  qui  répond  sou- 
tienne la  discussion  en  posant  une  thèse  quelconque, 
qu'elle  soit  probable  ou  improbable,  ou  qu'elle  ne  soit 
ni  l'un  ni  l'autre:  je  veux  dire  absolument  probable  ou 
improbable,  ou  limitativement ,  par  exemple,  pour 
telle  ou  telle  personne,  pour  soi-même  ou  pour  td 
autre.  §  3.  Peu  importe,  du  reste,  comment  elle  est 
probable  ou  improbable  ;  car  la  manière  de  bien  répon- 
dre sera  toujours  la  même,  ainsi  que  d'accoiVler  ou  de 
ne  pas  accorder  ce  qui  est  demandé.  §  4*  La  proposi- 
tion étant  improbable,  il  est  nécessaire  que  la  conclu- 
sion soit  probable,  comme  elle  est  improbable  pour  une 
proposition  probable;  car  celui  qui  interroge  conclut 
toujours  l'opposé  de  la  thèse.  Si  le  sujet  en  question 
n^est  ni  probable  ni  improbable,  la  conclusion  sera  aussi 
de  ce  genre.  Puisque  celui  qui  raisonne  bien  démontre 
la  question  par  des  principes  plus  probables  et  plus 
connus  qu'elle,  il  est  clair  que  le  sujet  étant  tout  à  fait 
improbable,  il  ne  faut  pas  que  celui  qui  répond  ac- 
corde ni  ce  qui  lui  semble  faux  absolument,  ni  ce  qui 
lui  paraît  vrai,  mais  cependant  borins  vrai  que  la 
conclusion.  En  effet,  quand  la  proposition  est  impro- 
bable, la  conclusion  est  probable ,  de  sorte  qu'il  faut 
que  toutes  les  données  admises  soient  probables  et  plus 
probables  que  la  thèse,  puisqu'il  Ihut  conclure  le  moins 


8  s.  J5«oIicnian(,eteii8ol,liidé-       8  4.  Stràauêsi  déhe  genrê^Bkns 

peDdamment  de  ropiDioo  psrticn-  canelère  biai  distiiict  de  pntelil- 

lière  de  tel  ou  tel  philosophe  oon-  liié  ou  d'improbabilité.  —  Par  dês 

sidérable.  —  LinUtativement ,  il  ^ncipes  plui  probables  et  piuê 

explique  luinnême  ce  qu*il  entend  connue,  c'est  là  évidemment  tonte 

par  ce  mot  :  pour  telle  ou  telle  la  doctrine  des  Demien  AnalytP' 

personne,  etc.  ^ficei,  liv.  1,  ch.  6. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  V-  307 

connu  par  le  plus  connu.  Ainsi  donc,  si  rien  parmi  les 
choses  demandées  n'est  tel^  il  ne  faut  pas  que  celui  qui 
répond  raccorde. 

§  6.  Si  la  proposition  est  absolument  probable  ^  il 
est  clair  que  la  conclusion  sera  absolument  improbable. 
U  faut  donc  accorder  tout  ce  qui  semble  vrai,  et  parmi 
ce  qui  ne  semble  pas  yrai^  tout  ce  qui  est  moins  impro- 
bable que  la  conclusion;  car  ainsi  Ton  parait  avoir 
bien  discuté.  §  7.  Et  de  même  encore,  si  la  proposition 
n'est  ni  probable  ni  improbable  ;  car,  dans  ce  cas  aussi, 
il  faut  accoi*der  tout  ce  qui  parait  vrai,  et  de  ce  qui  ne 
parait  pas  vrai,  tout  ce  qui  est  plus  probable  que  la 
conclusion  ;  car,  de  cette  façon ,  les  arguments  devien- 
dront plus  probables.  §  8.  Si  donc  le  sujet  est  absolu- 
ment probable  ou  improbable,  il  faut  faire  la  compa- 
raison des  arguments  avec  ce  qui  semble  absolument 
^^î*  S  9«  Si  1^  sujet  n'est  pas  absolument  probable  ou 
improbable,  mais  qu  il  le  soit  seulement  pour  celui  qui 
répond,  il  faut,  pour  accorder  ou  ne  pas  accorder^  s'en 
référer  à  ce  qui  lui  parait  vrai  et  à  ce  qui  ne  le  lui  parait 
pas.  §  10.  Si  celui  qui  répond  défend  la  pensée  d'un 
autre,  il  est  évident  qu'il  faut  accordei*  ou  rejeter  chaque 
proposition ,  en  se  reportant  à  la  pensée  de  cet  autre. 
Ainsi,  cenx  mêmes  qui  soutiennent  des  opinions  autres 
que  les  leurs,  par  exemple  que  le  bien  et  le  mal  ^nt 
identiques,  comme  le  dit  Heraclite,  repoussent  cepen- 
dant cette  opinion  que  les  contraires  ne  peuvent  être 
à  la  fois  à  une  même  chose,  non  pas  comme  une  opinion 
qui  leur  parait  fausse,  mais  seulement  parce  qu'il  faut  se 

S  10.  le  kUn  et  le  mal  sont  iden-    pourquoi  Sexios  réclame  Heraclite 
tiquee^  c*e8t  le  floepUdsme.  Voilà    parmi  les  siens. 


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S08  TOPIQUES. 

prononcer  ainsi^  d'après  Heraclite.  C'est  encore  ce  que 

font  les  interlocuteurs  qui  reçoivent  mutuellement  Tun 

de  l'autre  les  données  de  la  discussion  ;  car  alors  ils 

visent  à  raisonner  comme  aurait  fait  celui  qui  les  a  po* 

sëes. 

§  1 1.  On  voit  donc  clairement  quelles  choses  celui 
qui  rëpond  doit  avoir  en  vue^  soit  que  le  sujet  soit  ab- 
solument probable,  ou  qu'il  le  soit  pour  certains  inter- 
locuteurs. 


CHAPITRE  VI. 

Cas  divers  où  il  Csiut  accorder  la  proposition  demandée  par  l'ad- 
versaire, selon  qu'elle  tient  ou  ne  tient  pas  nécessairement  an 
sujet  en  discussion  j  selon  qu'on  l'approuve  ou  qu'on  ne  l'ap- 
prouve pas. 

§  f .  Comme  il  faut  nécessairement  que  toute  chose 
demandée  par  l'interlocuteur  soit  ou  probable  ou  im- 
probable, ou  ni  l'un  ni  l'autre,  et  qu'elle  soit  relative 
au  sujet  ou  n'y  soit  pas  relative,  si  elle  paraît  vraie  sans 
tenir  au  sujet ,  il  faut  l'accorder  en  disant  qu'on  la 


S  1.  Car^  an  VadmêitfuU ,  on  na  beauooop  moins  bonne  qne  le  texte 

ditndi  pas.,..  L'édition  de  BerUn  vulgaire  :  il  fandralt  traduire  d*a- 

supprine  cette  phrase  tont  entière  près  cette  variante  :  Car  cette  pro- 

sans  d^ailleurs  cUer  ancune  auto-  position  n*est  pas  détruite  en  ad- 

rité.  Le  sens  le  plus  naturel  et  le  mettant  le  principe  d*abord  posé, 

plus  simple  est  celui  que  Je  donne.  Évidemment  Tantre  sens  est  l>eaa- 

et  que  Pacius  donne  aussi;  mais  coup  plus  d*acoord  avec  la  suite  na- 

Sylburge  fournit  une  variante  dont  turelle  de  la  pensée,  et  c*est  celui- 

il  n'indique  pas  la  source  et  qui  est  là  ceruinement  qu'il  Diut  garder. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  VI.  309 

trouve  vraie;  car,  en  Tadmettant,  on  ne  détruit  pas  le 
principe  qu'on  a  d*abord  posé. 

§  a.  Si  elle  ue  paraît  pas  vraie,  et  qu'elle  ne  soit  pas 
contraire  au  sujet,  il  faut  l'accorder  encore, mais  ajou- 
ter aussi  qu'on  l'accorde  quoiqu*on  ne  la  trouve  pas 
vraie,  afin  de  se  donner  l'avantagé  de  la  condescen- 
dance. §  3.  Quand  cette  nouvelle  opinion  est  contre  le 
sujet  et  qu'elle  paraît  vraie,  il  faut  dire  qu'on  la  trouve 
vraie,  mais  qu'elle  est  trop  près  du  principe,  et  que, 
si  on  l'admet,  le  sujet  d'abord  posé  est  détruit, 

§  4-  Si  la  proposition ,  tout  en  étant  relative  à  la 
discussion,  paraît  trop  improbable,  il  faut  reconnaître 
que,  ceci  posé,  la  conclusion  posée  en  sort;  mais  il  faut 
ajouter  que  la  proposition  avancée  est  par  trop 
simple. 

§  5.  Si  la  proposition  n'est  ni  probable  ni  impro- 
bable, dans  le  cas  où  elle  ne  contredit  pas  la  discussion, 
il  faut  l'accorder  sans  rien  ajouter.  §  6.  Si  elle  la  con- 
tredit, il  faut  ajouter  que,  ceci  admis,  le  principe  d'a- 
bord posé  est  détruit;  §  6.  car  c'est  ainsi  que  celui  qui 
répond  paraîtra  n'être  pour  rien  dans  la  défaite,  s'il  sait 
prévoir  à  Tavance  la  suite  des  données  qu'il  va  con- 
céder :  et  celui  qui  interroge  pourra  former  son  syllo- 
gisme, puisqu'on  lui  aura  donné  toutes  les  propositions 
qui  sont  plus  probables  que  la  conclusion.  Mais  tous 
ceiix  qui  es^yent  de  raisonner  en  parlant  de  choses 
moins  probables  que  la  conclusion,  raisonnent  évidem- 


S  9.  L'avania§$  d$  la  eond$$-  néral  un  pea  dénatoré  en  prenant 

eendanee ,  c'est  là ,  je  crois ,  le  vrai  les  mots  da  texte  dans  une  accep- 

sens  d'après  tout  ce  qui  précède  ;  tion  un  peu  trop  générale,  ci  qui 

les  traducteofs  laUiia  ront  en  gé-  n'esl  pas  assez  claire. 


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310  TOPIQUES- 

ment  mal  :  aussi  ne  faut-il  pas  accorder  ces  propositions 
à  ceux  qui  interrogent. 


CHAPITRE  VIL 

Suite  des  règles  de  la  réponse  quand  la  question  est  obscure. 

§  I,.  Il  faut  traiter  par  la  même  méthode  les  cas  où 
les  propositions  sont  obscures  ou  ont  plusieurs  sens. 
Comme  il  est  toujours  permis  à  celui  qui  répond,  s'il 
ne  comprend  pas,  de  dire  :  Je  ne  comprends  pas,  et 
quand  une  chose  a  plusieurs  sens,  comme  il  n'est  pas 
dans  la  nécessité  de  l'accorder  ou  de  la  refuser,  il  est 
évident  d'abord  que,  si  l'expression  employée  n'est  pas 
claire,  il  ne  faut  pas  hésiter  à  dire  qu'on  ne  la  comprend 
pas  ;  car  souvent  il  résulte  des  difficultés  de  ce  qu'on 
a  répondu  à  une  question  qui  n'a  pas  été  faite  claire- 
ment. §  a.  Mais  si  la  chose  qui  a  plusieurs  sens  est  bien 
connue,  selon  qu'elle  est  vraie  ou  fausse  de  tous  les 
termes  auxquels  on  veut  l'appliquer,  il  faut  l'accorder 
ou  la  refuser  absolument.  §  3.  Si  la  chose  est  en  partie 
vraie,  en  partie  fausse,  il  faut  ajouter  qu'elle  a  plusieurs 
sens,  et  pourquoi  ceci  est  vrai  et  cela  est  faux  ;  car,  si 
Ton  ne  fait  cette  distinction  que  plus  tard,  il  reste  in- 
certain qu'on  ait  vu  l'ambiguité  même  qui  est  dans  le 
principe.  §  4-  ^^^  si  l'on  n'a  pas  vu  cette  ambiguilé  et 
qu'on  ait  admis  la  proposition ,  en  songeant  à  l'un  des 
sens,  il  faut  dire  à  celui  qui  mène  la  discussion  à  l'autre 
sens,  que  c'est  en  regardant  à  l'autre  et  non  pas  à  celui* 


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LIVRE  VIII,  GHAPITBE  VIIL  311 

là  qn*on  admettait  la  proposition  avancée.  C'est  qu*en 
effet,  du  moment  qu^il  y  a  plusieurs  choses  comprises 
sous  le  même  mot  ou  la  même  dëfînition,  le  doute  de- 
vient très-facile.  §  5.  Si  ce  qu'on  demande  est  clair  et 
simple,  il  faut  répondre  par  oui  ou  par  non. 


CHAPITRE  VIII. 

Quand  il  8*agit  d'induction ,  il  ne  faut  faire  porter  son  objection 
que  sur  Funiversel. — Il  faut  éviter  l'apparence  même  de  toute 
chicane. 

$  I.  Toute  propositioii  ftyliogistique  est  une  de  ceUes 
dapt  o^  tire  le  ayllogisme,  w  une  proposition  faite  en 
vuç  de  l'une  dfs  c^llçs-là.  Qu^nd  donc  c'est  pour  une 
aiMre  prapo^îtioQ  qu'oa  en  demande  une,  la  question 
portant  sur  plusieurs  choses  pareilles,  car  c'est  ou  par 
induction  ou  par  ressemblance  qu'on  prend  ordinai- 
rement l'oniversei,  il  faut  évidemment  accorder  toutes 
les  propositions  particulières  si  elles  sont  vraies  et  pro- 
bables. Et  il  ne  faut  essayer  de  faire  porter  l'objection 
que  sur  l'universel;  car,  sans  objection,  qu'elle  soit  vraie 


S  I.  Jottt«  proposition  tylio-  quatreargnineDU  de  Zenon  contre 

gistique^  ¥oir  les  Premiert  Analy-  le  mouYemeot  sont  rapportés.  Voir 

ti^uêê^  liv.  1 ,  cb.  I,  5  S.  »  Zinon^  aussi  dans  les  Nouveaux  Fragments 

d*Éiée.  ^  Qu*U  ut  impossible  qu'U  philosophiques  de  M.  Cousin  toute 

y  ait  du  mouvement ,  toir  dans  le  la  discussion  sur  Zenon  et  s*^  so- 

petit  traité  sur  Xénopbane,  Zenon  phismes.  ^Onne  saurait  parcou- 

et  Gorgias,  le  chapitre  spécial  à  Hrle  stade,  c'en  le  second  argu- 

Zénon,  et  Physique,  liv.  S»  cb.  9,  ment  de  Zenon,  appelé  1* Achille, 

éd .  de  Berlin ,  p.  989,  b ,  5 ,  où  les  comme  nous  l'apprend  Aristote. 


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312  TOPIQUES. 

ou  qu'elle  le  paraisse  être,  empêcher  la  discussion , 
c*est  faire  de  vaines  difficultés.  Si  donc^  sans  avoir 
d'objection  à  faire,  on  n'accorde  pas  Tuniversel^  bien 
qu'on  ail  accordé  plusieurs  propositions  particulières, 
il  est  évident  qu'on  ne  cherche  qu'à  chicaner.  Si  l'oa 
n'a  pas  même  à  objecter  que  la  chose  n'est  pas  vraie, 
on  paraîtra  bien  plus  encore  n'élever  qu'une  chicane. 
Cependant,  cette  remarque  même  n'est  pas  très-juste  : 
car  nous  trouvons  beaucoup  d'assertions  opposées  à 
nos  opinions  et  qu'il  nous  serait  très-difficile  de  réfu- 
ter: par  exemple,  celles  de  Zenon  quand  il  soutient  qu'il 
est  impossible  qu'il  y  ait  du  mouvement,  qu'on  ne  sau- 
rait parcourir  le  stade.  Mais  il  ne  faut  pas  à  cause  de  cet 
embarras  accorder  les  assertions  opposées  h  celles-là.  Si 
donc  l'on  repousse  la  proposition  sans  avoir  rien  à  y 
opposer,  sans  avoir  d'objection  à  faire,  il  est  clair  qu'on 
ne  fiiit  que  chicaner  ;  car  la  chicane,  en  fait  de  discus- 
sion, est  une  réponse  qui  est  contre  tous  les  modes  in- 
diqués plus  haut  et  qui  détruit  le  syllogisme.    . 


CHAPITRE  ÏX. 

Il  fiint  se  faire  d'abord  k  soi-même  tontes  les  objections  qoe  Tad- 
versaire  pourrait  ëlefer  :  il  ne  &ut  pas  surtout  défendre  une 
thèse  qui  est  moralement  blftmable. 

*'^  §  I.  Il  faut,  pour  se  bien  préparer  à  soutenir  sa  thèse 
et  sa  définition,  se  faire  d'abord  à  soi-même  toutes  les 
objections  ;  car  il  est  clair  qu'il  faut  pouvoir  repousser 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  X,  313 

les  arguments  par  lesquels  ceux  qui  ioterrogent  renver- 
seront la  proposition  avancée. 

§  2.  U  faut  aussi  bien  prendre  garde  de  soutenir  uue 
proposition  improbable.  Or,  elle  peut  être  improbable 
de  plusieurs  façons.  D'abord,  elle  est  improbable  quand 
les  conséquences  en  sont  absurdes  :  par  exemple,  si 
l'on  prétend  que  tout  est  en  mouvement  ou  que  rien 
ne  se  meut.  On  peut  regarder  encore  comme  improba- 
bles toutes  les  propositions  qui  ne  peuvent  être  adop- 
tées que  par  un  cœur  dépravé  et  qui  sont  contraires  à 
la  conscience  :  par  exemple,  que  le  plaisir  est  le  bien,  et 
que  faire  une  injustice  vaut  mieux  que  la  souffrir  ;  car 
on  déteste  celui  qui  soutient  ces  maximes,  parce  qu'on 
croit  qu'il  les  soutient,  non  pas  seulement  pour  le  be- 
soin de  la  discussion,  mais  par  ooilviction. 


CHAPITRE  X. 

Pour  rectifier  une  conclusion  fausse ,  il  faut  rectifier  la  proposi- 
tion erronée  d'oii  elle  résulte.  —Il  y  a  d'ailleurs  quatre  moyens 
d'empêcher  de  conclure  :  énumération  de  ces  moyens. 

§  I.  Tous  les  raisonnements  dont  la  conclusion  est 
erronée  peuvent  être  redressés  en  leur  ôtant  ce  qui 
constitue  Terreur.  Ce  n'est  pas,  du  reste^  en  leur  re- 
tranchant une  partie  quelconque  qu'on  les  rectifie,  ni 

S  s.  D0  pHutiews  tàçant,  Tédi-  corde  mieux ,  en  effet ,  avec  ce  qui 

Uon  de  Berlio  doone  cette  leçon  suit.  J'ai  cru  devoir  conserver  le 

dans  les  variantes ,  et  met  dans  le  texte  vulgairement  reçu,  qui  peut 

texte  :  de  deux  façons,  ce  qui  8*ac-  aussi  très-bien  se  justifier. 


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314  TOPIQUES. 

même  en  retranchant  une  partie  erronée  ;  car  la  pro- 
position peut  renfermer  plus  d'une  erreur:  par  exem- 
ple, si  Ton  suppose  que  celui  qui  est  assis  écrit,  et  que 
Socrate  soit  assis,  on  peut  se  tromper  en  concluant  que 
Socrate  écrit.  En  ôtant  donc  cette  prbposition  que  So- 
crate est  assisy  la  rectification  n*en  est  pfis  faite  davan- 
tage, et  cependant  cette  proposition  était  fausse.  Mais 
ce  n'était  pas  elle  précisément  qui  rendait  le  raisonne- 
ment faux.  En  effet,  si  quelqu'un  est  assis,  mais  sans 
écrire,  la  même  rectification  ne  conviendra  plus  sur  ce 
point;  de  sorte,  que  ce  n'est  pas  lii  ce  qu'il  faut  retran- 
cher, mais  c'est  l'assertion  que  celui  qui  est  assis  écrit  ; 
car  tout  homme  assis  n'écrit  pas  en  général.  Donc,  on 
rectifie  le  raisonnement  en  ôtant  ce  qui  donne  nais- 
sance à  Terreur.  §  2.  Mais  on  sait  faire  cette  rectifica- 
tion en  sachant  que  le  raisonnement  tient  à  ce  point-là, 
comme  pour  les  figures  fausses;  car  il  ne  suflSt  pas  de 
faire  une  objection,  ni  même  de  retrancher  la  partie 
erronée,  mais  il  faut  démontrer  encore  pourquoi  c'est 
une  erreur;  alors  en  effet,  on  verra  clairement  si  Ton  fait 
l'objection  parce  qu'on  a,  ou  non,  prévu  la  conséquence 
fausse. 

§  3.  On  peut  pour  empêcher  de  conclure  s'y  prendre 
de  quatre  façons,  §  4t  ^^^^  ^^  ôtant  ce  en  quoi  consiste 
l'erreur,  §  5,  soit  en  adressant  l'objection  à  €«lui-là 
même  qui  interroge;  car  souvent,  sans  même  qu'il  y 


S  s.  Pour  lei  figures  fausses ,  root  doni  se  sert  Aristole  prête 

Pacius  pense  qu*il  s*agit  ici  des  ii-  beaucoup  mieux  à  ce  dernier  sens 

gures  du  syllogisme  ;  je  crois,  avec  qu'à  l*autre ,  et  I*exemple  est  tout 

la  plupart  des  commentateurs,  qu'il  aussi  fuste  pris  ainsi  que  comme 

s*agit  de  figures  géoméiriques.  Le  Pacius  veut  le  prendre. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  XL  315 

ait  de  solution,  celui  qui  interroge  ne  peut  pas  aller 
plus  loin.  §  6.  En  troisième  lieu,  on  peut  adresser  l'ob- 
jection à  la  question  elle-même;  car  il  peut  se  faire  que 
la  question ,  telle  qu'elle  est  posée,  ne  suffise  pas  pour 
amener  la  conclusion  que  nous  voulons,  parce  qu'on 
nous  a  mal  interroges,  et  qu'en  ajoutant  quelque  chose 
nous  obtenions  la  conclusion  désirée.  Si  donc  celui  qui 
hiterroge  ne  peut  aller  plus  loin,  l'objection  sera  dirigée 
contre  l'interrogateur,  et  s'il  le  peut,  contre  les  choses 
qu'il  demapde.  §  7.  La  quatrième  et  la  plus  mauvaise 
des  objections  est  celle  du  temps  ;  car  quelquefois  Ton 
fait  cette  objection  qu'il  faut  plus  de  temps  qu'on  n'en  a 
dans  le  moment,  pour  discuter  le  sujet.  §  8.  Ainsi  donc, 
les  objections  sont  comme  nous  venons  de  le  dire  de 
quatre  sortes  :  la  première  seulement  peut  servir  de  vé- 
ritable solution  ;  quant  aux  autres,  elles  ne  sont  que  des 
empêchements  et  des  obstacles  à  la  conclusion. 


CHAPITRE  XL 

Des  critiques  qu'on  peut  diriger  contre  le  raisonnement  ou  contre 
rinteriocntenr. 

§  I.  La  critique  du  raisonnement  n'est  pas  la  même, 
et  quand  elle  s'adresse  directement  au  raisonnement  et 

S  I.  la  critique  du  raitanné-  mis,  au  lieu  de  :  est  remis.  ^  L*ei- 

mentfVédition  de  Berlin  supprime  pression  de  la  pensée  d*Arislole 

les  deux  derniers  mots  sans  citer  parait  ol»rcure  ici ,  bien  qu*au  fond 

d*ânlorité  ;  et  plus  Ims,  elle  dit  en-  la  pensée  soil  fort  claire  et  fort 

core,  sans dier  de  manuscrit  :  est  simple:  Les  fautes  commises  dans 


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316  TOPIQUES. 

quand  il  est  remis  en  interrogation  par  Tinterioculeur; 
car  souvent  celui  qui  est  interroge  ainsi,  se  trouve 
cause  que  le  raisonnement  n'a  pas  été  bien  conduit, 
parce  qu'il  n'accorde  pas  les  propositions  qui  pouvaient 
servir  à  bien  discuter  la  question.  En  eflet,  il  ne  sufBt 
pas  ici  de  la  Tolonté  d'un  seul  interlocuteur  pour  que 
l'œuvre  commune  soit  bien  faite.  U  est  donc  parfois 
nécessaire  d'attaquer  personnellement  celui  qui  parle, 
et  non  pas  la  thèse, quand  en  répondant,  l'interlocuteur 
cherche  à  présenter  des  choses  tout  à  fait  défavorables 
à  celui  qui  l'interroge;  car  alors,  avec  ces  chicanes,  ce 
sont  des  discussions  qui  arrivent  i  la  dispute,  et  qui  ne 
sont  plus  de  la  dialectique.  §  a.  Du  reste,  comme  les 
discussions  dont  il  s'agit  ici  ne  sont  plus  qu'un  exercice 
et  une  épreuve,  et  ne  sont  plus  un  moyen  d'instruc» 
tion,  il  est  clair  qu'il  faut  conclure  non  plus  seulement 
le  vrai,  mais  aussi  le  faux,  et  procéder,  non  pas  seule- 
ment par  des  propositions  vraies,  mais  quelquefois  aussi 
par  de  fausses  ;  car  souvent,  en  posant  le  vrai,  il  y  a 
nécessité  en  discutant  de  le  détruire,  de  sorte  qu'il  faut 
avancer  des  choses  fausses.  Et  quelquefois,  quand  c'est 
le  faux  qui  est  posé,  il  faut  le  réfuter  par  des  proposi* 
tions  également  fausses;  car  rien  n'empêche  que  l'in- 
terlocuteur ne  croie  ce  qui  n'est  pas  plus  que  ce  qui 
est  réellement.  Alors  la  discussion  s'établissant  d'après 
des  principes  qu'il  approuve,  il  peut  en  tirer  plus  de 
persuasion  que  de  profit.  $  3.  U  faut  aussi,  quand  on 

le  raisonnement  pourront  tenir,  on  Tinterloculeur.  Ce  dernier  cas 

soit  au  raisonnement  lui-même ,  représente  notre  argument  ad  Ao- 

soit  à   rinterlocnteur  qui  ne  se  minem. 

prête  pas  à  la  discussion.  On  peut  S  3.  On  a  dit  pluê  haut^  liv.  1, 

donc  critii|uer  ou  le  raisonnement ,  cb .  I ,  S  5. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  XL  317 

^ 

veut  déplacer  convenablement  la  discussion,  la  déplacer 
non  pas  en  disputant,  mais  dialectiquement,  que  la 
conclusion  d'ailleurs  soit  vraie  ou  fausse.  On  a  dit  plus 
baut  ce  que  c'est  que  les  syllogismes  dialectiques. 

§4*  Puisque  le  compagnon  est  mauvais,  qui  empécbe 
la  besogne  commune,  il  est  clair  que  cela  aussi  s'ap- 
plique tout  aussi  bien  à  la  discussion  ;  car  une  œuvre 
commune  est  aussi  ce  qu'on  s'y  propose,  si  ce  n'est  pour 
ceux  qui  n'y  cherchent  qu'un  combat.  £n  effet,  dans  ce 
cas ,  les  interlocuteurs  ne  sauraient  atteindre  tous  les 
deux  le  même  but,  puisqu'il  est  impossible  que  plusieurs 
concurrents  remportent  un  seul  prix.  Peu  importe,  du 
reste,  qu'on  le  fasse  soit  en  interrogeant ,  soit  en  répon- 
dant; car  celui  qui  interroge  pour  disputer  discute  mal, 
de  même  que  celui  qui,  en  répondant,  n'accorde  pas 
ce  qui  lui  semble  vrai,  et  n'admet  pas  les  questions  que 
celui  qui  interroge  veut  lui  faire.  U  est  donc  clair, 
d'après  ce  qu'on  vient  de  dire,  qu'il  ne  faut  pas  criti- 
quer de  la  même  façon  et  le  raisonnement  en  lui-même 
et  celui  qui  interroge,  parce  que  rien  n'empêche  que  le 
raisonnement  ne  soit  mauvais,  et  que  celui  qui  inter- 
roge ne  discute  le  mieux  possible,  relativement  à  celui 
qui  lui  répond;  car,  contre  ceux  qui  chicanent,  il  n'est 
pas  toujours  possible  de  faire  sur-le-champ  les  syllo- 
gismes qu'on  veut  :  on  ne  fait  que  ceux  qu'on  peut. 

$  5.  Parfois  on  néglige  de  déterminer  si  les  interlo- 
cuteurs adoptent  les  contraires  ou  les  principes  d'abord 
posés;  car  souvent,  quand  on  parle  de  soi  seul,  on 
admet  les  contraires;  et,  après  avoir  refusé  certaines 
propositions,  on  finit  par  les  accorder  ensuite.  De  là  il 
arrive  souvent,  quand  on  est  interrogé,  qu'on  admet  et 


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318  TOPIQUES. 

les  contraires  et  les  principes  d'abord  posés.  U  s'ensuit 
nëcessairement  que  les  discussions  sont  mauvaises,  et 
c'est  celui  qui  répond  qui  en  est  cause,  soit  en  ne  don- 
nant pas  certaines  choses,  soit  en  les  donnant  d'une  cer* 
taine  façon.  Il  est  donc  évident  qu'il  ne  faut  pas  criti- 
quer de  la  même  manière  ceux  qui  interrogent  et  leurs 
raisonnements. 

§  6.  Il  y  a  cinq  critiques  possibles  contre  le  raison- 
nement même.  §  7.  D'abord,  quand,  d'après  les  inter- 
rogations posées ,  il  ne  conclut  pas  pour  le  sujet  en 
question ,  ou  ne  conclut  pas  du  tout  ;  ce  qui  a  lieu  du 
moment  qu'on  a  posé  fausses  et  improbables,  soit  toutes^ 
soit  la  plupart  des  propositions  dans  lesquelles  est  con- 
tenue la  conclusion,  et  quand  la  conclusion  ne  peut 
s'obtenir,  ni  en  enlevant  certaines  choses  ou  en  les  ajou- 
tant ,  ni  en  ôtant  celles-ci  et  en  ajoutant  celles-là.  §  8.  La 
seconde  critique,  c'est  lorsque  le  syllogisme  n'a  pas  lieu 
contre  ta  thèse  avec  les  propositions,  et  d'après  les  pro-> 
cédés  indiqués  auparavant.  §  9.  La  troisième,  c'est 
lorsque  le  syllogisme  a  lieu  en  ajoutant  certaines  don- 
nées, et  que  ces  données  sont  moins  bonnes  que  les 
questions  mêmes,  et  moins  probables  que  la  conclusion. 
§  lo.  £t,  de  plus,  si  cela  se  produit  en  ôtant  certaines 
paKies  du  raisonnement;  car  souvent  on  prend  plus  de 

$l.nmHmélùipatp<hÊrlêtU'    STee  oe  qui  soit  Oii  reste ,  elle  est 
Jetmfuêstiony  Véààûoû  de  Berlin    mbs  inporunoe,  ptree  qi'elle  ne 


donne  ceUe  leçon  dans  les  va-  change  rien  au  i 

rianres ,  et  chan^  nn  peu  le  texte  :  g  s.  Indiqués  auparavani^  dans 

il  ne  conclut  pas  le  sujet  proposé,  le  paragraphe  qui  précède  :  Her- 

(Test  aussi  la  leçon  qu'ayait  adop-  minus ,  an   rapport  d'Aleiandre» 

tée  déjà  Sylburge ,  et  elle  a  peut-  divisait  cette  seconde  critique  en 

être  cet  avantage  que ,  grammati-  deux  parties. 

calement,  eUe   s*accorde  mieux  (  lO.^oftoffproMTySilesil- 


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LIVRE  YIII,  CHAPITRE  XL  319 

données  qu'il  n'en  faut;  de  sorte  cjue  le  syllogisme  n'a 
pas  du  tout  lieu  parce  que  ces  doiinées-*là  y  figurent. 
§  la.  Enfin  y  on  peut  critiquer  le  raisonnement,  s'il  part 
de  principes  plus  improbables  et  moins  croyables  que 
la  conclusion  ;  ou  si  l'on  part  de  principes  qui ,  tout  en 
étant  plus  vrais,  exigent  plus  de  peine  que  la  question 
même  pour  être  démontrés. 

$  i3.  Il  ne  &ut  pas  vouloir,  du  reste,  que,  pour  toutes 
les  questions,  les  syllogismes  soient  également  pro- 
bables et  persuasifs;  car  dans  les  questions  qu'on  cherche 
à  résoudre,  les  unes  sont  naturellement  plus  faciles,  lés 
autres  plus  difficiles.  Par  conséquent,  l'on  a  bien  discuté 
en  prenant  les  propositions  les  plus  probables  qu'on 
peut  il  s*ensuit  évidemment  que  la  critique  ne  doit  pas 
être  la  même  et  relativement  à  l'argumentation,  et  rela- 
tivement au  sujet  en  question  ;  car  il  se  peut  très-bien 
que  l'argumentation  soit  en  elle-même  fort  attaquable, 
et  qu'elle  soit  fort  bonne  pour  la  question  dont  il 
s'agit  ;  ou  bien,  tout  à  l'inverse,  louable  en  soi  et  mau- 
vaise pour  la  question  posée ,  lorsqu'il  est  facile  de 
tirer  la  conclusion  de  plusieurs  principes  vrais  et  con- 
nus. Quelquefois  même,  une  argumentation  concluante 
pourrait  être  moins  bonne  qu'une  argumentation  sans 
conclusion ,  quand  la  première,  par  exemple,  est  conclue 
de  propositions  très-faibles,  sans  que  la  question  ait  ce 
caractère,  tandis  que  l'autre  a  besoin,  outre  ses  prin* 
cipes  propres,  d'autres  principes  vrais  et  connus,  et  que 
l'argumentation  ne  consiste  pas  dans  les  données  qui 
sont  ajoutées.  §  i4*  On  ne  peut  attaquer  en  rien  ceux 

logisme  a  lieu.  Tant  Alexandre ,  quelques  mano- 

S  14.  On  nepiut  oKo^uar,  sut-    scriis  donnaient  :  on  peut.  — Air 


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320  TOPIQUES, 

qui  concluent  le  vrai  de  données  fausses;  car  s'il  faut 
toujours  conclure  nécessairement  le  ùlvol  de  données 
fausses.  Ton  peut  quelquefois  conclure  le  vrai  même  de 
données  fausses;  c'est  ce  qui  a  été  prouvé  clairement 
par  les  Analytiques. 

§  1 5.  Mais  quand  l'argumentation  dont  il  s'agit  est  la 
démonstration  de  quelque  chose,  s'il  y  a  quelque  autre 
proposition  qui  ne  se  rapporte  pas  du  tout  à  la  conclu- 
sion ,  ce  n'est  pas  de  cette  proposition  que  viendra  le 
syllogisme;  et  s'il  parait  en  venir^  c'est  un  sophisme  et 
non  une  démonstration.  §  16.  Le  philosophème  est  un 
syllogisme  démonstratif;  l'épichérème^  un  syllogisme 
dialectique;  le  sophisme,  un  syllogisme  contentieux,  et 
le  doute,  un  syllogisme  dialectique  de  contradiction. 

§  17.  Si  l'on  démontre  quelque  chose  par  deux  pro» 
positions  qui  paraissent  probables,  mais  qui  ne  le  pa- 
raissent pas  également,  rien  n'empêche  que  le  démontré 
ne  paraisse  plus  vrai  que  l'une  et  l'autre.  Mais  si  l'une 
des  propositions  parait  vraie  et  que  l'autre  ne  paraisse 
ni  vraie  ni  fausse,  ou  bien  que  l'une  paraisse  vraie  et 
que  l'autre  ne  le  paraisse  pas,  dans  le  cas  où  les  propo- 
sitions sont  égales,  la  conclusion  sera  vraie  ou  fausse 
également;  et  si  l'une  est  plus  que  l'autre  vraie  ou 
fausse,  la  conclusion  suivra  celle  qui  est  la  plus  forte. 

§  18.  Il  y  a  encore  une  faute  qu'on  peut  commettre 


Uê  AntUytiquêêf  Voir  Première  c^est  peot-étre  une  interpolation. 

Antaytiqueit  liY.  S»  ch.  9,  et  sniY.  $  17.  CélU  qui  ê$t  la  plut  forint 

Voir  aussi  pour  celle  citation  des  soit  en  Yérité,  soiten  erreur. 

Analyti/quêê   mon    Mémoire  $ur  %  18.   On  roUotmaU  ainsi;  le 

la  Logique^  tom.  1,  p.  il7.  raisonnement  qui  suit  est  fort  ol»- 

8  16.  Tout  ce  paragraplie  semble  cur»  mais  c^eatà  dessein  «  puisqu'il 

une  sorte  de  dif^ression  inutile,  s*agitdedémontier  TolMCuritéque 


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LIVRE  YIII,  CHAPITRE  XL  321 

dans  les  syllogismes,  et  qui  consiste  à  démontrer  par  un 
plus  grand  nombre  de  termes^  quand  on  pourrait  dé- 
montrer par  un  moindre,  en  ne  prenant  que  des  termes 
qui  se  trouvent  dans  Targumentation  même.  Ainsi,  par 
exemple,  ou  commettrait  cette  faute  si,  voulant  dé- 
montrer que  telle  opinion  est  plus  probable  que  telle 
autre,  on  raisonnait  ainsi.:  Dans  chaque  genre,  la  chose 
en  soi  est  celle  qui  a  le  plus  de  réalité,  et  il  existe  bien 
réellement  une  chose  probable  en  soi,  de  sorte  que  la 
chose  en  soi  existe  plus  que  les  individus  même.  Or,  ce 
qui  est  dit  plus  doit  se  rapporter  à  ce  qui  est  plus.  Il  y  a 
une  opinion  en  soi  qui  est  vraie,  et  qui  est  plus  exacte 
qu'aucune  opinion  particulière.  On  a  posé  aussi  comme 
principe,  que  cette  opinion  en  soi  est  vraie,  et  que  la 
chose  en  soi  est  celle  qui  a  le  plus  de  réalité.  On  en  con- 
clut que  cette  opinion,  qui  est  aussi  la  plus  vraie,  est 
plus  exacte  que  les  autres.  Où  est  ici  le  vice  du  raison- 
nement? Ne  consiste-t-il  pas  en  ce  qu  il  cache  précisé- 
ment la  cause  qui  fait  l'objet  de  l'argumentation? 


jeue  dans  le  raisonnement  an 
nombre  eiagéré  de  données  par- 
foitement  Inutiles.  —  La  ehoté  en 
ioi^  an  sens  des  idées  platoni- 
ciennes. -^  Vn$  chose  probable  9n 
êoi^  une  idée  de  la  probabilité  «  de 
l'opinion.  —  Que   Uê   Hiâitfidut 


que  les  opinions  parUco* 
Hères  :  Tidée  de  ropinion  est  plus 
opinion  qu'aucune  opinion  spéciale^ 
parlicnlière  :  donc  elle  est  plus 
e:^acte  qu'aucune  opinion  particu- 
lière.  Voilà  le  raisonnement  dans 
sa  forme  la  plus  simple. 


IV* 


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m  topiQUËS; 


CHAPITRE  ÎII. 

De  la  elarté  dd  rtMoanemant  i  ut  raisonnenieiit  peut  lire  elâif 
de  deui  façons.  —  Un  raisonnement  peot  être  fiuix  de  fnatre 
manières. 

'  §  1.  Un  raisonnement  est  parfaitement  dàiv  d^uné 
feçoil ,  et  ttans  le  sens  le  plus  vnlgairè^  qi/and  la  con- 
èinsion  est  telle,  (ju'fl  n'y  a  pluji  rien  k  demander  après 
elle.  $  1.  Et  d'nne  autre  Façon,  et  la  plus  spéciale,  quand 
lés  donnëei  adtfiises  sont  celles  d'où  Pan  doit  tirer  la 
èonclnsion  nëct'ssairemenf ,  et  qu'elles  ont  ëtë  conclues 
(10  moyen  de  conclusions  anférreures.  §  3.  Le  raisonne- 
ment est  clair  encore,  tnalgrë  l'omission  de  quelque 
ëiément ,  si  la  chode  omise  est  tout  à  fait  pi^obable. 

$  4-  L^  raisonnement  peut  être  faux  de  quatre  façons  f 
l'une,  qnand  il  paratt  conclure  bien  qu'il  ne  conclue 
pas,  et  alors  il  est  appelë  syllogisme  contentieux.  §  5.  Une 
antre,  c'est  quand  il  conclut,  safîs  conclure  cependant 
felativement  au  sujet  donne,  ce  qui  se  présente  surtout 
quand  on  procède  par  réduction  à  Tabsurde.  §  6.  Ou 
bien ,  quand  il  conclut  relativement  au  sujet  donné, 
mais  non  cependant  par  la  méttiode  propre  au  snjet  ;  et 

S  3.  Malgré  Vomiêtion  de  quêU  ment  le  plus  probable  Tient  à  man- 
qua élément,  au  lieu  de  toute  cette  quer  ;  et  il  cite  dans  les  notes,  en 
phrase,  Tédilion  de  Berlin  dit  seu-  rempruntant  à  un  manuscrit  d*Isin- 
lement  :  S'il  manque  un  élément  grioius,  la  leçon  adoptée  par  Tédi- 
tout  à  fait  probable;  elle  ne  cite  pas  tion  de  Berlin;  J'ai  préféré  celle 
même  en  variante  le  texie  vulgai-  de  Pacius  qui  est  plus  complète  et 
rement  reçu.  Sylburge  dit  :  Si  Télé-  plus  claire. 


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LIVRE  YllI^  GfiAPtTBE  XIL  MS 

fX  déftibt  «  lièu^  pût  Memplé,  lorsqttè,  n*étàût  fiai  itlri^ 
dical|  le  rAisdtitieincfnt  paraît  médical;  où  gëoirtétH^tlëy 
tt'étàftk  pM  géomëtriqM  f  ou  dialectique,  îi'ëtattt  pafc 
tllftiectique}  qM  k  réault^l  d'ailleuN  sait  vrai  m  fiUJË. 
9  7<  Une  atitt<e  liiaDière^  cnifiti,  c'&èt  quatiil  le  Niébtiitë- 
tnent  CDilclut  du  Moyen  de  prdpositioifa  fâiis^e»  \  et  blcirf% 
la  conclusion  pourrait  Are  tantôt  fausse  et  tantôt  vraie; 
car  le  faux  est  toujours  conclu  de  propositions  fatisses^ 
ie  vrai  peut  Tétre  aussi  ^  même  de  données  qui  ofe  le 
sont  pas,  aiusi  qu'du  Ta  dit  plus  hatftt 

§  8k  Ainsi  donc^  quand  TargumeittAtlofl  est  feuiM^ 
c'est  bien  plutôt  la  faute  de  celui  qui  afgUnletite  que  de 
Targuinentation  mémei  Ce  n'est  pas  non  plus  tc^ujourt 
Ift  ftiute  de  cdiui  qui  argumente }  mais,  par  exemple^ 
c'est  sa  faute,  quand  c'esl  sané  te  savoir  qu'il  a  fait  quoi- 
que raisonnement  faux.  C'est  qu'eu  effet  nous  admet- 
tons pltis  ^loiitiers  qiie  bien  dés  propositions  vrsries,^ 
celle  qui  parvient  à  détruire  la  proposition  qui  nous 
semblait  la  plus  vraie^  pa^ce  que  si  I  argumentation  est 
telle,  elle  est  par  cela  même  la  démonstration  certaine 

S  7.  Àinti  9ti*on  Va  âU  plu9  sion  vraie  de  prémisses  faosses^ou 

haut,  Voir  dans  le  chapitre  précé-  de  prémisses  dont  la  Térité  n*est 

dent,  S  li,  et  Premiers  Ànaly^  pas  très- frappante,  ta  conclusion 

tiques  j  liv.  S,  cb.  S,  3  et  4.  Traie  ainsi  Obtenue  porte  arec  elle 

g  S.  La  pensée  de  ce  paragraphe  peu  de  conviction,  et  il  vaudrait 

est  Dbseure  vers  la  fin;  la.  voict  certainement  mieux  avoir  une  eon- 

sous  une  autre  forme  :  Dans  un  syl-  clnsion  fausse  dont  Fabsurdilé  se- 

foi^sme  par  réduction  à  l'absurde,  rait  frappîante  :  elle  settiitiit  dri 

BOUS  admeltons  Hi  proposition  ab->  moins  comme  on  vient  dc^  le  diDQ, 

surde   plus  volontiers  que   nous  II  se  peut  d'ailleurs ,  mais  ce  n'est 

n*ad mettons  bien  des  propositions  pas  le  cas  qu'on  suppose  ici,  que  la 

vHies,  parce  que  eette  proposition  fausseté  de  la  conclusion  absufde 

même  nous  prouve  la  vérité  èe^-  soit  aussi  ped  frappante  qde  la  vé^ 

faine  de  fa  contradictoire  ;  si,  au  rite  de  la  conclusion  vraie ,  dans  te 

contraire,  on  obtiebt  iiKe  eowAH^  cas  qu'on  supposall  tout  I  rbetfre. 


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3M  TOPIQUES. 

de  la  vëritë  des  autres  choses.  En  effet ,  Fuae  des  pro* 
positions  est  absolument  fausse  et  elle  le  démontrera.  Si 
l'on  conclut  le  vrai  par  des  propositions  fausses  et  par 
trop  faibles,  le  raisonnement  sera  plus  mauvais  que 
beaucoup  d'auKres  qui  concluraient  le  faux  :  ce  qu'il 
pourrait  être  aussi,  tout  en  concluant  le  faux.  §  9.  Ainsi 
donc,  évidemment,  ce  qu'on  doit  examiner  d'abord  dans 
un  raisonnement^  c'est  s'il  conclut  en  soi  ;  en  second 
lieu,  s'il  conclut  le  vrai  ou  le  faux,  et  en  troisième,  de 
quelles  données  il  part  pour  conclure.  S'il  part  de  don* 
nées  fausses,  mais  probables,  il  est  logique;  et  il  est 
mauvais  s'il  part  de  données  qui  sont  vraies,  mais  im- 
probables ;  et  si  elles  sont  fausses  et  trop  improbables, 
il  est  clair  que  le  raisonnement  est  mauvais,  ou  absolu- 
ment, ou  du  moins  pour  la  chose  en  question. 


CHAPITRE  Xm. 

De  la  pétition  de  principe  et  de  la  pétition  des  contraires.— Cinq 
espèces  de  la  pétition  de  principe.  —  Autant  d'espèces  de  la 
pétition  des  contraires  que  de  la  pétition  de  principe.  —Diffé- 
rence de  l'une  et  de  l'autre  pétition. 

$  I .  Comment  celui  qui  interroge  fait  une  pétition 
de  principe  et  prend  les  contraires,  c'est  ce  qu'on  a  dit 
au  point  de  vue  de  la  vérité  dans  les  Analytiques;  c'est 

8  s,  12  et t  logiquô  ou  dialeo-  FremUrê  Ànalytiquet^  Ht.  S,  cb. 

tique,  puisqu'il  repose  simplement  16.  — >2^  la  HmpU  opinion  ^  de  la 

sur  le  probable.  probabilité  an  delà  de  laquelle  la 

I  1.  Dam   Ui  Àmdytiquw ,  dialectique  ne  prétend  point  aUer. 


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LIYBE  YIII,  CHAPITRE  XIIL  335 

ce  qu'il  faut  dire  maintenant  au  point  de  vue  de  la 
simple  opinion. 

§  a.  On  peut  faire  une  pétition  de  principe  de  cinq 
façons.  §  3.  La  plus  évidente  et  la  première,  c  est  quand 
on  prend  la  chose  même  qui  est  à  démontrer*  U  n'est 
pas  facile  de  commettre  cette  erreur  à  son  insu  pour  la 
chose  même  en  question;  mais  cette  faute  se  cache  bien 
plutôt  dans  les  synonymes,  et  pour  tous  les  cas  où  le 
nom  et  la  définition  expriment  la  même  chose.  §  4«  La 
seconde  façon ,  c^est  quand  on  prend  universellement  ce 
qu'il  faut  démontrer  au  particulier.  C'est,  par  exemple, 
comme  si ,  ayant  à  prouver  que  la  notion  des  contraires 
est  unique,  on  supposait  d'une  manière  générale  qu'elle 
est  unique  pour  les  opposés;  car  ce  qu'il  fallait  démon- 
trer à  part  et  en  soi,  se  trouve  alors  supposé  implicite* 
ment  dans  plusieurs  autres  choses.  §  5.  Troisièmement, 
on  fait  une  pétition  de  principe,  si  l'on  prend  au  parti- 
culier ce  qui  était  à  démontrer  universellement.  Par 
exemple,  si,  ayant  à  prouver  que  la  notion  de  tous  les 
contraires  est  unique,  on  suppose  qu'elle  l'est  pour 
quelques-uns  d'entre  eux;  car  alors,  aussi,  ce  qu*il  fallait 
démontrer  avec  plusieurs  autres  paraît  être  supposé  tout 
seul  et  en  soi.  §  6.  On  commet  encore  une  pétition  de 
principe  si,  dans  la  division  qu'on  fait,  on  suppose  le 
sujet  en  question.  C'est,  par  exemple,  si,  devant  dé- 
montrer que  la  médecine  s'occupe  de  la  santé  et  de  la 
maladie,  on  suppose  chacune  de  ces  choses  à  part. 
§  7.  Ou  bien,  l'on  se  trompe  encore,  si  l'on  suppose 
l'une  des  choses  qui  se  suivent  mutuellement  de  toute 


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3W  Ï0PIQUE8, 

iif(c«$silé.  Piir  ei^empK  ^î  l'^<^  suppose  que  1^  cj^té  e«t 
incommeDSurable  au  diamètre^  pour  déinoiitrer  qufs  le 
4iam6tre  est  iocpmin^Qsurable  au  côté. 

$  8.  Il  y  a  tout  juste  autaut  de  pëtitiQm  pour  les  coq- 
truires  que  pour  les  principes,  §  9.  pr^mièreoieiity  ai 
V0n  pose  leff  afKiriqatîops  #t  les  négations  opposées.  §  lo, 
I^Q  second  lieu, si  Von  pp^  les  coo trairas  par  antithèse: 
et  ii^F  pjLample  si  Ipn  pos^  qM*une  même  cbose  ?s( 
bpnqe  ^t  ip»ii|vaise,  §  ilt  TrQisièfnement,  si,  aprè# 
«voir  ^dqiis  l'ijnivpr^Pl,  on  §n  pos§  e|i  particulier  I« 
çQntraclii^tion  :  pareiL^mplei  sîi  tout  eq  admettant  que  L| 
fiptipp  f)e^  ooqtriilr^s  est  uniqMf^  on  p^n^  qu'elle  est 
Hlltre  poi)r  la  sapté  et  )a  ipaMie  :  ou  bien,  fii,  ayant 
a4nais  cette  derniàro  proposition,  oi|  essaie  de  preudr^ 
FeDtithps^  upivprsellementt  S  la.  On  se  trompe  eucorei 
gi  l*op  pose  Ip  cpntraire  de  ce  qpi  résulte  nécessaire* 
n9ei|tde#4QPM^ft  adipises.  $  i3.  Et  epân,  si,  to|it  en  ne 
prenant  pj|s  (ps  pppo^éi^  mêmes,  on  preqd  cependiint 
1^  4^^x  termes  dopt  ^pfprn^  \^  contra4ii?tiop  opposée, 

§  14.  Il  y  fi  difFér«îUçe  à  f^ire  pdûtion  def  ppR^r^iirai 
im  \m  ifc  pétition  de  principe,  ep  cp  qu'il  y  «  fiiptiç 
4*up  potp  rpl^livenient  à  1^  popclysipp  ;  p^r  ceft  W  rfh 
g9rd4Pt  k  h  cpnplusjpn  que  ppus  dispp^  qp'on  fait  upp 
pétitipp  4e  principe}  tandis  que  ppur  lp§  çoptr^ires,  U 
fiinte  pst  4aqs  les  proposippus,  parpe  qu'fUp^  sfuqt  dffRd 
HP  certain  rapport  1^  V^W^  à  Tég^rd  dps  aqtref, 


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LIVRE  Vin,  CHAPITRE  XIY.  |3f 

CHAPITRE  ÎIV 

De  la  pratique  des  discussions  dialectiques. 

$  I .  Pour  s'eKereei»  et  se  rendre  habile  à  ces  argu* 
menlatbfls,  il  faut  d'abord  s'accoutumer  à  convertir 
lesraisoanemenls;  car,  de  cette  fkçon,  nous  serons  plus 
à  même  de  discuter  le  sujet  en  question,  et  de  peu  de 
données  noue  saurons  tirer  beaucoup  de  raisonne- 
ments.  Convertir  des  raisonneroents,  c'est  en  effet,  en 
transformant  la  conclusion,  détruire,  à  Taide  des  pro* 
positions  qui  restent,  une  de  celles  qui  ont  éié  don- 
nées; car  il  faut  nécessairement,  si  la  conclusion  est 
fausse,  détruire  Tune  des  propositions^  puisque,  en  ad* 
mettant  que  toutes  sont  vraies,  la  conclusion  qui  en 
sort  est  vraie  de  toute  nécessité.  §  a.  Quelle  que  soit  la 
illèse,  il  faut  examiner  l'argument  qui  soutient  qu'elle 
est  ou  qu'elle  n'est  pas  ainsi,  et  dès  qu'on  a  trouvé  ce 
qu'elle  est,  il  faut  chercher  sur-le-cliamp  la  solution  ; 
car,  de  cette  façon,  on  s'exerce  à  la  fois  et  à  bien  inter- 
roger et  à  bien  répondre  :  et  si  I  on  n'a  point  d'interlo- 
euteur,  on  s'exerce  du  moins  sei-mâme.  Il  faut  en  outre 
comparer  les  choses  parallèles  en  choisissant  les  argu- 
mentf  propres  à    foraier  l'antilhèse;  car  ceci  donne 

$  i.  A  eonoertir  leê  raisaruM-  la  défloition  même  quMl  donne  dans 

fiMfift,  Voir  Premiers  Anctlytiques,  les  Première  Analytiques ,  liv.  S , 

ll¥.  9,  diap.  9t  •  91 10.  —  C^f^vertir  cb.  S,  fi  l  ,^J£st  wruie  de  to^te  né- 

.4Mr0(fiinMiii«fil|,o'Mr...  Ôpp^ut  ceseité.  Voir  pour  les  dé?elopp^ 

voir  iiue  pVai  k  peu  prte  popr  les  menude  oeue  rè%\e  Premiétr^  Am- 

termes  et  tout  à  Mt  pour  la  fond  hf^fqtêes^  Uv.  9,  cl>»  9, 1 1. 


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A 


328  TOPIQUES. 

tout  ensemble  une  grande  facilite  pour  presser  l'adver- 
saire,  et  en  même  temps  aide  beaucoup  à  n^futer,  quand 
on  peut  soutenir  à  la  fois  que  la  chose  est  ou  n'est  pas 
de  telle  façon.  Par  là  Ton  se  met  d'autant  plus  en 
garde  contre  l'admission  des  contraires.  Ce  n'est  pas, 
du  reste,  pour  la  connaissance  et  la  réflexion  vraiment 
philosophiques  y  un  faible  instrument  que  de  pouvoir 
embrasser,  ou  d'avoir  embrasse  déjà  d'un  coup  d'œil, 
tout  ce  qui  résulte  de  l'une  et  l'autre  hypothèse  ;  car 
alors  il  ne  reste  plus  qu'à  bien  choisir  l'une  ou  l'autre. 
§  3.  Mais  il  faut  pour  cela  être  favorisé  de  la  nature  : 
et  cette  heureuse  et  naturelle  disposition  pour  la  vérité 
consiste  à  pouvoir  bien  choisir  le  vrai  et  fuir  le  faux. 
C'est  ce  que  font  aisément  ceux  qui  sont  naturellement 
bien  doués  ;  car  ceux  qui  aiment  ou  qui  repoussent 
convenablement  les  sujets  proposés,  savent  aussi  fort 
bien  juger  le  meilleur. 

§4-11  faut  avoir  des  raisonnements  tout  prêts  pour 
celles  des  questions  qui  se  présentent  le  plus  fréquem- 
ment. §  5.  Et  c'est  surtout  pour  les  propositions  ini- 
tiales qu'il  faut  être  ainsi  pourvu  ;  car  ce  sont  celles-là 
que  repoussent  souvent  ceux  qui  répondent.  Il  faut  encore 
avoir  provision  de  définitions,  et  être  tout  prêt  à  donner 
les  plus  probables  et  les  premières  de  toutes  ;  car  c'est  de 
celles-là  que  se  tirent  les  syllogismes.  §  6.  Et  il  fout 
tâcher  aussi  de  posséder  les  questions  sur  lesquelles 
retombent  le  plus  souvent  les  discussions.  §  7.  De  même. 


^%.  Lêt  diteutHwM  f  L^édition  dire,  les  raisonnemenu  autres  que 

de  Berlin  donne  ceci  en  variante,  et  les  syllogismes.  J'ai  préféré  avec  Pa- 

met  dans  le  texte  d'après  Sylburge  :  cius  la  leçon  vulgaire  qui  me 

les  autres  raisonnements,  c*eslpà-  ble  plus  simple. 


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LIVRE  VIII,  CHAPITRE  XIV.  329 

en  effet)  qu'en  géométrie  il  est  très-utile  de  s'être  exercé 
sur  les  éléments ,  et  qu'en  arithmétique  c'est  un  grand  » 
avantage  que  de  bien  posséder  les  produits  des  nombres 
simples,  pour  se  rendre  compte  d'un  autre  nombre  mul- 
tiplié, de  même,  dans  les  discussions,  il  n'est  pas  moins 
utile  d'être  bien  préparé  sur  les  principes,  et  de  savoir 
toujours  par  cœur  les  propositions.  En  effet,  de  même 
que  les  lieux  communs  suffisent  dans  la  mémoire  pour 
qu'on  se  rappelle  les  choses  sur-le-champ,  de  même 
ces  propositions  feront  raisonner  le  plus  régulièrement 
possible,  parce  qu'on  pourra  toujours  les  avoir  sous  les 
yeux,  limitées  comme  elles  le  sont  numériquement. 
§  9.  Il  vaut  mieux,  du  reste,  placer  dans  sa  mémoire 
une  proposition  commune  plutôt  qu'un  raisonnement. 
§  10.  Il  faut  encore  s'accoutumer  à  faire  plusieurs 
raisonnements  d'un  seul,  en  cachant  ceci  de  la  manière 
la  plus  complète  qu'on  peut  ;  et  l'on  y  parviendra  en 
a'élôignant  le  plus  possible  de  tout  ce  qui  ressemble 
aux  choses  dont  il  est  question.  Les  raisonnements  les 
plus  généraux  seront  ceux  qui  pourront  le  mieux  don- 
ner ce  résultat  :  et  par  exemple,  l'on  dira  qu'il  n'y  a  pas 
une  notion  unique  de  plusieurs  choses;  car,  de  cette 
façon,  ceci  s'applique  et  aux  relatifs,  et  aux  contraires, 
et  aux  conjugués.  §  1 1  •  Il  faut  aussi,  quand  on  rappelle 
les  raisonnements  antérieurs ,  le  faire  toujours  comme 
s'ils  étaient  universels,  bien  que  dans  la  discussion  on 
les  ait  présentés  comme  particuliers  ;  car,  de  celte  façon, 
c'est  ainsi  que  d'un  seul  on  en  fait  plusieurs.  Il  en  est 
d'ailleurs  tout  à  fait  ainsi  en  rhétorique  pour  les  en- 

$  s.  IM  produUi  d$$  nom6f«f    la  ubie  de  Pjthagore ,  et  qa*alors 
iimpiUf  G*e8t  ce  que  nous  appeloas    on  appienait  d^  par  coNir. 


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•se  ToeiQuiii. 

Ihymémes.  Il  fiiut,  du  reste,  U  plus  possible,  tfvîter  de 
ppésepter  soi-même  les  sytlogismes  sous  forme  unive9« 
selle.  §  la.  Et  il  faut  toujours  regarder  si  les  raisonne» 
ments  s'étendent  à  plusieurs  choses  communes.  En  effet, 
tout  ratsenneinent  particulier  est  aussi  prouvé  d'une 
nianièi*e  universelle!  ^t  dans  la  déipoQstratioû  particu^ 
lière  est  eomprise  celle  de  l'universel,  pan«  qu'oq  no 
peut  faire  aucun  syllogisme  sans  proposition  univer* 
selle. 

^  iS.  Il  fbut  ei|iployer,  avee  un  débutant,  Teieffciee 
des  inductions,  et  celpi  des  syllpgisnas  avec  l'hoainie 
habile.  |  14.  Et  ce  sont  des  propositions  qu'il  faut 
UMier  de  se  Aiire  aecor^ler  par  les  interlocuteurs  qui  sf 
servent  des  procédés  .syllogi^tiques,  et  desoompfinûsonsi 
pareeuf  qui  se  bornent  aux  inductions  $  car  c'est  sur 
ces  deux  points-là  que  les  uns  et  les  autres  se  sont  sun- 
tout  exercés.  §  i5  En  général,  de  pes  exercices  de  dis*' 
eussJoni  il  faut  savoir  tirer  eu  un  syllogisme  sur  quelque 
sujet,  ou  une  solution,  ou  une  proposition,  ou  ime  ob» 
jeetion.  Il  faut  voir  si  Ton  a  bien  ou  mal  interregé| 
qu'il  s'agisse  de  soi»méme  ou  d'un  ^utre,  et  se  rendre 
compte  en  quel  consiste  la  biep  eu  le  mal;  car  o'est  de 
Ik  qu'on  tire  sa  (opcBj  et  Ton  ne  s  exerce  que  pour  se 
fortiQer  surteut  d^fis  œ  qui  concerpe  les  propositions 
et  les  objections.  Celui-là  seul  qui  sait  faire  les  unes  et 
les  autees  est,  à  peopreipeni  parler,  un  dialecticien. 


f  IS.  À  pItMiêurt  fiho$$$  eam-  Vy  iidmet,  et  Je  crois  quMl  a  raisoa; 

mtffMs,  L*édU|on   de  Berlin    ne  II  est  probible  quMI  s  po«r  lui  l'an- 

doDoe  :  plusieurs,  que  dans  les  va-  tortlêde  quelque  ma nnscril.— San* 

NaaUMi»  Bsciai  as  is  lissas  pas  |v««efîiteii  uMt»«r«ali«»  Voir  l»r»- 

dans  la  loiss  «omiliis  { irlbaigs  eitof4M'y^^fafiiiv.Mlir9é9ll. 


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LIVRE  YIII,  CHAPITRE  XIY.  ||t 

Faire i^ne  prppQsitioni  c>$t  df.  plusieurs  proses  divines 
nVp  faire  qu'une  seyle,  puisqu'il  faut  prendre  dans 
toute  son  étendue  le  tenue  doqt  i|  s'aigit,  Faire  uns 
objection»  p  eU  d'une  seule  chose  en  faire  plusietip»)  eav 
ou  l'on  divise  y  ou  l'on  détruit  la  thèse,  en  arccrdant  ot) 
^n  refusant  tplle  ou  telle  des  propositipqs  ^vaqQéc«, 

§  lô.  Il  ne  fiiut  pas  discuter  avec  tout  |e  monde  ni 
s'exercer  s^veç  Ip  premier  venu}  pjEur  il  est  d(^  gens  m  Vf  9 
lesquels  nécessairement  on  ne  peut  faire  que  de  tràs* 
mauvais  raisoqnemeots.  Contre  mp  adversaire  qui  esss|ie 
à»  taus  les  moyens  pouv  éehappep,  il  est  juste  oMt»st 
d'employer  tous  les  moyens  pour  établir  le  syltogispiei 
Pikm  c^  o'i^st  pas  toi|joiir«  trè^*hQPQrabIe»  Et  voilà  pour^ 
quoi  il  ne  faut  pas  se  commettre  aisément  avec  les 
premiers  v§uus;  P4r  alori  /on.  ^v^  forcé  de  iie  faire  qi|e 
de  mauvais-  raisonnements  ;  et  ceux  qm  s'exeiHient  de 
cette  façon  ne  peuvent  plus  s'empêcher  de  discuter  avec 
les  formes  d'un  combat. 

§  17.  Il  faut  aussi  avoir  des  argumentations  toutes 
prêtes  pour  ces  sortes  de  questions,  où,  avec  le  moins  de 
ressources  possible,  on  saura  s'en  servir  le  plus  souvent 
qu'on  pourra.  Telles  sont  les  argumentations  générales 
et  celles  qu'il  est  difficile  de  tirer  des  circonstances  les 
plus  habituelles. 

S  16.  On  ura  forcé  dé  ne  fodrê^  bien  réelteroent;  c*esl  un  point  qui 

G*est  une  répéUUon  de  ce  qui  est  aenit  peut^tre  contesuble,  mais 

quelques  lippues  plus  haut  dans  ce  sur  lequel  ]e  n*ai  point  à  élever  ici 

même  paragraphe.  de  discussion.  Le  commentaire  sur 

g  17.  Il  8eml)le  qu*il  manque  ici  les  R4futaiion$  des  Saphiêtes  qui 

un  résumé  général  de  la  topique  lui  est  également  attribué,  ne  lui 

On  a  pu  remarquer  que  j*ai  tou-  appartient  cerlainement  pas.  Voir 

Jours  parlé  du  commentaire  d*A-  plus  loin  ce  traité,  cliap.  1,|  1  en 

leiandie  comme  s'il  lui  appartenait  noie. 


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332 


TOPIQUES. 


On  a  pu  remarquer  encore  qne  Je 
n*ai  fait  aucun  usage  des  Topiques 
de  Cicéron  :  cependant  Cioéron  lui- 
même  les  donne  pour  un  abrégé 
des  7op<9tiMd*Aristote.lfaiseeui 
qui  connaissent  Touvrage  de  Tora- 
teur  latin  et  TouTrage  du  philo- 
sophe, savent  qu'ils  n*ont  que  bien 
peu  de  rapports.  D^abord,  tonte 
Tordonnance  si  simple  et  si  régu- 
lière de  la  composition  a  disparu. 
Les  grandes  divisions  de  la  dialee- 
tique  sont  omises  :  tout  est  confon* 
du.  D*autre  part,  la  pensée  d'Aris- 
tote,  quand  elle  est  rappelée ,  est 
presque  méconnaissable.  Cicéron 
ne  l'a  pas  toujours  bien  comprise  : 
le  plus  souvent  on  ne  peut  pas 
même  dire  qu'il  la  refasse  :  il  j 
substitue  la  sienne  qui  est  tout  i 
fait  différente.  C'est  dans  une  tra- 
versée par  mer,  de  mémoire,  et 


sans  aucun  li?re,  que  Cicéron  écrit  t 
c'est  pour  son  ami  Trébatius,  qui 
désire  connaître  ces  fameux  Ti^ 
qties^  que  si  peu  de  rhéteurs, dit  Ci- 
céron, si  peu  de  philosophes  même, 
sont  en  état  de  comprendre.  Ainsi 
donc,  Cicéron  se  h&te  de  travailler 
sans  les  secours  nécessaires  ;  et  de 
plus,  il  est  probable  qu'il  y  a  fort 
longtemps  qu'il  n'a  lu  l'ouvrage 
quMi  veut  analyser  ;  sa  mémoire  est 
tout  i  fiit  iniklèle.  Toutes  ces  eau* 
ses  réunies  font  que  cette  analyse 
prétendue  des  TopigtiM  d'Aristote 
n'a  pu  me  servir  à  expliquer  aucun 
passage.  Le  témoignage  de  Cicéron 
eût  pu  être  précieux  i  bien  des 
égards,  et  par  sa  date,  et  par 
l'homme  lui-même.  Ses  Topiques 
ne  sont  pas  certainement  sans  im- 
portance, mais  ils  ont  été  pour  mol 
8UI8  aucune  utIUtô. 


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RÉFUTATIONS 

DES  SOPHISTES. 


PREMIÈRE  SECTION. 


ESPÈCES  DIVERSES  DBS  PARALOGISHES. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Bat  général  de  ce  traité  :  différence  da  sylio^sme  et  de  la  réftata- 
tion  sophistique. — Définition  du  sophiste  et  de  la  sophistique. 

$  I.  Mais  parlons  des  réfutations  sophistiques,  c'est* 
à-dire  des  réfutations  qui  paraissent  en  être  de  vëri- 


La  rédaction  de  oe  dernier  tiaité 
de  rOrganoDy  me  semble  de  beau- 
eoap  inférieure  à  celle  de  coqs  les 
précédents.  Les  vépétUions  y  sont 
très-fréquentes;  le  style  en  est  fort 
obscur  ;  des  elUpses  peu  jastifiables 
y  rendent  sooTent  la  pensée  énig- 
matiqoe;  le  sujet  ne  8>  développe 
pas  avec  clarté»  bien  qu'il  suive 
très-régulièrement  un  plan  tracé  à 
ravance  dont  il  ne  s*écarte  pas.  En 
un  mot,  si  la  pensée  est,  sans  aa- 
cun doute,  d*Aristote,  la  forme  me 


paraîtrait  ne  lui  point  appartenir, 
du  moins  tout  entière.  Ou  il  n*aura 
pu  mettre  la  dernière  main  à  oetoii« 
▼rage,  et  iiranra  laissé  imparidt:  ou 
nous  avons  ici  Toeuvre  d^une  main 
étrangère,  celle  d*un  disciple,  par 
exemple,  rédigeant  fidèlement  les 
leçons  do  mattre  dans  rensemblo 
et  dans  les  détails,  mais  substituant 
un  style  un  peu  inexpérlmenlé  au 
style  magistral  du  pbilosopbe.  Je 
ne  saurais  prononcer  entre  ces  deux 
hypothèses;  mais  Je  ne 


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334        BÉFUTATI0N8  DES  SOPUJSTES. 
tables,  mais  qui  n'en  sont  pas  rëellement  et  ne  sont  que 
des  paralogismes.  Nous  commencerons  naturellement 
par  les  «flncipAj 

§  a.  il  est  ^vidlent  que,  parmi  les  syllogismes,  les  uns 
en  sont  de  vërîtables«  et  que  les  autres  le  paraissent  sans 
en  être.  CoAitfië  pou^  tàbt  d'autres  cihôses,  cette  con- 
fusion se  produit  ici  par  une  certaine  ressemblance  que 
peuvent  présenter  aussi  les  discours.  Ainsi,  parmi  les 
hommes,  les  uns  ont  bien  réellement  la  santé,  les  autres 
n*eu  ont  que  ra^pài*eilcè,  de  goirflant  (lli- mêmes  et 
se  parant,  comme  on  gonfle  et  comme  on  pare  les  vie- 
fjoies  0fimas  par  hs  irtlMiSi  Le»  utis  soin  beaux  par 
leur  propre  beauté,  les  autres  ne  font  que  le  paraître 
pai*ce  qu'ils  se  sont  bien  ornés  eux-mêmes.  On  pourrait 
appliquer  cetteobservation  même  auxohoses  inanimées: 
ainsi,  celles-ci  sont  véritablement  Je  ^argent,  celles-là* 
de  lor,  d autres  ne  le  sont  pas  réellement  et  le  parais- 
sent à  nos  sensqu^etlcs  trompent  :  par  exemple,  le  ploqib 
et  la  litharge  paraissent  de  Targent,  et  les  choses  dorées 
paraissent  d«  for»  De  même  pour  le  syllogisme  et  la 
céAitatioo  I  l'une  est  réelleinent  syllogisme,  l'autre  ne 


tftrtm  |ttli«e ,  «Iffèë  ttnft  le«f  if  H!  âC-i  (teges  on  y  efte  Athénée  et  Procltis. 

Kfiitlve  i  m  pM  MltaAdAf^  Is  dlf-  Voir  l'édlUoik  de  Berlin ,  pige  t96, 

Mrenéè  (fCi'offVi'  ee  defllfe^  (ta?nif(e  à ,  e. 

êMnfmfé  ft  lottS  les  «ftlre».  le  itt'é^  %  1.  JftiCr....  eette  conjonction 

MMifleqii^aiMnffeëlnmeDMèiTf  n'ait  «emble  Indiquer  que  ce  llyre  ne 

IMi  eetie  reMsh)lie  ivillft  tffôi  ;  detnlt  pas  être  séparé  de  cent  qnf 

«naië  «  af  elle  est  tiont^tle  )  Je  cfoHr  le  pvéeédent 

pMtmr  Éfllrmêr  qtf  elle  ii*eli  M  «t.  OlfgrteÉ  par   M»  ÎHèu$  ; 

fié  MMns  Jaste*.  Dans  les  sacrifices,  les  trilnis  d'A^ 

Le  ttmimenf^tfè  sur  lés  JN/Viitt-  f bènés  ri? afisaient  entre  elles  I  qui 

Héné  OHSiOpMÉteii  ÉltHbué  à  présenterait  les  pitts  belles  tictlmes; 

âtonaiNlHi ,  n*efti  êTldemment  pas  et  Ton  employait  toute  espèce  d'iN 

in  im^  (NHa^ie  i  dès  teft  prenilètes  ttllceé  ponr  les  ptre^et  les  grottir. 


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SECTION  I)  OHAPime  II  ttft 

Tmi  pàê^  mais  elle  paraît  l'être  à  des  yeux  ineipëri* 
metiléB)  Car  les  gens  sans  expérience  ne  Voient  les 
dioses  que  ootnnie  s'ils  les  regafdaieat  à  une  grande 
iistaocei 

§  3i  Lesyllogisitie  est  nn  raisonnement  eiif  cerlâiBes 
données  étant  posées^  on  tiré  de  ces  données  qiiriquë 
conclusion^  qui  en  sort  nécessairement  ^  et  qui  est  diflfé* 
rente  de  ces  donoéesi 

$  4*  I^  réfutation^  au  conthiire^  est  uiî  syllogisme 
atee  contradiction  de  la  conclusion.  §  5«  Les  sopbistea  de 
le  font  pas  réellement ,  mais  ils  paraissent  le  faire  à  plus 
d'un  titre  :  et  le  lieu  le  plus  naturel  et  le  plus  commun  de 
tous  ceM  par  lesquels  on  produit  cette  apparence  est  ce- 
lui qui  ne  tient  qu'aux  mots.  En  effet  9  comme  on  ne  peut 
discuter  en  Apportant  les  choses  nlénlesy  et  qu  il  faut  se 
tertir  des  mots  comme  représentation^  Su  lieu  des  choses 
qu'ils  remplacent^  nous  croyons  que  Ce  qui  arrive  aua 
mots  arrive  également  aux  choses^  comme  on  conclut 
des  cailloux  au  compte  que  Ton  teut  faire.  Or  ici^  la 
ressemblance  n'est  pas  tont  à  fait  complète  |  ft  lei 


t  É.  un  tire,,,  quelque  éonclU^ 
9km ,  L'édUiofl  ds  Berllo  t  dtns  le 
te&ie:ofidil...,  et  donne  en  variante 
la  leçon  ordinaire  que  ]*ai  conser- 
tSe ,  et  qui  me  «emble  meilleure. 
Cette  définition  du  lyllogisme  est 
d^allleurs  identique  à  celle  qui  est 
féfiélée  dam  les  Tàpiquêi^  Ht.  1  ^ 
çb.  i,  S  S  «i  dans  les  Première  Ana- 
lytiques, llv.  i,  ch.  1,  S». 

%  I  J«ee  etmtradieiion  de  h 
ûtmolueiên,  Goatredisant  la  oontlii- 
slon  donnée  antérieurement  sur  le 
même  sujei  par  l*sdtenBire  ItlSilit 


ftpprdehdt  eetre  (ièfitilit<»h  âé  éilte 
des  Ptemiere  Ânai^tiqueê,  Ut  S| 
cb.  1,  S  S. 

$h.  On  éênelui  étét  eaiUbUic  ; 
M  te  semdt  }idis  poar  compter  ds 
cailloux,  comme  on  se  sert  encore 
dans  nos  campagnes  de  moyëbâ 
losi  aaast  grossiel».  •«  ihipée...  âê 
même  pmtr  let  diseaurê,  voir  TEO' 
tbydéme  de  t'iatun.  —  Qui  seront 
dUû*  f  Ml  lard,  toir  s^eMieaieai 
les  cb.  i  et  5  plus  loin,  et  l'on  peut 
ajouter  d*une  manière  générale, 
Ibot  lé  tnriié  éHB  JfS^aKbad. 


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336         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

mots  sont  limités  ainsi  que  le  nombre  des  dcfinitionsy 
mais  les  choses  sont  innombrables.  Il  est  donc  néces- 
saire  qu'une  même  définition  et  qu'un  seul  nom  signifient 
plusieurs  choses.  De  même  donc  que  ceux  qui  ne  savent 
pas  bien  se  servir  des  cailloux  sont  dupés  par  ceux  qui 
le  savent,  de  même,  pour  les  discours:  ceux  qui  ne  con* 
naissent  pas  la  puissance  des  mots  font  de  faux  raison- 
nements, soit  en  discutant  eux-mêmes,  soit  en  écoutant 
les  autres.  Cette  cause  donc,  et  celles  qui  seront  dites 
plus  tard,  font  qu'il  y  a  le  syllogisme  apparent  et  la  ré- 
futation qui  parait  en  être  une,  mais'qui^  cependant^ 
n'est  pas  véritablement  une  réfutation. 

§  6.  G>mme  il  y  a  certaines  gens  qui  s'occupent  plus 
de  paraître  sages  que  de  l'être  réellement  sans  le  pa- 
raître; car  la  sophistique  n'est  pas  autre  chose  qu'une 
sagesse  apparente  et  qui  n'est  point  réelle,  et  le  sophiste 
ne  cherche  qu'à  tirer  un  lucre  d'une  sagesse  apparente 
qui  n'a  rien  de  vrai,  il  est  clair  que  ces  gens-là  cher- 
chent plutôt  à  sembler  faire  œuvre  de  sagesse  qu'à  le 
faire  réellement  sans  le  paraître.  Du  reste,  et  pour 
comparer  les  choses  une  à  une,  c'est  l'œuvre  en  chaque 
chose  de  celui  qui  sait,  d'abord  de  ne  pas  se  tromper 
lui-même  dans  ce  qu'il  sait,  et  ensuite  de  pouvoir  dé- 
masquer celui  qui  trompe;  et  ces  deux  mérites  con- 
sistent, l'un  k  pouvoir  donner  la  raison  des  choses,  et 
l'autre  à  l'apprécier  quand  un  autre  la  donne.  Il  y  a 
donc  nécessité  que  ceux  qui  veulent  jouar  le  rôle  de 
sophistes  cherchent  des  discours  du  genre  que  nous 
venons  de  dire;  car  c'est  là  ce  qu'il  leur  faut,  puisque 
c'est  ce  talent  qui  les  fera  paraître  sages,  et  c'est  préci* 
sèment  là  ce  qu'ils  désirent  et  se  proposent. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  II.  337 

$  7.  Qu'il  y  ait  un  tel  genre  de  discours,  et  que  ceux 
que  nous  appelons  sophistes  recherchent  ce  talent,  c'est 


ce  qui  est  évident. 


CHAPITRE  II. 

Espëoes  diverses  des  argumentations  au  nombre  de  quatre. 

$  I  •  Combien  il  y  a  d'espèces  d'argumentations  so- 
phistiques,  quel  est  le  nombre  de  celles  par  lesquelles 
on  peut  former  ce  talent ,  et  combien  il  y  a  de  parties 
dans  cette  étude,  c'est  ce  que  nous  allons  dire,  en  y  ajou- 
tant tout  ce  qui  peut  en  outre  compléter  cet  art. 

§  a.  Il  y  a  quatre  genres  de  raisonnements  possibles 
dans  la  discussion  :  l'instructif,  le  dialectique,  l'cxerci- 
tif  et  le  contentieux.  L'instructif  part  des  principes 
propres  de  chaque  science,  et  non  pas  des  opinions 
particulières  de  celui  qui  répond  ;  car  il  faut  que  le  dis- 
ciple croie  à  ce  qu'on  lui  dit.  Le  dialectique  est  celui 
qui  conclut  syllogistiquement  la  contradiction,  en  par- 
tant de  principes  probables.  L'exercitif  part  de  prin- 
cipes posés  par  celui  qui  répond,  et  que  doit  nécessaire- 
ment connaître  celui  qui  se  donne  pour  posséder  la 
science  :  quelle  est  ici  la  méthode  à  suivre^  c'est  ce  qu'on 
a  dit  ailleurs.  Enfin  le  raisonnement  contentieux  pro- 


S  i.  Vinstruetif...  Vêxêreitif^  pemeots  qui  suivent  en  font  d*tfl«- 

l*ai  dû  prendre  œs  mots  quoique  leurs  bien  comprendre  le  sens.  ^ 

peu  convenables,  pour  éviter  de  AUleyrêj  Tofiiqm$f  liv.  1,  ch.  Set 

kmgues  périplinses.  Les  dévelo|H  surtout  liv.  8^  ch.  i,  et  suivants. 

IT.  ai 


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33»  RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 
cède  de  principes  qui  paraissent  probables  et  qui  ne  le 
aont  pas:  il  est  syllogistique  ou  parak  Tétre.  §  3.  Oa  a 
déjà  parlé  dans,  les  Analytiques  du  genre  instructif  et 
démonstratif,  et  ailleurs,  du  dialectique  et  de  Texerci- 
tif  :  il  &ut  parleriei  des  arguments  de  contention  et  de 
dispute. 


CHAPITRE  III. 

Buts  divers  qu'on  peut  se  proposer  dans  TstgamenUition 
éristlque. 

§  I.  Il  faut  se  rendre  compte,  d^abord,  de  ce  que  Se 
proposent  ceui  qui  aiment  ainsi  à  lutter  de  paroles  dans 
des  discussions.  §  a.  11  y  a  cinq  choses  qu'ils  peu- 
vent avoir  en  vue  :  la  réfutation,  Terreur,  le  paradoxe, 
le  solécisme,  et,  en  cinquième  lieu,  de  faire  bavarder 
celui  qui  discute  avec  eux  :  j'entends  par  bavarder,  lui 
faire  répéter  vainement  ptusieui*s  fois  la  même  chose. 
D*ailleurs,  ils  peuvent  poursuivre  ce  qui  n'est  pas,  mais 
parait  être  pour  chacune  de  ces  choses.  §  3.  De  ces  cinq 
objets,  celui  qu'ils  préfèrent,  c'est  de  paraître  réfuter 
leur  antagoniste; en  second  lieu,  c'est  de  montrer  qu'il  a 
fait  quelque  erreur  ;  troisièmement,  de  le  pousser  au  pa- 
radoxe; quatrièmement,  de  le  forcer  à  commettre  un 

§  3.  Dani  Ut  Analytiques,  Les  dre  habituellenient  adopté,  ce  qui 

Derniers.  —  Du  genre  instructif  et  réfute  TopinioD  de  ceux  qui  tou- 

âémonMtroHf,  L^éditlon  de  Berlin  latent  placer  les  Topiques  et  les 

dtt  seulement  :  démonstratif.  —  Et  RéAitations  des  Sophistes  avant  les 

éHinirf ,  dans  les  TopiffUês.  On  Toft  Aerititfra  A  naly tiques,  comme  ron t 

qu'ici  rordre  de  rorsanoo  est  roi^  fiiU  plusieurs  éditeurs. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  IV.  338 

8olé€i&0>e,  c'Jst-à-dire  de-  contraindre  par  leur  raison- 
nement celui  qui  répond,  à  pader  comme  un  véritable 
barbare;  enfin^  en  cinquième  lieu,  de  lui  faire  redire 
plusieurs  fiois  les  mêmes  choses. 


CHAPITRE  IV. 

Deox  espèces  principales  de  réftitationt  :  4*  t'ue 
Terbale  ;  2f  l'autre  relative  aui  choses. 

§  I .  II  y  a  deux  manières  de  réfuter  :  Tune  s'adresse 
au  mot,  l'autre  est  en  dehors  du  mot.  §  a.  Les  causes 
qui  font  illusion  relativement  aux  iribts,  sont  au  nombre 
de  six  :  c'est  l'homonymie,  ramphibologie,  b  combinai- 
son, la  division,  la  prosodie  et  la  forme  même  du  mot. 
On  peut  démontrer  par  la  méthode  d'induction  et  par 
le  syllogisme,  ou  telle  autre  méthode,  que  l'on  peutexr 
primer  une  chose  qui  n'est  pas  la  même,  d'autant  de  fa- 
çons qu'on  vient  de  dire ,  par  les  mêmes  mots  et  les 
mêmes  paroles. 

§  3.  Pour  l'homonymie,  il  y  a  des  raisonnements  du 

$  3   CewD  gui  savent  appren-  qoivoque  roule  sur  ces  mots :—£«( 

nenty  Téquivoque  porte  sur  le  mot  :  astit  et  debout,  qu'il  est  malade 

apprenDent,  qui  signifie  à  la  fois,  et  bien  portant,  Tbomonymie  cou- 

apprendre  poar  soi ,  s'instruire;  et  siste  ici  en  ce  qne  le  participe  as- 

apprendre  aux  autres ,  enseigner,  sis ,  comme  Tadjeetif  malade  pen- 

L*éqnivoqueesilamtoe  en  français  Tent  être  également  pris  soit  an 

qu'en  grec.  Voir  dans  rEulhydème  présent  soit  au  passé.  Ged  est  e»- 

de  Platoo  un  sophisme  à  peu  près  pliqué  plus  bas  :  se  portait  bien.^ 

semblable,  p.  37|  et  sviy.,  tnd.  de  ne  se  porte  pas  bien ,  par  la  diver- 

M. Gowln. '^CofuidoU être^ Yé-  sitémemedee tempik 


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340        RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

genre  de  celui-ci  :  Ceux  qui  savent,  apprennent;  car 
les  grammairiens  apprennent  les  choses  qu'ils  font  réci- 
ter de  mémoire.  C'est  qu^apprendre  est  un  homonyme, 
et  signifie  également  faire  comprendre  en  se  servant  de 
la  science  et  acquérir  la  science.  On  prouve  encore  que 
les  maux  sont  des  biens  ;  car  ce  qui  doit  être  est  un 
bien,  et  les  maux  doivent  être.  C'est  que,  devoir  être  a. 
un  double  sens,  et  signifie,  d'une  part,  le  nécessaire,  ce 
qui  se  présente  souvent  même  pour  les  maux;  car  il  y  a 
tel  mal  qui  est  nécessaire;  et,  d'autre  part,  nous  disons 
que  les  biens  sont  aussi  ce  qui  doit  être.  Autre  homo- 
nymie :  ou  prouve  que  le  même  individu  est  assis  et  de- 
bout, qu'il  est  malade  et  bien  portant;  car  celui  qui 
s'est  levé ,  est  debout ,  et  celui  qui  s'est  guéri  est  bien 
portant.  Or,  c'était  un  individu  assis  qui  se  levait,  un 
malade  qui  se  guérissait  ;  car  cette  expression,  que  le 
malade  fait  ou  souffre  une  chose  quelconque,  n'a  pas 
une  signification  unique,  mais  tantôt  elle  veut  dire  que, 
telle  personne  est  assise  ou  malade  maintenant,  et  tan- 
tôt il  s'agit  d'une  personne  qui  l'était  auparavant.  Oui, 
sans  doute,  le  malade  se  portait  bien  même  en  étant 
malade,  mais  il  ne  se  porte  pas  bien  étant  malade;  c'est 
le  malade  qui  se  porte  bien,  mais  ce  n'est  pas  le  malade 
qui  l'est  maintenant,  c'est  celui  qui  Tétait  auparavant. 
§  4*  Quant  à  l'amphibologie,  en  voici  un  exemple: 

%  i.  Vouê  DouUt  ma  prit$  âêt  langue,  priTée  de  cas,  ne  peut  faire 

ennemie ,  J'ai  cherché  à  rendre  par  comprendre  ces  amphibologies  qoi 

cette  phrase  fort  peu  correcte,  Tam-  ne  reposent  que  sur  la  confusion 

phibologie  de  la  phrase  grecque  qui  de  deux  régimes.  l\  faut  absolu- 

signifle  à  la  fois  :  vous  voulez  que  je  ment,  pour  comprendre  les  exem- 

pienne  les  ennemis  :  et  TOUS  voulez  pies  qui  suivent,  avoir  le  tezte 

que  lesennemis  me  prennent.  Notre  grec  sous  les  yeux.  La  traduction 


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SECTION  I,  CHAPITRE  lY.  341 

Vous  voulez  ma  prise  des  ennemis  :  Quelqu'un  qui  con- 
naît connaît-il  cela  ?  Car  on  peut  entendre  par  cette 
expression  y  el  désigner  ainsi  comme  connaissant,  et  ce* 
lui  qui  connaît,  et  la  chose  qui  est  connue  ?  Est-ce  que 
ce  quecelui-ci  voit,  voit  cela?  Il  voit  la  colonne,  de  sorte 
que  c'est  la  colonne  qui  voit.  Et  encore,  ce  que  tu  dis 
être  est-ce  que  tu  le  dis  être?  Et  tu  dis  que  c'est  une 
pierre,  tu  dis  donc  que  tu  es  une  pierre?  Enfin,  est-ce 
que  celui  qui  se  tait  parle?Car  cette  expression,  celui  qui 
qui  se  tait  parle,  a  deux  sens;  d'abord,  que  celui  qui 
parle  se  tait,  et  que  ce  sont  les  choses  mêmes  qui  se 
taisent. 

§  5.  Il  y  a  trois  espèces  dans  l'homonymie  et  dans 
l'amphibologie;  l'une,  quand  l'expression  ou  le  mot  a 
proprement  plusieurs  sens,  comme  aigle,  chien;  l'autre 
qui  procède  de  l'usage  où  nous  sommes  d'employer  ces 
mots;  la  troisième,  enfin,  quaud  le  mot  en' combinaison 
a  plusieurs  sens,  mais  qu'il  n'en  a  qu'un  absolument 
quand  il  est  isolé.  Par  exemple,  savoir  les  lettres;  car 
chacun  de  ces  mots  pris  à  part  ne  signifient  qu'une 
seule  chose:  savoir,  et  les  lettres  ;  mais  tous  deux  réu- 
nis ont  plusieurs  sens;  d'abord,  que  ce  sont  les  lettres 

française  toute  fidèle  qu'elle  est  ne  S  5.  Comme  aigle^  Aigle  en  giec 

peut  présenter  que  des  obscurités  sigoitte  d*abord  Toiseau  de  œ  nom 

inintelligibles.   Notre    langue  est  et  un  ornement  en  architecture, 

trop  claire  pour  se  prêter  à  ces  —  Chien  peut  signifier  en  français 

équivoques  si  &ciles  en  grec  et  en  comme  en  grec ,  d*abord  ranimai 

latin.  ^TU  es  une  pUrre ,  Voir  de  ce  nom ,  puis  une  constellation. 

TEnUiydème  de  Platon,  p.  il7,  —  5atx><r  Im  folfrM ,  L'édition  de 

trad.  de  M.  Cousin.  —  Celui  ^i  êe  Berlin  donne  cette  leçon  en  va- 

tait parlé,  La  phrase  grecque  peut  riante,  et  dans  le  texte  :  Sait  les 

signifier  aussi  :  Dire  des  choses  qui  lettres,  ce  qui  en  grec  forme  éga- 

seui8ent.VoirrEuUiydème,p.4IO,  ieraent   une    amphibologie,  qoi 

trad.  de  M.  Cousin.  n'existe  point  du  tout  en  firançals. 


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342         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

dles-méme  qui  ont  la  scieuoe,  ou  que  c'est  un  autre  qui 
a  la  science  des  lettres. 

L'homonymie  et  l'amphibologie  ont  donc  ces  diverses 
espèces. 

$  6.  Voici  celles  de  la  combinaison  :  par  exemple, 
que  celui  qui  est  assis  peut  marcher,  et  que  celui  qui 
n'écrit  pas  peut  écrire;  car  le  sens  n'est  pas  le  même, 
si  l'on  prétend  ainsi,  en  séparant  les  idées ,  ou  en  les 
réunissant,  qu'il  est  possible  que  l'individu  assis, 
marche,  et  que  celui  qui  n'écrit  pas,  écrive.  Et  de 
même,  si  l'on  réunit  ces  deux  idées  que  celui  qui  n'é- 
crit pas  écrit;  car  cela  signifie  alors  que  celui  qui  n'é- 
erit  pas  écrit;  et  si  l'on  ne  réunit  pas  les  îdéeS|  cela  vt*ut 
dire  qu'il  a  la  faculté  d'écrire  même  lorsqu'il  n'écrit 
pas.  Et  il  apprend  maintenant  la  grammaire,  puisqu'il 
apprenait  ce  qu'il  tait.  Et  de  même  encore  que  celui 
qui  ne  peut  porter  qu'une  seule  chose  peut  cependant 
en  porter  plusieurs. 

§  7.  Pour  la  division,  c'est,  par  exemple,  que  cinq 
sont  deux  et  trois,  et  qu'ainsi  ils  sont  pairs  et  impairs: 


S  6.  Celui  qui  ett  atiis,  La  gram- 
maire en  grec  permet  également  de 
Joindre  le  mol  qui  signifie  :  Celui 
qui  est  twit,  ^  poovoiret  à  marcher. 
Usas  le  premier  cas  raasertion  est 
vraie,  dans  le  second  elle  esX  Thmiso. 
^EtU  apprend  metiniMOMU^  Ceci 
est  la  oosdiisloD  d*iin  syllogisme 
dit  par  les  «ophislet:  Celui  qui  sait 
la  grammaire  malnleiMDt  l'a  a|>- 
prlse  :  or  «d  lei  sait  la  grammaire , 
donc  il  rapprend  malnlenaot. 
L^ampbtbologle  porta  sur  le  mot  : 
miinteoant,  qui  en  grec  peut  ae 
Joindra  également  aoitan  mot  :  sait, 


qui  précède,  soit  aux  mots  :  Ta  ap- 
prise, qui  suivent.  —  P^ut  «n  pm^ 
ter  plusieurs ,  Non  pas  ensemble» 
mais  suoœaaivemettt. 

i  7.  Je  ftd  faU  Uhre,  U  phrase 
grecque  peut  également  signifier  : 
Je  t*ai  fliit  libre  d'eacla?e  que  ta 
étais,  ou  esclave  de  libre  que  ta 
étais.  ^  U  divin  AehiUê,.  .  La 
phrase  grecque  peut  signifier  éga- 
lement :  laissa  cinquante  hommes 
•nr  cent ,  ou  cent  hommes  sur  cin* 
quante.  Le  firançals  ne  se  prèle  pas 
k  ces  équivoques  que  sa  clarté  ne 
permet  pas  de  reproduire. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  IV.  34S 

et  que  le  plus  grami  est  ëgal  ;  car  il  est  d'abord  autant, 
et,  en  outre,  il  a  du  plus.  En  eflet,  la  même  expression 
combinée  ou  divisée  ne  signifie  plus  la  même  chose. 
Ainsi:  Je  t*ai  fait  libre  d'esclave,  et  le  divin  Achille 
laissa  cinquante  hommes  de  cent. 

§  8.  Dans  la  prosodie,  il  n'est  pas  facile  de  se  trom- 
piT  quand  on  ne  fait  que  discuter  en  paroles  sans  écrire, 
mais  c'est  bien  plutôt  dans  les  choses  écrites  et  dans  les 
poésies.  Par  exemple,  il  y  a  des  gens  qui  défendent 
Homère  contre  ceux  qui  lui  font  un  crime  d'avoir  dit  : 
Il  n'est  pas  atteint  par  sa  pluie.  On  défend  cette  exprès* 
sion  par  une  règle  de  prosodie,  en  disant  que  le  mot  en 
discussion  doit  être  marqué  d'un  accent  aigu  :  et  dans  te 
songe  d'Agamemnon,  que  ce  n^est  pas  Jupiter  lui-même 
qui  dit  :  Nous  lui  accordons  d'obtenir  sa  prière,  mais 
qu'il  ordonne  au  songe  de  la  lui  accorder.  Voilà  donc 
des  observations  relatives  à  la  prosodie. 

§  9.  Quant  aux  arguments  tirés  de  la  forme  du  mot, 
ils  ont  lieu  quand  ce  qui  n'est  pas  la  même  chose  est 
exprimé  de  la  même  façon  :  paf  exemple ,  le  masculin 


§  s.  BûWièM ,  nitd.  cbSDt  IS, 

V.  3SS ,  Le  moi  dont  il  s*agil  peui 
ftiguifter,  avec  un  esprit  doux  et 
tans  âocent,  It  négation  ne  pas,  ec 
afeo  raoceni  aigu  »  il  signiiie  :  dans 
l*eadroit  où.  Nous  lisons  aujour- 
d'hui ce  mot  sans  accent  dans  le 
passage  dié  et  les  meillauras  édi- 
tions le  prennent  pour  la  négation 
et  non  pour  Pad verbe.  Ari^toie 
nous  apprend  dans  sa  Poétique^ 
cà.  M, Mit  de  Berlin,  p.  iiSt, 
.  a,  tt,  que  e*esl  Hippias  de  Tluaos 
qui  défeadait  atai  eeâ  daas  pas- 


d'Homèfe.  —  SI  âcms  le 
tonge  d'Agamennum ,  La  portion 
de  vers  que  cite  Ârislote  ne  se  re- 
trouve plus  dans  nos  édilioias  d^Ho- 
iBère,  du  moins  au  passage  quMl 
indique.  Voir  le  début  du  second 
ctiant  de  Tlliade  :  Bile  se  retrouve 
aiUean»  cbani  ai,  v.  tST.  On  sail 
qu'Âristole  avait  fait  une  édition 
d'Homère  pour  Alexandre ,  la  f!i- 
mouse  édition  de  la  Cassette.  — 
ifout  M  acùûrimu...  â$UtM  ae~ 
cordtTy  Le  mot  grec  peut  avoir  les 
deaii 


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344         BÉFUTATICmS  DES  SOPHISTES. 

pris  au  fëminin,  ou  le  féminin  au  masculin  :  ou  bien 
lorsque  le  neutre  est  pris  pour  Tun  ou  pour  l'autre  :  ou 
bien  la  qualité  pour  la  quantité;  ou  à  l'inverse,  la  quan- 
tité pour  la  qualité,  ou  l'action  pour  la  souffrance,  ou 
l'action  pour  la  disposition.  Et  ainsi  du  reste ,  contre 
les  divisions  faites  précédemment;  car  il  est  possible 
d'exprimer  par  le  mot ,  comme  étant  de  la  catégorie  de 
l'action,  ce  qui  n'est  pas  de  la  catégorie  de  l'action  : 
ainsi,  se  bien  porter,  est,  pour  la  simple  forme  du  mot, 
tout  à  fait  la  même  chose  que  couper  et  construire;  et, 
cependant,  l'un  exprime  que  l'on  a  certaine  qualité, 
certaine  disposition,  et  l'autre ,  que  l'on  fait  certaine 
chose.  Et  de  même  pour  tout  le  reste. 

§  lo.  Les  arguments  tirés  des  mots  sont  donc  de  ces 
différentes  espèces. 


CHAPITRE  V. 

Des  paralogismes  en  deliors  da  mot  :  sept  espèces. 

§  I .  Il  y  a  sept  espèces  de  paralogismes  en  dehors  du 
mot;  l'une  tirée  de  l'accideut,  l'autre  de  ce  que  le  terme 
qui  devrait  être  pris  absolument  ne  l'est  pas  absolument, 
mais  est  pris  avec  une  restriction  de  lieu,  ou  de  telle 
autre  relation  :  la  troisième  est  relative  à  l'ignorance 
de  la  réfutation,  la  quatrième  à  la  conséquence,  la  cin* 
quième  à  la  pétition  de  principe;  la  sixième  vient  de  ce 

t  s.  Préeéâêmmmu,  Voir  les  Gs-    dii  :  iieox ,  nos  d'ailleiin  Jastifler 
tégories.  oetle  leçon  qui  n'esl  pas  maimiae» 

S 10.  Etpècêi^  L'édition  de  Berlin    mais  que  Je  n'adopte  pas. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  Y.  345 

qu'on  a  donné  pour  cause,  ce  qui  ne  l'est  pas;  la  sep* 
tième  enfin,  c'est  de  réunir  plusieurs  questions  en  une 
seule. 

§  !i.  Les  paralogismes  relatifs  à  l'accident  ont  lieu, 
quand  on  croit  qu'une  chose  quelconque  est  aussi  bien  à 
l'accident  qu'à  la  chose  même.  En  effet,  de  ce  que  plu- 
sieurs choses  peuvent  être  comme  accidents  à  une  même 
chose,  il  n'est  pas  nécessaire  que  tous  ces  accidents 
soient  à  tous  les  attributs  de  la  chose  et  au  sujet  qui  a 
ces  attributs;  car  de  cette  façon  toutes  choses  seront 
identiques,  ainsi  que  le  prétendent  les  sophistes.  Par 
exemple,  si  Coriscus  est  autre  chose  que  homme,  il  sera 
autre  que  lui-même  ;  car  il  est  homme  :  ou  s'il  est  autre 
que  Socrate,  et  que  Socrate  soit  homme,  les  sophistes 
soutiennent  qu'on  accorde  par  là  qu'il  est  autre  chose 
que  homme,  attendu  que  l'être  relativement  auquel  on 
a  dit  qu'il  était  autre,  a  pour  accident  d'être  homme. 

§  3.  Les  paralogismes  qui  tiennent  à  ce  qu'une  chose 
qui  devrait  être  dite  absolument  est  prise  avec  restric- 
tion, et  non  proprement,  ont  lieu,  quand  on  prend  ce 
qui  est  dit  au  particulier  comme  absolu  ;  ainsi,  par 
exemple,  au  lieu  de  dire  que  le  non  être  est  concevaî>le 
on  dit  que  le  non  être  est;  car  ce  n'est  pas  du  tout  chose 
identique  d*être  telle  chose  ou  d'être  absolument.  Ou 
encore  si  l'on  dit  que  l'être  n'est  pas  réellement,  parce 
qu'il  n'est  pas  l'une  des  choses  qui  sont,  et  par  exem- 
ple qu'il  n'est  pas  homme  :  car  ce  n'est  pas  une  expres- 

$%.  Car  de  eett$  façon U$  thydèroe  de  Platon,  pag.  410,  trad. 

Sophistes,  L^édiUon  de  Berlin  ne  de  M.  Cousin, 

donne  oette  phnse  que  dans  les  va-  S  S.  C0  qui  est  dit  au  partieu^ 

rîanles,  et  non  dans  le  texte.  —  H  lier,  avec  restriction  et  avec  une 

sera  autre  fu$  lui-même,  Voir  TEu-  relatî(«  qui  le  limite. 


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346         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

sîon  ideolique  de  n'être  pas  quelque  chose ,  et  de  n'être 
pus  absolument.  L'erreur  vient  de  la  ressemblance  de 
lexpression,  el  il  semble  qu'il  n'y  a  pas  grande  difierenoe 
entre  être  tdie  chose  et  être,  et  entre  ne  pas  être  telle 
chose  el  ne  pas  être.  On  confond  de  même  et  la  restric- 
tion et  ie  sens  absolu;  par  exemple,  si  Tlndien  étant 
tout  à  fait  noir  il  est  cependant  blanc  par  les  dents,  il 
est  tout  è  la  fois  blanc  et  non  blanc  ;  ou  bien  s'il  est  les 
douX)  en  quelque  façon  à  la  fois,  il  tant  donc  que  les 
isontraires  co-eaistent  en  lui.  Tout  le  monde  peut  aisé* 
ment  iroir  dans  certains  cas  des  paralo-^ismes  de  ce 
genre;  par  exemple,  si  supposant  que  l'Ethiopien  est 
noir,  en  demande  s'il  est  blanc  par  les  dents.  Si  donc  il 
est  blanc  de  cette  façon,  on  pourra  croire  avoir  prouvé 
par  syliogisine  qu'il  est  noir  et  non  noir  tout  à  la  fois, 
quand  on  aura  terminé  sou  interrogation.  Mais  cette 
erreur  reste  souvent  cachée:  et  c'est  dans  tous  les  cas 
où  lorsqu^oû  dît  la  chose  av«c  une  restriction,  le  sens 
absolu  semblerait  devoir  suivre,  et  dans  tous  ceux  oh. 
il  n'est  pas  fiidle  de  voir  lequel  des  deux  sens  on  doit 
prendre  au  propre.  Et  cela  se  présente  toutes  les  fois 
que  lesi  opposés  sont  également  au  sujet.  Il  paraît,  en 
eflEst,  ou  que  les  deux  en  même  temps,  ou  que  ni  l'un 
ai  l'autre,  ne  doivent  être  attribués  absolument!  par 
exemple^  si  une  moitié  est  blanche  et  l'autre  moitié 
noire,  on  demande  si  la  chose  est  blandie  ou  noire? 
•  §4-  D'AUtrea  paralogismes  ont  lieu  parce  qu'on  n'a 
pas  défini  ce  que  c'est  que  le  syllogisme  ou  la  réfuta- 
tion, et  ils  tieunent  à  l'oubli  de  la  défiuition,  La  réfu- 

I  A.  Sam  «OflHfUtr  1$  pHndpê^    de  principe,  L*eipro8Bloa  peei  pa- 
C*esi-i-dire  saas  àtlie  <k  péliOsa    nfnn  saws  sii^îèie. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  V.  34t 

tation  est  la  contradiction  d'une  seule  et  même  choses 
non  pas  d'un  mot,  mais  d'une  chose  réelle  :  et  si  c*est 
un  mot,  non  pas  d'un  mot  synonyme,  mais  du  même 
mot,  restant  le  même  nécessairement  d  après  les  don- 
nées initiales,  sans  compter  le  principe,  et  restant  le 
même  relativement  au  même  rapport  pour  la  même 
chose ,  de  ia  même  manière  el  dans  le  même  temps.  Et 
de  même  quand  on  se  trompe  sur  quelque  point.  Par* 
fois  en  laissant  de  côté  une  partie  des  conditions  qu'on 
vient  d'indiquer,  on  parait  réfuter:  et  Ton  dit,  par 
exemple,  qu'une  même  chose  est  double  et  n'est  pas 
double  ;  car  deux  sont  le  double  de  un,  mais  ne  sont  pas 
le  double  de  trois.  Et  si  la  même  chose  est  le  double, 
et  n'est  pas  le  double  d'une  même  chose,  c'egt  que  ce 
n'est  pas  sous  te  même  rapport;  car  elle  est  le  donble 
en  longueur  et  ne  l'est  pas  en  largeur.  Ou  bien,  si  elle 
est  le  double  de  la  même  chose  sous  le  même  rapport  et 
la  même  façon,  ce  ne  sera  pa»  en  même  temps.  Aussi 
n'e8t«-ce  une  réfutation  qu*en  apparence.  Du  reste,  on 
pourrait  ramener  ce  paralogisme  à  ceux  qui  sont  rela- 
tifs aux  roots. 

§  5.  Ceux  qui  ont  Keu  par  pétition  de  principe  «e  font 
de  la  même  manière,  et  d'autant  de  fiiçons,  qu'on  petit 
fiiire  pétition  de  principe;  ils  semblent  réfuter,  parce 
qu'on  ne  peut  voir  nettement  le  même  et  Tautre. 

§  6.  La  réfutation  relative  à  hi  conséquence  a  lieu 
parce  qu'on  suppose  que  la  consécution  est  réciproque*. 


$  5.  jymUoHt  de  façont  911*01»  cb.  iS.  —  £«  mimé  êi  Vautr*^  U»- 

p$ui  foin  pétUion  de  principe^  Ungner  les  deiis  formes  «Uvenes 

Voir  Topiques,  li  v.  S,  cb.  IS»  el  sy  r-  mus  leiqnelleB  •  te  pcéiOBle  le  pria> 

loiit  Pnmiêrê  Analytiques,  Uv.  S,  oi|te  que  Toa  lépète* 


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348  RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 
Ainsi|  lorsque  telle  chose  étant,  telle  autre  est  de  toute 
nécessité,  ou  pense  en  outre  que  cette  dernière  étant, 
l'autre  sera  nécessairement  aussi.  C'est  de  là  que  se  for- 
ment encore  même  des  erreurs  de  sensation  dans  la  pen- 
sée :  car  souvent  on  a  pris  de  la  bile  pour  du  miel,  parce 
que  la  couleur  jaunâtre  est  un  conséquent  du  miel.  Et 
comme  il  arrive  quand  il  pleut  que  la  terre  devient  glis- 
sante, si  elle  est  glissante  on  suppose  qu  il  a  plu  :  mais 
il  n'y  a  rien  là  de  nécessaire. 

§  7.  Dans  la  rhétorique,  les  démonstrations  tirées 
d'un  signe  viennent  aussi  des  conséquents.  Si  l'on  veut 
prouver  que  tel  homme  est  débauché,  on  prend  la  con- 
séquence, laquelle  est  qu'il  se  pare  beaucoup ,  et  qu'on 
le  voit  errer  la  nuit.  Or  ces  circonstances  se  présentent 
pour  bien  des  gens,  mais  l'attribut  ne  leur  appartient 
pas.  §  8.  £t  de  même  dans  les  discussions  par  syllo- 
gismes :  par  exemple,  le  mot  de  Mél  issus  qui  soutient 
que  l'univers  est  infini  parce  qu'il  suppose  que  l'uni- 
vers est  incréé  ;  car  rien  ne  se  fait  de  rien,  mais  ce  qui 
est  a  été  dès  le  commencement.  Si  donc  l'univers  n'a 
pas  été  créé,  l'univers  n'a  pas  de  commencement,  il  est 
donc  infini.  Mais  il  n'y  a  pas  de  nécessité  à  cela;  car,  de 
ce  que  tout  ce  qui  a  été  créé  a  un  commencement,  il 
ne  s'ensuit  pas  que  si  quelque  chose  a  un  commence- 
ment il  ait  été  ci*éé^  pas  plus  que  si  celui  qui  a  la  fièvre 
a  chaud,  il  n'y  a  pas  nécessité  que  celui  qui  a  chaud  ait 
la  fièvre. 

§  9.  Ceux  qui  tiennent  à  ce  qu'on  prend  pour  cause 

g  5.  On  a  prié  y  Cesi  la  leçon  les  enihymèmes  ,  Voir  Première 

de  réditioD  de  Berlin  :  les  éditions  Analytiquet,  liv.  %  ch.  S7,  8  S. 

ordinaires  donnent  :  on  prend.  §  9.  Avant  la  eonelusion  la  pro- 

S  7.  Tirées  de  iign»Sf  Ge  sont  pontion  a5nircfo»L*édiUon  de  Ber- 


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SECTION  I,  CHAPITRE  V.  319 

ce  qui  ne  Test  pas  ont  lieu,  lorsquon  prend  ce  qui  n'est 
pas  cause  comme  si  la  réfutation  en  venait.  C'est  ce  qui 
se  présente  dans  les  syllogismes  par  réduction  à  l'ab- 
surde ;  car  dans  ces  syllogismes ,  il  faut  nécessairement 
détruire  quelqu'une  des  données  initiales.  Si  donc  on 
a  compté  dans  les  propositions  nécessaires,  avant  la 
conclusion,  là  proposition  absurde ,  la  réfutation  sem- 
blera tenir  à  cette  proposition  même.  Et  par  exemple^ 
quand  on  soutient  que  Tâme  et  la  vie  ne  sont  pas  la 
même  chose.  En  effet,  si  la  génération  est  contraire  à 
la  destruction,  telle  génération  sera  contraire  à  telle  des- 
truction, mais  la  mort  est  une  sorte  de  destruction,  et 
elle  est  contraire  à  la  vie  :  ainsi  la  vie  est  génération, 
et  vivre  c'est  être  engendré.  Or,  ceci  est  absurde; 
donc  l'âme  et  la  vie  ne  sont  pas  identiques.  Ici  Ton  n'a 
pas  fait  certainement  de  syllogisme  ;  car  la  conséquence 
absurde  se  produit  sans  même  avancer  que  l'âme  et  la 
vie  sont  la  même  chose;  mais  il  suffit  de  soutenir  que 
la  vie  est  contraire  à  la  mort^  qui  est  une  destruction, 
et  que  la  génération  est  contraire  à  la  destruction.  Ces 
raisonnements  ne  sont  pas  tout  à  fait  incapables  de 
conclure,  mais  ils  ne  concluent  pas  pour  l'objet  en 
question  :  et  ce  vice  échappe  souvent  à  ceux-là  même 
qui  posent  les  questions. 

§  lo.  Tels  sont  donc  les  paralogismes  relatifs  à  la 
conséquence  et  à  ce  qui  n'est  pas  cause. 

§  1 1.  Ceux  qui  consistent  à  ne  faire  de  deux  ques- 


liD  dit  seulement  :  Si  donc  on  a  serve  la  leçon  ordinaire.  ^  La  vie 

eompié  dans  les  propositions  rela-  est  génération,  Proposition  ab- 

Uveinentà  la  conclusion  absnrde...»  surde. 

oe  qui  n*a  pas  de  sens.  J*ai  con-  8  11.  Oudef,  L'édition  de  Ber^ 


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m  BÉFUTiTIONS  DES  SOPHISTES, 
tîona  qu'me  aeole^  ont  lien  quand  on  m  sait  pas  qa^îl  y 
a  plusieurs  dioaes^  et  qu'on  donne  uneseole  réponse, 
evnme  s*U  n'y  avait  ^  en  effet ,  qu'une  chose  en  qncstioa. 
Parfois^  U  est  facile  de  voir  qu'il  y  a  plnaienrs  choses,  et 
qu'il  M  faut  pas  donner  de  réponse  unique.  Par  exemple, 
la  terre  eai-cUa  mer  ou  ciel?  Parfois  cda  est  moins  fa- 
dla,  ai  Ton  répond  cooune  s'il  n'y  avait  qu'une  seule 
dmaa^  et  alms  ou  ae  trouve  réfuté;  ou  bien  l'on  accorde 
le  si^ei  en  discussion  en  ne  répondant  pas  à  ce  qu'on 
demande^  et  alors  on  parait  élre  réfuté.  Par  exemple, 
oo  demande  si  un  td  el  un  tel  est  homme?  et  on  con- 
clut que  si  l'on  frappe  tel  et  tel,  on  firappera  un  homme 
et  non  pas  des  hommes.  Ou  encore  si  l'on  demande, 
de  choses  dont  les  unes  sont  bonnes  et  dont  les  autres 
ne  le  sont  pas,  toutes  ensemble  sont*eUes  bornas  ou 
ne  le  sool-elles  pas  ?  Quoi  qu'on  dise,  on  risque  de  prê- 
tera une  réfutation,  ou  de  paraître  faire  du  moins  une 
erreur  apparente  ;  car  il  y  a  une  égale  erreur  à  dire  que, 
,  parmi  des  choaes  qui  ne  sont  pas  bonnes,  telle  chose  est 
honne,  et  que,  parmi  des  choses  qui  sont  bonnes,  telle 
chose  ne  Test  pas.  Pariois  aussi ,  en  ajoutant  certaines 
données  )  c'est  une  véi*i table  réfutation  qu'on  se  pré^ 
pare.  AinsÂ,  par  exemple,  si  on  suppose  que  une  ou 
plusieurs  choses  sont  également  dites  blanches,  et  nues, 
et  aveugles;  car  si  un  élre  est  aveugle,  qui  n'a  pas  la  vue 
quand  il  est  fait  natureliement  pour  Tavoir,  les  choses 

lin  donne  :  ou  le  ciel,  et  alors  on  lin  supprime  ces  deux  phrases  sans 

pourrait  entendre   comme  a  fait  citer  d'autorité.  C*est  une  leçon 

.  le  csmmeulalre  d* Alexandre  ;  la  dé'jà  adoptée  par  Sylbuige;  J*al  pré- 

terre  esfc-eUe  U  mer?  le  ciel  esi-il  ïéré  suivre  la  leçon  oïdinaife.  -<- 

la  mer?—  On rtfpofid,  et  alors  on  Uu  Ul  et  un  tel  ut  tomne,  an 

,  H  trouvé  réfiU^  L'édition  de  lier-  .  lieu  de  :  sont  bonnes. 


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SKGTIOR  1,  CHAPITSE  Tt  S&l 

qui  WLoak  pas  b  vue,  quand  etles  sont  faites  par  la  na- 
iure  pour  l'avoir,  aérant  aussi  aveugles.  Si  donc,  Tune  a 
la  vue  et  que  Tantre  ne  lait  pas,  les  deux  easemUese» 
root  en  aveugles  ou  voyantes,  ce  qui  est  impossible» 


CHAPITRE  VI. 

On  peut  rapporter  tous  les  paralogismes  k  rigporance  4e  la 
définhioD  vraie  de  la  réfutation  —  Résumé. 

$  I.  Cest  donc  ainsi  qu'il  faut  diviser  les  syllogismes 
apparents  et  les  réfutations  apparentes  r  ou  l'on  peut 
encore  les  ramener  à  Tignorance  de  la  réfutation,  et 
partie  de  ce  principe.  £a  effet ,  on  peut  très-bien  rap- 
porter toutes  les  nuances  indiquées  à  la  définition  de 
la  réfutation.  §  a.  D'abord,  on  le  peut,  si  ces  paraK>* 
gismes  ne  sont  pas  concluants;  car  il  faut  que  la  con- 
ehision  sorte  des  données,  dé  telle  sorte  qu'on  la  tire 
nécessairement,  et  que  ce  ne  soit  pas  une  simple  àppa* 
renée.  ^  3.  Ensuite,  on  le  peut  même  eu  ne  s*altachant 
qu'aux  parties  de  la  d^nition.  Ainsi,  des  paralogismes, 
relatifs  an  mot,  les  uns  viennent  d'un  double  sens  :  par 
exemple,  Tbomonymie,  l'amphibologie  et  la  similitude 
de  forme.  On  admet  habituellement  que  tous  ces  par»» 
logismes  signifient  quelque  chose  d  analogue.  Quant  à 
la  combinaison ,  la  division  et  la  prosodie,  elles  forment 
des  paralogismes  parce  que  le  sens  n'est  pas  le  même, 
€Mi  que  le  mot  est  différent.  Or,  il  faudrait  que  le  mot 
fût  identique,  romrae  il  faudrait  que  la  chose  le  fût,  pour 
qu'il  y  eût  syllogisme  ou  réfutation.  Par  exemple^  s'il 


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352         RÉFUTATIONS  DBS  SOPHISTES. 

s'agit  de  vctemcnt,  il  faut  conclure  non  pas  manteau, 
mais  vêtement;  car  manteau  peut  être  très-vrai,  mais 
on  ne  Ta  pas  mis  dans  le  syllogisme.  Il  faut  donc  encore 
se  faire  accorder,  par  une  nouvelle  interrogation,  que 
ce  mot  signifie  la  même  chose  que  l'autre,  si  l'interlocu* 
teur  demande  pourquoi  on  l'emploie. 

5  4-  Les  paralogismes  relatifs  à  l'accident  sont  de 
toute  évidence,  quand  ou  déGnit  le  syllogisme.  Ainsi»  il 
faut  que  la  définition  de  la  réfutation  soit  la  même,  si 
ce  n'est  qu'on  y  ajoute  la  contradiction  ;  car  la  réfuta- 
tion n'est  que  le  syllogisme  de  la  contradiction .  Si  donc 
il  n'y  a  pas  de  syllogisme  de  l'accident,  il  n'y  a  pas  non 
plus  de  réfutation.'En  effet,  si  telles  choses  étant,  il  y  a 
nécessité  que  telle  autre  chose  soit ,  il  ne  s'ensuit  pas 
que  telle  chose  étant  blanche  il  y  ait  nécessité  que,  par 
syllogisme,  telle  autre  chose  soit  blanche.  Il  n'y  a  pas 
plus  nécessité  que  le  triangle  ayant  ses  angles  égaux  à 
deux  droits,  et  ayant  pour  accident  d'être  une  figure, 
soit  comme  primitif,  soit  comme  principe,  la  figure, 
primitif  ou  principe,  ait  cette  propriété  du  triangle.  La 
démonstration  de  cette  propriété  se  fait  du  triangle, 
non  pas  en  tant  qu'il  est  figure  ou  primitif,  mais  en  tant 
que  triangle.  Et  de  même  pour  tous  les  autres  cas.  Ainsi 
donc,  si  la  réfutation  est  une  sorte  de  syllogisme,  il  n'y 
aura  pas  de  réfutation  venant  de  l'accident.  Mais  pour- 
tant c'est  sur  ce  point-là  que  les  artistes  et  les  habiles, 
en  général,  sont  réfutés  par  les  ignorants;  car  ils  font 
des  syllogismes  de  l'accident  contre  ceux  qui  savent; 
mais  ceux  qui  ne  peuvent  diviser  la  question,  ou  accor» 
dent  ce  qu'on  leur  demande,  ou,  sans  l'avoir  accordé, 
paraissent  pourtant  l'avoir  concédé. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  VL  353 

§  5.  Les  réfutations  par  expression  restrictive  et  ab- 
solue,  ont  lieu  parce  que  la  négation  et  l'affirmation  ne 
s'appliquent  pas  à  la  même  chose;  car  de  ce  qui  est 
blanc  en  partie^  la  négation  est  ce  qui  n'est  pas  blanc 
en  partie;  de  ce  qui  est  blanc  absolument,  la  négation 
est  ce  qui  n'est  pas  blanc  absolument.  Si  donc,  lors- 
qu'on accorde  que  la  chose  est  blanche  en  partie,  l'ad- 
versaire suppose  qu'elle  l'est  absolument ,  il  ne  fait  pas 
une  réfutation  véritable;  mais  s'il  parait  en  faire  une, 
c'est  seulement  parce  qu'on  ignore  ce  que  c'est  que  la 
réfutation. 

§  6.  Les  plus  évidents  de  tous  les  paralogismes  sont 
ceux  dont  on  a  parlé  d*abord ,  et  qui  sont  relatifs  à  la 
définition  de  la  réfutation.  Voici  pourquoi  on  les  a 
nommés  ainsi  :  c'est  que  cette  apparence  de  réfutation 
se  produit  par  l'absence  même  de  la  définition.  Mais,  en 
divisant  les  paralogismes,  ainsi  que  nous  l'avons  fait, 
on  peut  dire  qu'un  vice  commun  à  tous,  c'est  le  dé&ut 
de  définition. 

§  7*  Ceux  qui  viennent  de  pétition  de  principe,  et 
de  ce  qu'on  prend  pour  cause  ce  qui  ne  l'est  pas,  ceux- 
là  sont  évidents  par  la  définition  même  de  la  réfutation; 
car  il  faut  que  la  conclusion  ait  lieu  parce  que  telles 
propositions  sont  vraies,  ce  qui  ne  peut  se  faire  avec 
des  termes  qui  ne  sont  pas  causes,  et  de  plus  en  tenant 


8  6.  Dont  on  a  parlé  Sabwdy  la  conclasion  se  produise,  parce 

Pins  baut,  $  1.  —  AinH  ^tM  fioff#  que  telles  choses  sont  causes  qu'elle 

raoons  fait,  Ibid .,  et  plus  haut,  ch.  a  lieu.— En  tenant  compte  du  pn'fi- 

i,  $1.  etjie,  C'estp-à-dire  en  ne  le  répé- 

8  7.  //  faut  que  la  eonelueion.,,  tant  pas  dans  la  conclusion,  en  ne 

L*édiUon  de  Berlin  dit  :  Il  fautque  Cuisant  pas  de  pétition  de  principe. 

IV.  » 


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m         RÉtUfAtîOifS  i)£8  S0t>Ht8TËS. 

cdttipté  du  (Principe,  ce  (\ùe  hé  font  pas  les  paf^albgisiiies 
pâv  petit Idh  de  pHilcipe. 

§  8;  Ceut  qui  ont  lieu  par  consëcuttob  he  totit  qti'tiné 
pëHie  de  ceux  qui  sont  relatifil  i  l'dccident  ;  ca^  le  èonsë-* 
(fuent  n'est  qu'un  décident.  Mais  il  difïèré  de  l'accident 
en  té  que  l^accidënt  fte  d'applique  qu'à  ude  seule  ch6se: 
pàfexetnplè,  le  btdrtd  é(  le  niièl  kiht  la  inètHe  ehbse,  stinsi 
que  le  blandetle  cygne;  mais  le  Conséquent  est  toujours 
dans  plU^éUrs  chômes.  En  effets  pour  les  choseè  qui  sont 
identiques  k  une  seule  et  même  chose^  nous  admettons 
qu'elles  sont  identiques  entre  elles,  et  voilà  comment 
à  lieu  la  réfutation  par  cdnséciltion.  Maië  ce  ri'est  pas 
absolument  vrai,  et  par  exen^ple,  ceci  est  faux  ai  hi 
chose  n'est  blanche  que  par  accident.  Ainsi  la  nrîgë  et 
le  cygne  sont  identiques  sous  le  rapport  de  la  blancheur.- 
On  encore^  c'est  comme  dans  la  définition  de  Mélifeus; 
qui  suppose  que  naître  et  avoir  nn  coniniencement  c'est 
la  nfénie  chose.  Ou  bien^  c'est  supposer  qu'il  y  a  identité 
entre  devenir  égal  et  prendre  la  même  grandeur;  En  effet,' 
Mélissus  pense  que  ce  cpii  est  né  a  un  commericeinént, 
et  que  ce  qui  a  un  commencement  doit  être  né;  eomine 
si  le  créé  et  le  fini  étaient  tous  déix%  identiques,  èH  ce 
qu'ils  ont  tous  den^t  tin  commencement.  Et  de  rilémé 
pour  les  choses»  qui  deviennent  égales^  si  l'on  supposé 
que  les  choses  qui  prennent  une  seule  et  même  gran- 
deur deviennent  égales,  et  que  les  choses  devenues 
égales  reçoivent  aussi  une  même  grandeur.  Ainsi  Mélis- 
sus prend  ici  le  conséquent  pour  le  sujet  même.  Puis 

8  s.  £è  biond  et  le  miel.  Le  cygne.— D'une  oulrt  mafit^.  Voir 
blond  accident  du  mîel.— £e  blanc  plus  loin,  ch.  S8,  où  celle  auu«  ma* 
et  le  eyghe,  le  btaoc  accident  du     oière  sera  indiquée. 


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SKCTiOfï  I,  CHAPITRE  TI:  3S5 

rioiii;  que  la  fëftitâtioh  de  l'accident  vient  de  l'ignorance 
de  la  réfutation^  il  est  évident  qu'il  en  est  de  même 
du  paralogisme  par  consécution.  On  peut  encore  exa» 
ftiirier  ceci  d'une  autre  mift^te. 

§  9.  Les  réfutations  qui  se  font  parce  qu'on  réunît 
plusieurs  questions  en  une  seule^  ont  lieu  parce  qu'on 
ne  démembre  pas,  et  qu'on  ne  divise  pas  la  définition  de 
la  proposition.  La  proposition  est  une  seule  chose  dite 
pour  une  seule  chose;  car  la  même  définition  ne  va  qu'à 
une  seule  chose  et  absolument  à  cette  seule  chose:  par 
exemple,  là  définitit>Ti  de  Tliomnie  nfe  ^h  qu'à  l'hbitlme 
seul  :  et  de  ttièthe  pour  It^  autres  cas;  SI  donc  Uhë  [)i*d^ 
[)Ositiori  une  et  seule  est  celle  qui  ne  pronohcé  qu'tinfe 
fchose  d'une  seille  chose,  une  interrogsitiort  dé  ce  gètirë 
s^crà  absolument  auisi  une  propo^Uioii:  Or,-  les  sjlld^ 
^iàthè  âë  ëompdsant  de  propositions;  et  la  réftitâtiôh 
étîiht  un  sjtlogiàme,  la  réfutation  aussi  se  cbihposera  &e 
prH^ostitions.  Si  donc  la  proposition  n'énoiice  qu'uiiè 
hbdsë  d'iirie  seule  chose,  il  est  évident  que  lé  syllbgi^nië 
fehtre  dùâsl  dans  righorancè  de  la  réfutation:  Eil  effet, 
c'est  alors  urie  proposition  qui  paraît  être  proposttioh 
ihû9  l'être  réellement.  Si  donc  l'on  donne  la  répôHse 
cbrïimè  {iour  une  éeule  demande,  il  y  aura  réfhtatibn; 
si  ôii  hè  l'a  pas  dofanée,  mais  qu'oii  paraisse  l'avoh* 
donnée,  ee  hk  iérà  qifiitte  réfutation  appareiite. 

§  lo.  Sri  résuthé  donc,  toutes  ces  nuances  reviehnentà 
l'ignorance  de  la  réfutation,*  les  unes  relatives  aà  litdt 
parce  qu'il  y  a  contradiction  apparente,  ce  ^ui  était  le 

S  9.  tn$  et  èèuth.  L'édition  de  8  10.  Toutes  ces  nuance»,  L'é- 
Berlin  ne  donné  ^ùe  une,  et  laisse  dition  de  Berlin  dit  :  liedx,  confrri^e 
«eu/e  dans  les  tai^iahtes.  elle  Ta  f^it  pitis  haut,  bb.  4,  8  i^' 


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356         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 
propre  de  la  réfutation,  les  autres  parce  qu'elles  se 
rapportent  à  la  définition  du  syllogisme. 


CHAPITRE  VIL 

Des  causes  de  rerreur  :  elles  sont  identiques  \  celles  des 
paralogismes. 

§  I.  L'erreur  provient,.dans  les  paralogismes  relatifs 
à  Thomonymie  et  à  la  définition,  de  ce  qu'on  ne  peut 
distinguer  les  sens  divers  dans  lesquels  la  chose  est  prise. 
C'est  qu'il  y  a  certaines  choses  qu'il  n'est  pas  aisé  de 
diviser,  comme  Tun,  l'être,  l'identique.  §  a.  Et  pour 
les  paralogismes  relatifs  à  la  combinaison  et  à  la  divi- 
sion, c'est  parce  qu'on  croit  qu'il  n'y  a  pas  de  diffé- 
rence entre  lexpression  combinée  et  l'expression  divi- 
sée, comme  dans  la  plupart  des  cas.  §  3*  Et  de  même 
pour  ceux  qui  se  rapportent  à  la  prosodie;  car  l'intona- 
tion affaiblie  ou  tendue  ne  parait  point  signifier  une 
chose  différente  dans  aucun  cas,  ou  du  moins  elle  ne 
paraît  pas  le  signifier  dans  beaucoup  de  cas.  §  4*  Pour 
ceux  qui  sont  relatifs  à  la  forme  du  mot^  c'est  par  la 
ressemblance  qu'ils  se  produisent.  Eu  effet,  il  est  diffi- 
cile de  bien  déterminer  quels  sont  les  mots  qui  se  disent 
de  la  même  manière  et  ceux  qui  se  disent  autrement. 
Mais  celui  qui  peut  faire  cette  distinction  est  bien  près 


SB.  Vinionation  affaiblie  ou    brèves  et  les  longaes,  etc. 
tendue^  La  prononciation  diverse        S  i.  /I  «air  Toceorder,  A  rinter- 
suivant  les  esprits,  les  accents,  les    locuteur  qui  la  lui  demande. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  VIL  357 

de  voirlavëritë,  et  surtout  il  sait  l'accorder.  C'est  qu'en 
effet  nous  supposons  que  tout  attribut  d'une  chose  est 
quelque  chose,  et  que  nous  l'identifioDs  avec  elle  :  et 
c'est  ainsi  que  l'individuel  et  l'être  nous  paraissent  être 
nécessairement  la  conséquence  de  l'un  et  de  la  sub* 
stance. 

§  5.  Ainsi  donc,  parmi  les  réfutations  relatives  au 
mot  y  il  faut  placer  cette  espèce  d'abord,  parce  que  l'er- 
reur a  bien  plus  souvent  lieu  ,  quand  on  discute  avec  les 
autres  que  quand  on  discute  avec  soi-même;  car  l'exa* 
men  avec  un  autre  se  fait  par  des  discours,  tandis  que 
l'examen  à  part  soi  se  fait  au  moins  autant  par  la  chose 
même.  Il  arrive,  du  reste,  que  l'on  se  trompe  dans  cet 
examen  personnel,  même  quand  on  fait  porter  son 
étude  sur  le  raisonnement.  L'erreur  vient  encore  ici  de 
la  ressemblance  ;  et  la  ressemblance  tient  au  mot.  §  6. 
Quant  aux  paralogismes  de  l'accident,  ils  ont  lieu  parce 
qu'on  ne  peut  distinguer  le  même  et  l'autre,  l'unité  et 
la  pluralité,  et  que  les  accidents  ne  sont  pas  toujours 
identiques,  et  pour  les  attributs  qualifiés  et  pour  la  chose 
même.  §  7.  Et  de  même  pour  ceux  qui  sont  relatifs  à  la 
consécution;  car  le  conséquent  est  une  partie  de  Tacci- 
dent.  Dans  la  plupart  des  cas,  il  paraît,  et  l'on  croit, 
que  si  ceci  n'est  pas  séparé  de  cela,  l'une  des  choses  ne 
peut  pas  être  séparée  de  l'autre.  §  8.  Pour  ceux  qui  sont 
relatifs  au  défaut  de  définition ,  et  pour  ceux  qui  ne  tien- 
nent qu'à  une  expression  restrictive  ou  absolue,  l'erreur 
est  presque  insaisissable;  car  nous  accordons  la  proposi- 
tion universelle,  comme  si  telle  qualité,  telle  restriction, 
telle  expression  absolue,  telle  indication  de  manière  ou 
de  temps,  n'ajoutaient  rien  à  la  proposition  initiale. 


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358         BÉFUTATI0N8  DE8  SOPHISTES. 

§  g.  Et  de  même  pour  ceux  qui  fout  pétition  de  prin- 
cipe, ou  prennent  pour  cause  ce  qui  n'est  pas  cause,  et 
tous  ceux  qui  confondent  plusieurs  questions  en  une 
seule.  Dans  tous,  en  effet,  lerreitc  a  lieu,  parce  qu'elle 
¥ient  peu  à  peu  ;  car  nous  ne  définissons  exactement, 
ni  la  proposition  ni  le  syllogisme,  par  le  motif  que  nous 
avons  dit  antérieurement. 


CHAPITRE  VIIL 

Les  syllogisofes  et  les  réfutations  sophistiques  sont  aussi  nom- 
breuses que  les  sf  l)ogjsfîies  ^  les  f éf^tation$  apparentes. 

§  I .  Puisque  nqu§  savons  tous  jes  cas  où  se  prpd^ii-: 
s^nt  les  sjllpgîstpes  apparents,  nous  savons  aiissi  ceux 
oïl  se  produisent  les  syllogismes  sophistiques  et  les  ré- 
fiatations  sophistique^.  J'appelle  syllogisme  sophistique 
e|  réfutation  sqphislique,  non-$pnlement  1^  syllogismfî 
on  la  rëfutatipq  qui  semblent  l'être  sans  Têlfe  réelle- 
ment, niais^  encore,  celui  qui  l'étant  vraiment^  paraît 
faussement  spécial  à  la  chose  en  question.  T^ls  soqt  ceux 
qui  ne  réfutent  pas  relativement  à  la  chose  même  et 
qui  ne  démontrent  pas  qu'on  riguore;  ce  qui  est  le  but 
même  de  Part  exercitif.  Mais  cet  art  est  une  partie  de 
la  dialectique.  Elle  peut,  elle  aussi^  conclure  le  faux  par 
l'ignorance  de  celui  qui  donne  la  réponse.  Quant  aux 
ré/utatiqns  sciphistiques,  même  quand  ellfs  concluent 
la  contradiction,  elles  ne  montrent  pas  évidemment  Ti- 

S  •.  Quê  nous  wo^t  M  anltfrimirtmenr,  Plus  liant,  %  1. 


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SECTION  J,  CBAPITRE  YIII.  m 

gRQr^Q^^df^racIv^rsaire;  car  tout  ce  qu'elles  ppétea^^nt, 
c^s^  ({'^m^barras^^r  p^r  pes  rai;$pnoerpeats  celiii  qui  $$iit. 
§  3.  Il  est  clair  que  noii3  les  avpDs  ap^si  par  U  mêui^ 
ipétbode;  car  toutes  les  fois  qu'il  parait  aux  audit^upp 
qu^  la  cpi)cli|sioQ  résulte  des  que^ious  poçée^,  (ogies 
)es  fois  4ussi  cela  ()oit  psiraitrp  également,  même  ^  cpluf 
qpj  répopdy  de  sprte  que  les  syllogisme  seront  hw 
par  p^s  qiiestiofis  niême^ ,  ^i(  tpift^s ,  soil  qu^lqHes- 
mies.  £n  ^fTet,  pe  qu'pn  pens^  ^yoir  ^cpf^rdp  ^ps  fiyoir 
,été  interroge,  pi|  |  apporterait  ^gs^lefpfi)^  ^i  |  pi|  p^aj^ 
interrogé}  si  pp  n'psf  que  daps  pert^i^s  pas ,  il  arrive 
qM^en  demandant  ce  qui  manque  pour  I9  ponclusipi)»  op 
dpvoilp  ep  ini^mp  teii|p$  T^r^^^Pr,  çomnfie  d^ns  Ips  parfi? 
Iqgismes  r^iatifç  ^i|x  Q)Qt^  p(  au  ^plécisnap.  3i  donc  les 
paralogisme^  d^  1^  cpntraftic^iqp  ne  tiepppqtqu^à  la  rér 
futation  apparente,  il  est  évident  qu'il  y  £iura  également 
syllogisme  du  faui^  dans  tous  les  cas  oii  jl  y  aura  rëfu- 
tatipp  apparente.  §  4*  ^^'^  '^  réfutation  apparente  se 
prpduit  par  rpvnission  des  partie  f\p  la  véritable;  car, 
phaque  parM^  venant  à  manqupr,  )a  réfutation  n'es( 
pl|)s  quVpparepte  :  cQiqme  pe|)p  quj  tient  à  ce  que  |a 
ponçlHsion  np  sprt  p^  df;s  ^qqqpe^  initialeSi  pelle  qui 
procède  pfir  ré()^çtiqn  a  labsiirde ,  ou  pelle  qui  des 
deu^  questions  n'ep  fai(  qu'une  seule  et  pècbp  centre  la 


%  k.  Si  pèehê  contre  la  prùpo-  metHtiuneDégailODqu^v^lenldéJà 

fitiq%  Ui  suppressioo  d*Mii  ^f(icl^  dQRoéfî  p{v.!^ieqrs  édilioDs;  le  sens 

daos  rèdiiiuD  de  Berlin  change  lé-  est  également  acceptable,  et  peat- 

gërfraenlle«ens;j*aU(iivilaleçon  êitf  ménie  seraU-U  molllenr.  |1 

d^  Pacius.  ^|b^r^  f  la  leçop  d<i  l'ë-  fa|idi^it  alors  traduira  :  Quand  0(l 

dilion  de  BerWn.^Quand  on  tient  ne  tient  pas  compte  du  principe, 

ewnptêy  C*«s(  la  leçon  de  Pacius  et  c*est-à-<lire  qu*on  le  répèle  dans  la 

de  Sjfiburge.  L*^{^9i)(lç.KQr^i^ad-  çoapJ^sion.Y^r  pla8battlf)|.S^  fï. 


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360         BÉFUTÀTIONS  DES  SOPHISTES. 

proposition;  et  celle  qui  vient  de  ce  que  l'argument,  au 
lieu  de  porter  sur  la  même  chose,  ne  porte  que  sur  Fac 
cident,  et  la  réfutation  qui  n'est  qu'une  partie  de  celle- 
là,  et  s'adresse  au  conséquent.  Puis  il  y  a  encore  la  réfu- 
tation qui  consiste  à  montrer  que  l'argument  vaut  non 
pour  la  chose,  mais  pour  les  mots  seuls.  Puis  il  y  aurait 
aussi  la  réfutation  qui  résulte  de  ce  que,  au  lieu  de  l'u- 
niversel, on  a  pris  la  contradiction,  et  pour  le  même  ob- 
jet et  sous  le  même  rapport,  et  de  la  même  façon  par- 
ticulièrement, ou  pour  chacune  de  ces  nuances.  Reste, 
enfin,  la  réfutation  relative  à  la  pétition  de  principe, 
quand  on  tient  compte  de  ce  qui  a  été  posé  dans  le  prin- 
cipe. Ainsi  donc,  nous  savons  tous  les  cas  où  se  pro- 
duisent les  paralogismes,  car  ils  ne  peuvent  se  produire 
de  plus  de  manières;  tous  ils  ont  lieu  dans  les  cas  qui 
ont  été  indiqués. 

§  5.  La  réfutation  sophistique  n'est  point  absolument 
une  réfutation^  c'est  une  réfutation  seulement  pour  tel 
interlocuteur.  Il  en  est  de  même  du  syllogisme  sophis- 
tique. En  effet,  si  la  réfutation  par  homonymie  ne  pose 
pas  que  le  mot  n'a  qu'un  seul  sens,  si  la  réfutation  par 
ressemblance  des  mots  ne  pose  pas  qu'elle  ne  s'attache 
qu'à  tel  mot  seulement,  et  si  toutes  les  autres  ne  font 
pas  des  réserves  pareilles,  elles  ne  sont  plus  des  syllo- 
gismes, ni  absolument  parlant,  ni  même  relativement  à 
l'interlocuteur.  Si  elles  font  ces  réserves,  ce  sont  des 
syllogismes  bons  pour  l'interlocuteur:  mais,  absolument 
parlant,  elles  n'en  sont  pas;  car  elles  prennent,  non  pas 
une  expression  qui  n'ait  qu'un  sens,  mais  une  expression 
qui  parait  seulement  n'avoir  qu'un  sens,  et  qui  ne  peut 
être  ainsi  comprise  que  de  l'interlocuteur* 


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SECTION  1,  GHAPITBE  IX.  861 


CHAPITRE  IX. 

Il  faudrait  posséder  tontes  les  sciences ,  pour  connaître  toutes  les 
réfutations  possibles,  vraies  ou  fausses.  Il  faut  donc  se  borner 
ani  réfutations  dialectiques* 

§  I.  Pour  savoir  de  combien  ^e  manières  la  réfuta* 
tion  vraie  peut  avoir  lieu,  il  ne  faudrait  pas  moins  que 
posséder  la  connaissance  totale  de  toutes  choses.  Mais 
il  n'y  a  pas  d'art  qui  puisse  jamais  enseigner  rien  de  pa- 
reil. En  effet,  les  sciences  sont  peut-être  infinies  en 
nombre,  de  sorte  qu'il  est  évident  que  les  démonstra- 
lions  le  sont  également.  Mais  il  y  a  des  réfutations  aussi 
qui  sont  vraies  ;  car  tout  ce  qu'on  peut  démontrer,  on 
peut  aussi  le  réfuter  en  posant  la  contradiction  du  vrai  : 
par  exemple,  si  l'on  a  supposé  que  le  diamètre  est  com- 
mensurable,  on  réfutera  en  démontrant  qu'il  est  in- 
commensurable. Pour  connaître  toutes  les  réfutations, 
il  faudrait  donc  tout  savoir;  car  les  unes  seront  relatives 
aux  principes  de  géométrie  et  aux  conclusions  qu'on 
en  tire,  les  autres  aux  principes  de  médecine,  et  les 
autres  aux  principes  des  autres  sciences.  §  a.  D'un  autre 
côté,  les  réfutations  fausses  ne  seront  pas  moins  infi- 
nies: en  effet,  dans  chaque  art  il  y  a  le  faux  syllogisme; 
en  géométrie,  le  géométrique;  en  médecine,  le  médi- 
cal. Quand  je  dis  dans  chaque  art,  j'entends  toujours 
que  le  syllogisme  s'adresse  aux  principes  de  cet  art. 

§  3.  Il  est  donc  clair  qu'il  ne  faut  pas  vouloir  rassem* 


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i 


m        RÉVUTATIDltt  DES  SOPHISTES. 

sembler  les  lieux  de  toutes  les  réfutations  sans  excep- 
tion, mais  cju'il  faut  se  borner  à  celles  de  la  dialectique; 
car  ces  lieux-là  s'étendent  à  tout  art«  à  tout  exercice  de 
l'esprit.  §4'  Quant  t\  la  fë(utatioq  ^éciale  dans  chaque 
science,  c'est  au  savant  de  la  connaître,  de  distinguer, 
guand  §l!g  {l'est  ^gg  réelle,  ^^'p\\p  est  «JDipleinpnt  apr 
P»l¥n^e:|iï,  (l^fmd  p\\p  psiYfa']^,  pPHfqHpi  p\\p  Test. 
Quant  à  celle  qui  se  tire  de  prioftipes  cominaQ$,et  qui 
n'appartient  spécialement  à  aucun  art,  c'est  au  dialecti- 
j4«if  ^u}  dç  réju^lî^c. 

§  §.  ]£o  fifïe\^  SI  o^i«  s^yj^qs  d\>v^  se  tirant  les  ^y)- 

rie'w  ^m\  M  «?  M««n^  1?^  r^fn^tiftVt  cap  k  p^fma-: 

\\9n  nf^i  fm  k  §yllpgi^?  ^^  \^  cqntradiçtiop,  de  sort^ 
HM^i  $flit  PRi  spj^  <)^u^  ullfigismcs  (le  (Qntradjctipq 
fftrfflqïf  HHfî  véfMUtiftq  :  ej  i)pii](  $^voi)$  iléjà  tqps  \fH 
l'^"l  d  W  VJpnRPRt  |ps  r^fqlfltjqai  de  ç^  gpnpp.  §  6. 
Upp  fqjç  arrJYg^  ^  ^  pojïiti  «pus  «m^PR^  PM^^i  dp*  Wr 

!lU»qR8-  §  ?!  ^9l^f  «TORS  fQU^  |p?  PHS  qi»  on»  Ijp^  p^l(^ 
9l»^?i  RHi  HS  8PBt  flH'aBWrP*»*^;  apparpntesf,  np^  p^^ 
ÏRf  W  HPMc  tQJU  |P  «RG^fe  HI?i»  PRHr  *ç"es  ppr^pnne; 
parfjpq|ièf.eqî^Ht.  ^f(^  pp  IW^rf^jt  trouver,  si  |'op  y 

rçg^f^^i^  dç  BfèSî  q^  il  y  «  h"?  ipP^it^  ^e  *"?<^'s  pq 

8  §:  fia  «"^"Wt  RB  VP**^  d^RP  cJuiraRient  qu'il  ^Pt 
parliPRt  S4  riiaiectijFipR  de  PftUYftir.  ponnaîtrp  ïpws  |p* 
f  ft^i  RM  se  BTpriHiï  P^F  rf??  FÎ^^^iP^  pomniqns,  pu  Iq  rpr 
fefftMRR  i-PpIlp»  pq  1»  pefRlfUio»  siiflplpfpept  ^pparpnlç, 

S  4.  Cê$t  au  dialecticien,  yé~    sans  citer  d^autorîlé;  cette  variante 
dliion  de  BeElia  danae  |e  idariei    «usinsimixttUnce.  "  '^ 


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SECTION  1,  GHÀBITBB  X.  36S 

oii  la  réfutation  dialectique,  ou  la  rëfîitation  qui  parait 
dialectique,  ou  enfin  la  réfutation  qqi  n'a  pour  objet 
que  d'essayer  les  forces  de  l'adversaire. 


Il  n'y  a  pas,  comme  on  Fa  dit  souyen},  raisqni^em^iiU  dp  inotS| 
raisonnements  de  pensée  :  les  nns  et  les  ^ufres  se  confondent. 

§  I.  II  n'y  a  pas  cette  différence  entre  les  raisonne- 
ments que  Ton  prétend  parfois  y  trouver,  raisonne- 
ments de  mots  et  raisonnements  de  pensée.  Il  est  ab- 
surde de  croire  que  les  raisonnements  de  mots  soient 
autres  que  les  raisonnements  de  pensée,  et  que  les  uns 
et  les  autres  ne  soient  pas  les  mêmes.  §  a.  Qu^est-ce,  en 
effet,  que  raisonner  contre  la  pensée,  si  ce  nest  se 
servir  du  mot  qu^a  accordé  l'interlocuteur,  dans  un  sens 
où  il  n'a  pas  cru  être  interrogé?  Mais  cela  même  aussi 
se  rapporte  au  mot.  Rester  dans  la  pensée,  c^cst  com- 
prendre la  chose  dans  le  sens  où  rinterlocutenr  Va 
donnée.  Mais  si,  lorsque  le  mot  a  plusieurs  sens^  on 
s^imaginc  qu'il  n'en  a  qu  un  seul,  aussi  bien  celui  qui 
interroge  que  celui  qui  est  interrogé  :  par  exemple  ^ 
Têtre,  Fun,  ont  plusieurs  sens  ;  mais  si  Zenon  qui  tnïer- 
rogQ  et  son  interlocuteur  ont  supposé  dans  Finterro- 
gation  qu'il  n'y  avait  qu'un  sens  unicpie,  et  que  rt>n 
arrive  SI  cette  conclusion  que  tout  est  un  ;  si,  dis*je,  quel- 
qu'un agit  ainsi,  il  aura  discuté  npn  pa|  sçyjejgçi^t  je 
mot,  mais  4ussi  la  pftnsée  pouu  rphjfit  tw  qnfiftlwfi-  Qua 


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364  BÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 
si  Ton  supposait  au  contraire  que  le  mot  a  plusieurs 
sens,  il  est  clair  que  ce  u'est  pas  à  la  peusée  que  lar- 
gumeut  s'adresse.  §  3.  En  effet,  c'est  dans  les  raison- 
nements qui  ont  plusieurs  sens  qu'il  faut  d'abord  cher^ 
cher  cette  distinction  du  mot  et  de  la  pensée.  §  4*  Puis 
ensuite,  il  faut  voir  à  qui  ils  s'adressent  ;  car  ce  n'est 
pas  tant  dans  l'expression  que  consiste  le  raisonnement 
relatif  à  la  pensée;  que  dans  la  disposition  particulière 
où  se  trouve  l'interlocuteur,  relativement  aux  principes 
accordés.  §  5.  Il  se  peut  de  plus  que  tous  ces  raisonne- 
ments de  pensée  s'adressent  aussi  au  mot,  puisqu'ici  ne 
s'adresser  qu  au  mot,  c'est  ne  point  s'adresser  à  la  pen« 
sée.  £n  effet,  s'ils  ne  s'y  rapportaient  pas  tous,  il  y  en 
aurait  alors  quelques  uns  qui  seraient  tout  autres  et 
qui  ne  seraient  ni  de  mot  ni  de  pensée.  Mais  on  pré- 
tend que  tous  les  raisonnements  sont  ainsi,  et  on  les 
divise  tous  en  raisonnements  de  mot  et  raisonnements 
de  pensée,  n'en  voulant  pas  reconnaître  d'autres.  Pour- 
tant, parmi  tous  les  syllogismes  qui  tiennent  aux  sens 
divers  des  mots,  il  y  en  a  quelques  uns  qui  ne  sont 
pas  relatifs  au  mot.  En  effet,  c'est  à  tort  qu'on  pré- 
tend appeler  tous  les  paralogismes  d'expression  pa- 
ralogismès  de  mots.  Mais  il  y  a  sûrement  certains  pa- 
ralogismes qui  ont  lieu,  non  pas  parce  que  celui  qui 
répond  est  à  l'égard  de  la  question  disposé  de  telle 
façon,  mais  parce  que  l'argumentation  elle-même  ren- 
ferme une  question  qui  peut  présenter  plusieurs  signi- 
fications. 


S  5.  QtU  n$  iont  pas  relatifM  au  dople  Sylburge.  Ce  qui  sait  me 
mor,  L^édition  de  Berlin  ne  donne  semble  exiger  la  leçon  que  je  oon- 
pts  de  oésaUon.  G^est  la  leçon  quV    senre  avec  Padus  et  laingrlniiu. 


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SECTION  I,  CHAPITBE  X.  365 

§  6.  Il  est  aussi  tout  à  fait  absurde  de  discuter  sur  la 
réfutation  sans  avoir  préalablement  discuté  sur  le  syl- 
logisme; car  la  réfutation  n'est  qu'un  syllogisme,  de 
sorte  qu'il  faut  avoir  discuté  sur  le  syllogisme  avant  de 
passer  à  la  fausse  réfutation.  En  effet,  cette  réfutation 
n'est  que  le  syllogisme  apparent  de  la  contradiction. 
Ainsi,  la  cause  de  l'erreur  est  ou  dans  le  syllogisme  ou 
dans  la  contradiction  ;  car  il  faut  ajouter  aussi  la  con- 
tradiction, et  tantôt  elle  est  dans  les  deux,  si  c'est  une 
réfutation  apparente.  Ainsi,  dans  le  cas  de  ce  paralo- 
gisme que  celui  qui  se  tait  parle.  Terreur  est  dans  la 
contradiction  et  non  dans  le  syllogisme.  Dans  cet  autre 
que  Ton  peut  donner  ce  que  Ton  n'a  point,  l'erreur  est 
dans  les  deux.  Dans  cet  autre  enfin,  que  la  poésie 
d'Homère  est  une  figure  parce  qu'elle  est  un  cycle,  l'er- 
reur est  dans  le  syllogisme.  Mais  là  où  l'erreur  n'est 
ni  de  Fun  ni  de  l'autre  côté,  le  syllogisme  est  vrai. 

§  7.  Mais  pour  revenir  au  point  d'où  la  discussion 
est  partie,  y  a-t-il  dans  les  mathématiques  des  raison- 
nements qui  s'adressent  ou  ne  s'adressent  pas  à  la 
pensée?  Et  s'il  parait  à  quelqu'un  que  triangle  a  plu- 
sieurs sens,  et  si  on  Ta  concédé,  sans  que  ce  soit  d'ail- 
leurs pour  cette  figure  de  laquelle  on  conclut  qu'il  a 
ses  angles  égaux  à  deux  droits,  le  raisonnement  ainsi 
obtenu  répond-il,  ou  non,  à  la  pensée  de  l'interlocuteur  ? 
§  8.  Si  le  mot  a  plusieurs  sens,  et  qu'on  ne  le  sache 
pas,  ou  qu'on  n^y  pense  pas,  comment  le  raisonnement 

%  6.  Que  Celui  qui  i$  tait  parU^  Voir  plas  haut ,  cbap.  i,  et  g  4,  et 

L*équivoqae  coosiste  en  oe  que  la  rBntbydème  de  Platon,  p.  110,  de  la 

phrase  grecque  peut  également  si-  trad.  de  M.  Cousin.—  Cyéle^  signi- 

gnifler  :  celui  qui  se  tait  parle  ;  ou  lie  également  en  grec  cercle  et  une 

bleo  :  dire  des  choees  qui  se  taisent;  espèce  de  poésie. 


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866  RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 
|feul«il  ne  pdi  répotidre  à  la  pehsée?  Ou  biten  fcoiilntenl 
fkut-il  poser  Tinlërrogatiotif  si  ce  n'est  de  demander  de 
douveatly  après  avoir  obtenu  la  division,*  s'il  est  possible 
{{ue«'elui  qui  se  tait  parle^  du  si  ce  n'est  pas  poissible;  ou 
bien  si  c'est  en  partie  impossible  et  en  partie  fiossible? 
Si  r interlocuteur  île  fait  aucune  cdncession  et  que  l'bn 
continue  de  di^culer^  doit-on  dire  pour  cela  qu'on  n'a 
point  argunienté  bontre  sa  pensée?  £t  cependant  le 
raisonifenienli  dans  te  cà9y  parait  un  simple  raisonné- 
nlfeut  de  mots.  Il  a  9/  a  donc  pas  un  genre  particulier 
de  raisonnements  relativement  à  la  pensée:  §  9.  Il  j  en 
a  quelques  uns  qui  ne  sont  relatifs  qu'aux  înots  ;  mais 
Ton  ne  saurait  mettre  dans  cette  classe^  je  ne  dis  pas 
st;ulemeilt  toutes  les  réfutations,  mais  enccnre  toutes  lés 
réfntations  apparentes  )  car  il  y  a  àtissi  des  réfutatloils 
apparentes  qui  ne  sbnt  pas  relatives  à  Tèxpréssion:  par 
exemple^  celles  qui  àbnt  relatives  à  l'accident^  et  bien 
d'autres: 

§  10.  Mais  si  l'oil  prétend  divitor  ainsi  :  Quand  je 
dis  que  celui  qui  se  tait  parle...,  la  cbdse  est  en  partie  de 
irette  façon,  est  eu  partie  d'une  autre.  La  première  ob* 
sertation  à  faire  tout  d'abord  c'est  qu'il  est  absurde  de 
penser  ainsi  ;  car  quelquefois  la  chose  mise  en  ques- 
tions ne  parait  pas  dvoir  plusieurs  façons  d'être,-  et  il 
est  impossible  de  diviser  ce  qu'on  ne  pense  pas  comme 
multiple.  De  plus^  que  sera-ce  qu'expliquer  la  ch6se^ 
si  ce  n'est  faire  connaître  évidemment  ce  qu'elle  est  à 

i  ^6.  iei  uhûii  ionMiêidane  deux    dyades  qui  composent  ee 

ègalet  avèdyadéi^  Les  unités  qui  nombre  ;  mais  les  unités  prises  sé- 

80 fit  (fa ni  le  nombre  quatre  sont,  parement  ne  sont  pns  égales  aux 

^tant  prises  ensemble,  égales  aux  dyades  prises  séparément  aussi. 


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lÈGTlë^  1;  CHÂHt§Ë  U:  SUf 

niMl^lHdetiteur  i|ui  n'a  (ioint  i-ecberfchë,  qui  ne  sait  si 
elle  f^ëut  ét^e  atttÉ^tnent;  (Çt  qiii  rie  le  slippbsë  ffiSiHë 
|NHr  £t  ^Ùi  «iri^êche  hâm  dft  Faire  ëfejil  {foiif^  les  Hii^ëâ 
^tii  Hè  iKHit  pu  dtiuBlKèf  L»  tttiitgi  ^odt-SlIëâ  flbnë 
égilesttt»  Ayadës  éàéi  le  mmhifé  t[iiàtte?  OP;  tëàdjfrfdë^ 
soiit^  cëlles^ei  de  cette  laçoit^  trëUé$-l^  fTuii^  Mufi^.  if 
a-t-il  oii  n'y  «n^l  pds  itiie  ntnibri  tiHiquë  dès  êdiitFaii^ëS'' 
Mais  parbil  les  ëoMtl^irbâ  l«s  tihi  tofat  êdfltiUS;  Ifes  àbi 
très  lncdhmi«i  Aidiri  d^c;  W  piiratt.igiiôfer  (jtfttttcl  6t< 
l^iise  é6l«|  q(i*«H9eigti0r  ëA  tdUi  «U(H<  tilidi6  qW  flU-- 
ettteri  et  (jU'il  f^tit  qUe  tifelOi  qui  è'tisëlgfle  H'Kliefrttgd 
pMf  triais  ^taii-cis^  tdi-iitlétiié  iéi  èlibs^  ,•  fittidis  qUè 
FëUti^é  doit  rméff  bgfer: 


CHAPITRE  XI. 

Différences  des  divers  arts  qui  coneernént  le  raisonoeméiil  :  rôle 
de  Ift  démimstratten  ;  rdie  de  la  dlsleet)()(re  ;  M^àctèfCf  êe  H 
sophistique  et  dû  Msonbériîènt  èciiiteiidèui. 

§  I.  Ce  n*est  pas  quand  on  détndfitte  qu'il  faut  dé- 
fvànder  à  l'ititèrlôcuteui'  d'afBrihér  ad  de  hier  dés  pro- 
positions; cest  seulement  quand  on  veut  essayer  leè 
forcer  de  radversriire.  Eri  efffet,  Tàrt  èxètfcHîf  est  tffrë 
sorte  de  dialectique  ;  et  il  examine  et  observe  en  tout 
sens,  non  pad  celui  qui  Èàh^  ttiâh  tèitA  c(iii  f^ndfè  et 


9  1.  Si  Ottérvé  en  iout  iëfiè,  prêtée  liêbtisêHeî  dans  le  teite, 
L'Mtiori  de  ftèfltn  tfe  donne  celte  itêc  tes  éHMitihi  ÔMinaires;  ètie 
phrase  que  darto  fes  tardantes  ;  J'^t    ii*èst  pii  f ndlspensafteé. 


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368         RÉFUTATIONS  I>E8  SOPH ISTES. 

qui  feint  dc^avoir.  §  a.  Celui  donc  qui,  dans  une  chose^ 
ne  regarde  que  les  principes  communs,  celui-là  est  dia- 
lecticien 9  et  celui  qui  ne  le  fait  qu'en  apparence  est  ua 
sophiste.  §  3.  Le  syliogisne  contentieux  et  sophistique 
est  celui  qui  n'a  que  l'apparence  d'un  syllogisme,  dans 
les  matières  où  la  dialectique  fait  ses  essais  ordinaires, 
bien  que  la  conclusion  soit  vraie;  car  ce  syllogisme 
nous  laisse  dans  Terreur  sur  la  cause  vëritable  de  la 
conclusion.  On  pf  ut  encore  ranger  dans  cette  classe 
tous  les  paralogismes  qui,  sans  être  conformes  à  la  mé- 
thode vraie  de  chaque  chose,  parussent  être  établis  sui- 
vant toutes  les  règles  de  l'art.. C'est  qu'en  effet  les  des^ 
criptions  fausses  des  choses  ne  sont  pas  susceptibles  de 
dispute;  car  les  paralogismes  alors  se  rapportent  i  des 
ctoses  qui  sont  du  domaine  de  la  science.  Et  il  n'y  a  pas 
lieu  davantage  à  discussion  éristique,  si  la  description 


S  8.  Comme  eéUe  dTHippoerate 
de  Géos,  qui  démonirait  la  quadra- 
ture du  cercle  par  la  quadrature 
des  lunules  faites  sur  les  côtés  du 
carré.  U  ne  se  servait  que  de  prin- 
cipes  géométriques,  bien  qu'il  arri- 
▼ftt  à  une  conclusion  erronée,  et 
c*est  ce  que  Ton  appelle  ici  descrip- 
tion fausse. —j^ry «on,  au  con- 
traire, démontrait  la  quadrature 
du  cercle,  sans  remonter  à  des 
principes  de  géométrie,  et  en  se 
bornant  à  des  principes  communs. 
Voir  sur  la  méthode  de  Brjson  et 
son  vice  dans  ce  chapitre  un  peu 
plus  bas,  %  5,  mais  surtout  les 
Derniers  Analytiquee,  liv.  1,  ch. 
9,  %  1.  —  Data  lei  choies  ds  ee 
genre,  c'esi-à-dire  ne  prenant  pas 
des  principes  propres  à  la  chose  et 


faisant  comme  Bryson.  —  Tout  r»* 
latif  qu'il  est  à  la  chose  en  çtief- 
(t'on,  c'est-à-dire  prenant  les  prin- 
cipes propres  à  la  chose,  et  faisant 
jcomme  HIppocrate  de  Céos.  —  Une 
injustice  contentieuse  dans  le  com- 
bat, J'ai  suItI  la  leçon  de  Pacius. 
Sylburge  donne.  Je  ne  sais  d'après 
quelle  autorité: est  un  combat  in- 
juste ou  contentieux.  L'édition  de 
Berlin  change  encore  davantage  la 
phrase,  bien  que  le  sens  reste  tou- 
jours à  peu  près  le  même  :  dans  la 
contradiction,  ia-dlscossion  conten- 
tieuse est  un  combat  injuste.— JLet 
lutteurs  qui  veulent  vaincre  à  tout 
priât  j  Les  commenuteurs  grecs 
citent  l'exemple  d'Àntiloque,  IZte- 
de,  chant  S3,  y.  490  et  suiv»,  osant 
de  fraude  pour  vaincre. 


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SECTION  I,  GHAPITBË  XL 

£ausse  se  rapporte  à  quelque  chose  de  vrai,  comme 
celle  d'Hippocrate  et  la  quadrature  par  les  luoules. 
Mais  un  procédé  tout  éristique,  c'est  la  méthode  par 
laquelle  Bryson  carrait  le  cercle ,  si  toutefois  le  cercle 
peut  être  carré;  mais  ce  n*est  point  parce  que  ce  pro- 
cédé n'était  pas  propre  à  la  chose  qu'il  était  sophistique. 
Ainsi  donc,  le  syllogisme  apparent ,  dans  les  choses  de 
ce  genre,  est  un  raisonnement  contentieux;  et  le  syllo- 
gisme apparent,  tout  relatif  qu'il  est  à  la  chose  en  ques- 
tion, et  tout  syllogisme  qu'il  est,  est  aussi  un  raisonnement 
contentieux.  En  effet,  il  ne  fait  que  paraître  s'appliquer 
à  la  chose;  mais  au  fond  il  est  trompeur  et  injuste.  C'est 
que,  de  même  que  l'injustice  peut  se  produire  aussi  dans 
un  combat,  et  qu'il  y  a  telle  sorte  de  lutte  qui  est  tout 
à  fait  injuste,  de  même,  dans  la  discussion ,  la  contra- 
diction perpétuelle  est  une  injustice  contentieuse  dans 
le  combat.  D'une  part ,  les  lutteurs  qui  veulent  vaincre 
à  tout  prix  emploient  tous  les  moyens  pour  y  parvenir; 
d'autre  part,  les  disputeurs  en  font  autant.  §  4-  Ceux 
donc  qui ,  pour  le  seul  plaisir  de  la  victoire,  se  montrent 
ainsi,  sont  des  hommes  passionnés  de  la  dispute  et  de 
la  lutte  contentieuse.  Mais  ceux  qui  ne  pensent  qu'à 
cette  réputation  qui  mène  à  la  fortune ,  sont  des  so- 
phistes; car  la  sophistique  est,  comme  nous  l'avons  dit, 
une  sorte  de  spéculation  d'argent,  établie  sur  une  sa- 
gesse apparente;  et  voilà  pourquoi  ils  ne  recherchent 
aussi  (|u'une  démonstration  apparente.  Les  gens  pas- 
sionnés de  disputes  et  les  sophistes  cultivent  les  mêmes 
argumentations;  mais  ce  n'est  pas  dans  le  même  but. 

%  i.  Cwnmê  nmif  Tavom  dit^  Voir  pins  haftt,  chap.  I,  S  6. 
IV.  s* 


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370         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

Le  même  discours  peut  être  sophistique  et  éristique 
tout  à  la  fois  ;  mais  ce  ne  sera  pas  pour  la  même  chose. 
En  tant  qu'il  recherche  une  victoire  apparente,  il  est 
ëristique;  en  tant  qu'il  vise  à  une  sagesse  appai'ente, 
il  est  sophistique;  car  la  sophistique  n'est  qu'une  sorte 
de  sagesse  apparente  et  non  réelle.  §  5.  L'éristique  est 
au  dialecticien  à  peu  près  ce  que  le  faux  dessinateur  est 
au  géomètre;  car  c'est  en  partant  des  mêmes  principes 
que  la  dialectique,  que  l'un  fait  ses  paralogismes.  Et 
c'est  bien  dans  ce  rapport  que  le  faux  dessinateur  est 
à  l'égard  du  géomètre;  seylement,  ce  dernier  n'est  pas 
éristique  par  cela  qu'il  dessine  mal ,  c'est  en  partant  des 
principes  et  des  conclusions  acquises  à  la  science.  Mais 
celui  qui  se  range  sous  la  dialectique  sera  évidemment 
éristique  en  une  foule  d'autres  choses.  Prenons ,  par 
exemple,  la  quadrature  :  celle  qui  se  fait  par  les  lunules 
n'est  pas  éristique  ;  mais  celle  de  Bryson  a  ce  caractère. 
C'est  que  Tune  ne  peut  être  rapportée  qu'à  la  géomé- 
trie, parce  qu^elle  part  de  principes  qui  lut  sont  propres; 
l'autre,  ne  s'adresse  qu'au  vulgaire,  qui  ne  sait  pas  ce 
qu'il  y'a  de  possible  et  d'impossible  dans  chaque  chose, 
et  qui  s'accommode  fort  bien  de  cette  démonstration.  On 
ne  peut  pas  non  plus  traiter  d'éristique  la  solution  de 
la  quadrature  d'Antiphon.  Ou  bien ,  si  quelqu'un  nie, 
en  s'appuyant  sur  l'opinion  de  Zenon ,  qu'il  soit  bon  de 


t  y  Le  faux  dMHnateurt  Celui  en  nombre  de  manière  k  se  con- 

qul  dessine  des  figures  fausses  eil  fondre  arec  la  ciroonférenœ.  C*é- 

géométrie.  —  Celle  qui  $e  faU  par  tait  une  démonsu^tlon  fausse,  mais 

les  lunulee,  voir  plus  tiaut,  S  8.  —  elle  éuit  encore  géoméirique.  — 

Celle  de  Bryeon^  ibid.  — -  La  qwjh  Vapinion  de  Zénon^  que  le  mon- 

ârature  d'Aniiphon ,  par  les  poly-  Yement  est  impossible.  Voir  le  petit 

gones,  dont  les  côtés  augmentaient  traité  sur  Xénopbane,  eic. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  XL  371 

se  promener  après  dîner,  ce  raisonnement  n'est  pas  mé- 
dical :  il  est  commun.  Si  donc,  Téristique  était  absolu- 
ment au  dialecticien  comme  le  faux  dessinateur  est  au 
géomètre,  il  ne  serait  pas  éristique  dans  tous  ces  cas. 
§  6.  Mais  le  dialecticien  n'est  pas  borné  à  une  espèée 
déterminée  de  choses  :  il  ne  démontre  rien ,  et  il  n'est 
point  du  tout  comme  le  philosophe,  qui  s'occupe  de 
l'universel  ;  car  toutes  choses  ne  sont  pas  dans  un  même 
genre,  et,  y  fussent-elles,  il  ne  serait  pas  possible  que 
tous  les  êtres  fussent  sous  les  mêmes  principes. 

§  7.  Ainsi  donc  aucune  science,  parmi  celles  qui  dé- 
montrent une  certaine  nature  de  choses,  n'emploie  l'in- 
terrogation. En  effet,  il  n'est  pas  possible  ici  de  donner 
indifféremment  une  quelconque  des  parties  ;  car  le  syl- 
logisme ne  se  forme  pas  également  avec  les  deux.  La 
dialectique,  au  contraire,  procède  par  interrogation; 
mais  si  elle  démontrait,  non  pas  tout,  mais  du  moins 
les  éléments  premiers  et  les  principes  spéciaux,  elle  n'in- 
terrogerait pas,  parce  qu'en  effet ,  si  on  ne  lui  accorde 
rien^  il  n'y  a  plus  aucun  moyen  pour  elle  de  discuter 
contre  l'objection  qui  lui  est  faite. 

J8.  Tel  est  aussi  l'art  exercitif.  En  effet,  Texercitif 
n'est  pas  comme  la  géométrie  :  mais  on  peut  le  posséder 
sans  même  posséder  la  science;  car  il  est  possible  que 
même  celui  qui  ne  sait  pas  une  chose,  essaie  sur  cette 
chose  celui  qui  ne  la  sait  pas.  Il  sufBt  que  l'interlocu- 
teur accorde  des  propositions,  non  pas  d'après  ce  qu'il 
sait ,  non  pas  d'après  les  principes  propres  de  la  chose, 
mais  d'après  ses  conséquences  naturelles,  qu'on  peut 

%  6.  Iféit  pas  borné  à  un  gHire    liv.  1,  ch.  11,  g  g.  C'est  là  ce  qui 
détnrnM^  ikmkri  Analytiques^    fait  rimporUnoe  de  la  dialectique. 


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372        RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 

fort  bien  savoir  sans  que  pour  cela  on  connaisse  du 
tout  la  science,  et  qu'on  ne  peut  ignorer  sans  ignorer 
aussi  la  science.  Évidemment ,  donc,  l'art  exercitif  n'est 
la  science  d'aucun  objet  détermine,  et  voila  pourquoi 
il  s'applique  à  tout  ;  car  toutes  les  sciences  ont  à  leur 
usage  quelques  principes  communs.  $  9.  Voilà  pourquoi 
aussi  tous  les  hommes,  même  peu  édairés,  se  servent 
en  quelque  façon  de  la  dialectique  et  de  l'exercitive; 
car  tous,  jusqu'à  un  certain  point,  cherchent  à  juger 
ceux  qui  leur  parlent.  Et  ce  sont  là  des  dispositions 
communes  à  tous;  car  les  interlocuteurs  ne  le  savent 
pas  moins,  même  lorsqu'ils  paraissent  s'égarer  fort  loin 
du  sujet.  Ainsi  y  tout  le  monde  fait  des  réfutations;  mais 
on  fait  sans  art  ce  que  fait  la  dialectique  avec  beaucoup 
dart;  et  celui  qui  essaie  les  forces  de  son  adversaire 
avec  l'art  syllogistique  est  dialecticien.  Comme  ces  règles 
sont  nombreuses  et  s'appliquent  à  tout,  sans  être  telles 
cependant  qu'elles  forment  une  espèce  et  un  genre  par- 
ticuliers ,  mais  qu'elles  sont  comme  les  négations,  tandis 
que  d'autres  ne  sont  pas  du  tout  ainsi,  mais  sont  spé* 
ciales,  on  peut  essayer  d'établir  une  méthode  pour  tout 
cela,  et  en  tirer  un  art  qui,  d'ailleurs,  ne  sera  point  du 
tout  pareil  aux  sciences  de  démonstration.  $  10.  Cest 
là  ce  qui  fait  que  l'éristique  n'est  pas  de  tout  point 
comme  le  faux  dessinateur  ;  car  il  ne  fait  pas  de  para- 
logismes  pour  un  genre  spécial  de  principes;  mais  l'éris- 
tique s'occupe  de  tous  les  genres  sans  distinction. 


S  9.  Comme  lei  négatiom^  Le  aœ  espèce,  ni  un  individn  en  pnr- 

non-homme,  le  non-cheval  sont  Uculier. 

des  eipressions  indéterminées  :  S  10.  £0  faux  d€i$inai$w^  Voir 

elles  ne  désignent  ni  nn  genre,  ni  plus  haut,  %  5. 


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SECTION  I,  CHAPITBE  Xll.  373 

§  1 1.  Telles  sont  donc  les  diverses  sortes  de  réfuta* 
lions  sophistiques.  Il  n'est  pas  difficile  de  voir  que  c'est 
au  dialecticien  de  les  étudier,  et  de  pouvoir  les  former; 
car  la  méthode  des  propositions  comprend  aussi  toute 
cette  étude.  Voilà  ce  qu'on  avait  à  dire  sur  les  réfuta- 
tions apparentes. 


CHAPITRE  XII. 

Second  et  troisième  objets  de  la  sophistique  :  faire  que  Tadver- 
saire  se  trompe  et  qu'il  soutienne  des  paradoxes. 

§  I .  Quant  à  prouver  que  l'interlocuteur  se  trompe, 
et  à  le  mener  à  soutenir  Timprobablc,  et  c  était  là  le 
second  objet  de  la  sophistique,  ce  résultat  s'obtient  sur- 
tout en  posant  ses  demandes  d'une  certaine  manière,  et 
en  dirigeant  l'interrogation  suivant  certaine  méthode. 
Ainsi,  c*est  le  i*echercher,  que  d'interroger  sur  un  sujet 
quelconque  sans  avoir  rien  déterminé  à  l'avance.  En- 
effet,  en  parlant  au  hasard ,  on  se  trompe  bien  davan- 
tage; et  Ton  parle  au  hasard  quand  le  sujet  n'est  pas 
bien  spécifié.  §  2.  Mais  demander  plusieurs  choses  con- 
fusément, bien  qu'on  ait  déterminé  avec  soin  le  sujet 
en  question ,  et  laisser  l'interlocuteur  dire  ce  que  bon 
lui  semble,  ce  sont  des  moyens  qui  donnent  quelque  fa- 
cilité de  le  conduire  h  soutenir  l'improbable  ou  le  faux  ; 


$  1.  c  était  là  le  second  o6J6f  §  2.  Ou  le  faux,  c'est  le  terme 
de  la  Mophittique^  voir  plus  haut,  même  dont  il  s'est  servi ,  cb.  8,  §  3, 
cb.  3,  g  8.  et  qu'il  répète  ici. 


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374         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

et  j  soit  qu'il  réponde  à  Tune  des  questions  par  affirma- 
tion ou  par  négation  9  de  l'amener  sur  un  sujet  où  Ton 
aura  des  arguments  en  nombre.  Ce  sont,  du  reste,  des 
procédés  dont  il  est  aujourdliui  moins  aisé  d'abuser 
qu'il  ne  Tétait  auparavant  ;  parce  que  les  interlocuteurs 
savent  fort  bien  demander  quel  rapport  tout  ceci  peut 
avoir  avec  le  principe.  §  3.  L'un  des  moyens  d'arriver  à 
obtenir  de  l'adversaire  quelque  assertion  fausse  ou  im- 
probable, c'est  de  ne  soutenir  tout  d'abord  aucune  thèse; 
mais  de  prétendre  qu'on  n'interroge  que  par  simple  dé- 
sir de  savoir;  car  l'examen  donne  alors  aisément  place 
à  l'attaque. 

§  4-  Le  lieu  spécialement  sophistique  pour  montrer 
que  l'adversaire  se  trompe,  c'est  de  conduire  le  raison- 
nement sur  un  sujet  oii  l'on  abonde  en  arguments.  On 
pourra,  du  reste,  user  bien  ou  mal  de  ce  heu,  ainsi 
qu'on  l'a  dit  précédemment. 

§  5.  D'autre  part,  pour  avancer  des  paradoxes,  il  faut 
voir  de  quel  genre  de  philosophes  est  l'interlocuteur, 
et  ensuite  lui  demander  un  paradoxe  que  les  philo- 
sophes de  cette  opinion  soutiennent  contre  le  vulgaire; 
car  il  y  a  toujours  dans  chaque  école  quelque  chose  de 
pareil;  et  le  moyen  ici,  c'est  de  formuler  les  opinions 
spéciales  de  chacune  d'elles  dans  des  propositions. 

§  6.  La  solution  la  plus  convenable  à  opposer  à  ces 
difficultés,  c'est  de  faire  voir  que  l'improbable  ne  vient 
pas  du  raisonneutenl  même;  car  c'est  là  ce  que  veut 
toujours  prouver  celui  qui  vous  combat.  §  7.  On  peut 

g  i.  AiriMi  quon  l'a  dit  précé-  §  7.  Quon  le  pousse  à  des  pa-- 
demmcnt.  Vuir  duns  les  Topiques,  uidoxes  ,  lo  luol  paradoxe  n*esl 
liv.  S,  ch  5,8  1.  lias  pris  ici  dans  son  sens  vnti  puis- 


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SECTION  I,  CHAPITRE  XIL  375 

encore  en  appeler  aux  intentions  et  aui  opinions  mani- 
festées ;  car  on  ne  pense  pas  et  on  ne  dit  pas  toujours  la 
même  chose  :  mais  Ton  soutient  souvent  les  choses  les 
plus  honorables,  et  l'on  ne  veut  au  fond  que  ce  qui 
paraît  utile.  Ainsi  l'on  prétend  hautement  qu'il  vaut 
mieux  mourir  avec  gloire  que  de  vivre  avec  plaisir; 
qu'il  vaut  mieux  être  pauvre  avec  honneur  qu'être  riche 
avec  honte;  et  cependant,  au  fond,  on  veut  tout  le  con- 
traire. Celui  qui  ne  parle  que  d'après  ses  intentions,  il 
faut  l'amener  à  exprimer  ses  opinions  avec  évidence  :  et 
celui  qui  les  exprime,  il  faut  l'amener  à  produire  ses 
opinions  cachées.  De  ces  deux  façons,  il  est  nécessaire 
qu'on  le  pousse  à  des  paradoxes;  car  il  dira  le  contraire, 
soit  dans  ses  opinions  évidentes,  soit  dans  ses  opinions 
cachées. 

§  8.  Le  lieu  le  plus  ordinaire  pour  faire  dire  des  pa- 
radoxes, est  celui  qui  est  attribué  à  Calliclès  dans  le 
Gorgias,  et  que  tous  les  anciens  ont  cru  pouvoir  em- 
ployer. On  le  tire  de  la  nature  et  de  la  loi;  car  on  pré- 
tend que  la  nature  et  la  loi  sont  contraires,  et  que  la 
justice  est  belle  selon  la  loi,  mais  qu'elle  ne  l'est  pas 
selon  la  nature.  U  faut  donc  à  celui  qui  parle  suivant  la 
nature,  lui  répondre  suivant  la  loi,  et  ramener  à  la  na- 
ture celui  qui  parle  suivant  la  loi  ;  car  de  ces  deux 
façons,  on  arrive  à  des  paradoxes.  Ainsi,  pour  eux,  ce 
qui  est  selon  la  nature  est  le  vrai,  et  c'est  ce  qui  est 
selon  la  loi  qui  le  paraît  an  vulgaire.  On  voit  donc 


qu'il  ne  signifie  que  coniradiciion.  anciens ,  ie  mol  est  peui-èUe  un 

i  B.  Le  Gorgias  de   Platun,  peu  exagéré   puisqu*!!  s*agit  des 

voir  la  traduction  de  H.  Cousin,  sophistes.  —  Cet  gens^là^  les  an- 

p.  S91  et  suiv.  —  Et  que  tous  les  ciens  sophistes. 


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376         BÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

évidemment  que  ces  gens-là,  tout  comme  ceux  d'aujour- 
d'hui, essayaient  de  réfuter  l'interlocuteur  ou  de  lui 
faire  faire  des  paradoxes. 

§  9-  Quelques  questions  sont  de  telle  sorte,  que  la 
réponse  qu'on  y  fait  est  également  improbable  dans  les 
deux  sens.  Par  exemple  :  Faut*il  obéir  aux  sages  ou  à 
son  père?  Faut-il  agir  dans  son  intérêt  ou  dans  celui  de 
la  justice  ?  Vaut-il  mieux  souffrir  le  mal  que  de  le  faire? 

§  10.  Il  faut  mener  la  discussion  sur  des  sujets  où  les 
sages  et  le  vulgaire  soutiennent  des  opinions  contraires. 
Si  l'interlocuteur  parle  comme  les  raisonneurs  habiles, 
on  lui  oppose  l'opinion  du  vulgaire  :  et  s'il  parle  comme 
le  vulgaire,  on  lui  oppose  les  opinions  des  penseurs  qui 
ont  beaucoup  réfléchi.  Ainsi,  les  uns  soutiennent  que 
nécessairement  l'homme  heureux  doit  être  juste;  mais, 
pour  le  vulgaire,  ce  serait  chose  incroyable  qu'un  roi 
ne  fât  pas  heureux.  §  ii.  Mener  ainsi  à  soutenir  des 
opinions  improbables,  c'est  la  même  chose  absolument 
que  de  mener  à  l'opposition  de  la  nature  et  de  la  loi  ; 
car  la  loi  estTopinion  du  vulgaire,  mais  les  sages  parlent 
selon  la  nature  et  selon  la  vérité. 

§  I  a.  C'est  donc  de  ces  sortes  de  lieux  qu'il  faut  cher- 
cher à  tirer  des  paradoxes. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  XIII.  377 


CHAPITRE  XIII. 

Cinquième  objet  de  la  sophistique  :  contraindre  l'adversaire 
a  se  répéter  vainement. 

§  !•  Quant  à  faire  bavarder  Tadversaire,  nous  avons 
déjà  dit  ce  que  nous  entendions  par  faire  bavarder.  §  a. 
Tous  les  discours  de  ce  genre  n'ont  pas  d'autre  but  que 
celui-ci  :  s'il  n'y  a  aucune  différence  à  prendre  le  mot 
ou  la  définition,  et  que  le  double  et  le  double  de  la 
moitié  soient  la  même  chose ,  si  le  double  est  le  double 
de  la  moitié,  on  dira  le  double  de  la  moitié  de  la  moitié. 
Et,  de  plus,  si  au  lieu  de  double  on  prend  le  double  de 
la  moitié,  on  répétera  trois  fois  le  double  de  la  moitié 
de  la  moitié  de  la  moitié*  Le  désir  se  rapporte-t-il  à  ce 
qui  est  agréable?  Oui,  c'est  l'appétit  de  l'agréable;  ainsi 
donc,  le  désir  est  l'appétit  de  l'agréable  de  lagréable. 

§  3.  Tous  ces  raisonnements  ne  s'adressent  jamais 
qu'à  des  relatifs,  et ,  dans  tous  les  cas,  non  seulement 
ce  sont  les  genres,  mais  encore  les  choses  mêmes  qui 
sont  des  relatifs,  et  elles  se  rapportent  à  une  seule  et 
même  chose  :  par  exemple,  l'appétit  est  l'appétit  de 
quelque  chose  ;  le  désir,  le  désir  de  quelque  chose  ;  et 
le  double  est  le  double  de  quelque  chose  et  le  double  de 
la  moitié.  §  4*  Et  ceci  se  présente  aussi  pour  toutes  les 

8  1.  Nous  avons  déjà  dit ,  plus  celte  leçon  dans  les  variâmes;  dans 

haut,  ch.  3,  S  2.  le  texte  elle  dit  seulement  :  Si  le 

g  t.  Si  le  double  est  le  double  de  double  est  de  la  moitié,  il  faut  d6- 

la  moitié^  Pédition  de  Berlin  donne  oessairement  répéter  :  le  double. 


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378         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

choses  dont  Tessence  n*est  pas  vraiment  d'être  des  re- 
latifs, mais  qui  ont  des  qualités ,  des  modifications,  ou 
telle  autre  chose  d'analogue,  qui  est  exprimée  dans  la  dé- 
finition de  ces  choses,  au  milieu  des  attributs  qui  la  com- 
posent. Par  exemple ,  on  dit  que  l'impair  est  un  nom- 
bre qui  a  un  milieu  ;  or,  on  dit  aussi  nombre  impair, 
ce  qui  revient  à  dire,  nombre  nombre  ayant  un  milieu. 
Et  si  le  camus  est  la  courbure  du  nez ,  comme  on  dit 
aussi  d'un  nez  qu'il  est  camus,  on  aura  nez  nez 
courbe. 

§  5.  Parfois,  on  paraît  faire  bavarder  l'adversaire, 
quand  on  ne  le  fait  pas  réellement,  parce  qu*on  n'a  pas 
soin  de  demander  si  le  mot  en  question,  le  double,  si- 
gnifie quelque  chose  à  soi  seul,  ou  ne  signifie  rien;  et 
quand  il  signifie  quelque  chose,  si  c'est  lu  même  chose 
ou  une  chose  différente.  Mais  c'est  parce  que  l'on  veut 
tirer  sur-le-champ  la  conclusion ,  et  que  le  mot  étant  le 
même,  la  chose  semble  aussi  être  la  même  et  avoir  le 
même  sens. 


CHAPITRE  XIV. 

Da  solécisme  :  il  peut  n'en  être  un  que  pour  une  seule  personne. 
-^  En  général  il  tient  à  la  confusion  des  genres  divers  dans  le 
pronom  cela^  qui  s'applique  au  masculin,  au  féminin,  au 
neutre,  indifféremment. 

§  I.  Ce  qu'est  le  solécisme,  c'est  ce  qu'on  a  dit  pré- 


S  1.  Ce  qu'est   le  tolécittM,..,     cb.  3,g3.  Seiilemcnl  il  plaçait  le 
precedemtitenr ,   voir   plus  haut,     solêcisuie  en  quatrième  lieu,  tauU  ta 


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SECTION  I,  CHAPITRE  XIY.  379 

cédemment.  §  2.  Il  est  possible  de  faire  un  solécisme  et 
de  paraître  en  faire  un  quand  on  n'en  fait  pas  ;  et,  tout 
en  en  faisant,  de  ne  pas  paraître  en  faire  un.  Ainsi, 
Protagore  soutient  que  colère  et  cuirasse  sont  mascu- 
lins. Celui  donc  qui  dit  pernicieuse,  en  parlant  de  la 
colère,  fait  un  solécisme  suivant  Protagore  :mais  il  ne 
semble  pas  en  faire  un  aux  yeux  des  autres  :  et  celui  qui 
dit  pernicieux  parait  à  tout  le  monde  faire  un  sole* 
cisme,  et,' cependant,  il  n'en  fait  pas  pour  Protagore. 
§  3.  U  est  donc  évident  qu'on  pourrait  fort  bien  amener 
ceci  avec  un  certain  art  ;  et  voilà  pourquoi  beaucoup  de 
raisonnements  qui  ne  concluent  pas  de  solécismes ,  pa- 
raissent en  conclure  un,  comme  on  peut  le  voir  dans  les 
réfutations. 

§  4*  La  plupart  des  solécismes  apparents  sont  fondés 
sur  le  pronom  cela,  et  quand  le  cas  n'exprime  ni  le  mas- 
culin, ni  le  féminin,  mais  le  neutre.  Le  pronom  celui-ci 
exprime  le  masculin,  et  celle-là  le  féminin.  Mais  le  mot 
cela  veut  exprimer  le  neutre,  et  souvent  il  exprime  aussi 
Tun  des  deux  autres  genres.  Ainsi,  par  exemple,  quand 
on  dit  :  Qu'est-ce  que  cela  ?  c'est  Calliope,  c'est  du  bois, 
c'est  Coriscus.  Tous  les  cas  du  masculin  et  du  féminin 
diffèrent;  quant  à  ceux  du  neutre,  les  uns  diffèrent,  les 


quMl  n^en  parie  ici  qu'au  ciaquième  Le  sens  est  toujours  le  même, 
et  dernier  raug.  §  i.  Cest  du  bois^  nom  neutre  en 

$  S.  Pemicieuiê,  voir  ie  début  grec;  les  deux  autres  sont  féminins 

de  rUiade.  et  masculins.  ^  (  au  nominatif  ) 

S  S.  Amener  ceci  avec  un  cer^  (àTaccusalif  ),  j'ai  été  obligé  d*a- 

tain  ari,  j*ai  suivi  la  leçon  de  l'é-  jouter  ces  parenthèses  pour  Tù'm*. 

dition  de  Berlin  qui  s'appuie  sans  entendre  le  icxtc*.  — £«  verôe  e$i  et 

doute  sur  des  manuscrils.  Pacius  le  verbe  être,  Tun  ne  va  qu'avec  lu 

dil  :  Un  certain  art  |>eut  faire  cela;  nominatif;    Taulre  ne  va  <|u*avec 

Sylburgt*  :  Un  habile  {leut  faire  cela,  Taccusalif. 


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380         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

autres  ne  diffèrent  pas.  Quand  on  donne  le  pronom 
cela,  on  raisonne  souvent  comme  si  on  avait  dit  celui- 
ci.  Et  de  même,  quand  on  prend  tel  autre  cas  pour 
tel  autre.  Le  paralogisme  alors  a  lieu  parce  que  le  mot 
cela  est  commun  à  plusieurs  cas;  car  cela  peut  exprimer 
tantôt  celui-ci  (au  nominatif),  et  tantôt  celui-ci  (à  Tac- 
cusatif)  ;  mais  il  faut  exprimer  successivement  qu'avec 
le  verbe  est,  il  signiBe  le  nominatif,  et,  avec  le  verbe 
être,  l'accusatif:  par  exemple,  Coriscus  est,  être  Cons- 
ens. Même  observation  pour  les  noms  féminins,  et  pour 
ce  qu'on  nomme  les  instruments,  qui  ont  la  dénomina- 
tion du  masculin  ou  du  féminin;  car  tous  les  noms  qui 
se  terminent  en  o  et  en  n  ont  seuls  la  dénomination 
d'instruments.  On  pourrait  en  citer  bien  des  exemples  : 
mais  ceux  qui  ne  sont  pas  ainsi  sont  du  masculin  ou  du 
féminin,  et  quelques-uns  de  ces  noms  s'appliquent  à 
des  instruments.  Par  exemple,  outre  est  un  nom  mas- 
culin, et  couchette  est  féminin  ;  et,  pour  ces  mots,  le 
verbe  est,  et  le  verbe  être,  seront  également  importants. 

§  5.  Le  solécisme  est  en  quelque  sorte  pareil  aux 
réfutations  qui  sont  exprimées  seniblahlement,  pour  des 
choses  qui  ne  sont  pas* semblables;  car  de  même  qu'il 
arrive  alors  que  la  réfutation  porte  sur  les  choses  mêmes, 
il  arrive  aussi  que  le  solécisme  ne  porte  que  sur  les 
mots;  car  homme  et  blanc  sont  à  la  fois  et  une  chose  et 
un  mot. 

§  6.  H  est  donc  évident  qu'il  faut  chercher  à  conclure 
le  solécisme  par  les  cas  indiqués. 

§  7.  Telles  sont  donc  les  espèces  des  arguments  con- 

8  5.  Que  la  réfutation  porte  ^  mots  sans  citer  d*aulorilé.  Il  esi 
réditiuD  de  Berlin  supprime  ces    beaucoup  mieui  de  les  conserver. 


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SECTION  I,  CHAPITRE  XV.  381 

tentieux  el  les  parties  de  ces  espèces,  et  les  manières 
diverses  de  les  distinguer. 


CHAPITRE  XV. 

De  la  disposition  des  questions  et  des  procédés 
derioterrogatioD. 

§  I .  Il  y  a  grande  importance,  pour  cacher  le  but 
qu^on  poursuit,  de  disposer  les  ëlëments  de  la  question 
suivant  une  certaine  méthode,  comme  dans  la  dialec- 
tique. Il  faut  donc  parler  de  cet  objet  d'abord,  à  la  suite 
de  ce  qui  vient  d'être  dit. 

§  a.  Une  chose  qui  est  utile  pour  réfuter,  c'est  la 
diffusion;  car  il  est  difficile  de  bien  voir  plusieurs 
choses  à  la  fois.  Il  faut  se  servir  pour  la  diffusion  des 
moyens  précédemment  indiqués.  §  3.  Un  second  moyen, 
c'est  la  rapidité  du  raisonnements  Les  interlocuteurs 
qui  restent  en  arrière  voient  moins  où  on  les  conduit. 
§  4- On  peut  employer  aussi  la  colère  ou  l'esprit  de  dis- 
pute ;  car,  lorsque  l'on  est  troublé,  on  peut  moins  être 
sur  ses  gardes.  Les  éléments  de  la  colère  sont  de  mon- 
trer évidemment  qu'on  veut  recourir  à  l'injustice,  et 
surtout  qu'on  est  prêt  à  ne  rougir  de  rien.  §  5.  Il  faut 
aussi  bouleverser  l'ordre  naturel  des  questions,  soit  que 
l'on  ait  plusieurs  arguments  pour  la  même  chose,  soit 
qu'on  soutienne  que  la  chose  est  et  n'est  pas  ainsi;  car 

S  1.  Comme  dont  la  dùOêetiquêt        %  i.  PréeédmMmnt  indiquée^ 
votr  Ibpf^iMf,  liv.  8,  cb.  4  et  sttiv.     voir  Topiqu$$^  liv.  8 ,  cb.  1 ,  S  M' 


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382         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

Tadversaire  doit  à  la  fois  se  défendre,  ou  contre  plu- 
sieurs choses,  ou  contre  les  contraires.  §  6.  Et  tout  ce 
qui  a  été  dit  plus  haut  sur  les  moyens  de  cacher  sa 
pensée,  est  utile  aussi  dansles  discussions  contentieuses. 
On  ne  cache  sa  pensée  que  pour  dissimuler  son  but, 
que  pour  tromper.  §  7.  ATégard  de  ceux  qui  refusent 
ce  qu'ils  croient  utile  au  raisonnement  de  l'adversaire, 
il  faut  les  interroger  par  négation,  comme  si  Ton  voulait 
obtenir  le  contraire,  ou  du  moins  comme  si  Ton  faisait 
la  demande  de  Tun  ou  de  l'autre  avec  une  parfaite  in- 
différence; car,  lorsqu'on  ignore  ce  que  veut  obtenir 
l'adversaire,  on  fait  moins  de  difficulté.  §  8.  Lorsque 
l'adversaire  accorde  parties  à  parties  tous  les  cas  parti- 
culiers, il  faut  souvent  ne  pas  pousser  l'induction  en  in- 
terrogeant jusqu'à  l'universel;  mais  il  faut  s'en  servir 
comme  accordé.  Bien  plus,  quelquefois  l'adversaire  lui- 
même  croit  l'avoir  donné  ;  et  c'est  ce  qui  semble  aussi 
aux  auditeurs,  parce  qu'ils  se  souviennent  de  l'induction, 
et  qu  ils  pensent  que  les  cas  particuliers  n'ont  point  été 
demandés  eiî  vain.  §  9.  Dans  les  cas  où  l'universel  n'est 
point  exprimé  par  un  mot,  il  faut  se  servir  de  la  res- 
semblance de  ce  qui  s'en  rapproche,  selon  que  Ton  en  a 
besoin;  car  souvent  la  ressemblance  est  cachée.  §  10. 
Mais  pour  obtenir  la  proposition  qu'on  veut,  il  faut 
interroger  en  faisant  porter  la  comparaison  sur  les  con- 
traires. S'agit-il,  par  exemple,  d'obtenir  cette  proposi- 
tion, qu'il  faut  en  tout  obéir  à  son  père,  on  peut  de- 
mander s'il  faut  en  tout  obéir,  ou  désobéir  en  tout,  à  ses 
parents.  Et  si  l'on  veut  prouver  qu'il  faut  leur  obéir 

8  6.  Tout  ee  qui  a  M  dit  plut  havA ,  ibid. 


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SECTIOÏÏ  I,  CHAPITRE  XT.  383 

souvent,  on  doit  demander  s'il  faut  aVoir  pour  eux  peu 
ou  beaucoup  de  condescendance.  En  effet,  il  semblera 
plutôt  que  c'est  beaucoup,  puisqu'il  faut  nécessairement 
en  avoir.  En  rapprochant  ainsi  les  contraires,  les  choses 
paraissent  avec  toute  leur  grandeur;  elles  semblent  plus 
grandes,  meilleures,  ou  pires* 

§  1 1 .  Ce  qui,  très-souvent,  fait  croire  à  la  réfutation, 
c^est  Vimpudence  sophistique  de  ceux  qui  interrogent, 
et  qui,  sans  avoir  fait  de  raisonnements,  sans  avoir  fait 
une  dernière  question,  n'en  affirment  pas  moins  sous 
forme  de  conclusion,  comme  s'ils  avaient  fait  des  syllo- 
gismes réguliers  :  Donc  telle  chose  n'est  pas;  donc  telle 
chose  est. 

§  12.  C'est  encore  un  procédé  sophistique  de  de- 
mander, que  l'adversaire  réponde  ce  qu^il  lui  semble 
d'un  paradoxe  que  Ton  a  soutenu,  bien  qu'il  ait  dit  son 
avis  sur  le  sujet  posé  dès  le  principe,  et  de  mettre  en 
outre  des  questions  de  ce  genre  sous  cette  forme  :  Que 
vous  semble?  car  si  la  question  est  composée  des  élé- 
ments mêmesdii  syllogisme,  il  faut  nécessairement  qu'on 
fasse  une  réfutation  ou  u  n  paradoxe,  ou  une  sorte  de  réfu- 
tation. Si  l'on  accorde  la  question,  c'est  une  réfutation; 
si  on  ne  l'accorde  pas  et  qu'on  dise  qu'on  ne  l'accepte 
pas,  on  soutient  un  paradoxe.  Si  on  ne  l'accorde  pas^ 
tout  en  disant  que  la  chose  est  probable,  on  fait  une 
sorte  de  réfutation. 

§  i3.  Comme  dans  la  rhétorique,  il  faut  voir  aussi, 
dans  les  réfutations,  aux  contradictions  que  l'interlocu- 
teur Commet  contre  ce  qu'il  a  dit  lui-même,  ou  contre 

g  li.  Ou  un$  sorte  de  rifuta-  d'autorité,  supprime  ces  mots,  que 
eton ,  rédition  de  Berlin ,  saus  citer    Je  garde  avec  Pacius. 


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i 


384         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

ce  qu'ont  dit  ou  fait  ceux  qui  lui  paraissent  bien  faire 
ou  bien  dire,  ou  contre  ceux  qui  paraissent  être  ainsi^ 
ou  contre  leurs  semblables ,  ou  du  moins  contre  la 
plupart,  si  ce  n'est  contre  tous.  §  i4*  De  même  que 
souvent  ceux  qui  répondent,  quand  ils  se  voient  ré- 
futes, font  une  distinction  dans  la  question  sur  le  point 
où  la  réfutation  doit  les  atteindre,  de  même  ceux  qui 
interrogent  peuvent  se  servir  de  ce  moyen  contre  les 
objections,  si  l'objection  a  lieu  dans  un  sens,  et  qu'elle 
n'ait  pas  lieu  dans  l'autre,  en  disant  qu'on  l'a  prise  dans 
le  dernier  sens,  comme  Cléophon  le  fait  dans  son  Man- 
drobule.  §  i5.  Il  faut  même,  en  s'éloignant  du  sujet, 
retrancher  tout  le  reste  des  arguments  ;  mais  celui  qui 
répond,  s'il  s'en  aperçoit  d'abord,  doit  aller  au-devant 
et  le  dire  le  premier.  §  i6.  Il  faut  diriger  aussi  ses  ar- 
guments contre  une  chose  différente  de  celle  qui  est  en 
question,  et  s'y  attacher  quand  on  n'a  point  d'argument 
contre  la  question  même.  C'est  ce  que  fit  Lycophron,  à 
qui  l'on  proposait  de  faire  l'éloge  d'une  lyre.  §17.  Quand 
l'adversaire  demande  qu'on  précise  l'argument,  parce 
qu'il  lui  paraît  qu'il  faut  indiquer  la  cause  de  l'erreur, 
et  qu'une  fois  certains  points  étant  fixés,  il  est  plus  sur 
ses  gardes,  il  faut,  ce  qui  est  général  dans  les  réfutations, 
dire  qu'on  veut  soutenir  la  contradiction,  et  nier  ce  que 
l'autre  a  dit ,  ou  affirmer  ce  qu'il  a  nié.  Mais  il  ne  faut 
pas  dire  seulement  que  l'on  prétend  soutenir  que  la  no- 

8  14.    Cléophùn  ,    dani    son  ëuil  un  dialogue  platonicien. 

Jfamirofruto,  il  ne  nous  est  rien  g  16.  Ljfeaphran  est  appelé  so- 

parvenu  de  cette  pièce.  Le  corn-  phiste  dans  la  Politique ,  liv.  3  , 

mentaire  anonyme,  récemmment  ch.  5,  tom.  1 ,  p.  857,  de  mon  édlL 

publié  par  M.  Sprengel ,  Munich ,  Il  est  cité  aussi  dans  la  Rhéio  HçiM, 

18ii ,  prétend  que  le  MandroMe  voir  la  note,  ibid. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XVI.  385 

tion  des  contraires  est  ou  n'est  pas  la  inéme.'$  18.  Il 
ne  faut  pas  demander  la  conclusion  sous  forme  de  pro- 
position ;  il  ne  faut  pas  non  plus  demander  certaines 
choses,  mais  il  faut  les  prendre  comme  accordées. 

§  19.  On  a  donc  expliqué  d'où  il  faut  tirer  les  ques- 
tions, et  comment  il  faut  les  poser  dans  les  discussions 
contentieuses. 


SECTION  DEUXIÈME. 

SOLUTION  DBS  PARALOGISIIBS. 


CHAPITRE  XVI. 

De  la  solution  des  paralogismes  :  utilités  diverses  de  cette  étude  : 
pour  la  philosophie  y  pour  la  simple  apparence.  —  Méthode 
générale  de  solution  :  difficnltés  pour  rappliquer. 

§  I .  Il  faut  parler  maintenant  de  la  réponse,  et  dire 
comment  il  faut  résoudre  les  paralogismes,  ce  que  c'est 
que  résoudre,  et  à  quoi  sont  utiles  des  raisonnements 
de  ce  genre. 

§  a.  Us  sont  utiles  à  la  philosophie  pour  deux  rai- 
sons: §  3,  d'abord,  comme  ils  ne  portent  le  plus  sou- 


8  1.  Cest  avec  le  chapitre  16  celle  de  Sylbuige  entre  aulros.  J'ai 

que  les  Latins  faisaient  commencer  cro  devoir  fiiire  une  seconde  seo- 

le  second  livre  de  ce  traité ,  ainsi  tion  ;  au  xii«  et  xni«  siècles,  Aver- 

qiie  plusieurs  éditions  grecques,  roëset  Albert  font  deux  livres. 

IV.  SB 


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386         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

vent  que  sur  le  mot,  ils  apprenneot  d'autant  mieux  à 
voir  dans  combien  de  sens  chaque  mot  est  dit,  et  quelles 
sont  les  ressemblances  et  les  différences  de  formes,  dans 
les  choses  et  dans  les  mots.  §  4-  U^  ^^^  utiles  en  se- 
cond lieu  pour  les  recherches  personnelles;  car  celui 
qui,  trompe  aisëment  par  les  paralogismes  d'un  autre, 
ne  s'en  aperçoit  pas,  commettra  la  même  erreur  bien 
plus  souvent  quand  il  sera  seul  avec  lui-même.  §  5. 
£n6n,  en  troisième  lieu,  ils  sont  utiles  même  pour  l'ap- 
parence, en  ce  qu'on  parait  s'être  exerce  à  tous  les  su- 
jets et  n'être  étranger  à  aui^un;  car  si  quelqu'un  qui 
prend  part  à  la  discussion  blâme  la  discussion,  sans 
pouvoir  en  spécifier  les  défauts,  oo  est  porté  à  soup- 
çonner que,  s'il  fait  des  difficultés ,  ce  n'est  pas  dans 
l'intérêt  de  la  vérité,  mais  à  cause  de  son  ignorance. 

$  6.  On  voit  sans  peine  comment  il  faut  agir ,  quand 
on  répond  à  des  discussions  de  ce  genre,  si  nous  avons 
bien  expliqué  antérieurement  d'où  se  tirent  les  para- 
logismes, et  si  nous  avons  montré  suffisamment  les 
ruses  qu'emploient  les  sophistes  en  interrogeant.  §  7. 
Ce  n'est  pas,  du  reste,  une  même  chose,  quand  on 
étudie  un  raisonnement,  d'en  voir  et  d'en  corriger  le 
vice,  et  quand  on  est  interrogé  de  pouvoir  y  répondre 
sur-le-champ  ;  car  ce  que  nous  savons,  nous  le  mécon- 
naissons souvent  par  cela  seul  qu'on  le  déplace.  Et 
comme  dans  bien  d'autres  choses  le  plus  où  moins  de 
promptitude  vient  surtout  de  l'exercice,  il  en  est  de 
même  pour  les  discussions,  de  telle  sorte  que  si  nous 
voyons  clairement  la  chose,  mais  que  nous  la  négligions , 

S  6.  Antirieuremeni,  dans  tout  ce  qui  précède  et  surtout  cb.  4  et  sui?. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XVII.  387 

nous  manquons  souvent  par  cela  seul  les  occasions. 
§  8.  Il  arrive  aussi  parfois  ce  qui  arrive  dans  les  traces 
des  figures  :  après  les  avoir  analysées^  nous  ne  pou- 
vons plus  les  recomposer.  £t  de  même  dans  les  ré- 
futations,  nous  savons  fort  bien  quel  est  le  lieu  du  rai- 
sonnementy  et  nous  ne  pouvons  cependant  le  renvei*ser. 


CHAPITRE  XVII. 

De  la  solution  apparente  ;  elle  est;  dans  certain  cas  y  préférable 
k  la  solution  vraie.  —  Règles  pour  arriver  à  la  solution 
apparente. 

§  I .  D'abord  donc,  de  même  que  nous  disons  qu'il 
vaut  mieux  quelquefois  raisonner  d'une  manière  pro* 
bable  que  d'une  manière  vraie,  de  même  il  vaut  mieux 
quelquefois  chercher  la  solution  selon  le  probable  que 
selon  le  vrai  :  car  il  faut  combattre  contre  les  dispu'> 
teurs,  non  pas  comme  s'ils  réfutaient  réeftement,  mais 
comme  s'ils  paraissaient  seulement  le  faire.  En  effet^, 
nous  nions  qu'ils  fassent  de  vraies  conclusions,  et  ainsi 
tous  nos  efforts  doivent  tendre  à  ce  qu'ils  ne  paraissent 
pas  en  faire.  Si  donc  la  réfutation  est  une  contradiction 
qui  n'est  pas  homonyme,  et  qu'on  tire  de  certaines  don- 
nées, il  n'y  avait  pas  besoin  de  faire  de  division,  pour 
éviter  l'amphibologie  et  l'homonymie,  parce  qu'elles 
ne  font  pas  de  vrai  syllogisme.  Mais  il  ne  faut  établir 
de  division  que  parce  que  la  conclusion  a  l'apparence 

S  s.  Anaiy$ée$ ,  pris  au  sens  propre ,  décomposées. 


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388  REFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 
d'une  réfutation.  Ainsi  donc,  on  doit  prendre  garde, 
non  pas  d'être  réfuté,  mais  seulement  de  le  paraître. 
§  2.  L'interrogation  qui  porte  sur  des  choses  amphi- 
bologiques, ou  des  équivoques  d'homonymie,  comme 
toutes  les  autres  surprises  de  ce  genre,  font  disparaître 
la  véritable  réfutation,  et  ne  laissent  plus  reconnaître 
celui  qui  est  réfuté  ou  celui  qui  ne  Test  pas.  En  effet, 
comme  il  est  toujours  permis,  quand  on  arrive  à  la  con- 
clusion finale,  de  dire  que  l'adversaire  nie  ce  qu'on  n'a 
pas  affirmé,  parce  qu'il  n'a  fait  qu'interroger  par  ho- 
monymie ou  par  amphibologie  :  et  qu'ainsi  l'on  a  soi- 
même  affirmé  autre  chose  que  ce  qu'il  a  compris 
d'abord,  et  nié  dans  la  conclusion,  bien  qu'on  ait  tout 
fait  pour  que  la  discussion  portât  de  part  et  d'autre 
sur  le  même  point,  on  ne  sait  jamais  clairement  si  l'in- 
terlocuteur est  réfuté  :  car  on  ne  sait  si  maintenant  il 
dit  vrai.  Mais  si  celui  qui  interroge  avait,  en  divisant, 
montré  le  sens  homonyme  ou  amphibologique,  la  réfuta* 
tien  ne  serait  plus  obscure.  §  3.  Il  arriverait  précisément 
alors,  ce  que  d'ailleurs  les  disputeurs  cherchent  moins 
maintenant  que  jadis,  que  l'interlocuteur  interrogé  ré- 
pondrait par  oui  ou  par  non.  Ici,  au  contraire,  parce  que 
ceux  qui  interrogent  posent  mal  leurs  questions,  il  faut 
que  celui  qui  répond  ajoute  quelque  chose  à  la  réponse, 
pour  rectifier  le  vice  de  l'interrogation.  Mais  quand^  en 
interrogeant,  on  a  bien  fait  la  division  indispensable,  il 

%%.  Oupar  amphibologie ,  ré-  loate  cette  phrase  uns  citer  de  mt- 

dilioD  de  Berlin  ne  donne  pas  ces  nuscrit.  Cette  plirase,  qui  se  lie 

mots  et  ne  cite  pas  d*aatorité  qui  en  fort  bien  -avec  tout  ce  qui  précède 

Justifle  romission.  —  Et  qu'ainH  et  toutce  qui  suit,  est  dans  toutes 

Von  a dam  la  eanelusion ,  les  autres  éditions,  il  est  indispeo- 

TédiUon  de  Berlin  sopprime  encore  sable  de  la  conserver. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XVIL         389 

faut  nécessairement  que  celui  qui  répond  dise  oui 
ou  non. 

§  4*  Quand  Ton  suppose  que  la  réfutation  n'a  lieu 
que  par  homonymie,  il  n'est  pas  possible  en  quelque 
sorte  que  celui  qui  répond  évite  d*étre  réfuté  ;  car  il 
faut  nécessairement,  pour  les  choses  qui  tombent  sous 
la  vue,  qu'on  nie  le  mot  qu'on  avait  affirmé  et  qu'on 
affirme  ce  qu'on  avait  nié.  §  5.  En  effet,  il  n'y  a  aucune 
utilité  dans  la  rectification  qu'essaient  de  faire  quelques 
interlocuteurs.  Ainsi,  ils  soutiennent  que  Coriscus  n'est 
pas  à  la  fois  musicien  et  ignorant  en  musique,  mais  que 
tel  Coriscus  est  bon  musicieu  et  que  tel  autre  Coriscus 
ne  l'est  pas.  Mais  ce  sera  la  même  expression,  soit  qu'on 
dise  que  Coriscus,  soit  qu'on  dise  que  ce  Coriscus  est 
musicien  ou  ne  Test  pas,  ce  que  nie  et  affirme  à  la  fois 
l'interlocuteur.  Mais  ce  n'est  peut-être  pas  tout  à  fait 
le  même  sens  ;  car  le  mot  non  plus  n'est  pas  tout  à  fait 
le  même;  et  voilà  d'où  vient  la  différence.  §  6.  Mais 
si  l'on  accorde  d'un  côté  que  le  mot  est  pris  simplement  : 
Coriscus,  et  que  de  l'autre  on  ajoute  restrictivement  :  Ce 
ou  quelque ,  cela  est  absurde  ;  car  la  restriction  n'est 
pas  plus  à  l'un  qu'à  l'autre  ;  et  il  n'importe  en  rien  au- 
quel des  deux  on  l'attribue. 

§  7.  Toutefois,  comme  on  ne  sait  pas  clairement, 
quand  on  n'a  pas  déterminé  l'amphibologie,  si  l'on  est 


S  5.  Ou  m  V€$t  fa$,  Pacius  ii*a  pourquoi  U  n'y  a  point  de  dilTé- 

pas  ces  inols  que  j^emprunte  à  l'é-  rence.  Sylburge  place  eocore  la  né- 

dition  de  Berlin ,  Sylburge  les  met  gation  enlre  crochets,  c^estrMire 

entre  crochets.  —  Et  voilà  d^où  qu'il    en  propose  la  suppression. 

vient  la  différence ,  c^est  la  leçon  La  leçon  de  Téditiou  de  Berlin  me 

de  Tédition  de  Berlin  :  Pacius,  au  semble  la  plus  claire,  et  c'est  là  ce 

contraire,' a  une  négation  :  Et  voilà  qui  me  l'a  fait  adopter. 


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390         RÉFUTATIONS  D£S  SOPHISTES. 

ou  non  réfuté,  bien  qu'on  pût  faire  la  division  néces- 
saire dans  le  discours,  il  est  évident  que  concéder  l'in- 
terrogation sans  cette  définition,  et  absolument,  c'est 
une  faute,  de  sorte  que,  si  ce  n'est  l'interlocuteur  même, 
du  moins  son  raisonnement  a  l'air  d'être  réfuté. 

§  8.  Toutefois,  il  arrive  souvent  que  tout  en  voyant 
l'amphibologie,  on  répugne  à  faire  la  division,  à  cause 
du  grand  nombre  des  propositions  de  ce  genre,  et  afin 
de  ne  pas  paraître  élever  toujours  des  difficultés.  Puis 
ensuite  il  arrive  tout  aussi  souvent  que,  sur  le  point  même 
où  l'on  ne  pensait  pas  que  la  discussion  viendrait  à  por- 
ter, on  rencontre  le  paradoxe.  §  9.  Ainsi  donc,  puisqu'on 
peut  faire  la  division,  il  ne  faut  pas  hésiter  à  la  faire, 
ainsi  qu'on  l'a  dit  antérieurement. 

§  10.  Si  l'on  ne  réunissait  pas  deux  questions  en  une 
seule,  le  paralogisme  ne  se  formerait  pas  par  homony- 
mie ou  amphibologie ,  mais  ce  serait  une  réfutation  où 
il  n'y  aurait  pas  même  apparence  de  réfutation;  car, 
quelle  différence  y  a-t-il  à  demander  si  Callias  et  Thé- 
mistocle  sont  musiciens,  ou  s*il  n'y  a  qu'un  seul  nom 
pour  eux  deux,  bien  qu'ils  soient  autres  ?  En  effet,  si  ce 
nom  désigne  plus  d'une  chose,  on  a  demandé  aussi  plu- 
sieurs choses.  Si  donc ,  il  n'est  pas  bien  de  chercher  à 
obtenir  une  seule  réponse  absolument  pour  plusieurs 
questions,  il  est  clair  qu*il  ne  convient  de  répondre  sous 
forme  absolue,  par  aucun  terme  homonyme,  quand 
même  la  réponse  serait  vraie  pour  tous  les  sens  du  mot, 
comme  quelques-uns  l'admettent  ;  car  il  n'y  a  pas  plus 
de  différence  que  si  Ton  disait  :  Coriscus  et  Callias  sont- 

%  9.  Aimi  qu'on  fa  dit  antérieurement ^  Topiquee^  Itv.  8,  ch.  7. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XVIL  391 

ils  ou  ne  sont-ils  pas  à  la  maison?  Soit  que  lous  deux 
soient  présents,  soit  que  tous  deux  soient  absents ,  des 
deux  façons,  il  y  a  toujours  plusieurs  propositions.  11 
ne  suffit  point,  en  edfet,  de  dire  vrai,  pour  qu'il  i^'y  ait 
qu'une  seule  interrogation;  car  il  se  peut  aussi  qu'on 
propose  dix  mille  autres  interrogations,  auxquelles  on 
pourra  répondre  avec  vérité  par  oui  et  par  non.  Ce- 
pendant il  ne  faut  pas  répondre  par  une  seule  réponse; 
car  c'est  détruire  toute  discussion.  C'est  absolument  la 
même  chose  que  si  l'on  donnait  un  nom  pareil  à  des 
choses  différentes.  Si  donc  il  ne  faut  pas  faire  une  ré- 
ponse unique  à  deux  questions,  il  est  évident  aussi  qu'il 
ne  faut  pas  répondre  non  plus  par  oui  ou  par  non  à 
des  homonymes.  §  1 1  •  Car  celui  qui  a  dit  ainsi  ne  ré- 
pond pas,  il  n'a  fait  que  parler.  Mais  on  suppose  quel- 
quefois dans  les  discussions  qu'il  y  a  là  une  véritable 
réponse,  parce  qu'on  ne  voit  pas  ce  qui  doit  en  résulter. 

§  la.  Ainsi  donc  que  nous  l'avons  dit,  comme  cer- 
taines réfutations  qui  n'en  sont  pas  réellement  paraissent 
en  être,  de  la  même  manière  il  y  a  des  solutions  qui  pa- 
raissent en  être  sans  en  être  réellement.  C'est  celles-là 
qu'il  faut  quelquefois  produire  plutôt  que  les  solutions 
vraies,  dans  les  discussions  contentieuses ,  et  contre  les 
paralogismes  venant  du  double  sens  d'un  mot. 

§  j  3.  Il  faut  répondre  pour  les  choses  que  l'on  ad- 
met: Soit;  car,  de  cette  façon,  il  n'est  pas  du  tout  pos- 
sible à  l'interlocuteur  de  rétorquer  la  réfutation.  Si 
l'on  est  forcé  de  dire  quelque  paradoxe,  c'est  alors  sur- 
tout, qu'il  faut  ajouter  que  cela  parait  ainsi;  car,  de 

8  19.  Ainsi  donc  que  nous  Ta-  traité,  ch.  1,  g  1,  quand  il  a  déGni 
voM  dit,  au  début  même  de  ce     la  rérulaliou  sophisliqne. 


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392         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

cette  façon,  il  ne  semblera  pas  qu'il  y  ait,  ni  réfutation, 
ni  paradoxe. 

§  i4-  Comme  on  sait  très-clairement  ce  que  c'est 
qu'une  pétition  de  principes,  et  tout  le  monde  accorde 
qu'elle  a  lieu  si  la  proposition  est  voisine  du  principe, 
il  est  certaines  choses  qu'il  faut  détruire  et  non  accor- 
der, en  soutenant  que  c'est  faire  une  pétition  de  prin- 
cipes. Et  si  l'interlocuteur  demande  qu'on  lui  accorde 
précisément  une  proposition,  qui  doit  nécessairement 
résulter  de  la  thèse  initiale,  et  que  cette  proposition 
soit  fausse  ou  improbable,  il  faut  élever  la  même  objec- 
tion. En  effet,  ce  qui  résulte  nécessairement  de  la  thèse 
semble  faire  partie  de  la  thèse  même.  De  plus,  quand 
l'universel  est  pris,  non  par  le  mot  qui  le  représente, 
mais  par  comparaison,  il  faut  feire  remarquer  que  lad- 
versaire  ne  le  prend  pas  comme  on  le  lui  accordait,  ou 
comme  il  l'avait  lui-même  avancé;  car  c'est  souvent  à 
ce  point  même  que  tient  la  réfutation.  §16.  Quand  on 
a  été  repoussé  de  ce  terrain ,  il  faut  s'en  prendre  à  l'ir- 
régularité de  la  démonstration ,  et  s'appuyer  pour  cela 
sur  la  définition  qui  a  été  donnée  du  syllogisme  et  de 
la  réfutation. 

§  '7*  Quand  les  mots  sont  pris  au  propre,  il  faut 
nécessairement  répondre  ou  absolument,  ou  par  une 
distinction.  §  18.  Mais  toutes  les  fois  qu'on  est  obligé 
de  suppléer  par  la  pensée,  comme,  par  exemple,  dans 
toutes  les  questions  qui  ne  sont  pas  assez  claires,  et  qui 


S  16.  La  définition  qui  a  été  amphibologie ,  il  peut  servir  à  ex- 

donnée ,  voir  plus  baui ,  ch.  1,  $  3.  primer  qu'une  chose  est  la  posses- 

g  IS.  Ce  qui  est  des  Athéniens^  sion  d'une  p.u(re,  ou  qu'elle  fait  |)ar- 

le  génitifeD  grec  peut  prêter  à  cette  tie  d'une  auli-e. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XfVIL  393 

sont  en  quelque  sorte  boiteuses,  la  réfutation  se  produit. 
Telle  est  cette  question  :  Ce  qui  est  des  Athéniens  est- 
il  la  possession  des  Athéniens? Oui.  Et  de  même  pour 
tout  le  reste  :  Mais  Thorome  est-il  des  animaux?  Oui. 
Ainsi  l'homme  est  la  possession  des  animaux;  car  nous 
disons  que  l'homme  est  des  animaux,  parce  qu'il  est 
animal,  et  que  Lysandre  est  des  Lacédémoniens,  parce 
qu'il  est  Lacédémonien.  Il  est  donc  évident  que  dans  les 
cas  où  la  chose  proposée  est  obscure,  il  ne  faut  pas  ac- 
quiescer d'une  manière  absolue. 

§  19.  Quand  deux  choses  sont  de  telle  sorte  que, 
Tune  étant, lautre  doit  être  de  toute  nécessité,  sans  que 
la  seconde  étant ,  la  première  soit  nécessairement,  il 
faut  que  celui  qui  est  interrogé  sur  ces  deux  termes 
accorde  celui  qui  est  le  moins  étendu  ;  car  il  est  plus 
difficile  de  faire  le  raisonnement,  quand  il  porte  sur  plus 
de  choses. 

§  ao.  Quand  Ton  essaie  de  prouver  que  l'un  des 
termes  a  un  contraire,  et  que  l'autre  n'en  a  pas,  si  cette 
assertion  est  vraie,  il  faut  dire  qu'en  effet ,  le  second 
terme  a  un  contraire,  mais  que  ce  contraire  n'a  pas  de 
nom. 

§  21.  Comme  il  y  a  certaines  choses  pour  lesquelles 
le  vulgaire  dit  de  celui  qui  ne  les  accorde  pas,  qu'il  se 
trompe,  et  que ,  pour  quelques  autres  choses,  il  ne  se 

g  91.  £I2m  pensées  vraies ,  les  ment  de  la  définition,  en  la  faisant 

axiomes.  -^  Et  des  assertions  en-  porter  sur  une  proposition  où  i*at- 

tiires ,  Tédition  de  Berlin  donne  :  tribut  sera  contraire  à  l^atlribut  de 

Et  des  négations  entières  ;  mais ,  la  proposition  soutenue  par  l*ad- 

comme  il  suiBt  ici,  pour  changer  le  vcrsaire ,  et  où  le  sujet  sera  difTê- 

sens ,  de  rémission  d'une  seule  rent.  C*est  ce  que  le  texte  appelle 

lettre  «  on  peut  croire  à  une  simple  la  métaphore,  en  prenant  ce  mot 

faute  d'impression.  —  Le  déplace^  dans  son  sens  étymologique. 


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394         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

prononce  pas  si  nettement  :  par  exemple ,  dans  toutes 
celles  où  les  avis  sont  partagés,  et  ainsi  le  vulgaire 
n'est  point  décidé  en  général  sur  la  question  de  savoir 
si  Tâmedes  animaux  est  périssable  ou  immortelle;  dans 
tous  les  cas  où  Ton  ne  sait  quelle  est  l'opinion  vulgaire, 
sur  le  sujet  en  question,  comme  sur  les  sentences,  et 
Ton  appelle  sentences,  et  les  pensées  vraies,  et  des  as- 
sertions entières,  telles  que:  Le  diamètre  est  incommen- 
surable; dans  tous  ces  cas,  dis-je,  et  toutes  les  fois  que 
la  vérité  est  controversée,  le  meilleur  moyen  de  cacher 
sa  pensée,  ce  sera  d'employer  pour  tous  les  mots  le  dé- 
placement delà  discussion.  En  efTet,  précisément,  parce 
qu'il  y  a  grande  obscurité  sur  le  vrai  dans  ce  cas,  on  ne 
paraîtra  pas  faire  un  sophisme,  et  l'on  ne  paraîtra  même 
pas  se  tromper,  puisque  les  opinions  sont  partagées.  Le 
déplacement  de  la  discussion  rendra  U  raisonnement 
inattaquable. 

§  22.  Enfin,  toutes  les  fois  qu'on  pressent  une  ques- 
tion, il  faut  aller  au-devant  de  l'objection  et  la  dire  tout 
d'abord;  car  c'est  ainsi  surtout  qu'on  embarrassera  celui 
qui  interroge. 


CHAPITRE  XVIII. 

Moyens  divers  pour  arriver  k  la  solution  vraie  :  attaquer  la 
proposition  :  attaquer  la  conclusion. 

§  I .  Puisque  la  solution  vraie  est  de  faire  voir  que 
le  syllogisme  est  faux,  en  indiquant  celle  des  questions 
où  est  l'erreur,  le  syllogisme  faux  peut  l'être  de  deux 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XVIIL         395 

façons  :  par  exemple,  s'il  a  conclu  faussement  ;  ou  bien 
si,  n'étant  pas  un  syllogisme,  il  paraît  pourtant  en  être' 
un.  La  solution  indiquée  ici ,  et  celle  du  syllogisme  ap- 
parent ,  consisteraient  à  rectifier  celle  des  questions  qui 
le  fait  paraître  ce  qu'il  n'est  pas  :  et,  par  conséquent,  on 
arrive  à  la  solution  cherchée,  d'abord  en  détruisant  les 
raisonnements  qui  concluent  réellement ,  et  en  faisant 
une  distinction  pour  ceux  qui  ne  sont  qu'apparents. 
§  a.  Mais  comme  parmi  les  raisonnements  réguliers,  les 
uns  ont  la  conclusion  vraie,  et  les  autres  la  conclusion 
fausse,  on  peut  résoudre  de  deux  façons  ceux  qui  ont  la 
conclusion  fausse,  c'est-à-dire,  soit  en  détruisant  quel- 
qu'une des  interrogations  posées,  soit  en  montrant  que 
la  conclusion  n'est  point  ainsi  qu'on  l'a  dit.  Conti*e  ceux 
qui  sont  faux  dans  les  propositions,  il  n'y  a  de  solution 
possible  qu'en  détruisant  Tune  de  ces  propositions, 
puisque  la  conclusion  est  vraie.  §  3.  Ainsi  donc,  quand 
on  veut  résoudre  un  raisonnement ,  il  faut  voir  d'abord 
si  ce  raisonnement  conclut  ou  s'il  ne  conclut  pas  ;  en- 
suite^ si  la  conclusion  est  vraie  ou  fausse,  afin  qu'on 
puisse  résoudre,  soit  en  détruisant,  soit  en  divisant  les 
propositions;  et  l'on  détruit,  soit  d'une  façon,  soit  de 
l'autre,  comme  on  l'a  dit  plus  haut.  §  4-  U  y  a  une  très- 
grande  différence,  pour  résoudre  le  raisonnement,  d'être 
ou  de  n'être  pas  interrogé  ;  car  il  est  difficile  de  voir  à 
l'avance  la  solution,  et  il  est  plus  facile  de  la  voir  à 
loisir. 

§  3.  Com$M  on  Va  dit  plus  haut  y  §  1. 


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396        BÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 


CHAPITRE  XIX. 

Solution  pour  les  cas  où  la  réfutation  ne  tient  qu'il  l'homonymie 
ou  à  l'amphibologie,  soit  dans  les  propositions,  soit  dans  la 
conclusion  :  il  faut  signaler  les  sens  divers  le  plus  tAt  qu'on 
le  peut. 

§  I.  Parmi  les  réfutations  qui  ne  tiennent  qu'à  l'ho- 
monymie et  à  Famphibologie,  les  unes  renferment  des 
questions  qui  présentent  plusieurs  sens;  dans  les  autres, 
c'est  la  conclusion  qui  a  des  sens  divent.  Ainsi,  par 
exemple,  dahs  le  cas  où  Ton  prétend  prouver  que  celui 
qui  se  tait  parle ,  c'est  la  conclusion  qui  a  un  double 
sens.  Dans  cette  autre  proposition  :  Celui  qui  sait 
ne  sait  pas,  c'est  l'une  des  questions  qui  est  amphibolo- 
gique. Par  exemple ,  ce  raisonnement  :  Celui  qui  sait 
faire  ou  dire  quelque  chose  sait  aussi  ce  qu'il  dit,  ce 
qu'il  fait;  or,  cet  homme  sait  dire  des  vers  iambiques; 
donc  il  sait  aussi  les  vers  iambiques.  Et  ce  qui  a  un 
double  sens  est  vrai  dans  un  sens  et  ne  l'est  pas  dans 
Tautre;  ainsi  le  double  sens  exprime  à  la  fois  ce  qui  est 
et  ce  qui  n'est  pas. 

§  2.  Toutes  les  fois  donc,  qu'il  y  a  plusieurs  sens  à 
la  fin,  si  l'on  ne  prend  pas  la  contradiction,  il  n'y  a  pas 

g  1.  Celui  qui  m  tait  parU,  on  cette  phrase  sans  citer  aucune  au- 

se  rappelle  rampbibologie  que  cette  torité.  Cest  peut-être  une  simple 

phrase  présente  eu  grec,  voir  plus  omission. 

haut,ch.  i, S  i, et  ch.  10, S 6.— Par  ^  %.  A  la  /In,  j*ai  conservé  la 

exemple les  vere  iamMfties,  traduction  fidèle  des  mots  grecs,  le 

rédiUon  de  Berlin  supprime  toute  sens  est  :  Dans  la  conclusion. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XIX.  397 

de  réfutation  :  par  exemple,  si  Ton  prétend  que  l'aveugle 
voit  ;  car  sans  contradiclion,  il  n'y  a  pas  de  réfutation. 
§  3.  Pour  tous  les  cas  oii  la  diversité  de  sens.se  trouve 
dans  les  questions,  il  n  est  pas  nécessaire  de  combattre 
d*abord  le  double  sens;  car  ce  n'est  pas  sur  ce  point  que 
porte  le  raisonnement  :  c'est  seulement  un  des  éléments 
dont  on  le  tire.  §  4*  Au  début  donc,  il  faut  répondre 
en  signalant  le  double  sens,  soit  dans  le  mot ,  soit  dans 
le  raisonnement,  len  disant  qu*on  l'accepte  d'une  façon, 
et  que  de  l'autre  on  ne  l'accepte  pas.  Ainsi ,  dans  cette 
proposition  :  Celui  qui  se  tait  parle,  il  faut  dire  qu'on 
l'accepte  en  partie,  et  qu'en  partie  on  ne  l'accepte  pas. 
Et  si  l'adversaire  a  dit  qu'il  faut  remplir  ses  devoirs,  il 
faut  distinguer,  en  disant  que  les  uns  doivent  être  rem- 
plis et  d'autres  ne  pas  l'être;  car  devoirs  a  plusieurs 
sens.  Si  la  diversité  des  sens  a  d'abord  échappé,  il  faut 
rectifier  Terreur  en  ajoutant  à  la  fin  quelque  chose  à  la 
question  :  Donc  celui  qui  se  tait  parle;  pas  du  tout;  mais 
bien  un  tel  qui  se  tait.  §  5.  Et  de  même  pour  les  cas  où 
la  diversité  de  sens  est  dans  les  propositions  :  Donc  on 
ne  sait  pas  ce  qu'on  sait?  Non,  certes;  mais  cela  n'est 
pas  vrai  de  ceux  qui  savent  de  telle  manière;  car  ce 
n'est  pas  là  même  chose  de  dire  qu'il  n'est  pas  possible 
de  savoir  quand  on  sait,  ou  que  cela  n'est  pas  possible 
à  ceux  qui  savent  d'une  certaine  façon.  §  6.  Il  faut^  en 
général ,  combattre  son  adversaire,  même  quand  il  a 
conclu  d'une  manière  absolue,  en  disant  qu'il  a  nié, 

S  i.  Mai$  bien  un  tel,  en  «Jon-       $  y  D$  cêite  fiMMiMf»,  en  spéci- 

tint  on  pronom  délerminatif  qui  a  fiant  de  qneUe  nature  et  sur  quoi 

un  genre  spécial ,  et  ici ,  il  est  du  porte  la  science,  il  n*y  a  plus  lieu 

masculin:  la  phrase  ne  peut  plus  de  faire  amphibologie,  et  par  con- 

alors  prêter  à  Tamphibokigie.  séquent  de  tromper  Tadversaire. 


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398         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

non  pas  la  chose  qu'on  affirmait^  mais  seulement  le 

mot  y  de  sorte  qu'il  n'y  a  pas  de  réfutation. 


CHAPITRE  XX. 

Solation  des  paralogismes  par  difisioii  on  comUnaison  de  mots  : 
.   toos  les  paralogionn  ne  tiemient  pas,  comme  on  Ta  dit,  k 
rambiguité  du  sens.  Exemples  divers* 

§  I .  On  voit  aussi  clairement  comment  il  faut  ré- 
soudre les  réfutations  qui  tiennent  à  la  division  et  a  la 
réunion  de  certains  mots  ;  car,  si  la  proposition  divisée 
ou  combinée  a  un  sens  différent,  il  faut  soutenir  le 
contraire  de  la  conclusion.  §  a.  Mais  tous  les  raisonne? 
ments  captieux  qui  se  fondent  sur  la  division  et  la  com- 
binaison, sont  du  genre  des  suivants  :  Ce  par  quoi  tu  as 
vu  cet  homme  frappé,  est-ce  par  cela  qu'il  a  été  frappé? 
et  ce  par  quoi  il  a  été  frappé,  est-ce  par  cela  que  tu 
Tas  vu?  §  3.  Il  y  a  aussi  dans  cet  exemple  l'une  des 
questions  qui  est  amphibologique  :  mais  le  paralogisme 
tient  surtout  à  la  combinaison;  car  le  double  sens,  ne 
subsiste  pas  après  la  division,  parce  que  la  proposition 

g  1.  Ce  par  quoi  tu  as  9u  cet  g  3.  Mais  là  aussi  U  y  a  d$s 

hfmms  frappé^  on  peut  entendre  à  ^ignss^.,,  Paclus  conclut  de  cette 

la  fois  par  là ,  et  les  yeux  avec  les-  phrase  qu*au  temps  où  le  traité  des 

quels  on  voyait  cet  homme  frappé ,  Réfutations  a  été  composé ,  au 

et  le  bâton  avec  lequel  on  le  frap-  temps  d'Aristote,  on  ne  se  servait 

pait.  L'interloculeur ,  qui  ne  fait  pas  d*accents  ;  f  en  tirerais  une  cob- 

pas  attention  à  cette  amphibologie  clusion  toute  contraire ,  ainsi  que 

peut  être  amené  à  soutenir  qu'il  des  passages  cités  plus  haut,  ch.  7^ 

a  vu  cet  homme  frappé  avec  des  S  3,  et  ch.  i,  g  S  ;  c*esl  une  question 

yeux ,  ou  avec  un  bftton.  qui  semble  résolue  par  ce  passage. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XX.  399 

n'est  plus  la  même  quand  elle  est  divisée.  Ne  suflfit-il 
pas  d'un  simple  changement  dans  la  prosodie,  pour  que 
le  même  mot  signifie  autre  chose  ?  Mais  ce  mot  est  le 
même  dans  sa  forme  écrite,  puisqu'il  est  écrit  des  mêmes 
lettres  et  de  la  même  manière  ;  or ,  là  aussi  il  y  a  des 
signes  qui  font  que  les  mots  dans  la  prononciation  ne 
sont  plus  les  mêmes;  ainsi,  une  fois  la  diirision  faite,  le 
double  sens  disparaît.  §  4-  II  est  évident  aussi  que  toutes 
les  réfutations  ne  viennent  pas,  sans  exception,  de  ce  que 
le  sens  est  double,  ainsi  que  quelques-uns  le  prétendent. 
§  5.11  faut  donc  diviser  quand  on  répond,  car  ce  n'est 
pas  la  même  chose  de  dire  qu'on  a  vu  de  ses  yeux  tel 
homme  frappé,  et  de  dire  qu'on  a  vu  tel  homme  frappé 
de  ses  yeux.  $  6.  C'est  là  aussi  le  raisonnement  d'Eu- 
thydème  :  Est-ce  que  tu  vois,  étant  en  Sicile,  les  galères 
qui  sont  maintenant  dans  lePirée?  §  7.  Ou  bien  encore^ 
est-ce  qu'étant  un  bon  taûneur  il  est  possible  d'être 
mauvais  ?  Or,  quelqu'un  qui  est  bon  tanneur  pourrait 


g  4.  Ainsi  çuê  fuêlques^ns  U 
prétendent ,  quelques  sophistes  pro- 
bablement PQ  quelques  disciplet  de 
réoole  de  Mégare. 

%  6,  Le  raiêùnnemeni  d'Buthy^ 
dàmêy  Je  n*ai  pas  tnnifé  ce  so- 
phisme dans  rButhydème  de  Pla- 
ton, Aristole  le  cite  encore  dans  la 
Rhétorique^  liv.  %,  édit.  de  Berlin, 
p.  iiOi ,  a.  S7.  —  Est^e  que  tu 
wHs  y  étant  en  SieUe^..,  Je  n*ai  pu 
conserver  dans  la  phrase  fhinçaise 
Téquivoque  de  la  phrase  grecque 
où  Tad verbe  :  maintenant,  peut  être 
joint  également  au  verbe  voir  qui 
le  précède,  et  au  verbe  être  qui  le 
suit:  la  phrase  aloirs  signiDe  égale- 


ment :  Vols-tn,  éunt  maintenant 
en  Sicile ,  les  galères  qui  sont  an 
Pirée,  chose  alyurde,  ou  bien  :  As- 
tu  TU ,  quand  tu  éuis  en  Sicile,  les 
galères  qui  sont  maintenant  dans  le 
Pirée? 

S  7.  Ds  sorte  qu^U  sera  un  tan- 
Mur  mauvais  t  L*édition  de  Berlin 
donne  sans  citer  d*autorité  :  De 
sorte  que  bon  tanneur  il  sera  mau- 
vais. La  leçon  ordinaire  que  J*ai 
gardée,  me  semble  suffisante.  Le 
sens  est  évident,  le  paralogisme 
consiste  en  ce  qu'on  semble  amené 
à  dire  qu'un  bon  tanneur  est  un 
mauvais  tanneur,  au  lieu  de  dire 
qu'il  est  un  mauvais  homme. 


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400         REFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

être  mauvais,  de  sorte  quil  sera  un  tauneur  mauvais. 
$  8.  L'apprentissage  des  choses  doat  la  science  est  bonne 
est-il  bon  aussi  ?  Or,  l'apprentissage  du  mal  est-il  bon  ? 
donc  le  mal  est  un  bon  apprentissage.  Mais  le  mal  est 
mal  et  apprentissage  à  la  fois  :  donc  le  mal  est  un  mau- 
vais apprentissage.  Mais  la  science  de  ce  qui  est  mal 
est  bonne.  §  9.  Est-il  vrai  de  dire  maintenant  que  tu  es 
né?  tu  es  donc  ne  maintenant?  mais  par  la  division  cela 
signifie  autre  chose;  car  il  est  vrai  de  dire  maintenant 
que  tu  es  né,  mais  tu  n'es  pas  né  maintenant.  §  10.  Fais- 
tu  les  choses  que  tu  peux  de  la  façon  que  tu  peux  les 
faire?  Bien  que  tu  ne  joues  pas  de  la  cithare,  tu  as  le 
pouvoir  de  jouer  de  la  cithare;  tu  joues  donc  de  la 
citliare  sans  jouer  de  la  cithare.  Ou  bien  ne  doit-on  pas 
dire  qu'on  n'a  pas  la  puissance  de  jouer  de  la  cithare 
quand  on  n'en  joue  pas,  mais  qu'on  peut  le  faire  quand 
on  ne  le  fait  pas?  §  1 1  •  On  résout  encore  autrement  ce 
paralogisme;  car  si  l'interlocuteur  accorde  qu'on  fait 
comme  on  peut  faire ,  on  soutient  qu'il  n'en  faut  pas 
conclure  qu'on  joue  de  la  cithare  en  n'en  jouant  pas.  En 
effet,  il  n'a  pas  été  accordé  qu'il  le  fera  de  quelque  façon 
qu'il  puisse  le  faire;  car  ce  n'est  pas  la  même  chose  de 
dire  comme  il  peut,  ou  de  dire  de  quelque  façon  qu'il 
puisse  le  faire.  $  121.  Mais  évidemment,  cette  solution 

§  s.  Mais  la  teiencé  d$  eequi  verbe  :  maintenant ,  peut  y  6tie 

est  nuU  est  honm ,  L*édiUon  de  Joint  indifféremment  à  i*an  ou  à 

Berlin  donne  cette  phrase  que  j'ai  l*antre  verbe, 

cm  devoir  conserver ,  mais  que  g  10.  Les  choses  que  tu  peux , 

n'ont    pas  plusieurs   éditions  et  L^équivoque  roule  sur  le  sens  da 

entre  autres  celle  de  Pacius.  veri>e  pouvoir  qui  peut  signifier  k 

g  9.  Maintenant ,  Téqnivoque  la  fois  une  faculté  et  un  acte, 

est  beaucoup   plus  frappante   en  g  IS.  Uniquement  à  eOui  qui 

grec  qn'en  français,  parce  que  Tad-  interroge^  c'est  ce  qu*on  a  nommé 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXI.  401 

n'est  pas  bonne;  car  pour  les  raisonnements  identiques, 
la  solution  est  la  même.  Mais  celle-ci  ne  conviendra  pas 
à  tous  les  raisonnements  analogues  ni  àtous  les  interlo- 
cuteurs. Elle  convient  uniquement  à  celui  qui  interroge, 
et  non  pas  au  raisonnement  lui-même. 


CHAPITRE  XXL 

Solution  des  paralogismes  tenant  b  la  prosodie. 

§  I .  Pour  la  prosodie,  il  n'y  a  de  paralogismes,  soit 
par  l'écriture ,  soit  par  la  prononciation ,  qu'en  très- 
petit  nombre  et  du  genre  de  celui-ci  :  Est-ce  là  la 
maison  où  tu  loges?  Oui.  Est-ce  que  :  où  tu  loges  est  la 
négation  de  :  tu  loges?  oui  ;  mais  tu  as  dit  que  c'était  la 
maison  où  tu  loges;  donc  la  maison  est  négation.  §  a. 
On  voit  comment  on  peut  résoudre  cette  difficulté; 
car  le  mot  n'a  pas  le  même  sens,  soit  qu'on  le  prenne 
avec  accent  aigu,  soit  qu'on  le  prenne  avec  accent 
grave. 


d*abord  un  aignmeiit  ad  hominem, 
S  1.  Où  lu  loges,  Cette  équivo- 
que est  analogue  à  celle  qu'on  a 
citée  pius  haut  et  qui  était  extraite 
de  Viliade ,  voir  plus  haut ,  ch.  i  , 
§ 8.  L*adverbe  de  lieu  :  où,  en  grec 
signifie  encore  la  négation  :  ne  pas; 
de  là  une  équivoque  qu*il  est  im- 
possible de  rendre  en  français. 


§  S.  Soit  qu'an  Is  prenne  avec 
accent  aigu ,  Le  texte  dit  seule- 
ment :  prononcé  plus  aigu  ;  mais , 
comme  plus  haut  on  a  parié  aussi 
d'écriture ,  j'ai  cru  que  Je  pouvais 
préciser  un  peu  davantage  la  pen- 
sée et  qu'il  ne  s'agissait  pas  seule- 
ment de  prononciation.  Voir  plus 
haut,  ch.  i,  g  8,  en  note. 


IV. 


2» 


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402         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 


CHAPITRE  XXII. 

Solution  des  paralogismes  qui  ne  tiennent  qu'à  la  fonne  des 
mots.  Exemples  divers  de  sophismes  avec  les  solutions  qu'on 
])ent  leur  opposer. 

§  r.  On  voit  clairement  aussi  comment  il  faut  re- 
pousser les  réfutations,  qui  tiennent  à  ce  que  des  choses, 
qui  ne  sont  pas  les  mêmes,  sont  exprimées  de  la  même 
façon,  une  fois  que  nous  avons  les  genres  des  catégories. 
Ainsi,  celui  qu'on  interroge  accorde  que  Tune  des  choses 
qui  expriment  l'essence  n'existe  pas  ;  lautre  prouve  au 
contraire  l'existence  substantielle  d'un  terme  qui,  étaot 
relatif  ou  de  quantité,  parait  exprimer  aussi  la  substance 
par  la  forme  verbale  qu'il  reçoit.  §  a.  C'est  comme  dans 
la  proposition  suivante  :  Peut-on  en  même  temps  faire 
et  avoir  fait  une  même  chose?  Non,  répond-on.  Pour* 
tant  on  peut  en  même  temps  voir  et  avoir  vu  la  même 
chose  et  sous  le  même  rapport.  §  3.  Souffrir  est-il  quel- 
quefois faire?  Non.  Mais  il  est  coupé,  il  est  brûlé,  il 
sent,  sont  des  mots  de  forme  pareille;  et  tous  ils  ex- 
priment l'idée  de  souffrir.  D'autre  part,  dire,  voir,  cou* 


i  U  Les  genres  des  eatégwries ,  réellement  substaoce. 

Les  équivoques  suivantes  viendront  g  3.  H  est  krtUé^  il  muT,  Le 

de  ce  que  la  forme  toute  matérielle  verbe  sentir  en  grec  a  la  forme  pas- 

du  moi.  autorisera  le  sophiste  à  pas-  sive  :  en  français  la  forme  est  active 

ser  (Tune  catégorie  à  Tautre.  —  et  Téquivoque  n'a  plus  lieu.— Ifa<# 

Vexisienee  substantielle^  aucun  re-    voW sentir^  voir  a  la  forme  ac- 

latif  n*<;xiste  en  soi ,  il  n'eiiste  que  tive,  et  sentir  la  forme  passive  en 

dans  un  autre ,  il  n*est  donc  point  grec  ;  de  là  la  différence. 


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SECTION  II,  CHAPITHE  XXII.  403 

rir,  sont  des  expressions  semblables;  mais  voir  est  cer- 
tainement aussi  sentir  y  de  sorte  qu'il  exprime  à  la  fois 
souffrir  et  faire  quelque  cbose.  §  4-  Mais  si  l'interlocu- 
teur affirme  d'abord  qu'il  ne  se  peut  pas  qu'on  fasse,  et 
qu'on  ait  fait  en  même  temps  la  même  chose^  et  qu'il 
accorde  ensuite  qu'on  voit  et  qu'on  a  vu,  il  ne  sera 
point  encore  réfuté,  s'il  dit  que  voir  ce  n'est  pas  faire 
mais  souffrir;  car  il  faut  ajouter  encore  cette  question. 
Mais  l'auditeur  croit  que  ce  point  est  accordé,  quand  il 
voit  qu'on  accorde  que  couper  c'est  faire,  et  qu'avoir 
coupé  c'est  avoir  fait,  et  toutes  les  autres  expressions 
semblables.  L'auditeur  ajoute  de  lui-même  le  reste, 
comme  étant  de  forme  toute  semblable.  Cependant  ici 
l'expression  n'est  pas  tout  à  fait  pareille;  mais  elle  le 
semble  par  l'analogie  du  mot.  Il  arrive  donc  la  même 
cbose  que  dans  les  homonymies.  En  effet,  pour  les  ho- 
monymes, celui  qui  ne  connaît  pas  bien  la  valeur  des 
mots,  pense  que  l'un  des  interlocuteurs  a  nié  la  chose 
que  l'autre  affirme,  et  non  pas  seulement  le  mot.  Mais  il 
est  encore  ici  besoin  d'une  question,  pour  savoir  si  l'on 
a  dit  l'homonyme  en  ne  regardant  qu'à  un  seul  sens; 
car  c'est  parce  qu'on  aura  concédé  ce  point  qu'il  y  aura 
réfutation. 

§  5.  Voici  encore  des  raisonnements  tout  semblables 
à  ceux-là  :  Â-t-on  perdu  ce  qu'ayant  d'abord  l'on  n'a 
plus  ensuite?  Ainsi,  celui  qui  perd  un  seul  osselet  n'aura 
plus  dix  osselets.  Mais  a-t-on  perdu  réellement  ce  que 
l'on  n'a  plus  et  qu'on  avait  auparavant?  N'est-il  pas  plu- 
tôt nécessaire  de  perdre  autant  et  autant  de  choses  qu'on 

g  5.  Ifawra  plus  dix  oueMs^    le  sophiste  en  oonclat  par  équivcH 
De  oeqn^ona  perdu  un  seul  osaelel,     que  qu*on  en  a  perdu  dix. 


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404         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

n'eu  a  plus?  Âinsi^  dans  la  question  ou  dit  :  ce  qu'on  a; 
et  dans  la  conclusion  on  dit  :  autant  de  choses  qu'on  a; 
car  dix  exprime  une  quantité.  Si  donc  on  avait  demandé 
tout  d'abord  :  Quelqu'un  peut-il  avoir  perdu  autant  de 
choses  qu'il  n'en  a  pas  après  les  avoir  eues  auparavant, 
personne  ne  ferait  cette  concession;  on  accorderait 
seulement  qu'on  perd  autant  qu'on  en  a,  ou  l'une  des 
choses  qu'on  a.  §  6.  Et  de  même  si  l'on  dit  qu'on  peut 
donner  ce  qu'on  n'a  pas,  parce  qu'on  n'a  pas  un  seul 
et  unique  osselet.  Mais  on  n'a  point  donné  ce  qu'on 
n'avait  point;  on  a  donné  cet  unique  osselet,  de  la 
façon  qu'on  ne  l'avait  pas;  car  seul  et  unique  ne  signifie 
ni  cette  chose ,  ni  une  chose  de  tel  genre,  ni  tant  de 
choses;  mais  il  exprime  seulement  le  rapport,  comme, 
par  exemple,  que  cet  osselet  n'est  pas  avec  un  autre. 
C'est  donc  comme  si  l'on  demandait  :  Peut-on  donner 
ce  qu'on  n'a  pas?  si  l'interlocuteur  dit  que  non,  on  lui 
demanderait  si  quelqu'un  peut  donner  vite  sans  avoir 
vite,  et  s'il  dit  que  oui,  on  conclut  alors  que  quelqu'un 
peut  donner  ce  qu'il  n'a  pas.  Mais  il  est  évident  qu'il 
n'y  a  pas  ici  de  syllogisme;  car,  donner  rapidement  n'est 
pas  doiiner  telle  chose,  mais  c'est  donner  de  telle  façon; 
or,  Ton  peut  donner  de  la  façon  qu'on  n'a  pas  ;  car 
ayant  avec  plaisir  on  peut  donner  avec  chagrin. 

§  7.  Tous  les  paralogismcs  suivants  sont  semblables  : 
Peut-on  frapper  avec  la  main  qu'on  n'a  pas?  Peut-on 
voir  avec  l'œil  qu'on  n'a  pas?  C'est  qu'en  efïet  on  n'a  pas 

go.  On  peut  donner  09  qu'an  n'a        g  7.  Avec  la  main  qu'an  n'a 

poê,  Ayant  dix   osselets,  je  puis  en  pas ,  Sous-entendu  :  seule ,  puis- 

donner  un  seul  :  or,  je  n*ai  \as  cet  qn*on  en  a  deux  :  de  même  |>our 

oRselot  tout  seul  :  donc  Je  puis  dou-  Tceil.  (Test  ce  que  le  texte  explique  : 

ner  ce  que  je  n'ai  pas.  un^seul  organe. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXII.  405 

un  seul  organe.  §  K.  On  résont  parfois  ces  paralogismes 
en  disant  qu'on  a  aussi  ce  seul  œil  ou  telle  autre  chose, 
bien  qu'on  en  ait  plusieurs.  §  9.  D'autres  disent  qu'on 
a  reçu  la  chose  comme  on  l'a  ;  car  cet  homme  ne 
donnait  qu'un  seul  caillou  ;  et  par  conséquent,  disent- 
ils,  on  n'aura  de  cet  homme  aussi  qu'un  seul  caillou. 
§  10.  Mais  d'autres  détruisent  aussitôt  la  question  en 
soutenant  que  Ton  peut  avoir  ce  qu'on  n'a  point  reçu  : 
par  exemple,  qu'ayant  reçu  du  bon  vin,  on  peut  avoir 
du  vin  aigre,  s'il  s'est  gâté  pendant  qu'on  le  recevait. 

§  1 1.  Mais,  ainsi  qu'il  a  été  dit  plus  haut,  toutes  ces 
solutions  s'adressent,  non  pas  au  raisonnement,  mais  à 
l'homme;  car,  si  c'était  une  réelle  solution,  il  suffirait 
que  l'interlocuteur  soutînt  l'opposé,  pour  qu'il  ne  fût 
pas  possible  de  résoudre  comme  dans  bien  d'autres  cas. 
Par  exemple ,  si  la  solution  est  en  partie  vraie  et  qu'en 
partie  elle  ne  soit  pas  vraie,  l'interlocuteur  répondant 
d'une  manière  absolue,  il  y  a  conclusion  :  mais  s'il  n'y 
a  pas  conclusion,  il  n'y  aura  pas  non  plus  de  solution. 
Au  contraire,  dans  les  cas  antérieurs,  même  avec  une 
concession  complète  de  la  part  de  l'interlocuteur,  nous 
disons  qu'il  n'y  a  pas  de  conclusion  régulière. 

§  la.  Voici  encore  des  raisonnements  de  ce  genre  : 


S  9.  Qu^on  a  reçu  la  chose  seul  :  c*est  qu'auparavant  vous  en 

comme  on  Va^  Celte  solutioa  sem-  aviez  déjà  neuf.  On  peut  répondre  : 

hlerait  ré^iondre,  d*après  Pacius,  à  non,  je  n*ai  pas  ce  que  je  n'ai  pas 

un  exemple  qui  n*esi  plus  dans  le  reçu  :  mais  j'ai  une  quantité  que  je 

texte  ordinaire,  mais  qu'un  manu-  n'ai  pas  reçue, 

scrit  donne  à  la  fin  du  §  7.  Vous  %  \\,  Ainsi  qu'il  a  été  dit  pins 

pouvez  avoir,  disent  les  soplnsles,  haut.  Voir  plus  haut,  chap.  «0, 

ce  que  vous  n'avez  pas  reçu  :  Ainsi  §  12. 

vous  avez  dix  cailloux  dans  la  main,  gis.   Quelqu^un  a-t~il   écrit, 

bien  que  vous  n'en  ayez  reçu  qu'un  On  a  écrit  pendant  que  Socrate 


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406         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

Quelqu'un  a-t-il  écrit  ce  qui  est  écrit?  Mais  il  est  écrit 
que  tu  es  assis  maintenant;  assertion  fausse,  mais  elle 
était  vraie  quand  on  l'écrivait.  Ainsi  on  écrivait  à  la 
fois  le  vrai  et  le  faux  :  car  dire  qu'un  raisonnement 
est  vrai  ou  faux,  ou  bien  une  pensée,  cela  signifie  non 
pas  que  telle  chose  est,  mais  que  la  chose  est  de  telle 
façon.  Et  la  même  remarque  s'applique  à  la  pensée 
qu'au  discours. 

§  i3.  Et  encore  ce  paralogisme  :  Ce  qu'apprend  celui 
qui  apprend  est-il  ce  qu'il  apprend?  Mais  quelqu'un 
apprend  la  lenteur  vite.  C'est  que  l'on  a  dit,  non  pas  ce 
qu'il  apprend,  mais  comment  il  apprend.  §  i4-  Quel- 
qu'un foule-t-il  à  ses  pieds  ce  qu'il  marche?  Or,  il 
marche  le  jour  entier  :  mais  l'on  a  dit  non  pas  ce  sur 
quoi  il  marche,  mais  le  temps  durant  lequel  il  marche. 
§  1 5.  De  même  que,  quand  on  dit  qu'il  boit  une  coupe, 
on  ne  dit  pas  ce  qu'il  boit,  mais  ce  dans  quoi  il  boit. 
§  i6.  Ou  bien  encore:  Sait-on  ce  que  l'on  sait,  soit  pour 
l'avoir  appris,  soit  pour  l'avoir  trouvé  ?  Mais  pour  des 
choses  dont  on  a  trouvé  l'une  et  appris  l'autre,  on  ne  sait 
les  deux  prises  ensemble  ni  de  l'une  ni  de  l'autre  façon. 
Mais  n'est-ce  pas  qu'ici  on  prend  la  totalité  de  ce  qu'on 
sait,  tandis  que  là  on  ne  prend  pas  cette  totalité ?§  17. 


était  assis,  quMl  était  assis.  Après  ment  :  De  sorte  qa*on  ne  peat  $x^ 

qu^il  s^est  levé,  cette  assertion  de-  poter  la  chose  même ,  c*est-à-dire 

Tient  fausse  :  le  sophiste   prouve  qu'on  ne  peut  montrer  que  Coris- 

par  là,  que  personne  n'a  écrit  cette  eus  musicien  existe  indépendam- 

assertion ,  puisque    personne  n'a  ment  de  Goriscus.  J'ai  cm  devoir 

écrit  une  assertion  fausse.  un  peu  modifier  le  sens,  tout  en  le 

S  17.  Un  troisième  hommes  Cri-  conservant,  pour  être  plus  clair.  Sur 

tique  contre  la  théorie  des  idées,  le  sens  du  mot  :  exposer.  Voir  les 

—  Détacher  cette  modification  de  Premiers  Analytiques,  liv.  i,  ch.  8, 

la  chose  méme^  le  texte  dit  simple-  $  9,  en  note,  ch.  6,  g  6,  ch.  8,  $  S. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXII.  407 

C'est  un  raisonnement  analogue,  quand  on  dit  qu^il  y 
a  un  troisième  homme,  outi*e  Thomme  en  général  et 
tous  les  hommes  particuliers;  car  homme  et  tout  autre 
terme  commun  n'exprime  pas  la  substance,  il  n'exprime 
qu'une  qualité  ou  un  relatif,  ou  une  manière  d'être,  ou 
quelque  chose  d'analogue.  Et  de  même,  quand  on  de- 
mande pour  Coriscus  et  Goriscus  musicien  :  Est-ce  la 
même  chose  ou  une  chose  autre  ?  car  l'un  signifie  une 
chose,  l'autre  signifie  la  chose  de  telle  façon,  de  sorte 
qu'on  ne  peut  détacher  cette  modification  de  la  chose 
même.  Ce  n'est  pas  d'ailleurs  de  la  détacher  qui  fait  le 
troisième  homme  :  mais  c'est  parce  qu'on  accorde  que 
ce  terme  commun  exprime  une  substance  ;  car  il  n'est 
pas  possible  que  substantiellement  ce  qu'est  Callias  soit 
ce  qu'est  l'homme.  Du  reste,  il  n'y  aurait  aucune  im- 
portance à  dire  que  le  mot  abstrait  n'est  pas  une  sub- 
stance réelle,  mais  qu'il  est  une  qualité;  car  ce  sera  tou- 
jours quelque  chose  de  distinct  des  individus  :  ce  sera, 
par  exemple,  l'homme.  Il  est  donc  évident  qu'il  ne  faut 
pas  accorder  que  le  terme  commun  qui  est  attribué  à 
tous  les  individus  est  une  chose  spéciale  et  réelle  :  il 
faut  accorder  seulement  qu'il  exprime  une  qualité,  une 
quantité,  une  relation,  ou  telle  autre  chose  analogue. 

—  BU  une  ûàote  spéciale  et  réelle^  sant  les  idées,  et  les  reoonaaissaQt 
Gomme  PUtoo  le  faisait  eo  réali-    seules  pour  des  substances, 


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408         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 


CHAPITRE  XXIII. 

Solution  générale  des  paralogismes  purement  verbaui  :  prendre 
toujours  l'opposé. 

§  I.  En  général,  dans  les  paralogismes  purement  ver- 
baux, la  solution  sera  toujours  dans  le  terme  opposé  à 
celui  sur  lequel  porte  le  raisonnement.  §  2.  Par  exem- 
ple, si  le  paralogisme  vient  de  la  combinaison,  la  so- 
lution s'obtiendra  en  divisant  :  s'il  vient  de  la  division, 
en  combinant.  §  3.  Si  c'est  de  la  prosodie  aiguë,  la  solu- 
tion sera  dans  la  prosodie  grave,  et  réciproquement. 
Si  c'est  dans  Tbomonymie  que  consiste  le  paralogisme, 
la  solution  sera  dans  l'emploi  du  mot  opposé.  Par 
exemple,  si  l'on  arrive  dans  la  conclusion  h  dire  que 
l'être  est  animé,  et  que  l'adversaire  le  nie^  il  faut  démon- 
trer qu'il  ^  est  animé.  Si  l'on  a  dit  qu'il  est  inanimé,  et 
que  l'adversaire  ait  soutenu  qu'il  est  animé,  il  faut 
prouver  qu'il  est  inanimé.  §  5.  Et  de  même  pour  l'am- 
phibologie, §  6,  si  c'est  par  la  ressemblance  du  mot 
que  s'eist  formé  le  paralogisme,  l'opposé  sera  la  solu- 
tion. Ainsi  :  Peut-on  donner  ce  qu'on  n'a  pas?  On  ne 
peut  pas  donner  ce  qu'on  n'a  pas,  mais  on  peut  donner 
comme  on  n'a  pas,  par  exemple  un  osselet  tout  seul. 
Ce  qu'on  sait  le  sait-on  parce  qu'on  Ta  appris  ou  trouvé? 

$  8.  De  la  protodie  aiguë,  Si  Vé-  on  en  a  dix.  On  donne  donc  de  la 

quivoque  porte  sur  un  mol  marqué  façon  qu*on  n'a  pas.  —  Ce  qu^an 

de  Taccent  aigu ,  il  faut  chercher  $ait  le  sait-on.  Voir  plus  haut,  ch. 

la  solution  dans  le  mot  marqué  du  S3,  §  16.—  PotUe-i-on  aux  pieds  ce 

Taccent  grave.  qu'on  manche,  ibid ,814.  Cesexem- 

§  6.  Vn  Oiselet  tout  seul.  Quand  pies  sont  déjà  connus. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXIV.  409 

mais  ce  n'est  pas  les  choses  qu'on  sait.  Et  foule-t-on 
aux  pieds  ce  qu'on  marche?  mais  non  pas  quand  on 
marche.  Et  de  même  pour  tous  les  autres  paralogismes. 


CHAPITRE  XXIV. 


Solution  des  paralogismes  tirés  de  Faccident  :  exemples  divers  : 
solutions  fautives  données  par  quelques  philosophes  :  solutions 
▼raies  qu'on  doit  y  substituer. 

§  I.  Quant  aux  paralogismes  tirés  de  Taccident,  la 
solution  est  une  et  la  même  pour  tous.  En  efTet,  comme 
on  ne  détermine  pas  les  cas,  où  Ton  peut  attribuer  aussi 
à  la  chose  l'attribut  de  l'accident,  et  comme  dans  cer- 
tains cas  cette  attribution  est  évidente  et  qu'on  la  re- 
connaît, et  que,  dans  d'autres,  on  dit  qu'elle  n'est  pas 
nécessaire,  il  faut  soutenir  toujours,  en  étendant  ce  rai- 
sonnement à  tous  les  cas,  que  cette  attribution  n'est  pas 
nécessaire,  et  qu'on  doit  pouvoir  montrer  comment 
elle  l'est.  §  a.  Tous  ces  paralogismes  de  Faccident  res- 


§  8.  Saii-tu  e$  que  je  vais  t$ 
damofUlBrr  —  Non.  —  Or ,  Je  de- 
maDde  une  chose  que  tu  sais  fort 
hien  :  donc  tu  ne  sais  pas  ce  que 
tu  sais.  —  5atf-ttt  eêlui  qui  ett  eo- 
ehi  ?  ^  Non .  ^  Or ,  c'est  un  de  tes 
amis  que  tu  connais  fort  bien  : 
donc  tu  ne  connais  pas  ce  que  tu 
connais.— C«ire  ttatue  est-elle  ton 
ouvrage?  Cette  statue  est  à  loi.  — 
Oui.  —  Cest  une  œuvre.  —  Oui.  — 
Donc  c'est  une  œuvre  à  toi,  ton 
œuvre.  —  Ce  chien  est-il  ton  père? 


Ce  chien  est  à  toi.  —Oui.  —  Il  est 
père.  —Oui.  —  Donc  il  est  père  à 
toi  :  Il  est  ton  père,  Voir  VEuthy- 
dême  de  Platon,  p.  il7,  trad.  de 
M.  Cousin.— £e<  choses  peu  nom^ 
breuses.  Quatre  est  un  nombre 
petit;  prisqoatre  fois,  il  forme  seize, 
nombre  petit  aussi;  seize  ré|)été 
scixe  rots  sera  un  nombre  encore 
potit,  puisque  ce  ifest  qu'un  nom- 
bre petit  qui  est  répété  ;  et  ainsi  de 
suite,  on  prouverait  que  les  plus 
grands  nombres  sont  petits. 


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410         BÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

semblent  aux  suivants  :  Sais-tu  ce  que  je  vais  te  deman- 
der ?  Sais-tu  celui  qui  s'approche,  ou  celui  qui  est  caché? 
Cette  statue  est-elle  ton  ouvrage?  Ou  ce  chien  est-il 
ton  père?  Est-ce  que  les  choses  peu  nombreuses,  peu 
nombreusement  prises  sont  peu  nombreuses?  Il  est  évi- 
dent, dans  tous  ces  cas,  qu'il  n'est  pas  nécessaire  que 
ce  qui  est  vrai  de  l'accident  le  soit  aussi  de  la  chose. 
En  effet,  ce  n'est  qu'aux  choses  qui  sont  sans  différence 
dans  leur  essence  et  qui  sont  individuelles,  que  tous 
les  mêmes  attributs  paraissent  pouvoir  appartenir  :  or, 
pour  un  homme  qui  est  bon,  ce  n'est  pas  la  même  chose 
d'être  bon  et  de  devoir  être  interrogé,  ni  pour  celui 
qui  approche  ou  qui  est  caché,  ce  n'est  pas  la  même 
chose  de  s  approcher  et  d'être  Coriscus.  De  sorte  que, 
si  je  connais  G>riscus,  et  que  je  ne  connaisse  pas  celui 
qui  s'approche,  on  ne  peut  pas  dire  que  je  counais  et  que 
je  ne  connais  pas  le  même  homme.  On  ne  peut  pas 
davantage,  si  cette  chose  est  une  œuvre  et  qu'elle  soit 
à  moi,  dire  qu'elle  est  mon  œuvre  :  mais  c'est  ma  pro- 
priété ou  ma  chose,  ou  telle  autre  expression  qu'on  vou- 
dra. Mênie  solution  pour  tous  les  autres  paralogismes. 

§  3.  Quelques  uns  résolvent  la  difficulté  en  divisant 
la  question  :  Oui ,  disent-ils ,  il  se  peut  qu'on  sache 
et  qu'on  ignore  une  même  chose,  mais  non  pas  sous  le 
même  rapport:  par  exemple,  ne  connaissant  pas  celui 
qui  s'approche,  et  connaissant  Coriscus,  c'est,  disent- 
ils,  connaître  et  ignorer  une  même  chose,  mais  non  pas 
sous  le  même  rapport. 

§  4-  Cependant,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  il  faut 

S  i.  Ainsi  que  nous  V avons  dit.    Celle  du  paragraphe  précédent  et 
cil.  20|  8  IS.^JLa  mêmâ  assertion,     les  deux  premières  du  g  8. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXIV.  411 

pouvoir  rectifier  de  ia  même  manière  les  raisonnements 
qui  sont  erronés  par  une  même  cause.  Or,  cette  rec^ 
tification  n'aura  point  lieu,  si  Ton  prend  la  même  asser- 
tion, non  pas  avec  le  mot  savoir,  mais  avec  le  mot  être 
absolument,  ou  être  de  telle  ou  telle  façon,  par  exemple, 
si  cet  homme  est  père  et  qu'il  soit  vôtre.  En  effet  si  pour 
certains  cas  celte  solution  est  vraie,  et  qu'on  puisse 
savoir  et  ignorer  une  même  chose,  le  principe  admis 
n'a  pas  du  tout  ici  d'application. 

§  5.  Rien  n'empêche,  du  reste,  que  le  même  raison- 
nement n'ait  plusieurs  défauts.  Mais  il  ne  sufHl  pas  de 
découvrir  toutes  les  fautes  pour  que  ce  soit  toujours 
une  solution  ;  car  il  se  peut  qu'on  montre  que  l'adver- 
saire a  fait  un  faux  raisonnement,  sans  montrer  en  quoi 
il  pèche  :  par  exemple,  comme  ce  principe  de  Zenon 
qu'il  ne  peut  y  avoir  de  mouvement.  Si  donc  l'on  cher- 
chait à  réduire  ce  raisonnement  à  l'absurde,  on  se  trom- 
perait, eût-on  fait  dix  mille  conclusions  régulières; 
car  ce  n'est  pas  là  positivement  la  solution.  La  solu- 
tion vraie  était  de  faire  voir  que  le  raisonnement  est 
faux  et  en  quoi  il  est  faux.  Si  donc  l'adversaire  n'a  pas 
fait  de  conclusion  régulière,  qu'il  essaie  d'ailleurs  de 
soutenir,  soit  le  vrai  soit  le  faux^  montrer  qu'il  n'a 
pas  conclu,  ce  sera  la  vraie  solution.  §  6.  Mais  peut- 
être  n'y  a-t-il  aucune  dlfficullé  à  ce  que  cela  se  pro- 
duise dans  quelques  cas;  seulement,  dans  ces  cas  même 
qu'on  vient  de  citer ,  cette  solution  n'est  pas  pos- 
sible; car  celui  qui  connaît  G>riscus  sait  aussi  que  c'est 
Coriscus,  et  celui  qui  connaît  ce  qui  s'approche  con- 
naît aussi  qu'il  s'approche.  On  peut  connaître  et  ne 
connaître  pas  une  même  chose  :  par  exemple,  on  peut 


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412         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

savoir  que  cette  personne  est  blanche  et  ne  pas  savoir 
qu'elle  est  musicienne;  car,  de  cette  façon,  on  sait  et 
Ton  ne  sait  pas  une  même  chose^  mais  non  pas  sous  le 
même  rapport.  Mais  quant  à  ce  qui  s'approche  et  à 
Coriscus  ;  on  sait  que  la  chose  s'approche  et  que  c'est 
Coriscus. 

§  7.  De  même  on  se  trompe,  et  l'on  ne  donne  pas 
plus  de  solution  que  dans  les  cas  que  nous  venons  de 
citer,  quand  on  soutient  que  tout  nombre  est  petit  et 
grand;  car,  si  ne  faisant  pas  de  conclusion  précise,  et 
laissant  de  côté  ce  point,  on  dit  qu'on  a  conclu  le  vrai, 
parce  que  tout  nombre  est  grand  et  petit,  l'on  se  trompe 
complètement. 

§  8.  Quelques  personnes  résolvent  aussi  en  distin- 
guant le  double  sens,  dans  les  cas  où  l'on  dit,  par  exem- 
ple :  Donc,  c'est  ton  père,  ou  ton  fils,  ou  ton  esclave. 

§  9.  Pourtant,  il  est  clair  que,  si  la  réfutation  parait 
devoir  tenir  à  la  diversité  des  sens,  il  faut  que  le  mot 
ou  la  phrase  puisse  s'appliquer  en  propre  à  plusieurs 
choses.  Mais  on  ne  peut  jamais  dire  proprement  que 
tel  soit  l'enfant  de  tel ,  parce  que  tel  est  maître  de  l'en- 
fant. Mais  la  combinaison  des  idées  est  purement  acci- 
dentelle :  Ceci  est-il  à  toi  ?  Oui;  mais  ceci  est  un  enfant; 
c'est  donc  ton  enfant.  Oui,  accidentellement,  ceci  est 
à  toi  et  est  un  enfant,  mais  ce  n'est  pas  ton  enfant. 

§  I  o.  Même  solution  quand  on  dit  que  tel  bien  peut 

§  7.  Que  tout  nombre  êtt  petit  mol  grand  enire  crochets  pour  en 

9t  grand,  L*édiiion  de  Berlin  donne  proposer  la  suppression, 

seulement  :  est  petit,  sans  citer  ^  8.  Donc  é'ett  tonpéré.  Voir 

d*autoritc.  J'ai  conservé  la  leçon  plus  haut,  §  i,  et  plus  bas  au  $ 

ordinaire,  qni  cependant  est  peut-  suivant, 

èiremoinsboune.  Sylhurgeuiet  le  §  10.    Tel  bien  peut   être  det 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXIV.  413 

être  des  maux;  car  la  réilexioQ  est  la  science  des  maux. 
Mais  dire  que  ceci  est  de  cela  n'a  pas  plusieurs  sens, 
cela  veut  dire  seulement  que  ceci  est  la  propriété  de 
cela.  Si  donc  la  phrase  a  plusieurs  sens ,  car  nous  di- 
sons que  l'homme  est  des  animaux,  eu  tant  qu'il  en  fait 
partie,  et  non  en  tant  qu  il  en  est  la  propriété ,  et  si 
quelque  chose  est  mis  en  rapport  avec  le  mal  par  la 
particule  :  de,  il  est  par  cela  même  des  maux  :  mais  ce- 
pendant il  n'est  pas  au  nombre  des  maux.  L'expression, 
toute  restrictive  qu'elle  est,  paraît  donc  prise  aussi 
dans  le  sens  absolu.  Cependant ,  un  bien  peut  êlre  des 
maux  de  deux  façons,  non  pas  dans  le  sens  qui  précède, 
mais  plutôt  en  ce  sens  où  l'on  dit  qu'un  bon  esclave  est 
d'un  méchant  maître.  Mais  peut-être  ceci  même  n'est- 
il  pas  exact  ;  car  si  l'esclave  est  bon,  et  qu'il  soit  de  ce 
maître,  il  n'est  pas  bon  de  ce  maître,  en  réunissant  les 
deux  expressions.  Dire  que  l'homme  est  des  animaux, 
cela  non  plus  n'a  pas  plusieurs  sens  ;  car  ou  ne  peut  pas 
dire  qu'une  expression  ait  plusieurs  sens,  par  cela  seul 
qu'on  lui  retranche  quelque  chose.  Ainsi,  il  suffit  de 
prononcer  la  moitié  d'un  vers  pour  exprimer  :  Donne- 

motuD,  11  Ciot  86  rappeler  que  le  en  français  :  Elle    signifie  que 

génitif  en  grec  exprime  un  rapport  si    quelque   ebose   est    resclave 

de  propriété  et  de  nombre  tout  à  d*un  mal  (ou  mauvais),  il  ne  s*en* 

la  fois.— iVdttf  disons  gtie  Vhomme  suit  pas  qu'elle  soit  à  la  fois  le  bien 

êsî  des  animaux,  Voir  plus  haut,  de  cela,  c*e8t-à-dlre  le  bien  du  mal. 

ch.  17, gis.— rn&onMctovtfejfcTun  Notre  langue  impose  une  précision 

méehani  maitre.  L'esclave  a  beau  et  une  clarté  qui  détruisent  tous 

avoir  pour  relatif  nécessaire  le  cesjeuxde  mots.— Mmm,  eAanre 

maître,  Tesclave  peut  rester  bon  la  eolérêf  Celte  phrase  n*a  jamais 

et  le  maître  n*en  être  pas  moins  qu'un  sens,  malgré  l'emploi  tout  à 

mauvais.    Du    reste,    la    phrase  fait  détourné  auquel  on  l'a  fait  acci- 

grecque  prête   à  une  équivoque  dente) Icment  servir,  et  qui  a  bien 

qu'il   est   impossible   de   rendre  quelque  aptiarenoe  de  réalité. 


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414         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

moi  riliade.  Et  nous  disons  ainsi  :  Donne-moi  :  Déesse, 
chante  la  colère,  etc.,  etc. 


CHAPITRE  XXV. 

Solution  des  paralogismes  qui  tiennent  )i  ce  qu'on  prend  ane 
expression  restrictive  au  Heu  d'une  expression  absolue  : 
exemples  divers. 

§  1 .  Quant  aux  paralogismes  venant  de  ce  qu  on  a 
pris  une  restriction  de  lieu,  de  temps,  de  manière,  ou 
une  relation,  au  lieu  de  s'exprimer  absolument,  il  faut 
les  résoudre  en  regardant  si  la  conclusion  a  une  contra- 
diction, et  si  elle  peut  la  recevoir  à  quelque  égard  que 
ce  soit.  En  efFet,  il  est  impossible^  absolument  parlant, 
que  les  contraires  soient  à  une  même  chose,  non  plus 
que  les  opposés,  ni  l'affirmation  et  la  négation.  Mais  il 
est  possible,  cependant,  que  l'un  et  l'autre  y  soient 
ensemble  dans  telle  partie ,  dans  telle  relation,  de  telle 
façon,  que  l'un  y  soit  d'une  façon  restrictive,  et  l'autre 
absolument;  de  sorte  que  si  l'un  y  est  absolument, 
et  l'autre  avec  restriction,  il  n'y  a  pas  là  de  réfutation. 
Mais  c'est  là  ce  qu'il  faut  voir  dans  la  conclusion  en 
regardant  à  la  contradiction. 

§  12.  Tous  les  paralogismes  de  ce  genre  sous-entendent 
ce  principe  :  Le  non-étre  peut-il  donc  être?  Le  non- 

$  s.  Mais  U  obéit  en  queîqtte  ble  îDdispeosable  au  sens.  Pacius 

chose.  Cette  phrase ,  que  Tédition  ne  Ta  point ,  c*est  sans  doute  une 

de  Berlin  donne  ainsi  que  le  font  simple  omission  qai  aura  échappé  à 

toutes  les  autres  éditions,  me  sem-  son  extrême  exactitude. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXV.  415 

être  est  certainement  quelque  chose.  Et  de  même  l'être 
ne  sera  pas;  car  II  ne  sera  pas  quelqu'une  des  choses 
qui  sont.  Le  même  homme  peut-il  en  même  temps  ju- 
rer vrai,  et  se  parjurer?  Le  même  homme  peut-il,  en 
même  temps,  obëir  et  désobéir  au  même  ordre?  Mais, 
ne  peut-on  pas  dire  que  :  être  quelque  chose,  et  être,  ce 
n'est  pas  la  même  chose?  Et  ainsi,  le  non-être,  pour 
être  quelque  chose,  n'est  pas  cependant  absolument. 
Ne  peut-on  pas  dire  encore  qu'on  peut  jurer  vrai  pour 
telle  chose  et  de  telle  façon,  sans  que  nécessairement 
l'on  jure  vrai?  car  celui  qui  a  juré  de  se  parjurer,  en  se 
parjurant,  jure  vrai  sur  ce  point  seul,  mais  il  ne  jure  pas 
vrai  d'une  manière  absolue,  pas  plus  que  celui  qui  dé- 
sobéit n^obéit,  mais  il  peut  obéir  en  quelque  ehose. 

§  3.  C'est  le  même  raisonnement,  quand  on  dit  que  le 
même  homme  ment  et  dit  la  vérité  en  même  temps . 
Mais  c'est  parce  qu'il  n'est  pas  aisé  de  savoir  si  l'on 
avance  qu'il  ment  ou  dit  vrai  absolument ,  que  ce  cas 
paraît  difficile.  Rien  n'empêche  qu'absolument  il  ne 
mente,  et  il  ne  dise  vrai  en  un  sens  et  à  quelque  égard, 
et  qu'il  nesoit  véridique  pour  certaines  cftoses  et  ne  le  soit 
pas  absolument.  §  4-  ^^  ^^  même  pour  les  restrictions 
de  relation  de  lieu  et  de  temps  ;  car  tous  ces  paralo- 
gismes  portent  sur  ce  point:  La  santé  ou  la  richesse  est- 
elle  un  bien  ?  Mais  elle  n'est  pas  un  bien  pour  l'insensé, 
ni  pour  celui  qui  ne  sait  pas  s'en  servir  ;  donc  elle  est 
un  bien  et  n'est  pas  un  bien.  Est-ce  un  bien  d'avoir  de 
la  santé,  d'avoir  du  pouvoir  dans  l'État?  Souvent,  cela 
ne  vaut  pas  mieux.  Ainsi  donc,  la  même  chose  est 
bonne  et  pas  bonne  pour  le  même  homme.  Ou  bien, 
rien  n'empêche  qu'étant  bonne  absolument ,  elle  ne  le 


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416         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 
soit  pas  pour  tel  homme  :  ou  encore  elle  pent  être  bonne 
pour  cet  homme,  mais  non  pas  maintenant,  nî  dans 
cette  circonstance. 

§  5.  Mais  ce  que  ne  voudrait  pas  l'homme  sage,  est- 
il  un  mal?  or,  il  ne  veut  pas  perdre  le  bien  :  donc  le  bien 
est  un  mal.  Mais  ce  nest  pas  la  même  chose  de  dire:  Le 
bien  est  un  mal,  ou  perdre  le  bien.  §  6.  Même  solu- 
tion pour  le  paralogisme  du  voleur  ;  car  si  le  voleur 
est  un  mal ,  prendre  n'est  pas  aussi  un  mal  :  donc 
on  ne  veut  pas  le  mal  quand  on  veut  le  prendre;  on 
veut  le  bien,  car  c'est  un  bien  de  le  prendre.  §  7.  Et  la 
maladie  est  un  mal,  mais  ce  n'en  est  pas  un  de  perdre  la 
maladie.  §  8.  Le  juste  est-il  préférable  à  l'injuste,  et  le 
justement  à  l'injustement?  Mais  il  vaut  mieux  mourir 
injustement  que  justement.  §  9.  Est-il  juste  que  cha- 
cun ait  ce  qui  lui  appartient?  or,  le  jugement  que 
chaque  juge  porte  d'après  son  opinion,  bien  que  cette 
opinion  soit  fausse,  a  toute  valeur  d'après  la  loi  ;  donc, 
la  même  chose  est  juste  et  ne  l'est  pas.  Qui  doit-on  con- 
damner? celui  qui  dit  des  choses  justes  ou  celui  qui  dit 
des  choses  injustes?  Mais  il  est  juste  que  celui  qui  a  été 
lésé  dise  tout  au  long  ce  qu'il  a  souffert  ;  or,  oe  qu'il  a 


S  8.  Que  JuêUmêntj  Je  conserve  Celui  qw  dU  d$s  choiei  JMStês^  En 

avec  Pacius  ces  mots  que  ne  don-  racontant  des  injuaUoes  dont  on  a 

nent  ni  Sylburge  ni  l'édition  de  souffert,  on  dit,  on  raconte  des 

Berlin.  choses  injustes  :  et  par  une  équl- 

ft  9.  Est-U  juste  que  chacun  ait  voque  spéciale  à  la  langue  grecque» 

ce  qui  lui  appartient.  Oui,  sans  le  sophiste  conclut  que,  dans  ce  cas, 

doute;  mais  le  Juge,  dont  le  Juge-  on  est  absolument  sur  la  même 

ment  est  toujours  juste  d'après  la  ligne  et  aussi  coupable  que  celui 

loi,  adjuge  vos  biens  à  un  autre  qui  dit  des  choses  injustes,  qui 

qui  n'y  a  point  de  droit  :  donc  la  ment  et  se  païf  ure.  Le  Français  ne 

même  chose  est  juste  et  injuste.  —  rend  pas  cette  éciuivoque. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXVI.         417 

soufïert  étail  des  choses  injustes.  §  1 1 .  En  effet,  de  ce 
qu'il  vaut  mieux  souffrir  quelque  chose  injustement,  il 
ne  s'ensuit  pas  que  l'injustement  soit  préférable  au  jus- 
tement. C'est  le  justement  qui  lest  d'une  manière  ab- 
solue; mais  rien  n'empéclie  que  telle  chose  injustement 
ne  soit  préférable  à  cette  même  chose  justement.  §  i  a.  Il 
est  juste  aussi  que  chacun  ait  ce  qui  lui  appartient  :  il 
est  injuste  d'avoir  le  bien  d'autrui.  Mais  rien  n'empêche 
cependant  que  ce  jugement  ne  soit  juste;  par  exemple, 
s'il  est  conforme  à  la  conscience  du  juge.  Toutefois  si 
telle  chose  est  juste  de  telle  ou  telle  façon,  ce  n'est  pas 
uu  motif  pour  qu'elle  soit  juste  absolument.  §  1 3.  Et  de 
même,  bien  que  ces  choses  soient  injustes,  rien  n'em- 
pêche qu'il  ne  soit  juste  de  les  dire  ;  car  de  ce  qu'il  est 
juste  de  les  dire,  il  n'y  a  pas  nécessité  qu'elles  soient 
justes,  de  même  qu'elles  ne  sont  pas  utiles  parce  qu'il 
est  utile  de  les  dire.  Et  de  même  pour  les  choses  justes. 
En  effet,  de  ce  que  les  choses  dites  sont  injustes,  celui 
qui  les  dit  ne  fait  pas  des  choses  injustes;  car  il  dit  les 
choses  qu'il  est  juste  de  dire,  bien  qu'absolument  elles 
soient  injustes,  et  surtout  injustes  à  souffrir. 


CHAPITRE  XXVI. 

Solution  des  paralogismes  qui  pèchent  contre  la  déOnition 
de  la  réfutation. 

§  I.  Quant  aux  paralogismes  qui  tiennent  à  la  défi- 
nition de  la  réfutation^  ainsi  qu'on  l'a  dit  plus  haut,  il 

ft  1.  ÂinH  qu'on  Va  dii  pluê  haut,  Voir  plus  bant ,  ch.  5 ,  §  1  et  i. 
IV.  37 


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418  RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 
faut  les  résoudre  eu  opposant  à  la  conclusion  une  con- 
tradiction qui  s'adresse  au  même  objet,  sous  le  même 
rapport,  et  du  même  point  de  vue,  et  sous  la  même 
forme,  et  dans  le  même  temps.  §  fk.  Si  Ton  est  interrogé 
dans  le  commencement  de  la  discussion ,  il  ne  faut  pas 
convenir  qu'il  soit  impossible  qu'une  même  chose  soit 
double  et  non  double  ;  mais  il  faut  dire  que  cela  ne  se 
peut  pas  de  telle  façon,  comme  si  Ton  pouvait  être  réfuté 
en  en  convenant.  §  3.  Tous  ces  paralogismes  rentrent 
dans  la  forme  suivante  :  Celui  qui  sait  de  chaque  chose 
qu'elle  est  telle  chose,  sait-il  la  chose?  Et  de  celui  qui 
l'ignore  en  est-il  également?  Ainsi,  quelqu'un  qui  sait 
que  Coriscus  est  Coriscus,  peut  bien  ignorer  qu'il  est 
musicien  ;  de  sorte  qu'il  sait  et  qu'il  ignore  la  même 
chose.  §  4  •  £t  encore  :  Une  chose  de  quatre  coudées  est- 
elle  plus  grande  que  celle  de  trois  ?  Mais  la  chose  de 
trois  coudées  peut,  en  longueur,  arrivera  en  avoir 
quatre.  Or,  le  plus  grand  est  plus  grand  que  le  plus 
petit;  donc  une  chose  sera  plus  grande  et  plus^ petite 
qu'elle-même. 


CHAPITRE  XXVIl. 

Solution  des  paralogismes  par  pétition  de  principe. 

§  r.  Pour  les  paralogismes  par  pétition  de  principe, 
celui  qui  interroge  ne  doit  pas  l'accorder  si  elle  est  évi- 
dente, et  quand  même  il  serait  probable  que  l'adversaire 
dit  vrai.  §  2.  Si  la  pétition  de  principe  reste  cachée,  il 
faut  rejeter  cette  ignorance  sur  celui  qui  interroge,  et 


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SECTION  II,  CHAPITBE  XXVIII.  419 
lui  imputer  le  vice  de  ces  raisonnements,  comme  s'il 
n^avait  pas  argumente  régulièrement;  car  la  réfutation 
ne  peut  avoir  lieu  que  sans  la  pétition  de  principe. 
§  3.  Il  faut  ajouter  que  Ton  a  concédé  ce  point,  non 
pas  pour  que  radYei*saire  s'en  servît,  mais  parce  qu'on 
pensait  qu'il  conclurait  par  là  le  contraire  de  ce  qui 
avait  été  avancé  dans  les  contre-réfutations. 


CHAPITRE  XXVIII. 

Solution  des  paralogismes  par  consécution  fansse. 

§  I.  11  faut  montrer,  par  le  raisonnement  même^  le 
vice  des  paralogismes  qui  ne  concluent  que  par  le  con- 
séquent. §  a.  Mais  les  conséquents  peuvent  suivre  de 
deux  manières  :  c'est  d'abord  comme  l'universel  est  le 
conséquent  du  particulier,  et  c'est  ainsi  qu'animal  suit 
homme  ;  car  on  peut  affirmer  que,  si  le  premier  suit  le 
second,  le  second  suit  aussi  le  premier.  Ou  bien,  la  con- 
sécution a  lieu  parles  antithèses;  car  si  l'un  suit  l'autre, 
l'opposé  suit  aussi  l'opposé.  §  3.  Et  c'est  sur  quoi  se  fonde 
le  raisonnement  de  Mélissus;  car  si  ce  qui  est  créé  a  un 
commencement ,  il  faut  penser  que  ce  qui  n'est  pas  créé 
n'en  a  pas  ;  donc,  si  le  ciel  est  incréé,  il  est  par  cela 
même  infini.  Mais  cela  n'est  pas  exact  ;  car  ici  la  con- 
sécution est  renversée. 

%$.  Le  miMMiiMfiMfil  i$  Méliêêuê,  cilé  aussi  plus  haut,  ch.  $ ,  S  8. 


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420         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

CHAPITRE  XXIX. 

Solution  des  paralogismes  par  addition. 

§  1 .  Pour  les  paralogismes  qui  ne  concluent  qu*en 
ajoutant  quelque  donnée  nouvelle,  il  faut  examiner  si , 
en  retranchant  cette  addition,  la  conclusion  absurde 
n'en  a  pas  moins  lieu.  Il  faut  ensuite  montrer  cela  net- 
tement :  et  il  faut  dire  que,  si  Ton  a  concédé  cette  as- 
sertion ,  ce  n'est  pas  qu'elle  parût  vraie,  mais  seulement 
parce  qu'elle  paraissait  utile  à  la  discussion ,  bien  que 
l'adversaire  n'ait  pas  su  l'y  faire  servir. 

CHAPITRE  XXX. 

Solution  des  paralogismes  par  confusion  de  plusieurs  questions 
en  une  seule. 

§  I.  Quant  à  ceux  qui  de  plusieurs  questions  en  font 
une  seule,  il  faut  distinguer  les  questions  dès  le  début. 
Une  question  une  est  celle  à  laquelle  il  n'y  a  qu'une 
seule  réponse  ;  et  par  conséquent  il  faut  dire,  non  pas 
plusieurs  choses  pour  une  seule  ou  une  seule  pour  plu- 
sieurs, mais  une  pour  une,  soit  qu'on  nie,  soit  qu'on 
affirme.  §  a.  De  même  que,  dans  les  homonymes  où 
Tattribut  est  tantôt  aux  deux  sens  et  tantôt  n'est  ni  à 
l'un,  ni  à  Tautre^  la  question  n'étant  pas  simple,  il  n'y 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXX.  421 

a  point  de  résultat  si  Ton  se  contente  de  répondre  sim- 
plement 9  de  même  pour  ce  cas-ci.  Lors  donc  que  plu- 
sieurs attributs  sont  à  un  seul  sujet,  ou  un  seul  attribut 
à  plusieurs  sujets,  soit  affirmés,  soit  niés,  on  ne  peut 
produire  aucune  contradiction,  si  Ton  accorde  simple- 
ment l'assertion,  et  que  Ton  commette  cette  faute.  Mais 
quand  l'un  des  termes  est  vrai  et  que  l'autre  ne  Test 
pas,  et  quand  plusieurs  s'appliquent  h  plusieurs,  et  que 
les  deux  sont  en  partie  aux  deux,  et  qu'en  partie  ils  n'y 
sont  pas,  c'est  alors  qu'il  faut  prendre  bien  garde. 
§  3.  Par  exemple,  dans  les  raisonnements  de  ce  genre  : 
Si  de  deux  choses  l'une  est  bonne  et  l'autre  mauvaise, 
il  est  vrai  de  dire  de  ces  choses  qu'elles  sont  bonnes  et 
mauvaises.  Et ,  à  Tinverse,  il  n'est  pas  moins  vrai  de  dire 
qu'elles  ne  sont  ni  bonnes  ni  mauvaises;  car  les  deux  ne 
sont  pas  les  deux  ;  de  sorte  que  la  même  chose  est  bonne 
et  mauvaise,  et  n'est  ni  bonne  ni  mauvaise.  §  4*  ^^ 
plus,  comme  chaque  chose  est  identique  à  elle-même  et 
différente  des  autres ,  et  comme  ces  choses  sont  iden- 
tiques, non  pas'à  d'autres,  mais  à  elles  mêmes,  et  qu'elles 
sont  autres  qu'elles-mêmes ,  les  mêmes  choses  sont  donc 
identiques  à  elles-mêmes  et  autres  qu'elles-mêmes.  §  5.  De 
plus,  si  le  mal  devient  le  bien,  et  que  le  bien  devienne 
le  mal,  les  deux  deviendront  à  la  fois  bien  et  mal. 
§  6.  De  deux  choses  inégales,  chacune  est  égale  à  elle- 


§  i.  Sait  affirmée ,  taii  niés ,  ouset  Pacius.  Le  sens  reste  le  même 

L*édiiion  de  Berlin  supprime  ces  sauf  une  nuance  insîgnittanle. 

roots  sans  citer  d'autorité.  —  Mais  $  4.  Et  différente  des  autres , 

quand  l'un  des  terme»  est  wrai  et  L'édition  de    Berlin ,   sans  citer 

que  Vautre  ne  Vest  paSy  Sylburge  et  d'autorité,  donne  :  Différente  d*une 

réditioD  de  Berlin  donnent  le  datif  autre.  Cette  leçon  n*est  point  préfo- 

au  lieu  du  nomlnalif  qu*onl  Isingri-  rable  à  la  leçon  vulgaire. 


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422         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

même  9  de  sorte  que  les  mêmes  choses  sont  égales  et 

inégales  à  elles-mêmes. 

§  <^.  On  peut  encore  donner  d'autres  solutions  à  ces 
raisonnements.  Ainsi,  ces  expressions  :  les  deux  et  tous, 
ont  plusieurs  significations;  donc,  une  même  chose  ne 
peut  que  verbalement  être  affirmée  et  niée  ;  or,  ce  n*est 
pas  là  une  réfutation.  Mais  il  est  évident  que,  quand 
plusieurs  questions  ne  se  confondent  pas  en  une  seule, 
et  qu'on  ne  fait  qu'affirmer  ou  nier  une  seule  chose 
d'une  seule  chose,  il  n'y  aura  pas  de  conclusion  absurde. 


CHAPITRE  XXXI. 

Solution  des  paralogismes  par  répétition  inutile  de  mots. 

§  I.  Quant  aux  paralogismes  qui  mènent  à  répéter 
plusieurs  fois  la  même  chose,  il  est  évident  qu'il  ne  faut 
pas  accorder  que  les  catégories ,  prises  séparément , 
aient  par  elles  seules  un  sens  pour  les  relatifs.  Par 
exemple,  le  double  ne  signifie  rien  sans  le  double  de  la 
moitié,  bien  que  cela  paraisse  tout  un.  Ainsi,  dix  est 
dans  dix  moins  un ,  et  faire  est  dans  ne  pas  faire,  et  en 

S  7.  Il  fCy  aura  poê  de  eonelu-  une  Taule  d'impression,  sans  doute, 

«ion  absurde.  Le  sophiste  ne  pourra  aura  été  substitué  à  la  leçon  ordi- 

point  nous  amener  à  faire  de  con-  naire.  Gelie-ci  est  certainement pré- 

closion  absurde  et  contradictoire,  férable,  bien  que  l*autre  soit  snfii- 

$  1.  Bien  que  cela  paraisse  tout  santé  aussi.  ~  A  lui  tout  seul , 

tin,  L'édition  de  Berlin  remplace  :  L'édition  de  Berlin  ne  donue  cette 

Tout  un,  par  un  seul  mot  qui  si^ni-  leçon  que  dans  les  variantes;  il  faut 

fie  également  :  paraître,  et  qui,  par  la  conserver  dans  le  teite. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXXI.  423 

générai  laffirmation  est  dans  la  négation;  et,  cepen- 
dant,  si  l'on  dit  que  telle  chose  n'est  pas  blanche,  on  ne 
dit  pas  qu  elle  est  blanche.  Mais  le  double  n'exprime 
peut-être  rien  à  lui  tout  seul,  pas  plus  que  la  moitié 
prise  toute  seule;  ou,  s'il  signifie  quelque  chose,  il  na 
pas  certainement  le  même  sens  que  lorsqu'il  est  com- 
biné. §  a.  La  science  prise  dans  l'une  de  ses  espèces,  et, 
par  exemple,  la  science  de  la  médecine,  n'a  pas  le  même 
sens  que  l'expression  commune;  car  la  science  est  la 
science  de  ce  qui  est  su.  §  3.  Dans  les  attributs  qui  ne 
sont  expKqués  que  par  leurs  sujets,  il  faut  dire  que  le 
mot  pris  à  part  n'a  pas  le  même  sens  que  dans  la  phrase. 
Ainsi,  par  exemple,  le  convexe,  pris  communément, 
exprime  aussi  bien  le  camus  que  l'arqué,  et  rien  n'em- 
pêche d'y  ajouter  quelque  chose  qui  précise  la  signifi- 
cation. Mais  l'un  convient  au  nez  et  l'autre  aux  jambes  ; 
car  convexe  exprime  ici  le  nez  camus,  et  là  les  jambes 
arquées  :  et  il  n'y  a  pas  de  différence  entre  nez  camus 
et  nez  convexe.  §  4-  U  "^  ^^^^  P^^  cependant  accorder 
l'expression  au  cas  direct;  car  alors  elle  est  fausse: 
ainsi,  le  camus  n'est  pas  le  nez  convexe,  c'est  quelque 
chose  du  nez;  et,  par  exemple,  c'est  une  modification 


$  a.  Vexpressùm  cotnmyfie,  La  spécial  au  nez,  Tarqaé  Tétant  aux 
scleoce  prise  dans  toute  sa  généra-  jambes.  —  H  n'y  a  peu  de  diffé" 
lilé  sans  aucune  détermination  spé-  renctf,  pour  le  sens,  mais  seulement 
ciale.  —  Da  ea  qui  êst  «u,  et  non  pour  la  régularité  de  Tcxpression  , 
de  la  médecine,  ou  de  telle  autre  conforme  ou  non  conforme  à  Tu- 
spécialité  sage. 

§  3.  Pris  eammunément  t  ilaos  $  i.  Au  cas  direct ,  au  nomi- 

son  sens  générique  et  sans  aucune  natif.  ^  Qui  a  la  convexité  du  nex^ 

détermination  spéciale.  —  I^e  car-  la  convexité  spéciale  au  nez,  et  est 

mus  que  Varqué ,  Le  camus  étant  camus  à  ce  tiire. 


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424  RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

du  nez;  de  sorte  qu'il  n'y  a  rien  d'absurde  à  dire  que 
le  nez  camus  est  un  nez  qui  a  la  convexité  du  nez. 


CHAPITRE  XXXII. 

Solution  des  paralogismes  par  solécismes  ou  fautes  contre 
la  grammaire  :  exemples  divers. 

§  I.  Pour  les  solécismes,  nous  avons  dit  antérieure- 
ment comment  ils  se  forment;  quant  à  savoir  comment 
il  faut  les  résoudre,  c'est  ce  que  les  considérations  sui- 
vantes montreront.  §  2.  Tous  reviennent  au  cas  suivant  : 
Ce  que  tu  dis  avec  vérité  est-il  vrai  ?  Tu  dis  que  ceci  est 
un  caillou  :  il  y  a  donc  quelque  chose  qui  est  caillou. 
Ou  bien  est-ce  que  dire  caillou  ce  n'est  pas  dire,  non 
point  un  neutre,  mais  un  masculin;  non  pas  cela,  mais 
cet?  Si  donc  on  demande  :  Ce  que  tu  dis  est-ce  celui-là? 
on  semblerait  ne  pas  parler  correctement,  de  même 
qu'on  ne  semblerait  pas  non  plus  bien  parler  si  Ton 
disait:  Celle  que  tu  dis,  n'est-ce  pas  celui-là?  Mais  par 


S  1.  iVbtM  avom  dU  aniérieu-' 
remêtU ,  Voir  plus  haut,  cb.  3,  g  %, 

g  a.  Ceci  est  un  caillou.  Dans  la 
phrase  grecque,  caillou  est  à  l*accu- 
satif,  et  dans  la  phrase  suivante, 
qui  est  la  conclusion  du  sophiste  : 
Quelque  chose  qui  est  caillou,  il  est 
laissé  à  Taccusalif ,  tandis  que  cor- 
rectement il  devrait  être  au  nomi- 
natif. C^est  là  ce  qui  constitue  le 
solécisme.  Mais  cette  difTérence  nous 
échappe  dans  le  français,  qui  ne 


distingue  pas  le  nominatif  de  l'ac- 
cusatif. —  Non  point  un  neutre  , 
mais  un  mcLSCulin  ,  J*ai  dû  altérer 
un  peu  le  texte  pour  faire  sentir  la 
différence  de  deux  pronoms  diiTé- 
rents  en  grec,  et  confondus  en  fran» 
çais.  --  Le  cas  du  nom  qui  n^est 
pas  semblable ,  On  prend  aisément 
Taccusalif  pourle  nominatif,  parce 
que  Pun  et  Tautre  ne  diffèrent  que 
par  une  seule  lettre Gnalc  :  en  fran- 
çais ils  ne  diffèrent  pas  du  tout. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXXH.         425 

celui-là  on  a  voulu  désigner  du  bois,  ou  bien  telle 
chose  qui  n'est  ni  masculine  ni  féminine,  peu  importe. 
Aussi^  il  n'y  a  pas  de  solécisme  si  l'on  dit  :  Ce  que  tu  dis 
est-ce  bien  cela?  Or,  tu  dis  que  c'est  du  bois,  donc  c'est 
du  bois.  Mais  caillou  et  celui-ci  sont  du  masculin.  Si 
l'on  disait  :  Celui-ci  est-il  celle-là?  et  ensuite  :  Qu'est-ce? 
Celui-ci  n'est-il  pas  Coriscus?  et  qu'on  ajoutât  ensuite: 
Donc  celui-ci  est-celle-là,  on  n'aurait  pas  conclu  un 
solécisme,  pas  même  si  Coriscus  signifie  la  même  chose 
que  celle-là,  tant  que  celui  qui  répond  ne  Ta  pas  accordé. 
Mais  il  faut  faire  à  l'avance  cette  convention,  que  si 
l'assertion  n'est  pas  vraie  et  qu'on  ne  l'accorde  pas,  il 
n'y  a  pas  de  conclusion,  ni  en  réalité,  ni  pour  celui  qui 
est  interrogé.  Il  faut  donc  qu'ici  aussi  caillou  signifie 
également  celui-ci;  mais  si  cela  n'est  pas  vrai  et  qu'on 
ne  l'accorde  point,  il  ne  faut  pas  admettre  la  conclusion. 
Ce  qui  cause  ici  l'illusion,  c'est  qu'il  parait  que  le  cas 
du  nom  qui  n'est  pas' semblable  est  semblable.  §  3.  Est- 
il  vrai  de  dire  :  Elle  est  ce  que  tu  as  dit  qu'elle  est? 
Mais  tu  as  dit  qu'elle  est  un  bouclier  :  elle  est  donc  le 
bouclier?  Ou  bien  ne  peut-on  pas  dire  que  cette  conclu- 
sion n'est  pas  nécessaire,  puisqu'elle  exprime  bouclier 
à  l'accusatif  et  non  bouclier  au  nominatif,  et  que  bou- 
clier à  l'accusatif  exige  elle  à  l'accusatif?  §  4*  Quand 
bien  même  cet  homme  est  bien  ce  que  tu  dis  qu'il  est, 

g  3.  Elle  ôtt  donc  le  bouclier ,  pour  le  rendre  intelligible  ;  il  faut 

Bouclier  est  en  grec  à  Taocusa-  absolument  avoir  Toriginal  sous  les 

tif ,  d'après  la  réponse  précédente  yeux. 

qu'accepte  lesopbiste,  au  Heu  d*élre  S  i.  Donc  il  est  Cléon  à  Vaccu- 

au  nominatif  comme  la  grammaire  talif,  J*ai  ajouté  encore  ces  deux 

Texigerait.  J*ai  dû  faire  sentir  ceci  derniers  mots  |iour  éclaircir  un  peu 

dans  le  texte  en  ajoutant  quelques  le  texte,  que  ce  secours  même  laisse 

mots  qui  ne  suffisent  même  pas  encore  fort  obscur. 


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426L         BÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

si  tu  dis  qu'il  est  Cl^n,  on  ne  peut  pas  dire  :  Donc  il  est 
Clëon  à  Taccusatif ;  car  il  n'est  pas  Cléon  à  l'accusatif; 
et  pour  cet  homme  dont  je  parle,  j'ai  dit  cet  au  nomi- 
natif et  non  pas  cet  à  l'accusatif;  car  la  question  ainsi 
exprimée  n'est  pas  grammaticalement  correcte.  §  5.  Sais- 
tu  cela?  or,  cela  est  une  pierre,  :  tu  sais  donc  une  pierre. 
Ou  bien,  ne  doit-on  pas  dire  que  cela  n'exprime  pas  la 
même  chose  dans  :  Sais-tu  cela?  et  cela  est  une  pierre; 
mais  dans  le  premier  cas  il  est  à  l'accusatif,,  et  dans  le 
second  il  est  au  nominatif.  §  6.  Sais-tu  ce  dont  tu  as  la 
science?  mais  tu  as  la  science  delà  pierre;  donc  tu  sais  de 
la  pierre.  Mais  d'un  côté,  ne  dit-on  pas  dç  la  pierre,  et  de 
l'autre  côté,  la  pierre  ?  On  a  bien  accordé  que  tu  savais  ce 
dont  tu  as  la  science;  mais  l'on  a  dit  que  tu  savais,  non 
pas  de  cela,  mais  cela;  et  ici  c'est  n'est  pas  de  la  pierre, 
mais  la  pierre. 

§  7.  On  voit  donc,  d'après  tout  ceci,  que  ces  raison- 
nements ne  concluent  pas  de  vrais  solécismes,  mais 
qu'ils  paraissent  seulement  le  faire;  on  voit  comment 
ils  le  paraissent,  et  comment  il  faut  les  combattre. 


%  h.  Tu  Moiê  donc  une  finêm^ 
Pierre  est  ici  au  nominatif  en  grec, 
tandis  que  grammaticalement  il  de- 
vrait être  à  raccusatif. 

S  6.  2\i  saii  de  la  pierre,  Ici 


c'est  le  génilif  que,  d'après  la  ré- 
ponse, prend  le  sophiste,  au  lieu  du 
nominatif  et  de  l'accusatif  qu'il 
prenait  tout  à  Theure  :  c'est  là  ce 
qui  cause  le  paralogisme. 


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SECTION  II,  GHAPITBE  XîXIIl.       427 


CHAPITRE   XXÎIII. 

Les  solations  ne  sont  pas  également  facHes  ou  difflciles  pour  tous 
les  paralogismes.  Exemples  divers.  —  Difficultés  de  la  solution 
dans  les  raisonnements  syllogistiques  et  les  raisonnements 
contentieux. 

$  1.  Il  faut  remarquer  aussi  que,  parmi  tous  les  para- 
logismeSy  il  est  facile  pour  les  uns  et  difficile  pour  les 
autres,  de  voir  sur  quel  point  et  de  quelle  manière  ils 
font  illusion  à  Fauditeur,  parce  qu'ils  se  confondent 
souvent  les  uns  avec  les  autres  à  cause  de  leur  ressem- 
blance. En  effet  il  faut  appeler  identique  le  raisonnement 
qui  a  le  même  point  de  départ,  et  cette  identité  paraît 
tenir  tantôt  au  mot,  tantôt  à  l'accident,  et  tantôt  à  une 
autre  cause  encore,  parce  que  toutes  les  fois  qu'il  y  a 
quelque  changement,  les  choses  ne  sont  plus  également 
évidentes.  §  2.  C'est  donc  comme  pour  les  cas  d*homo- 
nymie,  et  c'est  là,  ce  semble,  la  source  la  plus  ordinaire 
des  paralogismes.  Parmi  ces  cas,  les  uns  sont  évidents, 
même  aux  gens  les  moins  exercés.  En  effet,  presque 
tous  les  raisonnements  ridicules  jouent  sur  les  mots 
mêmes.  Par  exemple,  un  homme  portait  sur  Téchellc 

i%.  Un  ehoTt  Le  mot  grec  si-  etlnnocenlde  meurtre.— Et^ar^tM, 

gnilieà  la  fois  escabeaa  et  cbdr  à  signifle  qui  conduit  bien  les afTaires: 

deux  roues.  Je  n*ai  pu  trouver  de  Apollonide ,  au  contraire,  sigeille 

mot  équivoque  en  français.  Pour  qui  perd  les  arfaires.—La  para/o- 

réquivoque  suivante,   le  français  gisme  de  Zenon  et  de  Parménide^ 

s*7  prèle  comme  le  grec— Deuanf,  Aristote  Ta  combattu  tout  au  long. 

Le  mot  grec  signifie  également  :  par  Physique,  liv.  1,  ch.  3,  édition  du 

devant  et  auparavant. —Pur,  Le  Berlin,  p.  18G,  a,  i.  Seulement  il 

mot  grec  signifie  à  la  fois  :  pur,  sain,  y  remplace  Zenon  par  Mélissus. 


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428         BEFUTÀT10N8  DES  SOPHISTES. 

un  char.  £t  comment  allez- vous?  A  la  voile.  Laquelle 
des  deux  vaches  mettra  bas  devant  ?  Aucune  :  mais  toutes 
les  deux  mettront  bas  par  derrière.  Borée  est-il  pur? 
Non,  car  il  a  tué  le  mendiant  et  le  marchand.  Est-ce 
Evarque?  Non,  c'est  ApoUonide.  Et  de  même  pour 
presque  tous  les  autres  jeux  de  mots.  D'autres  cas  d'ho- 
monymie, au  contraire,  échappent  aux  plus  habiles  :  et 
la  preuve,  c'est  que  souvent  ils  bataillent  sur  les  mots. 
Ainsi,  par  exemple,  Tun  et  l'être  se  confondent-ils  dans 
tous  les  cas,  ou  sont-ils  différents?  Cest  qu'en  effet, 
pour  certains  philosophes,  l'être  et  l'un  semblent  expri- 
mer tout  à  fait  la  même  chose;  d'autres,  au  contraire, 
résolvent  le  paralogisme  de  Zenon  et  de  Parménide,  en 
prétendant  que  l'être  et  l'un  ont  plusieurs  sens.  Et  de 
même  pour  les  paralogismes  de  l'accident  et  pour  chacun 
des  autres.  Los  uns  seront  plus  faciles  à  découvrir,  les 
autres  plus  difficiles,  et  il  n'est  pas  également  aisé  pour 
tous  de  savoir  dans  quel  genre  ils  sont,  et  s*il  y  a  ou  non 
réfutation  véritable. 

§  3.  L'argumentation  la  plus  redoutable  est  celle  qui 
soulève  le  plus  de  doutes;  car  c'est  celle  qui  gêne  le 
plus.  §  4*  1^6  doute  est  de  deux  sortes  :  ainsi ,  dans  les 
raisonnements  vraiment  réguliers,  on  ne  sait  quelle  est 
celle  des  questions  que  l'on  doit  nier  :  et,  dans  les  dis- 
cussions purement  contentieuses,  on  no  sait  comment 
exprimer  la  chose  qu'on  veut  soutenir.  El  voilà  pour- 
quoi, dans  les  raisonnements  syllogistiques,  les  plus 
embarrassants  sont  ceux  qui  font  le  plus  chercher. 
§  5.  Le  raisonnement  syllogistique  qui  est  le  plus  em- 

%  5.  Par  lequel  an  détruit  ou  ternalive  que  donnent  les  éditions 
Von  établit.  L'édition  de  Berlin,  ordinaires,  et  qu'il  me  semble  in- 
sans  citer  d'autorilé ,  supprime  l'ai-  '  dispensable  de  conserver. 


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SECTION  II,  CHAPITRE  XXXIII.         429 

barrassant  de  tous,  est  celui  par  lequel  on  détruit  ou 
Ton  établit  l'opinion  la  plus  probable,  par  les  opinions 
les  plus  probables  aussi;  car  le  raisonnement,  tout  en 
restant  unique,  pourra,  rien  que  par  un  déplacement  de 
la  contradiction ,  recevoir  toutes  les  mêmes  conclusions. 
C'est  qu'en  effet  on  peut  toujours,  par  des  propositions 
probables,  renverser  ou  établir  une  proposition  qui  n'est 
qu'également  probable  ;  et  c'est  là  ce  qui  cause  néces- 
sairement le  doute.  Ainsi,  le  raisonnement  le  plus  em- 
barrassant est  celui  où  la  conclusion  est  aussi  forte  que 
les  questions.  §  6.  Celui  qui  vient  le  second ,  à  cet  égard, 
est  celui  où  toutes  les  propositions  sont  égales;  car* 
alors  l'embarras  est  égal  pour  savoir  quelle  est  celle  des 
questions  qu'il  faut  attaquer.  Or,  il  est  difficile  de  le 
savoir;  on  voit  bien  qu'il  faut  en  détruire  une;  mais 
laquelle?  c'est  ce  qu'on  ignore.  $  7.  Panni  les  raisonne- 
ments contentieux,  le  plus  embarrassant,  c'est  celui 
dont  ou  ne  sait  d'abord  s'il  conclut  ou  ne  conclut  pas, 
et  si  la  solution  doit  en  être  cherchée  dans  la  proposi- 
tion fausse  ou  dans  la  division.  $  8.  Le  second,  en  diffi- 
culté, est  celui  dont  on  voit  bien  qu'il  doit  être  résolu 
par  la  division  ou  la  négation,  mais  dont  on  ne  sait 
sur  quelle  proposition  on  doit  faire  porter  la  négation 
ou  la  division  pour  le  résoudre,  la  solution  pouvant  se 
rapporter  également  à  la  conclusion  ou  à  l'une  des 
questions. 

$  9.  Quelquefois  aussi  le  raisonnement  qui  ne  con- 
clut pas  ne  mérite  aucune  attention ,  si  les  données  sont 
par  trop  improbables,  ou  si  elles  sont  fausses.  Quelque- 

g  7.  Ou  dam  la  âivitUm^  Voir  chap.  i,  g  1  et  7  sur  la  division. 


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430         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

fois,  cependant  y  il  n'est  pas  digne  de  ce  mépris.  £n 
effet ,  lorsqu'une  de  ces  questions  vient  à  être  oubliée, 
sur  laquelle  et  par  laquelle  le  raisonnement  s'établit, 
et  que,  négligeant  de  l'ajouter,  on  ne  peut  arriver  à  con- 
clure, c'est  alors  que  le  syllogisme  est  parfaitement  vain. 
Mais  quand  c'est  par  des  motifs  tout  extérieurs  qu'il  ne 
conclut  pas,  il  n'est  pas  du  tout  à  mépriser;  car  le  rai- 
sonnement est  bon,  mais  c'est  celui  qui  interroge  qui 
n'a  pas  bien  interrogé. 

§  lo.  De  même  que  l'on  peut  trouver  la  solution  en 
s'en  prenant  tantôt  au  raisonnement,  tantôt  à  celui  qui 
questionne,  tantôt  à  la  question,  et  tantôt  à  toute  autre 
autre  chose;  de  même  aussi,  on  peut  interroger  et  con- 
clure en  s'en  prenant  à  la  thèse,  ou  à  celui  qui  répond, 
QU  même  au  temps,  quand  la  solution  exigerait  plus  de 
temps  que  l'on  n'en  peut  donner  pour  discuter  actuelle 
ment  la  solution  présentée. 


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SECTION  m,  CHAPITRE  XXXIV.        431 


TROISIÈME  SECTION. 


RÉSUMÉ  GÉNÉRAL  DE  LA   LOGIQUE. 


CHAPITRE  XXXIV. 


Résumé  da  traité  des  réfutatious  des  sopliistes. 
géDéral  de  tonte  la  logique. 


—  Résumé 


§  I .  De  combieu  de  manières  et  de  quelles  manières 
se  produisent,  dans  les  discussions^  les  paralogismes  ; 
quels  sont  les  moyens  de  montrer  que  l'adversaire  se 
trompe  et  de  l'amener  à  faire  des  paradoxes;  comment, 
en  outre,  se  forme  le  syllogisme  (solécisme);  comment 
il  faut  interroger  ;  quel  est  l'ordre  à  mettre  dans  les 


Ce  dernier  chapitre  de  fOrgoMn 
est  de  la  plus  haute  imporunce 
pour  rhistoire  de  la  Logique.  J*ai 
essayé  de  le  faire  sentir  aSUeurs, 
Voir  mon  mémoire  sur  la  Logique, 
tom.  1,  p.  Ua. 

ft  1.  00  eamhim  de  m^ni^rtf , 
Ceci  a  été  exposé  du  cbap.  1  jus- 
qu'au chap.  19.— £t  de  ramener  à 
faire  det  paradoxes.  Ceci  a  été 
traité,  cb.  13.  —  Comment  en  outre 
ee  fàrme  le  eylloffiemey  Pacios 
pense  avec  grande  raison  qu'il  faut 
lire  :  solécisme  au  lieu  de  syllo* 


gisme»  sojet  traité  au  eh.  U ,  l'an* 
teur  omettant  ici  le  chap.  13  où  il 
s'agit  de  la  tautologie;  mais  ce 
changement  qui  est  indispensable 
n'étant  autorisé  par  aucun  manus- 
crit, je  n'ai  pas  cru  devoir  le  faire. 
CoimiM  U  fanU  interroger,  fuel  ut 
Vordre,  Ceci  a  été  traité,  cb.  15.  — 
Enfin  comment  il  finit  rieoudre  lee 
raiionnementê ,  C'est  ce  qui  a  été 
traité  du  chap.  15  jusqu'à  celui-ci. 
Tout  ce  paragraphe  est  donc  un  ré-, 
sumé  complet  du  traité  des  JltfA*- 
tatione. 


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432         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

questions;  quelle  est  Tutilité  de  toutes  ces  recherches  ; 
quelles  sont  les  règles  de  toute  réponse  en  générai; 
enfin,  comment  il  faut  résoudre  les  raisonnements  et 
les  syllogismes,  toutes  ces  questions  doivent  être  suffi- 
samment éclaircies  par  ce  qui  précède.  §  ^.  Il  ne  nous 
reste  plus,  après  avoir  rappelé  l'objet  que  nous  nous 
proposions  au  début,  qu'à  le  résumer  en  peu  de  mots, 
et  à  mettre  fin  ainsi,  à  tout  ce  que  nous  avons  dit. 

§  3.  Nous  nous  étions  donc  proposé  de  trouver  un 
procédé  syllogistique  pour  traiter  un  sujet  donné  en 
partant  des  propositions  les  plus  probables.  C'est  là,  eu 
effet,  Tœuvre  de  la  dialectique  proprement  dite,  et  de 
celle  qui  n'a  en  vue  qu'un  simple  essai  des  forces  de 
l'adversaire.  Mais  comme  on  demande  à  la  dialectique, 
à  cause  du  voisinage  même  de  la  sophistique,  de  nous 
apprendre,  non-seulement  à  tenter  les  risques  de  la  dis*- 
cussion  d'une  manière  purement  dialectique,  mais  en- 
core comme  si  nous  possédions  vraiment  la  science  ^ 
c'est  là  ce  qui  fait  que  nous  avons  donné  pour  but  à  ce 
traité,  non  pas  seulement  de  nous  mettre  en  état  de 
pouvoir  contrôler  un  raisonnement,  mais  encore,  lorsque 
c'est  nous  qui  soutenons  un  raisonnement,  de  pouvoir 
défendre  tout  aussi  bien  la  thèse  que  nous  adoptons 
par  les  arguments  les  plus  probables  possible.  Nous  en 
avons  dit  le  motif:  et  c'est  celui  qui  fait  que  Socrate  in- 
terrogeait toujours  sans  jamais  répondre,  précisément 

%  a.  Au  débuts  De  la  dialec-  g  3.  Xn  partant  dês  propoH- 

trique,  comme  le  prouve  le  inra-  tUm$  le»  plut  probables^  Voirie 

graphe  suivant  Le  uvitédes  Réfu-  début  des  Topiques,  liv.  1,  ch.  1» 

taiiùnSf  tient  à  celui  des  Topiques  8  1. 

comme  le  montre  son  commence-  %  3.  iVout  an  avons  dit  le  motifs 

ment  même.  Voir  plus  haut,  ch.  1,  %  6. 


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SECTION  III,  CHAPITRE  XXXIV.        433 

parce  qu*il  affirmait  ne  rien  savoir.  §  4*  Il  a  été  expliqué 
dans  les  traités  antérieurs  à  combien  de  questions  s'ap- 
pliquera cette  méthode,  de  combien  d'éléments  et  de 
quels  éléments  elle  se  forme,  et  par  quels  procédés  nous 
pourrons  toujours  avoir  des  arguments.  Nous  avons 
aussi  tracé  les  règles  de  toute  interrogation  et  Tordre 
qu'on  doit  y  suivre;  nous  avons  parlé  des  réponses  et 
des  solutions  applicables  aux  diverses  conelusions;  nous 
avons  enfin  traité  de  toutes  les  autres  choses  qui  font 
partie  de  cette  même  méthode  des  discussions.  De  plus^ 
nous  avons  étudié  les  paralogismes,  ainsi  que  nous 
l'avons  déjà  dit.  Il  est  donc  clair  que  les  recherches  que 
nous  nous  étions  imposées,  peuvent  trouver  ici  conve- 
nablement leur  fin; 

§  5.  Mais  il  faut  auissi  que  nous  nous  rendions  bien 
compte  du  vrai  caractère  de  cette  étude.  §  6.  Parmi 


S  i.  Dans  let  traitée  aniiHêun, 
les  Tàptquêi.^A  combien  de^ptu^ 
tians  ê*aypUqu»ra  cette  méthodej 
A  quatre  :  la  définition,  le  genre,  le 
propre  et  raccident.  Toir  les  To- 
pt^àCM,  IW.  i,  eh.  i,  ch.  5  et  cb.  8. 
*  Par  çueli  procédés.  Ce  sont  les 
lieux  communs  eux-mêmes  exposés 
dans  les  livres,  9,  8,  4,  5, 6  et  7.  — 
TVoetf  tes  règles  de  toute  int&rro- 
gation.  C'est  Tobjet  du  liv.  8  des 
Topiqtêes  ivsxpCsLU  cb.  i.— Ae#  ré- 
ponses, Cest  l'objet  du  cb.  i  à  14 
du  livre  8  des  Topiques,  «^  Des  so- 
lutions, U  ne  s'agit  point  ici  du 
traité  des  Réfutations  comme  on 
pourrait  le  croire,  mais  du  cb.  8, 
du  8«  livre  des  Topiques.  «^  Nous 
avons  enfin  traité  de  toutes  les 
autres  choses.  De  rexercice  de  la 
dialectique  par  exemple,  cb.  14, 

IV. 


liv.  8  des  Topiques,  et  de  quelques 
autres  questions  au  début  même 
des  Topiqties  j-^Deplus  nous  avons 
étudié  les  paralogismes^  Dans  le 
traité  même  des  Réfiaations  des 
Sophistes,-^  Ainsi  que  nous  Favons 
déjà  dit.  Au  début  de  ce  cbapitre. 
—  £««  recherches  que  nous  nous 
étions  imposées.  En  commençant 
la  dialectique. 

8  6.  Pour  rétude  de  la  rhéto- 
rique, Pacins  et  Sylburge  disent  r 
De  la  politique.  L'édition  de  Berlki 
donne  aussi  cette  leçon  dans  les  va- 
riantes. J'ai  préféré  l'autre  ;  mais 
ici  il  n'y  a  presque  aucune  diffé- 
rence :  la  politique  et  la  rbétorique 
étaient  confondues  dans  ces  temps 
reculés.  On  peut  le  voir  par  le  Gor- 
glas.  Cela  tenait  à  toutes  les  insti- 
tutions politiques  de  la  Grèce. 


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434         RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 

toutes  les  découvertes ,  les  unes  reçues  de  mains  étran- 
gères, et  antérieurement  élaborées,  ont  prospéré  dans 
quelques  parties  par  les  soins  de  ceux  qui  les  ont  ensuite 
reçues.  D'autres,  au  contraire,  trouvées  dès  le  principe^ 
n'ont  pris  ordinairement  au  début  qu'un  accroissement 
très^faible,  mais  cependant  beaucoup  plus  utile  que  tout 
le  développement  qui  devait  en  sortir  plus  tard.  La 
choae  capitale,  peut-être  en  tout,  c'est  le  commence- 
lient ,  comme  on  dit,  mais  c'est  aussi  la  pli»  dKfSdJe} 
plus  la  découverte  a  de  valeur,  plus  il  est  malaisé  de  la 
£siire,  quand  l'objet  échappe  à  l'observation  par  sa  peti* 
iesse  même.  Le  germe  une  fois  trouvé,  il  est  bien  plus 
facile  d'y  ajouter  et  d'y  réunir  le  reste  :  c'est  là  précisé- 
ment ce  qui  est  arrivé  pour  l'étude  de  la  rhétorique  et 
pour  presque  toutes  les  autres  sciences.  Ceux  qui  ont 
découvert  les  éléments  n'ont  absolument  fait  d'abord  que 
quelques  faibles  pas.  Mais  ceux  qui ,  aujourd'hui,  ont 
tant  de  réputation,  recevant  la  science  comme  un  hé- 
ritage accru  petit  à  petit  par  tant  de  labeurs,  l'ont  pof' 
tée  au  point  élevé  où  nous  la  voyons.  Tisias  après  tes 
premiers  inventeurs,  Thrasymaque  après  Tisias,  Théo^ 
dore  après  celui-ci,  et  tant  d'autres,  ont  cultivé  toutes 
les  parties  de  la  rhétorique.  Aussi,  n'y  a-t-il  point  du 
tout  à  s'étonner  que  la  science  ait  acquis  tant  de  perfec- 
tion. §  7.  Mais  pour  la  présente  étude,  on  ne  peut  pas 
dire  que  telle  partie  eût  été  travaillée,  et  que  telle  autre 
n'eût  point  été  travaillée;  antérieurement,  il  n'y  avait 
absolument  rien.  §  8.  Les  gens,  en  effet,  qui  se  faisaient 

S  7.  Mais  pour  la  prtfjtffile     pariera  de  toote  la  Logiqae. 
étude  ^  11  faut  entendre  ici  surtout        8  S.  JLm  fwu  qui  m  faiêainU 
la  dialectique.  Plus  bas,  $  9,  il     payer.  Les  Sophislea.  Voir  dans 


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SECTION  III,  CHAPITRE  XXXIV.        435 

payer  pour  enseigner  Tart  de  la  dispute,  n'avaient 
qu'un  enseignement  pareil  à  la  méthode  de  Gorgias. 
Ils  donnaient  à  apprendre,  les  uns,  des  discours  de  rhé- 
torique, les  autres,  des  séries  de  questions  renfermant, 
selon  eux^  les  sujets  sur  lesquels  retomhent  le  plus  ha- 
bituellement les  arguments  des  deux  interlocuteurs. 
Aussi  l'apprentissage  était-il  avec  eux  très-rapide,  mais 
aussi  très-grossier.  Enseignant,  non  pas  l'art,  mais  les 
résultats  de  l'art,  ils  s'imaginaient  montrer  quelque 
chose.  C'est  comme  si  quelqu'un  qui  se  prétendrait  ca- 
pable de  montrer  scientifiquement  à  n'avoir  pas  mal 
aux  pieds,  enseignait,  non  pas  à  faire  des  chaussures, 
non  pas  même  à  savoir  s'en  procurer  de  bonnes,  mais 
se  bornait  à  indiquer  toutes  les  espèces  de  chaussures 
diverses.  Ce  serait  là,  certainement,  donner  des  notions 
fort  utiles  pour  la  pratique,  mais  ce  ne  serait  pas  du 
tout  enseigner  un  art. 

§  9.  Ainsi  donc,  pour  la  rhétorique ,  il  y  avait  des 
travaux  nombreux  et  anciens.  Pour  la  science  du  rai- 
sonnement, au  contraire,  nous  n'avions  rien  absolument 
d'antérieur  à  citer;  mais  nos  pénibles  recherches  nous 
ont  coûté  bien  du  temps  et  bien  des  peines.  §  10.  Si 

PlaU»ii ,  leProtagons,  le  Gorgias,  futaiions  d€$  Sophist$$, 

ete.  *  lU  donnaient  à  apprendre,  S  10.  Ànaioguês ,  A  oenx  quV 

Voir  rEnthydème  de  Plaum,  p.  870,  vaient  les  autres  scieiioe8.^il  touê 

trsd.  de  M.  Cousin.  uux  qui  ont  tuêtH  e$t  leçons^  C'est 

S  •.  Pour  la  seimee  du  roUon-  le  sens  exact  da  mot  grec.  Ced 

mmêntau  eantrakr;  U  s'agit  donc  indiquerait  évidemment, qoe  POr^ 

ici  de  toote  la  logique  et  avec  ganan  a  été  rédigé  pour  les  élèves 

grande  raison,  car  les  Analytiques  d'Aristote ,  et  Ton  comprendrait 

t^remtert  et  Demiert ,  VHerme-  mieux  alors  eomment  le  style  en 

néia^  Ui  Catégariett  étaient  choses  est  toujours  si  concis,  et  le  plus 

encore  bien  plus  neuves  que  la  souvent   même  axiômatique.    Le 

DkUeetiquê^  ou  Tàpiquee  et  les  Ré-  mnltre  Texpliquait  aux  disciples. 


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436  BÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES, 
donc  il  vous  paraît,  après  avoir  examine  nos  travaux, 
que  cette  science  dénuée  de  tous  antécédents  analogues, 
n'est  pas  trop  inférieure  aux  autres  sciences  qu'ont 
accrues  de  successifs  labeurs,  il  ne  vous  restera  plus,  à 
vous  tous,  c'est-à-dire,  à  tous  ceux  qui  ont  suivi  ces  le- 
çons, qu'à  montrer  de  l'indulgence  pour  les  lacunes  de 
cet  ouvrage,  et  de  la  reconnaissance  pour  toutes  les 
découvertes  qui  y  ont  été  faites. 


Fm  DE  LA  LOGIQUE. 


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PLAN  DES  TOPIOUES. 


LIVRE   PREMIER. 
De  la  Dialectiqtt6.-^Des  questions  et  des  instruments  dialectiques. 

LIVRE  SECOND. 
Lieux  communs  de  Taccident. 

LIVRE  TROISIÈME. 
Suite  des  lieux  communs  de  l'accident. 

LIVRE  QUATRIÈME. 
Lieux  communs  de  Taccident. 

LIVRE  CINQUIÈME. 
Lieux  communs  du  propre. 

UVRE  SIXIÈME. 
Lieux  communs  de  la  déinition. 

LIVRE  SEPTIÈME. 

Question  de  l'identité.  —  Méthode  pour  défendre  la  définition. 
—  Considérations  générales  sur  l'emploi  des  lieux  communs. 

LIVRE  HUITIÈME. 
De  la  pratique  dialectique. 


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PLAN 


DBS 


REFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 


PREMIERE  SECTION. 
Espèces  diverses  des  paralogismes. 

DEUXIÈME  SECTION. 

Solution  des  paralogismes. 

TROISIÈME  SECTION. 

Résumé  de  la  Dialectique.  —  Résumé  général  sur  Tbis- 
toire  de  la  Logique. 


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TOPIQUES. 


TABLE  DES  CHAPITRES. 


LIVRE  PREMIER. 

DB  hk  DIALSCTIQUB.  —  DBS  <2UBSTI0NS  BI  DBS 
INSTROMBNTS  DIALBGTIQUBS. 

Ch.     P".       Objet  de  la  dialectique. — Gonsidératioûs  pré- 
liminaires. 4 
Utilité  de  la  dialectique.  5 
Perfection  possible  de  la  dialectique.  S 
Objets  divers  des  raisonnements  dialectiques 
au  nombre  de  quatre  :  le  genre,  la  défini- 
tion, le  propre  et  l'accident.                            9 
Définition  des  quatre  attributs  dialectiques.        12 
Chacun  de  ces  termes  doit  être  étudié  h  part 

pour  plus  de  clarté.  4  7 

Définition  de  l'identité.  4  9 

Les  quatre  attributs  dialectiques  sont  les  seuls 

attributs  possibles.  25 

Les  quatre  attributs  dialectiques  appartien- 
nent toujours  k  l'une  des  catégories.  24 
De  la  proposition  dialectique.                            27 
De  la  question  dialectique  :  de  la  thèse  dia- 
lectique.                                                       ô4 
Ch.    XII.      Deux  espèces  de  raisonnements  dialectiques  : 

le  syllogisme  et  rinducliou  '  55 


Ch. 

II. 

Ch. 

in. 

Ch. 

IV. 

Ch. 

V. 

Ch. 

VI. 

Ch. 

vn. 

Ch. 

VIII 

Ch. 

IX. 

Ch. 

X. 

Ch. 

XI. 

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440 

TOPIQUES. 

tH-- 

Ch. 

xm. 

Des  quatre  instruments  ou  procédés  dialec- 

tiques. 

56 

Ce. 

XIV. 

Du  choix  et  des  espèces  diverses  des  propo- 

sitions. 

57 

Ch. 

XV. 

Sens  divers  des  mots. 

Ai 

Cb. 

XVI. 

Distinction  des  différences. 

ii 

Ch. 

XVII. 

Distinction  des  ressonblances. 

5S 

Ch. 

xvin. 

Utilité  des  trois  derniers  instruments  dialec- 

tiques. 

55 

LIVRE  SECOND. 

LIBUX  GOimniis  db  l'àccidbiit. 

ObsenratioDs  préliminaireB  sur  Taccident.  58 

Cinq  lieux  de  Faccident.  62 
Trois  autres  lieux,  dont  deux  tirés  de  Tho- 

monymie.  67 

Six  autres  lieux  de  l'accident.  li 
Deux  autres  lieux  tirés  du  déplacement  de  la 

discussion.  75 

Quatre  autres  lieux.  77 

Quatre  autres  lieux  tirés  des  contraires.  Si 
Quatre  autres  lieux  tirés  de  la  consécution 

des  termes  opposés.  84 

Trois  autres  lieux  de  l'accident.  87 

Huit  autres  lieux  tirés  des  semblables.  89 

Quatre  autres  lieux  tirés  de  l'opposition.  92 


LIVRE  TROISIEME. 

SCITB  DBS  LIEUX  COMMUNS  DB  l'AGGIDBNT. 

Ch.    1*'.       Dix -huit  lieux  tirés  de  la  supériorité  d'un 

accident  sur  un  autre.  95 

Ch.    II.        Vingt-six  autres  lieux.  'lOO 


Cb. 

I". 

Ch. 

II. 

Cb. 

m. 

Cb. 

IV. 

Cb. 

V. 

Cb. 

VI. 

Ch. 

VII. 

Cb. 

vni. 

Cb. 

IX. 

Cb. 

X. 

Cb. 

XI. 

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TABLE  DES  CHAPITRES.  44t 

Ch.  ni.  Vingt  autres  lieux.  ^106 
Cb.    IV.      Utilité  des  lieux  qui  prëoëdent  pour  juger  les 

ehoses  sans  d'ailleurs  les  comparer.  i  09 
Ch.    V.       11  fitut  foire  les  lieux  communs  de  l'accident 

les  plus  universels  possible.  '1 4  0 

Ch*    VI.       De  Taccident  particulier.  445 


€a. 

r. 

Ch. 

U. 

Ch. 

III. 

Gh. 

IV. 

Ca. 

V. 

Ch. 

VI. 

Cb. 

V. 

Cb. 

VI. 

Cb. 

VII. 

Cb. 

vm 

LIVRE  QUATRIÈME. 

LIBUX  COMMUNS  DU  6BRBB. 

Importance  des  lieux  du  genre.  •—  Dix  lieux.  449 

Treize  autres  lieux  du  genre.  4  25 

Quinze  autres  lieux  du  genre.  452 

Quatorze  autres  lieux  du  genre.  457 

Douze  autres  lieux  du  genre.  4  44 
Dix-sept  autres  lieux  du  genre  :  neuf  pour 
réfuter  et  huit  pour  établir  la  thèse. — Fin 

des  lieux  du  genre.  4  54 


LIVRE  CINQUIEME. 

LIBUX  COMMUNS  DU  PBOPEB. 

Gh.    I*'.       Quatre  espèces  de  propre  :  absolu,  perpétuel, 

relatif,  temporaire.  459 
Gh.    n.        Huit  lieux  du  propre ,  qui  peut  être  bien  ou 

mal  donné.  465 
Gh.    m.      Sept  autres  lieux  du  propre  bien  ou  mal 

donné.  470 
Gh.    IV.       Huit  lieux  pour  savoir  si  le  terme  donné  est 

propre  au  sujet  ou  ne  Test  pas.  477 

Douze  autres  lieux.  4  85 

Treize  lieui  tirés  des  opposés.  4  95 

Six  autres  lieux.  498 

Sept  autres  lieux  tirés  du  plus  et  du  moins.  205 


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442  T0PIQUJE8. 

Gh.    IX.       Deux  derniers  lieiu  An  propre  tirés  de  la 

INiisiaace  tA  de  reioèe.  208 


LIVRE  SIXIÈME. 

LIEUX  COMMUNS  I>B  UL  DEFINITION. 

Ch.    V.       Division  de  l'étude  des  lieux  de  la  déOnition 

en  cinq  parties.  240 
Ch.    II.        Causes  diverses  de  Tobscurité  de  la  déflni- 

tion.  243 
Gei.    IH.       La  définition  peut  être  trop  étendue  pour  di- 
verses causes  :  énumération  de  ces  causes.  M  6 
Ch.    ly.       Deux  lieux  pour  savoir  si  Ton  a  réellement 

déGui.  220 

Second  lieu  de  la  définition.  227 

Vingirtrois  Ueux  tirés  des  différences.  229 

Sept  lieux  pour  attaquer  la  déttoition.  240 

Cinq  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition.  242 

Huit  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition.  246 

Trois  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition.  249 

Cinq  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition.  255 

Cinq  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition.  256 

Trois  autres  lieux  pour  attaquer  la  définition.  259 

Six  autres  lieux  pour  attaquer  1^  définition.  259 


LIVRE  SEPTIÈME. 

QUESTION  DB  L'iDBNTITB.  —  MBTHODB  PWB  DBFBNDBB 
LA  DÉFINITION.— GONSlDBiUTIONS  WNÉEAI.BS  SUA  US 
LIEUX  COMMUNS. 

Ch.    I«'.       Seize  lieux  de  Tidentité.  268 
Ch.    II.        Rapport  des  lieux  de  l'identité  k  ceux  de  la 

définition.  274 

Ch.     III.       Lieux  )K)ur  défendre  la  définition.  275 


Ch. 

V. 

Ch. 

VI. 

Ch. 

vn. 

Ch. 

VIII. 

Ch. 

IX. 

Ch. 

X. 

Ch. 

XI. 

Ch. 

XII. 

Ch. 

XIII. 

Ch. 

XIV. 

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TABLE  DES  CHAPITRES. 

Gh.    IY.       Indication  générale  des  lieux  les  plus  utiles. 
Oh.    V.       De  la  ftcilité  al  delà  difllcalté  des  argumen- 
tations. 


443 

280 

284 


Ch.  I*. 

ch.  n. 

Ch.  m. 

Ch.  IY. 


Ch.    y. 


Ch. 

VI. 

Ch. 

VIL 

Ch. 

vni 

Ch. 

IX. 

Ch. 

X. 

Ch. 

XI. 

Ch. 

in. 

Ch. 

xm. 

Ch. 

XIV 

LIVRE  HUITIEME. 

DE  L4  PBATIQITB  0UL1GTIQUB. 

Des  Fègles  de  l'intencogation.  287 

Suite  des  règles  de  rinterrogation.  295 

De  la  fitcilité  ou  de  la  difficulté  des  argumen- 
tations. 50t 

Règles  générales  de  la  réponse  et  de  rinter- 
rogation. —  Devoirs  et  but  des  deux  ad- 
versaires. 504 

Manque  de  toute  théorie  pour  régler  les  dis- 
cussions qui  n'ont  pour  but  qu'un  simple 
exercice.  505 

Cas  divers  où  il  faut  accorder  ou  refuser  les 
propositions  demandées  par  l'adversaire.      508 

Suite  des  règles  de  la  réponse  quand  la  ques- 
tion est  obscure.  510 

Règles  pour  les  inductions.  5-1 -1 

Travaux  personnels  avant  la  discussion.  5i  2 

Rectification  de  la  conclusion  :  moyens  divers 
d'empêcher  de  conclure.  5^  5 

Critiques  contre  le  raisonnement  ou  contre 
l'interlocuteur.  545 

De  la  clarté  du  raisonnonent  :  de  la  fausseté 
du  raisonnement.  522 

De  la  pétition  de  principe  et  de  la  pétition  des 
contraires.  524 

De  la  pratique  des  discussions  dialectiques.       529 


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444         BÉFUTATIOMS  DES  SOPHISTES. 

RÉFUTATIONS  DES  SOPHISTES. 


PREMIERE  SECTION. 

BSPÀCBS  DIVBBSBS  DBS  PiJlAI.0GISMB8. 

Gh.  I*.  But  général  de  ce  traité  :  définition  du  so- 
phiste et  de  la  sophistique .  35S 

Ch.    11.        Espèces  diverses  des  argumentations.  537 

Ch.    m.       Buts  divers  qu'on  peut  se  proposer  dans  Tar- 

gumentation  éristique.  358 

Ch  .  IV.  Deux  espèces  principales  de  réfutations  :  l'une 
purement  verbale  ;  l'autre  relative  aux 
choses.  559 

Gh.    V.        Sept  espèces  de  paralogtsmes  en  dehors  du 

mot.  544 

Gh.  VI.  Tous  les  paralogismes  peuvent  être  rapportés 
à  l'ignorance  de  la  définition  vraie  de  la 
réfutation.  554 

Gh.    VII-.      Des  causes  de  l'erreur  identiques  a  celles  des 

paralogismes.  556 

Gh.  VIII.  Les  syllogismes  et  les  réfutations  sophistiques 
sont  aussi  nombreuses  que  les  syllogismes 
et  les  réfutations  apparentes.  558 

Gh.    iX.       U  faudrait  posséder  toutes  les  sciences ,  pour 

connaître  toutes  les  réfutations  possibles.      564 

Gh.  X.  Les  raisonnements  de  mots  et  les  raisonne- 
ments de  pensée  se  confondent.  565 

Gh.    XI.       Différences  des  divers  arts  qui  concernent  le 

raisonnement  567 

Second  et  troisième  objets  de  la  sophistique.    575 
Cinquième  objet  de  la  sophistique.  577 

Du  solécisme ,  quatrième  objet  de  la  sophis- 
tique. 378 


Ch. 

XU. 

Ca. 

XIII 

Ch. 

XIV. 

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TABLE  DES  CHAPITRES.  445 

Pages. 

Gh.    XV.      De  la  disposition  des  questions  et  des  procé- 
dés de  rinterrogation.  584 


DEUXIÈME  SECTION. 

SOLUTION  DES  PABALOGISMBS. 

Ch.    XVI.      De  la  solution  des  paralogîsmes  :  méthode 

générale.  585 

Çh.    XVII.     De  la  solution  apparente.  587 

Ch.    XVIII.    Moyens  divers  pour  arriver  k  la  solution 

Traie.  594 

Ch.  XIX.  Solution  pour  les  cas  d'homonymie  et  d'am- 
phibologie. 596 

Ch.    XX.       Solution  des  paralogismes  par  division  ou 

combinaison  des  mots.  598 

Ch.  XXI.  Solution  des  paralogismes  tenant  k  la  pro- 
sodie. 401 

Ch.    XXII.     Solution  des  paralogismes  qui  ne  tiennent 

qu'^  la  forme  des  mots.  402 

Ch.    XXIII.    Solution  générale  des  paralogismes  purement 

verbaux.  408 

Ch.    XXIV.    Solution  des  paralogismes  tirés  de  Tacci- 

dent.  409 

Ch.  XXV.  Solution  des  paralogismes  qui  tienn^t  3i  ce 
qu'on  prend  une  expression  restrictive 
au  lieu  d'une  expression  absolue.  4^1 4 

Ch.    XXVI.    Solution  des  paralogismes  qui  pèchent  contre 

la  définition  de  la  réfutation.  4^17 

Ch.    XXVn.  Solution  des  paralogismes  par  pétition  de 

principe.  448 

Ch.    XXVm.  Solution  des  paralogismes  par  consécution 

fausse.  449 

Ch.    XXIX.    Solution  des  paralogismes  par  addition.  420 

Ch.    XXX.     Solution  des  paralogismes  par  confusion  de 

plusieurs  questions  en  une  seule.  424 


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446         RÉFUTATIONS  iJES  SOPHISTES. 

Ch.    XXXI.    Solution  des  paralogismes  par  répétition  in- 

atile  de  mots.  422 

Ch.    XXXII.   Solution  des  paralogismes  par  solécisme.  424 

Ch.    XXXIII.  Facilité  et  difGculté  des  solutions  diferses.  427 


TROISIÈME  SECTION. 

nisuMÉ  GiniBAL  i>b  la  logtqub. 

Ch.    XXXIY.  Résumé  du  traité  des  Réfutations  des  sophistes. 

—  Résumé  général  de  toute  la  logique.        451 


FIN  DB  LA  TABLB  DBS  GHAPITBBS 
DBS  TOPIQCBS  BT  BBS  BBFUIATIOBS  BBS  SOIVUTBS. 


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TABLE  DES  MATIERES 

DU  QUATRIÈME  VOLUME. 


Pif«s* 

Plan  des  Topiques. 

I  k  xxxvii 

Plan  des  Réfdtations  des  Sophistes. 

XXXYU  k  xLvm 

Topiques. 

4  il  532 

Réfutations  des  Sophistes. 

555  3i  456 

Table  des  chapitres  des  Topiques. 

459  h  443 

Table  des  chapitres  des  Réfiitations  des 

Sophistes. 

444  3i  446 

Table  des  matières  du  quatrième  volume. 

H'- 

447 

i 

L-iC 

L 

FIN  DU  QUATRlàMB 
■T  DERinsm  YOLUKB  DB  LA  LO«l<KIB. 


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